«AVEC LE JOURNAL DE BORD, VOUS ACCENTUEZ LA PRESSION SUR LES CHÔMEURS» - Mathilde Panot
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 90 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- Mathilde PanotFait
« Les causes individuelles du chômage, fréquemment mises en avant comme les principales, ou bien n’ont qu’une action infime, ou bien ne sont pas vraiment individuelles. »
- Mathilde PanotChiffre
« Chaque année, 200 000 emplois net sont créés, ce qui ne suffit aucunement à absorber les millions de chômeurs dont vous avez hérité et que vous vous acharnez à produire encore. »
- Mathilde PanotChiffre
« Un chômeur sur deux n'est aujourd'hui pas indemnisé. »
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Merci Monsieur le Président Je voudrais juste passer un peu de temps sur cet article, non pas qu'il soit extrêmement important au vu du projet de loi dont nous parlons, mais parce que cette expérimentation, contrairement à ce que disait la collègue de La République en Marche, montre bien l'absurdité et le cynisme de ce projet de loi. Et je voulais commencer par vous lire une phrase : « Les causes individuelles du chômage, fréquemment mises en avant comme les principales, ou bien n’ont qu’une action infime, ou bien ne sont pas vraiment individuelles ». Ces propos répondent à votre projet de loi, et c’est très bien. Ils ont plus d’un siècle, et c’est fâcheux.
Ils sont en effet tirés des travaux du grand sociologie Max Lazard en 1912, qui a définitivement montré (eh oui 1912) qui a définitivement montré que les propriétés des personnes n’avaient rien à voir avec le chômage global. Le nouveau monde semble tristement proche des polémiques de l’année 1900, dont il n’a visiblement pas intégré les conclusions. Si des gens sont au chômage, chers collègues, c’est qu’il n’y a pas assez d’emplois. Chaque année, 200 000 emplois net sont créés, ce qui ne suffit aucunement à absorber les millions de chômeurs dont vous avez hérité et que vous vous acharnez à produire encore. Face à cela, que proposez-vous ? Et alors là on en pleurerait presque !
D’accentuer la pression sur les chômeurs, afin qu’ils retrouvent des emplois qui n’existent pas. Je le rappelle C’est proprement aberrant. Nous espérons que vous avez au moins embauché des personnes pour avoir l’idée tordue de créer un « journal de bord » des chômeurs. Ce journal de bord sert, comme l’indique votre texte, à, et je cite, « assurer un suivi en continu de l'intensité de la recherche d'emploi » pour lancer une « dynamique de mobilisation » (et là encore, nous retrouvons le langage En marche pour dire radiation).
Les personnes concernées vont donc devoir remplir un journal de bord, des fois qu’elles n’aient pas assez à faire entre les entretiens d’embauche, les transports, l’aide aux enfants ou aux parents, etc. Si elles ne savent pas écrire, elles seront radiées du chômage. Bien sûr, cela cible essentiellement les étrangers, même s’ils travaillent ici depuis des décennies, ce qui est tout à fait cohérent avec votre loi immigration. Mais cela va frapper bien au-delà, chez toutes celles et ceux qui ont des difficultés à l’écrit. Emmanuel Macron, je vous le rappelle, considérait les ouvrières de Gad comme des illettrées : j’en déduis qu’il veut leur couper leur allocation-chômage.
Mais je rappelle que la moitié des individus en situation d’illettrisme (et l’illettrisme est un sujet sérieux) vivent en zone rurale, et 10% en zone urbaine sensible. Voici le visage de celles et ceux auxquels vous retirez leurs droits fondamentaux : ils peuvent cotiser pour le chômage chaque mois, mais ils n’auront pas le droit d’être couverts ! Vous inventez donc une expérimentation infantilisante pour les demandeurs d'emplois et ceux qui sont en recherche, et qui fait peser sur les chômeurs la culpabilité et la faute de leur situation de chômage, alors que cela devrait être un problème de société et alors qu'un chômeur sur deux n'est aujourd'hui pas indemnisé.
Mathilde Panot