ZADISME PARLEMENTAIRE : NOUS NE FAISONS QUE NOTRE TRAVAIL DE DÉPUTÉS
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Bonsoir Hugo Bernalicis. Bonsoir. La France Insoumise a déposé 19 000 amendements pour la commission spéciale retraite sur un total de 22 000.
Les élus de la majorité vous accusent de zadisme législatif, de blocage antidémocratique. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Déjà que je préfère zadisme législatif.
Au début j'ai pas trop compris pourquoi on disait ça. Après j'ai bien compris qu'on nous accusait de vouloir faire, d'occuper l'Assemblée nationale. Ça tombe bien, on est parlementaire, on est élu pour ça, donc oui c'est ce qu'on va faire.
Et puis quand on s'est rappelé le sort qui a été réservé à la dernière ZAD, celle de Notre-Dame-des-Landes, c'est-à-dire le retrait, finalement oui c'est du zadisme parlementaire et j'espère qu'on obtiendra le même résultat politique. Ah donc vous vous assumez d'être des zadistes de l'Assemblée ? Oui, en quelque sorte.
Je pense qu'on ne pouvait pas rêver de meilleurs compliments de la part de la majorité. Après c'est clair que nous notre manière de prolonger l'action de grève qui est faite par les salariés dans ce pays depuis des semaines et des semaines, c'est une forme de grève du zèle comme le font les avocats par exemple. C'est notre contribution, parce qu'on nous a dit pendant des semaines et des semaines qu'il y avait du dialogue, de la négociation, etc.
Je crois qu'on a tous vu que c'était faux, qu'en plus les chiffres sont pipés à la fin, parce que vous avez une étude d'impact qui est truquée, qu'on fait le Conseil d'État qui le dit par la France Insoumise. Le Conseil d'État qui a effectivement été très sévère avec l'étude d'impact du gouvernement. Et on comprend, vous avez dans l'étude d'impact une infirmière, un cas de type, qui est payée de 2500 euros net.
Bon, il y a beaucoup d'infirmières dans ce pays qui aimeraient être payées de 2500 euros net. Voilà, je vous l'ai dit tout de suite. Ils signent directement.
C'est ça l'étude d'impact du gouvernement, donc c'est vous dire le niveau auquel on se trouve. Donc oui, face à cette provocation politique, cette volonté de passer en force à l'Assemblée nationale, de faire de nous une chambre d'enregistrement, et bien on dit non. Non, ce ne sera pas une chambre d'enregistrement.
On bloquera tout ce qu'il est possible de bloquer dans le processus législatif. Et on le fait de la meilleure façon qu'il soit, en parlant. Parce qu'on est parlementaire, donc au parlement, on parle, on parle, on parle, on parle, et on déploie nos arguments.
Mais est-ce que c'est très constructif de multiplier par dizaines les amendements de suppression des articles de la loi ? Ben non, c'est pas particulièrement constructif. Ah d'accord, vous assumez.
Mais bien sûr, évidemment. Mais c'est ce qu'on attend de nous. D'ailleurs, on a beaucoup de messages de soutien et de solidarité depuis qu'on a annoncé déposer 19 000 amendements, et depuis qu'on commence à les défendre, c'est-à-dire depuis hier, parce que c'est ça qu'on attend de l'opposition, s'opposer.
Ne rien laisser passer, ne pas laisser un pouce de terrain à cette majorité, à ce gouvernement. Et on voit bien qu'en plus, les gens ne croient plus à ce qui se passe à l'Assemblée nationale. On a l'impression d'avoir une majorité de godillots.
On en parlera sans doute après, mais le texte sur le congé...
On en parlera juste après. Voilà, ça a montré, ça a été la démonstration que ces parlementaires, ils ne sont pas là pour faire de la politique, ils sont là pour voter ce que fait le gouvernement. Et quand vous avez une loi à trous, quand vous avez une étude d'impact truquée, ben oui, c'est notre devoir de parlementaire de dire, on n'en veut pas de votre texte.
Mais alors, justement, Hugo Bernalicis, vous arrivez de la commission spéciale directement dans ce studio. Oui, et j'y retourne après. Hier, en 6h30, prenons les délais, 6h30, ce sont 245 amendements qui ont été examinés, donc sur 22 000.
À ce rythme-là, même si vous siégez tout le week-end, vous n'y arriverez pas. L'objectif, c'est quoi ? C'est que la commission ne puisse pas faire son travail ?
Ben, elle fait son travail, mais vous savez, elle n'a pas été programmée pour pouvoir faire son travail. Elle a été programmée en procédure accélérée pour torcher ça rapidement, quand on dit, on y va, allez, c'est bon, une semaine, ça va, ça suffit, ils ne vont pas nous embêter l'opposition comme ça pendant des jours et des jours. Eh ben, si, on va les embêter jusqu'à ce qu'ils soient épuisement sans suivre.
Ils nous épuisent avec leurs réformes, leurs lois à trous, ils épuisent les manifestants parce qu'ils veulent écouter en tant de personnes, eh ben, on va les épuiser aussi. Voilà ce qu'on leur dit à l'Assemblée nationale. On a beau être pas nombreux, parce que je vous rappelle qu'on n'est que 17, on a une capacité de parler longtemps.
Et vous savez, c'est pas tant que ça, en fait, c'est pas si problématique que ça, 250 sur le nombre d'heures que vous avez indiqué. Moi, qui ai fait loyalement, normalement, le projet de loi justice, on avait 400 amendements à la France insoumise, qui n'étaient pas des amendements de suppression, il y en avait, évidemment, mais pas seulement, et ça a pris 66 heures de débat en tout. Donc, vous voyez, ça, c'est le travail normal.
Est-ce qu'on a prévu 70 heures sur la commission spéciale ? Non, absolument pas. On a prévu, encore une fois, la procédure accélérée pour tuer le débat parlementaire.
Parce qu'on s'en fiche du Parlement dans ce pays. Enfin, en tout cas, c'est ce que pense Emmanuel Macron. Mais si jamais vous n'avez pas le temps en commission spéciale de terminer, ça veut dire que le 17 février, dans l'hémicycle, le texte qui sera soumis à l'examen des députés en formation tous ensemble, ce sera le texte initial du gouvernement.
Ça veut dire que vous et vos collègues, vous aurez passé une semaine à travailler pour rien. En tout cas, tous les amendements qui auraient été adoptés, retour à la case départ, et on reprend le texte. Non, mais ça veut bien dire qu'il faut, quand vous arrivez sur un débat comme ça, un débat de société extrêmement important, on réforme un système qui a été mis en place depuis 1945 et qui n'a pas bougé depuis, je veux dire, dans son principe, qui est un des piliers de la France, qui gère un énorme budget, plus de 300 milliards d'euros, et eux, ils veulent réformer ça en procédure accélérée.
Enfin, toutes les grandes lois, si c'est vraiment une grande loi pour ce pays, un vrai nouveau système, eh bien, on prend le temps d'en discuter à l'Assemblée nationale, comme on prend le temps d'en discuter avec les partenaires sociaux, en tout cas avec les organisations syndicales. Or, ni avec les organisations syndicales, ni avec les parlementaires, le temps n'est pris. Donc, c'est bien une volonté, encore une fois, de passer en force.
Et ce n'est pas acceptable pour nous. Alors, la majorité vous critique sur cette attitude revendiquée et assumée de blocage, mais dans l'opposition aussi, le patron du groupe LR, Damien Abad, dit que l'attitude des insoumis est guignolesque. Et il ajoute que vous êtes les idiots utiles du système qui sert le gouvernement.
Eh bien, écoutez, ses collègues parlementaires du groupe Les Républicains l'auront mal entendu, puisque je crois qu'ils ont commencé à faire un peu d'ostruction et à faire des prises de parole sur nos propres amendements, là, pas plus tard que tout à l'heure, en commission spéciale. Les LR aussi vont se mettre aux hadis, aux législatifs, selon vous. Mais en fait, parce que c'est ce qu'on attend de nous.
C'est ce qu'on attend des oppositions. Je dis bien des oppositions au pluriel, parce qu'il y a nous, il y a les socialistes, il y a les communistes, il y a les républicains. Ils le voient bien dans le pays, quand ils retournent en circonscription, qu'on attend d'eux de ne pas être les bons élèves, sages, sympas, et de juste défendre ses amendements, et comme ça, et dire « Ah bah oui, la réforme, elle va passer, tant pis. » Non, la réforme, il faut qu'elle soit retirée, parce que les Français y sont majoritairement opposés, la bataille de l'opinion a été perdue, enfin, ce n'est ni fait ni à faire, donc le plus sage, le plus sage, le plus utile pour le pays, ce serait de retirer cette réforme des retraites.
Un autre sujet, vous commenciez à l'évoquer tout à l'heure, à créer des remous à l'Assemblée, y compris chez les marcheurs, c'est la fameuse question du congé pour les parents dont un enfant est décédé, texte soumis par l'UDI la semaine dernière qui a été rejeté par En Marche, aujourd'hui, ils disent « On a fait une erreur, on va réparer, dont acte ? » Alors, il faut qu'ils accordent leur violon aussi, parce que le président de groupe, tout à l'heure, de la République En Marche, a dit « Non, ce n'est pas une erreur, c'est qu'on voulait prendre ça dans sa globalité, même le Premier ministre a dit « Oui, j'assume, on fait une erreur. » Ou plus exactement, nous n'avons pas bien expliqué, nous n'avons pas su convaincre qu'il fallait prendre le sujet dans sa globalité. « Non, mais alors, c'est une erreur, ce n'est pas une erreur, 12 jours, pas 12 jours. » Ils disent « Oui, mais 12 jours, ça ne résout pas le problème, quand vous perdez un enfant, c'est pour la vie que vous l'avez perdu. » Et ils expliquaient que le texte initial était mal ficelé.
Oui, ils avaient quand même mieux le ficeler, et puis travailler. Enfin, je veux dire, c'est cette attitude méprisante sur l'ensemble des niches parlementaires de tous les textes. Et là, on avait un texte consensuel, et on voit bien que le sort qui est réservé à ça, quand on ne s'y intéresse pas, quand l'opinion publique ne s'y intéresse pas, c'est circuler, il n'y a rien à voir, ça ne rentre pas dans notre agenda, on ne l'avait pas prévu, c'est peut-être une bonne idée, mais on verra ça plus tard.
Et bien ça, ce n'est pas le respect du Parlement. Donc à force de marcher sur les pieds du Parlement, de l'Assemblée nationale, je crois que les parlementaires ont raison de se rebiffer, et puis de dire dorénavant, ce ne sera plus comme avant, et cette réforme des retraites, comme tout le reste, ne passeront plus dans ces conditions-là, tout au moins. Et donc le blocage s'annonce pour durer à l'Assemblée avec les insoumis.
Merci beaucoup Hugo Bernalicis. Avec plaisir.
Anasse Kazib