Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 5 septembre 2024 9 min

Trouver un premier ministre : le casse-tête du chef de l'Etat. Boris Vallaud est l’invité du 05 septembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.

0:13
Boris Vallaud

Bonjour Boris Vallaud. Merci d'être avec nous ce matin dans Les 4 V. Alors l'Elysée a su réaillir en début de matinée que le nom du nouveau ou de la nouvelle Première Ministre serait connu au cours de la journée. Toujours rien, toujours pas de Premier Ministre. Comment vous expliquez cette attente ?

0:29
Invité

Je finis par ne plus me l'expliquer. Les noms sont égrénés jour après jour, heure après heure. Nous sommes rentrés dans une sorte de primaire de la droite. Au fond, le sentiment qui est le mien dans les échanges qu'on a eus avec le Président de la République, c'est qu'il est désiré de trouver quelqu'un qui ne remette pas en question, au fond, une politique, et une façon de faire de la politique que les Françaises et les Français ont sanctionnée. Alors évidemment, s'il cherche, au fond, un collaborateur, il ne trouvera pas de Premier Ministre. Or, nous avons besoin d'un Premier Ministre.

1:02
Boris Vallaud

Pour vous, il y a urgence à nommer désormais un Premier Ministre ?

1:04
Invité

Mais parce que les urgences sont là, des urgences sociales d'abord. Vous savez, dans cette campagne électorale, les Françaises et les Français nous ont dit que leur fin de mois arrivait de plus en plus tôt, qu'il était difficile de remplir son réserve d'essence comme son réfrigérateur. Ils nous ont parlé de l'état des services publics, qu'ils en soient les agents ou qu'ils en soient les usagers. Ils sont inquiets du réchauffement climatique et de l'inaction du gouvernement. Ils nous parlent de l'hôpital, ils nous parlent de l'école. Songez comment la rentrée scolaire s'est passée avec un gouvernement démissionnaire.

Les urgences sociales sont là, la situation internationale continue d'être compliquée. Évidemment que nous avons besoin d'un pays qui soit gouverné, mais qui soit gouverné dans le respect du suffrage universel qui est notre seul guide et notre seul maître.

1:44
Boris Vallaud

Alors l'entourage du président de la République nous a confirmé tard hier soir que l'hypothèse de Michel Barnier était désormais sérieusement étudiée. Michel Barnier, c'est un membre des Républicains, ancien ministre, ancien commissaire européen. C'est lui qui, côté Union européenne, a mené la négociation pour l'accord du Brexit avec la Grande-Bretagne. Est-ce que les députés socialistes voteraient une motion de censure contre Michel Barnier ? Ou est-ce que c'est un profil acceptable ?

2:10
Invité

Mais je vous l'ai dit, la question est celle du président de la République et de ce qui demeure de ses députés ou des députés qui le soutiennent. Pourquoi faire ? Michel Barnier a des qualités personnelles éminentes. Il n'est pas de ma famille politique. On a des désaccords profonds.

Mais s'il s'agit de trouver celui qui serait capable de ne pas remettre en question la façon de faire de la politique du président de la République, qui ne s'attaquerait pas sérieusement à la question de l'abrogation de la réforme des retraites, qui ne s'attaquerait pas à la question de l'augmentation du pouvoir d'achat des Français, du SMIC, mais aussi de leur salaire, de celles et de ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre. Compte tenu de l'État dans lequel le gouvernement nous laisse les finances publiques, ne s'attaquerait pas à la question de la justice fiscale, c'est-à-dire à taxer ceux qui ne payent pas suffisamment d'impôts et qui pourraient en payer plus.

C'est toujours les poches des mêmes que l'on finit par faire.

2:57
Boris Vallaud

Mais ça veut dire pas de censure automatique, comme on l'a entendu sur d'autres noms ?

3:00
Invité

Ça veut dire qu'il y a une incongruité à aller chercher à droite, au fond, la formation politique, qui a été le plus sévèrement sanctionnée. Il y a 47 députés. Au Nouveau Front Populaire, nous sommes 193. Nous sommes arrivés en tête. L'anomalie, elle est dans le comportement du président de la République. En Espagne, en Espagne, le roi d'Espagne appelle la première formation arrivée en tête aux élections. Il a cette formation à un mois pour constituer un gouvernement. La droite n'y était pas arrivée. Il l'a confiée à la deuxième formation. Les socialistes qui, ensuite, ont réussi à constituer un gouvernement.

Il fallait confier au Nouveau Front Populaire le soin de constituer un gouvernement et de prendre son risque.

3:40
Boris Vallaud

Boris Vallon n'a pas bien compris sur le nom de Xavier Bertrand qui avait été évoqué aussi parmi d'autres.

3:44
Invité

Oui, je le dis, une proposition de droite fera l'objet d'une sanction parce que ce sera pour mettre en œuvre une politique de droite alors que la gauche a été placée en tête.

3:53
Boris Vallaud

Xavier Bertrand, les députés socialistes, vous censurez.

3:56
Invité

Mais nous censurons tout ce qui est, au fond, la non-reconnaissance du résultat du scrutin. Nous avons besoin de parler des salaires. Je peux vous dire juste comment ça se passe ?

4:06
Boris Vallaud

Juste sur les noms qu'on évoque, on voit qu'il y a un parti qui joue un rôle central que vous avez combattu. C'est le Rassemblement National qui dit également qu'on censurera ou qu'on ne censurera pas. Est-ce que ça ne vous gêne pas que ce soit, semble-t-il, le Rassemblement National qui quasiment choisisse le ou la Première Ministre ?

4:21
Invité

Que le Rassemblement National soit l'arbitre des inélégances d'un président de la République qui est prêt à composer manifestement et avec lui d'une manière ou d'une autre est en effet un problème. Que l'on demande à des Républicains qui ont soit du bout des doigts, soit pas du tout accepté le principe du Front Républicain est un problème. Quand nous sommes dans le bureau du Président de la République, il nous dit quelles sont les conditions du non-censure. Et puis on lui dit, ben voilà, il y a un certain nombre de sujets qui sont des priorités pour nous parce que ce sont des priorités pour les Françaises et les Français. Je le redis, le pouvoir d'achat, les salaires, le SBIC.

Je le redis, les services publics, l'hôpital, les déserts médicaux, l'école, les moyens de l'instruction publique. Je le dis, la justice fiscale. Qu'est-ce qui vous répond à cet instant-là ? Et puis à ça, je ne peux pas en parler. Ça, je ne peux pas en parler. Ce sera au Premier Ministre d'en parler avec vous. Mais alors de quoi peut-on parler dans son bureau ?

5:10
Boris Vallaud

Alors vous dites, il ne faut pas d'un Premier Ministre venu de la droite où il y a 46 députés. Et pourtant, vous avez, semble-t-il, laissé passer la possibilité d'avoir Bernard Cazeneuve qui n'est plus au Parti Socialiste mais qui est quand même issu de votre famille. Est-ce que vous comprenez que les Français puissent avoir un peu de mal à comprendre ça ?

5:25
Invité

Mais nous n'avons pas laissé passer aucune hypothèse parce qu'en réalité, aucune hypothèse n'a été posée sur le table. Vous voyez bien qu'elle s'égrène. Est-ce que vous pensez que quelqu'un de sérieux comme Bernard Cazeneuve, avec l'histoire qui est la sienne, accepterait d'être le collaborateur d'Emmanuel Macron ? Il a des exigences, je l'imagine, et qui sont sans doute bien différentes de celles de Michel Barnier. Moi, ce que je veux dire au Président de la République, c'est la question qu'il lui est posée. C'est a-t-il compris qu'il avait perdu ses élections ? Que les Françaises et les Français demandent d'alternance ?

Nous, nous avons dit que nous sommes prêts au compromis, que nous sommes prêts à la discussion parlementaire, que nous savons que c'est là qu'est le cœur du pouvoir. Le Président de la République a une double exigence.

6:04
Boris Vallaud

Y compris avec un autre nom que Lucie Castel, désormais ?

6:07
Invité

Mais écoutez, aujourd'hui, nous pensons qu'elle est la plus légitime parce qu'elle a été soutenue par une coalition. Je vois bien que nous n'avons pas, nous, constitutionnellement, le pouvoir de nomination, mais quelle que soit l'autre personnalité, c'est pour une autre politique que celle d'Emmanuel Macron. Et s'il n'est pas capable de trouver le chemin de l'alternance et le chemin de la stabilité ? Moi, je dis à mes collègues, auxquels nous avons écrit à l'Assemblée nationale, il y a maintenant plus de trois semaines, je dis aux présidents des groupes qui ont participé à ce front républicain, jusqu'aux républicains, mais évidemment, sans l'extrême droite que nous avons combattu ensemble.

Eh bien, retrouvons-nous, retrouvons-nous vite pour poser sur la table les questions qui intéressent les Françaises et les Français. Et voyons si nous sommes capables de le faire. Nous avons proposé de le faire avec Lucie Castel, avec les présidents du groupe de gauche. Nous avons été, finalement, parasités par les tergiversations du président de la République.

6:58
Boris Vallaud

Boris Vallaud, deux questions rapides, deux réponses rapides. La France Insoumise annonce que 80 députés de gauche ont d'ores et déjà signé la demande de destitution du chef de l'État qu'ils ont lancé. Est-ce que vous allez la signer ou pas ?

7:11
Invité

Non, nous ne la signerons pas et je voudrais m'en expliquer. D'abord, parce que je pense que c'est à l'Assemblée nationale de faire jouer la responsabilité du gouvernement au premier chef. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que je ne veux pas mettre au centre d'un débat le président de la République qui, en réalité, a perdu la pléditude de ses prérogatives. Et je vois aussi toute la difficulté qu'il y aurait à la faire aboutir. Ce serait de donner au président de la République une victoire, une victoire sans doute par défaut. Je ne le souhaite pas. Le sujet, ce n'est pas l'Élysée, c'est le Palais Bourbon et l'Assemblée nationale.

7:42
Boris Vallaud

De cette question, est-ce que vous serez dans la rue, samedi 7 septembre, à l'appel, justement, de la France Insoumise et d'autres organisations ?

7:48
Invité

C'est une initiative qui n'a pas été concertée, que nous n'allons pas participer. J'ai vu que les partenaires sociaux, dans leur grande majorité, ne s'y étaient pas associés. On aura une rentrée sociale qui sera ce qu'elle est. Ce que je veux dire, pour que chacun en ait conscience...

7:59
Boris Vallaud

Avec des dossiers qui restent présents. Gabriel Attal dit « mon successeur devra poursuivre mes chantiers ».

8:03
Invité

Est-ce que vous pensez qu'il a bien compris ce que le suffrage universel lui avait dit ? Nous ne voulons plus de votre politique. Songez que cette dissolution, à laquelle personne n'a rien compris, a interrompu les discussions sur la loi d'orientation agricole, a interrompu les discussions sur la loi sur la fin de vie, a interrompu un travail transpartisan sur les familles monoparentales, sur les déserts médicaux, a interrompu des commissions d'enquête sur les violences sexuelles et sexistes.

Mais voilà, je veux dire, que le président de la République passe à l'acte, ou alors, je le dis à mes collègues, retrouvons-nous, retrouvons-nous vite, pour travailler, pour discuter, mais les Français sont dans l'attente.

8:38
Boris Vallaud

Merci beaucoup, Auris Vallaud, d'être venu au 4V ce matin. Vous restez bien sûr sur France 2. On vous retrouve dans quelques instants sur Télématin.

8:53
Présentateur

C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.