Le pape & E.Macron : les coulisses de la venue papale à l’Elysée
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7h50, le pape Léon XIV s'apprête à s'envoler vers la France à Paris. L'attente est immense, l'émotion déjà palpa pour des dizaines de milliers de fidèles. Dans son avion, le souverain pontife adresse quelques mots aux habituels suiveurs du Vatican.
À
l'aéroport d'Orly, l'attente a des airs de fêtes populaires. Des centaines de fidèles triées sur le volet chantent à la gloire du souverain pontife. Des drapeaux, des sourires, une ferveur presque sportive. À quelques minutes de vivre, un moment d'histoire.
La
République avait fait les choses en grand. Un immense tapis rouge, le couple Macron s'avance.
C
'est la première fois depuis 2008 qu'un président français accueille un pape en visite d'État. Il est 9h58, partout en France, les cloches des églises se mettent à sonner. Léon XIV apparaît à la porte de l'avion. L'émotion traverse le tarmac. Bouquet de fleurs, gestes de bénédiction. Puis vient le temps du cérémonial pour un moment solennel. Première étape de ce voyage exceptionnel, Paris. Le cortège s'élance dans la capitale, escorté par les motards de la gendarmerie. Sur son passage, des cloches résonnent d'église en église, aux fenêtres, sur les trottoirs, derrière les barrières. Chacun tente d'apercevoir quelques secondes le souverain pontife, quelques secondes seulement.
Mais pour beaucoup, un souvenir pour toute une vie.
Très très heureux et on lui souhaite la bienvenue en France. Je ne pensais pas qu'il aurait ouvert la fenêtre, il nous aurait salué avec beaucoup de joie. Un grand sourire, un grand cadeau.
Et puis il y a ces images, presque irréelles, Paris en majesté. Le cortège qui glisse au cœur de la capitale est toute une ville devenue, l'espace de quelques heures, le théâtre d'un événement mondial. À 11h20, Léon XIV franchit les portes de l'Elysée. Plusieurs centaines d'invités ont fait le déplacement. Tout le gouvernement est présent. Dans les salons de l'Elysée, une conférence de presse démarre. Et Emmanuel Macron en profite alors pour rappeler la force du lien qui unit la France à Léon XIV.
Très Saint-Père, nous sommes fiers de vos racines normandes.
Et
vous verrez que nous avons même trouvé des racines béarnaises et bigourdaines. La France est très souvent au cœur de la prière du pape.
Qu
'il n'oublie pas ses origines familiales normandes et béarnaises.
Au
cœur de ce voyage de Léon XIV, trois mots. La paix, l'éducation, la jeunesse. À l'UNESCO, le pape a rose un olivier, symbole de paix, d'harmonie, de sagesse et de résilience. Il est 16h19, c'est le moment le plus attendu de la journée. La déambulation du souverain pontife dans les rues de Paris. Il est fidèle se presse dans la capitale. Sur son passage, Léon XIV s'arrête quelques instants pour bénir des bébés. Sous les yeux de parents bouleversés, parfois en larmes. Puis apparaît devant lui l'un des joyaux de la France. Notre-Dame, la cathédrale, miraculée après l'incendie de 2019, se dresse de nouveau dans toute sa splendeur. Face à elle, Léon XIV s'avance.
L'image est forte, un monument revenu de ses cendres. Devant un pape visiblement ému, devant des milliers de catholiques en délire, le pape fait son entrée dans la cathédrale éternelle.
Je
souhaitais vous rencontrer à ce lieu symbolique de l'Église en France. Cette cathédrale est née de nouveau,
pour
que vous puissiez renaître avec elle, dans un élan de sainteté et de mission quotidienne.
Bonsoir Pauline Théveniot, vous êtes grand reporter au service politique d'RTL. Et bonsoir Jérémy Marot, vous êtes le chef adjoint du service politique de l'AFP. Vous publiez le Crépuscule des Princes aux éditions du Rocher. Avant de vous donner la parole, tout de suite, le billet de Nathalie Saint-Cricq. Nathalie, on a assisté ce matin à une offensive douce sur le ton, mais ferme sur le fond à propos de la laïcité.
Oui,
alors c'est ce qu'il appelle, lui, la juste laïcité, et qui, d'après sa phrase, ne doit pas exclure la religion de l'espace public. Alors il dénonce en vrac la GPA, grossesse pour autrui, et ce qu'il appelle l'offre d'une mort programmée, comprenez la loi consacrant le droit à l
'aide
à mourir, adoptée il y a quelques semaines. Alors cette intervention, c'était prévu. D'abord c'est un pape, donc c'est un pince-coupe, mais un pape, ça ne
va
pas se mettre à défendre l'avortement et un certain nombre de choses. Mais on imagine également qu'il va réitérer, ou recommencer, notamment à Lourdes, et tout ça c'est prévu. Mais dans un autre premier temps, on a envie de lui dire, même si on est un peu vulgaire, mais de quoi je me mêle ? Parce que certes, la France fut baptisée la fille aînée de l'Église, c
'était
un certain temps, au siècle précédent, même avant, et que voilà plus d'un siècle grâce ou en raison de la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État, et bien voilà, on peut ajouter qu'aucune religion n'a à dicté son comportement au peuple français et à sa représentation républicaine, et puis depuis 1905, la République ne reconnaît ni ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
Alors vous savez, à l'époque, la contraception, l'avortement, la loi sur le voile à l'école, le mariage pour tous, la procréation médicalement assistée, rien ne passait à l'époque avec les papes, quels qu'ils soient, mais tout est passé dans les textes et dans la pratique, donc on a envie de conclure gentiment, mais fermement, circuler, il n
'y a
rien à voir à ce qui dénonce notre pratique de la laïcité, notamment aux radicaux et intégristes de tout poil.
Donc
Nathalie, c'est aussi simple que cela ? Ben non, ça
ne serait
pas
drôle.
Il faut dire que ce débat est passionnant, il n
'est
pas indigne de s'interroger sur nos rapports avec la science, le progrès, de débattre sans hystérine et esprit dogmatique, des enjeux éthiques, des progrès scientifiques. Regardez par exemple le débat actuel sur l'IA, il est absolument passionnant. Et puis la spiritualité des peuples, ça existe. Le bouffé du quérès,
c
'était dans le temps.
On
peut imaginer aujourd'hui qu'on puisse assister à une sorte de coésistance pacifique entre l'État et la religion.
Mais
attention, Frédéric Géant, alors je me résume, pour ne pas que vous tordiez le nez, je vous connais, en disant que je fais du M en même temps, je ne
serai
pas la seule, mais quand même, la spiritualité, oui, la religion, oui, c'est personnel et privé. Cela peut éclairer des choix individuels. On se confronte et au finish, on vote. Il ne
faut
pas avoir peur des controverses, des polémiques, de la contradiction, notamment sur les sujets de société. Et on peut avoir la faiblesse de croire que c'est passionnant, en tout cas au moins si intéressant que de s'étriper, pour savoir si on doit dire pas au chocolat ou chocolatine, mais à la fin, c'est la République qui gagne.
Pauline Théveniot, vous êtes grand reporter au service politique d'RTL. Jérémy Marot,
vous
êtes chef adjoint du service politique de l'AFP. On en parlait avec Nathalie, ce discours très politique du pape et ses critiques contre la foi sur la fin de vie. Le président, Pauline Théveniot, il s'y attendait
?
Oui, il s'y attendait. Ils en avaient parlé de la fin de vie lors de leur entretien en avril, lors duquel ils avaient discuté de cette visite, et Emmanuel Macron avait prévenu le pape qui avait cet agenda parlementaire et qu'il y avait ce texte qui était là au milieu de la table. Alors c'est vrai que dans l'entourage du président, on minimise, on dit, chacun était dans son rôle, le pape a remis l'église au milieu du village et le président, avant, avait remis la mairie au milieu du village, donc finalement un partout. Sauf que ce qui est notable,
c
'est que, quand même, ce qui est remarquable, c'est que le pape était là à l'Elysée, donc dans le palais de la République par excellence, et en fait il s'est posé en chef, en chef de l'église, certes, mais il s'est posé en chef et d'une certaine façon, il a fait de la politique à sa
manière.
En chef de l'État aussi, puisqu'il est le chef de l'État du Vatican. Parmi les cadeaux offerts par l'Elysée au pape, une reproduction d'un des nombreux nouveaux vitraux de Notre-Dame.
C
'est une allusion, en fait, que le pape ait refusé de visiter Notre-Dame avec le président et qu
'il
ne rencontrera pas ceux qui ont sauvé et rebâti Notre-Dame. Pauline Thébignot ?
Évidemment, ce n
'est
pas présenté comme ça, mais on ne peut qu'y penser puisque ça, c'est une déception, effectivement, d'Emmanuel Macron lors de la préparation de cette visite. Il aurait voulu, comme vous le disiez, que le pape vienne voir avec lui les rebâtisseurs de Notre-Dame, ce qu'il a refusé. Et ce que l'on a expliqué, ce que les experts et les fins connaisseurs du Vatican ont expliqué, c'est qu'il ne voulait pas se retrouver dans une récupération politique ou
de ses postures. Là où
le retournement de l'histoire aujourd'hui est quand même cocasse, c'est
que
c'est finalement lui qui se retrouve à faire de la politique à l'Élysée, alors qu'il expliquait, enfin, qu'il n'expliquait pas directement, mais qu'on expliquait en tout cas son refus de cette séquence à Notre-Dame par la volonté de ne pas être pris dans la politique d'un autre.
Jérémy Marot, Emmanuel Macron n'assistera à aucune des trois messes célébrées par le pape à Paris, à Lourdes puis à Metz. C'est quoi ? C'est un petit peu de fierté, un peu de vexation de la part d'Emmanuel Macron
?
Alors, c'est peut-être tout simplement qu'il rejoint une tradition puisque finalement, le président assistait peu aux messes. Emmanuel Macron l'a fait en 2023 à Marseille. Mais après, si on remonte un petit peu, il fallait remonter à Valéry Giscard d'Estaing en 1980. Donc, traditionnellement, il
y
a une mise à distance des présidents des messes. Après, dans ce contexte-là particulier, je pense qu'il
y a
effectivement une petite mise à distance, peut-être petite vengeance.
Il
sera représenté demain à la place de la Concorde par son épouse et par Sébastien Lecornu, le Premier ministre. Ce qui lui a valu cette critique ce matin de Nicolas Sarkozy.
Certains disent, au nom de la laïcité, on ne doit pas y aller. Ça n
'a
aucun sens. Donc, moi, je ne commande pas le choix du président de la République. C'est un choix très personnel. Mais vous me posez la question, si j'avais été président de la République, oui, j'aurais été à cette place.
C'est étrange, cette pique de Nicolas
Sarkozy.
Oui, lui-même n'y était pas allé en 2008. Il
a peut-être
évolué, parce que vous savez, la laïcité positive, comme il le disait à l'époque, c'est peut
-être
une façon de tout concilier.
Il avait, à l'époque,
en
2008, envoyé François Fillon, à l'époque Premier ministre. Une décision prise pour éviter les polémiques avec les tenants de la laïcité, c'est la raison principale, selon vous, Jérémy Marot
?
Probablement, oui. Après, concernant Emmanuel Macron et son approche de la laïcité, on sait que ça a donné lieu à des controverses. On a parlé de la messe en 2023 à Marseille. Il a
vu
ce discours un peu fondateur de ses relations avec l'Église devant le collège des Bernardins en 2018, où il avait eu cette phrase, qui avait été très commentée à l'époque, sur le lien abîmé entre l'Église et l'État et qu'il fallait restaurer. À l'époque,
ça
avait fait beaucoup jaser, notamment à gauche. Et ça avait donné un peu une teinte. Ça avait dit quelque chose aussi, raconté quelque chose d'Emmanuel Macron et de sa perception de la religion. On sait qu'il
y
a une forme de quête de transcendance chez lui, qui pourrait le relier d'ailleurs à François Mitterrand.