«UN CHAUFFEUR UBER NE GAGNE MÊME PAS LE SMIC» - MÉLENCHON
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse partielle
Vous avez gagné : avec Macron, vous êtes en train d'y parvenir, non ?
- 2:00RelanceRéponse directe
Son explosion, son éclatement ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Faut-il s'inspirer de la méthode forte de Donald Trump aux États-Unis ?
- 6:00RelanceÉludée
Est-ce que vous redites cette phrase ce matin, après la destruction d'Alep ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Cette alliance de régimes autoritaires aux portes de l'Europe, est-ce qu'elle vous fait peur ?
- 10:00FerméeRéponse directe
Vous leur dites : "Non, c'est la présidentielle, chacun pour soi jusqu'au bout" ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00Jean-Luc MélenchonFait
« Un chauffeur Uber ne gagne même pas le SMIC, et il ne le sait pas. »
- 6:00Jean-Luc MélenchonFait
« Je ne m'intéresse qu'à la politique de la France. Et la politique de la France, c'est la paix, un. »
- 8:00Jean-Luc MélenchonFait
« Je suis pour une coalition universelle contre les bandes armées qui se réclament de l'islamisme. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Léa Salamé : Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon : Bonjour. L.
S. : Merci d'être avec nous, et bravo, vous avez gagné. Vous savez pourquoi je dis que vous avez gagné ?
J.-L. M. : De quoi ?
L. S. : Ça fait 10 ans, depuis que vous avez claqué la porte du Parti Socialiste, que vous rêvez de son éclatement et d'une recomposition de la gauche.
On peut dire qu'avec Emmanuel Macron vous êtes en train d'y parvenir, non ? J.-L.
M. : Ce n'était pas mon but. J'ai quitté le mouvement socialiste parce qu'il n'était pas dans le rail que je croyais juste pour notre peuple.
Voilà. Je n'ai pas de pensée meurtrière ou dévastatrice à l'égard de tel ou tel. Je crois qu'une force politique se construit par le consentement des gens.
Donc voilà 10 ans que je m'emploie à construire une force politique au sens le plus large du terme - une force électorale, bien sûr, pas un parti. En particulier, c'est un mouvement, la France Insoumise. Voilà.
Et, en effet, maintenant éclate aux yeux de tous que ce que nous avions pronostiqué concernant le Parti Socialiste est vrai. L. S. : C'est-à-dire quoi ?
Son explosion, son éclatement ? J.-L.
M. : C'est un parti qui s'est mis...
Non, mais, ça, on verra. Mais il s'est mis dans une impasse idéologique et programmatique. Il ne sait plus ce qu'il doit faire.
Il se contente de suivre les consignes de la Commission Européenne. C'est frappant. Hier, vous avez entendu Manuel Valls, vous avez entendu auparavant M.
Peillon : leurs programmes, c'est tout simplement la répétition de ce qui est prévu dans le calendrier européen. Il n'y a pas un gramme d'imagination. L.
S. : Pas vraiment, vous avez entendu Thomas Legrand, il propose de taxer...
J.-L. M. : Oui, mais ce que dit Thomas Legrand, c'est le point de vue de Thomas Legrand.
L. S. : Non, il répète ce que dit Manuel Valls, les propositions.
J.-L. M. : Oui...
Non, parce qu'il lui a échappé un tas de choses. Des contradictions...
Et une idée, une trouvaille aussi bizarre que l'idée du SMIC européen, que Thomas Legrand vient de reprendre comme si c'était vrai. Mais non, ce n'est pas ce qu'a dit M. Valls : il a dit qu'il souhaitait qu'il y ait des SMIC dans chaque pays, ce qui est le programme de la Commission.
Et ce qui aboutirait - si on l'appliquait, parce que c'est 60% du revenu médian - à d'abord n'arrêter aucune compétition sociale entre les pays, mais surtout à faire baisser le SMIC en France. Dites-vous que c'est du bricolage...
L. S. : Jean-Luc Mélenchon...
J.-L. M. : En réalité, leurs programmes sont totalement bricolés, tandis que le mien est fort de dix ans de travail et d'une campagne déjà menée.
L. S. : Donc, s'ils gagnent la primaire, Benoit Hamon ou Vincent Peillon, qui veulent travailler avec vous, vous leur dites : "Non, c'est la présidentielle, chacun pour soi jusqu'au bout" ?
J.-L. M. : Ben, là, je pense que c'est aux électeurs de trancher, mais moi je suis prêt à travailler avec tous ceux qui sont d'accord sur le cadre du programme que nous proposons, enfin !
Sinon, ça s'appelle une magouille, ce n'est pas un accord. L. S. : D'accord.
Vous avez entendu...
J.-L. M. : Vous savez, le grand Jaurès disait : "L'union ne peut pas se faire dans la confusion, mais je ne veux pas - disait-il - rajouter aux divisions et aux sujets d'acrimonies." Donc, je tâche de m'en tenir à ça, je concentre mon raisonnement sur le contenu des politiques et des programmes, pas sur les personnes.
L. S. : Vous avez entendu également Dominique Seux : sous la pression de Donald Trump, Ford va rester aux Etats-Unis, il renonce à ouvrir une usine au Mexique.
Faut-il s'inspirer de la méthode forte de Donald Trump aux Etats-Unis ? J.-L.
M. : Non, mais d'abord, on ne sait rien en vérité, tout ça c'est... il y a un énorme effort de propagande de tous côtés, tout le monde règle des comptes ; vous-mêmes, vous l'avez dit il y a un instant, on n'est même pas sûr que la décision de Ford ait un rapport avec ce qu'a dit Donald Trump.
Donc, un peu de sang-froid. Par contre, comme Français, soyons habiles ! Et moi je me réjouirais de traiter avec un homme pareil puisqu'il prétend se situer sur la base des intérêts des Nord-Américains, donc il comprendrait parfaitement que je me situe strictement sur le point de vue des Français.
Et par conséquent, si M. Trump renonce de lui-même à TAFTA, c'est-à-dire l'accord de libre-échange entre l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique, imaginez-vous que je saisirai l'occasion au bond, et cette affaire serait enterrée, alors qu'elle traîne depuis maintenant 1996 que je m'y oppose, et nous réglerions en quelques jours ce problème-là. De même que nous réglerions CETA qui est un autre accord de libre-échange.
Tout ça, je vous le dis parce que c'est sur la table en 2017. La personne qui sera élue président de la République en mai prochain devra traiter ces dossiers. Moi, c'est clair, je ferai tout pour planter TAFTA et CETA, parce que je ne veux pas d'accord de libre-échange avec les Etats-Unis d'Amérique ni avec le Canada, parce que nous n'aurions plus de normes environnementales, plus de normes sociales telles qu'elles nous conviennent aujourd'hui et qui conviennent à notre manière de vivre.
L. S. : Vous négocierez à ce moment-là avec M.
Trump. La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, celle que vous défendez, se bat pour lutter contre l'exclusion. Quand Emmanuel Macron dit : "il vaut mieux que les jeunes des cités soient chauffeurs Uber, en gagnant le SMIC, plutôt que de rester dans leurs cités à dealer du shit", sur le fond, vous êtes d'accord avec ça ?
J.-L. M. : C'est un propos méprisant de grand bourgeois qui ne connait rien à la vie.
Car un chauffeur Uber ne gagne même pas le SMIC, et il ne le sait pas. Un chauffeur Uber n'a pas de protection sociale et les chauffeurs Uber manifestent maintenant pour que leurs "contrats" de travail soient transformés en contrats de travail, précisément, et pas simplement en travailleurs indépendants surexploités. Au demeurant, Uber ruine d'une manière absolument déloyale les malheureux qui ont investi dans des licences de taxi, et je suis pleinement solidaire de ces deux-là.
Par conséquent, s'imaginer que les jeunes gens dans les cités dealent du shit, c'est un point de vue absolument écœurant, car la majorité...
L. S. : Pourquoi ?
Ça n'existe pas ? Ils ne dealent pas du shit ? J.-L.
M. : Parce que...
Oui, oui, oui, on connaît. On connaît le mépris pour...
L. S. : Ben, ce n'est pas du mépris, c'est des faits.
J.-L. M. : ... pour la vie des cités.
Non, je vais vous dire la vérité : dans les cités, des milliers de familles s'épuisent pour que leurs enfants fassent de bonnes études, et des milliers de jeunes gens font de bonnes études, réussissent à l'école, et ensuite sont repoussés à cause de leur adresse ou de leur nom. C'est ça à quoi devraient s'intéresser les grands bourgeois, au lieu de regarder de haut les gens qui vivent différemment d'eux. L.
S. : Jean-Luc Mélenchon, la situation internationale. Vous avez déclaré, il y a quelques mois : "Oui, je pense que Poutine va régler le problème en Syrie et va éliminer Daech." Est-ce que vous redites cette phrase ce matin, après la destruction d'Alep ?
J.-L. M. : Ecoutez, je ne redirai plus aucune phrase sans m'entourer d'extrêmes précautions, car à l'époque, j'étais interrogé dans une émission et l'on parlait des bombardements des Russes sur des convois de véhicules qui transportaient du pétrole clandestin vers la Turquie.
L. S. : Non, non, on parlait de la situation en Syrie.
Ben, j'y étais. J.-L.
M. : Non. Non, madame...
Non, madame, j'ai répondu...
Ecoutez, je...
Alors peut-être que je mélange deux émissions, mais je sais ce que j'ai dit. Donc, n'essayez pas de me faire dire des choses que je ne dis pas. Si la question est : "approuvez-vous la politique de la Russie... en Syrie ?", alors...
L. S. : En Syrie.
La réponse est ? J.-L.
M. : Vous permettez ? L.
S. : Bien sûr. J.-L.
M. : La réponse est : je ne m'intéresse qu'à la politique de la France. Et la politique de la France, c'est la paix, un.
Deux : la défaite des islamistes qui se trouvent là. Par conséquent, en aucun cas, je ne soutiendrai, sous prétexte de "rebelles modérés", tel ou tel groupe. Pas plus que je ne soutiens le gouvernement de M.
Bachar el-Assad. Je dis depuis le début : ce n'est pas une guerre de religions, j'avais raison. Deuxièmement, c'est une guerre de puissances dans laquelle la Turquie a les doigts jusqu'aux coudes.
La preuve : c'est bien la Turquie qui fait un cessez-le-feu avec la Russie, alors qu'on nous prétendait que c'était une guerre entre des rebelles modérés et Bachar el-Assad. L. S. : Alors, justement, cet accord...
Oui, allez-y. J.-L.
M. : Troisième point...
Pardon. Et je suis partisan, si on me demande quelle est la position, ma position c'est celle de l'ONU, depuis le début. Et donc, je suis pour une coalition universelle contre les bandes armées qui se réclament de l'islamisme, je suis pour une négociation universelle pour régler le problème réel, c'est-à-dire par où passe le gaz, par où passe le pétrole, et que fait-on des Tur... des Kurdes ?
Par conséquent...
L. S. : Et que fait-on de Bachar el-Assad ?
J.-L. M. : Mais ça c'est aux Syriens de le savoir, madame !
C'est vous qui allez décider ça ? Attendez, non, mais je demande qu'on fasse une pause là-dessus. Parce que depuis les studios de radio ou les salles de rédaction, on refait le monde, mais vous voulez faire partir M.
Bachar el-Assad comment ? L. S. : Non.
La question, elle est posée à vous qui voulez être président de la République. J.-L.
M. : Je pose la question. Non.
Mais moi, président de la République, j'ai déjà répondu. Comment réglons-nous le problème en Syrie ? Nous y faisons des élections.
On me dit que c'est très difficile d'organiser des élections. Non, ce n'est pas difficile. On fait rentrer les gens qui sont en exil, on établit une liste électorale et c'est moins difficile et moins coûteux d'organiser des élections sous contrôle international que de bombarder tout le monde...
L. S. : Jean-Luc Mélenchon...
J.-L. M. : ... et tout détruire.
L. S. : ... le président de la République que vous voulez être, qu'est-ce qu'il pense de l'accord - puisque vous avez parlé de la Turquie - de l'accord - puisque c'est immense, ce retournement d'alliance - de l'accord entre la Turquie et la Russie ?
Cette alliance de régimes autoritaires aux portes de l'Europe, est-ce qu'elle vous fait peur ? J.-L.
M. : Alors, ce sont des régimes autoritaires, cela ne fait pas de doute, mais ils ne sont pas de même nature. D'accord ?
L. S. : Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'Erdogan, c'est pire que Poutine ? J.-L.
M. : Non, je ne mets pas...
Je ne mets pas un signe égal entre M. Erdogan qui est un illuminé, fanatisé par sa religion, et M. Poutine.
Non, je ne mets pas un signe égal. Maintenant, vous dites "un retournement d'alliance", mais Mme Salamé, il faut mettre vos fiches à jour, ça n'est pas un retournement d'alliance. Ce sont les gens qui se combattaient sur le terrain qui négocient la paix.
C'est ce que je dis depuis le début : mieux vaudrait nommer les gens qui sont dans l'affaire pour négocier la paix que de se raconter des histoires de religions qui n'existent pas. Donc M. Erdogan n'a pas changé d'alliance, il est toujours membre de l'OTAN, je vous le rappelle, madame.
Deuxièmement, il a franchi la frontière de la Syrie, ce qui n'a l'air d'émouvoir personne alors que c'est entrer chez le voisin, et naturellement, M. Erdogan est un dictateur qui, aujourd'hui, réprime le peuple turc, et je suis très hostile à sa gouvernance. L.
S. : Merci à vous, Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon