Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 1 avril 2020 26 min

Gestion de la crise sanitaire, nationalisations, Union européenne... Le "8h30 politique" de Jean-Luc Mélenchon

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Le ton de la classe politique et des insoumis en particulier a changé ces derniers jours. Sur la gestion de cette crise par l'exécutif, l'unité nationale et l'appel à la cohésion, que vous aviez d'ailleurs relayé au début du confinement, ne semblent plus d'actualité aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous fait changer d'avis ?

0:25
Jean-Luc Mélenchon

Non, on n'a pas changé d'avis. Des fois, il faut un peu forcer le trait quand on a le sentiment de ne pas être écouté ou d'être traité de manière désinvolte, ou bien que l'on nous dit des choses qui ne sont pas vraies. Alors, bon, on monte un petit peu le ton, mais ça ne va pas bien loin tout ça. L'essentiel pour nous, c'est que le pouvoir qui est très concentré aujourd'hui sur quelques personnes écoute ce qu'on lui dit, n'ait pas peur du dialogue, n'ait pas peur de la critique, parce que c'est une critique qui, dans le contexte actuel, est forcément bienveillante. Ce dont on se soucie, pour nous, ce n'est pas de M. Macron et de son équipe.

C'est de savoir si on va arriver à tirer le pays de l'impasse dans laquelle il se trouve aujourd'hui. Donc, on concentre nos questions, par exemple, sur la planification. Petit à petit, il y arrive, mais enfin, on perd du temps. Là, tout à l'heure, vous avez passé un très beau reportage sur le consortium qui va produire des respirateurs. Bon, on a un mois de retard. On pourrait faire la même chose pour les tests.

1:26
Présentateur

Dans ce cas précis sur les respirateurs, Jean-Luc Mélenchon, vous applaudissez l'initiative de ces quatre grands groupes qui unissent leur force.

1:33
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas pourquoi vous voulez à tout prix qu'on passe soit de la critique absolue, soit aux applaudissements B.A.

1:39
Présentateur

Je ne vous ai pas demandé si c'était B.A. les applaudissements, simplement, si c'était une initiative que vous saluez.

1:44
Jean-Luc Mélenchon

Ah oui, d'accord. Eh bien, écoutez, dans la mesure où je défends l'idée d'une coordination des moyens, c'est clair que ça me va. Mais je pense que l'État doit prendre en charge un certain nombre de décisions de cette nature. Prenons un exemple, les bouteilles d'oxygène. Il faut nationaliser l'entreprise Luxfer dans le massif central, là, dans l'Uvergne, parce qu'elle est la seule à produire ces bouteilles dans les conditions de légèreté et d'adaptation aux autres matériels. De la même manière, il faut... Alors, cette entreprise, elle vaut 0 euro aujourd'hui. Et les ouvriers sont prêts à reprendre le travail demain pour produire les bouteilles.

De même pour l'entreprise Famar, qui est à Lyon, qui produit des médicaments, parce que nous allons au-devant d'une pénurie de médicaments. Donc, pour moi, le sujet, c'est pas, est-ce que j'applaudis ceci, est-ce que je condamne cela ? C'est, est-ce que, comment on peut mettre en place un plan qui, globalement, coordonne tout ça ? En France, il y avait une tradition de planification. Elle s'est perdue au profit de la valeur marché, libre entreprise, concurrence libre et non faussée, etc. Et c'est donc tout ça qu'il s'agit de récupérer comme un savoir-faire. Alors, donc, réquisition, nationalisation, planification du travail et la démocratisation de l'intervention.

Regardez bien, il n'y a pas besoin, comment dire, le pouvoir, à un moment donné, nous a répondu, nous, on ne sait pas ce que c'est qu'une activité essentielle pour le pays, activité industrielle ou autre, économique. Alors, on lui a répondu, mais c'est très simple, partez de ce dont on a besoin et demandez aux salariés, parce que eux, ils savent, c'est eux qui produisent, c'est eux qui savent quels sont leurs fournisseurs, etc. Donc, on peut organiser sans trop de difficultés, en faisant confiance à l'intervention des salariés, à leur contrôle sur la production pour qu'elle se passe dans des conditions sanitairement optimales. Vous voyez, c'est ça l'état d'esprit.

Construire, il y a un instant, vous disiez, bon, bah, pour le futur, quelles sont les valeurs ? On a entendu, on a entendu, une critique bienveillante. Non, bienveillante, c'est même pas le mot. C'est vous qui l'avez dit. Ça peut faire son travail ? Oui, bah, alors, je le précise. Disons, une critique qui est rationnelle et qui veut se projeter sur les moyens à mettre en œuvre. Il y a un instant, vous disiez, le monde d'après. Bah, pour moi, le monde d'après, il commence maintenant, voilà.

3:55
Intervenant

Vous évoquiez, Jean-Luc Mélenchon, à l'instant, les solutions que vous préconisez, la planification, les réquisitions, la nationalisation. Est-ce que tout ça, ça fait partie, en quelque sorte, ça dessine une sorte d'économie de guerre face à ce virus, c'est un vocabulaire, la guerre face à ce virus, que le président de la République a utilisé à plusieurs reprises ces derniers jours ?

4:15
Jean-Luc Mélenchon

Bah, oui, alors, si le mot fait appel à l'idée d'une cohésion qui est nécessaire et tout, bon, d'accord. Mais sinon, ça n'éclaire pas vraiment le problème. On n'est pas en guerre, au sens traditionnel du terme, coronavirus ignore absolument notre existence. C'est inutile d'essayer de l'intimider. Bon, donc, ce qu'on a à faire, c'est à introduire de la rationalité dans l'action qu'on mène. Et pour introduire cette rationalité, il faut que les points de vue puissent se croiser, se contrôler les uns les autres. Alors, sinon, on est dans silence dans les rangs. Hier, j'ai trouvé que... Mais ça, c'est une tendance de M. Macron.

Hier, il a commencé à avoir un ton par rapport à ceux qui font de la critique. Il dit, bon, bah...

5:01
Présentateur

Je vous propose, si vous voulez bien, Jean-Luc Mélenchon, qu'on l'écoute, les propos du chef de l'État, hier, lors de son déplacement. Quand on mène une bataille, on doit être unis pour la gagner. Et je pense que toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n'avons pas gagné la guerre, sont irresponsables. Pour vous, ce sont des propos que ne devrait pas tenir le chef de l'État dans le contexte actuel ?

5:23
Jean-Luc Mélenchon

Bon, c'est un peu excessif, mais disons qu'il doit être... Il est au bout de sa vie, là. Il est fatigué, ils sont sous la pression parce qu'ils ont utilisé un cadre mental. Ils avaient une façon de voir le problème qui s'est avérée être fausse. Ils pensaient que la liberté du marché allait pourvoir aux besoins du pays. Ils ont pensé, il l'a dit à plusieurs reprises, le marché mondial est sous tension. Tu parles d'une découverte, le marché mondial est sous tension quand il a besoin d'un produit. Là, ce sont les produits nécessaires à la survie. Donc, tout son cadre mental, en quelque sorte, s'est effondré.

Et il improvise maintenant, il entre, en quelque sorte, dans une autre logique, qui est plus de l'organisation systématique de l'économie. Mais on voit bien que ce n'est pas son tempérament, ce n'est pas sa manière de voir. Par exemple...

6:10
Présentateur

Est-ce que vous le trouvez, pardon, Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous le trouvez sincère ? Quand il dit, par exemple, hier, il faut... Oui, mais la question est importante quand même. Quand il dit, il faut produire à nouveau... Bon, elle n'est pas importante, mais je vous la pose quand même. Il n'est pas sincère quand il dit, par exemple, hier, il faut réapprendre à produire en France et en Europe plutôt qu'en Chine.

6:28
Jean-Luc Mélenchon

Bon, écoutez, ça ne peut pas m'éblouir, moi, ça fait des années que nous répétons ça, mais... Mais est-ce qu'il va dans le bon sens ? Est-ce qu'il va dans le bon sens, à vos yeux ? Mais ce n'est pas, M. Dely, ce n'est pas le sujet. Le sujet, ce n'est pas le commentaire politique des ans sur les autres. Alors, moi, je commente ce qu'il dit, puis après, on commentera ce que moi, j'ai dit. Mais le problème, c'est de savoir comment on s'organise et comment on fait pour tirer le pays d'affaires. Bon, alors, le monde d'après, vous savez, j'en ai vu d'autres, c'est ça l'avantage de l'âge. Je me souviens de M.

Sarkozy nous expliquant que le monde de l'argent roi, de la spéculation et tout ça, c'était fini après 2008. C'est pour ça que je vous pose la question sur la sincérité de ces propos, Jean-Luc Mélenchon. Je suis sûr qu'il est sincère. Il doit certainement se dire, ben tiens, il voudrait mieux faire comme ça. Mais il n'en a ni l'organisation pratique, il n'a pas les hommes pour faire ça, les femmes. Il ne sait pas par quel bout on prend le problème, parce que ce n'est pas son cadre mental depuis 20 ans. Cet homme, il vient de la finance, de la banque, c'est des domaines qu'il connaît mieux.

Il croit beaucoup que le marché va tout régler et il découvre un jour que ce n'est pas vrai, le marché ne fonctionne pas. On ne peut pas changer, Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr que si. Attendez, M. Dely, on peut changer, à condition de changer les responsables et le programme. C'est ce que je suis en train de vous dire. Mais les responsables, eux, ne peuvent pas changer. C'est pour vous dire que la question de la sincérité n'est pas en cause. Je suis sûr que cet homme, sincèrement, a envie que la crise s'arrête. Ce n'est pas le sujet. Je ne vais pas mettre en cause ces qualités humaines.

Ce que, dans la politique, on doit faire, c'est mettre en cause les programmes où, quand il y a des situations de crise comme aujourd'hui, les uns les autres, essayer de céder par les contributions, les idées qu'on met sur le tapis et la manière de faire. Moi, ça fait trois semaines que je suis sur l'Uxfert qu'il faut nationaliser. Bon, quand il y aura pénurie de bouteilles d'oxygène médical, à ce moment-là, sans doute, il y a des gens qui vont se réveiller. Dans les bureaux qui ont déjà envoyé pêtre le syndicat qui est à l'œuvre dans cette entreprise, on dit, le syndicat a dit, mais est-ce qu'il y a une pénurie ou pas ? Les types ont dit, ah ben nous, on ne sait pas.

Ils n'ont pas envie de savoir, ça ne les intéresse pas. La prévision, la planification, ce n'est pas leur sujet. Or, c'est maintenant le sujet. Voilà ce que moi, j'essaye de mettre à l'ordre du jour. Et je crois que, bon, c'est mon rôle quand même. La démocratie n'est pas mise entre parenthèses. Il faut que M. Macron le comprenne et l'admette. Tout le monde fait de gros efforts dans l'expression. Donc lui, il faut qu'il en fasse aussi. Et puis, j'ai envie de dire, il faut arrêter de nous dire des choses qui ne sont pas vraies. Par exemple, à la première réunion à Matignon...

8:53
Présentateur

Alors, je vous interromps, Jean-Luc Mélenchon, on va poursuivre cette discussion dans une minute, si vous le voulez bien. Je vous interromps. Une minute, pas plus, c'est promis, pour le Filinfo à 8h42, Lauriane Delanoé. La saturation dans les hôpitaux d'Île-de-France. Nous sommes au bout de nos capacités d'hospitalisation. Assure sur France Info le directeur général de l'Agence régionale de santé. 2 700 malades du coronavirus en réanimation dans la région. Aurélien Rousseau qui explique aussi que la solidarité s'organise pour répartir les stocks de médicaments essentiels. Le curare, par exemple, risque de pénurie dans une semaine dans certains hôpitaux.

L'APHP à Paris et 8 autres groupes européens demandent au gouvernement de coopérer pour l'approvisionnement. Il devait être rapatrié pour être soigné en France. Pape Diouf, emporté par le coronavirus au Sénégal. L'ancien président de l'Olympique de Marseille laissera un souvenir unique, écrit le footballeur Florian Thauvin. Les hommages nombreux depuis hier soir. Le nombre de morts multipliées par 2 en 3 jours aux Etats-Unis. Plus de 4000 décès liés au Covid-19. En plus du confinement, la Martinique instaure un couvre-feu dès ce soir. Interdiction de sortir de 20h à 5h du matin pour limiter la propagation du virus. France Info. Et tout est plus clair.

Toujours avec le président du groupe de la France Insoumise à l'Assemblée Nationale, Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon, le gouvernement a reçu plusieurs fois ces dernières semaines les principaux responsables politiques. Il le fera à nouveau demain. Est-ce que vous avez été suffisamment informé de ce qui se passe aujourd'hui en France ?

10:26
Jean-Luc Mélenchon

Ce sont des rencontres qui ont naturellement et par la force des choses un caractère un peu formel. On doit être 40 là. Bon, on pose des questions, on reçoit des réponses. Bon, tout ça est assez courtois. Mais après, la valeur de ce qui est dit là pose problème. A l'instant, j'ai essayé de vous dire qu'à la première rencontre, j'ai posé une question, j'avoue, de manière un peu formelle. Parce que j'ai dit, est-ce qu'on réquisitionne tous les moyens de la santé, les moyens privés de santé ? Et le Premier ministre m'a dit, évidemment, tout le monde prend sa part. Un mois après, on découvre que les fédérations de cliniques privées disent, on ne comprend pas pourquoi on n'est pas réquisitionné.

Encore une fois, ce qui manque, c'est un comité de planification. Je vais vous donner maintenant une idée. Comme ça ne sert à rien de régler des comptes avec le passé, parce que ce n'est pas ça qui va changer la situation. Il faut donc essayer de se projeter vers l'avant. Donc, moi, je leur pose une question. Un jour ou l'autre, on va sortir du confinement. On ne sortira pas du confinement, il faut que les gens le comprennent. Un jour, le gouvernement viendrait à la télé, une fois de plus, et dirait, allez, maintenant, tout le monde peut sortir. Non, ça ne se passera pas comme ça. Tout ça se fera progressivement. Il va falloir tester. Il va falloir savoir qui est malade et qui ne l'est plus.

Nous aurons un deuxième pic après le premier lever du confinement, parce que ça s'est toujours passé comme ça dans les grandes épidémies. Donc, il va falloir tester, isoler, c'est-à-dire héberger séparément les personnes qui sont encore malades et contaminées. C'est-à-dire qu'il y a d'énormes moyens qu'il va falloir mettre en œuvre. De plus, il va falloir à ce moment-là reconstituer les stocks, savoir quelle est la capacité d'accueil des hôpitaux. Bref, il va falloir planifier.

Donc, la question que je pose au gouvernement, bon, là, ça ne fait qu'une semaine que je la pose, donc ça va, il me faut encore un peu de temps, et elle va arriver jusqu'où il faut, c'est comment vous planifiez la sortie. Pour l'instant, la réponse, c'est, ben, personne ne l'a fait, donc on n'a pas d'idée. Ben, si, il faut en avoir. On a en France des très bons planificateurs.

12:15
Intervenant

Jean-Luc Mélenchon, le gouvernement, justement, dit qu'il veut monter en charge sur les tests, et pour pouvoir réaliser plusieurs dizaines de milliers de tests par jour, rapidement, pour préparer la sortie du confinement.

12:26
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, très bien. Alors, il ne reste plus qu'à les produire. J'ai posé la question, parce que c'était lui qui me semblait être le plus efficace dans le domaine en matière de tests, le professeur Raoul, parce qu'il en a fait presque 2000, je crois, lui tout seul.

12:38
Présentateur

Vous l'avez eu au téléphone il y a quelques jours, pourquoi vous vouliez lui parler ?

12:41
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, pour connaître le personnage, il était beaucoup critiqué. J'ai pensé que mon devoir, comme responsable d'une des oppositions, c'est d'entrer en contact. Vous savez, je suis entré en contact avec les syndicalistes de Luxfer. J'ai l'intention d'entrer en contact avec des responsables patronaux, pour essayer de bien me représenter la situation, et assumer en responsabilité les propositions que je fais, voir si c'est jouable ou pas, quand je parle de planification, prenons un exemple. M. Roux de Béziot, l'autre jour, a dit que même la nationalisation, le patron du MEDEF, a dit que la nationalisation, c'était pas un mot qui le choquait.

Bon, personnellement, je propose deux nationalisations, FAMAR et Luxfer, parce que ça c'est urgent, mais je comprends que cet homme peut être disponible pour le dialogue. Ben, c'est très important, parce qu'il y a là un compromis qu'il faut faire avec eux, pour planifier la mise en mouvement avec le patronat,

13:34
Présentateur

Il faudra mettre, Jean-Luc Mélenchon, tout le monde autour de la même table, pour reconstruire l'économie d'après, patronat, parti politique, syndicat. Vous êtes prêt à y participer, vous ?

13:44
Jean-Luc Mélenchon

Oh là là ! Écoutez, moi, j'essaie déjà d'être prêt, parce que c'est beaucoup de questions en une. Je me méfie un peu des grands comités rat à poil, parce que c'est beaucoup de monde qui parle, et on ne voit pas très bien comment on avance. Là, nous sommes dans des situations d'urgence, donc nous avons besoin d'un cadre de planification. Voilà. Je dis au gouvernement qu'il n'y aurait pas de honte pour lui, à dire que c'est une bonne idée. Je la lui fais cadeau, en plus, M. Macron, pour aller dans des usines, on le verrait, et ça serait très sympathique pour lui. Mais le sujet, c'est de mettre ça en place.

Après, le monde d'après, clairement, puisque tout le monde en parle, pour moi, le monde d'après, il commence maintenant. Si maintenant, on prend les bonnes habitudes de mettre l'entraide, la coopération, la démocratie au premier plan, ça sera toujours sa fille pour la suite.

14:27
Intervenant

Jean-Luc Mélenchon, ce monde d'après que vous dessinez, avec la planification, qui est votre mot d'ordre, des réquisitions, des nationalisations, est-ce que ce monde d'après, où l'action de l'État, l'action des pouvoirs publics, reprend le pouvoir, en quelque sorte, il est possible dans un seul pays ? Est-ce que la France peut faire ça seul dans l'environnement international qu'on connaît ?

14:45
Jean-Luc Mélenchon

C'est la grande question, bien sûr. L'environnement international qu'on connaît, aujourd'hui, c'est la Chine qui intervient partout pour livrer des masques, c'est Cuba qui envoie des médecins. Donc, j'avoue que le monde d'aujourd'hui nous laisse tous un peu perplexes.

14:57
Intervenant

Mais il faudrait que toute l'Union Européenne adopte votre programme, Jean-Luc Mélenchon.

15:00
Jean-Luc Mélenchon

Ah non, mais attendez, avant de nous désespérer, M. Dely, commençons par bien comprendre. Moi, je ne propose pas qu'on organise un modèle économique fait de nationalisation, de réquisition, et que sais-je encore, là, c'est le moment de la crise qui nécessite ce genre de moyens. Ce qu'on a d'ailleurs toujours fait dans le passé en France, quel que soit le gouvernement en place. Bon, sauf celui-ci, qui n'aime pas du tout l'idée de planification. Mais c'est pas grave, ça lui viendra, il sera obligé de le faire, parce qu'il n'y a pas de sortie de crise possible sans planification des moyens. Pour l'avenir, clairement, beaucoup de choses vont être remises en cause.

On voit bien, par exemple, que l'Union Européenne est une sorte de coalition d'égoïsme, et rien de plus. Comment se fait-il que ce soit les Cubains et les Chinois qui viennent aider les Italiens, et pas les Français et les Allemands ? Vous avez entendu...

15:48
Présentateur

Comment on force les 27 à s'entendre aujourd'hui, s'ils ne le souhaitent pas ? Et on l'a vu encore récemment sur la question de la mutualisation de la dette, qui est rejetée en bloc par certains pays, Pays-Bas et Allemagne en tête, qui ne disent pas question de payer pour les autres.

16:01
Jean-Luc Mélenchon

C'est une vision extrêmement mesquine, étroite et bornée. Il n'est pas question qu'ils payent pour les autres, qu'ils essayent de vivre sans les autres, et on verra comment ils feront. Enfin, ce n'est pas sérieux de la part de ces pays de continuer à maintenir des dogmes néolibéraux en pleine crise, qui est la démonstration que leur système ne fonctionne pas.

16:21
Intervenant

Justement, aujourd'hui, la France fait pression sur ces pays et n'arrive pas à les convaincre. Comment aller au-delà ?

16:26
Jean-Luc Mélenchon

Alors, précisément, c'est le moment où l'on s'aperçoit que les idées que nous avons défendues pendant quelques temps, je ne dis pas ça pour célébrer notre clairvoyance, mais enfin, de temps à autre, on peut le noter. On avait dit, écoutez, ou c'est plan A, et ils acceptent et on négocie, ou c'est plan B, c'est-à-dire qu'on s'organise sans eux. Moi, je serai aujourd'hui, pour que la France, évidemment, fasse la pression au maximum sur ses gouvernements, qu'elle demande déjà qu'on arrête le cirque néolibéral.

Est-ce que vous savez qu'au moment où ils nous refusent la coordination des moyens en Europe, ils sont d'accord pour ouvrir un accord de libre-échange avec le Vietnam, qui viennent d'accélérer la procédure pour faire entrer dans l'Union le Monténégro, l'Albanie, pardon, pas le Monténégro, l'Albanie, et le Kosovo, qui n'est même pas un État. Enfin, tout ça est absolument incroyable. Ces gens continuent à vivre leur vie dans la routine néolibérale, alors que le néolibéralisme a conduit à cette catastrophe. Est-ce que l'Europe peut mourir dans cette crise,

17:24
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, comme l'a dit récemment Jacques Delors, en disant qu'on est au bord de l'explosion aujourd'hui ?

17:29
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais on a intérêt à faire bien attention à ce qu'on fait, parce qu'on n'a pas intérêt à rajouter du chaos au chaos. Aujourd'hui, l'Europe n'existe pas, l'Union européenne ne joue aucun rôle. Là, simplement, elle a voté quelque chose d'utile à l'initiative d'un insoumis, le député président de la commission des régions, le député Younous Omarji, qui a provoqué le fait qu'on délibère au plus vite pour libérer les fonds structurels pour les régions. Mais sinon, autrement, l'Union européenne n'existe pas. Elle ne fait rien, elle ne sert à rien. Donc, laissons-la dormir dans son coin, parce qu'il n'y a rien à en tirer. Mais essayons de prévoir, déjà, d'organiser des solidarités.

Voyons avec l'Italie et l'Espagne comment on peut s'entraider les trois pays latins qui sont méprisés par l'Allemagne, et les Pays-Bas qui nous traitent de Club Med. C'est un vocabulaire qui est insupportable. Le premier ministre des Pays-Bas, vous avez vu comment il a parlé de l'Italie. L'Italie qui est en plein drame. Eh bien, celui-là trouve le moyen de dire comment ça se fait, vous n'avez pas fait d'économie. Eh bien, en gros, débrouillez-vous. Je pense que ce n'est pas raisonnable du tout de leur part.

18:31
Présentateur

8h51, vous restez avec nous. On se retrouve dans un instant. D'abord, le fil Info avec Lauriane Delanoë. Jean-Luc Mélenchon appelle à la nationalisation de deux entreprises pour lutter contre le coronavirus. Luxfer, qui produit des bouteilles d'oxygène. Famar, pour des médicaments. Le chef de file de la France Insoumise, invité de France Info, demande à l'Etat de prendre en charge la coordination des moyens. Des lits se libèrent dans les services de réanimation d'Île-de-France saturés. 36 patients conduits en TGV vers des hôpitaux de Bretagne ce midi. L'Agence Régionale de Santé organise d'autres transferts pour ce soir ou demain.

Le confinement et autres mesures contre le Covid-19 sauvent des vies. 59 000 morts évités dans 11 pays européens, dont 2 500 en France. C'est la conclusion d'une étude menée par des chercheurs britanniques. Pensez-vous déjà à l'après-confinement ? Que faudra-t-il changer selon vous dans notre société, dans notre économie ? Appelez-nous 01 56 40 41 11. On en discute sur France Info dans une vingtaine de minutes avec le politologue Dominique Reynier. France Info. Et tout est plus clair. Il nous reste 5 minutes Jean-Luc Mélenchon et je voudrais qu'on aborde, même si on l'a déjà fait largement avec vous, les questions liées à l'économie et à la situation en ce moment en France.

Le gouvernement, par la voix d'Agnès Pannier-Runacher, a annoncé hier soir que tous les patrons qui bénéficient en ce moment d'une aide publique pour sauver leur entreprise devront accepter en échange une baisse de leur rémunération, baisse de 25%. Je ne vais pas vous demander si vous applaudissez, j'ai bien compris que vous ne me répondriez pas si je vous pose la question comme ça. Mais est-ce que l'effort doit être aussi fait par le haut, par les premiers de cordée ?

20:07
Jean-Luc Mélenchon

Franchement, je ne comprends pas ce genre de décision. Parce que si on dit qu'il faut remplir les caisses de l'Etat et en effet il faut les remplir, alors on rétablit l'impôt sur la fortune parce que ça c'est 3 milliards. Et on pourrait même, vous voyez je suis prêt à faire une concession, leur dire écoutez c'est rétabli provisoirement jusqu'à ce que ça le soit définitivement, mais pourquoi pas, ça peut être maintenu. En tout cas maintenant, rétablissez l'impôt sur la fortune, ça c'est 3 milliards. Pourquoi l'idée de diminuer les salaires des patrons ?

Je veux bien qu'on les diminue, ça dépend de quel patron on parle, parce qu'il y a un très grand nombre de patrons, de petits entrepreneurs et ainsi de suite, j'aime mieux vous dire que 25% de paye de moins, ça va faire dur pour eux. Mais ce n'est pas le sujet tout ça, il me semble que c'est de l'agitation plutôt que du travail sérieux sur le fond. Je parle de l'impôt sur la fortune. Pareil, le fait qu'on dise ne pas distribuer de dividendes, bon ben voilà ça c'est une idée, mais à condition que ça aille dans la production. Sinon ça sert à quoi ? Si c'est pour faire de la trésorerie, la placer en banque et spéculer avec.

Donc il faut à chaque fois dire à quoi est destiné l'effort que l'on fait.

21:10
Présentateur

Comment est-ce qu'on peut interdire à une entreprise qui fait des bénéfices de réinvestir l'intégralité dans la production et pas de le placer en banque comme vous venez de le dire ?

21:23
Jean-Luc Mélenchon

Et bien précisément, ça se fait à partir du moment où les salariés de l'entreprise sont capables d'intervenir dans la gestion de l'entreprise, si on leur demande leur avis, ils vont vous dire eux les machines qu'il faut changer, celles qu'il faut améliorer, quelles sont les matières premières etc. N'ayez pas peur des employés et des ouvriers quoi.

21:41
Présentateur

Par quel cadre légal donner la parole aujourd'hui aux salariés d'un grand groupe par exemple pour qu'ils imposent leur vue aux dirigeants et aux conseils d'administration ?

21:50
Jean-Luc Mélenchon

Parce que vous serez surpris de la capacité d'initiative. Je vais vous donner pardon...

21:56
Intervenant

C'est l'autogestion Jean-Luc Mélenchon c'est ça ? Vous prenez planification et autogestion ?

22:00
Jean-Luc Mélenchon

Dans le moment ça signifierait une réorganisation complète de l'économie, c'est pas ça qui est à l'ordre du jour. Ce qui est à l'ordre du jour c'est de prendre des mesures qui nous permettent de faire face à la situation. Mais dans le futur monsieur Dely, oui certainement qu'il faudrait piloter les entreprises différemment. Le gouvernement a supprimé à peu près tous les comités qui existaient dans les entreprises, il les a supprimés. Comité Hygiène et Sécurité, Comité des délégués etc. Tout ça a été fusionné en une seule instance.

Et aujourd'hui on se trouve en quelque sorte privé des moyens de ce que beaucoup appellent le dialogue social, qui veut dire en réalité de quelle manière les salariés, qui sont les premiers experts de la production, sont capables d'intervenir. Ecoutez tout à l'heure, pardon, laissez-moi juste préciser une idée. Nous allons au-devant d'une pénurie de médicaments. Il faut donc, hier le ministre Béran a répondu d'une manière totalement fausse, qu'il n'y en aurait pas. Alors nous avons Sanofi, Biomérieux, Cermier, les producteurs de génériques, qu'est-ce qui empêche de les réunir ?

Séance tenante, les patrons, les dirigeants de ces entreprises pour leur dire messieurs, mesdames, voilà de quoi nous avons besoin maintenant, tout de suite, au boulot. Mettez-vous-y parce qu'ils savent fabriquer tout ça. L'entreprise Famar dont je parle, elle produit 12 médicaments dont on a besoin. Voilà l'état d'esprit qu'il faut répandre. À partir du moment où on travaille comme ça, si le chef de l'État est sincère dans ses déclarations sur la nécessité de relocaliser les productions en France, alors il aura les outils, il aura découvert par où ça passe.

23:27
Intervenant

Dans ce contexte, Jean-Luc Mélenchon, où un certain nombre de salariés, puis aussi de fonctionnaires sont en première ligne face au danger, face au péril de l'épidémie d'ailleurs, et travaille tous les jours, à commencer par les personnels de santé évidemment, la Fédération CGT des services publics a déposé un préavis de grève qui court sur tout le mois d'avril. Est-ce que vous trouvez que c'est une initiative judicieuse et qu'effectivement un appel à la grève dans cette période actuelle est judicieux ?

23:54
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, M. Dely, un préavis de grève, ça ne veut pas dire la grève. Que sont en train de faire les organisations syndicales ? Puisque, comme beaucoup d'autres, elles n'ont pas été entendues quand elles disent nous n'acceptons pas qu'on continue à envoyer des gens au travail sans aucune protection. Est-ce que vous entendez, M. Dely, que les gens qui disent ça depuis bientôt un mois, maintenant commencent à avoir de plus en plus peur ? Et ils ne sont pas entendus. – Ces gens-là, vous les incitez à faire jouer leur droit de retrait ? – Alors, non, moi je n'incite à rien du tout, je ne suis pas dirigeant syndical. C'est aux syndicalistes de faire ça. Moi je suis un responsable politique.

Mon sujet, c'est si je devais gouverner demain matin le pays, par quel bout j'empoignerais les problèmes. Bon, hier j'ai vu le président de la République aller dans une usine qui fabrine des basques, et bon, il a dit toutes sortes de choses passionnantes, mais la vérité c'est que je me suis dit mais cet homme n'a pas compris que le sujet ce n'est pas d'aller voir ceux qui produisent déjà des masques, la question c'est de savoir comment les autres entreprises du textile, il y en a 100 dans le pays, il y a 100 000 travailleurs dans ce pays qui sont dans le textile, comment les autres produisent des masques ? Il s'agit maintenant d'organiser le développement de la production de masques.

Bon, voilà mon sujet, ce n'est pas comment ceci ou cela. Alors je reviens sur la grève parce que vous m'avez posé une question et qu'elle mérite une réponse.

25:06
Présentateur

Oui, la grève et le droit de retrait ce n'est pas la même chose.

25:08
Jean-Luc Mélenchon

J'ai tout à fait compris mais je termine sur la grève. Allez-y. J'estime que c'est une alerte que lancent les syndicats qui disent au pouvoir public vous ne pouvez pas nous demander, contradictoirement, d'une part d'être confiné, d'autre part d'aller au travail, et troisièmement de ne prendre aucune précaution au travail contre le fait qu'on tombe malade. Donc ils ont le droit, je pense qu'ils tirent une sonnette d'alarme. C'est pour ça que je vous parlais du textile, c'est parce que le pouvoir doit maintenant dire dans quel délai il va fournir autant de masques qu'il en faut à ceux qui produisent bon sang. Les gens ne peuvent pas en échange d'une paille aller risquer leur vie.

Aujourd'hui ça existe dans une catégorie, c'est les militaires. C'est les seuls fonctionnaires qu'il y a un contrat dans lequel leur vie est en jeu. Tous les autres, non. Enfin, on ne va pas au boulot pour y mourir, c'est pas ça le sujet.

25:53
Présentateur

Merci à vous Jean-Luc Mélenchon. J'aurais voulu vous interroger, mais on n'a plus le temps malheureusement également, et interroger cette fois le député des Bouches-du-Rhône sur la disparition de l'ancien président de l'OM, Pape Diouf, homme engagé, qui avait d'ailleurs brigué la mairie de la ville en 2014, engagé dans l'antiracisme. Malheureusement, je n'aurais pas le temps de le faire. Merci infiniment Jean-Luc Mélenchon d'avoir passé cette demi-heure avec nous. Dans quelques instants, il sera 9h.