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interviewFrance Inter· 23 février 2024 24 min

Le gouvernement "ne pense que 'réduction des dépenses publiques'", regrette Clémentine Autain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Ali Badou, Marion Lourd, le 6-9. Grand entretien ce vendredi matin avec Marion Lourd, notre invité et député, membre du groupe La France Insoumise, élu de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis. Vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Clémentine Autain.

0:24
Clémentine Autain

Bonjour Ali Badou.

0:25
Présentateur

Clémentine Autain, il y a une manifestation des agriculteurs ce matin à l'appel des syndicats et à la veille du salon de l'agriculture. Grève des salariés de la tour Eiffel, c'est symbolique. Grève annoncée des aiguilleurs de la SNCF également ce week-end. Comment est-ce que vous qualifieriez le climat social du pays ?

0:45
Clémentine Autain

Comme une cocotte minute. J'ai le sentiment que la France est en ébullition souvent sourde et parfois exprimée, comme c'est le cas avec les agriculteurs, les contrôleurs dont vous parlez. D'autres entreprises aussi connaissent des grèves importantes. Et en même temps, je pense qu'il y a quelque chose de très sourd dans le pays. Il y a du ressentiment, de la colère avec des Français très inquiets. Et ils ont raison de l'être.

1:10
Présentateur

Mais quoi est commun entre les agriculteurs, les agents de la SNCF, d'autres éventuellement qui pourraient être en colère comme vous le dites ?

1:18
Clémentine Autain

Je pense qu'il y a au contraire beaucoup de communs. Peut-être que vous ne le voyez pas, mais moi je pense qu'il y a beaucoup de communs. Parce que quand vous prenez chaque secteur, vous voyez que c'est le résultat d'une même politique qui est menée depuis maintenant des décennies. C'est pour ça que les Français sont inquiets, c'est qu'on ne voit pas le bout du tunnel. On est sans cesse à produire la même politique qui nous amène dans le même mur. Cette politique c'est quoi ?

C'est une politique qui est au service des marchés, en fait, qui organise la soumission de l'État à la loi du marché, avec un gouvernement et des gouvernements qui se suivent et se ressemblent, qui ont totalement rompu avec ce qui est l'esprit public. Et c'est pourquoi les services publics, on parlait de la SNCF, de la grève à la SNCF, les services publics sont laminés. Et les 10 milliards que vient d'annoncer Bruno Lumaire en moins pour le budget qui vient, ces 10 milliards vont impacter considérablement l'écologie, toute la transition écologique, mais aussi les services publics, puisque ce sont des postes de fonctionnaires qui vont être supprimés dans l'éducation nationale.

C'est entre 8 000 et 11 000 postes en moins que va devoir supporter l'éducation nationale. Prenez les agriculteurs, les agriculteurs c'est une question de revenus. C'est une question de revenus. Et rien n'est résolu. Le gouvernement a fait de la communication, a donné satisfaction à la FNSEA, en lui donnant d'une certaine manière un permis à polluer. Donc la FNSEA lève les barrages, mais pour la majorité des agriculteurs, strictement rien n'est résolu. Comment vous pouvez imaginer que dans une société comme la France, aujourd'hui, ceux qui produisent l'alimentation, de ce qui nous permet de nous alimenter, n'ont pas de quoi vivre ?

2:56
Invité

Mais qu'est-ce que vous auriez proposé de plus, vous, pour les agriculteurs, justement, en LFI ? Si vous étiez au pouvoir aujourd'hui, qu'est-ce qu'il y a de plus à proposer ? Il a quand même proposé beaucoup de mesures, le gouvernement. Il y a la loi EGalim, il y a les entreprises, les distributeurs, dont certains vont être sanctionnés ?

3:08
Clémentine Autain

Alors, je peux vous dire que nous aurions pris des mesures absolument pas du tout dans le même sens. D'abord, il n'est pas acceptable que le gouvernement, pour répondre à la colère des agriculteurs, dit « on va abaisser les normes environnementales ». Voilà un chemin qui n'est absolument pas le bon chemin.

3:21
Invité

Alors, on change le thermomètre, en fait, c'est ça.

3:23
Clémentine Autain

En plus, là, avec, vous le savez, le thermomètre Nodu, qui est supprimé et qui crée une alerte. Qui permet de mesurer les mysticines. Bien sûr, une alerte très forte des membres du conseil scientifique du plan, justement, éco-phito. Donc, on ne fait pas ça.

3:37
Invité

Pourtant, c'est une demande des agriculteurs.

3:39
Clémentine Autain

Non, vous ne pouvez pas dire ça comme ça. Vous ne pouvez pas dire ça comme ça. De leur syndicat majoritaire. Pourquoi c'est une demande de certains agriculteurs, et en particulier du haut du panier, de ceux qui y ont intérêt ? Et c'est ça qui ne va pas du tout. Les céréaliers, ça va bien la vie. Le problème, c'est la majorité des autres agriculteurs, parce qu'il y a de la vente à perdre. Vous connaissez d'autres métiers où vous travaillez dur, vous n'avez pas de week-end, vous n'avez pas de vacances. Et au final, vous vendez des produits à un prix qui est en dessous du prix de revient. Et donc, qu'est-ce qu'on fait ? Il y a eu plusieurs lois à égaler. C'est insensé. Insensé.

Qu'est-ce qu'on fait ? On fait des prix planchers. On fait en sorte que la réglementation empêche la vente à perdre. Ça, c'est la première chose.

4:13
Invité

Donc, les consommateurs vont devoir payer à l'arrivée.

4:15
Clémentine Autain

On fait en sorte que les intermédiaires ne se gavent pas, parce que l'intérêt des agriculteurs et l'intérêt des consommateurs, en réalité, c'est le même. Les producteurs et les consommateurs. Comme les usagers, aujourd'hui, du train, qui sont en colère parce qu'il y a la grève, et les contrôleurs qui, eux, sont en colère parce qu'ils ne peuvent pas faire leur travail dignement, parce qu'ils demandent à être deux contrôleurs par train, et c'est bien normal, et qu'ils demandent à ne pas être payés en prime, parce que les primes, ça ne rentre pas dans le calcul, notamment, de la retraite.

Donc, l'intérêt que les agriculteurs puissent vivre de leur travail en faisant des productions de qualité, et l'intérêt des consommateurs, ils sont liés. Et de la même manière, l'intérêt de ceux qui font grève à la SNCF et des clients que nous sommes, et qui voyons se détériorer le train, enfin, je veux dire, vous avez pris le train comme moi. Donc, cette revendication... Moi, quand j'étais jeune, je vais vous dire, quand j'étais jeune, la France, pour moi, quand on me demandait, c'est quoi la France, quand j'étais ado...

5:08
Présentateur

Le pays où les pains arrivent à l'heure.

5:09
Clémentine Autain

Exactement, c'était le pays... Alors, j'ai été élevée avec une obsession de la ponctualité, et j'étais dans le train, et je regardais les secondes, et j'observais que le train partlait à la minute. Je prends beaucoup le train maintenant, quasiment jamais le train part à l'heure. Qu'est-ce que c'est que ce pays ? Non, mais cette revendication de faire rentrer les primes dans les salaires,

5:27
Invité

ça justifie qu'on bloque des dizaines de milliers de vacanciers pendant un week-end.

5:32
Clémentine Autain

Mais écoutez, si vous trouvez un autre moyen de se faire entendre... Mais là, vous êtes en train d'opposer les uns aux autres. Pas du tout, mais ils n'ont pas fait grève pour le service public,

5:40
Invité

ils ont fait grève pour leur salaire.

5:41
Clémentine Autain

Il faut bien qu'il y ait des gens qui défendent le service public, et ça, c'est le travail des salariés, des entreprises publiques, ou quand vous avez aussi des grèves dans l'éducation nationale, eh bien oui, c'est embêtant pour les parents qui ne peuvent pas aller travailler. Et pour autant, c'est un moyen, un moteur. Le problème aujourd'hui, c'est que le gouvernement ne l'entend pas, et s'enfer dans une logique politique, qui est une logique de soumission, de soumission totale aux lois du marché, et de dépeçage de ces services publics. Et cette politique-là, c'est cette politique-là qui nous emmène dans le mur.

Donc je vous disais, les prix planchers pour les agriculteurs, et j'insiste aussi sur sortir des traités de libre-échange, parce qu'il y a un grand déménagement du monde. Jamais nous ne serons compétitifs avec des pays où les normes sanitaires, où les normes sociales, où les normes environnementales sont aussi basses. Donc ça ne peut pas fonctionner. Et par ailleurs, la relocalisation de l'économie, c'est une condition sine qua non pour relever le défi climatique.

Donc vous voyez bien qu'il y a aujourd'hui une politique qui est menée, qui les fait la part belle au marché, qui tourne le dos au défi climatique, et le fait qu'il y ait 2,2 milliards d'euros sur les 10 milliards, qui sont supprimés dans les budgets publics par le gouvernement, sur les programmes environnementaux qui nous permettraient d'atteindre, certainement pas, mais en tout cas de commencer à atteindre nos objectifs en termes d'émissions de gaz à effet de serre. Vous voyez bien que tout ça est une plaisanterie. Et vous ouvrez le site de l'Elysée. Et qu'est-ce qu'on vous explique sur le site de l'Elysée ? Que la grande priorité nationale du président de la République, c'est l'écologie.

Mais franchement, on s'étrangle. C'est la limite du « en même temps ». Donc dans la colère et l'inquiétude des Français, je pense qu'il y a aussi cette parole politique présidentielle qui est littéralement discrédité par le « en même temps » où vous avez Gabriel Attal qui peut dire quand il est ministre de l'Éducation nationale, il peut annoncer la création de 2137 postes d'enseignants en 2024. Il le dit très tranquillement le 21 décembre 2023. Et le 21 février 2024, le même Gabriel Attal, certes Premier ministre depuis, signe le décret, ce fameux décret qui supprime les postes dans l'Éducation nationale et enlève 700 millions, si ma mémoire est bonne, pour l'Éducation nationale.

Donc tout ça ne peut plus marcher. Et c'est pourquoi je dis que c'est une cocotte minute que les Français sont inquiets, qu'ils ont raison de l'être et que maintenant le défi, c'est comment on trace le chemin, le chemin qui permet d'ouvrir l'espoir pour les Français, de se dire que non, nos enfants ne vivront pas plus mal que nous, qu'il est possible de vivre dignement de son travail, qu'il est possible d'avoir des remplaçants quand à l'école on a un enseignant qui est malade, qu'il est possible d'avoir des trains qui fonctionnent. Et je pense en particulier au train du Cotinia, puisque maintenant, même à Paris, le métro est saturé. Enfin, je veux dire, où va la France à ce rythme-là ?

Ça n'a aucun sens puisque les choses se délitent, se détruisent et qu'on a le sentiment que plus rien ne marche.

8:32
Présentateur

Vous avez parlé d'obsession de la dette, Clémentine Autain. Est-ce que c'est vraiment une obsession ? Est-ce que ce n'est pas finalement quelque chose qui s'impose ? Est-ce qu'il faudrait sortir des traités européens, par exemple ?

8:45
Clémentine Autain

La question de la dette est évidemment un sujet. Personne ne peut vous dire. Mais une question simple, elle n'a pas simple. Voilà, on n'en a rien à... Moi, si nous étions au gouvernement, nous serions évidemment soucieux de savoir comment on fait avec cette dette. Mais je vois bien à quel point c'est utilisé de la même manière que le... Vous savez, on n'augmente pas les impôts. On entend toujours ça. Le gouvernement qui nous dit... Mais c'est une entrée... Je vais vous répondre sur la dette. Mais les deux choses sont liées. Parce que les 10 milliards, ils sont au nom d'eux. On n'augmente pas les impôts. Et ils sont au nom de la dette, la dette, la dette. Sur les impôts...

9:18
Présentateur

Et au nom d'eux, il faut répondre aux règles budgétaires européennes. Maintenir le déficit public en dessous de la barre des 3%, la dette en dessous des 60% du PIB. Est-ce qu'il faut sortir des traités européens, Clémentine Autain ? C'est une question qui se pose.

9:30
Clémentine Autain

La question est, est-ce que c'est possible d'émettre davantage de titres de dette ? Oui. Bien sûr que c'est supportable. Vous savez qu'aux États-Unis, la dette est beaucoup plus importante. Et pourtant, ils ont fait l'Inflation Reduction Act. Vous connaissez ça aux États-Unis. C'est-à-dire qu'ils ont investi 400 milliards dans la transition écologique. Ils ont investi pour que le coût de la santé soit moins important. Et ils sont endettés infiniment plus que nous. Est-ce que l'économie s'est effondrée ? Non. Pourquoi ? Parce que le titre de la dette est un titre sûr. Et la France, comme l'Allemagne, comme les Pays-Bas, a un titre sûr.

Pour le dire autrement, je vais être extrêmement explicite. Pour le dire autrement, si vous voulez, nous, quand on émet des titres de dette, il y a deux fois plus d'investisseurs qui sont prêts à les attraper que ce que nous en émettons. Vous entendez ça ? Donc, on pourrait faire beaucoup plus de titres de dette, et même des titres verts qui seraient gagés par la BCE, par la Banque Centrale Européenne. Donc, le discours sur la dette, à la fois, il faut le prendre au sérieux, mais il ne peut pas être le prétexte à ne pas mener les investissements nécessaires pour faire face au choc climatique qui est devant nous.

Et d'ailleurs, même le FMI ou l'ADEME nous disent, attention, si on n'est pas capable d'investir pour changer de modèle de développement, en fait, on va creuser de la dette, c'est-à-dire on va être obligé de s'endetter encore plus. Donc, vous voyez, il y a une stratégie à avoir. Et en fait, la stratégie aujourd'hui qui consisterait à s'endetter pour investir dans la transition écologique, pour investir dans les services publics, pour investir dans les biens communs, ça, c'est de la bonne dette. Et ça, nous avons les moyens de le faire, parce qu'encore une fois, on n'est pas obligé d'être enfermé dans la discipline de marché. Et sur les impôts, je reviens parce que les deux se tiennent.

Les impôts, la question, c'est qui paye des impôts ? Quels impôts on augmente ? Quels impôts on diminue ? Il faut diminuer les impôts sur les TPE et les PME. Ça, c'est l'évidence. Mais il faut augmenter les impôts pour les plus riches. Et le gouvernement, pour les grands groupes, il ne pense que réduction de la dépense publique. Au risque de les faire fuir éventuellement. Mais écoutez-moi, quand est-ce qu'il va penser recettes ? 10 milliards, mais c'est rien à trouver. Vous remettez l'ISF, vous avez déjà 3 milliards. La flat tax, on continue. La CVAE, contribution sur la valeur ajoutée. Que le gouvernement a décidé de continuer de suspendre. 10 milliards, précisément ces 10 milliards.

Si simplement, il arrêtait de suspendre la contribution sur la valeur ajoutée, on n'aurait pas à faire toutes ces coupes. Ces coupes pour le budget de l'environnement, ces coupes pour l'éducation nationale, ces coupes dans l'aide au développement, ces coupes pour les femmes, comme le disait tout à l'heure Cécile Mayfer. Bon, ça c'est insupportable. C'est une grossière erreur, grossière erreur de gestion financière. Et j'avoue que, excusez-moi, j'ai de la colère ce matin, parce que j'ai l'impression qu'on ne tire aucune leçon, aucune leçon de 40 années de politique qui continue à être soumise à la loi du marché, qui continue d'être...

12:24
Présentateur

Au néolibéralisme. Oui. Ou on peut vous rétorquer qu'on a le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé ou l'un des plus élevés de l'OCDE, à 40% du PIB.

12:32
Clémentine Autain

Oui, mais justement, prélèvement, pourquoi faire ? Prélèvement, pourquoi faire ? Parce que l'impôt, quand l'impôt, là, vous dites qu'on a des prélèvements, mais ces prélèvements, ils sont faits pourquoi ? Auprès de qui ? La taxe sur les super profits, elle a été votée à l'Assemblée nationale, personne n'en veut. Vous trouvez ça acceptable ? Sérieusement, à Libadou, vous trouvez normal que les entreprises du CAC 40 en 2023, ils aient fait 97 milliards d'euros de bénéfices, alors qu'on a une crise majeure, une inflation dingue, et qu'ils aient augmenté, ce qu'ils engrangent, de 21% par rapport à 2022. Est-ce que vous trouvez ça, à Libadou, normal ?

Est-ce que vous trouvez normal que 4 milliards des plus riches ont vu leur fortune augmenter à de 87% depuis 2020 ? Est-ce que vous trouvez ça normal ? Moi, je vous dis que la question, c'est le partage des richesses.

13:26
Présentateur

Bonjour Chantal.

13:27
Clémentine Autain

Bonjour.

13:28
Présentateur

Bienvenue sur Inter, vous nous appelez de Marseille.

13:30
Auditeur

Je vous appelle de Marseille, je voulais dire à Clémentine Autain que je l'appréciais énormément en tant que féministe et militante. Et je suis très triste qu'on aille en ordre dispersé aux Européennes. Maintenant, j'espère qu'après les Européennes, vous, M. Ruffin, M. Corbière, etc., vous allez nous faire quelque chose d'unitaire et vous bougez un peu les lignes, y compris à la France insoumise.

13:58
Présentateur

Merci en tout cas, Chantal, pour votre intervention. Que répondez-vous à Chantal ? Il sont nombreux, les auditeurs, à réclamer l'émergence d'un mouvement qui serait différent ailleurs que la France insoumise.

14:13
Clémentine Autain

D'abord, merci à Chantal pour sa question et lui dire que je suis comme elle. Je regrette qu'on n'ait pas trouvé le chemin d'une campagne commune des gauches et des écologistes pour les Européennes. Maintenant, il faut prendre acte de la situation et se dire, bien sûr, qu'après les Européennes, il faudra reprendre le bâton de pèlerin, et vous pourrez compter sur moi, pour tracer la route et se donner les moyens de gagner en 2027. Et je veux dire à celles et ceux qui nous écoutent que j'ai absolument la conviction...

14:44
Présentateur

Vous avez déjà la tête à 2027 ?

14:46
Clémentine Autain

Non, j'ai d'abord la tête à faire la campagne de Manon...

14:47
Présentateur

Alors qu'il y a les Européennes le 9 juin.

14:49
Clémentine Autain

On me pose la question pour les Européennes, faire la campagne de Manon Aubry, et je le ferai vraiment avec conviction, parce que je pense que le travail de notre délégation a été très fort, très pertinent, très active. Délégation emmenée par Manon Aubry, donc je le fais et je le ferai jusqu'au bout avec enthousiasme. Mais la question qui m'est posée est sur l'après, et je sais que beaucoup de Français s'inquiètent sur la perspective, surtout à l'heure où on nous explique du matin au soir quasiment que Le Pen a déjà gagné, donc c'est insupportable.

Et donc oui, je pense aussi aux échéances suivantes, et je pense que nous devons nous dire que pendant ces Européennes, il ne faut pas créer de fracture à l'intérieur des gauches et des écologistes. Une chose est que chacun défende son profil, mais il faut qu'on soit capable de dire que nous nous donnerons les moyens de gagner, et nous pouvons gagner. Je le dis ici, solennellement, je crois que la gauche non seulement doit, mais peut gagner en 2026.

15:48
Invité

Mais Clémentine Autain, la gauche elle est fracturée, et votre parti lui-même il est fracturé. Vous avez dénoncé par exemple dans C'est à vous cette semaine les comportements d'exclusion de Jean-Luc Mélenchon, qui est le leader de la France Insoumise, et il y a un militant à LFI qui a porté plainte pour harcèlement moral et violence psychologique au sein du parti. C'est le lot, d'après lui, de toutes les têtes qui dépassent chez LFI. Vous décririez-vous les choses de cette façon dans votre parti ?

16:11
Clémentine Autain

Je n'ai pas du tout, je ne suis pas venue ce matin pour polémiquer. Voilà, c'est un secret de polichinelle que de dire que l'ambiance n'est pas radieuse dans notre groupe et dans notre famille politique. Alors comment faire ? Elle est pourrie Clémentine Autain ? Je pense d'ailleurs que si on veut aider la campagne de Manon Aubry, ce qui serait bien c'est d'être capable de rassembler la France Insoumise. Derrière qui ? François Ruffin ? Non, là en l'occurrence il s'agit de la campagne de Manon Aubry. Mais ce que je veux dire c'est que... Pour 2027.

Voilà, ce que je veux dire c'est qu'il y a des débats, comme dans toutes les familles politiques, et nous manquons d'instances pour les réguler, pour les trancher démocratiquement.

16:50
Invité

Il y a des débats, mais quand on parle de projet de sabotage, ce n'est pas du débat.

16:53
Clémentine Autain

Et c'est ce qui peut créer, c'est ce qui contribue à créer des abcès, et que les choses se passent aussi toujours sur le terrain public, puisqu'il manque la machine à laver interne. Mais je ne veux pas polémiquer ce matin, et je veux dire à quel point nous avons besoin, non seulement que la France Insoumise trouve les moyens de dépasser ces clivages, et de faire en sorte que les militants n'en soient pas à déposer des plaintes, ou à quitter, soit avec fracas, soit à bas bruit notre mouvement, mais qu'au contraire ils puissent s'y sentir bien, même quand ils ne sont pas d'accord en tout point avec ce que décide la direction. Mais harcèlement moral, ça existe ?

Écoutez, je découvre, comme vous, cette plainte, donc il faut regarder. Mais je pense que c'est important dans un mouvement politique, surtout quand il est émancipateur, de faire en sorte qu'il y ait un climat, qui soit un climat qui permette à tout le monde d'être quand même serein dans le mouvement, ça c'est important. Et ensuite, de travailler avec les partenaires.

17:48
Présentateur

Il est encore émancipateur, bon, on a du mal à vous croire, mais la campagne des européennes démarre à peine, il y a la question de l'unité de la France Insoumise, il y a aussi la question de l'unité de la gauche qui a explosé, et on a vu un tir groupé contre Raphaël Glucksmann qui porte la liste PS Place Publique, traité de vatanguerre par Éric Coquerel sur la question ukrainienne, traité d'irresponsable par Manuel Bompard. Votre campagne, on a l'impression que c'est une campagne contre le PS qui était vos alliés il y a pas si longtemps.

18:16
Clémentine Autain

Oui, alors j'ai écouté aussi Raphaël Glucksmann, on ne peut pas dire qu'il était très tendre avec les Insoumis. Donc vous pourriez aussi citer ce qu'a dit Raphaël Glucksmann au sujet de la France Insoumise, et par ailleurs, oui, moi j'ai des désaccords avec l'interview qu'il a donnée que vous citez. C'est de bonne guerre ? Non, ce n'est pas de bonne guerre, non, je ne trouve pas que c'est de bonne guerre, mais je pense que tout le monde aurait intérêt, encore une fois, à ne pas créer des fractures, et à faire en sorte que pendant cette campagne européenne, si chacun doit faire entendre sa petite musique, qu'on n'oublie pas le concert commun.

18:55
Présentateur

En réponse à ces propos forts tenus par vos camarades Bompard et Coquerel, on va retourner au standard.

19:02
Clémentine Autain

Il y a eu des propos forts de Raphaël Glucksmann sur la démocratie et la France Insoumise, avec des propos injustes.

19:09
Présentateur

Bonjour Dominique. Oui, bonjour.

19:11
Clémentine Autain

Et sur les marchés, bon, bref.

19:13
Présentateur

Et bienvenue dans le grand entretien d'Inter, vous avez une question pour Clémentine Hilton ?

19:16
Auditeur

Oui, elle est la suivante, Mme Autain est en colère, d'accord, mais pensez-vous qu'il y a immensément plus important que nos problèmes domestiques, dont vous nous parlez ce matin, qui sont pertinents, certes, mais je veux parler de plus important, il y a, selon vous, qu'est-ce qu'il y a ? Bon, je vous réponds tout de suite, c'est l'agonie militaire de l'Ukraine, qui pointe en face de la Russie, et à laquelle nous devrions nous disposer, nous tous en Europe, en économie de guerre, pour les aider bien davantage. Et là, l'économie de guerre, ça ne va plus être de savoir si on va devoir partir au sport d'hiver, si on va pouvoir rouler sur les routes, ou quoi que ce soit.

Voilà, moi je vous pose cette question, l'heure est grave, et ce que je reproche à France Inter, c'est que...

20:06
Présentateur

Alors, Dominique, laissez d'abord Clémentine Hilton vous répondre, et ensuite, vous nous ferez part de vos reproches, Clémentine Hilton ?

20:12
Clémentine Autain

Oui, je partage la préoccupation immense pour la situation en Ukraine, c'est tout à fait juste de la pointer, en revanche, je dis faisons attention à ne pas dire...

Parce qu'à ce compte-là, il y a plus grave, on connaît bien ça avec les féministes, vous savez, quand on se plaint des violences conjugales en France, on nous dit, mais regardez les femmes en Iran, bon, donc ça, c'est pas possible, mais on ne peut pas dire que les Français qui s'appauvrissent, ceux qui n'arrivent pas à se loger, des services publics qui sont complètement cassés, que tout ça, on n'en parle pas, parce qu'il y a la situation en Ukraine, ou la situation au Proche-Orient, et que Gaza, qui est dans un État, qui me glace. Donc, oui, les guerres qui nous préoccupent aujourd'hui sont essentielles à notre regard, et impliquent notre investissement.

Et c'est vrai que l'Ukraine, pour répondre d'un mot sur l'Ukraine, Poutine a profité du fait que ce qui s'est passé en Israël, l'attaque du Hamas, puis la guerre d'Israël contre les Palestiniens, ce massacre effrayant, a éclipsé un peu et a laissé du champ à Poutine. Or, Poutine, c'est un régime effroyable. Il ne faut avoir aucune naïveté sur le régime poutinien. Et il faut soutenir les Ukrainiens, qui aujourd'hui sont en train d'être exsangues. Donc, je partage cette préoccupation.

21:34
Présentateur

Deux questions rapides de Clémentine Autain. Judith Godrech prendra la parole ce soir pendant la cérémonie des Césars. C'est un combat que vous avez mené parmi les premières. Qu'est-ce que vous attendez de cette prise de parole ? Encore une, encore une dans le monde du cinéma, et encore au cours d'une cérémonie très solennelle. Elle était bouleversante quand elle témoignait au micro de Sonia de Villers, ici même dans ce studio.

21:59
Clémentine Autain

D'abord, je voudrais lui envoyer toute ma sympathie, mon empathie, mes encouragements, mon soutien. Je n'ai pas de mots, mon courage aussi, parce que ce n'est pas évident ce soir, d'être face à tout ce monde du cinéma qui peut se sentir coupable d'avoir couvert, d'avoir manqué, de n'avoir pas ouvert les yeux, mais aussi aujourd'hui de manquer de paroles. Heureusement qu'il y a Judith Godrech et d'autres femmes, Anna Mouglalis et d'autres qui ont parlé, mais je trouve qu'on entend fort peu de grands acteurs, même de stars du cinéma, qui là diraient « oui, je suis avec vous, il faut que ça cesse ».

Il y a un problème structurel, et ce problème structurel, il est dans le cinéma révélé aujourd'hui, avec des conditions de précarité, des rapports de classe aussi, des rapports de genre, des rapports des adultes vis-à-vis des enfants. Mais c'est un problème qu'on connaît malheureusement dans toute la société, dans le monde politique aussi, parce qu'au fond, la question qui est posée est celle du pouvoir.

23:00
Invité

Et justement, sur la question politique, sur celle de la violence faite aux femmes, Adrien Quatennens, le député de la France Insoumise, a fait son retour médiatique cette semaine dans les médias. Qu'est-ce que ça vous inspire qu'il revienne alors qu'il a été absent pendant un an, suite à sa condamnation à quatre mois de prison pour violences conjugales ?

23:19
Clémentine Autain

Je pense que le problème a été les conditions très chaotiques de sa mise en retrait, le début, alors que notre mouvement a pris des décisions de sanctions. Bon, il y a eu une communication qui n'a pour le moins pas permis d'être comprise à échelle de masse. Et donc, ça ne permet pas un retour totalement serein. Voilà. Donc, je pense que...

23:46
Invité

Mais il peut revenir, après ces quatre mois de prison avec sursis, il peut revenir dans l'espace public, ce n'est pas un problème.

23:51
Clémentine Autain

Écoutez, c'est la décision qui a été prise, là pour le coup, avec un débat, un vote à l'intérieur de mon mouvement. Et après, les Français jugeons.

24:04
Présentateur

Merci Clémentine Autain d'avoir été l'invité de France Inter ce matin et d'avoir répondu aux questions des auditeurs. Merci. Bonne journée. Merci à vous. À suivre sur Inter, la revue de presse.