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interviewLe Média (sur YouTube)· 24 février 2022 8 min

MÉLENCHON, L'ÉCHAPPÉE CONFIRMÉE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Aujourd’hui on va étudier la différence entre L’Avenir en commun, l’Union populaire, la France insoumise, Nous sommes pour !, et le Parti de gauche. Nan je déconne j’y comprends rien !

C'est un peu compliqué à comprendre, mais bon, vous avez qu'à y réfléchir On va plutôt se regarder des éditorialistes bien mainstream devoir concéder que Mélenchon est le numéro 1 à gauche. Ça en ce moment c’est mon petit plaisir, mon petit feel good. La tête de Ruth Elkrief ou de Christophe Barbier quand on leur met sous les yeux un JLM à 12%.

C’est pas beaucoup ! Donc on va se poser, avec un petit lait-fraise, et on va jouer à Qui veut gagner l’Elysée ? Vous voyez il y a encore un petit piège, là.

Le vote utile, c'est toujours un vote futile. Parce que le seul vote qui est important pour une citoyenne ou un citoyen, c'est celui qui fait le bien de tous C’est Jean-Luc Mélenchon, mais celui de 2017. Le vote Mélenchon c'est pas le vote utile, c'est le vote futile.

Oui il y a aussi Véran en fait. C'est l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, qui a officiellement lâché le terme la semaine dernière : Aujourd'hui c'est évident que le vote utile à gauche, c'est le vote Mélenchon. Puisque c'est lui qui est professionnellement... qui fait la meilleure campagne Qui est en train d'arrondir les angles... ...est capable de répondre à l'ensemble des questions, qui est structuré, qui est cultivé ...qui a l'expérience d'une campagne présidentielle, qui sait prendre des coups ...c'est lui le plus solide Le vote utile, c'est-à-dire le fait de voter non pour son candidat favori, mais pour celui qui a le plus de chances de faire le meilleur score.

Ça fait vingt ans que les socialistes culpabilisent les électeurs des petites formations de gauche par l’appel au vote utile pour le candidat du PS. Donc c'est assez ironique de voir que les choses s’inversent. Y'a pas de match à gauche, c'est lui en tête.

L’insoumis fait depuis le début la campagne en tête ; mais depuis deux semaines, il réalise une échappée, comme on dit en cyclisme. Les sondages le donnent à 11, 11,5 %. C’est la conjonction d’une petite montée de Mélenchon, et d’une baisse de ses concurrents (notamment due à l’arrivée de Taubira).

Son poursuivant de gauche le plus proche, Yannick Jadot, est donné à 5%. En 2017, à la même période, Benoît Hamon brandissait le vote utile contre Mélenchon parce qu’il le devançait de deux ou trois points. A la mi-mars les courbes se croisèrent.

Mélenchon devenait le vote utile pour des électeurs socialistes qui voyaient leur candidat baisser de sondage en sondage. Il est dans l'idée qu'il peut refaire le scénario de la dernière campagne C'est-à-dire qu'il était peu de temps auparavant sous-estimé aussi, puisqu'il est longtemps resté à 10-11-12%, et il a fini à la dernière élection à 19%. C’est donc un pari réussi pour les insoumis.

En évitant tout accord ou primaire avec les autres partis, ils comptaient en fait sur une sorte de “primaire dans les sondages” pour les placer en tête à partir de janvier ou février. À partir de maintenant ils pourraient bien faire jouer le vote utile auprès des électeurs des autres formations de gauche. Aujourd'hui, beaucoup d'électeurs du Parti socialiste, du centre-gauche, de ces sociaux-libéraux, ils préfèreraient avoir Mélenchon au 2e tour que d'avoir Marine Le Pen, Zemmour, ou Valérie Pécresse.

Dans ces conditions, si Mélenchon le joue bien - il est pas mauvais en campagne électorale présidentielle d'habitude - il y a peut-être un petit chemin. Pour ne pas être accusés de se contredire, Le vote utile, c'est toujours un vote futile les insoumis ont développé un petit élément de langage : Moi je préfère parler de "vote efficace" Pourquoi nous n'aimons pas la terminologie du "vote utile" ? Parce que par le passé nous en avons souffert nous-mêmes, et que nous considérons qu'en démocratie il n'y a pas de vote futile.

Il n'y a jamais trop de démocratie, les électeurs doivent pouvoir se déterminer, et à la rigueur tout le monde est légitime à pouvoir présenter ses options devant les Français. Il essaye de défendre l'idée que les gens ne vont pas vers l’Union Populaire parce que Mélenchon serait le mieux placé dans la course des petits chevaux, mais parce qu'il est le seul à pouvoir rompre efficacement avec le libéralisme autoritaire de Macron, contrairement aux sociaux-libéraux du Parti socialiste, ou à des partis comme EELV et le PC, qui sont toujours tentés de renouer des alliances avec le PS. Mais ce qu’il y a de remarquable depuis une dizaine de jours, c’est que les éditorialistes s’entendent pour donner une sorte de prime à Mélenchon par rapport aux autres candidats de gauche.

On s’en écoute quelques-uns. C'est peu probable, mais c'est pas impossible que Mélenchon soit au second tour, je suis désolé Une partie de l'électorat de gauche peut se dire "le vote utile est là, il y a des bons meetings, ça monte, il y a des idées intéressantes" Jean-Luc Mélenchon à mon sens, je ne fais pas de pari, mais je pense qu'il ira beaucoup plus haut dans cette campagne C'est le troisième ! On n'est pas à l'abri d'avoir une surprise qui concernerait Jean-Luc Mélenchon Il faut se représenter comment travaillent ces squatteurs de plateaux.

Ils doivent dire quelque chose tous les jours, dans une chronique ou dans un débat. Pour savoir quoi dire, ils font une chose très simple : ils écoutent ce que leurs collègues ont dit, et ils répètent ; et ça se recopie, et ça bavarde. Il se forme donc des boucles au sein de laquelle une information devient à la mode, se répète et passe pour importante auprès de tout ce petit monde.

C’est que Bourdieu appelait la “circulation circulaire” de l’information. Pour savoir ce qu'on va dire il faut savoir ce que les autres ont dit C'est à la fois pour être dans le coup, pour voir ce qu'ils ont fait, etc. Pour se démarquer, mais se démarquer... c'est souvent des différences infinitésimales auxquelles les journalistes accordent une importance fantastique et qui passent complètement inaperçues des téléspectateurs.

Tu peux avoir un Mélenchon à 10% pendant des mois mais les journalistes politiques sont comme ça : “oui, alors la campagne d’Hidalgo, oui, très bien”. Et d’un seul coup, la machine s’emballe ! Moins parce que Mélenchon a réussi à gagner 1%, que parce que cette information a réussi à rentrer dans cette circulation circulaire qui permet aux éditocrates de bavarder. "On a niqué TF1 !" Sauf que cette fois-ci, on n'a pas le “Ah !

Mélenchon ! Venezuela !”, mais on a plutôt du “Mélenchon, hum, dynamique intéressante”.

Jean-Luc Mélenchon mène une très bonne campagne Et ça, ça crée un climat, ça contribue à installer dans l’opinion publique l’idée qu’un accès au second tour est possible. Ce qui peut produire des dynamiques autoréalisatrices. Les gens peuvent se dire que les propositions de Mélenchon ne sont pas condamnées à rester une utopie.

Le risque étant que cette mise en avant ne se réduise à une question de sondage, de dynamique abstraite, de vote utile, éclipsant le fait que les insoumis parviennent à convaincre, que leurs propositions ou leur positionnement rencontrent des attentes réelles dans le pays. Et s'il y a bien une chose qui ulcère ces éditorialistes, c'est bien ça. Bah oui je suis une tortue sagace, d'accord, je suis une tortue électorale.

J'avance doucement, et j'épuise les lièvres Ben on verra ça. On se retrouve la semaine prochaine. La tortue tenace, euh...

C'est la petit bête qui monte...

Car comme dirait Fabien Roussel, "Rien ne sert de l'ouvrir, il faut la cuire à point."