La carotte, un légume très aimable ! | VIP Very Important Paysans
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 73 %Attaque 9 %Défensif 18 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Comment ça va ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Vous allez nous raconter l'histoire d'un agriculteur qui incarne la jeune génération ?
- 5:00OuverteRéponse directe
Des pâtes Casarecce, c'est quoi ?
- 7:00OuverteÉludée
Qui a besoin d'être plus aimable ici ?
- 10:00OuverteRéponse directe
Quelles sont les mauvaises nouvelles pour nos campagnes ces dernières semaines ?
- 15:00OuverteRéponse partielle
La carotte rend aimable, c'est vrai ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 11:00Patrick LarrèreFait
« La carotte se plaît dans les Landes et dans les sols sableux. »
- 13:00Patrick LarrèreChiffre
« On a 200 salariés. »
- 26:00Patrick LarrèreChiffre
« La carotte bio, le coût, c'est fois deux, à peu près. »
- 1:08:00Hélène LaporteFait
« On a besoin de fonds, il n'y a rien qui arrive. »
- 0:10Fait
« Il a revisité les mogettes vendéennes en gâteau apéro, les Croc'mogettes. »
- 0:15Fait
« Il réfléchit aussi à lancer des chips de lentilles, et puis il pense même à élever des insectes pour l'alimentation animale. »
- 0:30Fait
« tous ces projets, ils s'inscrivent dans une seule et même logique, entreprendre pour ne pas subir. »
- 0:45Chiffre
« sur les produits transformés de Louis, là, on est sur des prix à 20, 25 euros le kilo, contre 3,50, 6, pour la lentille brute. »
- 1:00Fait
« il faut travailler encore plus. Deux fois plus. »
- 1:15Fait
« un agriculteur, le rôle de chef d'entreprise dans ses choix devient prépondérant. »
- 2:30Chiffre
« le marché de la lentille, c'est la lentille verte, à plus de 95 %, je pense, en termes de consommation. »
- 2:45Fait
« la fameuse lentille corail. C'est celle à l'amande orange. »
- 3:00Fait
« elle a souvent une origine canadienne. Et elle passe aussi souvent par la Turquie pour être mise à nue. »
- 3:30Fait
« la lentille noire. La fameuse lentille Beluga qui fait référence à son petit calibre. »
- 3:45Fait
« On plébiscite souvent de la faire en salade. »
- 4:00Fait
« le pois chiche, en fait, il monte, il monte, il monte. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Générique --- Chaque matin, ils sont debout aux aurores. Ils prennent soin de leurs champs, de leurs bêtes, de leurs fermes, pour nourrir chacun d'entre nous. Ce sont nos 600 000 héros du quotidien, des VIP, des Very Important Paysans. -Amis des campagnes, amis des villes, bonjour !
Ravie de vous retrouver sur LCP pour un nouveau numéro de "VIP, Very Important Paysans", la première émission d'information consacrée au monde agricole. Et comme ce sont les agriculteurs qui en parlent le mieux, ils vont nous rejoindre pour nous faire découvrir leur univers, leurs produits et leur vision de l'agriculture française. Pour ambiancer cette émission, j'ai le plaisir d'avoir avec moi mes VIP, mes Very Important Partenaires.
Et on commence par Louise. Bonjour, Louise ! -Bonjour, Fred ! -Comment ça va ? -Ca va très bien, merci ! -Alors aujourd'hui, Louise, vous allez nous raconter l'histoire d'un agriculteur qui incarne la jeune génération et qui a plein d'idées pour faire évoluer son métier, c'est ça ? -Exactement.
Louis Lardière. Je vais montrerai qu'on peut garder espoir d'un avenir de l'agriculture française avec les nouvelles générations. -Et vive les nouvelles générations !
Alors, c'est pas... -Si. -On peut dire "nouvelle génération".
Mais oui, on peut encore le dire, bien sûr. -Attention à ce que tu vas dire. -Agriculteur, céréalier.
Alors, il y a quelques semaines, vous étiez dans le maïs. Et là, vous êtes dans les pâtes. -Oui, en tout cas, demain, après l'enregistrement, c'est production de pâtes des casarecce. -Des quoi ? -Casarecce. -C'est quoi ? -Des pâtes un petit peu allongées, comme des macaronis, mais ouvertes.
C'est très facile pour accrocher les sauces. Et voilà, c'est très bien. Eh bien, il faut produire. -Il n'est pas un peu italien ? -On se demande. -Vervy. -C'est de la pâte italienne façon française et ls peuvent se lever, les Italiens, pour me concurrencer. -Les pâtes de la Marne. -Il a toutes les qualités. -C'est vrai qu'elles sont très bonnes, ces pâtes. -Alors, en face de vous, il y a Olivier Mével.
Bonjour, Olivier. -Bonjour Fred. -Vous êtes notre monsieur consommation parce que vous avez une sacrée expérience sur le sujet et vous expliquez un petit peu le parcours de ces produits qui viennent, bien sûr, de nos amis agriculteurs et qui se retrouvent bien souvent sur les étals et rayons des supermarchés. -Oui. -Et il se passe plein de trucs avant tout ça et vous êtes là pour nous en parler. -Alors, je vais tenter de vous en parler et puis le programme de l'émission me met déjà l'eau à la bouche parce qu'effectivement autour de la lentille et de la carotte on va pouvoir parler de beaucoup de produits de consommation. -Et puis, on termine toujours avec M.
Antoine Robin. Comment il va, M. Robin ? -C'est surtout à vous la pression monte, Fred ?
Vous commencez à avoir un peu la pression ? -Non, pourquoi ? J'ai appris que vous étiez au théâtre, au Pocket de Nogent-sur-Marne. -Ca y est, il fait ma pub. -Entre 12, 13, 14, une pièce de Bradbury s'appelle "Fahrenheit".
Fred sait tout faire, présenter des émissions sur le monde agricole et en même temps être au théâtre. Donc, on va venir vous voir. -Oui, c'est ça.
Venez nous voir et puis la prochaine fois, on montrera une pièce tous ensemble. -Très bien. -Tu ne lui a pas parlé de son... -Oui.
Il y a un sujet, toujours, sur mes vêtements, évidemment. Donc, on a sorti les petites panthères, le rose. -Ca vous va ravir. -Et c'est la fête.
Merci beaucoup. Plus sérieusement avec vous on décrypte l'actualité... agricole.
Et puis, on ouvre les débats, évidemment, pour parler de tout et ne s'interdire de rien. Alors, tout de suite, on découvre notre petit sommaire. On parlera d'un légume que les Français adorent.
Il est disponible toute l'année. Il rendrait aimable. Vous saurez tout sur la carotte.
Puis, nous recevrons Hélène Laporte, députée RN du Lot-et-Garonne. Et enfin, nous parlerons lentilles, une légumineuse de plus en plus consommée et très bonne pour la planète. Mais d'abord, on veut savoir ce qui s'est passé dans nos campagnes ces dernières semaines.
Antoine Robin a donc fait le tour des actualités agricoles. C'est notre Very Important Presse. Jingle Alors Antoine, bonnes, mauvaises nouvelles pour nos campagnes ? -J'ai toujours l'habitude de commencer par des nouvelles qui font un peu grimacer.
On connaissait le Mercosur, on en a parlé dans "VIP". Il y a deux autres accords qui sont passés un petit peu en loucedé, comme on dit, que le grand public n'a pas eu connaissance et pourtant que le monde agricole regarde avec beaucoup d'inquiétude. C'est un accord commercial qui a été signé déjà avec la Nouvelle-Zélande et qui est entré en vigueur en 2025.
Et un qui vient d'entrer en vigueur avec l'Australie. Donc avec la Nouvelle-Zélande, l'Union Européenne accepte des quotas supplémentaires de viande ovine, agneau-mouton, on sait qu'il y en a déjà beaucoup qui viennent sur nos territoires, de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de tonnes, sans droit de douane, ainsi qu'un nouveau contingent pour la viande bovine à droit fortement réduit. Evidemment, le tout s'ajoute à des contingents de moutons énormes, avec des conditions d'élevage qui ne sont pas du tout celles de la France. -Sachant déjà que quand on regarde le taux d'autosuffisance alimentaire de la France et notre taux de dépendance aux importations dans la filière ovine, c'est la filière qui est la plus touchée.
Aujourd'hui, on est au-delà de 50 % de dépendance. On n'a plus d'autosuffisance. Donc, ce que tu nous annonces là, c'est tout simplement la mise à bas d'une filière complète. -En échange Bruxelles met en avant les contreparties.
Des débouchés pour les vins, les fromages, les produits transformés européens, une meilleure protection des appellations. Mais ce que tu dis, toi, c'est que ça ne pèse pas bien lourd, au final, sur les tableaux. -Non. -C'est encore une mauvaise nouvelle pour le monde de l'élevage qui, en ce moment, vit des moments un petit peu compliqués avec une baisse du prix au kilo, alors que jusqu'ici, les prix étaient acceptables. -Quand on parle d'Australie, en termes de clauses miroirs, là on le voit, les conditions d'élevage sont particulièrement différentes de chez nous.
JB, les feedlots, c'est la façon dont, aujourd'hui, cette viande australienne touche les marchés en Chine. Elle nous grille des marchés, elle s'exporte mieux que nous, mais il faut voir les conditions de production et il faut voir le prix à la fin, aussi. Donc en fait, c'est une viande pas chère qui va venir nous tarir des débouchées ici.
Et on aurait dû, à mon sens, sortir une nouvelle fois l'agriculture de l'accord commercial, parce que ces accords commerciaux ont été négociés il y a beaucoup d'années déjà. Et en fin de compte, aujourd'hui, il semblerait qu'il faille faire différemment, c'est-à-dire vraiment sortir l'agriculture et négocier les lignes agricoles une à une. -On peut passer au sujet suivant.
Vous allez nous parler d'un fruit. -L'innovation, l'innovation. Encore une fois, ce que j'aime chez "VIP", c'est qu'on met en avant, encore une fois, des agriculteurs qui se réinventent.
Et là, notamment sur la pastèque. La pastèque, on va être en plein dedans et on se dit... -Un bonheur. -Oui, mais c'est un peu la loterie, quand même, la pastèque.
Parfois, elle est bonne, parfois, un peu farineuse. Celle-là, elle s'appelle la magma. C'est une mini-pastèque sans pépins.
Les Anglais disent "seedless". Elle est cultivée dans le sud de la France, du côté de Montpellier. Elle va arriver sur les étals.
Elle coûte un peu plus cher que la pastèque traditionnelle. Mais si vous la croisez, vous pouvez y aller les yeux fermés. Elle est délicieuse et particulièrement sucrée, le fabuleux taux de Brix.
Et ça s'appelle donc la magma. -Nos millenials en ont l'eau à la bouche, tous les deux, et ils ont déjà envie de la goûter. -Exactement. -Merci beaucoup, mon cher Antoine.
Petite question, là, autour de la table. Qui a besoin d'être plus aimable ici ? Antoine ? -Toujours, tout de suite, mais pas du tout ! -On est tous super sympa. -Ca, c'est vrai.
Ca, c'est vrai. -Je vais regarder un peu pour le débat, vous inquiétez pas. -Il n'y a pas de bougons dans cette émission.
Alors, oui, il paraît que la carotte, ça rend aimable. On va en parler avec notre cultivateur de carottes. Et c'est le deuxième légume le plus consommé en France, après la tomate.
Enfin, bon, si on considère que la tomate est un légume, on a déjà eu ce débat. Merci. Donc, on peut dire que la carotte est le légume le plus consommé. 12 % de tous ceux qu'on achète.
C'est un petit légume tout simple en apparence, mais c'est une vraie mécanique agricole. Et on en parle tout de suite. C'est notre premier, Very Important Produit.
Jingle Et pour parler de ce produit, nous recevons Patrick Larrère, producteur de carottes dans les Landes. Bonjour Patrick, soyez le bienvenu. -Bonjour. -Hop, hop, hop ! -Il pousse le bureau ! -Il déménage tout. -C'est la force des Landes. -Ca, c'est un agri.
Ca se place. -C'est une entrée en mêlée. -J'adore.
Bon, les Landes, c'est aussi la patrie de notre amie Louise. Vous vous connaissez tous les deux ? Vous avez déjà fait des ferias ensemble ? -Quelques-unes, on ne va pas mentir. -Un petit peu, oui.
On est pas nombreux dans les Landes. C'est vaste, mais c'est pas... -Louise, elle ne nous parle que des gens des Landes. -Vous avez un beau spécimen ici, vous verrez. -On est ravis de vous accueillir, vous et vos carottes, bien évidemment.
D'abord, éclairiez-nous, c'est quoi cette histoire de carottes qui rend aimable ? Et ma maman, elle disait "qui fait les cuisses roses". Ca vient d'où, cette histoire ? -Je ne sais pas.
Je ne sais pas si la carotte rend aimable. C'est un produit qui... -T'es bien embêté avec la question, là. -Non, non. -Il y a une histoire derrière tout ça, -Dans notre région, dans les Landes, on est très aimables.
La carotte est arrivée il y a une trentaine d'années. -Vous êtes en train de nous inventer une histoire. -Elle s'est très bien implantée chez nous. -Bien sûr. -Ce qui est vrai, c'est que la carotte se plaît dans les Landes et dans les sols sableux. -Exactement.
Elle est arrivée dans les années 90. On fait partie des familles qui se sont lancés dans la production de carottes. Elle s'est bien plu dans nos sols.
On est sur un sol 100 % sableux. Elle s'est plu. Elle le pousse toute droite.
Elle se gorge de sucre avec le soleil landais et les ambres marins. -En fait, Fred, c'est que c'est le père de Patrick qui a décidé de s'expatrier dans le nord des Landes. On les prenait pour des Indiens puisqu'il n'y avait rien à part du sable et des pins, grosso modo.
Et en fait, on le verra après, mais c'est une vraie réussite parce que Patrick a monté une belle entreprise dans la carotte. Mais à l'origine, c'était un choix pour le moins original. -Tout à fait. -Il n'y avait pas de carottes dans les années 90 dans les Landes ? -Non, mon papa, il était second de famille.
Son frère avait repris l'exploitation, il s'est marié avec sa voisine, qui était aussi seconde de famille, donc pas d'exploitation à reprendre. Donc il a monté une entreprise de travaux agricoles, il allait moissonner chez les agriculteurs. Et il est originaire de la Chalosse, le sud des Landes.
Et il a vu dans les années 70 des fermes se créer dans la zone des Landes de Gascogne, en fait. La zone que vous connaissez tous avec les peins, les fameux peins des Landes. Et cette zone était considérée comme une zone inculte à l'époque par les agronomes dans les années 50.
Et c'est des agriculteurs du nord de la France qui sont arrivés, qui ont commencé à mettre en place des cultures, qui ont réamendé ces sols pour les rendre, en fait, productifs. Et voilà, et puis avec ma famille, on s'est installés à la queuleuleu, mon premier frère, mon deuxième frère, et puis moi après, à la fin des années 90. Et voilà, rejoint par nos épouses et puis nos neveux. -Une grande famille.
Combien de salariés vous avez actuellement ? -On a 200 salariés. -De la famille ? -De la famille, on est une dizaine. -On est une dizaine. -Patrick, c'est un gars qui... -Il y va bien, Patrick. -Attention, une métaphore avec le lapin. -S'il vous plaît, on arrête.
On va en rester là. -On est une dizaine de la famille, sur deux générations. Ma génération avec mes frères, et mes neveux.
Nos épouses aussi, et les épouses de mes neveux. -Mais 200 salariés. -Oui, voilà.
Et puis, on est entouré par une super équipe. Une super équipe de collaborateurs autour de nous. Alors, on a chacun notre exploitation.
On a créé notre exploitation. Et on a décidé, plutôt que de partir chacun dans son coin, de tout mettre en commun. Donc, on a une entreprise de travaux en interne qui achète tous les tracteurs.
On a une station de conditionnement ensemble. On a une équipe de commerciaux ensemble. On a une équipe de comptables ensemble.
On a mis tous les moyens en commun. Et chaque membre de la famille, en plus de son exploitation, gère une partie de l'entreprise. -C'est une super idée.
Bon, il faut avoir une grande famille pour se développer, mais c'est une très bonne idée. C'est important que ça reste dans la famille aussi, cette culture-là, pour vous. -Oui, ça reste dans la famille.
Mais encore une fois, on a de superbes équipes avec nous. On a la chance de produire notamment des carottes. On part d'une petite graine et on la commercialise nous-mêmes auprès des clients.
Donc, on fait tout le chemin ensemble. Donc, c'est une formidable aventure entrepreneuriale, mais aussi avec nos équipes, parce que les uns sans les autres, on n'y arriverait pas. C'est vraiment le travail, c'est un peu comme une partie de rugby.
La carotte passe de main en main pour arriver jusqu'au bout, jusqu'au client. -Et vos clients, alors, si on peut en parler, qui sont vos clients, Patrick ? -On travaille avec tout le monde. -Pour les amis d'Olivier, la grande distribution, d'abord !
Alors déjà, notre carotte, et mon exploitation...
J'ai deux exploitations. La première est conventionnelle, la deuxième elle est bio. -Vous avez près de la moitié de votre exploitation de carotte en bio, c'est ça ? -C'est-à-dire qu'il y a douze exploitations au total.
Il y en a à peu près la moitié qui sont conventionnelles, l'autre moitié qui sont bio. Depuis les années 2000, toutes les expansions créées ont été bio. Et dessus, on a développé de l'agriculture conventionnelle ou de l'agriculture bio.
Et donc, on avait un peu les deux méthodes qui se challengeaient. Et donc, c'est ce qui fait aussi que quand on peut utiliser des méthodes bio dans le conventionnel, on se sert de ces techniques plus naturelles. Donc voilà, c'est les deux qui se challengent.
Et donc voilà, la carotte, quand on la produit, on la commercialise, généralement, un petit peu, 70 % à peu près sur la grande distribution. Après, on va travailler un peu avec des grossistes qui vont aller orienter vers la restauration, que ce soit RHD ou que ce soit commerciale. -OK, mais avant ça, excusez-moi, mais avant de savoir comment vous la commercialisez, on aimerait bien savoir comment vous la produisez, vous la cultivez, parce que nous, on a des carottes toute l'année sur nos étals.
Donc, comment vous faites ? C'est quoi le tour de magie ? Plusieurs variétés ? -La carotte, on ne fait pas toute l'année.
Pas tout à fait. C'est à peu près dix mois et demi, onze mois, en fonction des années. C'est parce qu'elle reste un mois dans le bas du frigo.
Ca fait le mois d'après. -C'est pas faux. -On la récolte du mois de mai jusqu'aux premiers jours d'avril, à peu près du 15 de mai jusqu'au 10 avril.
Il y a trois saisons dans la carotte. La carotte primeur, qu'on va récolter du mois de mai au mois de juillet. -Donc vous êtes en plein dedans ? -Oui.
On a démarré il y a quelques jours. Donc voilà. Juillet, à peu près jusqu'au mois d'août.
Ensuite, on va avoir la carotte de saison, qui va être du mois d'août-septembre jusqu'au mois de novembre. Et enfin, la carotte d'hiver, de conservation, qui a la particularité chez nous, en fait, nous, par rapport aux pays du nord de l'Europe, qui vont la mettre en frigo pour la conserver. Pour nous, c'est très important qu'elle conserve sa fraîcheur, garder le contact à la terre.
On va la labourer, on va la mettre sous terre. En fait, on la met à l'horizontale, avec dix centimètres dessus, avec une charrue, en fait. On la laboure.
On la couche, comme ça. Et il y a dix centimètres de terre au-dessus pour la protéger du froid. Et ça permet de la récolter fraîche, direct, on la sort de la terre.
Donc voilà, on a une formidable équipe qui récolte pratiquement onze mois de l'année et on expédie tous les jours un petit peu dans toute la France. -Et entre le bio et le conventionnel, qu'est-ce qui change dans la production ? Qu'est-ce qui te coûte aussi ? -Alors, la carotte bio, le coût, c'est fois deux, à peu près.
C'est à peu près fois deux. La grosse contrainte, c'est qu'il faut...
Donc, c'est que des méthodes de la solution naturelle, donc pas d'herbicides. Donc, du coup, il y a beaucoup de désherbage à la main. Et depuis deux ans, on désherbe avec des machines au laser, en fait. -On va en parler avec Jean-Baptiste, justement.
Vous vous êtes penché sur ces techniques de désherbage nouvelles et vous nous en parlez, bien sûr, dans votre Very Important Pratique. Jingle -C'est sympa, Patrick, de ne pas avoir totalement fusillé ma chronique. Rires -On a eu peur.
On est passé à ça. Rires -Effectivement, quand tu penses production maraîchère de plein champ, que ce soit carottes, oignons, poireaux, navets, quand tu es producteur, il y a un petit passage qui arrive, c'est le désherbage. Car il y a des mauvaises herbes qui s'invitent gentiment dans les parcelles.
Et du coup, ce n'est pas toujours évident. Quand tu es en bio, évidemment, tu ne peux pas utiliser de solution chimique. Et puis même quand tu es en chimie, il y a de moins en moins de molécules et des fois, il faut essayer de trouver d'autres solutions.
Alors, comme tu l'as dit, ce qui se passe, c'est qu'on retourne un peu à la main. Travailler à la main, c'est des heures. Ca fait entre 20 et 60 heures à l'hectare.
Toi, je ne sais pas. -Jusqu'à 300. -Jusqu'à 300 heures l'hectare.
Donc je peux vous dire que c'est quand même pas très rigolo, un, pour les gars qui y bossent, deux, les coûts de main-d'oeuvre, on a cessé de le dire dans les émissions, le poids du coût de la main-d'oeuvre dans nos produits agricoles est important, donc ça c'est quand même hyper embêtant, puis il faut trouver des gens qui font ce boulot. Il y a un peu d'adaptation, on avait trouvé des petites images. Je ne sais pas si tu en as chez toi.
Des petits chariots, on s'allonge et puis on désherbe à la main comme ça. Mais bon, c'est même pas "ouf". Et donc, après, il y a pas mal de technologies aussi qui s'est mise en place.
Alors, il y a des solutions un peu plus classiques et customisées. Des fois, on met des bineuses derrière des tracteurs. Il y a des petits capteurs, des caméras qui essayent de ne pas défoncer les rangs de carottes parce que sinon, ça poserait un problème.
Et puis, on voit encore un cran supplémentaire dans tout ce qui peut être robotisation. Alors, c'est des robots ou des faux robots en tant que tels, parce que des fois ils sont accrochés au tracteur, des fois ils sont autonomes. Et là on va avoir un truc de fou, on va avoir un peu des caméras dans tous les sens, un peu d'intelligence artificielle, on va repérer ce qu'est une carotte d'une non-carotte, on va soit balancer une petite pichenette de produits phytosanitaires quand on est en conventionnel.
On va passer un petit bout de machine en ferraille pour faire un petit binage. Et du coup, on est hyper précis, voire sortir un peu les petits fusils laser. Il imite un fusil laser.
C'est "Star Wars" dans les parcelles de carottes. Mais ça, c'est des technologies qui avancent. On voit... -Oui, c'est quoi ça, cette grosse machine ? -Là, typiquement, ça, c'est une grosse machine qui vaut un peu d'argent.
C'est un peu comme une boîte noire qui passe au-dessus des carottes. Et il y a vachement d'électronique qui va repérer entre la mauvaise herbe, la plante, la petite, la grande. Soit elle va désherber, soit elle va même mettre la petite dose d'azote, d'engrais pile poil sur la plante.
Donc, c'est de la culture de ultra haute précision. Donc ça, évidemment, du coup, on n'a pas besoin de personnel. Mais bon, il faut payer les machines.
Ca va de 80, 100 000, voire 1 million d'euros, je crois. -Ah oui...
C'est un très gros poste. -C'est le dilemme entre ce que tu as comme autre solution, tu fais bosser des gens que t'arrives à trouver, c'est un peu pénible, ou tu trouves de la technologie qui des fois est à ses débuts, donc tu n'es pas encore à un prix trop faible, mais une fois qu'il y aura du volume, on peut penser qu'on aura un prix du matériel qui permettra d'avoir un coût à l'hectare acceptable. C'est le dilemme du producteur, de toute façon, d'arriver à avoir des méthodes de production françaises qui soient acceptables d'un point de vue environnemental, mais acceptables aussi techniquement, parce qu'en fait, économiquement, c'est nécessaire sur les fermes. -C'est des gros investissements pour vous, la robotisation ? -Vous l'avez, ce robot ?
Vous l'avez, le robot laser ? -Moi, j'ai deux de mes neveux qui sont sur cette partie-là. Ils sont passionnés.
Ils sont allés voir ces machines dès les prémices. Alors nous, on peut se les payer parce qu'on est nombreux. Il y a plusieurs exploitations.
Rien que mon exploitation, je ne pourrais pas me la payer. Nous, on arrive à avoir des volumes suffisants. Ce qui est vraiment intéressant, c'est qu'en fait, la société vous demande de produire mieux, moins de pesticides, etc.
Là, ce qui est encourageant, c'est qu'on a une vraie solution qui arrive là, technologique, qui va venir vraiment résoudre cette problématique, comment se passer du pesticide pour désherber. Le désherbeur laser, il cogne 3000 coups à la minute. A la minute, il peut désherber, sur six mètres de large, 3000 mauvaises herbes.
Ca, ces solutions, elles n'existaient pas. Aujourd'hui, elles existent. Donc, ça peut paraître, entre guillemets, industriel, mais ça va se démocratiser.
Il y en aura des plus petites, ça coûtera moins cher. Ca va se démocratiser et se généraliser. -Olivier, vous parliez tout à l'heure de la commercialisation des carottes de Patrick.
Vous, vous avez choisi de commercialiser en direct vos productions. Vous avez même créé votre propre marque. Racontez-nous ça et pourquoi vous avez fait ce chemin-là. -J'avais un frangin passionné de machines, l'autre d'agronomie, donc il fallait que chacun prenne un rôle dans l'entreprise.
Moi, dans les années 2000, je me suis cassé la jambe, je me suis retrouvé au bureau, je me suis mis au commerce, à commercialiser, donc je m'occupe de la partie station de conditionnement et commerciale. Le lien avec le client m'a toujours plu. Derrière le fait de vendre ses produits, il y a quelque chose d'intéressant de ce que produit la famille et ce qu'on produit avec nos collaborateurs, d'aller le porter le plus loin possible.
Donc ça, c'est sacrément intéressant. On commercialise auprès de la grande distribution, mais aussi des réseaux spécialisés, des grossistes, des industriels aussi, parce que la carotte, on parle souvent de la carotte moche, tordue. Les écarts de tri, c'est 20 %. -Ah oui, c'est beaucoup. -Les carottes moches, il y en a qui essayent, mais ça ne se vend pas. -Du jus. -Il y a des gens qui vont faire du jus.
On a à peu près des petits ateliers qui vont mettre ça dans plats à cuisiner, qui vont faire des carottes râpées, des carottes surgelées. -Mais c'est réutilisé quoi qu'il arrive, on ne jette pas ces carottes. -Non.
Et celles qui ne sont pas, on va dire, consommables par l'Homme, ça part en élevage. On a un éleveur à côté de chez nous qui donne ça à ses vaches. Ca fait une super viande, de super qualité. -Comment va la filière selon vous ? -Ce qu'il faut savoir, la carotte, si on analyse l'Europe, on est très peu à faire de la carotte en France, finalement, parce que c'est le légume le moins cher.
Le fruit et légume, il n'y a pas de contrat l'année, il n'y a pas de contractualisation, ni de volume, ni de prix, en fait. -En fonction de l'offre et de la demande. -Voilà.
A l'inverse, souvent, les éleveurs ont des contrats...
Ils ont un débouché garanti. Dans les fruits et légumes, vous n'avez pas ça. Donc là, on essaye de pousser quelque chose qui s'appelle "Tous gagnants !".
L'idée, ce serait de bâtir ça avec les distributeurs, avec tous les clients. -Pour bien comprendre, la marque pour chasser en meute a plusieurs producteurs... -"Tous gagnants !". -C'est quoi ?
C'est une sorte de "C'est qui le patron ?!" ? -Alors, "C'est qui le patron ?!", comme d'autres marques, a eu le mérite de mettre le doigt sur quelque chose d'important, c'est que le consommateur est interpellé par la juste rémunération du producteur.
Alors, on nous demande de mieux produire, la transition, le changement climatique, de s'adapter...
Bon, mais en fait, ça, c'est possible que si l'agriculteur vit. Nous, je vois en carotte, il y a des années, ça va, des années, les prix, c'est compliqué. Alors, on en a.
On a quelques clients qui s'engagent sur des volumes, mais très peu, en fait. L'idée, c'est maintenant, nous, c'est d'aller chercher des engagements de volume et des engagements de prix où on a la garantie d'être rémunéré de notre travail et qu'on va avoir des volumes assez linéaires d'une année à l'autre. -C'est à cette condition qu'on verra apparaître ce logo, ce label, "Tous gagnants !" -Ce label qui sera certifié... -C'est réunir toute la chaîne de valeur. -Voilà. -Et qui explique au consommateur ?
Parce qu'un logo, ça reste un logo. -L'idée, c'est aussi que le produit, "Tous gagnants !", c'est que tout le monde soit gagnant, le consommateur, le distributeur, parce qu'il sera réassuré sur le fait que le producteur, au départ... -Est-ce qu'il perd de temps en temps, le distributeur ? -Non, parce qu'à long terme, il y a quand même un sujet.
Il y a quand même un sujet. Enfin, dans la distribution, il y a quand même des gens engagés aussi en distribution. On a des gens qui s'engagent.
On a aussi envie de mettre en avant les choses qui sont bien faites. Il n'y a pas que des méchants. Les deux sujets principaux, c'est le producteur et le consommateur. -C'est les maillons indispensables. -Une dernière réflexion. -"C'est qui le patron ?!", c'est une super idée qui vient du consommateur.
Là, l'idée vient plutôt du producteur. C'est le producteur qui va valider que le prix est bon. C'est moi qui vais valider que le prix est bon pour ma carotte. -Et le consentement à payer du consommateur qui validera au final la proposition de valeur. -Complètement. -Vous pensez que la grande distribution va jouer le jeu ? -Ah, bien sûr. -Oui ? -Bien sûr.
Il y a déjà... -Pas tous. -On a déjà des enseignes qui vont prochainement mettre des légumes "Tous gagnants !" et des fruits "Tous gagnants !" dans les rayons. -Merci beaucoup.
Et on va finir là-dessus sur cette note très, très positive. Merci beaucoup, Patrick, d'être venu nous voir sur le plateau de "VIP". Merci pour ces jolies carottes.
Vous repartez dans votre beau sud-ouest, dans les Landes. On pourra venir faire un jour une petite feria avec vous, toute l'équipe. -Avec grand plaisir. -Je vais vous dire qu'il n'était pas trop mauvais. -Ca se passe le 15 août. -C'est parfait, je suis là, j'arrive.
On vous suivra. Merci beaucoup, Patrick. -Merci. -A très bientôt.
Bon retour. L'agriculture, c'est forcément politique. Et pour en parler, nous accueillons des personnalités engagées dans ce domaine.
Alors, quelles solutions nos élus proposent-ils pour aider l'agriculture française et ses acteurs ? On en débat dans notre interview Very Important Politique. Jingle Et nous recevons Hélène Laporte, députée Rassemblement National du Lot-et-Garonne.
Bonjour. -Bonjour. -Merci d'être avec nous. -Merci à vous. -Alors, vous n'êtes pas issue du monde agricole puisque vous venez de l'univers de la banque avant votre carrière politique.
Mais en revanche, vous êtes dans une région où l'agriculture est particulièrement importante. Pour mieux vous connaître, on a une tradition, c'est le portrait agricole chinois. Je vais vous demander si vous étiez un animal de la ferme, lequel seriez-vous ? -Une poule. -Pourquoi ? -Parce que je trouve ça mignon.
En plus, il y a diverses sortes de poules. Je les trouve toujours mignonnes. -Très bien.
Si vous deviez choisir un produit, un aliment fétiche de nos campagnes ? -La fraise. Pour tout, pour sa couleur, le goût, l'odeur.
Parce que chez moi, il y a deux fraises sur trois qui sont issues du Lot-et-Garonne. Il y a une grosse production nationale. Donc la fraise, sans hésiter, mais on a beaucoup de richesses dans le Lot-et-Garonne. -Et on va en parler. -On a fait l'émission dessus. -Absolument, et on s'est régalés.
Merci. Et pour finir sur une note gourmande, c'est quoi le plat qui vous rappelle le plus la campagne ? Qui a ce goût du terroir ? -Le foie gras. -Ah ouais, très bon choix. -Ouais. -OK, donc poule, fraise, foie gras, parfait, merci d'avoir joué le jeu.
Plus sérieusement, on va maintenant parler de la hausse des prix de l'énergie depuis la guerre au Moyen-Orient qui impacte énormément nos agriculteurs. Quel est votre, non pas votre ressenti, mais vous qui avez des administrés dans une région où il y a beaucoup d'agriculture, qu'est-ce que vous leur dites et qu'est-ce qu'ils vous disent sur le sujet ? -C'est une difficulté supplémentaire, ils n'ont pas besoin de ça.
Il y a eu déjà le coût des matières premières qui se sont envolées, il y a le coût, maintenant, au niveau du carburant, il y a toutes les difficultés qu'ils ont avec les surtranspositions de normes, la concurrence déloyale, c'est ça, plus ça, plus ça, on ne s'en sort pas. -Vous attendez quelles mesures de la part du Gouvernement ? -Des mesures spécifiques et bien ciblées.
Là, pour l'instant, on a beaucoup d'annonces, mais ce sont des choses qui sont finalement très classiques. -L'Etat a encore de l'argent pour aider les agriculteurs ? -D'accord, mais l'Etat fait des économies pour pouvoir les aider ?
C'est aussi la question à se poser. Chaque fois qu'on débat de loi de finances, on propose des économies sur un train de vie de l'Etat, sur des choses en général. Il n'y a rien qui en ressort.
Par contre, on continue les dépenses pour arriver à des sommes astronomiques de dette. Nos agriculteurs, ça devrait être la priorité. -Vous parlez de notre ministre de l'Agriculture, Annie Genevard.
Justement, vous l'avez interpellée récemment lors d'une séance de questions au Gouvernement. On regarde quelques images. -Aujourd'hui, partout en France, et dans mon département du Lot-et-Garonne, le constat de nos agriculteurs est clair, ce qui avance vite, c'est le déclin de nos filières.
Impuissance face à la crise internationale, plus de 50 % sur le prix du GNR depuis début mars. Face à cela, vous annoncez un plan dérisoire de 70 millions d'euros, avec des reports de cotisations, un étalement des impôts, des prêts à court terme. Rien qui ne règle le fond du problème.
Quand actionnerez-vous enfin tous les leviers fiscaux ? Je pense à la TVA, au tarif d'accise. Vous parlez des tarifs d'accise, ça veut dire quoi, clairement ? -Ca veut dire qu'il faut enfin mettre une TVA qui soit en adéquation avec les problèmes des agriculteurs sur le GNR.
Il faut qu'on avance sur ce rythme-là, on n'avance pas. Lorsqu'il y a eu cette interpellation, il y avait déjà, bien évidemment, ce problème avec la crise au Moyen-Orient, mais pas que. Nous, on sortait des catastrophes naturelles au niveau du Lot-et-Garonne et plus largement, dans le Sud-ouest, avec la tempête Nils.
Là encore, je l'ai interpellé, j'ai fait un courrier avec d'autres parlementaires. On a besoin de fonds, il n'y a rien qui arrive. -Les trois filières que vous jugez en difficulté dans votre département sont lesquelles ? -C'est la noisette, bien évidemment, parce que la moitié de la récolte a été détruite. -Et qui nécessite l'utilisation de l'acétamipride. -Tout à fait.
Il y a la betterave sucrière, il y en a aussi en partie, la pomme, bien sûr, la pomme, et la cerise, je pas dans le Lot-et-Garonne, mais en France, on est concernée, et la cerise est concernée par ce néonicotinoïde. Quand Laurent Duplomb a proposé sa loi, nous, on l'a soutenue. Là, on est en loi d'urgence agricole. -C'est des Français qui étaient contre, -Il y a une partie qui était contre, Je suis d'accord avec vous, mais j'ai... -De manière assez massive, quand même.
Il faut les entendre. -Oui, mais il faut entendre aussi les études qui sont faites, les paroles des oncologues qui disent : "Peut-on vraiment accuser l'acétamipride ?" -Il y a un débat, quand même. -Il y a un vrai travail de pédagogie à faire auprès de la population, d'expliquer pourquoi on a légiféré, et qu'on revient en arrière.
Les gens le vivent comme un retour en arrière, ce qui peut s'entendre, alors que les producteurs en ont besoin sur le terrain. -Oui, mais est-ce que les producteurs ont envie de s'empoisonner ? Ou d'empoisonner leurs enfants qui vivent dans leur maison sur la production ?
Est-ce que moi, j'ai envie d'empoisonner les Français ? Pas du tout. Mais au bout d'un moment, j'écoute aussi, quand les oncologues disent : "Peut-on vraiment parler de l'acétamipride ?" Surtout qu'en plus, on sait que la durée n'est pas longue au niveau de la culture.
On sait qu'au niveau des pollinisateurs, ce n'est pas non plus la même période. C'était très encadré. C'était très encadré pour quatre filières.
Je pense quand même qu'il y avait beaucoup de garde-fous. -Mais vous comprenez les craintes des concitoyens, parce que ça nous inquiète, évidemment, ces utilisations, ces retraits, ces retours. Qu'est-ce que vous leur dites pour regagner leur confiance ?
Je parle de vous, mais tous les politiques. Comme disait Louise, il y a une déconnexion, un manque de pédagogie. -Je leur dis que les autres pays européens qui l'utilisent ne veulent pas empoisonner leur population.
Je leur dis aussi d'écouter les oncologues, quand même, qui se manifestent là-dessus. Plusieurs personnes se sont manifestées. -Il n'y a pas un paradoxe ?
Quand je regarde le programme du RN sur l'agriculture, on voit d'ailleurs que depuis des années, vous êtes très présent, beaucoup plus que vous l'avez été par le passé, d'ailleurs. On voit que votre politique, c'est manger français, notamment dans la restauration collective, soutenir, évidemment, contre la PAC, créer une grande PAC française. -Non, ce n'est pas contre la PAC.
Au bout d'un moment... -C'est une grande PAC française, pardon.
Mais par ailleurs, là, vous citez l'exemple de pays étrangers qui, eux, utilisent des produits interdits en France. Il y a un petit hiatus, là, pour le coup. -Il n'y a aucun rapport. -Ah oui ? -Non.
Si on est le seul pays européen on est dans une concurrence déloyale à ne pas utiliser l'acétamipride, pourquoi les autres pays pourraient le faire ? Et surtout, pourquoi nous abreuver de leurs produits ? Parce que c'est ça aussi, sur notre territoire.
Quand vous mangez votre crêpe au Nutella avec votre noisette qui aura de l'acétamipride plus tout le reste, parce qu'en Turquie notamment, on est extra-européen, et en Italie, ils ont droit à beaucoup de molécules que nous n'avons pas en France. Est-ce que c'est bien ? Je ne dis pas que c'est bien.
Est-ce qu'on doit mettre complètement à genoux notre filière ? Je ne crois pas. -Mais comment continuer à faire rentrer des produits étrangers ?
Donc sortir de l'Union européenne, si on fait de la préférence nationale concernant les produits agricoles français ? Comment c'est viable ? Comment c'est possible ? -Au bout d'un moment, quand on est ministre de l'Agriculture, on doit pouvoir aussi taper sur la table, aller à Bruxelles et dire : "Il y a des choses que je prendrais, d'autres que je ne prendrais pas. -La France a encore du poids à Bruxelles ? -Quand on est second contributeur net, si on n'a pas de poids, nous, qui en a ?
Non, parce que moi j'entends tout ça, mais chaque année on est déficitaire de ce qu'on reverse à l'Union Européenne, de plusieurs milliards d'euros. Donc ça n'a rien à voir avec le fait de sortir de l'Union Européenne. -Et avec votre groupe, aujourd'hui, au niveau européen, vous pensez pouvoir peser pour, finalement, harmoniser en Europe, les modes de production agricole ? -C'est un travail de très longue haleine.
Vous le savez très bien. Bien évidemment qu'on espère peser. -Dans votre programme, vous parlez notamment d'un sujet qu'on a traité dans une émission qui sont les cantines et la préférence du label bio.
Mais comment sortir un menu à, pour les plus abordables, 2,50 euros ou 3 euros, dans les cantines, avec que des produits bio. Comment on fait pour le financer ? Comment une municipalité, aujourd'hui, pour les écoles primaires complètement exsangues, va être capable de supporter des menus bio qui sont, on le sait, très chers ? -Pourquoi on continue d'avoir cette dette qui ne s'arrête pas ?
Et pourquoi on ne fait pas des économies quand il y a enfin un vrai débat à l'Assemblée nationale ? -Sur quoi ? -Mais sur tout !
Parce que c'est vrai que dans nos communes, notamment de la ruralité, c'est vrai qu'elles sont en train de tirer à chaque fois les budgets parce qu'elles n'en ont plus. Parce qu'au bout d'un moment, il y a mille-feuille administratif en France qui fait qu'on a du mal à flécher, aussi, les fonds où ils doivent aller. Donc moi, j'aime bien quand on dit qu'il n'y a pas d'argent.
D'accord, mais où part notre argent ? Surtout en étant l'un des pays les plus imposés ? -Vous étiez pour ou contre le chèque alimentaire ?
Parce que ça a été un gros débat aujourd'hui. C'est-à-dire que les classes sociales les plus pauvres, tous les gens qui sont au seuil de pauvreté ou en dessous du SMIC par unité de consommation, ont des soucis, sont en précarité alimentaire. Il y avait un chèque alimentaire qui avait été suggéré aux ministres des Finances successifs, à Bercy.
Quelle était la position, de votre groupe sur ce sujet ? -Gouverner à coup de chèque, au bout d'un moment, il y a un problème de gestion, déjà, à la base. Bien évidemment qu'on ne laisse pas les gens dans la précarité.
Mon département, c'est le second le plus pauvre, donc la précarité, je la vois souvent. Et c'est curieux parce que dans mon département, c'est assez hétérogène, d'une commune à l'autre. Je le vois parce que je sillonne quand même beaucoup.
Gouverner à coup de chèque, le chèque énergie, le chèque essence, le chèque alimentaire, arrive un moment, ayons une meilleure gestion des fonds publics, ayons une vraie traçabilité. -On pourrait flécher vers les produits français. -Bien évidemment, oui. -C'est intéressant ce que vous dites, parce que je comprends, et là vous êtes dans une position favorable, vous êtes dans l'opposition, mais on se dit : "Demain aux commandes, guerre dans le détroit d'Ormuz, des engrais qui sont bloqués.
Donc, à un moment donné, vous pouvez faire ce que vous voulez. Là, pour le coup, la puissance publique est bien impuissante face à ce qui se passe à l'autre bout de la planète et sur l'augmentation, notamment, des engrais et des coûts de l'énergie. Là, pour le coup, on a beau y faire, on est bien impuissant. -Vous pouvez baisser les taxes, quand même. -Mais ça veut dire moins de rentrées d'argent pour l'Etat qui en manque déjà aussi. -Il en manque déjà parce qu'il y a une politique dispendieuse.
C'est le chat qui se mord la queue. Moins de rentrées d'argent, c'est-à-dire que c'est encore à la personne seule, à l'agriculteur. -On a intérêt à faire évoluer les pratiques.
Moins d'engrais phosphorés, azotés, transition écologique, aller vers l'utilisation des bio-engrais ? Et justement, est-ce que ce n'est pas l'occasion de changer nos pratiques ? -Parce qu'il y a une crise, il faut qu'on change diamétralement, en fait, notre façon de faire.
Mais bien évidemment, à la longue, c'est souhaitable. Mais il faut aussi laisser le temps de pouvoir mettre les choses en place à ce niveau-là. -J'aimerais qu'on parle, d'un autre combat que vous menez, Madame Laporte.
Il est lié aux catastrophes naturelles. Vous êtes dans un département où la tempête Nils est passée. D'ailleurs, on a quelques images à vous montrer, assez impressionnantes.
Et on va parler de l'indemnisation des agriculteurs en cas de catastrophe naturelle. Regardez ce qui s'est passé dans le Lot-et-Garonne. Qu'est-ce que vous, vous dénoncez ? -La lenteur, déjà, au niveau des fonds d'indemnisation.
Ca, c'est évident. Et aussi ces fonds qui ne sont pas en adéquation avec tout ce qui se passe actuellement. Il y a trois seuils.
Soit il y a des petites pertes et c'est l'agriculteur qui prend tout, soit il y a une perte intermédiaire et là, ça va être pris en charge. Soit ça va être l'indemnisation de solidarité nationale. Mais là, il faut que ce soit vraiment quelque chose de très... -Vous dénoncez votre ancienne corporation, les banques, en disant ça.
Ceux avec qui vous travailliez. Vous parlez de la lenteur de l'indemnisation. Ce n'est pas très sympa pour vos anciens collègues. -Non, ça n'a rien à voir.
Quand on m'interroge là-dessus, je dis toujours qu'une banque n'est pas...
Ce n'est pas un fonds de subvention, ce n'est pas tout ça non plus. Non, il faut être honnête, Ben non. -Expliquez-nous comment ça se passe quand on subit une catastrophe naturelle comme ça.
Qu'est-ce qui se passe concrètement tout de suite après ? -Décréter l'état de catastrophe naturelle. -Oui, qui est pris en charge.
Après, des indemnisations tombent, mais de manière plus ou moins rapide. Dans mon département du Lot-et-Garonne, j'ai interpellé trois ou quatre jours après la ministre par un courrier. J'ai été voir la Chambre d'agriculture, on a fait un nouveau courrier avec les autres parlementaires, j'attends encore la réponse.
On demande un fonds d'indemnisation exceptionnel, puisque là, à l'heure actuelle, il y a 180 millions de dégâts, et il va y avoir une indemnisation entre 15 et 20 millions au titre de l'indemnité de solidarité nationale. Donc ce n'est pas du tout suffisant, donc on attend. Et j'ai interpellé de nouveau son cabinet il y a 15 jours, qui m'a dit : "Dans 3 jours, vous aurez une réponse." Je l'attends. -Vous attendez toujours. -Aujourd'hui, beaucoup d'agriculteurs n'ont plus les moyens de payer leurs primes d'assurance.
Moi, je vois, par exemple, en Sud-bretagne, en Pays de Loire, dans le Muscadet, effectivement, aux Saints de Glace, ils sont tous en train de se poser la question, de savoir qu'est-ce qui va se passer, parce que 50 % des 280 viticulteurs n'ont plus les moyens de payer ces primes-là. Quelques-uns seulement, on va dire, des vignobles phares peuvent le faire. Est-il temps de créer un grand fonds d'indemnisation permettant au moins à tout un chacun une certaine égalité devant la catastrophe ? -Bien sûr, et ça par exemple, ce sont des dispositions que nous attendrions dans une loi d'urgence.
Puis en plus, ça crée quelque part un malaise entre les agriculteurs parce que selon les filières, ce n'est pas la même indemnisation. Donc ça non plus, ce n'est pas logique et ce n'est pas normal. Donc il faut qu'on avance sur quelque chose aussi de moins compliqué. -Est-ce que les agriculteurs ne paient pas là, finalement, le fait de peser 3 % du PIB, d'être 1,5 %, finalement, de la population active ?
Et sur le problème de l'énergie, il y a un 1,5 million de barils de pétrole consommés par jour en France. Les agriculteurs en consomment 4 %. Les particuliers, dans leur déplacement, 40 %.
On voit bien que ce n'est pas égalitaire. Ils ont du mal à se faire entendre, les agriculteurs, aujourd'hui ? -Pourtant, il y a eu pas mal de manifestations et autres, mais ce sont des personnes qui sont extrêmement résilientes.
Et puis, ils vivent pour leur ferme, pour leur exploitation. Ils ont des...
Enfin, je veux dire, ils le vivent, ça, en permanence. Ils vivent pour leur exploitation. Et bien sûr qu'ils ont du mal à se faire entendre.
Après, il y a les parlementaires, derrière. Mais encore faut-il qu'ils aient le même discours avec eux et dans ce qu'ils votent au niveau de l'Assemblée nationale et des textes qui sont présentés. C'est pas à vous que je veux apprendre ça, vous êtes agriculteur. -Je partage. -Oui, mais d'accord.
Mais moi, je le vis au quotidien avec ceux de chez moi. Eh oui, à l'heure actuelle, ils ne peuvent pas. Alors, il y a des choses qui sont faites, bien évidemment.
Des décalages par rapport aux prêts, des propositions de prêts garantis par l'Etat... -C'est toujours s'endetter plus.
C'est un pansement complémentaire. Et puis après, dans six mois, revient la même chose puisqu'on n'a rien fait pour changer la situation actuelle. -Merci beaucoup, Madame Laporte.
On va s'arrêter là, j'y vais, on va vous laisser retourner à vos activités à l'Assemblée. Merci d'être venue sur notre plateau. -Merci à vous. -Bon retour dans le Lot-et-Garonne où on embrasse bien sûr tous ceux qui y sont en ce moment.
Merci beaucoup. Allez, on va parler tout de suite d'un produit qu'on associe souvent à un plat simple, voire un petit peu rustique. Et pourtant, derrière la lentille, il y a une vraie révolution alimentaire.
Mais oui, elle coche toutes les cases de l'alimentation d'aujourd'hui. Des protéines végétales, une alimentation durable, une agriculture plus écologique. Résultat, en 20 ans, les surfaces ont été multipliées par cinq en France.
Eh oui, la légumineuse préférée des Français, c'est notre deuxième Very Important Produit. Jingle Et pour plonger dans cet univers, nous accueillons Romuald Carrouge, producteur de lentilles dans la Marne. Bonjour Romuald, merci d'être avec nous. -Bien le bonjour. -Bonjour, Romuald. -BONJOUR. -Vous êtes bien mignons, tous, avec Romuald, dites donc, qu'est-ce qui se passe ? -Il est charmant. -Oui, je vais vous le présenter, quand même.
Romuald, vous avez 38 ans, vous avez grandi dans la Marne, dans une famille d'agriculteurs, et puis je crois que jeune adulte ou adulte, l'amour est passé par là ? -C'est un peu ça. -Vous avez pris la route du Sud, c'est ça ? -Le Nord, le Centre, le Sud.
On a fait un petit tour de France. -Quand vous dites "on", c'est avec votre compagne ? -Oui.
Je l'ai rencontrée sur les bancs de l'école. Et puis, dans la vie, il y a deux choses qui motivent, le boulot, puis l'amour. -Et l'amour. -Je l'ai suivie, puis après, elle m'a suivie aussi. -Oui, parce que vous êtes revenu, dans la Marne.
Vous êtes actuellement basé à Sézanne, c'est ça ? -C'est ça. La ferme est même à Broussy-le-Petit, pour être précis. -Il faut être précis.
Broussy-le-Petit, c'est une ferme familiale, c'est celle de vos parents. -Exactement, papa et maman, chacun leur ferme héritée aussi de leurs parents précédemment. -Et dans cette ferme familiale, la culture des lentilles existait déjà ou pas ? -Pas la lentille à proprement dit, on faisait déjà de la légumineuse.
Surtout pour l'élevage. Mais on a intensifié la production de légumineuses. -Et qu'est-ce qui vous a poussé à choisir cette légumineuse plus qu'une autre ? -Déjà par rapport à notre système de production, en agriculture de conservation des sols et aussi dans un projet aussi entrepreneurial, quelque part, parce que moi, je revenais sur la ferme mais j'avais aussi besoin d'avoir une diversification et par mon expérience passée plutôt commerce, marketing, l'idée c'était de trouver une filière en grande culture à laquelle je pouvais rapidement passer au commerce. -C'est quoi la culture de conservation des sols pour ceux qui ne savent pas forcément ? -On est sur une agriculture où on travaille le moins possible les sols, en ayant un juste compromis entre travail superficiel et aussi impact des pesticides et des engrais minéraux sur notre écosystème. -Et labourer les terres, c'est quelque chose que vous faites moins ? -Oui, on réduit largement le travail du sol. -Remettre de la matière organique dans le sol. -Exactement, du vivant. -Voilà, c'est ça. -Alors nous, les lentilles, on les découvre comme ça, comme sur notre plateau, de toutes les couleurs, bien sûr, dans leur petite boîte.
Mais on se demande comment ça pousse. Je me demande combien il y a de lentilles dans un paquet de lentilles, d'ailleurs. Vous le savez ? -J'adore ces questions.
Rires Ca, c'est quand vous allez chez votre psy, pas ici. -Il ne fallait pas engager une neuro-atypique pour gérer cette émission. Cette lentille, en fait, on ne connaît pas son parcours.
Est-ce que vous pouvez nous parler des grandes étapes de cette production ? Et on parlera des variétés, bien sûr. -Globalement, on est sur un cycle relativement court, entre 90 à 120 jours.
On les a implantées là, courant fin mars, début avril. Et si tout se passe bien, on va les récolter sur juillet-août. -Et après, elle est donc... -Donc après, la spécificité de la légumineuse, c'est une des rares productions en grande culture où on pourrait presque se permettre de la récolter le matin et de la consommer le soir. -Ah oui ? -Voilà, c'est une de ses spécificités.
En fait, le savoir-faire, il est dans le champ, bien évidemment. Et après, une grande part de l'autre savoir-faire, c'est le triage, pour la rendre propre à une consommation humaine. -J'imagine que vous avez des machines.
On fait plus ça à la main. -On a des machines. De temps en temps, les enfants, pour enlever les cailloux. -On continue à faire comme ça ? -On n'a pas le droit de le dire. -Les enfants, oui, c'est vrai.
C'est une culture un peu compliquée. C'est fragile, la lentille ? C'est sensible au... ? -C'est très dépendant du climat, quelque part.
Donc, on peut avoir des belles biomasses. C'est une culture qui peut faire du 50, 60 centimètres quand elle est en pleine vigueur. Et vous prenez un orage, quelque part, et vous ramassez presque un tapis.
Donc, c'est une des difficultés qu'on peut avoir dans ces productions où on peut avoir une amplitude de rendement, presque, de 0 à 20, 25. -Elle est vertueuse, la lentille, parce que souvent, on dit que le maïs a besoin d'engrais, donc de gaz. La lentille a besoin d'air. -Elle demande peu, en fait. -Peu d'azote ? -Complètement. -Pourquoi ? -Elle a la capacité d'absorber l'azote atmosphérique du sol pour sa propre fertilisation.
Et le bénéfice, c'est qu'en plus, elle va le stocker dans ses nodosités. -Dans ses quoi ? -Nodosités, donc des aspérités qui poussent sur ses racines, pour le stocker dans le sol et qui est, quelque part, une forme d'épargne de fertilisation pour la culture suivante.
Donc, on fait une lentille, l'année suivante, on va faire un blé. Et en fait, le blé va déjà bénéficier d'une réserve de fertilisation au sein du sol pour son propre développement. -Vous revenez de loin.
Parce que quand même, la lentille, c'est le plat de papi et mamie. -C'était pas sexy à l'époque. -Et je me souviens, la cantoche...
Là, aujourd'hui, c'est l'aliment préféré des bobos. -C'est la légumineuse préférée des Français. Carrément ! -Mais pourquoi ? -Vous revenez de très loin.
Comment vous avez vécu ce succès-là, aujourd'hui ? -Moi, j'ai pas 40 ans et j'avoue, je suis encore un peu sur cette team-là. Rires "La lentille, tu l'aimes bien ?" "Oui, mais bon, pas trop non plus." -Si, c'est trop bon, la lentille.
J'ai le cas à la maison avec mon enfant, Marceau, qui a sept ans. Et souvent, on fait des animations, aussi, en restauration scolaire, même entreprise. Et bien souvent, en fait, on pose la question, surtout sur ce jeune public, on dit : "Comment avez-vous trouvé les lentilles ?" "Elles étaient bonnes", tout le monde aime.
En moi, à cet âge-là, j'aurais pas dit : "La lentille, c'est trop bon, on en remet tous les jours." -Et puis, la question santé, parce qu'on remarque que l'allongement de l'espérance de vie amène finalement beaucoup de personnes à regarder la légumineuse et se dire : "Elle me comble mes apports en protéines végétales." Et on s'aperçoit que le marché s'il croît, c'est parce qu'aussi, le nombre de boomers, le nombre de X, mon cher Antoine, mais vous, bientôt, les millenials aussi, vous allez consommer beaucoup de lentilles parce que ça correspond aussi à un régime sain pour des gens qui vieillissent en bonne santé. -Avec un surenchérissement de la viande, de la protéine animale. -Aussi. -Romuald, il y a une hausse de la demande, mais il paraît que vous avez les hangars pleins.
Il y a des stocks de production. Comment ça s'explique, ce paradoxe ? -C'est aussi les aléas du marché.
Il y a aussi un recours aux importations. Donc ça, on l'a vu il y a quelques temps, ça a quand même défrayé la chronique. Il faut structurer les filières aussi.
Donc ça, c'est quand même pas forcément toujours évident dans la mesure où on peut avoir des aléas de production aussi. Donc comment on pérennise nos circuits de distribution quand une année, on va avoir une bonne récolte, presque excédentaire, et puis l'année d'après, on risque d'avoir une pénurie. Donc ça peut expliquer parfois... -L'avantage, c'est que tu es sur un produit que tu peux quand même stocker.
A part que la trésorerie, elle ne sort pas. Mais du coup, tu peux quand même tamponner et éventuellement suivre un peu le marché. Mais on part quand même de loin dans le sens où une lentille française, c'est deux fois plus cher qu'une lentille importée. -On va en parler.
On va en parler, justement. Terminez et on passe...
Je vais m'en aller de cette émission. Vous n'avez plus besoin de moi, mais vous êtes autonomes, mes petits chats. Ne vous faites pas du mal. -C'est toute sa difficulté.
C'est-à-dire que tu as beau essayer de faire un truc sain, tu es quand même contraint avec quelqu'un qui arrive et tout de suite, c'est deux fois moins cher que toi. -On va parler de cette contradiction des prix qui diffèrent. Il y a la lentille française, bien sûr, et puis il y a le Canada qui pousse derrière pour imposer ses lentilles.
D'ailleurs, la moitié des lentilles qu'on consomme viennent du Canada. Olivier, on explique ça comment ? -Tout simplement, on a choisi de signer des traités de libre-échange avec des blocs économiques.
Et donc, on a signé, en 2016, un traité, qu'on appelle le CETA, avec le Canada. Evidemment, le prix est décisif, comme le disait JB. Parce que la lentille canadienne, c'est entre 1,80 et 2,50, quand la lentille française est entre 3,50 et 6 euros.
L'écart est très important sur un produit de consommation courante. Evidemment, les distributeurs, eux, se sont jetés sur la lentille canadienne dans la logique du prix bas des marques de distributeurs. Donc, quand vous achetez les marques de distributeurs, vérifiez bien que c'est la lentille française à l'intérieur.
Regardez l'origine, c'est marqué de l'autre côté du paquet. Et c'est très important de soutenir nos producteurs. -On est bien d'accord.
Ca vous inquiète, cette concurrence canadienne sur la lentille, Romuald ? -Moi, dans mon marché, elle y était, déjà, par rapport à mon projet d'installation. Donc, je l'ai toujours connue.
Là où il faut aller se défendre, c'est sur notre différenciation. C'est étudier quel est l'impact de nos démarches entrepreneuriales pour nos territoires. On est sur l'une des filières, en fait, qui se met en place de manière la plus régionale possible.
En fait, on a plein d'initiatives, quelque part, de légumineuses qui commencent à émerger sur le territoire. En fait, l'idée, c'est de réussir à structurer ces filières-là pour vraiment avancer. -Olivier, toi qui connais bien tous les distributeurs, tous tes copains, est-ce qu'on est naïf à rêver qu'un jour, peut-être, ils pourraient mettre en avant un peu mieux, justement, nos produits français, en se disant qu'ils ont une responsabilité, pas que celle d'encourager au prix bas, mais d'encourager aussi à un prix responsable, avec des acteurs responsables sur le territoire ?
Est-ce qu'un jour, on peut imaginer qu'ils mettent des linéaires tricolores, un peu mieux ? -Je vais dire quelque chose qui va défendre les distributeurs. C'est que je trouve que la grande distribution, aujourd'hui, elle a profondément évolué sur sa logique d'origine.
Et puis à côté de ça, on a une restauration hors foyer, la restauration commerciale dans les restaurants, qui a du mal à jouer le jeu de l'origine et à soutenir, finalement, notre socle agricole pour soutenir notre souveraineté alimentaire. Donc en fait, aujourd'hui, la grande distribution, elle est plutôt bonne élève sur l'origine. Par contre, sur les marges et sur la répartition de la valeur ajoutée, non.
Mais par contre, il faut rendre à César ce qui est à César. -Une des solutions pour s'en sortir, ce serait la diversification. Vous le pratiquez déjà d'ailleurs.
Louise, vous, vous allez nous parler d'un producteur de lentilles qui a choisi, justement, de se diversifier, entre autres. Et c'est, bien sûr, notre Very Important Personne. Jingle -Eh oui, Fred, quand on pense aux lentilles, on pense à un produit simple, presque modeste.
Et pourtant derrière cette petite graine verte, il se cache parfois plus qu'une culture, une vision, une stratégie et même une nouvelle génération qui se dessine. Alors, cette nouvelle génération, Louis Lardière en est un très bon exemple. Louis est agriculteur en Vendée, il est tout récemment installé sur l'exploitation familiale et il est diplômé d'une école d'ingénieurs agronomes. -Il est tout jeune, magnifique.
Et qu'est-ce qu'il fait, Louis, dans sa ferme ? -Alors, sur son exploitation, à la base, ils élèvent des vaches, Blondes d'Aquitaine et Bazadaises, mais très vite, ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas en rester là. Ils ont inscrit leur exploitation dans une stratégie beaucoup plus large, celle de la diversification.
Alors, diversifier pour répartir ses risques, bien sûr, pour créer de la valeur et surtout garder la main sur les revenus. Du coup, ils ont lancé la vente directe, mais Louis ne compte pas s'arrêter là, parce que des idées, Louis, il en a. Il a revisité les mogettes vendéennes en gâteau apéro, les Croc'mogettes.
Il s'est lancé dans la cacahuète, parce qu'avec le réchauffement climatique, c'est une culture qui a de l'avenir en France. -Comme dans les Landes. -C'est une bonne idée. -Il réfléchit aussi à lancer des chips de lentilles, et puis il pense même à élever des insectes pour l'alimentation animale. -Ca part un petit peu dans tous les sens, tout ça.
Rires -Alors, on pourrait croire... -On va retrouver des insectes dans... -On pourrait croire que c'est une accumulation de projets un peu dispersés, mais en réalité, chez Louis, tout est mûrement réfléchi, posé et mesuré.
En fait, tous ces projets, ils s'inscrivent dans une seule et même logique, entreprendre pour ne pas subir. Et je peux vous dire, Fred, avec toute cette nouvelle génération à la tête des exploitations, on peut avoir de l'espoir pour l'avenir de notre agriculture française. -Et faire revenir des euros dans les cours de ferme, parce que sur les produits transformés de Louis, là, on est sur des prix à 20, 25 euros le kilo, contre 3,50, 6, pour la lentille brute.
Et donc c'est important que les agriculteurs se saisissent de la transformation. -Et tu as raison, ces agriculteurs qui sont dans une logique de diversification arrivent à vivre de leur métier, malgré toute la complexité que ça génère et tous les métiers qu'il faut maîtriser. -Attention à l'idéalisation de tout ça, dans le sens où il faut travailler encore plus. -Deux fois plus. -Et que quand tu ramènes ton coût à l'horaire, t'as intérêt à être motivé dans ton travail, parce qu'en fait, il faut rajouter, en plus d'être producteur, marketeur, commerçant, conditionneur...
Et si tu vends ton circuit de distribution, tu vas rallonger tes semaines. -Aujourd'hui, finalement, un agriculteur, le rôle de chef d'entreprise dans ses choix devient prépondérant. -Complètement.
Mais là, des initiatives comme Louis, en fait, je m'y retrouve beaucoup. On est sur des modèles où aujourd'hui, on a cette vision-là. L'enjeu aussi derrière, c'est qu'il incarne.
Et il motive d'autres à se dire : "Moi aussi, je pourrais devenir agriculteur." Ca, c'est un vrai challenge. -Jean-Baptiste, la dernière question d'un agriculteur. -Il y a des lentilles de toutes les couleurs.
Est-ce qu'on peut demander à Romuald c'est quoi les différentes lentilles qu'on a devant nous et les différents goûts ou mode de consommation qu'on peut avoir. -Avec plaisir, et ce sera la conclusion de ce beau plateau sur la lentille. Alors, dites-nous. -Déjà, le marché de la lentille, c'est la lentille verte, à plus de 95 %, je pense, en termes de consommation.
Ensuite, celle qui monte, c'est la fameuse lentille corail. C'est celle à l'amande orange. -C'est une autre variété que la lentille verte ? -Oui. -D'accord.
Rien à voir. -C'est une autre variété qui est décortiquée. On enlève son enveloppe.
Et on parlait d'importation tout à l'heure, elle a souvent une origine canadienne. Et elle passe aussi souvent par la Turquie pour être mise à nue. -Elle voyage, cette petite lentille, plus que moi.
Il y a des différences de goût sur toutes ces lentilles ou de texture, peut-être ? -Oui, complètement. Celle qui se démarque quelque part, c'est la lentille noire.
La fameuse lentille Beluga qui fait référence à son petit calibre. -JB l'aime bien. -On la cuisine comment, la lentille noire ? -C'est le caviar végétal ? -On dit que la lentille noire, son surnom c'est le caviar végétal. -Vous la cuisinez comment ?
Quel conseil pourriez-vous donner sur la lentille noire ? -On plébiscite souvent de la faire en salade. Ca permet aussi de se dire qu'on pousse le champ des possibles en termes de consommation, donc on sort de ce fameux lentilles-saucisse de l'hiver pour une salade en plein été. -Oui, on peut aussi faire un dahl indien, qui est ce plat traditionnel indien, ou là on prend plutôt une lentille corail, parce que c'est un peu plus l'aspect d'une purée plutôt. -Oui.
Enlever son enveloppe la rend plus facile à travailler. -Et il y a des blondes, là ? C'est une blonde que je vois, là, près de moi ? -Oui.
C'est aussi une lentille très largement consommée en France. J'ai vu quelques volumes, et oui, c'est loin d'être... anecdotique. -Vous recherchez aujourd'hui à ce qu'on en consomme toute l'année ? -Oui, et puis pas que la lentille, mais il y a aussi le pois chiche.
On parlait tout à l'heure d'adaptation au changement climatique. Le pois chiche, en fait, il monte, il monte, il monte. Et là, il y a un vrai...
Il y a quelque chose à jouer sur cette culture-là. -Ca nous fera un autre sujet. -Exactement. -En tout cas, on peut faire une petite sauce bolo avec des lentilles, avec des pâtes.
Ca passe nickel. C'est un repas hyper équilibré. Lentilles et pâtes.
Et les tomates. -C'est parfait. Merci beaucoup, mon cher JB, pour cette recette.
Merci, Romuald, d'être passé par le plateau de "VIP" pour nous raconter votre univers et cette belle culture de la lentille qui est en train de monter. Et on lui souhaite beaucoup de succès, bien évidemment. "VIP", c'est fini pour aujourd'hui.
Bah oui, déjà. Avant de se quitter, un petit tour de table. Qu'est-ce qui vous a marqué ? -Moi, c'était Patrick Larrère, l'importance du collectif et le label "Tous gagnants !". -Merci.
JB ? -Je ne saurais pas dire, parce que tous les sujets étaient hyper intéressants. Et j'ai trouvé aussi que notre passage avec l'invitée politique était assez clair. -Oui, absolument.
C'était l'idée. Il faut que nous soyons pédagogues. Olivier ? -Finalement, je réfléchissais à ce que nous disait Romuald.
On voit bien que l'évolution des modes de consommation, des besoins et attentes des consommateurs vient au soutien d'une filière française qui, aujourd'hui, va voir revenir vers elle de la valeur ajoutée. C'est plutôt rassurant. -Merci.
Et enfin, Antoine ? -C'est les progrès effectués par le monde agricole et notamment par la production de "VIP" pour mettre en scène les produits. Pour moi, c'est essentiel.
On l'a vu sur la carotte, on le voit sur les lentilles. Pardon, mais graphiquement, c'est juste magnifique et ça donne juste envie de les cuisiner. -Ce sera le mot de la fin.
Merci beaucoup, mon cher Antoine. Merci à toute la bande de "VIP", à tous ceux, bien sûr, qui ont collaboré à ce numéro, à nos invités. Et on peut le dire, notre agriculture n'a pas fini de nous surprendre et on vous le prouve dans 15 jours à la même heure pour un nouveau numéro.
Et d'ici là, vous pouvez nous retrouver sur les réseaux de LCP et en replay, bien sûr. A très bientôt. Générique de fin
Hélène Laporte