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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 27 janvier 2024 23 min

Colère du monde agricole, annonces du Premier ministre Gabriel Attal... Le "8h30 franceinfo" de Marc Fesneau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Marc Fénault. Bonjour. Hier il y a eu les annonces du Premier ministre Gabriel Attal et puis il y a la FNSEA, les jeunes agriculteurs, la Confédération Paysanne notamment qui appellent à poursuivre la mobilisation. Qu'est-ce qui coince ? Qu'est-ce qui ne leur va pas ?

0:17
Marc Fesneau

Non mais on va essayer de décliner, de montrer ce que sont les annonces. D'abord c'est un mouvement qui est un mouvement de grande ampleur. C'est sans doute un mouvement très inédit dans le monde agricole depuis des dizaines d'années qui est le fruit de la sédimentation de nombreux scolaires. Donc on essaie de répondre par un certain nombre de mesures d'urgence, c'est évident. On y reviendra évidemment.

0:34
Présentateur

On y reviendra mais ça veut dire que là c'est pas à la hauteur de leurs attentes ?

0:37
Marc Fesneau

Mais ça dépend des territoires. Il y a des territoires qui étaient plutôt sous la contrainte de la maladie hémorragique épisodique, la MHE, et sur la question du GNR. D'autres posent des questions sur les questions d'élevage. Donc l'idée c'est quand même de répondre au fur et à mesure à des questions et apporter des réponses. Et puis il y a des réponses très claires qui ont été apportées par le Premier ministre aussi. Quand on parle de simplification, l'idée hier c'était pas dégrener les dizaines et dizaines de mesures de simplification qu'on peut faire. Donc c'est aussi au travail qu'on va essayer et faire en sorte qu'on soit bien au rendez-vous de la simplification.

Donc il n'est pas anormal que cette pollue...

1:06
Invité

Mais qu'un début de ces annonces d'hier, qu'est-ce que vous dites par exemple à ceux qui disent comme la FNSEA ? Toutes nos revendications n'ont pas été entendues.

1:12
Marc Fesneau

Vous leur dites que c'était une première salle ? Il y a un mouvement qui a commencé réellement il y a 8 jours. On a rencontré des syndicats il y a 4 jours. Ils ont fait des propositions il y a 3 jours. On y répond hier sur une liste de 120 ou 140 revendications. On a donné les lignes d'intention en termes de simplification. Vous doutez bien qu'on ne peut pas répondre à tous sous ce délai-là.

En revanche, ce que je leur dis, c'est que le travail et la philosophie étayés, parce que la philosophie c'est bien, mais il faut donner des exemples étayés par le Premier ministre hier, Gabriel Attal, de ce que nous voulons faire en termes de simplification, de ce que nous voulons faire en termes de rémunération, de ce que nous voulons faire au niveau européen. Il y a des premières mesures qui sont annoncées et elles sont appelées à se décliner sur d'autres sujets bien évidemment.

1:54
Invité

Donc ça va simplifier. Il y a une annonce à laquelle vous avez... Enfin une mesure à laquelle vous avez accédé. Elle était très attendue par certains. C'est l'annulation de la hausse de la taxe sur le gazole non routier. À peine adoptée, déjà abandonnée. C'est une reculade ?

2:08
Marc Fesneau

Pas du tout. C'était une mesure qui n'était pas une mesure d'économie budgétaire. Puisqu'il y avait une baisse de l'avantage fiscal qui correspondait à peu près à 70 millions d'euros de recettes supplémentaires par l'État et que les recettes étaient reventilées dans d'autres dispositifs fiscaux. De quoi on s'est rendu compte, en conscience, c'est que les 70 millions qui étaient prévus d'être reventilés sur les territoires, ça ne se reventilait pas bien sur les territoires. En passant pas de façon homogène. Et qu'il y avait des territoires qui étaient fortement pénalisés. Alors qu'est-ce que le Premier ministre a décidé ? C'est de, un, supprimer la disposition telle qu'elle était prévue.

Deux, parce que ça c'est pour la mesure immédiate. Deux, de faire en sorte que, dès le mois de février, les agriculteurs soient payés d'une avance sur ce dégrèvement qu'ils ont. Parce que normalement, ils sont remboursés plusieurs mois, voire une année après avoir payé la taxe.

2:50
Présentateur

Donc là, c'est la trésorerie qui revient ?

2:51
Marc Fesneau

Là, c'est plus de 200 millions de trésoreries. Qui, et je le redis parce que ça a peut-être été mal perçu, c'est plus de 200 millions de trésoreries qui vont revenir dans les cours de ferme, comme on dit. Ça permet aux agriculteurs de ne pas faire des avances. Parce que c'est quand même très dommageable qu'on demande à des agriculteurs ou que des agriculteurs soient obligés de faire un prêt court terme en attente d'une avance qui devait leur être payée. Et donc ça, c'est 200 millions d'euros qui seront faits. Et puis, mesures de simplification et mesures de trésorerie à partir du 1er juillet.

Donc dans l'attente du 1er juillet, 200 millions environ qui iront dans les cours de ferme, une avance sur ce qu'on va leur rembourser. Et à partir du 1er juillet, on va simplifier les choses. C'est-à-dire que l'agriculteur, la déduction sera au pied de facture. C'est-à-dire qu'il n'aura plus besoin de demander. Il y a 20% des agriculteurs... Elle sera immédiate. Comment ?

3:33
Invité

Une réduction immédiate.

3:35
Marc Fesneau

Non mais il y a 20% des agriculteurs qui ne demandaient pas le remboursement. Donc ça, ce n'est pas seulement une avance de trésorerie. C'est des gens qui ne demandaient pas le remboursement parce que la procédure était trop compliquée. Donc c'est pour ça que la simplification est utile et qui désormais se verront d'office appliquer le remboursement.

3:51
Invité

Mais l'idée, avant ce recul, tout de même, c'était de mettre fin à l'incitation à consommer des énergies fossiles. Est-ce que le GNR, ce n'est pas l'illustration de la difficulté de concilier environnement et agriculture ? Et là, vous avez dû choisir finalement.

4:04
Marc Fesneau

Non. La trajectoire, et d'ailleurs les agriculteurs le disent, et je n'ai pas entendu les syndicats divers et variés dire qu'il fallait renoncer à la trajectoire de décarbonation. Mais la décarbonation, elle doit s'accompagner d'alternatives. Et si quelqu'un ose me dire qu'il y a un tracteur électrique aujourd'hui possible, non. Et deux, des mesures d'accompagnement. Et donc il faut aussi savoir regarder des mesures dans ce qu'elles sont, acceptables ou pas, non pas seulement financièrement, mais dans leur philosophie. Je pense que c'est là-dessus qu'il faut qu'on continue à travailler.

4:32
Présentateur

Les ONG disent que c'est une manière de revenir un peu sur les ambitions environnementales.

4:36
Marc Fesneau

Non mais ça n'avait aucun effet sur la consommation. Ça venait juste gréver la compétitivité. La mesure de défiscalisation gasoile, elle existe à peu près dans toute l'Europe. D'ailleurs, vous voyez bien qu'en Allemagne, le mouvement est parti de là. C'est une mesure de compétitivité. Ce qu'on a besoin de retrouver par nos mesures fiscales, c'est des mesures de compétitivité. Mais elles n'étaient pas incitatives quand vous n'avez pas d'alternative. Si vous dites « je vous hausse la taxe », ça ne vous fait pas changer votre tracteur. En revanche, ça vous fait une taxe supplémentaire.

Donc ça marche, ce type de dispositif, quand on arrive à avoir des mesures de compétitivité qui permettent de substituer de la fiscalité.

5:10
Présentateur

On va revenir sur les mesures de simplification immédiate. Juste revenir sur un tout petit mot que vous avez dit tout à l'heure. Vous avez dit qu'il y aurait d'autres annonces sur les revenus. Est-ce que vous avez quelque chose en tête ?

5:17
Marc Fesneau

Non, non, ce que j'ai dit sur la question... Oui, ce que j'ai dit sur les revenus, c'est les mesures qu'on fait sur la maladie hémorragique épisodique. C'est les mesures que j'annoncerai la semaine prochaine sur la viticulture, puisque c'est un secteur qui est très en crise, avec des mesures gestion de crise qui permettront de couvrir à la fois ce qui s'est passé sur le milieu. Vous savez, la maladie qui est très apparue, en particulier dans le sud-ouest. Des mesures de trésorerie pour les viticulteurs qui sont avec des prix très bas compte tenu d'un surstock. Et puis des travaux qu'on a à faire sur à la fois stockage et aussi sur l'arrachage éventuellement différé.

5:46
Invité

Vous avez annoncé donc 10 mesures de simplification immédiate. Alors c'est un peu technique, mais on va prendre un exemple.

5:52
Marc Fesneau

On va essayer de ne pas en prendre.

5:53
Invité

On va prendre un exemple parce qu'il est absolument éloquent. C'est la réglementation sur les haies. Il y a 14 règles qui se superposent aujourd'hui. Il n'y en aura plus qu'une. Les haies, c'est le symbole de l'absurdité française en matière d'agriculture.

6:05
Marc Fesneau

C'est très emblématique parce qu'au fond, on a la réglementation la plus sévère du monde, la plus encadrée du monde, et ça n'a pas empêché la disparition des haies, d'ailleurs qui ne sont pas imputables qu'à l'agriculture. D'ailleurs, on dit souvent qu'elles ont été arrachées. Ce n'est pas qu'elles ont été arrachées, c'est qu'elles ont disparu. Pourquoi ? Parce que quand vous avez 14 réglementations, pour être tranquille, le mieux, c'est de ne pas avoir de haies. Et avec les écologies, je crois que nous partageons la volonté d'avoir plus de haies. C'est bon pour l'agriculture, c'est bon pour la biodiversité, c'est bon pour l'eau, c'est bon pour les sols, enfin bref.

C'est bon contre les inondations, c'est bon pour lutter contre l'érosion des sols. Mais au bout, il faut être en conscience à se dire que la réglementation telle qu'elle a été produite, elle a abouti qu'à une chose, c'est à décourager les agriculteurs d'avoir des haies. Donc il faut qu'on les encourage par des mesures qui sont prévues d'ailleurs à hauteur de 100 millions d'euros pour replanter des haies. Mais pour replanter des haies, il ne faut pas avoir le sentiment qu'on est à la menace de 14 réglementations dès qu'on fait un geste sur une haie. Et c'est ça qui est un élément, il me semble très important, c'est de dire la réglementation, elle vient servir une politique publique.

Si elle fait l'inverse de ce qu'on veut, interrogeons la réglementation et simplifions.

7:03
Invité

Mais la vie concrètement des agriculteurs va changer avec ces annonces, elle sera vraiment plus simple, il n'y aura plus de dossiers de 20 pages à remplir à chaque mois qu'il faut faire réglementation.

7:11
Marc Fesneau

Non, on ne fait pas 14 réglementations sur une réglementation pour faire une réglementation qui soit la somme compliquée des 14. Il faut que ça soit plus simple, il faut que ça soit plus lisible. Il ne faut pas que les réglementations se contredisent. On a besoin d'entretenir les haies, on les fait dans quels qu'on voyait. C'est ça qu'il faut faire. Et donc l'objectif, c'est une seule réglementation, simplifier elle-même.

7:28
Invité

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémi Baudot. Toujours avec Marc Tenot, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, la loi EGalim qui vise à protéger la rémunération des agriculteurs n'est pas respectée. Hier, Gabriel Attal a annoncé de lourdes sanctions contre trois entreprises qui ne jouent pas le jeu. Quelles sanctions précisément ? Qui est concerné ? Et est-ce que vous pensez que ça aura vraiment valeur d'exemple ?

7:51
Marc Fesneau

Vous me permettez juste de rebondir sur la question de la simplification. J'entendais votre collègue dire 10 mesures. 10 mesures, c'est 10 premières mesures. Il y aura bien d'autres mesures de simplification. Je vais vous redonner un deuxième exemple quand même de contradiction. Nous avons des dispositions légales qui obligent à débroussailler des territoires pour lutter contre les inondations. Et par ailleurs, vous avez sur ces mêmes territoires des obligations qui visent à préserver les écosystèmes. Et donc, ils font qu'on empêche de débroussailler. Je vais vous donner un exemple très concret. Dans le Var, il y a une tortue qui s'appelle la tortue d'Hermann.

Elle est très protégée et son risque principal, c'est l'incendie. Mais on ne peut pas débroussailler parce qu'il y a un site de production. Résultat des courses, on ne débroussaille pas. Et à la fin, les tortues sont incendiées parce que les incendies progressent. Vous voyez la contradiction ? Alors que l'objectif, c'est bien de protéger un écosystème. Et pour le protéger, il faut qu'on puisse débroussailler. À quel moment notre système, il produit ce genre de choses, Marc Fénaud ? Sédimentation de dizaines d'années. C'est une folie. Quand vous réfléchissez structurellement, c'est une folie.

8:43
Présentateur

Vous n'êtes pas arrivé hier au gouvernement. C'est ça ce que je veux dire.

8:45
Marc Fesneau

Non, mais chacun doit faire son examen de conscience. Mais ces deux réglementations, elles existaient avant que nous soyons là. Ces deux-là, très précisément, existaient avant. Mais il faut qu'on tricote et qu'on détricote toutes ces réglementations qui sont contradictoires. Parce que vous voyez bien que pour un agriculteur, d'aller lui expliquer qu'il faut qu'il protège et en même temps qu'il ne peut pas protéger, il y a quelque chose qui est... Moi, je l'ai vu sur un certain nombre de dialogues que j'ai depuis des semaines et des mois avec les agriculteurs. Ce n'est pas complètement une surprise pour moi, comme vous le savez.

C'est un sentiment d'incompréhension et au fond, un sentiment de mépris. Et c'est un chantier qui est immense. Mais c'est un chantier qui est immense.

9:18
Invité

C'est pour ça que le Premier ministre a dit, par département,

9:22
Marc Fesneau

sur la haie, dans la Haute-Garonne, il y avait un arrêté supplémentaire par rapport à la réglementation. Donc on supprime l'arrêté qui est en Haute-Garonne. D'abord, il y a un travail départemental. Ce qui, aux réglementations nationales, viennent s'ajouter des arrêtés départementaux. C'est-à-dire que le voisin du Tarn-et-Garonne, il n'a pas la même règle que le voisin de Haute-Garonne. Et puis deux, il faut faire un travail au niveau national sur la haie. Sur tout le reste, en prenant en ligne de compte des injonctions contradictoires. Et je réponds maintenant à votre question.

9:47
Invité

Oui, parce qu'il y a question sur le revenu des agriculteurs. C'est une question.

9:50
Marc Fesneau

C'est une question de la réponse sur la question du revenu. On a réuni hier avec Bruno Le Maire les industriels, les transformateurs et la grande distribution. D'abord, vous dire qu'on a secoué les choses parce qu'on avait le sentiment que les choses se passaient bien dans leurs expressions. Et on leur a dit, manifestement, ça ne se passe pas bien. Deuxième chose, on a entendu des gens qui ont dit égalime les deux premières années, deux, trois premières années, ça a plutôt bien fonctionné. En particulier dans les années de croissance inflationniste où la matière première agricole a plutôt été bien prise en compte.

On a, à partir des lois égalime, lutté et empêché un phénomène qui a existé depuis dix ans. Et ça, c'est depuis qu'on est arrivé qu'on l'a fait. C'était un phénomène de déflation. Les prix agricoles, ils avaient baissé depuis dix à quinze ans. Par égalime, on avait inversé. Mais depuis cette année, dans les négociations qui sont en cours, il y a des pratiques qui viennent détourner égalime. Alors, première pratique de détournement, c'est je ne respecte pas la loi. C'est-à-dire que je ne tiens pas compte des matières premières agricoles. Ceux qui ne respecteront pas la loi, c'est simple, ils peuvent encourer jusqu'à 2% d'amende sur leur chiffre d'affaires.

10:42
Présentateur

Ce sera le cas, là ?

10:44
Marc Fesneau

Ça, c'est celles qui sont déjà en cours. Mais ce n'est pas solde de tout compte. Il y a trois entreprises, effectivement, qui vont d'ores et déjà être sanctionnées. Il ne m'appartient pas d'en donner les noms parce que la procédure est en cours. Et puis, toutes celles qui ne respecteront pas le paiement de la matière première agricole, elles seront sanctionnées. Et ça peut aller jusqu'à 2% du chiffre d'affaires.

11:02
Invité

Parce que les prix des agriculteurs ont baissé de 9% quand les prix dans les supermarchés sur les étals augmentaient de 10%. Comment c'est possible que le prix à la production soit ensuite multiplié ?

11:15
Marc Fesneau

Mais c'est là qu'il y a un sujet de répartition de la marge. C'est là que chacun, ce qu'on a dit hier, doit faire. Parce qu'on ne peut pas... Moi, j'entends beaucoup de gens qui font des grandes déclarations d'amour sur l'agriculture, qui disent on aime la souveraineté, on aime les produits français, on aime la qualité. Tout ça est vrai, en plus. Mais il faut qu'ils passent aux actes. Parce que la chaîne alimentaire, c'est ce que doit faire l'État en termes de simplification, d'appui aux filières.

11:34
Présentateur

Alors, qui récupère la valeur ajoutée ?

11:36
Marc Fesneau

Alors, il y a des travaux qui sont en cours qui vont permettre, qui sont lancés déjà, qui vont permettre, y compris au Parlement...

11:41
Présentateur

Ce sont les industriels, comme disent certains rapports ?

11:42
Marc Fesneau

C'est parfois les industriels, c'est parfois la grande distribution. Moi, je ne comprends pas, par exemple, que sur un certain nombre de produits, les produits les plus qualitatifs, les marges manifestement, mais ça nécessite d'être documenté, soient plus élevés que sur les produits de base. Parce qu'évidemment, ça donne un avantage comparatif aux produits qui sont avec des standards moins exigeants. Et donc, il y a quelque chose d'un double discours qui n'est pas possible. Donc, des contrôles. Et puis, il y a une deuxième façon de dévoyer les contrôles, c'est d'aller mettre des centrales d'achat ailleurs en Europe pour essayer de déroger aux droits français.

Le ministre Bruno Le Maire l'a dit très clairement et ce n'est pas acceptable. Et donc, on va faire en sorte que... D'abord, un, on voit s'il n'y a pas un détournement de la loi.

12:15
Présentateur

Ça, c'est des grands noms de la distribution qu'on connaît bien ?

12:17
Marc Fesneau

Oui, qu'on connaît bien. Et Leclerc, par exemple ? Oui, je vous rappelle qu'il y a quelques semaines, j'ai eu quelques échanges scripturaux, si je peux dire, au travers de Twitter, et que parfois, on me reproche d'avoir tapé du poing sur la table à l'endroit, effectivement, de M. Leclerc. Moi, je n'ai pas envie de nouer des polémiques. Mais quand j'entends quelqu'un dire « Si je ne trouve pas les produits au prix que je veux, j'irai les chercher ailleurs », je considère qu'il ne fait pas un acte sur la souveraineté alimentaire française et c'est un acte de patriotisme agricole. Alors que ce n'est pas l'image qu'il véhicule. Oui, mais peu importe que ce soit... Il essaie...

Chacun, moi, je le répète, je n'ai pas envie de rentrer dans une polémique avec lui, ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est la rémunération. Donc, les grandes déclarations, ça suffit. Et donc, ceux qui ne jouent pas le jeu seront sanctionnés. Et par ailleurs, on regardera précisément où se répartit la valeur ajoutée.

13:00
Invité

Cette mesure sur la loi EGalim, vous pensez que c'est une mesure structurelle qui va faire que les agriculteurs puissent enfin vivre décemment de leur retenue ? Parce que plusieurs syndicats disent que le compte n'y est pas. Que de façon pérenne, rien n'est fait pour s'assurer qu'ils puissent vivre de leur travail et qu'ils arrêtent de vente à perte sur le long terme.

13:15
Marc Fesneau

Il faut aussi qu'on arrive à convaincre peut-être des filières. Toutes les filières ne sont pas dans EGalim. Parce qu'elles ont fait le choix en conscience de dire qu'on préfère avoir une négociation d'une autre nature avec la grande distribution. Peut-être qu'il faut se poser la question de savoir s'il n'y a pas besoin d'une contractualisation. Et les prix planchers que proposent les Insoumises, par exemple, la France Insoumise. Je ne connais pas beaucoup de filières qui disent qu'il faut abroger EGalim. Les seules personnes qui demandent d'abroger EGalim, c'est M. Leclerc. Reprenez ces déclarations à l'époque. En disant qu'on est le seul pays à faire ça, c'est un pur scandale.

On a plutôt intérêt à regarder et à réfléchir au niveau européen, et ça me permettra de répondre à votre question, que de revenir sur quelque chose qui permet d'encadrer les marges et d'encadrer la matière première agricole de sorte qu'elle soit payée. Après, les propositions démagogiques du genre on va fixer une obligation de prix planchers, comme on peut le faire, parce qu'il y a des règles quand même, européennes, que sur les prix agricoles français et qu'on ne peut pas le faire sur les prix des autres pays, qu'est-ce que ça fait ? Ça vient mettre en concurrence des loyales les produits agricoles français.

Donc il faut que la matière première elle soit payée aux paysans français comme elle doit être payée aux autres agriculteurs, et c'est comme ça qu'on arrivera à le faire, et pas autrement. Vous dites que ce serait contre-productif. Mais c'est manifestement, enfin c'est d'ailleurs à ce motif-là qu'on ne l'a pas accepté, parce que s'il était aussi simple que ça de dire moi je mets le kilo de tomate à 2 euros ou à 10 euros en France pour payer les agriculteurs et que l'arrivée de la tomate à 3 euros, vous croyez qu'il va se passer quoi ? Donc on a besoin que les prix montent et que les prix montent, y compris au niveau national.

14:35
Invité

et bloquer les marges des produits de l'industrie agroalimentaire comme le demande Jean-Luc Mélenchon.

14:41
Marc Fesneau

Oui, moi j'entends beaucoup d'industries agroalimentaires, faire une mesure, c'est toujours des mesures, une espèce de mesure généraliste. Moi j'entends beaucoup d'industries agroalimentaires aussi qui dans le sujet inflationniste ont des marges qui sont réduites.

Alors après qu'il y a des grands groupes qui doivent réfléchir et faire leur examen sur quelles sont les marges qui peuvent être acceptées pour faire en sorte que l'ensemble de la filière, oui, mais j'entends beaucoup d'entreprises, j'ai plutôt des témoignages d'entreprises sur les territoires qui disent, moi je ne suis pas sûr de terminer l'année compte tenu de la hausse des coûts, la nécessité de rémunérer la matière première et la pression comme fait la grande distribution. Il y a beaucoup de PME en France, il y a des très grands groupes emblématiques, mais il y a beaucoup de PME qui ne passent pas la rampe, comment dirais-je, de la négociation

15:21
Présentateur

et qui sont en risque économique. Vous parlez de la concurrence européenne, il y a aussi une concurrence internationale. Gabriel Attal a redit hier l'opposition de la France à la signature du traité Mercosur, qui est un traité de libre-échange avec l'Amérique du Sud. Est-ce que vous garantissez que cet accord de libre-échange entre l'Union Européenne, l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay ne verra pas le jour ? Le président de la République

15:42
Marc Fesneau

s'est engagé, le Premier ministre l'a rappelé hier. Mais les négociations continuent au niveau européen ? Très bien, le président de la République s'est engagé sur le fait que nous n'accepterions pas ce traité du Mercosur et nous faisons les pressions nécessaires sur qui il faut pour faire en sorte que ce traité du Mercosur n'aboutisse pas. Pourquoi ? Parce qu'il met en situation de concurrence très déloyale nos agriculteurs et en plus sur beaucoup de secteurs, sur la volaille, sur la viande, sur beaucoup de secteurs.

C'est un accord qui, dans des conditions par ailleurs de production que nous n'avons pas en France, qui sont beaucoup plus libérales, on va dire ça comme ça, et qui donc mettent en difficulté potentiellement si l'accord était... Donc le président de la République a dit très clairement les choses et il l'a redit très clairement. J'ajoute qu'il a demandé à ce que soit mentionné à l'ordre du jour, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps d'ailleurs en conseil des chefs de gouvernement la semaine prochaine, ce point agricole et ce point Mercosur.

16:32
Invité

Et pourquoi dans ce cas au Parlement européen votre groupe Renew a voté pour l'accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande qui lui va faire arriver massivement des agneaux, du lait, les écologistes, le RN, LFI, le PSI sont opposés. Il n'y a que votre groupe qui a voté pour et aujourd'hui vous nous dites que vous êtes contre le Mercosur.

16:46
Marc Fesneau

Non, non, non, parce que ce n'est pas aucun accord et aucun commerce en France. 50% des céréales françaises sont sortes de France. L'excédent commercial agroalimentaire c'est les vins et spiritueux. Vous ne voulez pas d'accords internationaux ? Non mais par exemple

16:58
Présentateur

typiquement le blé il parle plutôt au Maghreb, il ne parle pas forcément de l'autre côté de la terre.

17:03
Marc Fesneau

Non mais il y a une géographie aussi de la production. La Nouvelle-Zélande, alors on a besoin de vérifier que ça ne mettra pas mais il n'y a pas de concurrence parce que déloyal au sens environnemental du terme c'est le système le plus extensif qu'il soit. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas qu'on prenne des mesures pour retrouver de la compétitivité en France. Parce que le sujet des céréales qui vont sur les marchés internationaux on a des règles en France on ne fait pas des céréales de la même façon que les autres. Pourquoi ?

Parce qu'elles sont de qualité et elles sont stables en production, en volume et donc on a besoin d'abord de retrouver de la compétitivité en France et pas simplement de dire je jette tous les accords commerciaux par la fenêtre parce que je ne sais pas ce qu'on fait du lait je ne sais pas ce qu'on fait des céréales et c'est d'autres que nous qui les nourrirons parce que moi je n'ai pas envie que ce soit M. Poutine qui nourrit

17:46
Présentateur

Alors on continue cette discussion dans un instant Marc Fénaud ministre de l'Agriculture Marc Fénaud

17:54
Invité

ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire il reste donc plusieurs points de blocage en France malgré vos annonces et cela fait plus d'une semaine que les agriculteurs bloquaient les routes certains s'en sont pris à des préfectures hier c'est le bâtiment de la Mutuelle Social-Agricole de Narbonne qui a été incendié pourquoi tant de mensuétudes avec eux ? Est-ce que ça va continuer dans les jours qui viennent vous allez continuer à laisser faire ? Pas de question

18:18
Marc Fesneau

Il n'y a aucune ambiguïté sur le fait que des violences telles que celles qui sont passées à Narbonne les violences aux personnes les violences aux biens ne sont pas acceptables donc je dénonce des actes qui sont minoritaires nous étions hier avec le Premier ministre sur un point de blocage tout à fait pacifique sans aucune dégradation d'ailleurs ils ont tenu à nous le dire distinguons ce qui est une colère de gens qui gagnent parfois qui travaillent c'est quand même la seule profession qui peut travailler 40, 50, 60, 70 heures et qui accepte dont on accepte collectivement qu'ils puissent perdre de l'argent ou gagner 200 euros par mois donc ça peut légitimement aussi provoquer des moments de tension mais en tout cas il y a quelque chose qui n'est pas acceptable c'est la violence et donc la violence elle est dénonçable dans tous les domaines parce que sinon évidemment il y aurait une distinction mais qu'il y ait des points de tension avec des gens qui sont dans cette situation c'est normal il n'y a pas une question de mensuette c'est pour ça qu'ils ont un traitement de faveur

19:07
Invité

parce que l'écologiste Yannick Jadot par exemple disait que si les Verts faisaient le millième de ce qui se passe aujourd'hui ils seraient en prison

19:15
Marc Fesneau

il a soutenu des mouvements de gens qui sont venus incendier des cartes de police sciemment qui sont venus tirer avec des mortiers en direction de la tête ou du corps de policiers et de gendarmes vous voyez c'est pas tout à fait je pense du mouvement de Sainte-Soline donc il y a quand même des choses qui sont à distinguer parce que vous ne voyez pas ça mais quand il y a un acte de violence mais je sais que les organisations syndicales agricoles sont responsables quand il y a un acte de violence vous me retrouverez toujours pour le dénoncer mais distinguons ce qui est une colère et un mouvement de colère de ce qui est des actes de violence délibérée il y a des gens qui sont mis par simplement le désir d'en découdre avec les forces de l'ordre c'est pas ce que je vois aujourd'hui sur le terrain dans les mouvements agricoles donc il y a un certain nombre de points qui ont été débloqués il y a un certain nombre de points qui sont encore bloqués on va continuer à travailler et à dire ce qu'on fait en termes de simplification j'ai oublié de le dire tout à l'heure on va simplifier les normes c'est quoi ?

c'est les délais de recours sur les bâtiments d'élevage et sur les projets d'eau on avait un régime d'exception pour les agriculteurs c'était 4 mois quand vous et moi on dépose un permis de construire c'est 2 mois le délai de recours pourquoi cette exception agricole ?

alors que pour tous les autres le droit de l'urbanisme qui s'appliquait c'était 2 mois donc on va remettre dans le droit commun un certain nombre de réglementations c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre et je pense qu'au fur et à mesure c'est de nature à libérer les points de nature à libérer le point de blocage quand les agriculteurs verront la réalité de ce qu'il y a derrière les annonces qui sont produites qui ne sont pas du déclaratif qui sont du concret pour un certain nombre d'entre eux dans beaucoup de territoires et donc sur les points sur le point de la violence il n'y a pas de mensuétude il n'y a juste jamais de mensuétude avec la violence mais quand il y a un moment de tension et de colère comme celui-là il faut aussi savoir l'entendre

20:46
Invité

et les blocages vont pouvoir continuer vous avez vu que la colère est très profonde vous ne craignez pas une agrégation des mouvements la CGT a appelé à rejoindre les agriculteurs

20:54
Marc Fesneau

oui alors vous avez vu la réponse d'ailleurs d'un certain nombre d'agriculteurs certains agriculteurs ont refusé oui mais parce qu'il y a toujours dans un certain nombre d'organisations syndicales d'aller chercher l'appoint chez d'autres de la colère et du grand soir de la revendication mais il y a un certain nombre de gens qui ont dit qui viennent maintenant apporter leur soutien aux agriculteurs qui ont passé à longueur de temps sur les plateaux télé leur temps à dire du mal des agriculteurs à dire du mal de leur pratique j'ai écouté hier je n'ai pas envie de rentrer en querelle avec eux mais un certain nombre d'écologistes faire des grandes déclarations d'amour quand tous les jours ils ont demandé de la réglementation de la réglementation de l'interdiction de la contrainte au niveau national comme au niveau européen on n'en a pas parlé mais j'irai mercredi au niveau européen pour débloquer un certain nombre de sujets je pense au sujet de la jachère et je pense que dans la semaine on pourra avoir des réponses et le président de la république il mettra tout son poids donc tous ces gens qui maintenant viennent nous expliquer qu'on doit faire des choses pour les agriculteurs et pour qui le dialogue et le discours qu'ils ont eu vis-à-vis des agriculteurs est un discours de dénigrement et de je te montre du doigt comme pollueur comme maltraitant tes animaux il y a quelque chose

21:57
Présentateur

quand même de curieux et la manière dont l'extrême droite a tenté ces derniers jours de reprendre

22:01
Marc Fesneau

oui alors l'extrême droite découvre pour une grande partie d'entre elles l'agriculture est-ce que ça s'est retombé un petit peu oui j'ai l'impression parce que les agriculteurs c'est des gens ils sont durs à notre endroit nous gouvernants ils sont durs aussi à l'endroit de ceux qui veulent récupérer ceux qui veulent récupérer pour faire l'agrégation et ceux qui veulent récupérer le moment parce que la rémunération c'est pas par un coup de blaguette magique c'est par des actes concrets et galim et le reste la surtransposition auquel il faut mettre fin et même faire un mouvement inverse par rapport à un certain nombre de sujets il faut le faire donc cette volonté permanente de récupération je trouve que les agriculteurs c'est des gens qui sont dignes et c'est des gens qui sont respectueux et c'est des gens qui n'aiment pas qu'on se moque d'eux et donc le yaka faucon des uns ou le yaka faucon des autres tout ça c'est une démagogie qui ne résoudra pas les problèmes et nous on souhaite résoudre les problèmes

22:44
Invité

et d'un mot vous avez reporté votre loi sur le renouvellement des générations un aveu du fait qu'elle n'était pas à la hauteur face à cette colère est-ce qu'il y aura de nouvelles mesures est-ce que vous pouvez nous dire un mot sur ce qui est attendu

22:55
Marc Fesneau

une grande partie était dans le pacte et une partie était dans la loi on va glisser un certain nombre de mesures qui étaient dans le pacte dans la loi ça permettra d'accélérer la procédure premier élément et une grande partie des mesures porteront autour des questions de souveraineté qu'on définisse ensemble ce que c'est la souveraineté pour que dans l'opinion publique on ait un débat sur ce sujet de la souveraineté c'est comment on aboutisse à la souveraineté et puis le deuxième sujet c'est un certain nombre de mesures et c'est dans les semaines qui viennent l'horizon puisque le Premier ministre a dit dans les trois semaines je veux qu'on avance des mesures de simplification à l'intérieur de cette loi

23:23
Présentateur

Merci beaucoup Marc Fédo ministre de l'agriculture merci d'avoir été l'invité du 830 France Info