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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 25 août 2026 40 minContradictoireFond programmatiqueImmigration & asileEurope & internationalInstitutions & électionsNumérique

L'Internationale conservatrice : comment ces réseaux s'organisent-ils ?

Au micro : Julie Gacon Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 22 %Attaque 49 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:42OuverteRéponse directe

    Jusqu'où ces réseaux pèsent-ils sur le débat public et sur les pouvoirs en place ?

  • 1:06OuverteRéponse directe

    Vous datez le début de la structuration de ces réseaux au milieu des années 2000. Alors où commence cette histoire ?

  • 3:37OuverteRéponse directe

    Il y a par exemple une date importante si l'on s'intéresse à l'histoire de ces réseaux, c'est 2008, la publication du premier numéro d'une revue qui s'appelle The European Conservative. Pourquoi cette date est-elle significative ?

  • 6:12OuverteRéponse directe

    Et donc à cette époque déjà, les réseaux conservateurs, nous disiez-vous, États-Unis s'en mêlent de ce qui se passe en Europe, au nom de quoi ?

  • 7:51OuverteRéponse directe

    Le Financial Times est revenu le 17 août dernier, dans un long article, sur cet écosystème, l'histoire de cet écosystème, comme il dit, qui a prospéré, par ailleurs, à vitesse grand V, entre les deux mandats de Donald Trump. Pourquoi cette période est-elle importante ?

  • 8:33OuverteRéponse directe

    Ce sentiment de parenté, c'est exactement, par exemple, ce que défend et ce qui est derrière le discours du vice-président des Etats-Unis, J.D. Vance, quand il fait son discours à la conférence de Munich sur la sécurité ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:25InvitéFait
    « Il y a une vingtaine d'années, en fait, c'est constitué un groupe européen autour de conférences dites de Vandenburg, du nom de la localité néerlandaise où ils se sont rencontrés pour la première fois. »
  • 2:29InvitéFait
    « Un groupe d'intellectuels européens qui se définissent finalement comme en quelque sorte des dissidents de la droite, des déçus des partis de droite mainstream, chrétiens-démocrates ou modérés, et qui cherchent à revivifier une forme de conservatisme en général de manière dominante plutôt inspirée par le catholicisme ou en tout cas par le christianisme. »
  • 4:01PrésentateurFait
    « Il faut faire comme ce qu'a fait la gauche, nous devons, par la force des circonstances et les accidents de l'histoire, tempérer les plus exclusifs et les plus locaux de nos engagements au nom de ce qui nous unit en Occident. »
  • 4:34InvitéFait
    « On peut vraiment définir leur projet comme un projet métapolitique, donc il y a une forme de réappropriation par ces milieux intellectuels conservateurs de la notion de métapolitique, qui vient d'un communiste, au départ d'un marxiste, d'Antonio Gramsci, dans l'Italie de l'entre-deux-guerres. »
  • 5:10InvitéFait
    « Leur idée, c'est de dire, il ne sert à rien de conquérir le pouvoir politique ou de soutenir ouvertement des partis politiques tant que nos idées ne sont pas devenues dominantes ou majoritaires dans l'opinion publique. »
  • 7:21InvitéFait
    « Il n'en demeure pas moins qu'effectivement, il y a des formes de proximité idéologique assez fortes entre une droite chrétienne ou paléo-conservatrice américaine, qui elle-même valorise l'ordre naturel, les valeurs morales d'inspiration chrétienne, et ces mouvements européens, effectivement, ils partagent, pour la plupart, une sorte de vision un petit peu décliniste, non pas seulement de l'Europe, mais du monde occidental, de manière générale. »
  • 10:24InvitéFait
    « Il y a tout un travail d'habillage idéologique à posteriori et de définition de ce que pourrait être le trumpisme côté américain qui va aller se nourrir notamment de l'expérience hongroise et donc regarder de manière assez intéressée ce qui se passe en Hongrie et en Pologne où finalement il y a une forme de formule gagnante des acteurs dits illibéraux qui ont réussi à enchaîner les succès électoraux et à mettre en place des politiques qu'on peut qualifier effectivement de nationales conservatrices. »
  • 12:27InvitéFait
    « Le gouvernement Magyar a fait passer des lois au Parlement pour définancer ou supprimer ces fondations d'intérêts publics. »
  • 16:57InvitéFait
    « Le moment où véritablement l'illibéralisme à la Hongroise et à la Victor Orban et ensuite à la Polonaise devient une source d'inspiration pour ces intellectuels-là. »
  • 17:53InvitéFait
    « Le thème du grand remplacement devient complètement endossé dans cette revue et plus généralement dans les discours de ces intellectuels qui continuent à se réclamer du conservatisme. »
  • 18:18InvitéFait
    « On les voit endosser le thème de la remigration donc popularisé notamment par Martin Zellner mais qui renvoie à tout un tas d'élaborations autour de la préférence nationale autour de l'idée de l'expulsion d'étrangers et pas seulement d'étrangers d'ailleurs de populations d'origine étrangère donc y compris de gens qui sont nés en France ou en Europe. »
  • 22:24InvitéFait
    « Lorsque le Mathias Corvinius Collegium à Bruxelles donc en fait l'antenne bruxelloise de cette université privée hongroise pro-orbane a organisé une grande conférence sur l'âme de l'Europe on trouvait parmi les panélistes parmi les conférenciers à la fois des universitaires européens et américains des députés européens mais aussi des militants comme Alice Cordier par exemple la présidente du collectif Nemesis donc ces femmes d'extrême droite parmi les invités. »
  • 25:42InvitéFait
    « Pour publier des articles vantant les mérites du gouvernement Orban en particulier de sa politique familiale donc en faveur de la famille hétérosexuelle qui a beaucoup d'enfants. »
  • 28:16InvitéFait
    « Une note qui porte sur les origines migrantes des terroristes djihadistes en Europe et donc une note qui part d'un discours qui se veut assez rigoureux et descriptif statistique sur la part de terroristes djihadistes qui auraient des origines migrantes. »
  • 29:04InvitéFait
    « donc à la déportation massive de migrants qui seraient nécessairement des populations criminogènes non assimilables et une menace pour la sécurité des états européens »
  • 30:04InvitéFait
    « de normaliser tout un discours d'extrême droite en les intégrant dans une constellation des droites »
  • 30:33InvitéFait
    « l'idéologie conservatrice en tant que telle repose sur une matrice inégalitaire l'idée qu'il y a des hiérarchies naturelles un ordre naturel »
  • 32:01InvitéFait
    « grand remplacement remigration etc. qui sont complètement endossés y compris par des conservateurs qui se disent ou qui se veulent respectables »
  • 32:20PrésentateurFait
    « des textes qui réhabilitent ou du moins réévaluent les dictatures latino-américaines Augusto Pinochet présenté comme un contre-révolutionnaire diffamé »
  • 32:46InvitéFait
    « Curtis Yervin cet obscur blogueur américain associé aux lumières sombres aux Etats-Unis a pu être invité au Danube Institute »
  • 33:00InvitéFait
    « Charlie Kirk donc cet influenceur suprémaciste blanc trumpiste assassiné pendant qu'il donnait une conférence dans une université américaine »
  • 33:10InvitéFait
    « Roberto Vanacci qui est cet ancien général italien élu en 2024 député européen avec le soutien de la Ligue en Italie »
  • 35:38InvitéFait
    « The Great Reset donc la grande réinitialisation qui est un projet de réforme de l'Union européenne dans un sens valorisant la souveraineté nationale »
  • 37:16InvitéFait
    « Victor Orban avait dit il faut occuper Bruxelles »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Présentateur26 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:02
Présentateur

Cela fait maintenant une vingtaine d'années que des intellectuels, revues et laboratoires d'idées conservateurs tissent leurs réseaux entre l'Europe et les Etats-Unis à force de les tisser. Ils les ont bien consolidés, notre invité parle d'internationales conservatrices pour qualifier ces réseaux conservateurs, donc pour certains réactionnaires ou d'extrême droite pour d'autres et qui font circuler leurs idées, leurs cadres et leurs projets politiques bien au-delà de la Hongrie et de la Pologne qui les ont longtemps portés ces réseaux et qui sont aujourd'hui en pleine alternance politique.

Du projet dit de remigration à la volonté de transformer l'Union Européenne de l'intérieur jusqu'où ces réseaux pèsent-ils sur le débat public et sur les pouvoirs en place ? Bonjour Valentin Baer. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous dans les matins d'été. Vous êtes politiste chargé de recherche au CNRS, au Centre Européen de Sociologie et de Sciences Politiques. Il s'agit d'abord avec vous Valentin Baer de comprendre comment s'est structurée ce que vous appelez une internationale conservatrice. Vous datez le début de la structuration de ces réseaux au milieu des années 2000. Alors où commence cette histoire ?

1:14
Invité

Bon évidemment, ce n'est pas complètement évident de donner une date qui formerait la généalogie d'un espace finalement assez nébuleux. qui est plutôt composée de réseaux qui se superposent partiellement, mais qui sont aussi relativement autonomes les uns des autres. Mais comme vous le disiez, ça fait une vingtaine d'années qu'on voit se densifier des échanges entre intellectuels qui se revendiquent eux-mêmes conservateurs à travers tout un tas de plateformes de rencontres, une sorte de scène intellectuelle conservatrice transnationale qui se manifestent et qui se matérialisent par des conférences communes, des publications comme des revues, des manifestes, des ouvrages.

Il y a une vingtaine d'années, en fait, c'est constitué un groupe européen autour de conférences dites de Vandenburg, du nom de la localité néerlandaise où ils se sont rencontrés pour la première fois.

Un groupe d'intellectuels européens qui se définissent finalement comme en quelque sorte des dissidents de la droite, des déçus des partis de droite mainstream, chrétiens-démocrates ou modérés, et qui cherchent à revivifier une forme de conservatisme en général de manière dominante plutôt inspirée par le catholicisme ou en tout cas par le christianisme, donc notamment un conservatisme en matière morale pour tout ce qui touche aux droits sexuels et reproductifs, aux questions de genre, aux droits des homosexuels, mais aussi très rapidement aux questions identitaires et donc aussi à la restriction de l'immigration.

Ce qui est intéressant, c'est que ce réseau européen, dès le départ, se constitue avec un soutien et un lien avec les États-Unis, avec un milieu conservateur américain qui est déjà beaucoup plus structuré autour de think tanks, de centres de réflexion, et aussi que, dès le départ, ce réseau rassemble des intellectuels, donc essentiellement des professeurs d'université qui sont à la fois en Europe de l'Ouest, en France, en Grande-Bretagne, mais aussi en Europe centrale et orientale.

Et là, le contexte est assez important puisque ça se joue au milieu des années 2000, donc en fait à un moment qui correspond à l'élargissement de l'Union européenne à l'Est, où un certain nombre de ces figures intellectuelles sont aussi assez proches de partis politiques qui vont donc entrer au Parlement européen, polonais, hongrois, tchèques, et donc avec aussi un ensemble d'acteurs d'Europe centrale et orientale qui apportent avec eux un ensemble de conceptions conservatrices, donc notamment inspirées par le catholicisme et le poids de l'Église catholique, si on pense à un pays comme la Pologne.

3:37
Présentateur

Alors, il y a par exemple une date importante si l'on s'intéresse à l'histoire de ces réseaux, c'est 2008, la publication du premier numéro d'une revue qui s'appelle The European Conservative, sous la forme d'une lettre d'information au départ, avec un éditorial signé Andreas Kineging, qui est professeur de philosophie du droit dans une université aux Pays-Bas, et qui écrit dans cet éditorial qu'il s'agit pour ces réseaux intellectuels conservateurs de s'organiser comme la gauche.

C'est ce qu'il dit, il faut faire comme ce qu'a fait la gauche, nous devons, par la force des circonstances et les accidents de l'histoire, tempérer les plus exclusifs et les plus locaux de nos engagements au nom de ce qui nous unit en Occident, parce que ce n'est pas naturel, entre guillemets, pour ces intellectuels conservateurs d'aller frapper à la porte d'autres réseaux, de se nourrir des réflexions conservatrices d'autres pays, pour eux qui ont une pensée plutôt nationaliste à l'origine.

4:30
Invité

Oui, on peut vraiment définir leur projet comme un projet métapolitique, donc il y a une forme de réappropriation par ces milieux intellectuels conservateurs de la notion de métapolitique, qui vient d'un communiste, au départ d'un marxiste, d'Antonio Gramsci, dans l'Italie de l'entre-deux-guerres. Donc notion de métapolitique qu'eux se réapproprient et qui consiste à dire, au fond, il faut avoir une action de reconquête de l'hégémonie culturelle, donc essayer d'imprimer ses idées dans le débat public, à travers l'édition, à travers les publications, à travers des interventions dans les médias, afin de préparer le terrain à une conquête politique.

Leur idée, c'est de dire, il ne sert à rien de conquérir le pouvoir politique ou de soutenir ouvertement des partis politiques tant que nos idées ne sont pas devenues dominantes ou majoritaires dans l'opinion publique. Donc ces réseaux, cette revue European Conservative, participe de cette stratégie, et effectivement, au départ, essentiellement, d'une mise en réseau, d'une nébuleuse d'organisations, de think tanks, qui sont situées dans différents états membres de l'Union européenne, et donc en lien avec des homologues aux États-Unis, et qui font un petit peu la même chose.

Ils ont tous une activité d'édition, de formation également, notamment à destination de jeunes militants conservateurs, afin de diffuser leurs idées, et effectivement, en s'inspirant du coup de ce qu'ils perçoivent comme ayant été le succès de la gauche, au moins depuis les années post-68, de capacité de la gauche à diffuser massivement ces idées, et donc à conquérir l'hégémonie culturelle.

6:12
Présentateur

Et donc à cette époque déjà, les réseaux conservateurs, nous disiez-vous, États-Unis s'en mêlent de ce qui se passe en Europe, au nom de quoi ? Est-ce qu'aux États-Unis, on a déjà à cette époque la vision d'une Europe au bord du précipice, puisque tel est le discours aujourd'hui du mouvement MAGA ?

6:29
Invité

Alors c'est moins une affaire d'États-Unis qui s'en mêle à l'époque, en tout cas de la constitution de ce réseau européen, qu'une sorte là aussi d'inspiration pour ces think tanks relativement modestes de par leur taille et leur financement, qui ont besoin du soutien financier américain, mais aussi tout simplement de la mise en réseau que permettent les fondations et les think tanks américains.

Très concrètement, au moment où s'organisent ces conférences de Vandenberg et The European Conservative, cette nébuleuse de think tanks européens, en fait, rassemble des gens qui ne se connaissaient pas, tout simplement au milieu des années 2000, et qui, très concrètement, vont aller contacter une organisation américaine conservatrice pour lui demander quel est finalement son carnet d'adresses, ses interlocuteurs, dans les différents États membres de l'Union européenne, et c'est par le truchement des Américains qu'ils arrivent à se mettre en réseau.

Il n'en demeure pas moins qu'effectivement, il y a des formes de proximité idéologique assez fortes entre une droite chrétienne ou paléo-conservatrice américaine, qui elle-même valorise l'ordre naturel, les valeurs morales d'inspiration chrétienne, et ces mouvements européens, effectivement, ils partagent, pour la plupart, une sorte de vision un petit peu décliniste, non pas seulement de l'Europe, mais du monde occidental, de manière générale.

7:51
Présentateur

Le Financial Times est revenu le 17 août dernier, dans un long article, sur cet écosystème, l'histoire de cet écosystème, comme il dit, qui a prospéré, par ailleurs, à vitesse grand V, entre les deux mandats de Donald Trump, comme si, écrit-il, les années Joe Biden avaient offert aux alliés de Trump une pause à la mi-temps, pendant laquelle ils ont pu développer ce qu'ils considèrent comme le cœur intellectuel du trumpisme.

C'est d'ailleurs ce que disent les directeurs de ces laboratoires d'idées conservateurs qui pullulent aujourd'hui aux Etats-Unis, disant par ailleurs que les conservateurs états-uniens se soucient réellement de ce qui se passe en Europe parce qu'ils la considèrent comme une partie d'eux-mêmes, et en particulier la Grande-Bretagne, d'où ont migré de très nombreux Européens pour aller vers les Etats-Unis au XIXe et au début du XXe siècle. Ce sentiment de parenté, c'est exactement, par exemple, ce que défend et ce qui est derrière le discours du vice-président des Etats-Unis, J.D. Vance, quand il fait son discours à la conférence de Munich sur la sécurité ?

8:44
Invité

Oui, oui, c'est un discours qui est tout à fait caractéristique à la fois de cette vision du monde décliniste, du monde occidental, qui sera en train de perdre ses valeurs à la fois du fait de l'immigration extra-européenne, donc essentiellement non-blanche et non-chrétienne, pour dire les choses, et sous l'effet d'une forme de libéralisme ou de progressisme, on parle de plus en plus de wokisme, qui finalement amènerait une forme de perte de sens commun et de valeur morale au profit d'une sorte de relativisme absolu, notamment en matière de mœurs, de genre.

Et cette forme de solidarité entre conservateurs des deux côtés de l'Atlantique se traduit aussi effectivement dans les années 2020 par une espèce d'explosion des financements, des organisations et tout simplement de l'interconnexion entre réseaux conservateurs américains et européens dans un contexte qui est assez spécifique.

Donc c'est à la fois un mouvement côté américain lié dans le sillage du premier mandat de Donald Trump où finalement on a une victoire surprise d'un candidat qui n'était pas spécialement attendu en 2016 et qui n'a pas spécialement de colonne vertébrale idéologique non plus, mais qui est perçu comme une opportunité à saisir pour toute une constellation de militants et d'intellectuels conservateurs et nationaux conservateurs américains qui se disent tiens voilà le véhicule à la Maison Blanche qui va nous permettre de diffuser nos idées.

Donc il y a tout un travail d'habillage idéologique à posteriori et de définition de ce que pourrait être le trumpisme côté américain qui va aller se nourrir notamment de l'expérience hongroise et donc regarder de manière assez intéressée ce qui se passe en Hongrie et en Pologne où finalement il y a une forme de formule gagnante des acteurs dits illibéraux qui ont réussi à enchaîner les succès électoraux et à mettre en place des politiques qu'on peut qualifier effectivement de nationales conservatrices donc à la fois d'hostilité à l'immigration d'hostilité aux droits des femmes aux questions de genre mais aussi de tournants autoritaires c'est-à-dire de remise en cause de la séparation du pouvoir de la séparation des pouvoirs du gouvernement des juges des cours indépendantes et à l'inverse on a côté hongrois notamment un gouvernement urbain qui est mis au banc de l'Union Européenne et qui est très désireux de trouver des alliés internationaux et donc qui va notamment investir énormément d'argent public dans des activités de conférences transnationales de think tank etc.

donc vraiment s'engager à fond dans cette internationale conservatrice qui a un moyen de construire des ponts et des réseaux avec des acteurs d'extrême droite aux Etats-Unis et dans d'autres pays européens dans l'espoir que ces acteurs-là que ce soit Trump aux Etats-Unis ou des formations d'extrême droite en Europe accèdent au pouvoir et donc contribuent un peu à donner à la Hongrie une position moins isolée dans le jeu politique international et européen

11:35
Présentateur

C'est intéressant aussi de voir qu'en Hongrie comme en Pologne à l'époque du PIS les responsables politiques conservateurs ne venaient pas de mouvements d'extrême droite mais du centre droit modéré de la politique européenne ils ont ensuite beaucoup évolué lorsqu'ils étaient au pouvoir il se trouve justement Valentin Berg que vous avez dans le cadre de vos recherches passé du temps au mois de juin à Budapest la capitale hongroise les élections étaient encore récentes moins de deux mois mais est-ce que vous avez déjà vu ou compris comment les fondations privées jusque-là financées par ces partis conservateurs ou les réseaux conservateurs se réorganisent éventuellement ce qu'ils craignent pour la suite

12:09
Invité

Très clairement les think tanks financés par l'argent public hongrois donc par le billet de fondations d'intérêts publics sont à la croisée des chemins depuis les dernières élections du printemps en Hongrie le gouvernement Magyar a fait passer des lois au Parlement pour définancer ou supprimer ces fondations d'intérêts publics ce qui veut dire que très concrètement des organisations hongroises qui ont joué un rôle clé dans la mise en réseau d'acteurs conservateurs en Europe et entre l'Europe et les Etats-Unis vont soit être amenés à disparaître à partir de la rentrée soit voir leur financement s'assécher de manière telle qu'ils vont devoir considérablement réduire leurs activités et notamment toute une politique d'invitation de boursiers américains ou ouest-européens qui étaient très richement payés pour venir à Budapest travailler dans des think tanks ou dans le Mathias Corvinus Collegium donc l'université privée proche de Victor Orban et de son parti le FIDES bon ben ce type de mise en réseau ne va plus être possible parce que tout simplement ces organisations n'auront plus les moyens financiers de les mettre en place pour autant la question qui se pose c'est finalement quelle est la solidarité transnationale ou la cohésion de ces réseaux que vont devenir

13:28
Présentateur

les gens notamment qui travaillent et qui travaillent souvent à l'université en parallèle

13:33
Invité

voilà c'est ça c'est à dire qu'en fait là il y a à la fois des choses qui renvoient au profil individuel c'est à dire qu'encore une fois un certain nombre de ces gens sont eux-mêmes des universitaires donc ont un pied à l'université ça peut être l'université publique en Hongrie ça peut être des affiliations présentes ou passées avec des universités en Grande-Bretagne aux Etats-Unis ou ailleurs donc il y a la possibilité d'un retour finalement vers l'université de ces individus qui étaient passés pour un temps dans des activités plutôt de think tanking voilà de participation à ces laboratoires d'idées conservateurs il y a aussi une question qui se pose qui est celle de l'éventuel relais financier que pourraient prendre d'autres bailleurs de fonds après la disparition des financements hongrois donc là on sait que l'administration Trump par exemple est désireuse de financer des ONG des think tanks proches de la sphère de la sphère Make America Great Again en Europe donc ça pourrait être un rôle éventuel il y a aussi tout ce qui peut se jouer au niveau des donateurs privés de milliardaires ou de grandes fortunes qui peut financer ce genre d'initiatives et puis il y a une source de financement qu'on oublie assez souvent mais qui est celle de l'argent public européen notamment à travers les fondations de partis politiques européens on a au Parlement européen actuellement trois groupes politiques qu'on peut considérer comme d'extrême droite qui touchent des financements publics pour ces partis pour leurs fondations qui elles-mêmes participent de cette internationale conservatrice en finançant des conférences etc.

et qui peuvent tout à fait financer ce type d'activité également donc il est possible que cette infrastructure qui a été notamment subventionnée par de l'argent hongrois perdure ou se reconfigure sous une autre forme avec d'autres financements

15:14
Présentateur

Avec par ailleurs tout cet argent que le département d'état américain met sur la table aujourd'hui pour financer des laboratoires d'idées proches des idées conservatrices du mouvement MAGA aux Etats-Unis je ne sais pas à partir de quel moment on parle de guerre hybride par ailleurs puisqu'il paraît que les Etats-Unis sont toujours nos alliés mais en l'occurrence c'est vrai qu'il y a beaucoup beaucoup d'argent qui est mis sur la table pour financer ces mouvements d'extrême droite en Europe à tel point que l'Autrichien Martin Sellner qui a lui aussi un rôle un conservateur autrichien dans cette galaxie-là expliqué en août au Financial Times que les courants les plus radicaux de la droite européenne autrefois fragmentés par les langues et les politiques nationales sont désormais branchés sur une conversation menée depuis les Etats-Unis Valentin Berre ça fait quand même quelques années que vous travaillez sur ces réseaux-là sur ces réseaux conservateurs pour le dire de façon très générale puisqu'encore une fois il y a plusieurs diversités d'acteurs dans ces réseaux-là est-ce que vous êtes encore surpris par des choses qui vous sont dites est-ce que les discours évoluent est-ce que les mots changent

16:13
Invité

alors ce que l'on voit très clairement si on regarde de près une revue comme The European Conservative qui comme vous le disiez démarre en 2008 donc offre finalement une chronologie assez longue pour analyser l'évolution du discours de ces acteurs ce qu'on voit très bien c'est qu'on passe d'une forme d'élaboration conceptuelle et théorique relativement déconnectée d'enjeux d'enjeux politiques ou partisans directs une réflexion sur ce que c'est que le conservatisme son rapport avec la philosophie des Lumières avec la démocratie avec le libéralisme on glisse assez rapidement en fait à partir des années des années 2015 donc le moment où véritablement l'illibéralisme à la Hongroise et à la Victor Orban et ensuite à la Polonaise devient une source d'inspiration pour ces intellectuels-là vers quelque chose qui se rapproche d'une forme de normalisation d'un discours d'extrême droite tout simplement parce que ces intellectuels qui étaient plutôt distants de la politique et qui avaient un regard assez dédaigneux vis-à-vis d'une extrême droite populiste de type Rassemblement National en France qui trouvaient trop distante de leur vision élitiste de la politique un peu trop vulgaire voient à contrario dans Orban dans le PIS polonais des partis effectivement qui ont évolué plutôt du centre droit ou en tout cas de la droite conservatrice ou libérale conservatrice vers des positions plus dures notamment en matière migratoire et donc qui vont vraiment y voir la traduction politique de leur projet et donc là aussi quelque part légitimer a posteriori ces transformations illibérales ou autoritaires et donc on voit très très bien une forme de radicalisation d'abord à travers la façon dont le thème du grand remplacement devient complètement endossé dans cette revue et plus généralement dans les discours de ces intellectuels qui continuent à se réclamer du conservatisme donc l'idée qu'il y a un remplacement de la population autochtone européenne par une population extra-européenne du fait de l'immigration nécessairement massive et donc la conséquence logique finalement c'est qu'aujourd'hui on les voit endosser le thème de la remigration donc popularisé notamment par Martin Zellner mais qui renvoie à tout un tas d'élaborations autour de la préférence nationale autour de l'idée de l'expulsion d'étrangers et pas seulement d'étrangers d'ailleurs de populations d'origine étrangère donc y compris de gens qui sont nés en France ou en Europe et donc l'ironie c'est que dans le discours de ces acteurs conservateurs on voit des choses comme le mariage homosexuel par exemple décrites comme un symbole de la dégénérescence de l'Occident comme une menace civilisationnelle mais qu'on peut à côté de ça discuter et débattre de manière tout à fait normale de la remigration donc en fait de la déportation massive de toute une partie de la population

19:00
Présentateur

En quelques mots puisque c'est un mot la remigration qui est aujourd'hui reprise et par Donald Trump mais aussi par Elon Musk sur son compte X qui parle aujourd'hui de remigration en Europe parmi les partis conservateurs et qui n'en parle pas est-ce que certains partis des plus conservateurs ont laissé ce terme pour l'instant dans les limbes ?

19:20
Invité

On le voit essentiellement repris pour le moment par des partis d'extrême droite ou par des acteurs proches de ces partis d'extrême droite donc si on pense au Rassemblement National en France mais on voit aussi comment du fait de cet élargissement de l'espace du disciple cet élargissement de la fenêtre de discours il y a aussi tout un tas de changements de politique publique qui deviennent envisageables un bon exemple c'est la directive retour le règlement retour pardon récemment adopté par l'Union Européenne où on a vu au Parlement Européen une forme d'affaissement complet du cordon sanitaire qui laissait les partis d'extrême droite un peu à la marge du jeu politique pour voter un texte qui durcit la politique migratoire européenne notamment en permettant des expulsions vers des centres de retour en dehors du territoire de l'Union Européenne avec le soutien des partis politiques d'extrême droite

20:09
Présentateur

Merci beaucoup Valentin Baer on vous retrouve plus tard pour parler plus en détail de la façon dont ces réseaux cherchent aujourd'hui à gagner la bataille des idées et à peser sur les différents pouvoirs vous restez avec nous il est 8h vous écoutez France Culture 7h 9h les matins d'été Julie Gacon nous sommes toujours avec notre invité Valentin Baer politiste chargé de recherche au CNRS au Centre Européen de Sociologie et de Sciences Politiques qui travaille sur les réseaux conservateurs en particulier la façon dont les mouvements réactionnaires aux Etats-Unis portent en Europe leur agenda réactionnaire repris par des fondations laboratoires d'idées et universitaires qui travaillent à teinter le débat public de leurs idées en réalité la circulation des idées va dans les deux sens pour le dire plus généralement alors à partir de quand Valentin Baer est-ce qu'on ne parle plus seulement de circulation intellectuelle de circulation des idées mais véritablement d'une stratégie d'influence pour gagner ce qu'on appelle vous le rappelez tout à l'heure la bataille culturelle même si c'est reprendre leur expression à eux qu'ils ont eux-mêmes reprise du communiste Gramsci et que vous appelez plus volontiers la métapolitique

21:14
Invité

je pense que là il faut revenir sur la dimension proprement sociale de la forme think tank et plus généralement de ces conférences et événements transnationaux au fond qu'est-ce que c'est qu'un think tank qu'est-ce que sont ces conférences ce sont des espaces intermédiaires qui sont destinés à mettre en relation donc des producteurs de savoirs et d'idées universitaires intellectuels et tout un tas d'autres acteurs susceptibles de relayer ces idées donc ça peut être des journalistes et des éditorialistes on retrouve la stratégie métapolitique de conquête de l'hégémonie culturelle des gens qui vont mener la bataille culturelle concrètement qui vont aller diffuser ce type d'idées via différents médias y compris numériques y compris sur les réseaux sociaux donc on voit aussi de plus en plus d'influenceurs dans ces réseaux transnationaux mais aussi parmi les acteurs présents dans ces think tanks et dans ces conférences des acteurs plus proprement politiques et militants donc qui vont des élus des responsables de partis y compris des membres de gouvernement ou d'anciens membres de gouvernement pas mal de parlementaires européens mais aussi des militants y compris de groupes plus radicaux pour ne prendre qu'un exemple lorsque le Mathias Corvinius Collegium à Bruxelles donc en fait l'antenne bruxelloise de cette université privée hongroise pro-orbane a organisé une grande conférence sur l'âme de l'Europe on trouvait parmi les panélistes parmi les conférenciers à la fois des universitaires européens et américains des députés européens mais aussi des militants comme Alice Cordier par exemple la présidente du collectif Nemesis donc ces femmes d'extrême droite parmi les invités donc on voit aussi comment sous la bannière du conservatisme ce qui s'opère c'est une forme d'élargissement finalement de l'arc conservateur et de normalisation des acteurs les plus réactionnaires ou d'extrême droite

23:08
Présentateur

et comment ces intellectuels qui ont sans doute un certain talent de plume par ailleurs essaient d'utiliser les espaces médiatiques le monde de la presse le monde de l'édition aussi mais aussi comme ce fut le cas en Hongrie en Pologne l'université pour distiller leur discours on a appris ou cela a été confirmé par Mediapart en juillet cette enquête sur le directeur de la publication du média d'extrême droite frontière Eric Tegner qui a lui-même travaillé pour le Danube Institute en 2020 et 2021 quand Frontière s'appelait encore Livre Noir son contrat stipulait bien qu'il devait publier chaque mois plusieurs articles dans des médias français comme Causeur Valeurs Actuelles Figaro Vox RT France parce que la chaîne russe s'émettait toujours en France à ce moment-là une enquête d'Olivier Tesquet pour Télérama l'avait d'ailleurs déjà signalé l'année dernière comment est-il présenté dans les médias quand il écrit ou dans ses grandes réunions ses grands colloques quand ils sont invités comme des influenceurs entre guillemets ou des éditorialistes ou comme des experts

24:06
Invité

alors un petit peu de tout ça c'est aussi beaucoup des endroits qui sont un peu gris un peu hybrides intermédiaires et donc dans lesquels on peut jouer sur plusieurs étiquettes donc quelqu'un comme Eric Tegner va pouvoir être présenté comme journaliste comme éditorialiste mais aussi éventuellement comme intellectuel public voix importante du conservatisme en France c'est aussi permis par la relative multipositionnalité de ces personnes dans l'espace dans l'espace public quelqu'un comme Richard Legutko par exemple qui a été pendant une vingtaine d'années parlementaire européen du PIS polonais et une figure majeure du parti est constamment présenté comme philosophe et professeur de philosophie ce qu'il est aussi à l'université mais ce qu'il a cessé de faire pendant une bonne partie de sa vie où il a été complètement engagé dans la bataille politique sans cesser néanmoins d'écrire et donc effectivement d'occuper aussi le terrain médiatique ce qui est intéressant c'est que cette logique de bataille culturelle et métapolitique effectivement à travers le financement hongrois à une organisation comme le Danube Institute que vous citez qui a vraiment été mis en place pour favoriser ce réseautage transnational en faisant venir en Hongrie des boursiers donc français américains britanniques etc.

comme Eric Tegner s'apparente à effectivement une forme de guerre hybride ou en tout cas pose des questions du point de vue de l'ingérence étrangère donc il y a le cas d'Eric Tegner que vous citiez il y a aussi plusieurs cas aux Etats-Unis d'influenceurs ou d'éditorialistes qui ont été rémunérés par le Danube Institute donc notamment pour publier des articles vantant les mérites du gouvernement Orban en particulier de sa politique familiale donc en faveur de la famille hétérosexuelle qui a beaucoup d'enfants et donc voilà avec une vision du monde où les femmes sont confinées à leur fonction de reproduction du corps national du point de vue de l'ingérence étrangère on pourrait aussi poser la question du rôle d'une publication comme The European Conservative ou d'autres médias qui sont financés par qui ont été financés par la Hongrie ou au sein desquels donc des militants et des plumes d'extrême droite ont vraiment tribunes ouvertes à ce qu'ils posent des questions notamment en période électorale

26:20
Présentateur

Alors le Danube Institute a d'ailleurs été ciblé entre guillemets par Viginum dont on a déjà l'occasion de parler ici avec le chercheur Maximo Dinev Viginum le service de l'état français chargé de détecter et de protéger contre les ingérences numériques étrangères qui donc parle du Danube Institute aujourd'hui comme l'un des instruments d'un dispositif d'influence hongrois pour diffuser je cite des narratifs anti-européens ou pro-russes vous parlez de cas de pseudo-sciences parce que le Danube Institute il revendique par ailleurs un processus éditorial qui précède la publication de ses notes il met en avant les titres académiques des intervenants ou des auteurs la pseudo-science qu'est-ce que vous entendez par là qui aujourd'hui et comment parler de cette stratégie qui sert à la fois à se présenter comme expert et scientifique et à délégitimer ou décrédibiliser la vraie production scientifique

27:12
Invité

une bonne partie de l'activité d'un think-tank comme le Danube Institute ou du Matthias Corvinus Collegium en Hongrie c'est effectivement de produire des notes des rapports qui se veulent experts et qui très régulièrement instrumentalisent une forme de légitimation académique de leurs auteurs donc on va mettre en avant le fait que tel auteur est titulaire d'un doctorat de préférence d'une prestigieuse université britannique que les panélistes qui vont être invités à discuter publiquement de son travail sont eux aussi des gens qui ont des titres académiques sont passés par de grandes universités et puis la forme même du texte du rapport va singer finalement les formes académiques donc il y aura des notes de bas de page une bibliographie une discussion de l'état de l'art de la littérature scientifique une note sur la méthodologie pour ne prendre qu'un exemple quand j'étais à Budapest au mois de juin j'ai pu assister à une conférence du Matthias Corvinus Collegium qui était donc dédiée à la dernière note produite par un fellow donc un boursier de l'institut britannique criminologue une note qui porte sur les origines migrantes des terroristes djihadistes en Europe et donc une note qui part d'un discours qui se veut assez rigoureux et descriptif statistique sur la part de terroristes djihadistes qui auraient des origines migrantes et donc c'est discuté au cours d'un panel public auquel participe un influenceur néerlandais un militant de la remigration et donc très rapidement la discussion glisse de considérations méthodologiques plus ou moins biaisées puisque c'est une note qui ne fait pas l'objet d'un contrôle par les pairs ce qui est une évaluation par les pairs ce qui est le processus normal d'une production académique mais très vite de toute façon on quitte complètement la discussion méthodologique ou scientifique pour aller vers un appel à la remigration donc à la déportation massive de migrants qui seraient nécessairement des populations criminogènes non assimilables et une menace pour la sécurité des états européens

29:12
Présentateur

et en disant que les travaux scientifiques qui parlent de migration n'osent pas exposer ces questions-là de peur d'être taxés de racisme c'est un discours qui par ailleurs délégitime immédiatement les auteurs de ces travaux-là scientifiques et qui sont eux contrôlés par leur père jusqu'où Valentin Ber faut-il parler de conservatisme vous parlez d'international conservatrice à quel moment vous considérez un conservatisme comme un mouvement d'extrême droite

29:39
Invité

je pense que ce qui est important c'est de comprendre qu'à travers la revendication du label conservateur par ses acteurs se jouent plusieurs choses il y a d'abord un élément qui est celui de la reconfiguration idéologique et partisane du camp des droites donc l'idée c'est vraiment de normaliser tout un discours d'extrême droite en les intégrant dans une constellation des droites qui aurait été injustement divisée par la gauche par la logique du cordon sanitaire qui exclurait de l'espace du politiquement correct des formations plus d'extrême droite ou réactionnaires il y a une autre dimension je pense qui est importante et on travaille là-dessus avec notamment ma collègue F.

Gianoncelli qui est de montrer que l'idéologie conservatrice en tant que telle repose sur une matrice inégalitaire l'idée qu'il y a des hiérarchies naturelles un ordre naturel qui dérive notamment de la religion mais aussi de visions qui peuvent être éventuellement biologisantes du corps social du corps du corps national et donc il n'y a pas nécessairement une frontière évidente entre ce qu'est le conservatisme et ce qu'est la réaction de ce point de vue-là et la période actuelle est assez emblématique de formes de porosité qui existent à la fois individuelles sociales entre acteurs conservateurs et acteurs plutôt d'extrême droite mais aussi elle vient révéler finalement des formes de porosité de circulation idéologique qu'on peut toujours chercher à caractériser avec des définitions rigoureuses en proposant des typologies etc.

mais qui empiriquement dans les faits se révèlent quand même extrêmement plus flou brouillé et mélangé que ce qu'on pourrait penser et ça ça se voit typiquement non seulement à travers ces formes de rassemblement d'acteurs issus pour certains d'un conservatisme qui se veut respectable et d'autres de la droite la plus réactionnaire au sein de cette internationale conservatrice mais aussi à travers la légitimation la normalisation de tout un tas de mots d'ordre dont ceux dont on a parlé précédemment c'est-à-dire grand remplacement remigration etc. qui sont complètement endossés y compris par des conservateurs qui se disent ou qui se veulent respectables

32:08
Présentateur

Vous avez pu par exemple en lisant attentivement la revue et le site de The European Conservative dont vous nous avez retracé l'histoire tout à l'heure vous avez lu des textes qui réhabilitent ou du moins réévaluent les dictatures latino-américaines Augusto Pinochet présenté comme un contre-révolutionnaire diffamé quoi d'autre dans le genre ?

32:28
Invité

Ce qui est intéressant c'est de voir la façon dont des figures politiques relativement radicales et jusqu'ici plutôt marginales sont complètement endossées notamment dans les colonnes de la revue mais aussi de par leur présence dans ces conférences donc quelqu'un comme Curtis Yervin cet obscur blogueur américain associé aux lumières sombres aux Etats-Unis a pu être invité au Danube Institute dans les colonnes de The European Conservative on a vu des hommages à Charlie Kirk donc cet influenceur suprémaciste blanc trumpiste assassiné pendant qu'il donnait une conférence dans une université américaine on a pu voir aussi quelqu'un comme Roberto Vanacci qui est cet ancien général italien élu en 2024 député européen avec le soutien de la Ligue en Italie qui depuis s'en est distancé pour créer un parti futur national encore plus radicalement en faveur de la remigration contre les personnes LGBT etc.

est aussi érigé comme participant de ce camp conservateur respectable en étant promu invité discuté dans les colonnes de The European Conservative

33:38
Présentateur

Et Roberto Vanacci qui d'ailleurs ce parti futur national qui d'ailleurs contraint entre guillemets Georgia Meloni à se montrer beaucoup moins disons modérée et respectable qu'elle ne voulait paraître au début puisqu'elle s'aligne en quelque sorte ces partis d'extrême droite et identitaires viennent encore pousser vers la droite des partis qu'il était déjà mais qui voulaient en tout cas pour Georgia Meloni présenter une autre figure auprès des électeurs quand elle a fait campagne est-ce que vous voyez Valentin Ber depuis quelques années que vous travaillez sur ce sujet encore une fois est-ce que vous voyez ces idées progressivement reprises et utilisées cette fois par les partis et pas seulement diffusées dans le débat public

34:18
Invité

Alors c'est difficile d'identifier de manière claire la façon dont ces activités intellectuelles infusent et influencent directement l'agenda des partis politiques après il n'en demeure pas moins qu'il y a un certain nombre d'éléments qui montrent la reprise d'éléments de discours par les partis politiques donc on parlait tout à l'heure de la remigration on parlait aussi du règlement en retour qui voit l'ensemble des droites du Parlement européen allant donc du parti populaire européen dans lequel siègent les républicains jusqu'à la plus extrême droite donc le parti d'Éric Zemmour le parti de Marion Maréchal et le Rassemblement national voter tous ensemble ce règlement ce règlement retour on voit aussi la façon dont ces think tanks congrois polonais cherchent à mettre en forme leur discours de manière un peu plus appliquée à des enjeux de politique publique donc on a vu notamment le Matthias Corvinus Collegium et Ordo Juris donc qui est la fondation de juristes conservateurs polonais donc notamment militant en faveur de la famille traditionnelle contre l'avortement produire ensemble des rapports donc notamment un qui a fait un petit peu de bruit qui s'intitule The Great Reset donc la grande réinitialisation qui est un projet de réforme de l'Union européenne dans un sens valorisant la souveraineté nationale et au fond promouvant une Europe à la carte donc le retour de la souveraineté des États membres contre les tentatives d'approfondissement fédéral de l'intégration européenne et contre ce qui est perçu comme des ingérences de la Commission européenne et surtout des cours de justice européenne dans l'ordre juridique des États membres donc notamment sur fond de crise de l'État de droit en Hongrie et en Pologne ce sont deux organisations qui ont aussi publié plus récemment un rapport sur les politiques migratoires de nouveau en expliquant en listant un ensemble de mesures qui permettraient aux États membres de reprendre le contrôle de leurs frontières et de mettre en oeuvre une politique migratoire plus dure.

36:31
Présentateur

Et ces deux établissements l'Ordo Iuris donc fondation polonaise ultra conservatrice et le Matthias Corvinus Collegium de Budapest disent bien que les projets les rapports qu'ils produisent sont à destination des partis conservateurs qu'ils les présentent le Great Reset par exemple comme une première étape de la préparation d'une proposition détaillée de modification des traités européens alors il s'agirait par exemple de transformer la commission en secrétariat général sans rôle législatif ni protocolaire la cour de justice continuerait à exister mais sans aucun pouvoir réel le parlement européen serait purement consultatif ces intellectuels ne demandent plus la sortie pure et simple de l'Union Européenne il faut la transformer de l'intérieur

37:14
Invité

Oui c'est exactement ça Victor Orban avait dit il faut occuper Bruxelles au fond c'est aussi un signe de l'apport de pays d'Europe centrale à la constellation idéologique des droites et extrêmes droites européennes au moment de l'élargissement de l'Union Européenne des partis comme le PIS polonais notamment se revendiquaient de l'euro-réalisme donc ils n'étaient pas ouvertement contre l'intégration européenne dont les bénéfices notamment économiques étaient évidents mais disaient bon ben voilà il faudrait que l'Union Européenne soit simplement une zone de libre-échange mais il faudrait éviter toute forme d'approfondissement fédéral il ne faudrait pas que l'Union Européenne devienne un État un super État et il faudrait que les États membres restent libres de légiférer sur un ensemble sur un ensemble de domaines de domaines réservés donc avec notamment la crainte qu'il y ait un agenda sous-jacent promu par la Commission Européenne et la Cour de Justice en faveur d'une forme de libéralisation des mœurs donc d'approfondissement de l'égalité hommes-femmes de promotion des droits homosexuels etc.

Ce qui est intéressant c'est de voir qu'à ce moment-là cette perspective euoréaliste a notamment rejoint celle des conservateurs britanniques au moment où ils quittent le Parti Populaire Européen eux plutôt parce qu'ils voient l'Union Européenne comme le véhicule d'une forme de socialisme en tout cas de régulation du marché auquel ils sont hostiles donc c'est une espèce de première genèse de reconfiguration de la droite eurosceptique mais effectivement les think tanks comme Ordo Iuris ou le Mathias Corvinus Collegium cherchent très directement à proposer un ensemble de solutions de politique publique à des partis politiques et d'ailleurs un rapport comme The Great Wizard a été produit et présenté lors de conférences dans différents états membres en Espagne avec Vox notamment et en France auprès de représentants de l'ensemble du spectre des droites politiques la promotion à Paris du rapport il y avait à la fois des gens venus des Républicains du Rassemblement National du Parti Identité et Liberté de Marion Maréchal et de Reconquête d'Éric Zemmour et on voit aussi là que ça s'est rendu possible par ces espaces intermédiaires que constituent ces organisations intellectuelles puisque ce carnet d'adresse des dirigeants des partis de droite européens a été permis par l'Institut de formation politique qui est une petite école de formation privée pour les cadres des droites et qui lui-même se revendique œcuménique et dont les anciens élèves les anciens étudiants se retrouvent dans l'ensemble de ces parties des droites

39:44
Présentateur

Merci beaucoup Valentin Baer Merci de nous avoir éclairé sur cette internationale conservatrice que vous étudiez de près Merci beaucoup Vous êtes politiste chargée de recherche au CNRS au Centre Européen de Sociologie et de Sciences Politiques le CESSP ou CESP Merci d'avoir été avec nous Merci d'avoir regardé cette vidéo