Discours de Valérie Pécresse sur la politique de défense - 3 mars 2022
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous. L'épée est l'axe du monde, disait le général de Gaulle. Nous en faisons à nouveau la tragique expérience sur notre continent. Le temps des dividendes de la paix, durant lequel trop de pays occidentaux ont baissé la garde, est révolu. La paix, aujourd'hui, ne se gagne qu'en faisant en nôtre l'adage « siwis paquem para bellum ». Lorsque j'ai pris la décision d'être candidate à la présidence de la République, j'avais en tête ces mots si justes. La défense, c'est la première raison d'être de l'État. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même. Les fonctions de chef des armées sont celles auxquelles je me prépare avec une particulière gravité.
Parce qu'il s'agit de la défense de la nation, de la sécurité que nous devons à notre peuple, de la solidarité que nous devons à nos alliés. Cette défense de la nation, qui, lorsque les circonstances l'exigent, donne aux chefs de l'État la responsabilité d'envoyer au feu les femmes et les hommes de nos armées au péril de leur vie. Cette défense de la nation, qui peut conduire en ultime recours à la mise en œuvre de notre dissuasion. Je mesure pleinement ses responsabilités. La guerre en Ukraine vient nous rappeler que la paix ne doit jamais être considérée comme acquise, même en Europe.
Nous avions déjà connu la guerre dans les Balkans et sur les pourtours de notre environnement stratégique, au Moyen-Orient ou en Afrique. Mais cette fois-ci, il s'agit de deux grands pays, membres de la famille européenne, dont l'un est une puissance nucléaire. J'ai déjà eu l'occasion de condamner solennellement l'invasion militaire décidée par Vladimir Poutine. Tous ceux qui ont défendu depuis des années sa politique sont irresponsables et ils portent préjudice à nos intérêts nationaux. Je salue la réactivité de la France et de l'Europe et la mise au point immédiate de sanctions économiques massives et, espérons-le, efficaces dans la durée.
Car nous devons tout faire aujourd'hui pour obtenir un cessez-le-feu. Nous sommes solidaires du peuple ukrainien qui se défend de manière héroïque. Et je souhaite rendre hommage au mouvement de solidarité qui parcourt notre pays. Une France généreuse et solidaire qui est au rendez-vous des démocraties. Voilà la France que nous voulons. Mais ne nous y trompons pas. Il n'y aura de solution à cette guerre que politique. C'est pourquoi j'appelle au sens de la responsabilité de tous, à commencer par nos gouvernants. Quand on parle d'armes atomiques en évoquant l'exclusion de la Russie du système SWIFT ou de guerres économiques qui visent à détruire l'économie russe, je dis attention.
Évitons les postures qui conduiraient à l'escalade. Lorsque l'on proclame que l'OTAN est aussi une alliance nucléaire, en réponse à la déclaration préoccupante de Vladimir Poutine de mettre ses forces stratégiques en alerte, je dis attention. Ne traitons pas la dissuasion avec une telle légèreté. La situation est trop grave. Nous ne devons pas nous livrer à une politique des coups de menton. Notre doctrine de dissuasion doit rester strictement nationale et l'appréciation de nos intérêts vitaux relève de la seule responsabilité du chef de l'État.
C'est pourquoi, en complément de la condamnation de l'agression, des sanctions économiques drastiques et de la solidarité sans faille que l'on doit porter au peuple ukrainien, il faut absolument rappeler que l'issue de la guerre ne peut être que politique. Les peuples ukrainiens et russes sont frères. L'Ukraine et la Russie sont deux grands pays européens. Nous devons mobiliser tous nos efforts pour promouvoir une voie diplomatique. Ne nous détachons pas de cet objectif, donnons-nous les moyens d'y parvenir. Le préalable à toute discussion, c'est le cessez-le-feu. C'est pourquoi j'ai proposé une médiation politique.
Certes, le président de la République a multiplié les appels, mais malheureusement sans suite et sans effet. Comme toujours, la médiation doit venir d'un intervenant tiers disposant de la crédibilité nécessaire. La France sera dans son rôle, en appuyant ses efforts de médiation, comme membre permanent du Conseil de sécurité, comme pays fondateur de l'Union européenne et comme nation qui a éprouvé dans sa chair les ravages de deux guerres mondiales.
Au sein de l'Union européenne, l'histoire et notre statut nous mettent dans la meilleure position pour promouvoir une solution de paix grâce à l'amitié traditionnelle qui nous lie au peuple russe, actuellement égaré par un pouvoir dictatorial qui se joue de toutes les règles internationales. Mais grâce aussi à notre intransigence démocratique qui nous porte aux côtés du peuple ukrainien. Être à une initiative ne signifie pas être seul. Je crois nécessaire sur un tel sujet de se concerter avec tous nos partenaires européens et y compris le Royaume-Uni. La réaction du chancelier allemand nous montre clairement que l'Allemagne est prête à un engagement inédit en matière de défense.
Dès avant le conflit, j'avais proposé la tenue d'une grande conférence sur la sécurité en Europe, réunissant l'Union européenne, la Russie et tous les pays concernés de l'Atlantique à l'Oural en vue de fixer de nouvelles garanties de sécurité et de mettre en place une organisation pan-européenne dotée d'un Conseil de sécurité européen. Alors à l'heure où le feu fait rage dans les villes ukrainiennes et où des milliers de civils sont victimes des atrocités de la guerre, cette proposition n'est évidemment pas à l'ordre du jour. Mais c'est au cœur du tunnel le plus sombre qu'il faut dessiner une lueur d'espoir.
Pas uniquement pour l'Ukraine, pas uniquement pour le peuple russe, mais pour toute l'Europe et pour notre modèle de société, de liberté, de démocratie et de paix que nos aînés nous ont légués au prix du sacrifice de leur vie. Mesdames et Messieurs, il n'était pas besoin de l'Ukraine pour constater que les temps deviennent de plus en plus dangereux.
La crise du multilatéralisme, le recours désinhibé à la force par des acteurs étatiques ou non étatiques, l'ombre glaçante du terrorisme islamiste, le réarmement général, la prolifération des armes nucléaires, l'apparition de nouvelles armes de rupture, comme les armes à énergie dirigée, les missiles hypersoniques ou l'usage massif des esseins de drones, l'élargissement de la conflictualité qui devient multichamps et multimilieux du spatial au cyber en passant par la lutte informationnelle, l'émergence de conflits de haute intensité aurait déjà dû nous interdire de baisser la garde.
Les conflits ont changé de nature avec la perte par les puissances militaires de la supériorité aérienne qui conduit à des combats beaucoup plus incertains dans tous les milieux, des conflits qui peuvent s'éterniser et des populations civiles qui sont à la fois victimes et instruments de la guerre. Je vous le dis, dans ce contexte instable et menaçant, la vocation de la France est d'être une puissance stratégique. stratégique parce que nous sommes une puissance nucléaire, stratégique parce que nous sommes l'une des rares armées d'emploi et que nous sommes prêts à payer le prix du sang pour défendre nos compatriotes, nos intérêts et nos valeurs.
Stratégique parce que notre histoire millénaire nous hisse au premier rang des puissances mondiales et que c'est vers la France que se tournent de nombreux peuples en quête de liberté, de démocratie et d'indépendance. Stratégique parce que nous sommes présents via nos outre-mer, sur les trois océans. Stratégique parce que nous siégeons au Conseil de sécurité de l'ONU. Stratégique enfin parce que l'esprit de défense doit être au cœur de notre nation.
De la transmission de l'histoire de France à nos enfants, de la fierté d'avoir construit le Rafale ou le porte-avions Charles de Gaulle jusqu'au défilé militaire du 14 juillet, l'idée de la défense de la nation en France est une idée globale qui dépasse de loin le strict cadre militaire. Chef de l'État, je donnerai à notre effort de défense une nouvelle dimension qui permettra à la France de conserver son rang de puissance stratégique. La dissuasion nucléaire en demeurera évidemment la clé de voûte permanente, crédible. Elle est notre assurance vie garantie, ilaliénable de la liberté et de la sécurité des Français. Elle est un attribut fondamental de notre souveraineté.
Aussi, je ne la partagerai pas, je ne la diviserai pas, je la préserverai précieusement. Toujours, je donnerai à ces composantes sous-marines et aériennes les moyens dont elles ont besoin. Dans le domaine conventionnel, nos armées sont notre fierté. Le monde nous les envie. Armées d'emplois ayant fait leur preuve au combat, sur tous les théâtres d'opérations extérieures, elles donnent au pays, en complément de la dissuasion, un atout décisif. Ce trésor doit être protégé et renforcé.
Je fais évidemment mienne, notre ambition affichée, de disposer d'un modèle d'armée complet et cohérent à l'horizon 2030, apte à gagner la guerre avant la guerre, capable d'être la nation cadre d'une opération majeure. Enfin, la défense du territoire national, susceptible d'être frappée par des menaces hybrides, notamment terroristes, contre nos populations et nos infrastructures, supposera la réactivation du concept de défense opérationnelle du territoire, dans lequel les réserves auront une grande place à jouer. Je maintiendrai les missions sentinelles, car la menace islamiste est toujours là, mais je les adapterai au niveau de la menace.
La protection de nos outre-mer et de leurs zones économiques exclusives doit également devenir une priorité. Je n'accepterai ni que notre souveraineté soit contestée, ni que nos ressources maritimes soient pillées. J'en ferai des multiplicateurs de puissance en renouvelant nos moyens de surveillance maritime, en augmentant le nombre et l'armement de nos patrouilleurs, en renforçant nos bases et en y prépositionnant davantage de force.
Pour disposer d'un outil d'analyse et de décision adapté au nouvel État du monde qui définisse les menaces, nos intérêts stratégiques et les moyens nécessaires, je lancerai la rédaction d'un nouveau livre blanc, le dernier datant en effet de 2013, avec pour objectif de doter la France d'une stratégie intégrée. Je lui fixerai un double horizon 2030 et 2050. 2030 pour l'horizon opérationnel, 2050 pour l'horizon stratégique, car c'est à cette échéance que la Chine s'est fixée de dépasser les États-Unis. Ce sera un document politique ayant vocation à être adapté par des revues stratégiques régulières.
Mais pour être immédiatement efficace dès mon élection, je ferai réaliser une revue flash de la loi de programmation militaire, car je veux garantir son exécution pleine et entière, qui est menacée par l'ampleur actuelle des déficits creusés par le gouvernement. D'autant que l'essentiel de l'effort financier de cette loi de programmation militaire a été reporté au lendemain de l'échéance présidentielle. Nos armées savent que cette LPM ne répondra à leurs besoins que si les moyens nécessaires au cours des trois prochaines années sont réellement engagés. Et moi, je m'y engage. Notre modèle d'armée doit être cohérent, crédible et complet. Mais il demeure à ce stade échantillonnaire.
Nous sommes à la hauteur qualitativement, mais pas quantitativement. Les efforts relatifs de ces dernières années n'ont été que de réparation. Nous subissons encore trop de réductions temporaires de capacités. La guerre en Ukraine révèle par exemple crûment nos insuffisances en matière de transport stratégique dont nous avons besoin pour rapatrier nos forces au Mali. Nous louions les Antonofs à l'Ukraine pour transporter troupes et matériels. Dès le résultat de la revue Flash et sans attendre le livre blanc, il faudra consentir un effort financier immédiat pour reconstituer les stocks de munitions, les stocks initiaux de projections et les capacités d'entraînement.
Il faudra aussi remédier rapidement au manque de petits équipements. ces petits plus qui sont pourtant vitaux pour la sécurité, l'efficacité, le confort et le moral du combattant dans son quotidien. A plus long terme, nos trous capacitaires devront être comblés. J'ai d'ores et déjà quelques certitudes nourries de mes échanges avec nos chefs militaires ou des travaux de la Commission de la Défense Nationale de l'Assemblée qui vient de rendre un rapport sur les enjeux des combats de haute intensité dont je partage les constats et les propositions.
Je prendrai les décisions qui s'imposent concrètement pour faire face à la menace et au risque d'attrition, c'est-à-dire de perte en hommes et en matériel. Concrètement, cela signifie en plus du renouvellement des deux composantes de la dissuasion aérienne et sous-marine que nous augmenterons le format de l'aviation de chasse. Nous confirmerons la construction du porte-avions nouvelle génération successeur du Charles de Gaulle. Nous augmenterons le nombre de navires de premier rang afin d'être à la hauteur de notre statut de grande puissance maritime tout en rénovant régulièrement l'armement de notre flotte.
Nous utiliserons tout le potentiel de la robotisation en déployant des drones terrestres, sous-marins et de surface. Nous développerons une large gamme de systèmes de lutte anti-drone pour les forces terrestres et les forces aériennes permettant un équilibre entre rusticité et haute technologie. Nous renforcerons les capacités nécessaires à la défense solaire, basse altitude, les radars et systèmes d'armes solaires. Nous préparerons le renouvellement de notre parc de chars de combat et la robotisation des forces terrestres. Nous renforcerons les capacités de frappe dans la profondeur et les capacités du génie.
S'agissant de notre puissance militaire spatiale, nous poursuivrons la recherche de redondance avec le secteur civil et développerons les patrouilleurs spatiaux. Nous renforcerons enfin les moyens défensifs et offensifs cyber ainsi que les moyens humains et techniques de nos services de renseignement. Ce sera bien évidemment l'affaire de deux lois de programmation militaire. Le respect de la LPM actuelle permet d'atteindre 50 milliards d'euros de budget en 2025. Je souhaite porter ce budget à 65 milliards en 2030. Bien au-delà des 2% du PIB. Ce qui signifie au total un effort supplémentaire de 108 milliards. les moyens devront être trouvés. En d'autres temps, ils l'ont été.
Tout au long des années 60 et 70, la part du budget de la défense dépassait les 3% du PIB et jamais cela n'a entravé la croissance. Bien au contraire, car les dépenses de défense contribuent à la richesse nationale de manière plus forte que d'autres secteurs économiques avec une faculté d'entraînement sur l'emploi, l'innovation et la recherche civile. En projetant notre effort de défense à l'horizon de la décennie, je prends l'engagement de mettre un terme aux à-coups qui ont fait tant de mal à notre outil de défense. Nous le devons à la sécurité des Français. Nous le devons surtout aux femmes et aux hommes qui y consacrent leur vie.
Officiers, sous-officiers, militaires du rang, sur terre, sur mer, dans les airs, vous êtes le bouclier et l'épée de la France, en métropole et dans nos outre-mer. Votre engagement et votre sens du service sont un modèle. Vous servez avec abnégation dans une institution la seule, sans doute, où l'on peut commencer comme engagé volontaire, entrer à l'école de guerre et finir étoilé. cela vaut aussi pour les femmes et les hommes de nos réserves qui sont un inestimable outil de résilience et de mobilisation de l'esprit de défense. Nous musclerons puissamment ces réserves en augmentant le volume des contrats opérationnels et en adaptant notre législation du travail en conséquence.
car je le dis c'est du bon sens la directive européenne sur le temps de travail ne s'appliquera pas à nos armées je ne transigerai jamais sur notre identité constitutionnelle. Votre quotidien à tous sera un de mes soucis permanents. La singularité militaire fera l'objet de toutes mes attentions. C'est la raison pour laquelle je maintiendrai intact le régime de retraite à jouissance immédiate qui permet notamment de garantir une seconde carrière aux militaires. Je sais aussi les contraintes que la mobilité géographique vous impose à vous et à vos familles. Je favoriserai la mobilité des conjoints. Je donnerai aux militaires une priorité pour l'accès au logement social et aux crèches.
Je mettrai en place des outils d'accompagnement des familles. et notamment des familles dont les deux parents servent sous les drapeaux. Enfin, je veux évoquer les familles endeuillées. Je veux évoquer les blessés qui souffrent dans leur chair et qui se reconstruisent avec courage. Ils bénéficieront d'un accompagnement renforcé. Je développerai les maisons Athos sur tout le territoire national pour que les militaires traumatisés psychologiquement puissent être pris en charge au plus près de leur famille. C'est cela la singularité militaire. Une grande famille où s'applique la devise un pour tous et tous pour un. Des menaces parfaitement identifiées.
La capacité de procéder à une analyse indépendante, une doctrine clairement formulée, une industrie de pointe pour concevoir des équipements à la hauteur de nos ambitions. Des hommes et des femmes portant en haut les valeurs de la France, c'est cela une défense souveraine. Mais quelle illusion de penser que la France peut tout faire toute seule. Je serai la présidente d'une défense de l'Europe solidement appuyée sur ses deux piliers, l'OTAN et la défense européenne. C'est ne pas comprendre nos partenaires européens que de croire que l'autonomie stratégique européenne pourrait se bâtir contre l'OTAN ou sans l'OTAN.
De la Baltique à la mer Noire, en passant par le cœur de l'Europe centrale, nos partenaires européens se fient d'abord à l'OTAN et refuser cette donnée, c'est refuser de voir la réalité en face. Ce serait s'enfermer dans une orgueilleuse solitude. Ce sont les dégâts que le président Macron a causés en parlant de l'OTAN en état de mort cérébrale. Alors, oui, avec moi, la France restera dans le commandement intégré de l'OTAN que Nicolas Sarkozy a eu la sagesse de rejoindre. C'est un outil d'influence, un outil d'interopérabilité et pour tout dire d'efficacité. Mais alliance ne signifie pas allégeance. L'alliance ne peut se réaliser que dans le respect de la souveraineté des États.
Je préserverai jalousement les prérogatives d'appréciation autonome de notre engagement que garantit l'article 5 du traité. Je ne laisserai évidemment pas la France être engagée dans un conflit qui ne correspondrait pas à ses intérêts propres. Je souhaite un pilier européen fort. Cependant, au-delà des grands discours, peu de progrès ont été enregistrés. J'en souhaite donc l'approfondissement et le renforcement. Nous devons trouver des boucles de décisions courtes et rapides. Le sursaut européen face à la situation ukrainienne ouvre la voie. Je serai la présidente qui là encore tiendra compte des réalités.
Je bâtirai autant que possible cette architecture européenne et cette autonomie stratégique. mais en privilégiant ce qui marche, c'est-à-dire les coalitions ad hoc. Je veux que la tragédie ukrainienne soit l'occasion pour l'ensemble des Européens d'un sursaut salutaire en matière de défense. La rapidité des décisions prises par l'Union et par l'Allemagne tranche avec les lenteurs habituelles. Il faut en tirer les leçons pour renforcer le pilier européen. Le Fonds européen de défense devra être étoffé. Et sous ma présidence, la défense européenne sera d'abord une défense des intérêts de l'Europe.
Consacré à la défense puisqu'à l'action extérieure de la France, mon propos aujourd'hui n'est pas de faire le point sur toutes les crises majeures que nous traversons. Mais il m'est impossible de ne pas mentionner notre présence au Sahel. Je pense aux 58 militaires que nous y avons perdu. Je pense à leurs familles, à leurs frères d'armes, aux blessés qui sont aujourd'hui dans une phase de résilience. Je veux leur dire que leur sacrifice n'a pas été vain. Ils ont remporté de vrais succès militaires.
Empêcher le développement des groupes armés terroristes, éviter la déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest, rendre impossible la constitution d'un califat africain sont au cœur des intérêts français. Si le comportement du pouvoir de la junte malienne nous impose de redéployer notre dispositif, la mission de lutte contre l'islamisme au Sahel continue. Présidente de la République, je tirerai les leçons des erreurs politiques qui ont été commises. Je me fixerai comme objectif de restaurer l'image et la place de la France sur le continent africain.
Le rôle militaire de la France en Afrique sera de venir au soutien de nos partenaires africains pour des opérations ponctuelles avec des objectifs limités et clairement définis. Nous devrons être capables de refaire si nécessaire des missions servales, des missions caractérisées par la fulgurance de l'armée aérienne ou des forces spéciales, avec une empreinte limitée dans son ampleur et sa durée. Pour y parvenir, dans le cadre des accords de défense de la Côte d'Ivoire au Niger, de Djibouti au Sénégal, il nous faudra renforcer nos bases et augmenter le volume de nos forces prépositionnées.
Ainsi, aux côtés de nos partenaires africains, nous jouerons notre rôle en évitant les risques d'enlisement. La même règle prévaudra sur les autres théâtres. Nous devrons renforcer notre ancrage dans l'océan Indien et dans l'ensemble de la France ultramarine pour garantir que notre souveraineté n'y sera pas contestée. Enfin, la défense ne se conçoit pas sans une puissante industrie de défense. C'est à la fois un enjeu de souveraineté et un enjeu pour l'emploi.
Enjeu de souveraineté car notre industrie de défense fondée sur le grand export est seule à même de nous permettre d'acquérir à des coûts acceptables et en conservant la maîtrise des technologies, les équipements dont nous avons besoin. Enjeu pour l'emploi aussi car forte de 4000 entreprises dont de nombreuses PME et de 200 000 salariés, ouvriers, techniciens, ingénieurs répartis sur tout le territoire national, notre industrie de défense contribue fortement à la prospérité du pays. Pour cela, la coopération européenne est nécessaire. Rien n'est pire que de devoir acheter sur étagère des capacités que nous avons perdues faute de solutions européennes.
Nous sommes encore et pour longtemps dépendants des AWACS ou des Hawkeye américains. Mais la coopération doit respecter quatre conditions. Offrir des outils militaires répondant à nos besoins opérationnels, ne pas entraîner in fine une explosion des coûts, ne pas conduire à une perte d'actifs stratégiques et préserver notre liberté de manœuvre à l'export. Par ailleurs, au-delà de notre partenariat avec l'Allemagne, nous devons dialoguer avec les autres pays européens et y compris la Grande-Bretagne avec laquelle nous sommes durablement liés par les accords de Lancaster House.
Je défendrai enfin à Bruxelles le Buy European Act qui est indispensable au renforcement de notre industrie d'armement européen. Il faut en finir avec une forme de naïveté européenne qui consiste à handicaper en permanence notre industrie de défense et nos exportations. C'est pour cela que je ferai du suivi des processus d'élaboration des normes internationales susceptibles d'affecter la défense une priorité de ma diplomatie. Je ferai du soutien à l'exportation une des missions clés de notre réseau diplomatique. J'encouragerai l'innovation par le développement des activités duales et la facilitation des liens entre le monde des start-up, des grands groupes et des acteurs étatiques.
Je renforcerai les moyens de l'Agence de l'innovation de la défense et j'assouplirai les procédures d'achat public en simplifiant le recours aux appels à projets pour davantage d'agilité technologique et industrielle. Enfin, tirant les leçons de la crise ukrainienne et face au risque de multiplication de conflits à haute intensité dont nul ne peut prévoir la durée pour faire face à ce risque de conflits à haute intensité, je créerai une cellule à vocation interministérielle. Cette cellule sera chargée de planifier une remontée en puissance de l'industrie de défense et un passage à une économie de guerre avec la direction générale de l'armement.
Je lancerai un appel d'offre pour la constitution d'opérateurs privés de stockage stratégique mutualisé. Mesdames et messieurs, forte de ces réflexions, chef des armées, j'aurai à cœur que la première mission de nos armées est de protéger les Français et que leur premier devoir est de cultiver l'esprit de combat à l'entraînement comme sur le terrain. Chef des armées, je ferai de l'efficacité opérationnelle le fondement de mes décisions. Lorsque c'est possible, je remplacerai la logique de flux par une logique de stock. Je réinternaliserai ce qui doit l'être. Je rendrai au régiment la maîtrise d'une partie de leur parc car on sert mieux avec un matériel que l'on peut dire sien.
Chef des armées, je donnerai des ordres clairs avec des objectifs politiquement définis et une maxime d'action. Un chef, une mission, des moyens. Chef des armées, ma main ne tremblera pas lorsqu'il s'agira de défendre et de protéger la France, les Français et nos intérêts. Enfin, chef des armées, je les commanderai en ayant au cœur ces mots de Péguy. Les régimes de lâcheté sont ceux qui coûtent le plus cher au monde. Rien n'est meurtrier comme la faiblesse et la lâcheté. Rien n'est humain comme la fermeté. Je vous remercie.
Il n'y a pas
de questions ? Une question ?
Bonjour Madame, Mélanie Ménard-Crozard, rédactrice en chef de Sécurité Défense Magazine. J'aimerais connaître votre positionnement sur le sujet de la taxonomie vis-à-vis des industries de défense dont vous venez de parler à la fin de votre discours, s'il vous plaît. Je vous remercie.
Comme je l'ai dit, je pense qu'il faut qu'une des priorités de notre diplomatie soit de lever la naïveté européenne sur ces questions. Nous avons aujourd'hui besoin d'une industrie de défense européenne très puissante. Et ça veut dire une industrie européenne qui ne soit pas entravée par une taxonomie européenne.
Madame Pécresse, bonjour. Julien Nenny, France Télévisions. Le président Macron s'est encore entretenu ce matin avec son homologue ukrainien et Vladimir Poutine pendant une heure et demie. Est-ce que vous ne craignez pas que cette campagne présidentielle au lendemain du premier tour soit tout simplement éclipsée par le conflit en Ukraine ? Quelle est votre position là-dessus ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Quelles conséquences pour votre campagne à vous ?
Eh bien, les conséquences, vous les voyez aujourd'hui, ça m'amène à vous faire des propositions extrêmement puissantes pour réarmer la défense française.
C'est, Madame Pécresse, la campagne présidentielle.
La campagne se poursuit avec ce projet défense que je viens de développer devant vous. Merci à tous.
Ah, dernière question, pardon. Bonjour, Audrey Tison, France Info. Michel Alliomari qui faisait partie de votre conseil de défense écrit un livre dans lequel elle estime qu'on ne peut pas parier sur une victoire de votre camp à la présidentielle. Que répondez-vous ?
Eh bien, qu'une campagne n'est pas un pari. Une campagne, c'est un long chemin et ce chemin, je vais le parcourir jusqu'à la victoire. Merci.
Sous-titrage Société Radio-Canada,
Valérie Pécresse