Motion de censure, réformes des retraites, démission d'Emmanuel Macron... Clémence Guetté est l'invitée du 28 novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et pourquoi Clémence Guettet ? Bonjour. Parce que c'est aujourd'hui la niche parlementaire pour la France insoumise. Ça veut dire en gros que vous avez l'occasion, l'opportunité de présenter les textes de votre choix. On va y revenir, mais d'abord le débat sur la censure, si vous le voulez bien, parce que c'est l'actualité brûlante. On sait que cette motion de censure, son adoption en tout cas éventuelle, va dépendre beaucoup du Rassemblement national. Il faut qu'ils votent la motion de censure que vous avez l'intention de présenter à gauche. Ça ne vous gênerait pas de faire tomber le gouvernement grâce aux voix du RN ?
Alors bon, vous prenez les choses un petit peu à l'envers. La question, c'est pourquoi on veut censurer ce gouvernement ? On dit depuis le mois de juillet que le nouveau Front populaire est arrivé en tête des élections et que c'est nous qui devrions gouverner. Et avec quelques mois passés, on devrait avoir changé radicalement la vie des gens. Donc il y a quand même beaucoup d'amertume. Et on dit aussi que le gouvernement Barnier est fondamentalement illégitime. Et ce qu'on voit là avec ce budget, c'est qu'il n'a pas de majorité. Donc ils vont mettre un nouveau 49-3 sur le budget pour le faire adopter, pour le faire passer en force.
Mais vous non plus, vous n'avez pas de majorité, d'où la nécessité d'avoir les voix du RN. Et c'est là-dessus que portez ma question.
Mais on ne demande pas les voix du RN. Le RN prend ses responsabilités. Nous, nous allons déposer une motion de censure et ensuite chacun vote. Vous savez, c'est comme ça que ça se passe à l'Assemblée nationale. La réalité, c'est que M. Barnier nous a vendu une voie de compromis, une méthode complètement différente et qu'il continue de passer en force. Que nous, nous avons fait des amendements. Nous avons transformé le budget en un budget de justice sociale qui faisait passer le déficit de la France sous les 3% en trouvant 75 milliards de recettes supplémentaires.
Et que c'est, je termine mon propos, et que c'est les macronistes alliés, puisque vous voulez faire des alliances dans tous les sens, avec le RN qui ont rejeté ce budget. Preuve en est que, vous le savez très bien, nous ne sommes pas sur les mêmes positions. Il n'empêche que nous avons des raisons différentes de vouloir faire tomber ce gouvernement, mais qu'il est fondamentalement illégitime. Et je veux le dire aussi...
Donc vous rejoignez sur la censure.
Ne soyez pas ridicules, honnêtement. Non, mais ce n'est pas du tout ridicule, c'est la réalité des choses ou pas ? Nous ne partageons aucune position. Mais c'est la réalité des choses, c'est une alliance de fait. Mais interrogez les responsables du RN.
Mais on les interroge aussi, on les interroge aussi. Et ils disent, nous on assume, nous on assume, on propose des choses, et les filles ne votent pas avec nous, mais nous on vote avec eux. Voilà, exactement.
Nous on ne vote pas avec le RN. Il n'empêche que ce gouvernement va tomber, et je veux le dire, ça n'est qu'une étape. Parce qu'en réalité, on l'a vu hier, il y a un sondage qui est paru qui ne vous aura pas échappé, 63% des Français disent que le gouvernement Barnier va tomber, et ensuite c'est Macron qui doit partir. Parce que la réalité, c'est que M. Barnier, ce n'est qu'un proxy de la politique macroniste en déliquescence, avec Macron qui ne sait plus comment faire, et qui nomme cet homme-là pour continuer sa politique. Mais il n'est pas plus légitime qu'un autre, et donc il n'y a plus de méthode.
Après, et je veux le dire, je veux le dire parce que nous ne sommes pas les seuls à dire que Macron doit partir pour mettre fin à la crise politique. Vous l'aurez sans doute vu, mais des gens aussi divers que Charles Lecourson, qui est rapporteur général du budget, ou M. Copé, vous le savez, là non plus, nous ne sommes pas dans le même camp politique, mais pourtant nous arrivons à la même analyse, au même diagnostic. C'est que Macron se débat finalement, mais qu'il doit y avoir une présidentielle anticipée pour que les Français puissent retourner aux urnaux.
Comme quoi, en ce moment, il y a donc bien des alliances de fêtes qui sont un peu contre nature. Ce ne sont pas des alliances, monsieur, ce sont des convergences sur le diagnostic. Michel Barnier a prévu la tempête l'autre jour, vous l'avez vu sans doute, à la télévision. Ça ne vous fait pas peur, la tempête prévue par Michel Barnier ?
Vous parlez du chaos budgétaire, qu'on nous parle ?
Du précipice au bord duquel serait la France, vous voyez ce qui se passe du côté des marchés.
Honnêtement, vous l'aurez vu, ça a été démenti, ce risque de shutdown à l'américaine. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis d'Amérique et nous ne fonctionnons pas budgétairement de la même façon. Mais le décrochage sur le plan des taux d'intérêt, par exemple. En réalité, si nous censurons le gouvernement Barnier dès la semaine prochaine, ce qui est une hypothèse, nous avons jusqu'au 31 décembre pour proposer un budget. Or, figurez-vous que le nouveau Front populaire, nous avons déjà un budget prêt puisque nous étions préparés à cet exercice, un budget à l'équilibre. Je vais même vous dire, on a des recettes supplémentaires. Et ce qu'on veut réellement, c'est changer la vie des gens.
Parce que là, on nous propose un budget austéritaire, le pire que les Français aient connu depuis des années, alors que déjà il se serre la ceinture, que les factures d'énergie, d'électricité ont augmenté, que l'inflation a été bien présente. Donc, on propose toute autre chose. On est prêts. On a jusqu'au 31 décembre pour le faire. Et je finis mon raisonnement pour que les gens n'aient pas peur. Parce qu'en fait, c'est une sorte de chantage que font les macronistes. Si jamais il n'y avait pas ce budget-là, il y aurait une loi spéciale budgétaire. Les fonctionnaires continueront à être payés. Mais par contre, c'est vrai que c'est pour ça que je vous parle du fait que M. Macron doit partir.
C'est que la France est un grand pays et que nous avons des grandes décisions à prendre. Et qu'aujourd'hui, lui, nous fait des bidouilles politiciennes pour se maintenir au pouvoir, alors qu'il n'est plus légitime.
Est-ce que vous êtes rassuré par l'attitude du PS ? Hier soir, Olivier Faure a dit qu'après la rencontre Vallaud-Barnier, le PS va voter la censure. Vous avez semblé en douter, parce que Boris Vallaud a dit... En gros, il a lancé un appel sur les conditions d'une non-censure. Et Jean-Luc Mélenchon a envoyé des tweets pour dire « Le socle commun est en train de changer. Le PS est en train de nous trahir. » Est-ce que les choses reviennent dans l'ordre ?
Disons que le PS, il y a toujours des voix un petit peu discordantes. Donc c'est bien qu'ils discutent entre eux et qu'ils aient abouti à cette décision de censurer le gouvernement. Le contraire aurait été complètement incompréhensible. Enfin, je veux dire, on a amendé un budget, nouveau Front populaire, avec le PS inclus, et il a été rejeté. Donc évidemment, c'est une raison supplémentaire de la censure. Aujourd'hui, nous en aurons peut-être une encore nouvelle. C'est la discussion sur la réforme des retraites. Mais j'imagine qu'on va y venir juste après, qu'on met dans notre niche parlementaire et que les macronistes vont nous empêcher de voter. Je reviens au Parti Socialiste.
Je déplore que certaines voix, au sein de leur parti, montrent comme ça une forme d'aménagement, de compromission, avec un socle qui pourrait se trouver du côté de la Macronie. Ce n'est pas le programme sur lequel nous avons été élus. Nous sommes résolument dans l'opposition à la Macronie. Et quel compromis y aurait-il à trouver ? Je vous donne plusieurs exemples. Nous sommes pour aller chercher des nouvelles recettes supplémentaires. Taxer celles et ceux qui se sont enrichis avec l'ISF. Taxer les grands groupes pour faire la retraite, par exemple, à 60 ans. Alors parlons-en de la retraite. Pour bloquer les prix d'électricité. Tout ça, les macronistes sont contre.
Il n'y a rien à aller chercher de ce côté-là. Et je le dis, renoncer à l'ambition de changer la vie des gens, c'est ce qui ferait monter l'extrême droite. Parlons-en de la retraite, si vous le voulez bien. Donc, le Parti Socialiste doit réfléchir à deux fois à ce qu'il a envie de faire stratégiquement pour la suite. Nous, nous n'avons pas changé d'idée.
C'est le gros morceau de votre niche parlementaire, ce texte pour l'abrogation de la réforme des retraites, qui sera voté également par le Rassemblement National. Il n'y a pas d'alliance, mais bon, là-dessus aussi, le Rassemblement National va voter à vos côtés pour cette abrogation de la réforme des retraites. Alors, vous parlez de l'attitude des macronistes. Alors, si vous avez l'occasion de voter, c'est vrai que vous êtes très critique, parce que les macronistes disent qu'ils ont déposé 1 000 amendements pour nous empêcher de voter. Enfin, quand on se souvient, au moment du débat, vous, vous n'aviez pas déposé 1 000 amendements, vous en aviez déposé 13 000.
Est-ce que ce n'est pas l'hôpital qui se moque de la charité ?
Elle est vraiment caricaturale, votre question. Vous savez pourquoi ? Vous savez ce que c'est la différence fondamentale entre eux et nous, dans la position qu'on a ? C'est que nous, nous sommes dans l'opposition. Et que nous avons une journée par an, où de 9h à minuit, à minuit, quoi qu'il arrive, ça s'arrête, nous pouvons discuter de nos textes, de ceux qu'on choisit. Et celui qu'on a choisi, en l'occurrence, c'est l'abrogation de l'odieuse réforme de la retraite à 64 ans, qui est abrogation qui est attendue par 71% des Français. Je ne vous rappelle pas, je ne vous fais pas cette offense, mais de vous rappeler qu'il y avait des millions de personnes qui étaient dans la rue.
Donc, notre réforme, notre proposition de loi aujourd'hui, elle est majoritaire dans le pays et elle est attendue. La grosse différence, c'est qu'eux, ils ont le reste de l'année pour mettre à l'ordre du jour leurs textes. Toute l'année, on discute des textes et des propositions de la Macronie et nous, on amende, en effet, parce que c'est notre travail. Et vous savez, ça n'a pas toujours été l'usage de bordéliser comme ça des niches parlementaires. Il sont 60, les macronistes, à avoir...
C'est plutôt vous, en général, qui êtes accusé de bordélisation. C'est pour ça que vous reprenez le propos, j'imagine, le terme.
Ben non, parce qu'en fait, si on regarde les faits, c'est bien la Macronie, aujourd'hui, qui bordélise 700 amendements pour 60 députés macronistes. Je vous rappelle qu'au moment de l'examen budgétaire, c'est le Rassemblement national qui faisait le boulot à la place de la Macronie pour épargner le partage des richesses. Non, je finis là-dessus. 60 députés, aujourd'hui, qui ont déposé 700 amendements. C'est ridicule. Ce sont des amendements de blague. Et je vous le dis, ça m'écœure, ça écœure les gens dans ma circonscription. J'ai encore eu une discussion hier avec ça. C'est deux ans de vie volée aux Français.
Les Français, ça ne les fait pas rire du tout, ce que vont faire les macronistes aujourd'hui.
S'il vous plaît, un commentaire sur la position de la France sur Benjamin Netanyahou, qui est l'objet d'un mandat international de la part de la CPI. Mais la France a dit qu'il bénéficierait de l'immunité parce que, dit la France, Israël ne fait pas partie de la CPI. Est-ce que ça vous choque ?
Oui, ça me choque, comme beaucoup d'observateurs. Je pense que M. Barrault, qui exprime à ce moment-là la voix de la France, nous met la honte à l'international, en réalité, parce que, souvenez-vous, au moment où il y avait eu un mandat d'arrêt contre Poutine, là, la France disait « Évidemment, on va respecter le statut de Rome ». Et on n'est pas les seuls à le dire. FIDH, LDH, il y a plein de gens qui disent à quel point c'est un double standard et le génocide est toujours en cours à Gaza.
Merci beaucoup, Clémence Guettet, en M.DKB.
Merci à vous deux et merci également à Frédéric Chevalier pour la traduction en langue des signes.
Clémence Guetté