Le dossier Laurent Vinatier et le Mercosur... Le "8h30 franceinfo" d'Aurélie Trouvé
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Bonjour Aurélie Trouvé. Moscou a annoncé hier avoir fait une proposition à la France pour libérer le chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis un an et demi, qui pourrait être jugé pour espionnage dans les prochaines semaines. Emmanuel Macron se dit pleinement mobilisé pour obtenir sa libération le plus vite possible. Brigitte Vinatier, la maire de Laurent Vinatier, était notre invitée ce matin sur France Info.
Les déclarations du président Macron et du ministre Jean-Noël Barraud nous réconfortent beaucoup et nous font chaud au cœur. De toute façon, nous avons toujours dit que nous faisions une pleine confiance aux autorités françaises. On ne savait pas trop, évidemment, s'ils pouvaient vraiment dialoguer avec ce qui se passait en France, avec les autorités russes. Et pour nous, ce ne sont que de bonnes nouvelles.
Brigitte Vinatier fait confiance à la diplomatie française. Est-ce qu'on peut faire confiance à la Russie ?
Déjà, elle a raison de faire confiance à la diplomatie française. Il n'y a aucune raison de penser qu'ils ne font pas tout le travail nécessaire. Et d'abord, je vais avoir une pensée aussi pour, nous venons d'écouter la maire de M. Vinatier, une pensée pour M. Vinatier et ses proches. On est en pleine fête de fin d'année. Et j'imagine à quel point ça doit être extrêmement difficile de passer ces fêtes loin de sa famille. C'est aussi un regain d'espoir pour la famille. Moi, ça me touche d'autant plus qu'il est par ailleurs un chercheur. Je suis chercheuse de métier et aucun chercheur ne devrait être emprisonné pour cette raison. Sur la diplomatie en elle-même ?
Et sur la diplomatie en elle-même, nous sommes en pleine délicate négociation diplomatique. Donc vous me permettrez, en tant qu'élue française, et je crois que c'est de ma responsabilité, de ne rien dire ici qui puisse perturber d'une quelconque façon ce qui est en train de se dérouler. Je veux juste dire que, comme tous les Français ici, notre principale priorité, c'est la libération de M. Vinatier au plus vite.
Mais est-ce qu'on peut voir une forme de dégel des relations entre la France et Moscou ? Puisqu'on a vu Vladimir Poutine dire qu'il était prêt à discuter de nouveau avec Emmanuel Macron à propos de l'Ukraine notamment. Est-ce qu'il faut voir un dégel ? Déjà même un grand mot.
Nous verrons, mais si vous arrivez à la question de l'Ukraine, d'abord je veux redire évidemment qu'il faut tout faire pour aider l'Ukraine à se reconstruire. Évidemment, il y a un débat sur la façon de le faire. On a des désaccords avec le gouvernement de plusieurs points de vue. Mais ce que je veux dire, c'est que surtout il est urgent que la France, l'Europe et l'Ukraine, elles-mêmes, reviennent à la table des négociations. Parce qu'en l'occurrence, tout se passe essentiellement entre Poutine et Trump. Et ça, c'est inacceptable.
Est-ce qu'il faut qu'Emmanuel Macron reprenne contact avec Vladimir Poutine ? Il disait ces derniers jours que ça pourrait être utile. Vladimir Poutine semble aussi ne pas y être hostile. C'est le moment que la France reparle directement à la Russie ?
Oui, alors il y a beaucoup d'erreurs à rattraper de la part de M. Macron, malheureusement, du président de la République, parce qu'il a changé de posture et de discours. Je ne sais combien de fois, ce qui fait que ça a d'ailleurs décrédibilisé la France dans les négociations. Et aujourd'hui, l'Europe elle-même est vraiment laissée de côté. Donc, voilà, j'ai envie de vous dire, les dirigeants politiques, malheureusement, de l'Europe et de la France n'ont pas fait tout ce qu'il fallait pour justement entretenir ces relations diplomatiques avec l'ensemble des partis concernés, et notamment l'Ukraine et la Russie.
Et donc, oui, il est urgent de revenir autour de la table parce que, enfin, je rappelle quand même que l'Europe a une très très grande frontière en commun avec l'Ukraine et que nous sommes aux premières loges.
Et des pays de l'Union Européenne qui sont très inquiets des velléités potentiellement de la Russie pour ces prochaines années.
Voilà, et vous permettrez aussi d'avoir une pensée dans ces fêtes de fin d'année pour toutes les populations qui sont encore sous les pombes de la Russie. Vous le savez, la France insoumise a été une des premières forces politiques à dénoncer en France l'agression par la Russie de l'Ukraine.
Aurélie Trouvé, l'ancien commissaire européen Thierry Breton est persona non grata aux Etats-Unis, privé de visa, à cause de ces mesures en Europe de régulation des plateformes numériques. La France et l'Union Européenne ont condamné cette décision américaine. Est-ce que la réponse européenne est à la hauteur ? Dire qu'on condamne, est-ce que ça suffit ? Ça ne suffit pas, voilà.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? Ça ne suffit pas. Alors, évidemment, je veux dire que M. Breton a fait un gros travail. C'est pour ça d'ailleurs que M. Trump et les Etats-Unis, aujourd'hui, font de la provocation, mais l'interdise de territoire, parce qu'il a agi, c'est vrai. L'Europe n'a pas suffisamment agi, mais M. Breton, en tant que commissaire européen, a agi.
Vous rendez-vous à son action, en tout cas ?
Bien sûr, c'est sans doute la seule, pour l'instant, qui a été efficace. Il a agi contre les plateformes numériques et leurs régulations. Maintenant, on ne va pas assez loin. Notamment, nous, nous avons demandé dans le budget français, que les plateformes numériques, les GAFA, les fameuses GAFA, les multinationales du numérique américaine, puissent être davantage taxées, parce que vous savez qu'elles sont vraiment sous-taxées. Elles font de la... Voilà, le terme est un peu gentil, d'ailleurs. Elles font de l'optimisation fiscale, en l'occurrence de l'évasion fiscale, et elles ne payent pas leur juste part d'impôts en France et en Europe.
Mais sur cette réponse, je pense qu'on ne peut pas faire à l'échelle française juste taxer les GAFA de l'autre côté.
Alors, ça, c'est tout à fait faux. Nous pouvons évidemment taxer davantage les GAFA à l'échelle française. Nous l'avons exigé, nous, la France insoumise. Malheureusement, ça n'a pas été retenu dans le budget, mais c'est une des mesures. Je vais vous dire surtout, c'est qu'en 2025, on a accepté un accord inacceptable avec les États-Unis, qui ont été imposés par M. Trump, et notamment qui nous oblige à acheter massivement de l'armement américain plutôt que de développer notre propre industrie de l'armement européenne, notamment de défense. Nous avons accepté un accord qui fait qu'il y a, par exemple, des tonnes de produits agricoles qui arrivent à des droits de doigt nuls des États-Unis.
Donc, tout ceci est inacceptable. C'est une humiliation pour la France et l'Europe.
Avec ce qui se passe pour Thierry Breton, est-ce qu'il faut remettre en cause, être plus ferme vis-à-vis des États-Unis ?
Ça prouve qu'il faut être beaucoup plus ferme vis-à-vis des États-Unis, et M. Trump n'entend que cela. Il faut arrêter de penser que parce qu'on est gentil et qu'on fait des accords qui sont délétères pour notre industrie et notre emploi, eh bien M. Trump sera plus gentil. Je veux dire, ceci est complètement contre-productif.
Est-ce qu'il faut convoquer l'ambassadeur, par exemple ?
Alors, ça fait partie... En tout cas, il y a différentes initiatives diplomatiques possibles, mais je veux vous dire, ce qu'il faut surtout faire, c'est nous protéger davantage vis-à-vis des États-Unis et de ces multinationales. Parce qu'aujourd'hui, je le redis, les multinationales américaines pratiquent de l'évasion fiscale parce qu'aujourd'hui, nous avons un accord inacceptable qui a été signé avec les États-Unis. Donc, il faut protéger aussi davantage commercialement l'Europe vis-à-vis des États-Unis.
Voilà pour la réplique que vous souhaitez après cette sanction à l'égard de Thierry Breton. Aurélie Trouvé, on va parler d'un dossier industriel français après le placement en liquidation judiciaire du fabricant d'électroménagers Brandt. Il y a une offre de reprise du site d'Orléans de la part du PDG de Thomson Computing. Il propose de reprendre 150 salariés sur 300, de rediriger l'activité vers l'informatique. Vous étiez allée soutenir les salariés de Brandt la semaine dernière. Est-ce que cette solution est satisfaisante, selon vous ?
On ne peut jamais se satisfaire d'un projet de reprise où il y a seulement 150 salariés sur 750 qui vont rester. Écoutez, moi, je discutais avec les salariés qui étaient à la manifestation à Orléans. Je veux dire, ça vous brise le cœur. Mais pour ces salariés, évidemment, pour tout leur savoir-faire, parce que certains sont depuis 20 ans, 30 ans dans cette usine. C'est Brandt. Tout le monde connaît la marque Brandt, n'est-ce pas ? C'est une des dernières usines, grandes usines d'électroménagers françaises. On parle du Made in France. Mais que fait la France, l'État français, le gouvernement, pour sauver l'industrie française ? Les boîtes, elles ferment les unes après les autres.
Je vais vous dire, je ne suis pas seulement révoltée pour les salariés, mais pour la souveraineté industrielle française. Je suis révoltée parce qu'aujourd'hui, il y a moins de 10% de l'emploi désormais dans l'industrie.
Qu'est-ce qu'il faudrait faire concrètement pour sauver Brandt et les autres industries françaises qui, effectivement, souffrent ces derniers mois ?
Déjà que le gouvernement agisse. Je suis désolée, mais ça fait... Agisse comment ? Agisse, tout simplement, il manquait quelques millions d'euros, voyez-vous, sur la table. Il manquait quelques millions d'euros. Pourquoi n'a-t-on pas aujourd'hui une banque publique qui agit dans ces cas-là ?
Le tribunal de commerce, effectivement, avait rejeté, début décembre, le projet pour...
Alors, il y a une question sur les tribunaux de commerce, par ailleurs, parce que moi, je suis désolée, mais cette décision du tribunal de commerce est difficilement compréhensible. Il y avait un projet de coopérative de salariés qui était sur la table. Mais au-delà, on devrait... Une scope, mais l'agisse a considéré que ça n'était pas viable. Oui, eh bien, alors, ceci dit, c'est vrai qu'ils n'ont eu que quelques jours, les salariés, pour construire cette proposition. Donc, évidemment, en quelques jours, ils n'ont pas été capables, mais personne ne le saurait, de proposer quelque chose qui soit vraiment solide.
Mais c'est là que l'État aurait dû intervenir, mettre toutes ses forces pour que ce soit viable, mettre beaucoup plus d'argent public sur la table. Il s'agit quand même de 750 emplois. Et puis surtout, pourquoi le gouvernement, aujourd'hui, ne propose-t-il pas une grande loi pour sauver l'industrie ? Par exemple, alors moi, je l'ai fait, j'ai déposé une loi qui soit un droit de préemption des salariés dans ce cas-là. C'est-à-dire que leur projet de reprise soit prioritaire dans les tribunaux de commerce. Qu'ils aient l'information bien avant aussi pour monter leur projet de coopérative. Ça n'a pas fonctionné pour Brandt. Oui, et pas seulement pour Brandt.
Est-ce que, quand même, cette proposition de reprise par Thomson Computing, le gouvernement dit qu'il faut étudier ce dossier, mais qu'il faut une analyse approfondie ? Ça veut dire qu'il faut rester très prudent, y compris avec cette offre de reprise ?
Alors, par ailleurs, là aussi, il va se poser la question. Qu'est-ce que l'État et la Banque publique d'investissement sont prêts à faire ? Moi, j'ai interrogé, interpellé le patron de la Banque publique d'investissement récemment qui dit qu'on n'aide pas les entreprises en difficulté. Mais à quoi sert la Banque publique d'investissement ? À quand un grand pôle public bancaire pour aider les entreprises en difficulté à se reconvertir ? Il y a quelques semaines encore, Novasco, grande entreprise sidérurgique, Camille, qui a fermé aussi avec des centaines d'emplois. Et d'ailleurs, j'ai une pensée pour eux. La nationalisation, c'est une option ?
Et pour tous ces ouvriers qui subissent, ces techniciens, ces cadres qui subissent les plans de licenciement. Et encore une fois, je vous le dis, la France ne peut pas finir comme un pays de plateforme logistique et de tourisme. On est quand même capables aujourd'hui de produire de l'électroménager, de l'acier et de la chimie et des médicaments quand même. On ne va pas tout importer, vous vous rendez compte ?
Est-ce qu'il faut nationaliser Brandt par exemple ? Vous l'avez proposé pour d'autres usines comme ArcelorMittal.
Alors là, en l'occurrence, il y avait un projet de coopérative qui, je pense, tenait la route. Donc la nationalisation n'est pas toujours la solution. Mais il est vrai, du coup vous me permettez de le dire, que parfois, en dernier recours, il faut une nationalisation. C'est le cas d'ArcelorMittal. Vous savez que ma proposition de loi, qui était dans la niche parlementaire de la France insoumise, a été adoptée à la majorité des députés de l'Assemblée nationale. Ça va passer maintenant au Sénat. Ou ça sera rejeté ? Eh bien nous verrons parce que tout le monde pensait que ce serait rejeté par les députés de l'Assemblée nationale. Ça a été adopté à la majorité des députés.
Donc vous voyez, je pense que la France est dans une telle situation. Le gouvernement ne fait tellement rien que, heureusement, il y a des propositions de loi des députés qui finissent par passer. Donc je le souhaite vraiment à l'encher. Je vais vous dire, parce que, alors on verra, mais je vais vous dire quand même, l'enjeu il est de taille. Il s'agit, oui ou non, d'être capable en France de produire de l'acier dans 5 ou 10 ans. C'est tout simplement ça. Sommes-nous capables dans 5 ou 10 ans de produire de l'acier ? Parce qu'un seul hormital, c'est la quasi-totalité de l'acier français.
Le 8.30 France Info, Aurélie Herbemont, Benjamin Fontaine. Nous sommes toujours avec Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis. Aurélie Trouvé, des agriculteurs sont encore mobilisés dans le Sud-Ouest contre le protocole sanitaire pour faire face à la dermatose nodulaire contagieuse, à savoir des abattages systématiques du troupeau dès qu'un bovin est contaminé. Les agriculteurs qui occupaient l'autoroute A64 dans les Pyrénées-Atlantiques vont toutefois lever le camp à midi. Mais ça ne signe pas la fin des actions pour Benjamin Lost, porte-parole de la Coordination Rurale 64. On est très dessus parce que notre but de rentrer sur l'autoroute, c'était la levée de l'abattage total.
Après, nous sommes quand même un peu réconciliés dans le fait qu'on a pu échanger énormément avec M. le Préfet sur plusieurs points. Donc on a réussi à obtenir des avancées concrètes avec lui sur le département. On n'a pas perdu la bataille. On a essayé de cette manière-là. Ça n'a pas fonctionné, on va le faire différemment. C'est-à-dire qu'on a le temps. Moi, pour ma part, je suis stéréalier. Avant le 15 février, je ne suis pas dans les champs. J'ai le temps, je suis au 15 février, il n'y a pas de problème. Les blocages contre l'abattage des bovins, c'est légitime ? Oui, je partage leur colère.
Ils ont raison d'être en colère, tous ces éleveurs. Je veux rappeler que les éleveurs de viande, notamment qui font des vaches pour la viande, ces éleveurs ont parmi les revenus les plus faibles du monde agricole. Et ces éleveurs subissent à la fois cette crise sanitaire, cette maladie, la dermatose nodulaire, et une gestion catastrophique par le gouvernement. J'y reviendrai. Je juge que ce n'est pas la bonne solution ? Ce qui est la solution, c'est d'abord... C'est les scientifiques et les vétérinaires qui disent qu'il faut abattre. Non, ce n'est pas les scientifiques.
Ce que dit notamment l'EFSA, mais ce que disent aussi les services vétérinaires européens, c'est que la priorité, ça doit être une vaccination généralisée. Vous préconisez la vaccination généralisée et de ce fait, ça permet un abattage ciblé des bêtes malades et surtout, évidemment, zéro circulation des bêtes quand une zone est touchée. Et je veux dire que... Sauf que la vaccination généralisée, ça bloque les exportations de viande. Je veux dire d'abord que nous alertons la ministre, la France Insoumise, depuis cet été. Depuis cet été, nous lui avons dit qu'il faut passer à la vaccination généralisée. Et aujourd'hui, on nous dit qu'il n'y a pas assez de vaccins.
Excusez-moi, ça fait six mois maintenant que les vaccins auraient dû être disponibles. Ensuite, j'en arrive à ceci. Ça bloquerait les exportations. En fait, les principaux pays vers lesquels nous exportons, c'est l'Espagne et l'Italie, qui sont également touchés. Il suffirait d'avoir des accords bilatéraux d'exportation-importation avec ces pays-là. Et c'est tout à fait possible. C'est plus compliqué avec les pays asiatiques. Une vaccination généralisée, évidemment, ça pose un problème qui est que nous sortons potentiellement de ce statut dit indemne. Et que du coup, ça demande effectivement des accords bilatéraux. Mais c'est tout à fait possible.
Ensuite, je vais vous dire, ça pose une autre question, qui est celle de notre modèle d'élevage. Parce qu'on ne peut pas se satisfaire de la situation. C'est-à-dire aujourd'hui que l'élevage de bovins à laitants, pour produire de la viande, il est essentiellement exportateur d'animaux vivants vers un certain nombre de pays. Mais on importe massivement de la viande. Donc il faut reconstruire toute une filière qui permette d'abattre en France. Et ça permettrait de restaurer tous les abattoirs. Ça permettrait aussi de rapatrier la valeur ajoutée. Parce qu'aujourd'hui, on vend ces animaux à un prix beaucoup trop faible. Donc il faut reconstruire aussi.
Et ça, pourquoi rien n'a été fait depuis tant et tant d'années ? Et je vais vous dire aussi, les éleveurs sont en colère. Parce que dans le même temps, ils vont subir, et je l'espère que ce ne sera pas le cas, mais ils risquent de subir le vote d'un accord de libre-échange avec le mercosur.
L'accord avec les pays du Mercosur, vote, signature qui a été reportée au 12 janvier. Parce que la France et l'Italie ont dit à la Commission européenne que c'était trop tôt avant Noël. Est-ce que vous pensez pouvoir éviter la signature de ce traité de libre-échange, sachant que la France est très minoritaire en Europe pour le bloquer ?
Alors là encore, il y a beaucoup de colère des éleveurs contre le gouvernement et le président de la République. Et ils ont raison. Et là, tous les syndicats agricoles sont en colère. Pourquoi ? Le président aussi considère qu'il ne le contenait pas dans cet accord. Ça fait des années que M. Macron aurait pu retirer la France du mandat de négociation. Il aurait pu bloquer ce mandat de négociation depuis des années. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Il a été dans l'ambiguïté permanente. Jamais il n'a dit « je m'oppose » à cet accord tout court. À chaque fois, il a trouvé des biais, des détournements pour dire peut-être pas en l'état, mais il faudrait qu'il faut se mettre en garde.
Le résultat, c'est que ça nous a affaibli. Le résultat, c'est que depuis des années, il n'a pas cherché de minorité de blocage pour bloquer cet accord. Alors que tout le monde lui demandait. Il vient d'y avoir un vote à l'unanimité des députés. L'unanimité des députés sur une résolution proposée par la France insoumise pour bloquer cet accord tout court. Voilà. Et donc, déjà, j'espère bien que la France va voter contre, ce qui n'est pas encore gagné, puisqu'il nous dit « ah, mais le président de l'Université nous dit s'il y a une clause... »
Il y a la question des clauses miroirs, que les produits interdits en Europe ne soient pas utilisés pour produire des produits en Amérique latine qui viendront ensuite chez nous. Même s'il y avait ça, ça ne vous convient pas.
Tout ça est de la foutaise. Excusez-moi, c'est de la foutaise. Et d'ailleurs, tous les syndicats agricoles le savent bien. Tous les députés le savent bien, puisqu'ils s'opposent tous à cet accord. Donc ils doivent se remobiliser en janvier ? D'accord, pardon ?
Ils doivent se remobiliser en janvier ?
Bien sûr, mais nous devons tous nous remobiliser en janvier. Je vous le dis, et pour avoir longuement étudié cela quand j'étais professeur agronome et économiste, je vous le dis, cet accord est catastrophique. Il va finir de fragiliser notre agriculture familiale. Il ne faut jamais qu'il soit voté et signé, parce que ça va nous mettre en concurrence absolument déloyale et féroce contre des élevages qui n'ont rien à voir avec les nôtres et qui vont nous faire manger de la viande qui est produite dans des conditions que nous n'accepterions jamais sur le sol français. Voilà, donc un message d'espoir.
Je pense que si tout le monde s'y met, nous pouvons évidemment repousser cet accord, mais il va falloir beaucoup de mobilisation à la rente.
Merci beaucoup Aurélie Trouvé, députée France Insoumise de Seine, samedi, merci Aurélie Herbemont. Très bonne journée. Cette interview est à retrouver en intégralité sur notre chaîne YouTube et sur franceinfo.fr.
Aurélie Trouvé