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interviewRMC — Face à Face· 18 août 2021 13 min

L'interview : Éric Coquerel - 18/08

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Rémi Barré. Mon invité ce matin sur RMC, Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Bonjour Éric Coquerel. Bonjour. Merci d'être avec nous. Éric Coquerel, après la chute de l'Afghanistan aux mains des talibans, Emmanuel Macron a pointé du doigt, c'était lors de son allocution télévisée avant-hier, le risque des flux de migrants irréguliers est promis d'en protéger la France et l'Europe. En tout cas, il a appelé à protéger la France et l'Europe de ces flux de migrants irréguliers. Qu'en pensez-vous ?

0:34
Éric Coquerel

C'était franchement inconvenant. D'ailleurs, j'observe que depuis, il fait un rétro-pédalage à vitesse grand V. C'était inconvenant parce que, vu la position, la politique française depuis Nicolas Sarkozy en Afghanistan derrière les Américains, malheureusement, on a peu de prix sur la situation. Donc, il y a au moins deux choses qu'il faut parvenir à faire. Concrètement, la première, et j'y reviens parce que c'est l'urgence aujourd'hui, c'est de rapatrier, sains et saufs, tous ceux qui ont servi notre pays en Afghanistan, y compris les auxiliaires afghans et leurs familles. Et on en est loin de la situation.

Et là-dessus, je pense qu'il faut une solidarité nationale totale pour ne pas compliquer la tâche. Et la deuxième chose, c'est que le droit d'asile fonctionne. C'est-à-dire qu'il va y avoir des gens qui vont vouloir quitter leur pays pour des raisons de sécurité, pour leur propre sécurité. Et évidemment, la première réaction ne peut pas être de dire qu'on va se protéger d'un éventuel flux, d'ailleurs, qui en général reste souvent un mirage. Parce que, heureusement, d'ailleurs, tous les Afghans ne vont pas vouloir quitter l'Afghanistan. Et puis, il y a d'autres pays qui vont, à mon avis, être au premier rang, y compris les pays voisins, de tel flux.

1:40
Présentateur

Et il y a la Grande-Bretagne, au-delà de ça, des pays voisins, certes, de l'Afghanistan, mais il y a déjà la Grande-Bretagne qui a dit qu'elle était prête à accueillir 20 000 réfugiés afghans. Il y a le Canada qui a dit la même chose. Est-ce que vous voudriez que la France parle de la même manière ?

1:56
Éric Coquerel

Moi, ce que je souhaite, c'est que, contrairement à ce qui est fait en France depuis maintenant des mois, parce que la situation ne démarre pas maintenant, l'emprise des talibans, et y compris, d'ailleurs, la manière dont le gouvernement afghan, qui était sous emprise américaine, se comportait déjà vis-à-vis du droit des femmes, de la démocratie. Le moins qu'on peut dire, c'est que ce n'était déjà pas un exemple. Il y a déjà des Afghans qui, aujourd'hui, sur le territoire français, sont traités de manière inhumaine, alors que, très clairement, ils ont le droit d'obtenir le droit d'asile. Donc, déjà, solutionnons ce problème.

Il y a des manifestations, depuis des mois, toutes les semaines, sur ce sujet. On n'en parle pas, mais c'est exact. Et puis, en plus, tout simplement, que la France respecte le droit d'asile de ceux qui voudront rejoindre notre pays, pour des raisons liées aux conventions de Genève. Voilà, c'est ça qu'il faut dire. Rien de plus, mais ça, c'est dommage.

Je pense qu'il y a un côté pavlovien, si vous voulez, chez le chef de l'État, qui, tout de suite, a parlé de protection, et qui me rappelle le fait que, quand nous proposions, nous, France insoumise, des amendements, par exemple, à la loi Asile-Immigration, il y a quelques mois, demandant, ne serait-ce que les auxiliaires afghans ayant servi le pays puissent obtenir le droit d'asile automatiquement, nous avons été, nos amendements ont été refusés. Voilà, je crois que c'est dans la ligne de la politique gouvernementale.

3:10
Présentateur

Oui, Emmanuel Macron, lors de son même discours, avant hier soir, a dit que l'ensemble des personnes qui ont travaillé avec la France en Afghanistan seraient rabattries et réfugiées en France.

3:19
Éric Coquerel

Oui, mais c'est encore un travail à faire.

3:20
Présentateur

Il parle de 600, 800 personnes.

3:22
Éric Coquerel

Oui, mais je peux vous assurer, pour le savoir, notamment avec mes collègues Bastien Lachaud, Alexis Corbière, qui sont de la commission de l'armée à l'Assemblée nationale, qu'aujourd'hui, ils sont contactés par le ministère pour donner les contacts qu'ils ont de personnes à rabattrier. Donc, les choses ne sont pas simples. On sait que, pour l'instant, il n'y a eu qu'un avion qui est parti, il n'y en a un deuxième qui est parti. Et c'est pour ça que j'insiste sur le fait qu'aujourd'hui, en France, les déclarations doivent être mesurées.

Je pense notamment à certaines déclarations vis-à-vis d'origine des talibans, pour ne pas compliquer la tâche de ceux qui doivent être rapatriés, sains et saufs, dans d'autres pays.

3:55
Présentateur

Très intéressant ce que vous dites aussi, sur le régime qui est désormais en place en Afghanistan. Aujourd'hui, le pays est entre leurs mains. On est intervenus militairement. Cela a été un fiasco. On ne peut pas dire autre chose. Est-ce qu'il faut discuter avec les talibans ?

4:12
Éric Coquerel

En tout cas, il faut revoir, et je pense que ce sera peut-être le thème de la présidentielle 2022, il faut revoir notre politique, la politique française, qui malheureusement s'évit au moins depuis Nicolas Sarkozy, qui est suivi vis-à-vis des Etats-Unis, et qui, non seulement, nous fait intervenir dans des régions du monde où, comme vous venez de le dire, ça se termine en fiasco, c'est-à-dire que les choses s'aggravent, tout simplement parce que, la plupart du temps, les intérêts américains ne sont pas ceux de la démocratie, ou ceux des droits des femmes, ou ceux des droits de l'homme, mais sont les intérêts bien sentis liés à la question de l'étoile de gaz et autres.

4:43
Présentateur

La situation ne peut pas être plus grave pour les Afghans qu'elle ne l'est aujourd'hui, c'est-à-dire que, là, quand même, ce qui va s'imposer, on le sait bien, c'est la charia.

4:50
Éric Coquerel

Clairement, mais je vous rappelle, par exemple, il n'y a pas de souci là-dessus, pour ma part, le régime des talibans est un régime absolument épouvantable, mais je vous rappelle, par exemple, qu'il y a quelques mois, le gouvernement afghan actuel, soutenu par les Etats-Unis, avait décidé déjà des mesures vis-à-vis du droit des femmes absolument terribles, liées à une assemblée constituée des chefs religieux. Donc, on ne va pas passer d'une situation vérifiée, démocratique,

5:19
Présentateur

tout simplement parce que si les talibans,

5:23
Éric Coquerel

comme d'ailleurs souvent ceux qui ont affronté des armées étrangères en Afghanistan, ont pu justement se reposer sur cette notion de résistance, c'est aussi parce qu'on a soutenu des gouvernements fantoches, dont les intérêts étaient avant tout pétroliers et de compromission, plutôt que la démocratie.

5:38
Présentateur

Malgré tout, je vous ai posé cette question, je vous la repose, Éric Coquerel, aujourd'hui, des millions d'Afghans ne vont pas fuir leur pays, vont devoir rester dans leur pays, sous le régime des talibans. Est-ce qu'il faut discuter avec les talibans ?

5:54
Éric Coquerel

Écoutez, je pense qu'il faudra des... Je pense qu'on aura déjà, nous, beaucoup de mal à discuter avec les talibans. Je pense que les Américains, d'ailleurs, vont discuter les premiers, parce qu'à mon avis, si aujourd'hui, la situation des Américains est celle d'une sortie la plus rapide possible, c'est qu'eux-mêmes envisagent de discuter avec les talibans. Donc, je pense qu'il faudra avoir des relations avec l'Afghanistan, comme avec n'importe quel autre pays du monde, en étant, évidemment, très lucide sur la situation. Mais malheureusement, vous savez, on a des rapports avec des pays dans le monde qui ne sont pas des exemples en matière de démocratie ou de liberté religieuse, etc.

Donc, avec les talibans, c'est sûr que c'est un régime absolument épouvantable qui arrive sur place. Mais encore une fois, on n'est pas dans une situation où, pour les Afghans, on va passer une situation... rêvée, d'une situation terrible. Et ce que je crains surtout, c'est que ce qu'il faut maintenant entrevoir, c'est quelle politique pour la France, ce que porte Jean-Luc Mélenchon avec notre programme, quelle politique pour la France dans les années à venir.

Nous, nous sommes pour une politique indépendantiste qui ne suivent pas les interventions militaires et aux intérêts bien sentis des Américains un peu partout dans le monde et qui permettent justement à la France, à partir de là, d'être entendus et de pouvoir peser. Or, depuis des années, malheureusement, ce n'est vraiment plus le cas.

7:14
Présentateur

On va changer de région. Je vais vous parler du Sahel, justement. Au Sahel, nous sommes intervenus depuis 2013. Nous n'avons pas suivi les Américains. Nous sommes allés les premiers. Qu'est-ce qu'on fait au Mali ?

7:27
Éric Coquerel

Ça montre bien que la solution d'une intervention militaire est souvent la plus mauvaise parce que ce que nous entrevoyons au Mali aujourd'hui, c'est que la situation ne s'est pas arrangée depuis l'intervention militaire française. On ne sait pas trop quels sont les buts courus. On ne sait pas trop quel type de régime nous soutenons. Et j'ai bien peur que ça se termine avec le même genre de problème. C'est-à-dire qu'on n'arrange pas la situation, mais au contraire, elle s'aggrave. C'est bien pour ça que les interventions militaires venues de l'extérieur pour imposer tel ou tel régime sont vraiment les dernières solutions à prendre.

Et en tout cas, elles ne peuvent pas le prendre sans contrôle démocratique. Moi, ce que je reproche dans tout ça, c'est qu'on est en train de parler d'interventions militaires françaises qui ont été décidées par les seuls exécutifs, sans débat parlementaire, sans avoir les données qui nous permettent justement aux députés de trancher. Et c'est vrai de l'Afghanistan et c'est malheureusement vrai du Mali aujourd'hui. C'est pour ça qu'on demande de la manière la plus urgente un débat sur la question malienne.

8:25
Présentateur

Et Eric Coquerel, est-ce qu'il faut, je vous posais la question clairement, est-ce que l'armée française, la France, doit quitter le Mali

8:31
Éric Coquerel

au risque que le Mali tombe aux mains des djihadistes ? Vous savez, le risque, il est déjà là et ce n'est pas manifestement l'armée française qui... Elle contient aujourd'hui la menace. Elle contient quand même les terroristes à l'heure actuelle. Elle contient les terroristes à l'heure actuelle. Elle contient les terroristes, mais je vous en ferai remarquer qu'il y a des régions entières qui sont aux mains des terroristes. En plus de ça, le problème qui nous empêche dans une telle situation, ça nous empêche de faire de la politique. Parce qu'il y a différents groupes terroristes au Mali, ce n'est pas tous les mêmes. Alors on doit partir ou pas ? On part ou pas du Mali ?

Je pense qu'il faut préparer une sortie du Mali et essayer de le faire dans les conditions qui fassent en sorte qu'on ne sorte pas avec une situation encore pire que celle qui avait décidé François Hollande à intervenir au Mali. Voilà, je pense que c'est ça la situation qu'il faut essayer de faire. Et ça passe plutôt par de la coopération, de discussions politiques, par une intervention. où en plus de ça, je crains fort qu'outre les hommes que nous y perdons, ce qui me permet de rendre hommage à ceux qui y sont, je vous dis, la situation en réalité ne s'améliore pas dans le pays pour autant.

9:38
Présentateur

Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. La crise sanitaire, votre département, est particulièrement touché par le Covid-19. Samedi, il y aura encore des manifestations à travers la France, anti-pass sanitaire, anti-vaccin, ça se mélange, ça se confond. Est-ce que vous soutenez ces manifestations ?

9:57
Éric Coquerel

Je soutiens les mobilisations contre le pass sanitaire. Ça, c'est clair, puisque nous avons nous-mêmes largement combattu ce principe à la fois qui ne me semble ni valable d'un point de vue sanitaire et dangereux pour les libertés et le contrôle des populations. Nous l'avons combattu fortement à l'Assemblée et tous ceux qui le combattent, j'allais dire, sur des principes qui sont les nôtres, c'est-à-dire sans arrière-pensée politique d'extrême droite, complotiste ou autre, nous nous joignons à eux et nous sommes avec eux. Donc, voilà, je sais que beaucoup des nôtres se manifestent déjà tous les week-ends.

Ils prennent garde et ils font bien de ne pas se retrouver mêlés justement à certains à certains qui font mélange lutte contre le pass sanitaire et malheureusement des déclarations ou des panneaux antisémites. Bon, voilà.

10:48
Locuteur non identifié

Ou anti-vac. C'est compliqué de ne pas se mélanger

10:52
Éric Coquerel

avec ces gendarmes dans ces manifestations. Absolument. Donc, c'est compliqué, mais je pense que la meilleure manière de le faire aussi, c'est peut-être aussi que le mouvement, et on essaie de s'y employer, c'est-à-dire que le mouvement social, les syndicats, les associations, de plus en plus appellent aussi à se mobiliser. On a commencé, les organisations qui avaient appelé à l'appel aux manifestations pour la liberté du 12 juin ont fait un premier texte fin juillet.

Je pense qu'ils auront d'autres initiatives de façon à ce qu'on va dire à la fois on se mobilise contre le pass sanitaire pour des questions de liberté, mais aussi toutes les mesures sociales prises par le gouvernement qui sont inquiétantes.

11:26
Présentateur

Une dernière question. Éric Coquerel, la France Insoumise en ce moment a lancé ses caravanes à travers le pays. On est dans la perspective de la présidentielle de 2022. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon doit mener la liste de la France Insoumise en 2022 ?

11:41
Éric Coquerel

Bien sûr. D'ailleurs, je vous ai parlé tout à l'heure de son programme international et je pense que les derniers jours ont montré que c'est ô combien nécessaire d'avoir un candidat qui a une vision internationale de la politique internationale aussi lucide. Oui, bien sûr, il doit la mener et vous verrez que dès la rentrée au niveau des amphis, son discours de rentrée sera fort. Elle s'appuiera justement sur ses caravanes et sur trois jours de débat aux universités d'été à Châteauneuf-sur-Isère qui seront fin août, enfin du moins le week-end du 26, 27 et 28 août à la hauteur des enjeux de la rentrée. Voilà, on espère bien, on se présente pour cette élection pour la gagner.

C'est pour nous, Jean-Luc Mélenchon qui est le mieux à même de porter notre programme parce que nous portons avant tout un programme.

12:27
Présentateur

Merci Eric Coquerel d'avoir été avec nous. Eric Coquerel, député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, RMC 8h54. Nous, on se retrouve demain dès 6h sur RMC, RMC Story.

L'interview : Éric Coquerel - 18/08 — Éric Coquerel · Pourquijevote