Eric Lombard : « La situation politique interdit de faire une réduction forte du déficit »
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Chapitres
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Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 1:02OuverteRéponse directe
Est-ce que les politiques conduites par les partis dits de gouvernement ont une responsabilité dans la montée d'un parti comme l'AFD ou le RN ?
- 2:04RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on fait fausse route avec des politiques budgétaires d'austérité ?
- 2:58OuverteRéponse directe
Croyez-vous à l'alliance des sociodémocrates, chrétiens démocrates et centristes pour faire barrage au RN ?
- 4:38OuverteRéponse directe
Pensez-vous que le gouvernement peut faire mieux dans les semaines qui viennent sur le budget ?
- 5:57OuverteRéponse partielle
Pourquoi ne vous a-t-on pas gardé à votre poste ?
- 7:30OuverteRéponse directe
Pourquoi publier un livre aussi personnel ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:11InvitéFait
« Les partis dits de gouvernement ont une bonne compréhension de ce qui se passe dans le monde, mais n'ont pas été assez efficaces dans la mise en place de politiques publiques qui traitent le problème des gens. »
- 2:23InvitéFait
« Le niveau de vie des retraités est supérieur au niveau de vie de ceux qui travaillent. »
- 3:51InvitéChiffre
« Nous avons réussi en un mois à faire un budget de forte réduction du déficit. »
- 4:41InvitéChiffre
« On a fait une réduction du déficit, ce qui est une chose importante. »
- 5:46InvitéFait
« La situation politique interdit de faire une réduction forte du déficit. »
- 5:51InvitéFait
« L'objectif du gouvernement est de maintenir le déficit. »
- 12:21InvitéFait
« Cette période où François Bayrou était Premier ministre est une période où non seulement on a fait baisser le déficit mais la croissance a été repartie. »
Temps de parole
- Invité55 %
- Présentateur39 %
- ?2 %
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La matinale de Radio Classique avec David Abicaire.
8h16, je reçois Éric Lombard, ancien ministre des Finances. Il a été dix mois dans le gouvernement de François Bayrou et c'est l'invité de la matinale pour son livre « Dis pas ça, tu vas finir par te faire virer ». Éric Lombard, merci d'être avec nous, bonjour.
Bonjour David Abicaire.
On va commencer justement par ce qui se passe en Allemagne. Est-ce que vous avez le sentiment, l'intuition, l'impression que les politiques conduites par les partis dits de gouvernement, en centre-gauche contre centre-droite, ont une responsabilité dans la montée d'un parti comme l'AFD ? Ou deux partis comme le Rassemblement National en France ?
Mais bien sûr, parce qu'il me semble que les partis dits de gouvernement ont une bonne compréhension de ce qui se passe dans le monde, mais n'ont pas été assez efficaces dans la mise en place de politiques publiques qui traitent le problème des gens.
Le
problème des gens, qu'est-ce que c'est en France ? Le problème de pouvoir d'achat d'abord, c'est que pour les gens qui ont l
'air
venu les plus modestes, la vie quotidienne est difficile. Le problème de sécurité qui sont des problèmes qu'il faut traiter. Il y a ce débat sur l'immigration qui est une politique publique importante sur laquelle il faut prendre des positions équilibrées et les mettre en œuvre. Donc quand ces réponses ne sont pas apportées et surtout mises en œuvre par des administrations avec lesquelles on doit travailler dans un dialogue étroit, il y a un doute des Français, des Allemands, des Hongrois qui s'expriment par l'idée d'aller chercher d'autres solutions, même si en l'occurrence ces solutions sont risquées pour la démocratie à mon avis. –
Éric Lombard, est
-ce
qu
'on
fait fausse route avec des politiques budgétaires d'austérité en parlant sans arrêt aux gens de la dette, des déficits, des économies ? Est-ce que justement c'est s'occuper des problèmes des gens que de leur parler des problèmes budgétaires de l'État qui n'est pas nécessairement le problème des gens tel qu'ils le vivent au quotidien ?
–
Il n
'y
a pas d'austérité quand la dépense publique c'est 57% de la richesse nationale, quand le niveau de vie des retraités est supérieur au niveau de vie de ceux qui travaillent, quand les soins, et c'est une excellente chose, sont gratuits pour tout le monde, en tout cas pour les maladies sérieuses ou les maladies graves, quand on dépense dès qu'il y a un sujet, et on a raison d'expliquer qu'on arrive à la limite du modèle parce que c'est un choix collectif, la dette c'est quelque chose qui va peser sur nos enfants, donc c'est vraiment un choix collectif,
est
-ce que la génération aujourd'hui au pouvoir va continuer à charger celle qui vient ? Et la solution ce n
'est
pas l'austérité, c'est simplement la bonne gestion, et ça je pense que tout le monde peut s
'y
retrouver.
Alors
est-ce que vous croyez, et je pense toujours à ce qui s'est passé en Allemagne, vous croyez à la proposition de Clément Beaune et Philippe Grangeon d'une alliance des sociodémocrates de centre-droite et de centre-gauche, grosso modo allant des socialistes au bloc central, pour faire barrage au Rassemblement national ? Je vous pose la question parce que dès le début du livre,
vous
dites je vais continuer à faire de la politique, et vous avez été rocardien, vous avez travaillé avec Emmanuel Macron, donc vous êtes dans ce bloc central, ou cette alliance des sociodémocrates, des chrétiens démocrates et des centristes ? Moi je ne crois pas à l
'idée de faire barrage à qui que ce soit, je crois à l'idée de faire une proposition positive, motivante. Et quand j'ai fait avec François Bayrou le budget 2025, j'étais nommé le 23 décembre, j'ai réuni tous les partis politiques représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat, ils sont presque tous venus, je raconte ça dans le livre, et nous avons réussi en un mois à faire un budget de forte réduction du déficit. Et il me semble que dans cet espace-là, décrit par Clément Beaune et Philippe Granjon, ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. Qu'est-ce que nous voulons ensemble ? La transformation écologique, c'est une priorité importante.
Plus d'équité dans la société, ça, les sociodémocrates sont d'accord, mais si vous parlez aux gaullistes, ils sont aussi d'accord avec ça. Dans l'indépendance et la souveraineté française, je vais très vite, et on peut se rassembler sur ces bases et trouver un projet rassembleur. Et cet espace politique, il est majoritaire dans le pays en réalité, mais il doit être construit et la coalition est une bonne solution.
Éric Lombard, vous êtes très content de ce budget que vous avez construit en vous entendant avec les socialistes. À l'époque, on disait que vous aviez une relation privilégiée avec Olivier Faure, sans doute le rocardisme. Vous êtes passé d'un déficit de 5,8 à 5,1. Est-ce que vous pensez que le gouvernement peut faire mieux dans les semaines qui viennent ? Est-ce qu'il sera adopté, ce budget, et surtout dans la trajectoire budgétaire qui vous a donné une certaine satisfaction ? On sent que vous êtes content de vous dans le bouquin. Il faut un content nouveau. Ah si, vous le dites,
vous l'écrivez.
On a fait une réduction du déficit, ce qui est une chose importante. Je suis surtout content de la manière, puisque ça a été fait dans le dialogue et avec un large rassemblement. Il me semble que la situation actuelle est plus difficile pour le gouvernement, puisque la proximité des élections présidentielles, on voit bien que le Parti Socialiste est gêné aux entournures. Son côté républicain pourrait le pousser à soutenir et l'élection présidentielle le pousser à censurer. Et je sais que le débat a lieu, et il a lieu évidemment de façon très ouverte.
Je pense que Sébastien Lecornu a tout à fait raison de pousser l'ensemble des partis représentés à l'Assemblée nationale en disant que l'importance pour le pays, c'est que ce budget soit adopté, parce que sinon, on risque d'avoir vraiment un problème, y compris peut-être avec les marchés financiers. La situation politique interdit de faire une réduction forte du déficit. D'ailleurs, l'objectif du gouvernement est de maintenir le déficit. Je pense que
c'est
un objectif raisonnable. J
'en viens à
votre
livre. Pourquoi
il ne vous a pas gardé, Sébastien Lecornu
?
Pourquoi
vous n'êtes pas
resté à votre poste ?
Je
ne sais pas, puisque là... Je ne savais pas. Vous dites beaucoup de choses dans le livre, mais... Non, mais si je savais, je l'aurais
dit.
Parce que vous dites pourquoi
on vous a pris, mais vous ne dites pas pourquoi on vous a pas gardé. Oui. Non, le président de la République m'a envoyé un mot en disant qu'il me donnerait les raisons de ce non-renouvellement. Avec un café. Avec un café. Qui n'est jamais venu. Ça viendra un jour, sans doute. Vous êtes amère là-dessus ou pas
?
Non. Pas du tout ? Non, la vie politique, et on sait qu'on s'y engage, personne n
'est
propriétaire de son fauteuil. Non seulement je ne suis pas amère, mais je suis même heureux d'avoir pu contribuer. Oui.
Ça, ça se sent dans le
livre.
Vous
êtes à la fois... Il y a un côté un peu content de vous, mais pourquoi pas après tout, parce que si on ne se fait pas soi-même des compliments, mais surtout d'avoir approché le pouvoir, le bureau ovale de Trump, Air France One, l'avion avec ce bureau incroyable du président que vous avez emprunté, ces voyages officiels, cette diplomatie de haut niveau. Vous avez... Les jeunes diraient que vous avez kiffé.
Il y a deux sujets. Servir à l'intérêt général, et moi j'étais chef d'entreprise pendant longtemps, et d'ailleurs on sert aussi l'intérêt général quand on est chef d'entreprise, c'est une grande satisfaction, et il ne
faut
pas se cacher le côté effectivement intéressant de voir l'envers du décor. C'est ça qu'il faut aussi garder toujours une distance dans ces cas-là. Et c'est vrai, quand on se voit dans le bureau de Donald Trump ou en train de parler de sujets stratégiques avec le président de la République dans l'avion présidentiel, c'est quelque chose, je pense, que beaucoup de Françaises et de Français aimeraient faire. Et d'ailleurs, la démocratie permet que ça arrive à certains, ce
qui
est une bonne chose. Éric Lombard, qui publieait «
Dis
pas ça, tu vas finir par te faire virer », vous publiez un livre assez personnel où on découvre quelqu'un qu'on ne connaissait pas quand il était au pouvoir. En tout cas, les Français ont vu cette silhouette longénigne avec des faux airs de Valéry Giscard d'Estaing, on a dû vous le dire. Mais dans le livre, on apprend à vous connaître et notamment à travers un SMS que le patron de la BPI envoie à Emmanuel Macron quand il soutient votre candidature à la présidence de la Caisse des dépôts et consignations puisque vous en étiez le directeur général, pas le président, avant de devenir ministre des Finances. Et voilà ce qu'écrit Nicolas Dufour à Emmanuel Macron pour vous pousser.
« Bonsoir Emmanuel, c'est un SMS. Sur la Caisse, je ne connais pas les candidats sauf un que je recommande, Éric Lombard. Il est top. Je le connais depuis longtemps. Bon manager, très compétent, connaissant parfaitement une grosse partie des sujets de la CDC, la Caisse. Super valeur, très motivé, très motivant, pas classiquement ENA IGF, vous avez fait HEC, famille d'entrepreneurs du textile de 3, centre gauche, jeune recardien jadis, pas franc-mac, très diplomate.
Alors
moi, j'ai buté sur pas franc-mac. Je me suis dit est-ce que c'est un handicap aujourd'hui dans la fonction publique d'être franc-maçon
?
Je ne pense pas. Ça fait partie, même si la franc-maçonnerie n
'est
pas un mouvement religieux, mais il y
a
un respect des convictions et des croyances de chacun. Et puis,
parfois,
les francs-maçons ne disent pas qu'ils le sont. Donc, je ne crois pas que ce soit un inconvénient.
Mais visiblement, c'est
un petit souci vis-à-vis d'Emmanuel Macron, enfin, dans le langage de Nicolas Dufour. je voudrais savoir pourquoi.
Je crois que c'est juste une façon de me définir en creux. Je
ne
pense pas que le contraire
aura
été diriment.
Il
y a un autre récit dans ce livre, puisqu'on parle de la Caisse des dépôts et qu'on parle aussi de votre carrière d'entrepreneur. C'est à un moment, alors je pense que vous êtes chez BNP Paris-Bas-Cardif et vous racontez que vous êtes harcelé par votre patron.
Je
n'ai pas nommé l'entreprise.
Mais moi, je la nomme parce que j'ai fait mes calculs.
Et ce n
'est
pas le sujet. J
'ai
voulu montrer qu'à tous les niveaux, ces questions de difficultés, d'attitudes absolument condamnables de certains responsables existaient et qu'il fallait d'une totale intransigeance sur le sujet. D'ailleurs, en tant que patron, dès que des cas de ce genre m'ont été remontés, j'étais d'une très grande sévérité parce que le rôle de l'entreprise est de protéger les salariés et de ne pas laisser faire. Et c'est vrai que dans ce que je raconte, la réaction de ma direction générale a été pitoyable.
C'est
gravissime.
Sur le
thème, non, mais on n'aime pas ce genre de sujet. Vous êtes donc cadre dirigeant de cette entreprise. Vous avez quelqu'un qui est débarqué et puis qui est repris à la tête de cette entreprise, qui est un peu votre alter ego, mais hiérarchiquement, il est au-dessus de vous. Il dirigeant une enquête sur vous, mais c'est quasiment la police qui débarque dans votre bureau.
C'est la police qui débarque dans votre bureau.
Et puis ensuite, on ne trouve rien, évidemment. Et puis après, il vous dit qu
'il
fallait parler de ça au conseil d'administration, mais non, il ne fallait pas en parler. Il vous appelle, il vous engueule. Enfin, vraiment, il vous traite plus bactère. Et pourquoi vous ne donnez pas son nom dans le livre
?
Parce
que
ces gens-là font des dégâts dans d'autres entreprises. Parce qu'il n'est plus dans l'entreprise pour des raisons que j'ignore, mais peut-être pour celles-là. Je ne souhaite pas rallumer des conflits et mettre en difficulté des gens, d'où le fait que j'ai donné ça comme un cas général et je n
'ai
pas voulu que ça puisse être identifié.
Éric Lombard, est-ce que vous avez compris les raisons du suicide politique de François Bayrou quand il annonce demander un vote de confiance à l'Assemblée ? Vous, vous savez pertinemment avec vos équipes, c'est le moment de faire vos cartons. Alors pourquoi François Bayrou fait
ça
? On
en a beaucoup parlé avec François Bayrou. J'avais entamé des discussions avec le Parti Socialiste et j'étais convaincu qu'une solution était possible même si elle était difficile. Et le Premier ministre qui avait lui aussi évidemment des discussions et on s'en parlait, a été convaincu qu'en fait ça ne passerait pas. Et donc il a voulu ce moment de vérité avec le Parlement en disant voilà, cette question est sérieuse, je demande votre confiance pour, anticiper le choix dont il pensait qu'il aboutirait de toute façon à une censure.
C'est sa responsabilité de Premier ministre et il a expliqué et ce qui est clair c'est que ça a mis en avant cet enjeu et effectivement, comme je le pensais, ça n'est pas passé. Je trouve que cette expérience elle est quand même encore une fois très intéressante parce que cette période où François Bayrou était Premier ministre est une période où non seulement on a fait baisser le déficit
mais
la croissance a été repartie puisque la confiance était revenue au troisième trimestre 2025 la croissance a été de 0,4%. On aimerait bien en être à ce niveau-là avec
au
gouvernement des poids lourds qui ont bien travaillé ensemble Elisabeth Borne, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin, ça
a été un échec
quand même les Français l'ont vécu comme un échec
Je
veux dire que ça a été une réussite peu durable d'ailleurs François Bayrou parlait souvent de Pierre Mendes France je pense que ça a été une réussite encore une fois parce que c'est la matrice de ce qu'il faut faire dans le cadre de la coalition qui vient
Un dernier mot en indonésien puisqu'on apprend dans le livre que vous parlez
indonésien
Merci Eric Lombard au micro de Radio Classique tu vas finir par te faire virer chez Albain Michel instructif sur le fonctionnement de Bercy les allées du pouvoir et la politique économique à bientôt Eric Lombard à suivre le rappel des titres la revue de presse d'Hervé Gatégno et nos esprits libres aujourd'hui Jean-François Colosimo Cécile Cornudet il
est 8h22