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interviewyoutube.com· 28 mai 2019 47 min

Entretien avec Yannick Jadot, député européen d'Europe Écologie les Verts

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

16h48 sur Brut, Rémy Buzine en direct, je me trouve avec Yannick Jadot, Europe Écologie Le Vert, tête de liste aux élections européennes, troisième partie hier, ils ont terminé avec 13,47%, premier parti chez les jeunes, les 18-24 ans, 25% des voix, on va donc en parler avec Yannick Jadot et vos questions dans les commentaires, n'hésitez pas à réagir, on essaiera de prendre les meilleures questions, les meilleures tendances dans les commentaires, réagir au propos d'Yannick Jadot mais aussi avec vos questions à live, donc vous pouvez commenter et partager.

Bonjour à vous Yannick Jadot, merci d'avoir accepté l'invitation de Brut, cette première question, cette réaction au lendemain de ce que certains annoncent comme une surprise, pour vous c'est vraiment, véritablement une surprise ?

0:42
Yannick Jadot

Non, ce n'est pas une surprise parce que c'est le pari qu'on s'était donné, c'est l'objectif qu'on s'était fixé, parce qu'on n'a pas voulu tricher avec les électrices et les électeurs, c'était une élection européenne, on a parlé d'Europe, on est écologiste, on a parlé d'écologie, et puis on a parlé d'économie, on a parlé d'économie, on a parlé d'économie, et puis surtout je pense qu'on est dans un moment où tout le monde en a ras-le-bol de voter contre, de voter résigné, de voter par défaut, et on a voulu inciter, proposer un vote pour, un vote pour l'avenir, un vote pour l'environnement, pour le climat, pour la biodiversité, pour la solidarité avec des réponses de terrain, comme évidemment des réponses à l'échelle européenne, donc on a respecté le scrutin, on a surtout respecté les électeurs, et visiblement c'était, c'était une bonne idée.

1:29
Présentateur

Alors le ressenti un peu moins de 24 heures après, c'est vrai que les sondages vous avez estimé aux alentours de 8-9%, finalement vous terminez donc en 3ème position avec 13,47, dans votre discours immédiatement après vous dites que nous sommes la 3ème force politique de France, c'est-à-dire au-delà des clivages droite-gauche ?

1:45
Yannick Jadot

Ah ben là c'est la 3ème force politique au sens où on arrive en force politique écologique 3ème, c'est pas au-delà des clivages droite-gauche, moi je fais pas un trait d'union entre la gauche et la droite, et je sais qu'une bonne partie des électeurs qui sont venus voter Europe Écologie sont des électeurs de gauche, et moi je connais les valeurs de l'écologie, c'est la justice sociale, c'est la solidarité, c'est le combat pour l'égalité des droits contre l'homophobie, contre la xénophobie, c'est le combat pour les libertés, donc on n'a pas de, on n'a pas d'ambiguïté sur nos valeurs, mais dans les rues, toutes ces dernières semaines, à Bruxelles comme à Paris, j'ai aussi rencontré des jeunes qui me disaient, pour nous le combat droite-gauche est totalement obsolète, parce qu'en fait la gauche comme la droite, elles ont maltraité le climat, et nous ce qu'on veut c'est lutter avec détermination pour le climat, et on sait bien que si on lutte avec détermination pour le climat, non seulement on aura un avenir, ce qui est quand même pas si mal quand on est jeune, mais en plus, il y aura plus de solidarité, il y aura plus de réconciliation, ce sera plus apaisé, et donc je vais dire quoi ?

Ah là là, moi je suis de gauche, et vous, je vous exclue parce que vous n'avez pas compris le vieux système politique du XXe siècle ? Non. Eh bien moi je dis que je suis écologiste, que j'ai des valeurs, qu'elles sont la justice sociale, la solidarité, et que notre objectif à nous écologistes, c'est de sortir du productivisme de droite, mais aussi du productivisme de gauche.

3:20
Présentateur

La question qui se pose aussi, l'analyse par rapport à hier, on rappelle le Rassemblement National qui termine en tête, la République En Marche, un point derrière environ, je vois que vous faites une petite moue derrière par rapport à tout ça, c'est de se dire, bon voilà, le Rassemblement National pour vous, c'était quoi ? C'était un vote de contestation ?

3:35
Yannick Jadot

Il y a deux choses dans les extrêmes droites toujours. Il y a probablement dans nos pays, et c'est terrible, 10 à 15% d'extrêmes droites qui correspondent vraiment à un rejet, à du racisme, à de la xénophobie. Ça, malheureusement, c'est présent dans nos démocraties. Mais quand on passe de 10 ou 15% à 25%, il y a beaucoup de désarroi social, et il y a beaucoup de votes pour renverser la table.

En se disant, vous vous rendez compte, ça depuis 2002, le deuxième tour de la présidentielle entre Chirac et Le Pen, depuis 2002, tous ceux qui gouvernent, à chaque échéance électorale, ils ne disent pas, votez pour ce que j'ai fait, votez pour ce que je vous propose, votez parce que c'est moi ou le chaos. Les gouvernements en place ne s'attaquent à l'extrême droite que lors des échéances électorales, et pour dire, faites unité derrière moi, contre l'extrême droite.

Et donc tout ça banalise l'extrême droite, et tout ça crée, pour ceux qui sont dans la souffrance, pour ceux qui se sentent abandonnés, ils se disent, si le seul vote alternatif au vote en place, c'est l'extrême droite, je vais finir par voter extrême droite, parce que finalement on ne l'a jamais testé, et puis pour tous ceux qui ne se sentent pas d'extrême droite, ils finissent par renoncer, ne pas voter. Et donc c'est pour ça qu'on a une incroyable responsabilité à créer une alternative qui attaque à la racine les extrêmes droites, pas simplement en période électorale, qui attaque à la racine les extrêmes droites, et c'est quoi s'attaquer à la racine ?

Par exemple, Damien Carême, numéro 3 de ma liste, qui, encore question, quelques jours avant qu'il rentre au Parlement européen, est maire de Grande-Synthe, dans le nord, une ville dure, il y a 30% de la population sous le seuil de pauvreté, un énorme taux de chômage, et pourtant, il a un des taux de vote pour le Front National, pour l'extrême droite, les plus faibles de sa région. Pourquoi ?

Parce qu'il s'est occupé des gens, parce qu'il a répondu par l'écologie, la rénovation des logements, les transports publics, y compris, ça a permis d'avoir des facilités de déplacement, et peut-être pouvoir économiser une seconde voiture, parce qu'il fait du bio dans les cantines, parce qu'il réinstalle des paysans, parce qu'il a créé le minimum social garanti, qui fait que personne n'est sous le seuil de pauvreté, il vient de le mettre en place. Donc, l'écologie, pour nous, est la réponse aux racines de l'extrême droite, et c'est pour ça qu'on dit, finalement, il y a le pôle populiste, aujourd'hui, qui s'est inscrit dans le paysage.

Le paysage politique, les extrêmes droites, qui sont à la conquête partout en Europe, qui sont de plus en plus présents dans nos sociétés, en réalité, il y a le pôle du vieux monde, c'est le vieux monde de la gauche, le vieux monde de la droite réunis, qui défendent la technocratie, qui défendent la finance casino, les énergies sales, les pesticides, et puis, à côté de ça, il y a le pôle écolo, qui doit être le pôle de l'espérance, qui doit être le pôle de l'espoir, et des réponses au quotidien, des défis des Français comme à accompagner leurs aspirations. Un dernier point juste sur cette question sociale. J'étais il y a quelques jours dans les quartiers nord de Marseille.

Ça veut dire que, socialement, dans les quartiers nord de Marseille, c'est dur. Et bien, les habitants, ils me disaient quoi ? Ils me disaient nous, on n'est pas des bobos, on n'est pas des bourgeois, mais on exige l'écologie, parce que pour nous, l'écologie, c'est rénover le logement alors qu'on est en grande précarité énergétique, que nos enfants vont plus souvent à l'école au lendemain, souvent que la moyenne, voire le médecin, parce qu'ils sont malades, parce qu'ils ont froid, ou que les murs sont imbibés d'eau, les tuyaux sont percés, donc ils ont d'énormes dépenses de flotte, et puis comme chaque parent, ils aimeraient bien avoir une alimentation saine pour leurs enfants.

Donc l'écologie, elle est sociale, l'écologie, elle est solidaire, l'écologie, elle nous permet de retrouver confiance, et quand on retrouve confiance dans l'avenir, et quand on retrouve confiance sur le lieu où on habite, et bien on n'a plus besoin de voter pour l'extrême droite.

7:49
Présentateur

Alors on a parfois entendu aussi le regret d'un manque d'alliance, c'est-à-dire les gens, ceux qui vous soutiennent, on savait votre score, mais se disaient, bon finalement, c'est dommage qu'il n'y a peut-être pas eu une meilleure alliance de la gauche, ou avec la liste de génération, de la France Insoumise, qui a aussi mis en avant le côté écologique dans sa campagne, c'était impossible de réussir à unir toutes les forces qui mettaient en avant l'écologie sur cette campagne, et je pense même aussi à une autre liste qui a fait aux alentours de 2%, qui finalement... On aurait peut-être pu être des voix aussi dans une liste unifiée ?

8:20
Yannick Jadot

Toutes les listes, et notamment les listes qui sont clairement écologistes, on a vocation à nous retrouver. Ça, c'est pas fait là, c'est dommage, mais on a vocation à nous retrouver. Après, vous prenez par exemple l'exemple de la France Insoumise. Moi, je ne conteste pas un certain nombre de responsables de la France Insoumise d'avoir intégré la question écologique. Mais là, on est dans une élection européenne. Nous, on pense que l'échelon indispensable pour sauver le climat, pour sauver le vivant, c'est l'Europe.

On n'imagine pas pouvoir sauver les dauphins qui s'échouent sur nos plages, éliminer le plastique qu'il y a dans les océans, protéger les abeilles, les oiseaux, éviter la catastrophe climatique, replier derrière des frontières. Donc, on a, avec la France Insoumise, une grande différence sur l'Europe. C'est ça. Nous, ils sont prêts à en sortir. Nous, on veut absolument y être pour la transformer. Parce qu'on pense que... Vous vous rendez compte ? Moi, je suis toujours super triste de voir aujourd'hui les jeunes britanniques qui manifestent dans les rues de Londres pour que la Grande-Bretagne reste en Europe.

Parce que d'un seul coup, dans le monde d'aujourd'hui, dans le monde aussi petit aujourd'hui, on leur a fermé les portes du continent. Ce n'est pas un projet pour les enfants. Et donc, nous avons des différences avec les autres formations. Ça ne nous rend pas incapables de travailler sur certains sujets, y compris au Parlement européen. Mais on n'a pas la même vision de l'Union européenne. Et moi, ce que j'ai défendu dans toute cette campagne, c'est la cohérence. Vous savez, la cohérence au Parlement européen, c'est le groupe politique auquel vous appartenez. Et bien, quand vous votez vert, vous votez pour une députée ou un député vert qui va siéger dans le groupe vert.

Et c'est ce groupe-là, parce qu'on est tellement sur la même ligne, on a tous tellement cette convivialité. On a cette conviction autour de l'environnement, de la santé, des libertés, que ça nous permet de gagner des combats au Parlement européen, même si on n'est pas le groupe majoritaire. Il n'y a pas de groupe majoritaire. Mais les autres, vous savez, les socialistes, ils ont rejoint le groupe socialiste. Et le groupe socialiste, il est pour les accords de libre-échange. La tête de liste socialiste pour cette élection, qui est l'actuelle vice-présidente de la Commission européenne, il est pour le glyphosate, il est pour le dumping fiscal. Alors, moi, j'ai ma cohérence.

Ce sont les autres qui, malheureusement, sont parfois un peu... Pas forcément, je ne dis pas qu'ils ne sont pas sincères, mais ils vont rejoindre des groupes qui n'ont pas cette même cohérence, cette même conviction, ce même engagement contre les lobbies et pour l'environnement.

11:00
Présentateur

Alors, justement, pour parler justement sur le plan européen, il y a la satisfaction du score, on l'a entendu, mais d'un autre, à relativiser peut-être, parce qu'on voit qu'en Allemagne, la liste des verts, elle fait 22%. Alors, qu'est-ce qui fait qu'en France, on n'arrive pas à avoir un score qui pourrait titiller les sommets, voire même... Finir deuxième ou premier ?

11:20
Yannick Jadot

Et c'est l'objectif. L'objectif...

11:21
Présentateur

Mais qu'est-ce qui fait pour vous qu'en France, on n'a pas réussi à...

11:24
Yannick Jadot

Bon, on a un très beau score. On a un très beau score. Il y a une différence très forte en Allemagne. C'est qu'en Allemagne, toutes les élections sont à la proportionnelle. Donc, quand vous votez pour l'échéance nationale, l'échéance nationale, chez eux, ce n'est pas une présidentielle. C'est voter pour le Parlement, pour le Bundestag, à la proportionnelle. Et donc, ils ont toujours des élus. En Allemagne, à chaque fois, il y a des élus. À chaque fois que vous mettez un bulletin vert, vous avez des élus. En France, vous mettez un bulletin vert pour les européennes, vous mettez un bulletin vert pour les municipales ou pour les régionales, vous avez des élus.

Vous mettez un bulletin vert pour les élections législatives, par exemple, eh bien, la plupart du temps, vous n'avez pas d'élus. Donc, il y a une culture, si vous voulez, d'avoir toujours des élus verts qui pèsent, qui pèsent toujours au Bundestag. Même quand ils n'ont pas de bon score pour leurs élections parlementaires, leurs élections législatives, ils ont toujours 40 députés. Nous, quand on ne fait pas un bon score, on a zéro. Donc, vous voyez, il y a une sorte d'habitude à voter vert.

Mais ce qui s'est passé dans cette élection européenne, comme on le voit évoluer aussi dans le Benelux, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, comme en Allemagne, c'est que l'écologie, véritablement, devient une alternative. À la fois, je l'ai dit, évidemment, aux extrêmes-droites, et c'est essentiel, mais aussi à cet ultralibéralisme qui aujourd'hui explose totalement les limites de la planète, qui organise un peu la compétition de tous contre tous, nous fait perdre de sens dans la société, dans l'entreprise, dans l'économie. Et donc, c'est ça qu'il va falloir construire dans les années qui viennent.

Et c'est pour ça que, depuis hier soir, nous avons la responsabilité de tout notre travail au Parlement européen. Et les alliances ? Oui, mais ce vote, ce vote aussi nous engage pour proposer une alternative crédible à l'échelle nationale française pour conquérir le pouvoir, pour l'exercer, parce qu'il est urgent que l'écologie gouverne.

13:28
Présentateur

Alors, justement, d'un point de vue européen, parce que c'est vrai qu'on a eu tendance à voir centrer cela sur un scrutin national, c'est parfois dans l'analyse et dans les votes, mais il y a cette question de se dire quelle alliance, quel poids vous allez avoir au niveau du Parlement européen aujourd'hui ? Donc, c'est-à-dire avec les autres forces, on peut parler notamment, je vous disais, celle en Allemagne qui a fait 22% hier, mais les autres, est-ce que vous pensez avoir un groupe assez important ? Est-ce qu'on peut peut-être même aussi imaginer des alliances avec la France insoumise, même si vous avez dit qu'il y a des accords ? Mais est-ce que c'est peut-être envisageable ?

Est-ce qu'il y a des discussions en ce sens ?

13:58
Yannick Jadot

Oui, il y a donc au Parlement européen, pas un seul groupe n'est majoritaire. Et il va y avoir, dans les jours qui viennent maintenant, l'élection du président de la Commission européenne. Il est élu, il est proposé par les États, par les chefs de gouvernement et les chefs d'État, et il est voté, choisi par le Parlement européen. Donc, ça va être un moment où va se dessiner le mandat de la Commission européenne, qu'elle va être un peu sa feuille de route, en fonction évidemment du résultat des élections. Nous, ce qu'on a toujours fait, écologistes, au Parlement européen, c'est de créer des coalitions avec la droite et la gauche.

La droite, la gauche et les libéraux se sont toujours répartis les postes autour d'un projet qui est quand même le projet technolibéral qui gouverne l'Europe aujourd'hui. Nous, ce qu'on a toujours fait, c'est d'essayer de créer des coalitions, mais autour de sujets. Quand on gagne contre la pêche électrique, on ne gagne pas tout seul. Notre groupe n'a pas la majorité. Donc, il faut convaincre d'autres députés. Et aujourd'hui, ce qu'on veut faire, c'est gagner sur le climat, faire que l'Europe adapte toutes ses politiques publiques à l'objectif de 1,5 % de réchauffement maximum de la planète.

Donc, ça veut bien dire, par exemple, éliminer toutes les subventions aux énergies fossiles, taxer les pollueurs. Ça veut aussi dire, évidemment, un plan massif d'isolation des logements. C'est combattre la vie chère de nos concitoyens. Ça veut dire développer les énergies renouvelables et avoir des entreprises partout et ne plus dépendre de Poutine, de Trump ou des dictatures du Golfe. Et donc, c'est sur ces sujets-là qu'on va essayer de construire des majorités pour faire que l'Europe évolue fortement.

15:49
Présentateur

Quand Alexis Corbière, qui est député de la France Insoumise, dit qu'il n'a pas fait une campagne de gauche, qu'est-ce que vous lui répondez ?

15:56
Yannick Jadot

Vous savez, le problème, je crois, dans cette campagne, c'est que la France Insoumise s'est intéressée aux autres campagnes plutôt que de parler de son projet. Moi, j'ai dit dans cette campagne, j'ai été en permanence attaqué sur les réseaux sociaux. Ça a été quand même souvent une chasse, en meute contre moi. Je ne sais pas pourquoi ils ont décidé que j'étais leur ennemi. Je pense qu'ils se sont trompés d'adversaire. Si on doit avoir un ennemi en politique, c'est l'extrême droite. Pour le reste, je pense qu'on fait de la politique en proposant des solutions pour le quotidien des Français, là, des Européens, pour leur avenir, pour se réconcilier, pour avoir un débat apaisé dans la société.

Ils ont choisi de faire de moi leur adversaire. Moi, mon adversaire, c'est le dérèglement climatique, c'est la destruction du vivant, c'est le délitement des solidarités. Donc, je crois que finalement, les Français ont récompensé ceux qui portaient des propositions plutôt que des stigmatisations.

16:52
Présentateur

Il y a Aurélien Barraud, qui est un astrophysicien assez connu, j'imagine que vous le connaissez aussi, qu'on a eu en invité sur Booth il y a quelques semaines. J'invite d'ailleurs ceux qui nous regardent, le replay de ce live est disponible sur YouTube. Avec cette analyse où finalement, il a voulu un peu tempérer les choses, où sur Twitter, il dit finalement, juste un peu plus d'une personne sur dix a jugé que la fin du monde était une thématique prioritaire. On a parlé d'un danger existentiel, que la vie sur Terre était en train de se mourir, que la sixième extinction majeure se déployait. Finalement, il n'y a qu'une personne sur dix qui vote écolo en France.

Alors, il y a la satisfaction d'un côté, mais de se dire que finalement... Vous avez raison, il faut qu'on gagne.

17:28
Yannick Jadot

Il n'y a pas d'alternative. Il faut qu'on gagne parce que nous sommes les seuls à agir concrètement. Je pense qu'il y a aussi un peu de confusion de la part de nos concitoyens. Il y a deux types de questionnements. Un, puisque les autres en parlent, s'ils en parlent, c'est quelque part, ils doivent faire quelque chose. Donc, il a fallu pendant toute cette campagne démontrer qu'il y en a à l'écologie, il y a ceux qui en parlaient et puis il y a ceux qui agissaient. Il y a ceux qui, au fond, dont l'écologie s'arrêtait où commencent les intérêts des lobbys. Et puis, il y a ceux, nous, qui combattons toujours ces lobbys pour agir. Donc, on a eu ce moment de clarification.

Et puis, je crois que nous devons, nous devons continuer à convaincre, continuer à convaincre que la transition écologique, elle n'est pas simplement indispensable. Elle n'est pas simplement urgente. Elle peut être positive. Qu'on va accompagner les agriculteurs dans la sortie des pesticides, qu'on va accompagner les salariés dans la sortie du diesel. Vous voyez que le projet écolo, parce qu'il relocalise l'économie, parce qu'il crée beaucoup d'emplois à l'échelle locale. Et des emplois de qualité non délocalisables parce qu'il s'intéresse à la culture, à la santé, à l'éducation.

Au fond, ce projet-là va construire une société plus apaisée, plus réconciliée, où on se projette avec plus de sérénité dans l'avenir. Et c'est cette démonstration-là qu'on a peut-être, sur laquelle on n'a pas encore totalement convaincu. Mais c'est notre défi. On n'a pas le choix, de toute façon.

19:02
Présentateur

Il y a un terme qu'on entend de plus en plus, c'est celui de la décroissance. On dit qu'il faudrait décroître. Décroître, justement, pour éviter cette catastrophe. Est-ce que, justement, quand on est une personnalité politique, on se retrouve au milieu de cette idée de se dire qu'on est un peu la concurrence des pays les uns envers les autres, d'avoir la plus forte croissance ? Est-ce que c'est un terme que vous pouvez vous partager ? Quelle est votre position sur le terme de la décroissance ?

19:29
Yannick Jadot

C'est un vieux terme, la décroissance. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aujourd'hui, la croissance, c'est l'augmentation du produit intérieur brut. Ça n'a plus aucun sens, y compris pour les économistes. Si les gens sont davantage malades, ils prennent davantage de médicaments. Et ça, ça fait de la croissance. Si vous faites une énorme marée noire, ça crée de l'activité de dépollution. Ça fait de la croissance. Et donc, ce concept, il ne dit pas du tout notre bien-être.

Il ne dit pas du tout si on est plus ou moins heureux, si on a plus ou moins de bien-être, si on a plus ou moins accès aux services publics, si on a une meilleure santé, une meilleure éducation, si notre avenir est préservé. Donc, en fait, le terme de décroissance, c'est pour ces concepteurs ce qu'ils appelaient un terme obus. C'est-à-dire, c'est un terme pour démystifier la croissance. Parce que la croissance du carbone, c'est une saloperie pour l'environnement. La croissance des maladies, c'est une saloperie évidemment pour notre santé. En revanche, nous, ce qu'on veut, c'est la croissance des services publics. C'est la croissance d'une alimentation de qualité.

C'est la croissance des énergies renouvelables, mais la décroissance du charbon, du pétrole et du nucléaire. Donc, en fait, il faut aujourd'hui raconter une histoire qui n'est pas une histoire anti-économique. On a besoin aujourd'hui de l'économie pour faire cette grande transition. Il nous faut des transports collectifs. Il nous faut des énergies renouvelables. Il nous faut des artisans qui isolent nos logements. Il nous faut de la croissance de l'agriculture. biologique et de la décroissance des pesticides donc c'est ça qu'il faut raconter justement quand

21:11
Présentateur

on parle aussi de décroissance on a un public aussi jeune qui nous regarde aujourd'hui alors je vous cite aussi quelque part aurélien barreau qu'on avait reçu il ya deux semaines qui nous disait c'est aussi l'idée de ne plus être forcément à la mode de plus vouloir avoir le dernier téléphone portable qui voilà il ya des évolutions tous les six mois de ne pas vouloir acheter forcément des vêtements qui ont été produits à l'autre bout du monde parce que c'est notre marque favorite est ce que c'est finalement un changement de raisonnement que doit avoir l'humain vis-à-vis de sa façon de consommer au quotidien c'est vrai c'est vrai pour ça que nous

21:41
Yannick Jadot

on parle plus souvent du pouvoir de vivre que du pouvoir d'achat bien sûr on a tous besoin de manger de s'habiller voilà donc mais le pouvoir d'achat renvoie un acte de consommation alors que le pouvoir de vivre renvoie à des actes mais qui sont liés à la qualité de la vie mais il est évident qu'il y a des choses qui sont liées à la qualité de la vie mais il est évident qu'il y a des choses qui sont liées à la qualité de la vie mais il est évident que dans un monde qui est très angoissé aujourd'hui très instable ce que nous propose le capitalisme au fond au stade où il est c'est toujours de gérer nos angoisses de gérer les incertitudes de l'avenir par une consommation compulsive par acheter toujours plus acheter renouveler encore et encore et c'est vrai que de ce point de vue là la sobriété une forme de sobriété ça peut être bénéfique évidemment pour la planète mais aussi pour nous mêmes ne pas considérer que finalement plutôt que d'aller j'ai pas quoi avec des amis le dimanche au théâtre au ciné ou aller taper dans un ballon on va aller dans un centre commercial pour consommer donc on a besoin de rassurer pour limiter au fond l'achat compulsif mais attention il ya quand même toute une partie de la population qui n'a pas assez de pouvoir de vivre qui se chauffent mal qui se nourrit mal qui se déplace mal qui se soigne mal qui s'éduque mal parce qu'ils n'ont pas assez de capacité à obtenir ses biens ou ses services donc il faut distinguer à la fois ce que peut être une consommation compulsive dont il faut sortir d'une consommation nécessaire qu'il faut arriver à

23:23
Présentateur

satisfaire et justement ça me permet de rebondir aussi sur le capitalisme est ce que le capitalisme

23:28
Yannick Jadot

et l'écologie sont compatibles à le capitalisme financier qui bousille la planète qui organise la guerre de tous contre tous et qui organise aussi la guerre contre l'économie réelle les taux de rentabilité qui sont exigées du capital financier n'ont plus rien à voir avec l'économie réelle ça empêche parfois aux entreprises d'investir sur la durée de recruter sur la durée jusqu'à la caricature ou des entreprises ont les actions qui montent en bourse parce qu'elle licencie donc ce système là aujourd'hui les pervers il est pervers pour la planète il est pervers pour nous donc incontestablement le capitalisme est incompatible avec l'écologie cette question qui se pose dans les commentaires à

24:16
Présentateur

plusieurs personnes parlent du fait de s'allier à la république en marche pour parlement européen ce que c'est envisageable ou pas du tout c'est une question qui est revu plusieurs fois mais

24:25
Yannick Jadot

c'est ce que j'ai dit tout à l'heure sur les groupes politiques savez la république en marche ils vont rejoindre le groupe libéral le groupe libéral il est pour tous les acteurs des groupes égaux de question de l'économie de la santé des pays pour nous autres c'est la question de l'économie panaméen non pas de l'économie mais de l'économie en dehors de l'économie dans la question de l'économie en tout cas je et les groupes politiques c'est-à-dire aussi les demandeurs qui ont besoin de l'économie et qui ont besoin de l'économie pour qu'ils puissent pouvoir s'exprimer et bien sûr pour tranquilliser cette question de l'économie nous nous les demandons effectivement ils sont confiés comme les autres à l'égalité de l'économie donc ils ne sont pas considérés comme des finançants de l'économie mais ils sont des des de l'économie c'est tout il ne faut pas me dire à Monsanto la sortie du glyphosate.

Pour nous, ce n'est pas notre cas. Donc, ça ne nous empêche pas que sur certains votes, comme il faut être majoritaire pour gagner, on va essayer de les convaincre. Quand on a gagné contre la pêche électrique, l'un des autres acteurs de ce combat-là, c'était Yonus Omarji, de la France Insoumise, mais il y en avait aussi chez les libéraux qui voulaient lutter contre la pêche industrielle qui détruit les écosystèmes et qui élimine les pêcheurs artisans. Donc, sur les sujets, parfois, on arrive à se retrouver. Et puis, sur d'autres sujets, on est en opposition frontale. Donc, il n'y aura pas d'alliance de groupe.

25:31
Présentateur

Il n'y aura pas d'alliance de groupe, mais vous pouvez vous retrouver peut-être sur des votes communs ?

25:34
Yannick Jadot

Bien sûr. Mais heureusement, c'est comme ça que le Parlement européen fonctionne. Sinon, on n'avance plus. Si on se dit, moi, je suis dans mon groupe et c'est mon groupe et rien d'autre, il n'y a rien qui avance. Si tout le monde fait ça, il n'y a rien qui avance. Donc, même la France Insoumise qui dit toujours, nous, on est dans notre coin, on ne trahit jamais, jamais de compromis. Bien sûr qu'ils font des compromis. Sinon, on ne fait pas évoluer le droit. Sinon, on ne protège pas la santé. Sinon, on n'est pas responsable. Notre responsabilité, ce n'est pas d'être dans la posture. Notre responsabilité, c'est d'agir, de trouver le meilleur compromis pour les Européens.

Et dans la société, il y a des contradictions, il y a des différences. Mais à un moment donné, il faut essayer de se rassembler quand même.

26:15
Présentateur

La question qui se pose, c'est qu'on regarde beaucoup ce qui se passe du côté de l'Assemblée nationale en France. Mais on regarde beaucoup moins ce qui se passe au Parlement européen. Oui, parce que l'Assemblée nationale,

26:23
Yannick Jadot

c'est que vous êtes dans la majorité. Vous êtes un parlementaire godillot, souvent, c'est-à-dire que le gouvernement vous dit « votez pour », vous votez pour. Et puis vous êtes dans l'opposition, on vous dit « votez contre », hop, vous votez contre. Donc, c'est le gouvernement qui a le pouvoir dans notre système politique. Là, au Parlement européen, c'est bien les parlementaires qui ont le pouvoir. Et encore une fois, il n'y a pas de majorité et d'opposition. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des sensibilités. Il y a la sensibilité générale quand même aux parlementaires. Au Parlement européen, c'est plutôt libéral. Mais c'est parce que les électeurs ont voté pour ces majorités-là.

Donc, à nous de convaincre les électeurs de construire d'autres majorités.

27:02
Présentateur

Finalement, face au poids des lobbies, on a pu voir également la tentative de Nicolas Hulot au sein du gouvernement qui s'est soldé par une démission un peu plus d'un an après son entrée au gouvernement. Est-ce que c'est possible de réussir à faire de l'écologie qui influence le monde en politique ?

27:18
Yannick Jadot

Oui, c'est ce qu'on fait au Parlement européen. C'est ce que fait, j'ai parlé de Damien Carême, à Grande-Synthe. C'est ce qu'on fait au niveau local dans plein de villes. C'est ce qu'on fait dans certaines régions. Il n'y a pas une impuissance quelque part de se dire face au poids des lobbies ? Non, surtout pas. Il ne faut pas se construire. Les lobbies sont là. Il faut les combattre. Nous, le groupe écologiste, on a fermé les portes à Monsanto. Et on a obtenu devant la Cour européenne de justice la transparence sur les études de Monsanto. Alors qu'on sait qu'ils ont falsifié beaucoup de sciences. Donc, il faut lutter contre les lobbies. Mais il n'y a pas un lobby.

Qui vous impose quoi que ce soit ? À un moment donné, c'est la responsabilité d'élus. Et nous, ce qu'on revendique, c'est le courage. Le courage en politique pour agir. Qu'est-ce qui nous empêche de sortir du nucléaire en 15, 20 ans et de les remplacer par des énergies renouvelables ? Rien. Qu'est-ce qui nous empêche d'investir dans l'isolation des logements ? Rien. Qu'est-ce qui nous empêche de choisir les agriculteurs bio par rapport à Monsanto, par rapport à Bayer ? Rien. Sinon, courage politique. Nous, on l'a de le faire.

On gagne parfois, on perd souvent, trop souvent, et on voit que le fait que nous perdions trop souvent, la pollution de l'air augmente, les pesticides augmentent, le dérèglement climatique s'accélère. Donc, il va être temps que les écolos prennent la main et gouvernent.

28:40
Présentateur

Et vous, à l'époque, le départ de Nicolas Hulot, vous l'avez vécu comment ? Parce qu'on peut imaginer qu'il y a pas mal de points de convergence avec ses idées. C'est de se dire, il y a une personne qui est influente. Mais je... Je l'ai vécu avec tristesse.

28:54
Yannick Jadot

Je l'ai vécu avec tristesse. Parce que, vous savez, quand vous êtes écologiste, vous vous attendez pas tous les 5 ans pour savoir si on va devenir écolo ou pas. Quand les scientifiques, ils vous disent on a 12 ans pour traiter la question du climat, peut-être moins pour traiter la question de la biodiversité, vous vous dites pas, ah bah tiens, j'ai perdu, ciao, on se retrouve dans 5 ans, et puis si je perds, bah c'est tant pis, c'est totalement perdu. Le pari de Nicolas Hulot, c'est de dire il y a un nouveau président de la République, il est jeune, il veut changer les choses, et bah je vais l'écologiser. Je vais écologiser ses politiques. Malheureusement, c'est un extraordinaire cachis.

Puisque Nicolas Hulot est parti parce que le président de la République n'a pas agi, a renoncé sur l'écologie, il a renoncé sur la justice sociale. Et donc, ça a été un moment de tristesse parce que son échec, ça veut dire qu'il y a de l'inaction du côté du gouvernement. C'est jamais une bonne nouvelle. Et son échec est aussi un moment de clarification. C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron, qui fait des grands discours sur l'écologie, finalement, quand il s'agit d'agir, il préfère les vieux lobbies au à la protection du climat et de la planète.

30:05
Présentateur

Comment vous jugez justement l'action d'Emmanuel Macron du gouvernement ? Ça fait maintenant 2 ans qu'ils sont au pouvoir, donc on a un petit peu de recul sur leur réaction. Très franchement, votre avis sur la politique française en matière d'écologie ?

30:15
Yannick Jadot

Vraiment pas à la hauteur des défis. On n'est pas à la hauteur des défis pour éviter le chaos climatique, pour éviter l'anéantissement de la biodiversité. Mais ce qui est incroyable, c'est qu'aujourd'hui, les réponses sont les unes. Et ces réponses, elles créent de l'emploi, elles créent des entreprises, elles créent de la culture, de la démocratie, elles maintiennent les services publics. Donc, toutes les solutions aux crises écologiques, elles sont là. Et c'est ça qui est terriblement frustrant. Par contre, il faut savoir choisir entre une PME et une multinationale. Il faut savoir choisir entre un artisan, et un lobby.

Il faut savoir choisir entre un agriculteur bio, ou un paysan bio, ou un agriculteur qui est tout seul sur 300 hectares, ou qui met des centaines de vaches dans une ferme-usine. Ça, encore une fois, c'est le courage politique. Et on l'a encore vu dernièrement. Finalement, Emmanuel Macron, en revenant sur le terrain de l'écologie pendant la campagne électorale, qu'est-ce qu'il a dit implicitement, à tous les Français ? Il a dit « J'ai peur du vote d'Europe Écologie, donc je vais faire croire que je vais agir. » Donc, lui-même disait « En fait, j'agis pas pour sauver le climat ou pour sauver la biodiversité, j'agis pour limiter le succès des écologistes.

» Donc, implicitement, il appelait à voter « Europe Écologie ».

31:39
Présentateur

Le poids des lobbies, aujourd'hui, justement, on en parle beaucoup. Il y a eu deux semaines, maintenant, les révélations du Monde et de France 2 sur un fichier de Bayard Monsantre, Santos, donnant une notation sur les gens qui sont pour ou contre le glyphosate, avec des personnalités politiques, avec des journalistes également. On voit que ce poids des lobbies, aujourd'hui, il est extrêmement important. Concrètement, ce poids des lobbies, est-ce qu'on peut l'exister au niveau du Parlement européen, dans votre quotidien ? Est-ce que vous êtes abordé ? Est-ce que vous pouvez avoir des pressions ?

Est-ce que vous ressentez aujourd'hui ce poids des lobbies extrêmement influent sur les politiques sur le plan européen, au niveau du Parlement européen, où je rappelle que vous étiez ?

32:18
Yannick Jadot

Il est très important. Parce qu'il y a des décisions essentielles qui se prennent au niveau européen. Si on a des dizaines de milliers de lobbyistes au niveau européen, c'est parce que c'est là, aujourd'hui, qu'on définit les règles en matière de finances, en matière de pesticides, ou d'énergie, ou de pollution des voitures. Donc, évidemment, toutes les activités économiques ont des représentants. Mais, si vous voulez, je crois que la principale source du lobby, ou sa principale visibilité, ce n'est pas la corruption, il y a peut-être encore de la corruption, il y en a sûrement, mais ce n'est pas je vous glisse dans l'enveloppe et vous votez comme je vous dis de voter.

Ça peut être plus pernicieux que ça. Quand vous êtes député européen, vous pourriez passer toutes vos soirées invité par des entreprises, vous pourriez participer régulièrement à des week-ends où vous emmenez votre famille. On ne vous demande pas de dire le contraire de ce que vous pensez, mais simplement vous voyez bien que si vous êtes invité avec votre famille à Malte pour discuter, des grands projets imposés d'autoroutes ou d'aéroports, vous n'avez pas forcément la même force après vis-à-vis de ce lobby. Et puis, une des entrées très fortes des lobbies aujourd'hui qu'il faut véritablement combattre, c'est la recherche. Surtout nos sujets, quand on parle de Monsanto et du glyphosate.

33:37
Présentateur

Donc, personne ne parle dans les commentaires justement sur le glyphosate.

33:40
Yannick Jadot

Personne ne dit que ça a été extrêmement simple de déterminer que le glyphosate était cancérogène. Donc, les responsables politiques, comme les gouvernements, ils se positionnent sur le caractère cancérogène du glyphosate en fonction des études qui sont présentées par des scientifiques. Mais si vous avez dans les agences qui font les recommandations scientifiques, des personnes qui travaillent en même temps pour l'agrochimie, vous voyez bien que là, le système est totalement pernicieux. Et comme toutes ces dernières années, on en a réduit les financements de la recherche publique, une bonne partie des chercheurs publics aujourd'hui, ils vivent grâce à des contrats avec des entreprises.

Donc, vous voyez, on est dans un système où il y a beaucoup de conflits d'intérêts et on n'arrive plus à savoir si parfois un avis scientifique est indépendant ou s'il sert simplement les intérêts de la firme. Et donc, il faut véritablement à la fois mettre de l'argent dans la recherche publique pour qu'on ait une recherche indépendante, et puis attaquer tous les conflits d'intérêts. Et c'est vraiment le boulot que portent les écologistes au Parlement européen. Arracher les conflits d'intérêts des processus de décision, et puis, comme vous disiez, sortir les lobbies du Parlement européen.

34:53
Présentateur

Alors, le glyphosate, justement, depuis le début de ce direct, il y a énormément de personnes qui en parlent, et on remercie toutes celles et ceux qui suivent ce live. Je rappelle que vous pouvez réagir, poser vos questions, et également partager ce direct. Alors, le glyphosate, justement, les personnes se disent mais comment ça se fait qu'on n'arrive pas à l'interdire immédiatement, dès maintenant ? Qu'est-ce qui bloque, finalement ? Les lobbies.

35:13
Yannick Jadot

Uniquement les lobbies. Les lobbies, et puis ce qu'ils renvoient j'étais il y a quelques semaines avec Paul François. Paul François est un céréalier d'ailleurs, il y a eu un bruit dessus. Il est un céréalier de Charente qui a été malade d'un produit de chez Monsanto qui a fait un procès qui a gagné au bout de 12 ans. Il a 240 hectares de céréales. Et bien, depuis qu'il est malade, il est sorti des pesticides. Donc, des paysans qui vivent sans glyphosate, qui travaillent sans glyphosate, il y en a de plus en plus. Et de l'autre côté, on connaît de plus en plus les dangers réels du glyphosate. Donc, on a le problème, on a la solution.

Mais, l'agrochimie, ça fait partie des plus grosses firmes au monde. Ça fait partie de ceux qui ont table ouverte à Matignon, à Percy ou à l'Elysée. Alors que le paysan bio aujourd'hui, y compris, il ne touche même pas à toutes ces aides. Voyez ? Donc, il y a toujours ce rapport de force entre les grosses entreprises qui ont beaucoup d'argent, qui ont beaucoup de capacités de lobby, et puis ceux qui font sans. Et puis, vous savez, ça a été quoi la stratégie de Monsanto ? Et ça reste quoi la stratégie de Monsanto ? C'est comme le lobby des cigarettes ou le lobby pendant longtemps du pétrole. C'est de fabriquer du doute.

À chaque fois qu'il y avait une étude indépendante qui disait qu'il était en danger, ils finançaient cinq études pour dire non, non, il n'y a pas de problème. Et donc, ils organisent dans la société, et ça a été ça aussi la révélation du fichier, c'est qu'en fait, ils ont déroulé parmi les journalistes, ils ont déroulé parmi les élus, qui disent oui, mais en fait, on est sûr, mais on n'est pas sûr. Alors, si on n'est pas sûr, pourquoi embêter les gens ? Il faut faire un peu plus de recherche. Le truc, ce n'est jamais de dire on est sûr, arrêtez de nous embêter. Oui, mais on va refaire encore quelques années de recherche.

Et puis, comme il faut faire des recherches, pourquoi embêter les gens à en sortir ? Alors qu'on n'est pas sûr. Et donc, c'est en permanence la fabrique du doute sur la réalité scientifique et donc la fabrique de l'inaction.

37:25
Présentateur

C'est comme ça que ça marche. Alors, il y a une question qui se pose beaucoup en ce moment, en cette période justement avec les mouvements sociaux, le mouvement des gilets jaunes, qui au mois de novembre dernier est né notamment de ce rejet des taxes contre la hausse des prix du carburant. C'est finalement de se dire comment on arrive à allier ce qu'on appelle fin du monde et fin du mois à avoir une transition écologique qui en même temps ne soit pas à prendre des euros supplémentaires dans le portefeuille de ceux qui en ont le moins.

37:53
Yannick Jadot

Eh bien, bon, je vous ai raconté ça un peu au début de cet entretien. Quand Damien Carême, il fait les transports publics gratuits, à la fois c'est une facilité pour se transporter et d'ailleurs, il y a une utilisation deux fois plus importante, une fréquentation deux fois plus importante des transports du coup sur le Grand Ackerck. Euh... Et ça permet d'économiser pour certaines familles la seconde voiture, c'est 4 à 5 000 euros par an. Quand on investit massivement, et c'est ce qu'on demande depuis des années dans l'isolation des logements, c'est 400, 500, 600, 700 euros d'économie de chauffage par an. Et ça crée des boulots d'artisans.

Donc, notre écologie elle est toujours sociale, elle est toujours solidaire. Vous savez, pendant 30 ans, on a dit attention avec tout TGV, on est en train de fermer ce qu'on appelle les lignes secondaires, ou les petites lignes, et puis les gares. Attention avec l'autorisation de faire que des grandes surfaces en périphérie. Parce que non seulement ça bousille des terres agricoles, ou ça bousille la nature, mais en plus il n'y a plus de petits commerces. Vous êtes obligé de faire 15 bornes avec votre voiture pour aller faire des courses. Attention à garder des services publics de proximité, sinon pour aller voir le médecin, vous allez faire 20 km ou 30 km.

Donc en fait, il y a un système qui a organisé la dépendance à la voiture. Et ça, il faut en sortir. Parce que moi, je viens de Picardie. Ma mère, elle vit toujours en Picardie. Il n'est pas question qu'elle arrête d'avoir une voiture. Mais donc, à la fois, il faut créer le système pour qu'on ait moins besoin de la voiture, ou que quand on se sert de la voiture, ça soit sur des distances moins grandes. Et puis, tout ce qu'on a toujours dit sur la fiscalité écologique depuis plus de 10 ans. Chaque euro prélevé doit être rendu aux Français pour les accompagner, dans la transition, et pour investir. Et donc, c'est ce que n'ont pas fait les gouvernements.

Les gouvernements, ils ont compensé la fin de l'ISF, la baisse de la fiscalité sur l'épargne et sur le capital, par la fiscalité écolo. Donc ça rend tout le monde dingue. Et puis enfin, dernier point, c'est pas normal de payer 50-60% de taxes sur son diesel ou sur son essence, et puis que le kérosène des avions ne soit pas imposé. Ou le fuel lourd, ou le transport maritime, donc le transport de la mondialisation, ne soit pas imposé. Donc, justice fiscale, justice sociale, et puis surtout investissement, pour nous donner les moyens de réduire nos dépenses

40:31
Présentateur

et de combattre la vie chère. Notamment la voiture,

40:35
Yannick Jadot

les primes à la conversion...

40:37
Présentateur

C'est les primes à la conversion,

40:39
Yannick Jadot

et puis c'est le boulot sur les normes. Et le carburant, on le fait quand même ? Votre facture de carburant, c'est le prix et la quantité. Moi, ça fait 15 ans que je me bats avec les syndicats et avec les consommateurs pour que les constructeurs automobiles respectent les normes de pollution et de consommation. Aujourd'hui, les bagnoles, elles polluent 40% de plus que la norme. On a 67 000 morts prématurés par an dans notre pays liés à la pollution de l'air. Et on a des constructeurs automobiles qui trichent avec les normes. Mais en trichant avec les normes de pollution, on n'a pas de prix de consommation.

C'est-à-dire que les constructeurs automobiles appliqueraient les normes qu'ils indiquent respecter, mais qu'ils fraudent, qu'ils trichent. On économiserait 4 à 500 euros de carburant par an. Donc il faut aussi contraindre les constructeurs automobiles à respecter les normes et à aller vers des voitures qui consomment moins. Mais faut-il augmenter les taxes, oui ou non ? Il y a des taxes sur les carburants. C'est des taxes qui permettent de financer la transition. Ce qu'on voulait faire, y compris dans les pays du Nord, ils ont mis la taxe carbone. Elle est beaucoup plus élevée que la nôtre.

Simplement, pour les populations les plus vulnérables, ce qu'ils payent en taxes carbone, il y a une réduction d'impôt pour qu'il n'y ait pas de coûts pour eux. Eux, on compense.

42:03
Présentateur

Les plus vulnérables, on les compense. Ça pourrait être une augmentation,

42:07
Yannick Jadot

mais en même temps... Une compensation pour les plus vulnérables. Et pour ceux qui ont les moyens,

42:13
Présentateur

il y a la question qui se pose, il nous reste quelques petits instants parce qu'après vous êtes attendus, sur l'idée de se dire au Parlement européen vos premières actions, vos chantiers principaux dans les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois, qu'on y voit clair. Ils sont élus, ils ont plus de députés qu'il n'y en avait à l'époque,

42:33
Yannick Jadot

comment ils vont faire ? Nous, ce qu'on a décidé, c'est qu'on allait mettre en place un comité citoyen de surveillance on vote, on a une petite campagne, on vote et puis après on ne s'y intéresse plus. Nous, on va avoir un comité avec des acteurs de la société civile, des personnes de l'entreprise, des syndicats, de la recherche, qui vont tous les mois dire c'est quoi l'agenda de l'Europe, comment le Parlement européen vote et comment potentiellement sur des sujets on peut se mobiliser. L'idée, c'est de rendre l'Europe vivante et rendre l'Europe citoyenne et transparente. Ça, c'est ce qu'on va mettre en place. Il y a deux grands chantiers qui arrivent.

C'est la réforme de la politique agricole commune. La politique agricole commune, c'est 40% du budget européen. En France, aujourd'hui, c'est 9 milliards d'euros d'argent public qui tombent tous les ans sur l'agriculture française. Nous, on veut que cet argent-là, à la fois il y ait un revenu décent pour les paysans et qu'on sorte des pesticides. Ça, c'est un des grands chantiers. Le deuxième grand chantier, ça reste le chantier du climat.

Aujourd'hui, l'Europe ne respecte pas l'agriculture parce qu'on n'a pas d'ambition assez élevée en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ni en matière de développement des énergies renouvelables ou de réduction de consommation d'énergie. Vous vous rendez compte qu'en Europe, il y a toujours 55 milliards d'euros de subventions publiques par an aux énergies fossiles. Celles dont il faut absolument sortir pour sauver le climat. Donc voilà, par exemple, deux très grands chantiers auxquels on va s'atteler à beaucoup plus nombreux puisque notre groupe est passé globalement de 52 à plus de 70 députés. Cette question de Fabrice dans les commentaires

44:17
Présentateur

qui nous dit « Quid d'un état d'urgence climatique déclaré en Europe ? »

44:21
Yannick Jadot

Très bien. Mais la question, vous savez, moi je suis pour. Évidemment, on est en réalité dans un état d'urgence climatique. Mais si vous voulez, ce n'est pas le déclarer, ça ne constitue pas encore une action. La seule chose qu'il faut faire aujourd'hui, c'est agir. C'est que les dirigeants européens, trop souvent, ils se payent deux mots. Ils disent « On a fait l'accord de Paris, il faut respecter l'accord de Paris. Le climat, c'est l'urgence, c'est la priorité absolue de l'humanité. » Et puis, une fois qu'ils ont fini le discours, ils continuent avec Total, ils continuent avec EDF et le nucléaire, ils continuent avec le lobby automobile et ils ont oublié d'agir pour le climat.

La seule chose qui compte, ce ne sont pas les mots, ce ne sont pas les déclarations, c'est l'action. Et cette action aujourd'hui, elle est d'autant plus urgente que le climat s'emballe, elle est d'autant plus bénéfique que ça crée de l'emploi partout où il en manque.

45:15
Présentateur

– Toute dernière question. Vos rapports avec d'anciennes figures d'Europe Écologie Véran, on parle de Cohn-Bendit, d'Hulot, qu'enfin, qui pour certains ont choisi de partir de l'autre côté.

45:23
Yannick Jadot

– Alors, Hulot, il est revenu.

45:25
Présentateur

– Mais ils sont partis pendant un moment, Dany Cohn-Bendit qui a fait campagne avec Renaissance.

45:29
Yannick Jadot

– Et on continue à se parler avec Dany Cohn-Bendit. Maintenant, on est en désaccord. Vous savez, moi, j'ai participé à la fondation d'Europe Écologie en 2009 et notre but, c'était d'avoir le groupe vert le plus puissant au Parlement européen parce que nous disions que, on se disait déjà, c'est le groupe vert qui gagne sur les libertés, sur la santé, sur l'environnement. Eh bien, moi, je poursuis cette ambition. Après, ceux qui ont choisi d'aller écologiser le président de la République, je pense qu'ils n'ont pas un bilan qui est très long sur leurs feuilles en matière de victoire sur l'écologie.

Alors que nous, qui sommes restés fidèles à Europe Écologie, on peut mettre sur un papier noir sur blanc ce qu'on a gagné au Parlement européen au niveau local ou au niveau national.

46:15
Présentateur

Voilà, c'est le mot de la fin avec vous, Yannick Jadot. Merci à vous pour ces 45 minutes d'entretien. Je rappelle votre score, 13,47% à ces élections.

46:23
Yannick Jadot

Plus de 3 millions, c'est le plus gros score qu'on ait fait en termes de voix dans l'histoire de l'écologie politique.

46:29
Présentateur

Je rappelle qu'en 2009, vous avez fait 16%,

46:31
Yannick Jadot

donc c'est plus en termes de voix avec la mobilisation. Il y avait plus de participation et je dois dire que je suis très heureux, très enthousiaste que Les Jeunes ait choisi à y placer l'écologie comme première force politique pour leur tranche d'âge. Ça, c'est enthousiasmant. C'est une sacrée responsabilité, mais c'est enthousiasmant.

46:49
Présentateur

Merci à vous, Yannick Jadot. Je rappelle cette interview disponible en intégralité en replay tout de suite sur Facebook et on mettra aussi sur YouTube dans les prochaines heures. Merci à toutes et tous d'avoir suivi ce direct et puis on se retrouve très vite pour de nouvelles images en direct sur BRUT. Merci à vous. Bonne fin de journée et à très bientôt.

47:05
Locuteur

Merci, merci encore. A très bientôt.

Entretien avec Yannick Jadot, député européen d'Europe Écologie les Verts — Yannick Jadot · Pourquijevote