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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 28 août 2026 8 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergie

Crues au Népal : le risque d'une nouvelle catastrophe "d'ici quelques jours" selon Blandine Ripert

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:44OuverteRéponse directe

    Vous qui connaissez très bien cette zone, est-ce que vous avez des contacts sur place depuis mercredi ?

  • 1:07OuverteRéponse directe

    À quoi ressemble la région en dehors du tourisme de montagne ?

  • 2:44OuverteRéponse directe

    Les zones touchées par l'effondrement du glacier mercredi sont quoi ?

  • 3:33OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on sait dans quel état sont notamment les hôpitaux ?

  • 4:25OuverteRéponse directe

    L'État n'est pas allé à les moyens de réagir face à une telle catastrophe ?

  • 5:16OuverteRéponse directe

    La Chine qui a beaucoup investi dans les routes, est-ce que cette position géopolitique peut compliquer les secours ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21InvitéChiffre
    « Le bilan humain provisoire de cette catastrophe naturelle est de plus de 400 morts aujourd'hui et près de 1400 personnes toujours portées, disparues. »
  • 1:19PrésentateurFait
    « C'est une région rurale pauvre avec des versants de montagne aux pentes très raides qui sont exposés aux pluies de mousson l'été et aussi aux séismes et aux glissements de terrain. »
  • 1:24PrésentateurFait
    « Et c'est une région qui avait été très sévèrement touchée en 2015 par plusieurs séismes, qui avait détruit déjà un grand nombre de villages et fragilisé beaucoup de bâtiments. »
  • 1:46PrésentateurFait
    « Et ce qui explique aussi que les destructions aient pu être si fortes, c'est que les laves torrentielles ont vraiment suivi ce corridor. »
  • 6:49PrésentateurFait
    « Il semble qu'il y ait des débris qui est bloqué complètement. Une 20 km en amont qui bloquent encore à nouveau le cours de la rivière et que ça risque très probablement de lâcher d'ici quelques jours. »

Temps de parole

  • Présentateur69 %
  • Invité31 %

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0:00
Invité

Les images qui défilent depuis mercredi sur nos écrans sont effroyables. Un immense torrent d'eau, de boue et de débris emportant tout sur son passage, rayant des villages entiers des deux côtés de la frontière montagneuse du Népal et du Tibet. Le bilan humain provisoire de cette catastrophe naturelle est de plus de 400 morts aujourd'hui et près de 1400 personnes toujours portées, disparues. Mais à quoi ressemble cette zone géographique avant et après le drame ? Nous posons la question ce matin à Blandine Ripert. Bonjour Blandine Ripert. Bonjour. Vous êtes géographe, anthropologue, chercheuse au CNRS, membre du Centre d'études sud-asiatique et himalalienne de l'EHESS.

Blandine Ripert, avant toute chose, vous qui connaissez très bien cette zone pour y avoir travaillé depuis 1993, est-ce que vous avez des contacts sur place depuis mercredi ?

0:54
Présentateur

J'ai des contacts avec des Népalais de Katmandou, mais pas de la région parce que personne ne répond au téléphone, probablement par manque de réseau et d'électricité aussi.

1:07
Invité

À quoi ressemble la région en dehors du tourisme de montagne qui draine des milliers de touristes et dont on a beaucoup parlé ?

1:13
Présentateur

Alors c'est une région rurale pauvre avec des versants de montagne aux pentes très raides qui sont exposés aux pluies de mousson l'été et aussi aux séismes et aux glissements de terrain. Et c'est une région qui avait été très sévèrement touchée en 2015 par plusieurs séismes, qui avait détruit déjà un grand nombre de villages et fragilisé beaucoup de bâtiments. C'est aussi une grande vallée qui est encaissée et dans laquelle la rivière partage le même corridor que la route, que ses ponts et que les centrales électriques. Et ce qui explique aussi que les destructions aient pu être si fortes, c'est que les laves torrentielles ont vraiment suivi ce corridor.

C'était aussi récemment devenu un des principaux axes routiers vers le Tibet et la Chine après la destruction d'autres accès. Et c'est là où maintenant transite un commerce avec la Chine suite à des longs travaux de renforcement de l'ancienne piste qui a été goudronnée récemment. Et c'est aussi un des accès vers la montagne sacrée du Mont Kailash. C'est pour ça qu'on parle parmi les victimes de pèlerins hindous qui revenaient de ce Mont Kailash. Et c'est aussi l'accès, comme vous le disiez, à la région du Langtang, qui est une région touristique pour les trekking autour d'un parc national.

2:35
Invité

On comprend à quel point cette région est primordiale, même en termes géopolitiques, je dirais. La région, vous le racontiez, se relevait à peine du séisme de 2015. Les zones touchées par l'effondrement du glacier mercredi sont quoi ? Sont plutôt dans des zones reculées, des zones qui sont déjà difficiles d'accès pour les secours notamment ?

2:53
Présentateur

Alors les premières destructions sont effectivement des endroits isolés qui sont accessibles que par une piste, et là qui a été détruite par une route qui a été détruite par 40 kilomètres, donc qui n'est plus du tout accessible. Et c'était au départ des petits villages le long de la rivière, le centre aussi de la douane. Et petit à petit, plus on est descendu vers l'aval, plus c'est devenu des bourgs importants. Par exemple, il y a le bourg de Trisouli et de Bidour, qui sont les chefs-lieux du district de Nouakote, là qui sont vraiment une ville, une petite ville.

3:33
Invité

Et là, tout a été emporté dans cette zone-là ?

3:37
Présentateur

Pas toute la ville de Trisouli, parce que c'est encore sur des pentes, mais une grande partie.

3:42
Invité

Est-ce qu'on sait dans quel état sont notamment les hôpitaux qui seraient capables d'accueillir les blessés aujourd'hui ?

3:51
Présentateur

Alors l'hôpital, par exemple, de Trisouli, est situé de l'autre côté des ponts qui ont été détruits. Donc toutes les victimes qui se trouvent de l'autre côté n'ont pas accès à cet hôpital. Il y a aussi trois autres, trois postes de santé le long de cette rivière qui ont été détruits. Mais ça veut dire que du coup, pour ceux qui sont de l'autre côté, il faut aller à l'hôpital de Katmandou. Et ça, ça veut dire par hélicoptère, parce que la route-là est très difficile à pratiquer. Aussi parce que c'est la fin de la mousson. Donc c'est un axe qui est difficile d'accès.

4:25
Invité

Est-ce que l'État n'est pas allé à les moyens de réagir face à une telle catastrophe, ou l'aide internationale devient primordiale ?

4:32
Présentateur

Alors l'aide internationale devient primordiale, c'est sûr. Cela dit, il semble que là, l'État est très vite réagi avec l'envoi de l'armée, de la police sur les lieux, d'une quinzaine d'hélicoptères, la moitié privés qui ont été mis à disposition. Le Premier ministre qui a l'habitude de très peu s'exprimer depuis son action au pouvoir aussi, cinq mois, s'est exprimé sur les réseaux, s'est déplacé. Il y a des ONG actives. Et puis le fonds du Premier ministre pour recevoir l'aide en évitant la corruption a été ouvert. Mais c'est sûr que sans aide internationale, j'imagine que ce sera très difficile.

5:12
Invité

Vous le racontiez, c'est une région du monde, Blandine-Riper, qui est étroitement surveillée par la Chine. La Chine qui a beaucoup investi dans les routes, dans les ponts, pour en faire cette voie commerciale importante vers l'Inde et le Népal. Est-ce que cette position géopolitique peut compliquer les secours, d'après vous ?

5:27
Présentateur

Alors, ce que je trouve un peu étonnant, c'est que du côté chinois, on dit que pour l'instant, la Chine annonce trois morts. On peut imaginer que c'est beaucoup plus. Notamment quand on voit les images de destruction du poste de la frontière, où il y avait un grand nombre de fonctionnaires de banques aussi, et pas que des Népalais. Ça, ça veut dire qu'on n'a pas accès à toute l'information, en tout cas du côté chinois. Ensuite, l'accès, apparemment, l'aide aussi provient de la Chine, mais certainement, il faut arriver par les deux côtés, et c'est un endroit du côté tibétain aussi très difficile d'accès.

6:13
Invité

Depuis 30 ans, vous vous rendez régulièrement dans cette région, Blandine-Riper. Est-ce que vous aviez déjà assisté à des glissements de terrain et à des séismes de cette ampleur ?

6:22
Présentateur

Alors, des glissements de terrain, oui, il y en a beaucoup à fait de cette ampleur. Là, il y avait vraiment un phénomène tout à fait exceptionnel. Non, je n'ai jamais vu une ampleur telle. Là, c'est vrai que c'est vraiment un effondrement de glaciers qui a tout emporté sur son chemin. Et le risque n'est pas terminé, parce qu'il semble qu'il y ait des débris qui est bloqué. Complètement. Une 20 km en amont qui bloquent encore à nouveau le cours de la rivière et que ça risque très probablement de lâcher d'ici quelques jours. Donc ça, ça rend actuellement les recherches et l'aide encore plus compliquées parce qu'il faudrait ne pas rester dans le lit de la rivière.

7:10
Invité

Est-ce que vous avez prévu de retourner sur place rapidement, vous qui y allez toutes les années ? Oui, normalement en novembre. En novembre, oui. Vous pensez que vous aurez accès à cette zone que vous connaissez si bien ?

7:23
Présentateur

Alors, la zone où je travaille est de l'autre côté de la rivière et du coup, je ne sais pas tous si des ponts auront été reconstruits. Alors ça, d'après les images, pas du tout. Oui, tout est parti. Il y a 20 ponts détruits et puis une autre vingtaine à moitié détruits mais qui ne permettent pas du tout de traverser la rivière. Donc ça, je doute que d'ici novembre, alors probablement il y aura des petites passerelles de substitution, mais ce n'est pas du tout certain.

7:55
Invité

Oui, il reste encore beaucoup de travail de reconstruction, évidemment. Merci infiniment, Blandine Riper, d'avoir été avec nous et de nous avoir éclairés sur cette catastrophe survenue à la frontière du Népal et de la Chine. Je rappelle que vous êtes géographe et anthropologue. Merci.