Vœux de Jean-Luc Mélenchon à la communauté éducative
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Propositif 75 %Attaque 20 %Défensif 5 %
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« Depuis 2010, plus de 65 % d'une classe d'âge a le bac. »
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« La France est la 3e nation de l'OCDE pour le nombre des diplômés en sciences pour 100 000 habitants. »
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( Résistance ! Résistance ! ) ( Résistance !
Résistance ! ) ( Résistance ! Résistance ! ) Ça, c'est le meilleur !
On fait une campagne présidentielle où les amis n'ont pas la bêtise d'agiter des pancartes avec des noms et ne crient pas le nom d'un candidat mais celui de la cause que nous portons : "Résistance". Mesdames, messieurs, bonsoir. Le Front de Gauche a voulu consacrer une soirée à présenter des vœux à la communauté éducative.
Je salue tous ceux qui ont répondu à notre invitation, les nombreux responsables syndicalistes, aussi bien du milieu enseignant que du milieu ouvrier, qui ont voulu s'associer à notre soirée, ainsi que les représentants des organisations de parents d'élèves et des autres membres de la communauté éducative qui viennent à notre rencontre ce soir. J'espère ne pas être pour eux un inconnu, pas seulement du fait du rôle qui m'a été confié dans cette campagne comme candidat commun du Front de Gauche, mais pour ma participation personnelle aux grands engagements de ce qu'on appelle la "bataille scolaire", que cela ait été comme auteur d'un livre, "Le Manifeste de l'école globale", comme ministre de l'enseignement professionnel ou bien comme engagé volontaire permanent de la bataille laïque. En présentant des vœux, naturellement, c'est de l'école qu'il va être question et de l'idée que nous nous en faisons au Front de Gauche.
Je n'exprimerai donc pas tant mon point de vue personnel, que celui que je suis capable d'exprimer au nom de tous ceux qui participent, à nos travaux de réflexion qui se sont associés à nos forums et ont produit un document politique qui est à votre disposition pour animer des réunions ou faire connaître notre point de vue. Je commencerai donc d'abord par évoquer l'importance du sujet. Ça ne va pas être très long.
Si l'école occupe une place particulière dans la pensée de gauche, c'est parce qu'elle est le lieu du peuple en préparation. Chaque génération est un nouveau peuple. L'école fonde et refonde le peuple français et le constitue en peuple acteur de son histoire, en peuple citoyen.
C'est pourquoi la mission de l'école si elle est fondamentalement celle de la transmission des savoirs qui permet à l'être humain de repousser les frontières de l'ignorance et donc en se grandissant lui-même, de s'améliorer et d'améliorer la société dans laquelle il vit, l'école a toujours eu pour fonction de correspondre au régime qui l'accueille : le régime républicain. Et ce n'est pas un régime neutre. C'est la raison pour laquelle la mission de l'école est, à travers tous les outils que j'ai désignés, amélioration et perfectionnement culturel et humain, acquisition des savoirs, est de proposer à la France le peuple républicain dont elle a besoin pour faire vivre le grand idéal qui définit son identité.
On ne cessera jamais de dire que nous ne sommes pas français du fait de notre langue, puisque nous l'avons en commun avec d'autres peuples, nous ne le sommes pas du fait d'une couleur de peau, puisqu'il y en a de nombreuses depuis longtemps dans notre pays, nous ne le sommes pas du fait d'une religion, nous le sommes du fait d'un pacte civique, qui est sur tous nos établissements publics : liberté, égalité, fraternité. Par conséquent, c'est pensant à la place singulière qu'elle occupe dans notre représentation de la construction de la société que toujours, la gauche a eu à se préoccuper de penser l'école en fonction du projet qu'elle se proposait de voir accomplir par la société. Evidemment, par rapport à cette grande et immense ligne d'horizon, le présent est beaucoup plus cruel et rabougrissant.
Il faut, bien sûr, constater. Peut-être par la confiance qui lui a été accordée au fil des générations du fait de son éblouissante réussite, l'école a été chargée de toutes les demandes. Il lui faut tout faire.
Et il lui faut tout faire d'autant plus fortement que la société fait le contraire. Si bien que les maîtres sont tout le temps écartelés entre un réel qui proclame le contraire de ce qu'ils enseignent au quotidien. Ils enseignent l'élévation égalitaire de tous par le savoir, la société enseigne la division continuelle l'oppression, l'humiliation, les hiérarchies sociales, le règne de l'argent, l'étouffement des sentiments humains derrière le règne de la marchandise, la paraître plutôt que l'être.
La tâche est donc particulièrement difficile. De surcroît, on lui demande d'être un lieu à l'abri des violences que la société ne cesse d'entretenir. Et sitôt qu'une bagarre éclate dans une école, sitôt qu'un enfant perdu, du fait de la déraison, des souffrances endurées ou des dérèglements qui sont connus de tout temps dans l'humanité, on va en accabler les enseignants, ou on va faire procès à l'école de son inaptitude à avoir détecté à temps des fous qui existaient pourtant en dehors d'elle, de ne pas avoir été capable d'amortir une violence qui ne vient pas d'elle et ainsi de suite.
Cette exigence ne baisse pas parce que les pauvres gens, et le peuple de façon générale, attend tout de l'école car c'est son unique capital. Et de manière injuste, la frustration qu'il ressent parfois en voyant les résultats sur ses enfants le conduit à jeter la pierre à ceux qui ont fait de leur mieux. Cette situation ne va pas s'améliorer si on la laisse aller aux règles qui sont aujourd'hui en application.
La violence de la société, un consumérisme scolaire absurde, appuyé, entretenu, par la mode des classements des établissements, de ridicules évaluations qui ne tiennent aucun compte du fait que l'école accueille des êtres humains et non des objets, qui ne peuvent donc pas être réduits à une quantification, un dénigrement permanent, obsessionnel. Le métier d'enseignant est sans doute le seul qui fasse l'objet d'une telle capacité de critique quotidienne Personne ne se mêlerait de dire comment on construit un pont ou comment on fabrique de l'acier mais tout le monde a une idée sur la bonne façon d'enseigner des savoirs. Et à cet instinct naturel qui conduit le parent à s'identifier à l'enseignant s'ajoute une propagande inlassable qui vise à dire que l'école ne fait rien de bon.
Vous entendez continuellement parler de ces 120 000 jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire. Et tous les imbéciles de service de dodeliner savamment. Ils ignorent que, quand il en sort cette quantité, il en sort également 84 % du total qui, eux, sont formés.
Et ont une qualification. Et si vous voulez une preuve du fait que l'éducation nationale fonctionne, c'est comme le pudding, la preuve du pudding, c'est qu'il se mange. La preuve de l'Education nationale c'est que nous sommes la 5e puissance économique du monde. (applaudissements) La preuve de la valeur de l'éducation nationale c'est que nous sommes le peuple le plus féru de visites de musées.
C'est que nous sommes l'un des peuples les plus entichés de musique et de pratiques artistiques de toute sorte. Et puis, parmi ces 120 000 qui sortent sans qualification, on mentionne rarement que se trouvent tous ceux qui sont au niveau du brevet des collèges, qui, certes, n'est pas une qualification, au sens de qualification professionnelle reconnue dans une convention collective. mais qui est un savoir et un savoir-être.
Nous n'avons pas 120 000 personnes qui sortent hagardes de l'école, sans aucun moyen d'exister, sans aucun moyen de se confronter à la société. Et parmi ces 120 000 dont on nous rebat les oreilles, il y a tous ceux qui croient M. Sarkozy qui leur a dit de quitter l'école pour aller en apprentissage.
Ils sortent sans qualification, sont comptés comme tels, et ils entrent ensuite en apprentissage. (applaudissements) Le premier devoir de la gauche, et des personnes qui s'engagent à gauche, est de défendre l'école et ses maîtres. Ceux qui cèdent ne cèdent jamais innocemment.
Que l'école ne soit pas parfaite, c'est une évidence. Qu'est-ce qui est parfait ? Que celui qui est parfait jette la première pierre.
Elle doit sans cesse être repensée, c'est une affaire entendue, mais pas au prix de cette sorte de dénigrement. Dussé-je vous lasser, j'ai l'intention de vous asséner les réussites, peut-être pour vous décontaminer. (rires) De 1985 à 1995, on a doublé la part d'une classe d'âge au bac.
Le précédent doublement avait mis 80 années. Depuis 2010, plus de 65 % d'une classe d'âge a le bac. Depuis 1990, le nombre d'étudiants, a augmenté de plus de 35 %.
On a multiplié par 4 le nombre de diplômés de niveau licence. On a multiplié par 5 le nombre de diplômés de masters professionnels. On a doublé le nombre des ingénieurs depuis 1990.
On a quasiment doublé le nombre de DUT délivrés. On a doublé le nombre de BTS délivrés. La France, toujours montrée du doigt, avec cet espèce d'enthousiasme masochiste qui caractérise combien d'auteurs de titres, d'articles et de livres, "toujours à la traîne", "lanterne rouge", la France est la 3e nation de l'OCDE pour le nombre des diplômés en sciences pour 100 000 habitants.
Nous sommes très largement devant les Etats-Unis, l'Allemagne, le nouveau modèle de M. Sarkozy, qui sera bientôt élu là-bas, (rires et applaudissements) le Japon... ...et le Royaume-Uni.
Nous diplômons deux fois plus en sciences pour 100 000 habitants que ne le font les Etats-Unis d'Amérique qui, pourtant, prélèvent sur la Terre entière leurs étudiants. La France, donc, marche dans le peloton de tête de l'OCDE. Les universités françaises sont remarquables par leur attractivité sur les étudiants étrangers.
Et cette sorte d'attractivité est à protéger, à préserver et à cultiver. Non seulement pour créer autour de la France un élan d'affection, d'intérêt pour elle, non seulement pour nourrir la France de tous ceux qui viennent, et qui sont si savants, dans nos universités, nous apporter les bienfaits du meilleur de ce qu'il y a chez eux, mais aussi parce que l'enseignement français est tel que je l'ai dit : il est aussi une forme d'enseignement d'un certain nombre de valeurs organisatrices de la société. J'ai fait ce détour, parce que je veux être parmi les premiers de ceux qui dénoncent la fascination imbécile et souvent très mal documentée pour le classement de Shangai. (rires) Vous en entendez régulièrement parler. (applaudissements) A la surprise des auteurs du classement lui-même, qui n'en attendaient pas tant, se voient dorénavant érigé en principe d'évaluation de toutes les universités, de tous les savoirs.
Quand bien même le mode d'organisation qu'évalue le classement de Shangai ne correspond à rien du mode d'organisation de l'université française. Il favorise ceux qui écrivent et s'expriment en anglais, ceux qui publient en anglais, et pénalise ceux qui, comme nous, ont séparé pour des raisons historiques certains centres de recherches du reste de l'université. Séparation que, pendant longtemps, la gauche elle-même à chercher à combler.
Et voici qu'aujourd'hui, on nous en fait le reproche, pour faire avancer la grande menace qui pèse sur le système éducatif français. Au-delà de tout autre débat, cette menace porte un nom c'est la financiarisation, la marchandisation des savoirs et l'organisation de l'école comme un marché. Voilà la menace. (applaudissements) Et voilà ce que le Front de Gauche décide de combattre frontalement.
En nommant toujours les choses par leur nom. Et en ayant bien compris comment le système capitaliste de notre temps a progressivement réussi à marchandiser les services publics dont il voulait obtenir la fin pour capter au profit de l'accumulation les masses d'argent qui circulent. En ce qui concerne les systèmes éducatifs, il s'agit de près de 1 500 milliards de dollars par an, à 70 % composés de dépenses publiques, c'est-à-dire, naturellement, de recettes publiques par l'impôt.
C'est cette masse gigantesque qui se compare à celle qui est consacrée à la santé qui fait déjà l'objet, comme vous le savez, des prédations que vous connaissez, et des appétits qui vont s'aiguisant avec la réforme du système de santé. Il en va de même pour l'école. Comment l'adversaire frappe-t-il ?
Comment s'y prend-il toujours ? Comment a-t-il, par exemple, corrompu dans l'industrie, les ingénieurs, les cadres qui, auparavant, étaient si gourmands de progrès techniques, si amis de développements, au prix parfois de ne plus se rendre compte du prix humain qu'ils faisaient payer au collectif de travail, en inventant le système des stock-options ? Système qui a permis d'avoir des managers qui passent leur temps l'œil sur les cours de bourse de leur entreprise plutôt que sur les courbes de qualité ou de performance des produits qui en sortent.
Il en va de même avec l'école. Le cœur de l'affaire, c'est la tête. C'est par là qu'ils ont commencé à tout changer.
Et comme il est significatif que la première loi de la première session parlementaire du premier gouvernement de M. Sarkozy ait été la loi LRU sur l'université ! (applaudissements) D'entrée de jeu !
Pour commencer ! Ils ont dit : "Nous commençons par la gouvernance." Ils ont donc instauré dans l'université, sous prétexte de classement de Shangai, de "nécessité de regroupement", que personne ne demandait, alors que la logique précédente était celle de la diffusion de l'appareil de formation supérieure.
Ils ont commencé la première loi d'autonomie des établissements. Evidemment, le mot est piégeux. Qui peut-être contre l'autonomie d'une équipe pédagogique qui essaie de faire au mieux ?
Qui entretient le goût des performances en les passant de l'un à l'autre, évaluer mieux à qui ils s'adressent ? Qui peut être contre ça ? Personne !
Mais ce n'est pas de ça dont il est question. On ne parle pas de l'autonomie telle qu'on l'imagine au plan pédagogique. Quand c'est M.
Sarkozy qui en parle, il s'agit d'autonomie de gestion dans tous les sens du terme. Il s'agit de créer un marché et pour cela, il faut qu'il y ait des acteurs en concurrence, sur des produits identifiés. Voilà pourquoi "l'autonomie" signifie, comme ils l'ont dit eux-mêmes, que le président d'université est comme un chef d'entreprise.
Mais une école n'est pas une entreprise. Et ce président d'université fixe la paie et choisit en dernier ressort les enseignants proposés sur la liste d'aptitude par les comités de discipline. Je pense que tout le monde sait dans cette salle de quoi il s'agit.
Ceux qui enseignent dans un domaine, qui sont les maîtres de leur matière, sont naturellement les mieux placés pour savoir lesquels sont les bons. Encore que ce système pousse au mandarinat. Mais pour l'instant, ce n'est pas le sujet.
Autrefois, donc, les meilleurs étaient désignés de cette façon, et ils s'imposaient à la communauté éducative du fait de leurs qualités intellectuelles. Dorénavant, il leur faudra en plus la faveur du prince, ou du roitelet, pour mieux désigner celui qui se trouve là. Et dès lors que l'on a réussi à attraper par la tête un système, à la faveur d'illusions que l'un et l'autre a pu se faire sur le rôle qu'il y jouerait, il a été très facile de proposer que cette méthode se généralise.
Le terrain culturel a été amplement préparé. Tout le monde critique l'école, tous les journaux font une fois par an un classement des établissements. On a donc répandu l'idée que tout cela fonctionnait comme un marché.
Maintenant, il reste à le réaliser : des établissements concurrents. La base d'essai a été faite avec l'université, maintenant, le projet de l'UMP, c'est de répandre cette méthode partout, et dès le primaire. Partout, vous auriez donc des établissements réputés autonomes produisant des diplômes qui le sont tout autant, et qui sont en compétition les uns avec les autres.
Le chef d'établissement choisit les enseignants. Il les dirige, il n'y a plus de collectif. Et évidemment ensuite, l'établissement choisit les élèves.
Devinez qui reste sur le carreau et doit se contenter de ce qui reste du service public ? Il est évident que dès qu'on aura autonomisé ces établissements, on leur demandera d'assurer leur gestion et donc de faire la recherche des recettes complémentaires leur permettant d'élever le niveau des prestations qu'ils fournissent. Voilà comment va être organisé le marché de l'éducation.
Voilà le danger qui nous menace. Voilà dans quoi nous a engagés l'UMP. Il va de soi que, à gauche, il faut être intraitable sur ce sujet.
Et donc rétablir tout ce qui peut permettre de briser ce marché. J'ai observé avec tristesse que, comme d'habitude, c'est l'enseignement professionnel qui tient lieu de banc d'essai pour la droite. Il est toujours facile de commettre des crimes contre l'enseignement professionnel pour la raison suivante : il est composé pour l'essentiel des enfants des invisibles, le peuple lui-même.
Si bien que la classe moyenne et la classe moyenne supérieure, du fait de sa propre réussite sociale, du fait de la reproduction sociale qui anime ses rangs, a une vision très faussée de ce qu'est l'enseignement professionnel et pour terminer, une certaine indifférence qui n'est pas méchante, mais qui, souvent, prend un ton compassionnel dont elle ne mesure pas toujours à quel point il est insupportable. Au-delà, le vrai marché éducatif, il est dans l'enseignement supérieur professionnel. Qu'est-ce qu'une école de médecine, sinon une école professionnelle ?
Qu'est-ce qu'une faculté de droit, sinon une faculté professionnelle qui forme des avocats et des spécialistes du droit qui, ensuite, vont être qualifiés de cette façon. L'enseignement professionnel dans le supérieur est toujours bien vu. Il est considéré comme très noble.
Il est regardé de haut dès lors qu'il est dans le secondaire. Il est tellement regardé de haut que les plus arriérés mentalement qui ne connaissent rien au travail productif continuent de parler de lui comme d'un enseignement manuel. C'est Mme Le Pen qui en a parlé sur ce ton à Perpignan.
Il est clair qu'elle ne doit pas avoir une idée très précise de comment sont produits les produits qui arrivent dans son château. (rires) Elle pense donc que ce sont des manuels. (applaudissements) Elle n'est pas la seule, le président Sarkozy aussi croit que la qualification professionnelle est un travail manuel.
Bien sûr que la main intervient, elle intervient à peu près dans tout, y compris sur un clavier. Mais la main sans la tête n'est rien. L'expérience en a été faite à de nombreuses reprises. (rires) A maints égards, il est plus facile de se passer d'une main que d'une tête. (rires et applaudissements) Il leur reste à le découvrir.
L'enseignement professionnel délivre les diplômes et notamment le bac professionnel dont le pays a besoin pour maintenir son niveau de performance économique et pour relever les défis du futur qui appartiennent non seulement aux intellectuels, ingénieurs, architectes et productifs de haut niveau de qualification, mais aussi à tous ces cadres intermédiaires qui nous viennent des BTS et des bacs pros. Il faut le comprendre. Le pays a passionnément besoin d'un nombre plus élevé de jeunes qui, étant allés jusqu'au niveau du BEP, parviennent au niveau du bac professionnel.
Je vous signale que l'indifférence à l'objectif de 80 % d'une classe d'âge au bac a commencé lorsque cet horizon a été quasiment atteint dans l'enseignement général. Alors on a considéré que le maximum avait été fait, de quoi parlait-on encore ? En oubliant que, dans l'enseignement professionnel, on en était toujours qu'à 50 % de jeunes qui parvenaient jusqu'au bac professionnel.
Voilà le service que le bac professionnel rend au pays : face aux grands défis du futur, la grande bifurcation que la France doit faire, de son appareil de production et de ses méthodes de consommation pour correspondre aux objectifs de la planification écologique, qui est tout simplement le fait d'assumer notre responsabilité d'être humain. Et quand nous sommes la 5e nation du monde, quand on est une des 1res puissances intellectuelles et industrielles, on doit assumer sa responsabilité d'être humain davantage que ceux qui n'ont pas ces moyens. Nous devons donc ouvrir la voie.
Pour cela, nous avons besoin de milliers de productifs dont les méthodes de travail, dont les outils de travail, dont les objectifs de travail soient en conformité avec les objectifs de la planification écologique. Cela signifie de nouvelles qualifications, d'autres enseignements, le développement de certains qui sont déjà présents et pas assez pris en compte, et ainsi de suite. Et le bac professionnel, c'est le gagne-pain du peuple.
C'est la bonne qualification pour passer du niveau OS au niveau d'ouvrier hautement qualifié. Pour pouvoir, le cas échéant, préparer une carrière de cadre. C'est la raison pour laquelle des milliers et des milliers de familles aspirent à ce que leurs enfants parviennent à ce niveau de qualification.
Et c'est pourquoi cela constitue un marché particulièrement juteux. Ce marché, le patronat d'un côté, l'UIMM, le Medef, la droite de l'autre, commencent à le manipuler. Et comment le font-ils ?
En détruisant le système de l'enseignement professionnel public. Premièrement, on a fait passer le bac professionnel de quatre ans à trois ans. Il était à 4 ans car il faut du temps pour assimiler tout ce qu'il y a à assimiler dans un bac pro.
Un bac professionnel est parfois de plus haut niveau d'exigence qu'un bac général. Et c'est un public, une partie de la population jeune, qui, du fait des difficultés de sa vie, a un rapport qui est moins détendu à l'éducation. Il faut parfois aller travailler le soir, le samedi, le dimanche, parce qu'on est père ou mère de famille, davantage dans cette voie-là que dans les autres, pour la raison qu'on y accède plus tard.
Il faut quatre ans. Ils l'ont réduit à trois ans. Mécaniquement, le taux d'échec s'est élevé.
Qui gagne quoi à cette situation ? Ceux qui se présentent et disent : "On fait mieux que l'école publique. On peut vous vendre des certificats de compétence, des petits bouts de savoir utilisables dans l'industrie, le commerce, avec dessus une date de péremption.
Comme les yaourts. Au bout de trois, ça ne vaut plus rien, il faut revenir. Et voilà comment le marché du diplôme, j'ai attendu cet instant pour en faire la démonstration, peut fonctionner.
En cassant l'enseignement professionnel, c'est un autre système qu'on met en place. Il l'a passé de 4 à 3 ans et hier soir, il a annoncé, par une formule à laquelle la plupart des gens ne comprennent rien, qu'il allait en quelque sorte ramener tout ça à deux ans. Pourquoi ?
Il a dit : "Il faut imposer l'alternance en fin de cycle de l'enseignement professionnel." On se dit : "L'alternance, pourquoi pas ? Qu'est-ce que c'est ?
Je ne suis pas au courant, mes enfants ne suivent pas ce cursus. De quoi parle-t-on ?" Les gens décrochent, ne suivent pas.
Ils ne savent pas une chose, c'est que l'alternance existe déjà dans tous les bacs professionnels, en dernière année. Qu'est-ce que Nicolas Sarkozy est en train de faire ? Est-il en train de parler d'un sujet auquel il ne connaît rien avec des fiches dépassées ?
Ou sait-il ce qu'il fait ? Je pense qu'il le sait. Il veut dire par là qu'il va rendre obligatoire le passage à l'apprentissage.
C'est ça qu'il a en tête. Et comme les gens confondent les mots, ils croient que c'est la même chose. Et puis l'apprentissage a bonne réputation.
D'abord pour les anciens, qui se sont élevés comme ça, et qui n'ont pas envie qu'on dénigre leur parcours de vie, et puis pour ceux qui trouvent ça sympathique pour les autres. (rires) On va apprendre "sur le tas". Alors un apprenti pâtissier, oui.
Un apprenti boulanger, carreleur, oui. Attention, apprenti, ce n'est pas qu'avec les mains ! Il y a l'enseignement général.
Si vous n'y croyez pas, consultez vos propres goûts. Vous allez toujours au meilleur, et le meilleur contient toujours plus de technique que le moins bon. C'est comme ça la vie.
Alors on dit : pourquoi pas ? Et il fait croire que tout le monde peut aller en apprentissage mais des dizaines de métiers ne sont pas compatibles avec l'apprentissage. Et dans maints domaines, c'est d'un coût exorbitant par rapport au coût que représente la formation dans le service public.
Et puis enfin, l'apprentissage est une source d'élimination extraordinaire de la jeunesse scolarisée. Je répète. Quand quelqu'un va faire l'apprenti, il sort du système scolaire.
Il signe l'équivalent d'un contrat de travail. Il relève du code du travail, il n'est donc plus chômeur. Bonne affaire !
Car il passe apprenti et à ce moment-là, 25 % des contrats d'apprentissage sont rompus dans les 3 premiers mois. Et voici un jeune qui est sorti du système scolaire, entré en apprentissage parce qu'on lui a dit que c'était bien. On lui a dit : "Sors de l'école, tu n'es pas bon.
Va au travail, tu feras merveille." Il va au travail et là, ça va pas. Ça ne se passe pas bien.
Pourquoi ? Parce que nous manquons de maîtres d'apprentissage. Et puis parce que l'entreprise n'est pas une école.
Voilà ce que M. Sarkozy doit comprendre. Il demande pourquoi il n'y a pas plus d'apprentis en France.
Parce que les entreprises ne sont pas des écoles et ne le seront jamais. (applaudissements) On ne peut pas demander au patron productif d'ouvrir une école dans son entreprise. Il paie déjà la taxe d'apprentissage pour que ce soit l'école qui s'en charge.
Et c'est normal ! C'est donc une vision complètement archaïque de la production. Elle ne permet pas d'élever la quantité nécessaire de jeunes au niveau où le pays en a besoin.
C'est une méthode improductive. Sinon qu'elle produit de la demande de certificats de compétences, ou de qualification à aller acheter sur le marché. Voilà ce qu'ils essaient de construire.
Par une porte, une autre. Par un bout, par un autre... en comptant que les gens n'y comprennent rien ou qu'ils se disent : "Pourquoi pas ?" Et de "pourquoi pas" en "pourquoi pas", voilà qu'alors que la scolarité est obligatoire jusqu'à 16 ans, on se demande si on ne va pas envoyer dans le régime du code de travail des jeunes de 14 ans.
Mais parlez avec un patron d'une entreprise de pointe. Il vous dira lui-même que ce n'est pas possible. Moi, j'ai parlé avec eux.
Je leur ai dit : "Vous voulez former des gens. Très bien. Faites-le, on vous les donne tous.
Tous. Prenez-les. Occupez-vous-en.
On a deux-trois idées sur la façon de faire, c'est un métier d'enseigner, mais si vous ne voulez pas de nous, très bien. Alors qu'est-ce que vous en faites ? Vous en prenez dix, vingt.
Nous on appelle ça une classe. Vous les mettez dans l'usine, vous trouvez quelqu'un pour s'en occuper, plusieurs, parce que c'est épuisant. On recommence pour ceux qui n'ont pas compris et on joue avec les machines." Allez expliquer ça à la SNECMA, allez expliquer ça à Airbus, et partout où l'on fait marcher des machines où il ne suffira pas de donner une banane à l'ouvrier pour qu'il appuie sur le bon bouton !
Il faut que ça marche là-dedans ! (applaudissements) Tout ça est absurde ! Mais voilà ce qu'il vient d'annoncer hier soir : ils avaient déjà mis l'objectif de 500 000 jeunes.
Cette fois-ci, il veut en mettre des quantités toujours plus grandes, donc vider l'enseignement professionnel qui sert en quelque sorte de banc d'essai pour tous les autres enseignements. Tout y passera si vous laissez faire. Et ce qui suivra, c'est évidemment l'abaissement du niveau intellectuel et de formation de notre pays et une charge gigantesque sur les familles !
Bien sûr, dans un premier temps, on peut considérer que, comme on en a les moyens, l'école, qui regroupe toute sorte de gens, n'est pas bonne pour son enfant, et qu'on va le mettre à tel cours privé. Pourquoi pas ? Alors le cours privé pour l'enfant, l'hôpital privé pour le grand-parent, et tout est privé !
Mais tout ça coûte cher et un jour on dit : "Si on s'entendait ?" Oui, ça s'appelle la mutualisation et le service public. Point. (applaudissements) Les classes moyennes de notre pays n'ont aucun intérêt à séparer leur sort de ceux de la classe ouvrière et des salariés.
Un intérêt commun les lie. Et il s'agit pour nous de le faire revivre à travers la question de l'école. (applaudissements prolongés) Nos principes, pour répondre à ces enjeux, je voudrais les rappeler.
Nous pensons, nous, que tout jeune est capable d'être éduqué. (applaudissements) Tout le monde est éducable. Tout le monde, dans toutes les circonstances, à tous les âges de la vie.
Celui ou celle qui renonce à l'idée que tout être humain est perfectible, du coup, change de camp. Ils ne sont pas dans nos rangs. Les rangs de gauche sont les rangs d'un humanisme radical qui croient à la perfectibilité constante de l'être humain. (applaudissements) C'est la raison pour laquelle nous considérons que l'école, comme je l'ai dit, est un investissement et non pas un coût.
Et j'affirme que l'investissement...
Avec mes camarades du Front de Gauche, nous disons l'investissement actuel est totalement insuffisant. Nous n'en sommes pas surpris. La société est pilotée par les principes du capitalisme de notre temps, de la profitabilité et de la marchandisation.
Comment ces gens, qui ont réussi à s'attribuer l'an dernier 290 milliards de dividendes et n'ont mis dans l'investissement que 190 milliards auraient-ils une autre vision de tous les autres compartiments de l'activité humaine ? Le principe de la cupidité qui dirige en toutes choses le pays doit être radicalement expulsé de la pensée sur l'école. Notre école est une école émancipatrice.
Son objectif, quand elle se propose, comme je l'ai dit tout à l'heure, ou bien de perfectionner l'être humain, ou bien de le qualifier, c'est tout un. C'est de donner à chaque personne, femme ou homme, la possibilité de son autonomie d'existence, d'être son propre maître. Et c'est ce que veut dire le mot émanciper : se placer hors du "mancipium", la main que le maître ou le père, à l'époque où ça se disait en latin, "mancipium", a sur la tête de l'enfant, se constituer maître de soi-même.
Nous avons besoin d'être maîtres de nous-mêmes par la connaissance, qui nous permet de savoir quelles déterminations sont à l'œuvre sur nous, d'être maître de nous-mêmes parce que nous disposons des moyens intellectuels de nous rendre utiles au collectif humain et d'y être nécessaire par la qualification professionnelle. C'est tout un. Le projet fondamental est celui de l'émancipation de l'être humain et donc de la société.
Nos propositions. Je voudrais d'abord vous rappeler notre attachement indéfectible à l'idée même de l'école républicaine. Ecole qui est placée sous le registre de la liberté de conscience.
C'est la raison pour laquelle je veux informer, prenant la suite de mes amis, que la vigilance laïque ne s'abaissera jamais. (applaudissements) La surveillance sera toujours aussi exigeante. aussi pointilleuse.
Nous ne permettrons jamais qu'aucune brèche soit ouverte sans que nous criions très fort. Très, très fort ! Pourquoi ?
Parce que l'école ne peut pas être émancipatrice, si elle ne se donne pas d'abord pour objectif de ne transmettre que du raisonné et du raisonnable. Libre ensuite à chacun d'en disposer en conscience d'après les règles que ses propres convictions lui suggèrent. Le devoir à l'égard du peuple en formation est de lui donner les moyens d'être libre tout le temps.
Voilà pourquoi il ne saurait y avoir aucune vérité révélée à l'école. On s'est beaucoup attardé sur la question de la religion et il est normal qu'on s'y attarde. Mais lorsque je parle de vérité révélée, je voudrais également mentionner la place qui est donnée aux concepts liés à l'économie de marché.
Ils fonctionnent eux aussi comme une vérité révélée, en toute circonstance : la main invisible et les autres arguments métaphysiques du libéralisme qui sont à l'œvre dans l'école et qui parfois commencent dans la trousse. Vous l'ouvrez, hop ! Il y a un petit tube de dentifrice.
Ne me dites pas que c'est pas vrai. La laïcité à l'école, c'est aussi l'expulsion des marchands de l'école. (applaudissements) Ils n'ont rien à y faire, ni eux ni leurs produits. (applaudissements) A ce principe de laïcité, étendu à tous les compartiments, voyons maintenant comment nous entendons briser la logique de marché.
La première de nos tâches, pour faire cette "école égalité", c'est de démarchandiser, définanciariser tout le secteur scolaire. D'abord en y instaurant la gratuité qui est la seule capable d'abolir la compétition entre les établissements. Ensuite, en rétablissant la carte scolaire dont la suppression a été l'organisation méthodique et perverse de la compétition entre les enfants et les familles.
Ensuite, l'abrogation de la LRU. J'ai bien dit abrogation. (applaudissements) (bravo ! ) Et parce que notre temps est celui où il faut relever ces défis intellectuels et pratiques si considérables que j'ai résumés sous la formule bienveillante de "planification écologique" pour faire face à ce qui se présente devant l'humanité, nous avons besoin d'une scolarisation étendue de sorte que le temps de l'éducation soit le plus complet possible pour élever chacun au plus haut niveau possible.
Il faut commencer tôt, 3 ans, et il faut terminer à l'âge du civisme, 18 ans. (applaudissements) Naturellement, cela nous crée une obligation. Nous sommes parfaitement conscients du fait que dès lors que l'école doit accueillir la jeune personne en construction, depuis l'âge de 3 ans jusqu'à l'âge adulte de 18 ans, il lui faut non seulement une organisation matérielle différenciée, mais il faut faire des avancées dans l'innovation pédagogique, de manière à prendre en compte ces transformations et à ne pas s'imaginer qu'un moule unique de pratique suffirait.
Je parle de la pratique, de la pédagogie. Il faut donc relancer fortement la recherche pédagogique, la diffusion de ses résultats, l'expérimentation contrôlée et la généralisation des bonnes pratiques dans l'Education nationale. Ceci tient à la tâche de l'enseignant.
Mais c'est la condition qui va avec l'extension du nombre d'années de scolarité obligatoire. Cette école égalité, elle doit être une école globale. Cela signifie que c'est en son sein que l'ensemble des préoccupations qui concourent à la formation d'une jeune personne doivent être prises en compte.
Ce n'est pas seulement un lieu de transmission de savoir disciplinaire sur le seul mode intellectuel, ou ce qu'on appelle intellectuel. Je veux dire que la culture, le sport et les autres activités de cette sorte doivent être réintégrés pleinement dans le cursus scolaire. Quand je dis réintégrés pleinement, je veux redire à tout le monde qu'il n'y a pas de contradiction, il n'y en a jamais eu, entre l'élévation du niveau culturel ou sportif et l'élévation générale de l'intelligence d'une personne.
Ce n'est pas vrai, il n'y a pas deux catégories. J'en ai fait la démonstration, en montrant comment on pouvait faire de l'enseignement de la métallerie ou de la chaudronnerie à partir d'objectifs à vocation culturelle. Lorsqu'on prend une classe de BEP et qu'on lui propose comme thème pour l'année : sculpture métallique géante, on fait de la soudure, de la physique pour que ça tienne, de la peinture, mille et une activités qui ont lieu dans le cadre de la pensée et des savoirs techniques de la métallerie.
Mais en même temps, on le fait par le moyen, le truchement de la culture. Il n'y a pas de séparation entre ces compartiments. Il n'y en a que pour ceux qui ont une vision utilitaire, étroite, bornée, fonctionnelle de l'école. (applaudissements) Ecole globale, en ce sens qu'elle prend aussi en charge totalement l'ambition humaniste.
Je l'ai dit, la république n'a jamais été un régime neutre. La république proclame que tous les êtres naissent libres et égaux et doivent le demeurer. Pour ce qui est de demeurés...
Et le reste est un parti pris. Ce n'est pas un régime neutre qui dit ça. La république n'est pas simplement un cadre d'organisation pour savoir comment on vote et quel jour.
C'est une idée, un objectif. De même, l'école de la république ne peut pas se penser autrement que comme préparation du peuple à être républicain. Pas de république sans républicains.
C'est le grand pari des textes de tout à l'heure, de Condorcet, de Robespierre et des autres. Voilà la raison pour laquelle les ambitions humanistes du régime républicain doivent être prises en compte par l'école. L'école a le devoir, et pas seulement la possibilité, a le devoir de combattre le sexisme.
L'école a le devoir de combattre le racisme. L'école a le devoir de combattre l'homophobie. L'école a le devoir de faire valoir tout le débat qu'il y a sur le genre.
Parce que cela contribue à l'ouverture de l'esprit et à la construction de l'esprit critique, qui se heurte toujours à l'évidence. Si la métaphysique a si longtemps tenu les têtes c'est parce qu'elle cousine de près avec l'évidence. Et l'esprit critique ne s'est jamais construit autrement que contre l'évidence.
Fut-ce ensuite pour la réinvestir et la réinterpréter. L'école de la république n'est donc pas à côté de sa mission lorsqu'elle remplit ses tâches d'éducation humaniste, ce qui fait que ce peuple, au bout du compte, est comme il est. Record du monde du brassage.
Record d'Europe des mariages mixtes. Au contraire de toutes ces sociétés où les gens vont chacun de leur côté en se méprisant et ne se mélangeant jamais, tellement ils sont obsédés par des visions brutales qui leur font croire que telle partie de la population n'est pas égale en humanité et donc d'amour et de don de soi. Nous sommes un grand peuple parce que nous sommes un peuple républicain.
Enfin, école égalité, école globale, école émancipatrice. Peut-être peut-on déjà commencer par le commencement. Elle pourrait déjà être émancipatrice pour ceux qui la font vivre.
Il est absolument insupportable qu'il y ait eu dans l'Education nationale du fait du mode de gestion que vous connaissez, comme résultat une telle proportion de précaires. Gens qui ont totalement fait la preuve de leur savoir-faire, puisqu'on les voit d'année en année réembauchés. Contre la loi.
On ne crie pas plus fort pour ne pas leur faire d'embêtements. Mais tout ça est illégal. La première tâche d'un gouvernement de gauche, avant de commencer à discuter de je ne sais quelle modification du statut d'enseignant, comme s'ils étaient responsables de la situation et que le fait de les attacher sur une chaise dans un établissement où les profs n'ont pas de bureau, allait faire avancer le bien-vivre à l'école.
Avant de commencer par ces sottises brutales, qui n'ont pour vocation que de faire plaisir aux beaufs, il faut commencer par se préoccuper de ceux qui se dévouent sans compter aiment leur métier, et sont fiers de voir les progrès des enfants qui leur sont confiés. Et l'une des premières tâches de notre gouvernement, ou plus exactement la première car c'est la plus rapide à faire, sera de titulariser la totalité des précaires de l'Education nationale. La totalité. (applaudissements) Tout le monde !
Sauf ceux qui ne veulent pas. Tout le monde. Nous le ferons sans avoir besoin de brutaliser le statut de la fonction publique et des enseignants Il y a une manière très simple de le faire.
C'est de faire passer tous les précaires par un examen professionnel. Un examen, pas un concours. C'est donc une vérification, souvent formelle.
Je sais de quoi je parle, je l'ai fait faire. Une vérification, en cours, de l'aptitude du maître à faire son travail. Je dis c'est formel car des fois les gens sont là depuis 5 ou 10 ans et s'ils ne donnaient pas satisfaction, ils ne seraient plus là.
Vous voyez qu'on peut le faire, sans tordre le statut de la fonction publique à condition ensuite de devenir vertueux et prévoyant. Vertueux, c'est-à-dire cesser de faire des précaires et deuxièmement, prévoyant. Il y a une immense difficulté qui se présente devant nous.
La population scolaire du pays augmente, va augmenter encore, nous allons accueillir 7 à 8 millions de jeunes Français de plus. L'école est l'endroit où se fabrique la France. Si nous voulons faire France de tout bois, il faut l'endroit où on fait le creuset.
Et ce n'est que l'école. Comment allons-nous faire ? Les recrutements sont taris.
On a supprimé la formation des maîtres. Il faudra la rétablir immédiatement. (applaudissements) Et faire en sorte que ce recrutement tienne compte de ce qu'est le peuple français.
Donc tenir compte du fait que, quand on doit arriver à bac +3, 4 ou 5 pour être enseignant, cela signifie que l'on peut rester à l'école 5 ans au-delà du bac. C'est absolument inaccessible pour les familles qui n'en ont pas les moyens. Raison pour laquelle, pour diversifier le recrutement social des maîtres de notre école, nous devrons procéder massivement à des pré-recrutements comme nous le faisions dans le passé avec les IPES. (applaudissements) Et de cette manière, nous ferons correspondre l'exigence d'un haut niveau de qualification des maîtres et d'un large recrutement social.
Il n'est pas bon, je le dis tranquillement, il n'est pas bon que le recrutement social des maîtres se fasse exclusivement dans une catégorie sociale. (applaudissements prolongés) Le dernier point sur cette école émancipatrice. J'en reviens à la question qui est une sensibilité particulière du Front de Gauche, peut-être par son lien populaire connu à la question des enseignements professionnels.
Pour ma part, je suis partisan d'un pilotage unique de l'ensemble des établissements d'enseignement professionnel, publics ou privés, qu'ils soient dans le domaine de l'agriculture, de l'industrie, du bâtiment ou maritime, pour l'essentiel aujourd'hui, c'est agriculture, maritime, qui dépend d'un autre ministère, et professionnel qui dépend, pour l'essentiel, du ministère de l'Education nationale. Ce poste de pilotage unique doit nous permettre de construire la voie polytechnique de France qui permette à un ou une jeune qui arrive modestement et se prépare au niveau CAP en même temps qu'il le prépare à ce qu'on l'encourage, qu'on le pousse, parce qu'on en a besoin, à aller jusqu'au niveau du bac professionnel. Et quand il est au bac professionnel, qu'on l'aide financièrement et pédagogiquement, pour franchir le cran qui lui permet de passer au BTS, ou à l'IUT, de manière à ce qu'il y ait une fluidité, ce que vous ne pouvez pas obtenir forcément dans l'entreprise puisque l'entreprise en France n'est pas organisée comme en Allemagne, où on entre par la voie de l'apprentissage et où on fait son chemin à l'intérieur de l'entreprise sans que sa qualification professionnelle soit jamais validée en cours de route.
Vous êtes l'ouvrier d'une entreprise. Et quand arrivent les nouvelles machines, je vais vous dire, les travailleurs en France s'en sont bien mieux sortis quand sont arrivées les machines à commande numérique que ça s'est passé en Allemagne. Car les nôtres avaient une formation générale qui leur facilitait l'accès au changement de process de production.
Tandis que les autres étaient en quelque sorte enchaînés à des méthodes dépassées. Il n'y a que le président Sarkozy pour croire qu'un tel modèle est exportable. Au moment où eux se demandent comment nous nous y prenons.
Nous nous y prenons en faisant entrer, par la formation, à tous les niveaux de la hiérarchie. Ce qui signifie que chez nous, c'est par le parcours scolaire qu'on traverse les échelons dans l'entreprise même si on doit fluidifier les parcours dans une entreprise. On ne va pas passer tout ça par-dessus bord pour faire plaisir à je ne sais quelle utopie dépassée et surannée qu'on aurait été copier chez les Allemands où ce modèle est en train de tousser car, pour qu'il fonctionne, il faut que l'entreprise s'assure à elle-même une pérennité qu'elle n'a jamais dans le nouvel âge du capitalisme.
Il faut qu'il y ait un lien en force entre la banque et l'entreprise. Tout ça n'existe plus. Donc le système allemand tousse.
Le nôtre, je le crois, est meilleur. Il faut le perfectionner mais en garder le cœur. Le cœur battant républicain qui lie l'école et le système des diplômes, qui doit rester national.
C'est l'Etat qui bat monnaie diplômante et personne d'autre. Personne d'autre ! (applaudissements) C'est la raison pour laquelle le grand livre des qualifications sera retiré de l'endroit où il a été mis, c'est-à-dire chez le Premier ministre, à moins qu'ils réussissent à le coller chez le ministre du travail, pour être ramené au ministère de l'Education nationale, de manière à ce que l'ensemble des diplômes qui y sont inscrits soient assez précisément examinés pour leur valeur universelle.
Un diplôme ne vaut que s'il a une valeur assez large pour que son titulaire puisse passer d'un poste à un autre et qu'il ne soit pas comme une chaîne autour du cou de la chèvre qui a juste le droit de brouter autour du piquet. La force de notre système nécessite donc que vous ayez d'un côté une école qui donne ces formations, ensuite un diplôme, et que ce diplôme soit introduit dans les conventions collectives de manière à ce que corresponde à un niveau de diplôme un salaire. Et alors vous avez le lien entre la république éducative et la république sociale.
Voilà ce système qu'il faut protéger, le système qui est en train d'être démantelé de tous les côtés. D'abord en transformant, à l'origine, les producteurs, l'école. Il y aurait des établissements concurrents qui donneraient des diplômes concurrents.
En Angleterre, il y a des clubs de diplômes. Il n'y a qu'eux pour trouver une idée pareille ! Ils se mettent à plusieurs pour acheter les actions d'un club qui délivre un diplôme.
Et ensuite, ce club fait de la publicité pour le diplôme en question. Il soudoie quelques journalistes qui publient alors des classements où l'on voit que le diplôme de tel club est parfait. Quel est le bilan de tout ça ?
J'ai rencontré la ministre de l'éducation anglaise. C'était une travailliste donc pas une progressiste. Elle me dit : "Je viens voir ce que vous faites car chez nous, c'est un désastre." Merci, madame.
Vive la République ! (rires et applaudissements) Donc, une monnaie diplômante d'Etat, et surtout des conventions collectives validées par la loi. Et c'est là que nous touchons le domaine qui a aussi été évoqué hier par le président de la république.
Il prétend que dorénavant, les salaires et le temps de travail seraient négociés établissement par établissement. (huées, sifflements) Comment ces choses se tiennent ? Si la négociation est par entreprise et qu'il manque du rapport de force dans l'entreprise, les conventions collectives ne sont plus en haut de la hiérarchie des normes et la loi qui les étend au bénéfice des travailleurs n'est pas la règle suprême.
Donc le diplôme qui procède de cette volonté générale non plus. Voilà comment l'école républicaine, diplômante, comme je viens de le dire, a un intérêt complet, radical et total au combat de la classe ouvrière pour l'unité de son destin à travers la loi sociale, la même pour tous. (applaudissements) C'est la classe ouvrière, les travailleurs, les salariés, qui sont aujourd'hui les meilleurs défenseurs de l'école républicaine, quand ils luttent pour leurs droits.
C'est donc le moment d'en venir à la fin et à la révolution citoyenne. (rires) Je me contenterai de quelques mots. Les révolutions, comme vous le savez, ne se décrètent pas.
Elles se constatent. Personne n'a jamais été capable d'en déclencher une depuis son bureau. Le mieux qu'on ait pu faire, c'est d'accompagner le mouvement pour qu'il devienne victorieux, en se donnant les outils pour le faire.
Permettez au Front de Gauche de se penser comme outil cette révolution citoyenne qu'il appelle. La citoyenneté, c'est le pouvoir. Quand on parle de révolution citoyenne à l'école, cela signifie que le collectif des citoyens se rend maître de son école.
Ça ne signifie donc rien d'autre que les tâches que je viens d'énoncer. J'espère avoir été assez clair dans leur énoncé. Mais s'il faut proposer quelques idées, en voici.
Premièrement, dans la vie de l'établissement, moins de hiérarchie, plus de collectif. (applaudissements) Dans les cours, révision générale des programmes. (applaudissements) Pour en expulser le sexisme.
Rétablissement de tout ce qui concourt à la formation d'une conscience éclairée. Il est inadmissible qu'on ait retiré l'enseignement de l'histoire de certaines branches. Elle y sera rétablie. (applaudissements, bravos) Et, quand il est enseigné, il sera d'abord revérifié.
Il n'est pas supportable que par une espèce d'aberration venant de je ne sais qui, on globalise, sous couleur de totalitarisme, la mise dans un pot commun du nazisme et de ses victimes communistes. (applaudissements) C'est un attentat contre l'esprit. Nous ne le tolèrerons pas.
De la même manière, il n'est pas acceptable qu'une quelconque génération de jeunes français, ou en tout cas de jeunes qui passent par nos écoles, une quelconque génération n'ait pas appris au moins une fois de A jusqu'à Z l'histoire de la glorieuse révolution de 1789. (applaudissements) Et bien sûr, des autres révolutions populaires qui ont été les étapes de la construction de notre pays. ( Vive la commune ! ) Exact, la commune.
Voilà. On ne perdra jamais rien à étendre les droits, à augmenter l'espace de l'élection. Peut-être faut-il nous demander si le moment n'est pas venu aussi de reconnaître aux parents un statut qui leur permette de participer à la vie des établissements dans des conditions qui ne soient pas une addition de sacrifices.
Peut-être aussi avons-nous été trop négligents à l'égard d'une institution souvent oubliée, car considérée comme désuète mais tellement intéressante. Et nous pourrions à l'avenir, dans le cadre de cette révolution citoyenne, la redynamiser. Je pense aux délégués départementaux de l'Education nationale.
Qu'est-ce que vous en dites ? Peut-être que beaucoup d'entre vous ne savent pas ce que c'est. Si vous savez hein ? (Non, non) Ce sont des personnalités dont la mentalité est reconnue, c'est comme ça que ça se passe...
Bon, je vous la fais brève. Au début de l'école républicaine, la république prenait ses précautions. Comme le savez, contrairement à la légende, l'affaire a mis du temps, non seulement à devenir une loi, mais ensuite à être appliquée.
Il y a eu de grosses fâcheries à l'école quand on a expliqué que les instituteurs ne pouvaient pas être en même temps bedeaux. Il y en avait des tas qui disaient : "Quand même, je l'ai toujours fait, et mon père avant moi.." Il a fallu que les inspecteurs passent et disent : "Non, vous choisissez, c'est instituteur ou bedeau." Je vous parle de ma région en Franche-Comté.
Il y a eu un très beau livre sur le sujet où on voit comment la république a gagné du terrain, calmement, tranquillement, en convainquant, des fois en étant un peu ferme, mais toujours par la voie de la conviction et de la discussion. Et on a inventé ce système des délégués départementaux, donc des personnalités, soit d'anciens professeurs, soit des personnalités dont la laïcité était insoupçonnable qui allaient d'école en école procéder à des vérifications pas dans la salle de cours mais dans la vie de l'établissement, pour voir si tout était bien conforme à l'idée qu'on se faisait de ce qu'est une école républicaine. Je pense qu'on n'a pas à avoir peur de telles institutions et qu'on devrait les faire revivre.
Peut-être même les dynamiser par des principes d'élection qui feraient que le suffrage populaire aurait la capacité de désigner à qui il confie le soin de s'assurer que ce qu'il a décidé est bien mis en application. Voilà. Mesdames et messieurs, c'était la première fois que je me réexprimais brièvement... sur l'école.
Je remercie mes camarades de m'avoir demandé de le faire. Vous comprenez que les vœux que je formule ce soir à la communauté éducative au nom du Front de Gauche sont avant tout des vœux de combat et de résistance. Belle année ! (applaudissements)
Jean-Luc Mélenchon