Sur les traces de David S Amiel
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 100 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47PrésentateurFait
« mon grand-père, David Salomon Aniel, posant fièrement à l'entrée du magasin qui porte son nom écrit en grand sur la façade. »
- 0:54PrésentateurFait
« 1912, est écrite à la main et au verso une date plus complète, 15 octobre 1912, probablement de la main de mon grand-père. »
- 1:05PrésentateurFait
« la mention du photographe, Gilles Ruiz, photographe au Iquitos, Pérou. »
- 1:36PrésentateurFait
« Ma mère me racontait qu'à 22 ans, laissant à Rabat sa femme et son fils de 3 ans, il était parti chercher fortune au Brésil, attiré par le boom du caoutchouc, un nouvel Eldorado. »
- 1:57PrésentateurFait
« il n'a intéressé presque personne jusqu'à l'essor de l'automobile. »
- 2:08PrésentateurFait
« le commerce s'est développé de façon intensive tout au long du fleuve Amazon, entraînant un flux migratoire important de Brésiliens, mais aussi de gens de beaucoup plus loin. »
- 2:44PrésentateurFait
« Parti à pied de Rabat pour Tanger, il a dû embarquer à bord d'un bateau de marchandises, reliant Lisbonne à Belém, le port d'arrivée au Brésil. »
- 3:02PrésentateurFait
« Des semaines de voyage probablement très éprouvantes pour quelqu'un qui n'était jamais monté sur un bateau. »
- 3:20PrésentateurFait
« Leur travail consistait surtout à recueillir le latex récolté par les Indiens et à le troquer contre diverses marchandises. »
- 3:43PrésentateurFait
« ils devaient parcourir les méandres du fleuve Amazon et visiter les villages de ces magnifiques Indiens à plumes. »
- 4:27PrésentateurFait
« Après Belém, sans doute a-t-il visité la ville de Santarém face à laquelle se profile une magnifique ligne de partage des eaux entre le boueux fleuve Amazon et les eaux turquoises du rio Taparos. »
- 4:42PrésentateurFait
« Il a dû aussi passer plusieurs fois à Manaos, la ville champignon devenue, grâce au boue du caoutchouc, la plus riche ville du Brésil, avec tramway électrique et grand théâtre. »
- 5:12PrésentateurFait
« Importation, exportation. »
- 7:02PrésentateurFait
« le boom du caoutchouc en Amazonie n'a duré que quelques décennies, le temps pour les Anglais de créer d'immenses plantations d'évéas, plus faciles à entretenir et à récolter. »
- 7:24PrésentateurFait
« Realisation en l'establissement de David S. Amiel, motivo de inventario. »
- 8:01PrésentateurFait
« un papier d'identité où est notée une date, 1921, liée à une adresse à Manaos, rue Malégone. »
- 8:58PrésentateurFait
« Mon grand-père n'avait pas fait fortune, mais il a quand même ramené quelques bijoux et pierres précieuses, rubis et saphirs, une bague, un bracelet, des pièces d'or. »
- 9:17PrésentateurFait
« un très intéressant blason, où on voit une corne d'abondance, un lama, et un agarobo, l'arbre magique du Pérou. »
- 9:32PrésentateurFait
« Chose intéressante, le document d'identité a été établi à Casablanca le 10 mai 1929, une date à laquelle il a dû se rendre au consulat pour réactualiser sa nationalité brésilienne. »
- 10:05PrésentateurFait
« Il est décédé à l'âge de 67 ans, brusquement d'un coma diabétique. »
- 10:31PrésentateurFait
« Le 4 mars 1948, soit une vingtaine de mois avant que je naisse. »
Temps de parole
- Présentateur88 %
- ?12 %
≈ 124,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Cette
photo, je l'ai toujours connue.
Elle
était sur le buffet de ma grand-mère.
C
'est la plus ancienne photo que je connaisse, la première chose associée au mot photo.
La
photo.
Elle
était une énigme, elle cachait quelque chose.
A
cette photo étaient associés les noms de Baratillo, Manaos, Brésil, Amazonie,
des
mots qui me faisaient rêver.
Sur
cette photo, on voit mon grand-père, David Salomon Aniel,
posant
fièrement à l'entrée du magasin qui porte son nom écrit en grand sur la façade.
Au
-dessus de l'image, une année,
1912,
est écrite à la main et au verso une date plus complète, 15 octobre 1912,
probablement
de la main de mon grand-père.
En
la regardant de plus près, j'ai découvert la mention du photographe, Gilles Ruiz, photographe au Iquitos, Pérou.
J
'avais pas d'autres informations,
mais
c'est déjà pas si mal.
J
'ai cherché Iquitos sur une carte.
C
'est une ville qui est tout au bout du fleuve Amazon.
Comment
était-il parvenu jusque-là, à 12 000 km de chez lui
? Ma
mère me racontait qu'à 22 ans, laissant à Rabat sa femme et son fils de 3 ans, il était parti chercher fortune au Brésil, attiré par le boom du caoutchouc, un nouvel Eldorado. Le caoutchouc, littéralement bois qui pleure, était connu depuis des siècles par les Indiens,
qui
l'utilisaient surtout pour l'étanchéité de leurs canaux.
Mais
il n'a intéressé presque personne jusqu'à l'essor de l'automobile. Nécessaire pour la fabrication des pneus et pour les tissus imperméables, il a connu une demande extraordinaire.
Et
le commerce s'est développé de façon intensive tout au long du fleuve Amazon, entraînant un flux migratoire important de Brésiliens,
mais
aussi de gens de beaucoup plus loin.
De
Tétouan et de Rabat, une tête de pont avait été constituée par les premiers arrivants,
qui
ont sans doute fait savoir à leurs familles et amis que les perspectives de faire du commerce et de gagner de l'argent étaient très bonnes.
La
vie étant particulièrement difficile au Maroc à cette époque,
mon
grand-père, probablement avec quelques amis, a décidé de tenter l'aventure. Parti à pied de Rabat pour Tanger, il a dû embarquer à bord d'un bateau de marchandises, reliant Lisbonne à Belém, le port d'arrivée au Brésil.
Des
semaines de voyage probablement très éprouvantes pour quelqu'un qui n'était jamais monté sur un bateau. Arrivé à Belém, ils étaient accueillis par les premiers immigrants, une communauté implantée depuis une quinzaine d'années, qui disposait depuis 1889 d'une synagogue où étaient célébrés les rites juifs marocains.
Les
nouveaux arrivants devaient apprendre la langue et à commercer le long du fleuve.
Leur
travail consistait surtout à recueillir le latex récolté par les Indiens et à le troquer contre diverses marchandises. Accompagnés de rameurs, à bord de barques faisant office de boutique et de logement, ils se déplaçaient de village en village pour troquer leurs tissus, couvertures et toutes sortes d'objets manufacturés contre le latex récoltés par les Indiens six mois de l'année.
Pour
cela, ils devaient parcourir les méandres du fleuve Amazon
et
visiter les villages de ces magnifiques Indiens à plumes
qui,
vivant dans un paradis terrestre, passaient plus de temps à se faire beau et dans leur relation sociale qu'à la chasse.
Leurs
plumes multicolores constituaient un langage à la fois symbolique et esthétique.
J
'imagine la surprise de mon grand-père lors de ses rencontres avec des cultures dont il ignorait presque tout.
Une
fois ses stocks de marchandises épuisés, il revenait à Belém des mois plus tard, devait vendre le latex au meilleur prix, rembourser les marchandises et engranger les bénéfices.
Comme
la concurrence devait être rude, probablement l'est-il toujours plus loin sur le fleuve. Après Belém, sans doute a-t-il visité la ville de Santarém face à laquelle se profile une magnifique ligne de partage des eaux entre le boueux fleuve Amazon et les eaux turquoises du rio Taparos.
Il
a dû aussi passer plusieurs fois à Manaos, la ville champignon devenue, grâce au boue du caoutchouc, la plus riche ville du Brésil, avec tramway électrique et grand théâtre. Combien de voyages d'aventure a-t-il vécu avant de parvenir à s'installer à Iquitos
et
devenir propriétaire de ce grand magasin rempli à rabord de marchandises, achetant aussi des produits du pays à des prix très avantageux. Importation, exportation.
Et
on le voit, sur cette photo, tiré à quatre épingles, moussage soigné, superbe chemise à rayures, noire sur fond blanc, belle cravate, pantalon large et chic.
Mon
frère Jackie, qui l'a connu, me racontait qu'il était grand et mince, très soigné, Panama sur la tête,
un
homme respecté qui se promenait avec une canne à pommeaux, plutôt cool, tranquille,
mais
pas très causeur, dommage. Autour de lui, sur cette photo, pas moins de dix personnes.
Qui
sont-elles
? Des
amis, des employés, des passants, de la famille, difficile à dire.
Un
jeune indien pieds nus, qui semble être là par hasard, un homme canotier à la main, un petit garçon bien habillé devant un moustachu à chapeau,
un
homme présentant son chien et un indien pieds nus, peut-être un employé,
et
de l'autre côté de la porte, un vieil homme barbu assis avec un enfant sur les genoux,
un
autre enfant debout et un homme à la pipe.
Et
à l'autre fenêtre, un personnage énigmatique dont le visage est flou,
on
dirait bien une femme, une indienne.
Qui
était-elle
? Sa
position debout à l'intérieur du magasin, son bras posé symétriquement à celui du grand-père, elle fait aussi un peu propriétaire, femme du patron.
Ma
mère m'a raconté que c'était probablement sa femme de là-bas.
C
'était-elle le mystère
? On
chuchotait que mon grand-père aurait pu engendrer une deuxième famille
et
que j'aurais peut-être des cousins indiens.
Je
les cherche. Sans résultat pour l'instant, mais j'y travaille.
Le
boom du caoutchouc en Amazonie n'a duré que quelques décennies,
le
temps pour les Anglais de créer d'immenses plantations d'évéas, plus faciles à entretenir et à récolter.
Et
à partir des années 1910, la fièvre commerciale s'est tarie et son commerce a du péricliter.
Deux
affichettes sur les murs indiquent qu'il était peut-être en train d'arrêter son activité.
On
y lit, difficilement, Realisation
en
l'establissement de David S. Amiel, motivo de inventario. Réalisation pour motifs d'inventaire. Dans ce cas, la photo aurait été déprise avant la fermeture
pour
garder le souvenir de son magasin.
Cette
photo était importante pour lui. C'est sans doute pour cela qu'elle est la seule restée dans la famille.
Elle
porte en elle les marques du temps qui a passé, les voyages, le vieillissement,
et
son onze années qui lui ont donné cette patine superbe, cette matière si belle.
Je
retrouve ensuite sa trace dans le deuxième document que j'ai sur lui, un papier d'identité où est notée une date, 1921, liée à une adresse à Manaos, rue Malégone. Combien de temps a-t-il vécu là ? Quelles ont été ses activités avant de prendre le chemin du retour ? Je ne sais. Mais tel Ulysse, une vingtaine d'années plus tard, il est de retour à Rabat, où il retrouve sa femme et son fils, qui entre-temps était devenu un homme. Ma Pénélope de grand-mère, ma Manouna, l'a attendu tout ce temps, élevant seul son fils.
Comment
se sont passées les retrouvailles
?
Très bien, d'après ce que j'en sais.
Mais
je regrette aujourd'hui de n'avoir pas interrogé ma grand-mère
durant
les 16 années où j'ai vécu auprès d'elle.
Mes
parents étant très occupés, c'est elle qui a veillé sur mon enfance. Et je lui ai toujours voué une tendresse infinie.
Mon
grand-père n'avait pas fait fortune, mais il a quand même ramené quelques bijoux et pierres précieuses, rubis et saphirs, une bague, un bracelet, des pièces d'or.
Or,
il en reste peu de choses. Notamment cette lire de 1911, avec une tête magnifique d'Indien sur le verso,
et
sur le recto, un très intéressant blason, où on voit une corne d'abondance, un lama,
et
un agarobo, l'arbre magique du Pérou. J'ai appris qu'avec ces fruits, on fait l'agarobina,
une
sorte de miel au goût de réglise que l'on ajoute au jus de fruits.
J
'aimerais bien y goûter.
Chose
intéressante, le document d'identité a été établi à Casablanca le 10 mai 1929,
une
date à laquelle il a dû se rendre au consulat
pour
réactualiser sa nationalité brésilienne.
Aurait
-il un moment envisagé d'y retourner
? Il
ne l'a pas fait.
D
'après ce que me dit mon frère,
mon
grand-père semble avoir coulé des jours tranquilles avec ma douce grand-mère qui l'aimait tendrement.
Il
est décédé à l'âge de 67 ans, brusquement d'un coma diabétique.
Je
ne savais pas la date exacte de sa mort. Aussi, je me suis rendu au cimetière de Rabat l'été 2011 pour voir sa tombe.
La
date de son décès était difficilement lisible, mais j'arrive à la déchiffrer.
Le
4 mars 1948,
soit
une vingtaine de mois avant que je naisse.
Une
coutume juive très ancienne
veut
qu'après le décès d'un grand-père,
on
mette au monde un enfant pour lui donner son prénom.
Mes
parents m'ont donc mis en route un an après sa mort
et
je suis venu au monde pour porter son prénom,
pour
le remplacer en quelque sorte.
Je
lui dois donc ma naissance et ma vie.
Il
ne me reste plus qu'à aller à Éxito sur ses traces. Sous
-titrage Société Radio-Canada