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interviewLCI· 23 janvier 2026 21 min

Sommet de Davos, Groenland, guerre en Ukraine... L'interview de Benjamin Haddad|LCI

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Les Américains ont-ils utilisé Davos pour faire la leçon aux Européens ? En tous les cas, Donald Trump était ravi de son voyage. Regardez ces mots. Quel voyage formidable à Davos. Tant de choses accomplies, notamment l'accord cadre avec l'OTAN sur le Groenland. Et puis, le Conseil de la paix. Wow, make America great again. Bonsoir Benjamin Haddad. Vous êtes ministre déléguée chargée de l'Europe. A mes côtés, Natacha Polony pour m'accompagner. Bonsoir à vous. Mais d'abord, les faits. Pierre-Olivier, bonsoir à vous. Pour qui ça a été le plus productif au final ?

0:36
Invité

Eh bien, Margot, on l'a vu avec le post que vous venez de lire. Donald Trump se réjouit le moins que l'on puisse dire. C'est qu'il est venu à Davos pour en découdre 48 heures de déplacement et des déclarations qui ont bousculé le monde. Le président américain a décoché des flèches dans toutes les directions. Vers Emmanuel Macron, d'abord, on en a beaucoup parlé. Vers l'OTAN aussi, mais surtout vers le vieux continent. Écoutez, c'était mercredi lors de son premier discours en Suisse. Il y a certains pays que je ne reconnais pas. Et je dis ça d'un point de vue négatif. Je veux retrouver l'Europe. Je veux que l'Europe s'en sorte. Mais l'Europe ne va pas dans la bonne direction.

Et pendant ce même discours, Trump continue de faire la leçon aux Européens. Il estime par exemple qu'aucune nation n'est en position de pouvoir assurer la sécurité du Groenland en dehors des États-Unis. C'était quelques heures avant d'annoncer avoir trouvé un accord avec l'OTAN.

1:31
Présentateur

Et Donald Trump en a aussi profité pour créer son propre Conseil de la paix.

1:36
Invité

Oui, Margot, regardez le président américain signé ici, sous les applaudissements, la charte de son tout nouveau Conseil de la paix. Donald Trump jubile aux côtés de ses 19 chefs d'État qui ont tout juste rejoint son projet. Une fois que le Conseil sera complètement formé, nous pourrons faire à peu près ce que nous voulons. Fin de citation. Voilà les intentions américaines. Dernière réflexion en date, en direction des Européens. Elle est signée du vice-président américain J.D. Vance. Je cite « Nous aimons tellement l'Europe que nous exigeons qu'elle fasse ce que ses propres dirigeants refusent de faire, prendre soin d'elle-même et être plus intelligente, les Européens apprécieront ».

2:13
Présentateur

Merci Pierre-Olivier. Et puis ces dernières déclarations de J.D. Vance qui dit « Ils ont presque l'impression de devoir bomber le torse ». Benjamin Haddad, est-ce qu'on peut encore dire que les Américains sont nos alliés quand on voit ces mots-là ?

2:27
Benjamin Haddad

Le type de déclaration, je crois qu'elles n'ont pas beaucoup d'importance. Et on n'a pas de leçons à recevoir des Américains, ni de qui que ce soit d'ailleurs. Je crois que Davos, et puis ces derniers jours, ça a été surtout l'occasion pour les Européens d'afficher une vraie fermeté et une unité. Et pour le président de la République, de rappeler de façon très claire, nous ce qu'on a toujours défendu avec constance depuis 2017, c'est qu'on rentre dans un monde effectivement plus violent, plus brutal, et qu'on doit compter avant tout sur nous-mêmes. Sur nous-mêmes, ça veut dire réarmer, augmenter nos budgets de défense.

C'est ce qu'on fait en France, en ayant doublé le budget de défense de la France, mais on doit aussi le faire avec la coopération industrielle au niveau européen. Ce qu'on doit faire en investissant dans la productivité, dans la compétitivité, dans la prospérité de notre continent européen, en approfissant le marché intérieur, en simplifiant nos règles, en soutenant nos innovateurs dans des domaines dans lesquels on a trop de dépendance aujourd'hui. L'intelligence artificielle, le spatial, le quantique, le numérique, etc. Et c'est l'heure des Européens. Et le président de la République, il a porté la voix de la France et puis la voix aussi des Européens.

Je crois qu'il nous a tous rendus très fiers et qu'on a envoyé aussi un message de grande clarté sur les sujets comme celui du Groenland à Davos et puis hier aussi à Bruxelles.

3:30
Présentateur

Alors on verra si vos belles paroles ne sont que des belles paroles, monsieur le ministre, parce qu'on peut se poser la question, sommes-nous capables vraiment d'arriver à ce stade, d'être à ce niveau-là, au niveau européen ? Pouvons-nous faire sans les Américains ? Mais tout de même, le ton monte d'un cran ce soir, puisque Donald Trump a attaqué directement l'OTAN en disant ceci.

3:52
Invité

Je pense que nous nous entendons très bien avec l'OTAN, mais j'ai toujours dit, seront-ils là si nous avons besoin d'eux ? C'est vraiment le test ultime et je n'en suis pas sûr. Je sais que nous aurions été là ou que nous serions là, mais le seront-ils ? Espérons que cela n'arrivera jamais. Nous n'avons jamais eu besoin d'eux. Nous ne leur avons jamais vraiment rien demandé. Vous savez, ils diront qu'ils ont envoyé des troupes en Afghanistan, ici ou là. Et c'est vrai, ils sont restés un peu en retrait, un peu à l'écart des lignes de front, mais nous avons été très bons envers l'Europe et de nombreux autres pays.

4:25
Présentateur

Vous dites quoi aux familles des Français morts en Afghanistan ?

4:28
Benjamin Haddad

Oui, c'est exactement la bonne question. Les familles des Français morts en Afghanistan, les familles de tous les Européens qui se sont engagés avec les États-Unis, on ne se parle pas comme ça entre alliés. Quand on a une alliance, elle se fait parce qu'on partage des valeurs, parce qu'on partage des intérêts de sécurité, elle doit se faire aussi dans le respect et dans l'ambiance équitable. Et vous savez, je parle régulièrement par exemple avec mes homologues du Danemark et Danois, ils ont perdu beaucoup de soldats en Afghanistan, en Irak aussi, dans un conflit dans lequel nous ne sommes pas impliqués, et ils voient aujourd'hui les intimidations, les menaces de la part des États-Unis.

Et une fois de plus, moi je vous dis, au fond, je pense que plutôt que de passer notre temps à commenter les déclarations des uns et des autres, il faut se concentrer sur ce qu'on doit faire nous-mêmes, parce que vous avez posé la question tout à l'heure, est-ce qu'on sera capable d'assumer notre indépendance ?

5:15
Présentateur

Les déclarations changent le ton diplomatique également, Benjamin Haddad, vous le savez très bien, c'est-à-dire qu'à partir du moment où on fait une déclaration, qu'elle soit sur X, qu'elle soit sur 12, qu'elle soit devant une télévision, ça peut changer la donne sur le plan diplomatique ?

5:27
Benjamin Haddad

Mais au fond, moi je pense qu'on est dans une accélération d'une tendance qu'on voit depuis longtemps. On le voyait déjà, je veux dire, Barack Obama qui nous annonçait le pivot vers l'Asie, qui n'agit pas en Syrie après l'utilisation des armes chimiques avec les conséquences de sécurité que ça a avant tout sur les Européens, qui attaquent les Européens aussi en parlant de passagers clandestins, de la puissance américaine. On a vu déjà le premier mandat de Trump, l'administration Biden qui a accéléré aussi dans le protectionnisme, l'Inflation Reduction Act, AUKUS, la fameuse affaire des sous-marins.

5:55
Présentateur

Vous dites qu'on n'a pas écouté en fait depuis des années.

5:57
Benjamin Haddad

Non, on n'a pas écouté depuis des années. Déjà ce que nous disaient les Américains, qui nous disaient on est en train de partir, attention c'est à vous de vous prendre en charge. Et puis nous, nous portons cette approche depuis longtemps au fond, de l'autonomie stratégique et la souveraineté de l'Europe, en disant attention, nous sommes dans un monde qui est plus dangereux, donc donnez-nous les moyens d'assumer notre puissance et de défendre nos intérêts. Ça c'est la voie que porte la France aujourd'hui.

Je me rappelle en 2017, ça paraissait bien solitaire quand on parlait de préférence européenne, par exemple dans l'industrie de la défense, l'argent du contribuable européen, qui doit soutenir l'industrie de défense européenne. Ça paraissait bien solitaire de dire, attention, soyons capables aussi de défendre notre propre sécurité. Aujourd'hui, on voit tous les Européens qui parlent ce langage. Maintenant, il faut que ça se décline, et c'est ce que nous allons pousser beaucoup, notamment en 2026, parce que je pense que c'est une année absolument critique précisément pour l'Europe.

6:44
Présentateur

Alors Natacha Polony, est-ce que vraiment tous les Européens parlent le même langage, selon vous ?

6:49
Invité

Alors, il y a plusieurs problèmes. Non, en effet, tous les Européens ne parlent pas le même langage, parce qu'ils n'ont pas tous les mêmes intérêts, et tant qu'on fera semblant de croire qu'il y a les Européens, en fait, on aura du mal à comprendre les actions des uns et des autres, et en particulier, on a vu que l'Allemagne immédiatement a changé sa position. Mais surtout, je pense qu'il y a deux problèmes. Nous pouvons résister aux États-Unis, nous pouvons, pas forcément tout de suite, mais nous pouvons nous en donner les moyens à deux conditions.

La première, c'est d'avoir la bonne lecture de la situation, c'est-à-dire non pas être dans une nostalgie d'un supposé ordre ancien qui aurait été l'ordre du droit international, et que maintenant, il y aurait des prédateurs, ce qui, hélas, était un petit peu le discours d'Emmanuel Macron, et j'ai préféré, par exemple, le discours du Premier ministre canadien, Marc Carney, pourquoi ?

Parce que, d'abord, il n'a pas parlé qu'en anglais, lui, il a parlé aussi en français, et c'est un signe, mais surtout, il a analysé l'ordre à venir, c'est-à-dire le fait que l'ordre ancien, c'était un ordre occidental où le droit international était instrumentalisé, et que maintenant, il va falloir penser un ordre des puissances moyennes contre les puissances impériales qui se sont réveillées. La deuxième condition pour que nous arrivions à résister aux Américains, c'est que nous décolonisions l'Europe. Et pour décoloniser l'Europe, il faut arrêter d'être totalement dépendant.

Je rappelle que quand on a appris que François Hollande avait été écouté par la NSA, eh bien, juste après, il a imposé au ministère de la Défense d'utiliser Microsoft dans tous ses ordinateurs. Et puis derrière, nous avons acheté des drones Reaper qui nécessitent l'accord des Américains pour pouvoir décoller. L'extraterritorialité du droit américain qui a torpillé Alstom, qui a torpillé Lucent, enfin Alcatel-Lucent, voilà, qui a pris Alcatel, et voilà, il y a Technip également. Donc, tout ça, il a fallu un temps infini pour s'en rendre compte.

Moi, je suis ravie qu'il y ait des conversions maintenant, mais, par exemple, Benjamin Haddad, vous avez été directeur du centre Europe de l'Atlantic Council, et la plupart des élites européennes participent à l'Atlantic Council, c'est le principal lobby qui œuvre à la dépendance des Européens vis-à-vis des États-Unis. Et depuis 2017, nous avons amplifié la dépendance vis-à-vis de Microsoft, vis-à-vis de Google. Donc, on va y arriver, mais il faut démarrer maintenant.

9:11
Benjamin Haddad

Moi, je suis tout à fait prêt à débattre avec vous et à discuter avec vous de tous ces sujets, parce que je partage d'ailleurs beaucoup des constats que vous avez posés. Je vous demandais, en revanche, de ne pas verser dans le complotisme. Parce que, moi, j'ai passé 7 ans aux États-Unis, j'étais d'ailleurs régulièrement sur cette antenne pour pouvoir en parler, et j'ai justement, aux États-Unis, porté la voix de l'autonomie stratégique. Moi, ce que j'ai vu... Non, mais... Non, mais c'est un sing-tank, le... Je suis désolé, mais... C'est ce que je dis ? Oui, c'est un sing-tank, c'est un... Non, non, mais... Pardon, mais moi, je suis... Non, non, attendez, attendez, excusez-moi.

9:39
Invité

On ne va pas débattre de ça, mais...

9:41
Benjamin Haddad

Il y a un lien transatlantique qui est soutenu par... Non, mais je voudrais juste répondre. Moi, j'ai passé 7 ans aux États-Unis à travailler dans les sing-tanks, et à constater, comme je le disais, que l'Europe était devenue donnée négligeable et secondaire aux États-Unis. Et si nous voulions peser dans le monde et nous affirmer, nous devions nous donner les moyens d'assumer notre propre sécurité et nos intérêts. Et je l'ai écrit en français et en anglais.

Je l'ai écrit dans un ouvrage en 2019, lors du premier mandat de Donald Trump, à l'époque où j'étais aux États-Unis, à l'Atlantic Council, pour dire, que ça s'appelle le paradis perdu, pour dire précisément, Donald Trump, attention, n'est pas une parenthèse. On ne va pas revenir à la relation transatlantique telle qu'on pouvait l'imaginer ou la fantasmer. Il est un accélérateur de l'histoire et les Européens doivent investir dans leur autonomie. Et ce discours-là, il faut le tenir en France, il faut le tenir en Europe.

Je pense même, d'ailleurs, que les Européens doivent le tenir aux États-Unis pour dire aux Américains, oui, on va s'affirmer, oui, on va avoir notre propre autonomie sur l'industrie de la défense, et vous devez cesser de nous en empêcher. Parce qu'en plus, fondamentalement, si vous voulez des Européens qui peuvent prendre plus de part aussi pour assurer leur propre sécurité, puisque c'est ce que nous disent d'ailleurs les dirigeants américains, il faut arrêter de les en empêcher. Ce qu'ont souvent fait des administrations démocrates comme républicaines.

Si on se rappelle, par exemple, de l'administration Clinton dans les années 90, au moment où la France poussait aussi un agenda d'Europe de la défense, eh bien, on voyait des agents comme Malin Albright qui disaient attention à la redondance, à la duplication. Et ce discours-là, vous avez raison, il a beaucoup été entendu par nos partenaires européens qui ont souvent mis la relation transatlantique au cœur de leur pensée stratégique. C'est le cas de l'Allemagne, c'est le cas des pays baltes, c'est le cas de certains pays scandinaves, pour des raisons historiques et géographiques qu'on peut comprendre. Aujourd'hui, on voit les lignes qui sont en train de bouger.

On voit au contraire qu'on ne reviendra pas au monde d'hier. Et donc, il faut en tirer les conclusions. Alors oui, ça veut dire parce que si tout ce que vous dites sur cesser la colonisation, par exemple sur le plan numérique, si on veut pouvoir le faire, moi je crois qu'on ne peut pas le faire seul. On a un marché intérieur européen, c'est 450 millions d'individus. On a des innovateurs dans l'intelligence artificielle dans le quantique, on en a en France. Mais trop souvent, ils ont encore du mal à aller chercher les financements, à aller passer à l'échelle.

Donc donnons-leur les moyens de réussir, parce que c'est ça aussi la condition de la souveraineté, c'est de soutenir nos entreprises et nos entrepreneurs. Donc, un, faire la préférence européenne, c'est ce qu'on porte nous dans tous les textes européens, c'est-à-dire on va aller soutenir nos propres acteurs, et on va aller réserver les marchés publics européens pour ces acteurs. Deuxièmement, trouvons les financements. Et puis on a aujourd'hui, et c'est ce qu'a dit Emmanuel Macron lors de son discours à Davos, on a un marché intérieur qui est encore trop fragmenté.

C'est beaucoup plus facile quand vous êtes une entreprise à New York d'aller vous installer en Californie ou en Floride que quand vous êtes un Européen qui est en France, qui a réussi en France, qui a trouvé des financements d'aller en Allemagne, en Pologne ou en Espagne. Ça veut dire, faisons le 28e régime de droit des affaires, pour que les entreprises puissent... Non mais je veux bien, mais en fait, on ne peut pas d'un côté dire, nous on veut peser face aux Américains, on veut pouvoir défendre nos intérêts, et en même temps, tenir un discours souverainiste, dire, mais refermons-nous encore plus, ne coopérons pas avec nos alliés européens, n'approfondissons pas notre marché intérieur.

Je crois que c'est avec cette voix française, et avec cette ambition française que nous portons en Europe, qu'on pourra peser.

13:00
Présentateur

Bon, avançons sur un autre sujet, parce qu'il est aussi primordial, des négociations sur l'Ukraine ont lieu actuellement. Pourquoi nous n'y sommes pas, Benjamin Haddad ?

13:09
Benjamin Haddad

Alors, nous y sommes, ne serait-ce que parce que, vous savez, si on voit là où on était il y a un an, je voudrais quand même le dire, après l'élection du président Trump...

13:17
Présentateur

Mais à la table, nous n'y sommes pas.

13:18
Benjamin Haddad

Mais attendez, je voudrais rappeler quand même ce qu'on disait, quand on voyait le président Zelensky dans le bureau Oval, avec le président Trump et le vice-président Vance, on nous avait expliqué qu'on allait avoir une capitulation forcée des Ukrainiens, que tout ça allait se faire en 24 heures sur le dos de l'Europe, entre les États-Unis et la Russie.

Ce qu'on a vu, notamment grâce à la diplomatie de la France au sein de la coalition des volontaires, c'est qu'on a réaligné avec les Ukrainiens, avec les Américains, pour dire, déjà, on doit se mettre ensemble pour préparer le jour d'après, et faire en sorte que, si demain on a une paix, ce n'est pas une capitulation, mais qu'on se donne les moyens de continuer à soutenir l'armée ukrainienne et d'avoir ensemble des alliés qui pourront aider les Ukrainiens à garantir la paix et la sécurité.

13:58
Présentateur

Si on doit être en une coalition des volontaires et qu'elle est présidée par Kirstarmer et Emmanuel Macron, pourquoi nous ne sommes pas là en train d'en parler ? Puisque, après le cessez-le-feu, ce sont les troupes européennes majoritairement, avec d'autres pays qui seront là.

14:15
Benjamin Haddad

On travaille, vous savez, on travaille avec nos partenaires ukrainiens, avec nos partenaires américains. Vous avez vu le président de la République lui-même qui a dit que, si les conditions sont remplies avec nos alliés européens, on est aussi prêts à réengager un dialogue avec Moscou, d'ailleurs, parce qu'il n'y a aucune raison, en effet, de laisser les autres mener les négociations sociales à nos places. Maintenant, moi, ce que je veux quand même constater, vous savez, j'étais en entretien il y a deux jours avec le ministre André Sibia, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, dans son bureau, qui est dans la pénombre.

La vérité, c'est que les Russes continuent d'accélérer leurs frappes cyniques contre la population ukrainienne, contre les infrastructures ukrainiennes. Aujourd'hui, il y a une grande partie de Kiev qui est plongée dans le noir, où le chauffage est coupé. Donc là, aujourd'hui, on parle de négociations, on parle même du jour d'après. La vérité, c'est que la guerre continue l'escalade.

15:02
Présentateur

Vous y croyez, à ce round-là ? Parce que ça fait plusieurs fois qu'on parle de négociations.

15:05
Benjamin Haddad

Non, mais moi, je partage votre vigilance et votre prudence, puisque, fondamentalement, on voit que rien, aujourd'hui, dans la posture de la Russie sur le terrain, ne suggère qu'elle a envie de mettre fin à sa guerre d'agression contre les Ukrainiens. Et donc, on doit continuer ce travail de négociations et le travail aussi pour préparer le jour d'après avec la coalition des volontaires. Mais on doit aussi faire monter la pression, aussi bien sur le plan économique que sur le plan militaire, sur la Russie, pour qu'elle se mette de bonne foi autour de la table des négociations.

Les Ukrainiens, ça fait plus d'un an qu'ils disent qu'ils sont prêts à cesser le feu, qu'ils sont prêts à cesser le combat, et c'est les Russes qui continuent.

15:38
Présentateur

Ils ont aussi planté du doigt les Européens à Davos, en disant très clairement, c'est un calaïdoscope, je crois qu'il l'a dit ça, Volodymyr Zelensky, en disant, c'est tout beau, tout rose, vous nous pronomitez beaucoup de choses.

15:49
Benjamin Haddad

J'ai entendu le président Zelensky rendre quand même un hommage particulier au rôle de la France et du président de la République, à la fois dans la réaction des Européens et dans la coalition des volontaires. Il a aussi dit que l'Europe, sur les pétroliers notamment,

16:00
Présentateur

parce que j'allais vous poser la question, sur les pétroliers, il y en a un qui a été arrêté par la Marine nationale, qui est en route vers Marseille à l'heure actuelle, et sur les pétroliers, il a dit, les Américains, ils n'ont pas peur d'y aller taper quand il s'agit des côtes du Venezuela, mais alors nous, on met beaucoup de temps, parce que, voilà, on est un peu bloqué au niveau européen, il faut prendre des décisions, ça prend du temps, etc. Vous répondez quoi à ça ?

16:23
Benjamin Haddad

Déjà, vous le voyez, on le voit à travers vos images et même le titre que vous avez choisi, nous, on agit face à la flotte fantôme, on a eu encore un exemple là, ces derniers jours, on a pris 19 paquets de sanctions européens, et en particulier les derniers qui ont mis l'accent sur la lutte contre la flotte fantôme qui est utilisée par la Russie pour contourner les sanctions, on le sait, donc pour renforcer nos outils européens, pour aussi mettre des sanctions sur des acteurs du secteur énergétique comme Rofsnet, comme Lou Coil, qui continuaient de générer des ressources pour l'effort de guerre de la Russie.

Puis je voudrais rappeler quand même là aussi, parce que c'est le genre de questions qu'on se posait il y a un an, aujourd'hui, l'essentiel, la grande majorité de l'aide à l'Ukraine, que ce soit sur le plan économique ou sur le plan militaire, elle vient des Européens. Les trois quarts du renseignement militaire, par exemple de l'image satellite des Ukrainiens, elle vient de la France. Donc je pense que les Européens peuvent être très fiers du travail qu'ils font pour soutenir l'Ukraine. Après tout, c'est notre sécurité qui est en jeu. On va continuer. C'est un exemple de plus des Européens qui savent, là aussi, ne pas laisser d'autres écrire leur histoire à leur place.

17:27
Présentateur

L'autre problème, tout de même, le Groenland. On a vu Marc Routteux faire un peu une sorte de deal sur le dos des Danois, au nom de l'OTAN, alors qu'il n'a pas cette capacité-là. La tâche à Polony. Le problème, c'est quel mandat, en effet ?

17:44
Invité

Quel mandat ? Et on a vu à quel point, surtout, dans cette discussion entre Donald Trump et Marc Routteux, derrière, les Européens avançaient en ordre dispersé. C'est-à-dire que l'Allemagne a petit à petit temporisé. Les Italiens sont très en retrait. Et c'est pour ça que j'insistais tout à l'heure sur le fait que, pour que l'Europe soit forte, il faut assumer qu'il y a des divergences. Et il faut que la France pèse davantage en Europe, ce que, pour l'instant, elle ne fait pas assez, pour beaucoup de raisons qu'on n'a pas le temps d'exprimer ici. Mais voilà la question. C'est que les Européens peuvent empêcher Donald Trump.

Ils ont eu raison d'envoyer des troupes parce que c'est une affirmation de souveraineté. Mais derrière, s'il n'y a pas une souveraineté réelle, c'est-à-dire indépendance numérique, indépendance militaire, indépendance industrielle, alors, très rapidement, on verra que Donald Trump prendra la main.

18:41
Benjamin Haddad

Et cette voie de l'indépendance, précisément, c'est nous qui la portons. Et c'est ce qu'on a vu, encore une fois, affirmé ces derniers jours. Moi, j'aimerais quand même aussi...

18:46
Présentateur

Donc vous n'êtes pas d'accord avec Marc Routteux ? On est d'accord.

18:48
Benjamin Haddad

Moi, j'entends les défis qui sont devant nous pour affirmer cette indépendance, pour investir dans notre indépendance industrielle, technologique ou numérique. Mais c'est tout ce que porte Emmanuel Macron. Aujourd'hui, quand on voit précisément la réaction des Européens, qui, d'ailleurs, je pense, a eu un certain impact économique aux États-Unis, avec les marchés qui ont pu voir, par exemple, l'impact qu'un instrument comme l'instrument anticoation n'a pu avoir. Je voudrais le rappeler, puisqu'on l'a mis sur la table, beaucoup de pays européens ont dit...

19:14
Présentateur

Ça a fait reculer Donald Trump, on va dire le contraire.

19:16
Benjamin Haddad

Il faut le dire. C'est des instruments qui n'existaient pas il y a quelques années. Maintenant, aujourd'hui, c'est une question de volonté politique. C'est une question de courage, d'affirmer haut et fort nos valeurs. Les Danois, les Groenlandais sont souverains, et on ne vient pas remettre en question les frontières d'un État européen, ou d'ailleurs d'un autre État, puisque c'est le principe que défend la France sur toute la scène internationale.

19:36
Présentateur

Donc les bases n'auront pas une souveraineté américaine, pour vous. Dans un accord, ce n'est pas... C'est hors de question.

19:42
Benjamin Haddad

La seule question, c'est la souveraineté des Danois. C'est aux Danois de décider, et au peuple du Groenland, de décider de leur avenir. Et donc les Danois ont dit qu'ils étaient prêts, bien sûr, à contribuer à la sécurité de l'Arctique. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'à la demande des Danois, nous avons envoyé des soldats, effectivement, dans cette opération militaire, et que la France a proposé, d'ailleurs, de renforcer même la présence de l'OTAN. Allons-y.

Parce qu'on ne peut pas dire, d'un côté, il faut que les Européens fassent plus pour pouvoir dissuader les Russes et les Chinois dans l'Arctique, et de l'autre côté, se refuser quand il y a des soldats qui viennent à la demande de Copenhague, où on propose une mission de l'OTAN précisément, pour pouvoir, de façon collective, de façon coordonnée, assurer cette sécurité. Mais ça, c'est le discours que nous avons porté. Nous avons su entraîner nos partenaires. Et encore une fois, et je vous le rappelez, parce qu'on aime bien s'autoflageller, se jeter de la cendre au visage, et parler tout le temps de la faiblesse des Français et des Européens.

Mais un instrument, comme l'instrument anti-coercition, qui a été avancé sous présidence française de l'Union Européenne en 2022, il n'existait pas il y a quelques années. Il n'existait pas lors du premier mandat de Donald Trump. Il nous permettrait d'aller taper les services numériques américains en les taxant. Il permet de fermer l'accès à des marchés publics, de saisir des licences de propriété intellectuelle. Et si cette question du Groenland venait à se poser à nouveau, il ne faudra pas hésiter à pouvoir utiliser ces instruments et faire levier précisément du marché intérieur, 450 millions d'individus, ça c'est une force si on sait l'utiliser comme un instrument de puissance.

C'est une force, c'est une force, c'est une force.

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