Puy du Fou : divertissement ou récit idéologique ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 48 %Attaque 32 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:52OuverteRéponse directe
Est-ce que vous assumez, comme votre père Philippe de Villiers, dire vouloir faire passer des idées par ses spectacles ?
- 3:53OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous pensez de la vision de Nicolas de Villiers d'exaucer la grandeur de la France ?
- 4:46OuverteRéponse directe
Est-ce que les parcs d'attraction sont le nouvel objet de la bataille culturelle ?
- 6:55OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pensez que la droite a gagné la bataille culturelle ?
- 10:46RelanceRéponse directe
Comment est-ce que vous comprenez cette remarque : c'est bien fait mais c'est dangereux ?
- 13:07RelanceRéponse partielle
Est-ce que cet auditeur a raison de dire que les bons sont les Vendéens et les mauvais les républicains ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:49PrésentateurFait
« « Je pense que la métapolitique a plus d'influence que la politique et par mon Puy-du-Fou, je fais passer beaucoup d'idées. » »
- 3:04Invité politiqueFait
« Si le Puy-du-Fou fait passer l'idée que la France est pleine de grandeur, qu'elle a dans son histoire des grandes figures qui méritent d'être admirées, si ces figures sont autant d'occasion pour nous de nous exaucer, nous élever, eh bien je crois à la fréquentation en effet de la grandeur, plus qu'à la fréquentation de la bassesse. »
- 3:21Invité politiqueFait
« Le Puy du Fou n'est pas de gauche, le Puy du Fou n'est ni de droite ni de gauche, le Puy du Fou est français. »
- 10:59Invité politiqueFait
« Le Puy du Fou n'est pas de gauche, le Puy du Fou n'est ni de droite ni de gauche, le Puy du Fou est français. »
- 11:56Invité politiqueFait
« Nous sommes dans une époque dans laquelle en effet le fait de célébrer les grandeurs françaises pose question à certains. »
- 12:43Invité politiqueFait
« Je préside le Puy du Fou et je ne fais pas de politique. »
- 20:04Invité politiqueFait
« Le choix assumé des grandes figures historiques que nous traitons. »
- 27:13Invité politiqueChiffre
« Au Puy du Fou, ce sont les visiteurs qui financent. Notre modèle économique est fait de telle sorte que lorsqu'un visiteur vient chez nous, tout est réinvesti à 100% dans les spectacles. »
- 32:34Invité politiqueFait
« Il n'y a pas de communauté de destin sans communauté de souvenirs. Il faut qu'on ait ensemble des souvenirs, des souvenirs glorieux qui nous fédèrent, qui nous rassemblent. »
- 35:31Invité politiqueFait
« Venir au Puy du Fou et ensuite en assurer une critique parce que ce sont des fictions, ça ne me pose aucun problème. »
- 35:44Invité politiqueFait
« Nous assumons ces fictions-là. »
- 36:11PrésentateurChiffre
« Le Rassemblement National qui promet de tripler les crédits du patrimoine à droite comme à gauche. »
- 36:28InvitéFait
« Il faut reprendre ces positions-là. »
- 38:44Invité politiqueFait
« Je crois moi aussi à la phrase de Marc Bloch. »
- 39:02Invité politiqueFait
« Nous avons dans ces deux figures Vendéennes une même fierté. »
- 39:24Invité politiqueFait
« Le Puy du Fou n'est ni de droite ni de gauche. »
Temps de parole
- Philippe de Villiers27 %
- Présentateur26 %
- Invité17 %
- Locuteur non identifié13 %
- Invité 211 %
- Locuteur non identifié 22 %
≈ 1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France Inter Bonjour, bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Ce matin, nous sommes dans les gradins du Puy-du-Fou, un parc vendéen. Il est 22h, les torches s'allument, la foule retient son souffle, des vikings bondissent de draquard en flamme, des villageois fuient et un ombre chevalier brandit son épée. Dans les gradins, il y a 25 000 spectateurs, les enfants éblouis, les parents fascinés. Marc, 45 ans parisien, plutôt de gauche et partagé. C'était magnifique, j'ai l'impression d'avoir vécu quelque chose sans très bien savoir pourquoi. Ce qu'il a vécu, Philippe de Villiers pourrait le lui dire. Le fondateur du Puy-du-Fou, soutien de Éric Zemmour en 2022, l'a écrit noir sur blanc.
« Je pense que la métapolitique a plus d'influence que la politique et par mon Puy-du-Fou, je fais passer beaucoup d'idées. » Une pensée directement empruntée à l'intellectuel marxiste Antonio Gramsci qui théorisait que la conquête du pouvoir présuppose celle de l'opinion publique par la culture, par exemple, et le discours dominant.
D'autres projets de parcs historiques émergent, portés par le milliardaire ultra-conservateur Pierre-Edouard Sterrin, qui veut exalter les racines chrétiennes de la France, mais aussi par le banquier de gauche Mathieu Pigasse et même François Ruffin, candidat à la présidentielle, qui rêvent d'un contre-récit populaire où seraient mis à l'honneur les invisibles et les opprimés. Alors faut-il un Puy-du-Fou de gauche pour rétablir la balance ? Sommes-nous manipulés sans le savoir quand nous assistons à une reconstitution historique ? Parts d'attractions divertissants ou meetings politiques à peine déguisés, on en débat avec vous jusqu'à midi 45.
Et ce débat sur le Puy-du-Fou et les spectacles historiques vous intéresse déjà, chers auditeurs, vous êtes très nombreux à nous écrire sur le WhatsApp de l'émission 01 45 24 7000, je vous rappelle que vous pouvez aussi nous appeler. Sophie nous dit depuis Nantes, eh bien je suis allée au Puy-du-Fou avec mes enfants, c'était magnifique. Je n'ai rien senti de politique, pourquoi faut-il toujours tout idéologiser ? Et Laurent lui répond depuis Paris, moi j'y suis allée il y a deux ans et en sortant mon fils de 12 ans m'a demandé pourquoi la Révolution française c'était des méchants. Là je me suis dit que ce n'était pas forcément qu'un spectacle.
Et vous les auditeurs, dites-nous, est-ce que vous êtes déjà allée au Puy-du-Fou ? Qu'en avez-vous rapporté ? Est-ce que vous pensez qu'un spectacle historique, eh bien ça peut changer notre vision du récit national ? Vous nous appelez dès maintenant au 01 45 24 7000. Et pour en débattre, eh bien on accueille dans ce studio un petit nouveau à France Inter, on peut le dire ?
On peut le dire, bonjour.
Bonjour Nicolas de Villiers, vous êtes directeur du Puy-du-Fou, 3 millions de visiteurs en 2025, c'est un succès, c'est plus que par exemple le Parc Astérix, un peu moins que Disneyland, mais ça viendra, des prix internationaux. Est-ce que vous assumez, comme votre père Philippe de Villiers, dire vouloir faire passer des idées par ses spectacles ou est-ce que vous prenez vos distances avec lui ?
Non, le sujet il est d'abord de définir ce qu'on appelle faire passer des idées. Si le Puy-du-Fou fait passer l'idée que la France est pleine de grandeur, qu'elle a dans son histoire des grandes figures qui méritent d'être admirées, si ces figures sont autant d'occasion pour nous de nous exaucer, nous élever, eh bien je crois à la fréquentation en effet de la grandeur, plus qu'à la fréquentation de la bassesse.
Et donc en effet, si le Puy-du-Fou fait ça, il fait exactement comme le cinéma, lorsque le cinéma exalte des grandes épopées françaises, comme on l'a pu le voir dans le conte de Montecristo, Les Trois Mousquetaires, vous voyez, finalement ce sont des fictions, nos spectacles sont des fictions comme au cinéma, mais elles exaltent en fait une certaine idée de la France.
Arnaud Fossier, bonjour. Bonjour monsieur, vous êtes historien médiéviste, maître de conférences à l'université de Bourgogne, vous avez écrit à Caen un Puy-du-Fou de gauche, c'était une tribune dans le monde, vous ne voulez pas interdire le Puy-du-Fou, vous voulez le concurrencer. Qu'est-ce que vous pensez de la vision de Nicolas de Villiers d'exaucer la grandeur de la France ? Ça vous parle ?
Oui, alors je crois qu'effectivement c'est ce que fait le Puy-du-Fou, il fait passer un certain nombre de messages politiques et même on pourrait dire moraux, c'est-à-dire, c'est intéressant ce que vous dites en employant la notion de bassesse par opposition à la grandeur, c'est que les spectacles du Puy-du-Fou sont porteurs de valeurs morales. Mais je pense aussi que c'est un parc qui, on pourra en débattre, qui est idéologiquement orienté et qui en se servant du matériau historique, effectivement fait passer un certain nombre de messages dont ne sont pas forcément conscients les spectateurs. Et moi, c'est ça qui me pose problème.
C'est l'instrumentalisation, l'instrumentalisation des parcs historiques qui devient de plus en plus à la mode. Bonjour Antoine Oberdorf, vous êtes journaliste politique à l'Opinion, vous observez ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui une bataille culturelle. Est-ce que les parcs d'attraction, c'est le nouvel objet de la bataille ?
Oui, sans aucun doute, mais il est vrai que les spectacles rendant hommage à notre histoire, mettant en scène de grandes pages de notre histoire, ont toujours fait l'objet d'âpres batailles culturelles. On peut penser par exemple au bicentenaire de la Révolution française, 1989, d'âpres polémiques, une vision qui pour le coup était portée par la gauche au pouvoir, la gauche mitterrandienne, et en particulier à l'époque, le ministre de la Culture, Jack Lang. Donc ce n'est pas nouveau, mais vous avez raison Paola, de dire que vraiment le penseur italien Antonio Gramsci n'a jamais été à ce point à la mode. Et pourquoi ?
Parce que tout le monde a acquis l'idée que la victoire culturelle de ces idées, la popularisation de ces idées, de précéder la victoire électorale. Et ça c'est véritablement de la gauche de la gauche jusqu'à l'extrême droite, une idée qui circule à plein régime. Moi je ne peux qu'observer qu'il y a une forme de jalousie, de complexe en tout cas, à gauche, à voir que l'extrême droite, la droite identitaire, aurait acquis une forme d'hégémonie culturelle. La gauche a renoncé pendant toute une période à l'idée de roman national, parce que, eh bien, ça serait une falsification de l'histoire.
Résultat des courses, elle se retrouve aujourd'hui avec des idées qui progressent, d'une France éternelle, d'une France attachée à ses racines judéo-chrétiennes, qui ne correspondent pas à la vision que porte la gauche de la France. Alors elle se réfugie dans certains bastions culturels, le festival d'Avignon, des chers académiques, mais elle éprouve très profondément ce malaise. Et ça se manifeste par quoi ? Vous l'avez dit bien sûr, la proposition de François Ruffin d'un puits du fou de gauche, par la volonté même de reprendre la figure de Jeanne d'Arc.
On se souvient de Ségolène Royal qui disait « On a laissé Jeanne d'Arc à l'extrême droite alors que ça pourrait être une icône féministe, queer, pourquoi pas ? » Et puis enfin, effectivement, avec vous en parliez, le banquier d'affaires Mathieu Pigasse, qui est désormais qualifié de boléré de gauche, comme s'il fallait entamer une forme de contre-révolution culturelle.
Une contre-révolution culturelle, un contre-récit. On va en débattre avec vous, avec vous les auditeurs. Vous nous appelez, je vois qu'Isabelle de Toulouse est déjà au standard. On va arriver dans deux minutes. Je vous laisse des questions pour gamberger, là, pendant ces deux minutes. Est-ce que vous pensez que la droite a gagné la bataille culturelle ? Est-ce que la gauche l'a perdue sans même s'en apercevoir ? Est-ce qu'il faut contrebalancer ? 0,1, 45, 24, 7000, vous nous appelez. Le temps d'écouter une petite charade signée Nina Ouzan. Car dans les spectacles historiques, peut-être, tout ne semble pas être exactement ce qu'on voit.
Si je n'étais pas douée pour lire Sur tes lèvres la charade En quelle langue faut-il te dire Que je ne veux que toi Je n'ouvre mais sans artifices Je ne joue plus au chat Si tu m'aimes pour ce que je suis Tu me prendras France Inter, il est midi
Car c'est le débat de midi On parle des spectacles historiques Cet été, est-ce que vous allez voir des parcs d'attractions historiques ? Est-ce que vous pensez que c'est du divertissement ? Ou est-ce que c'est un champ de bataille culturelle ?
Je vous pose la question Vous êtes très nombreux à nous écrire Au 01 45 24 7000 Philippe, par exemple, nous dit Et allez hop, l'histoire instrumentalisée par la droite Vous avez tant de mal à accepter autre chose Que votre credo progressiste Vous n'aimez pas mais n'y allez pas En revanche, tous les intervenants En général sont plutôt de gauche Bernard nous dit Au contraire, moi j'ai été au Puy du Fou Je trouve que c'est extrêmement bien fait Et c'est pour ça que c'est extrêmement dangereux On va demander pourquoi Effectivement, c'est dangereux Je vois Nicolas De Villiers Le directeur du Puy du Fou Sourire Je vous donnerai aussi Isabelle Qui dit, moi jamais de la vie Je n'irai au Puy du Fou Ou au contraire Julien qui dit Les Puy du Fou de gauche Il n'y a que cela en France Les films français sont essentiellement de gauche Regardez l'Odyssée de Chris Nolan Bref, ça vous fait réagir On sent que c'est intéressant Nicolas De Villiers Comment est-ce que vous comprenez cette remarque ?
Et d'ailleurs, ce n'est pas la seule Parce que plusieurs personnes disent ça Autour des réactions C'est bien fait Mais c'est dangereux
Alors, d'abord Le Puy du Fou n'est pas de gauche Le Puy du Fou n'est ni de droite Ni de gauche Le Puy du Fou est français Et donc Je ne comprends pas cette attaque Qui consisterait à dire que Par exemple, les Vikings Seraient de droite Alors que vous avez très justement Cité ce spectacle parmi d'autres Lorsque nous racontons les débuts du cinéma Et de l'aviation en France à la Belle Époque En quoi ce thème-là Est-il de gauche ou de droite ?
En fait, Le Puy du Fou cherche à être universel A partir du moment Où on interprète l'histoire Pour en faire une fiction Comme on le fait dans le cinéma Je le répète parce que Vous ne faites jamais à France Inter Le procès des films de cinéma Qui sont des grands succès français Et on est tous contents Qu'il y ait des grands succès français Mais par contre Dès qu'il s'agit du Puy du Fou On dirait Le Puy du Fou n'aurait pas le droit De faire des fictions Qui sont inspirées de l'histoire
Mais alors pourquoi cette différence ? Pardon, je vous coupe Mais pourquoi est-ce qu'on s'attaque Au Puy du Fou ?
Pourquoi ?
Parce que je pense que Nous sommes dans une époque Dans laquelle en effet Le fait de célébrer Les grandeurs françaises Pose question à certains Et qu'il y a en effet Des gens qui peuvent être Soit des historiens Mais ces groupusculaires Ou quelques hommes politiques Qui veulent essayer de politiser Ce qui est purement universel Et culturel Et qui n'a rien de politique On disait tout à l'heure Vous disiez les uns ou les autres Que c'était une initiative A la Gramsci Moi je ne crois pas Qu'il y ait Dans le parc du Puy du Fou Qui vise à divertir les français Avec cet imaginaire commun Qui est extraordinaire Qu'est l'histoire de France Je ne crois pas Qu'il y ait d'intention politique De prise de pouvoir C'est absolument grotesque Et ridicule Vous savez que moi-même d'ailleurs Je préside le Puy du Fou Et je ne fais pas de politique Et donc notre seule intention Elle est très simple Offrir aux français Une bouffée d'oxygène Dans un monde Dans lequel ils ont bien souvent Beaucoup trop de soucis
On donne la parole aux auditeurs 01 45 24 7000 L'amirant nous dit Je suis instituteur J'ai accompagné une classe Au Puy du Fou J'enseignais l'histoire Et j'ai été très gênée Quand on voit Les bons vendéens Et les mauvais républicains C'est un peu comme Les cow-boys et les indiens Arnaud Fossier Vous êtes maître de conférence A l'université Vous avez été vous-même Au Puy du Fou Pour vous faire votre propre idée Est-ce que cet auditeur a raison ?
Mais c'est-à-dire Là il faut dissocier Je vais dissocier Mes deux casquettes En quelque sorte Sur la forme En tant que spectateur Comme tout le monde Ou presque Il doit y avoir Presque 100% de satisfaits J'ai été conquis On ne peut qu'être conquis Bravo Parce que c'est du grand Non mais c'est du grand spectacle vivant Et pour rebondir Sur ce que vous disiez Il y a quelques minutes Oui je crois Qu'il y a aussi Une forme peut-être De jalousie Alors je ne veux pas Psychologiser les choses à outrance Mais une forme de jalousie De la part de la gauche Face à cette réussite Une réussite en termes De spectacle vivant Une fois que vous avez mis
Ce préambule Allez-y
En termes historiques Là on ne peut pas Il ne faut pas se mentir C'est-à-dire qu'il y a justement Mensonge sur la marchandise Comme je le disais tout à l'heure Vous utilisez un matériau historique Ce qui est très bien Mais il faut savoir le faire Et ça Ce sont quand même Les historiens Et les historiennes de métier Qui savent Qui savent Traiter l'histoire Et je suis frappé Du fait que Au Puy du Fou Vous ne travaillez pas En lien avec des historiens Et des historiennes Qui ont le souci Qui ont le souci Qui ont le souci De la vérité historique Avant tout Et donc il est là le problème Mais quelle est l'image
Que ça donne de la France ?
On emmène une classe On emmène une classe On emmène une classe d'élèves Et là Très beau tableau historique Les élèves évidemment Sont conquis Et vont éventuellement Croire ou prendre Pour argent comptant Ce qu'ils ont vu Mais qu'est-ce qu'ils ont vu Monsieur Est-ce que vous pouvez me donner Des exemples
Donnez-moi des exemples Qui vont contre La raison De l'historien Que vous semblez être C'est-à-dire que Là vous dites Que les spectacles Devaient être écrits Par des historiens En fait c'est un autre métier Vous savez C'est comme scénariste de cinéma Scénariste de spectacle C'est un métier à part entière Et c'est un métier Qui consiste à Toucher par l'émotion Finalement Toutes les générations C'est ça que nous savons faire Mais nous ne savons pas Être des historiens Et moi je ne revendique pas D'être un historien Je vous laisse Volontiers ce titre Que vous avez sans doute Acquis avec peine Nous Nous avons Merci Pour être des gens De spectacle Mais surtout pas des historiens
Je voudrais qu'on rentre Un tout petit peu dans le fond Monsieur Fossier Regardez au cinéma Regardez au cinéma Et au théâtre Les historiens travaillent Avec des metteurs en scène
Monsieur Fossier Qu'est-ce qui vous a choqué Quelle est l'image De la France Qui est envoyée Qui vous choque
Alors Il y a des inexactitudes Si vous voulez Sur le plan factuel Il y a des anachronismes Mais je ne vais pas rentrer Je ne vais pas rentrer Dans ce débat Non On ne va pas rentrer Dans ce débat C'est une vision Orientée Par exemple La manière dont certains faits Sont mis en avant Ou sont expliqués On va reprendre L'exemple des vikings La manière dont les vikings Se convertissent Suite à un miracle Se convertissent Collectivement au christianisme C'est n'importe quoi Sur le plan historique Vous voyez C'est-à-dire Vous faites entrer Vous faites intervenir Une sorte de providence divine Qui serait La source de l'explication Des faits historiques
C'est une fiction D'accord C'est une fiction Et le principe même De la fiction C'est qu'elle n'a pas Les règles factuelles De l'historien Qui est lui Plutôt un médecin légiste Vous voyez Qui regarde les choses Qui regarde le cadavre historique Nous Nous redonnons vie Aux fantômes Et nous leur redonnons De la chair et du sang Et donc Par conséquent Nous employons Des voix Dans la façon De raconter nos histoires Qui vont permettre De toucher tout le monde De manière extrêmement forte Avec des images d'épinales Quant à la conversion Des vikings Par exemple La Normandie Qui vient du mot Northman Vous savez Les hommes du nord C'est bien une région Pas parfaitement française Depuis maintenant Bien des siècles Et qui est une région Qui a pourtant été conquise Par les vikings D'où son nom originel Et qui a pourtant Adopté le christianisme Comme religion naturelle Et culturellement admise Très majoritairement C'est l'histoire de France Soyons factuels C'est une petite partie De l'histoire de France Et bien cette petite partie Nous a intéressé Pour raconter une histoire
On va discuter avec Les auditeurs au standard Rémi nous a appelé Depuis Nantes Bonjour Rémi Alors vous Je crois que vous êtes allé Au Puy du Fou Vous y avez vu Une vision totalement idéologisée Racontez-nous pourquoi Racontez-nous votre expérience Rémi
Bonjour à toute l'équipe Non J'y suis allé La première année Où il a été créé Mais il y a quelques années Pendant le Covid J'ai travaillé aux Herbiers A la Déco Et je suis partie Sur la création De celui de Teled Alors Dites-nous Rémi Et ce qu'on nous a dit C'est que C'est notre vision de l'histoire Et puis c'est tout Et à gauche Ils n'ont qu'à en faire un Et moi je disais Que moi la vision de l'histoire C'est pas une vision De gauche ou de droite C'est une vision historique Et quand M. Fils Est en train de dire Ah mais non Mais on fait un spectacle Non Il faut un spectacle Orienté Alors que M.
Fils Revienne sur ses propos Parce que je l'ai même entendu Dans la cafétéria De dire les propos Rémi Rémi Je suis content
De vous avoir donné du travail Rémi Je suis content De vous avoir donné du travail D'abord parce que je vois Que le Puy du Fou Vous a fait travailler Et je m'en réjouis Et donc vous saluerez Votre famille Dont j'espère qu'elle garde Un bon souvenir de cette période Et puis merci aussi Rémi De parler de Puy du Fou Espagna Qui est à Tolède En effet Nous avons créé Un Puy du Fou Complètement espagnol Entouré d'historiens Vous l'imaginez Parce que n'étant pas espagnol Il a fallu que Pour écrire des spectacles Et des histoires On s'entoure D'historiens espagnols Comme nous le faisons en France Voilà Et donc De la même façon Que d'ailleurs Nous le faisons en Angleterre Où nous préparons aussi Un projet Donc vous voyez Comme finalement On s'entoure toujours d'historiens Et puis ensuite Comme dans le grand cinéma On en fait une fiction
Marek Tostandard avec nous 01 45 24 7000 Bonjour Marek Vous venez de Vendée Vous connaissez bien Le Puy du Fou J'imagine Est-ce que vous trouvez Que c'est un parc politique ?
Absolument Bonjour à tous Bonjour monsieur de Villiers Bonjour
On est bien sur France Inter
Oui Il se trouve que j'étais étudiant À l'ICS Et qu'on s'est croisé Sur les bancs de cette université Auquel j'ai croisé plus Votre frère Guillaume Je suis né en 1980 J'ai vu le Puy du Fou Grandir Changer Énormément Et Si c'est devenu une machine Formidablement professionnelle Les spectacles sont remarquables
Merci
La ligne éditoriale a changé Si vous me permettez Et c'est C'est largement politisé Moi j'ai pas de problème avec ça Mes opinions me regardent Ce ne sont pas nécessairement les vôtres Mais il faut le reconnaître C'est tout simple Merci On ne peut pas dire Que c'est un spectacle objectif
Moi ce que je veux Préciser Parce que les auditeurs Me posent des questions Je veux y répondre Je suis en train de dire Que nous nous croyons Que la fréquentation De la grandeur Permet de grandir Lorsque vous passez Vos journées Avec les Pardonnez-moi l'expression Mais les salauds d'histoire Vous allez finir Par leur ressembler Et moi je crois En effet Que nous faisons le choix Assumé Des thèmes historiques Que nous traitons Le choix assumé Des grandes figures historiques Que nous traitons Et c'est cela que je revendique Mais il ne faut pas y voir Un positionnement de droite Ou de gauche Il s'agit simplement Vraiment Un choix artistique Volontaire
Antoine Abordat Est-ce qu'on va aussi Faire le deuil D'une forme de neutralité A laquelle par ailleurs Vous n'êtes pas tenu D'aspirer Enfin je veux dire Vous proposez un divertissement Un spectacle aux gens Ce faisant On peut dire très librement Que ce que Une certaine historiographie De gauche Réprouve dans vos spectacles C'est l'idée Qu'il y aurait Un génocide 21 L'idée que L'un des martyrs De ce génocide vendéen Serait le général Charette L'idée qu'il y aurait Une population vendéenne Assiégée Par des ennemis Ce qu'ils appellent Une forme de syndrome D'aspirer
Tout est au journal officiel C'est attention avec l'idée
Cette vision là Elle est réprouvée Par l'historiographie de gauche Et la réalité C'est que Ça a toujours Été un sport de combat L'histoire On ne voit pas La révolution française De la même manière Selon qu'on est Stéphane Courtois Ou François Furet Des historiens Anticommunistes Ou bien Eric Osborne Historien marxiste Britannique On n'a pas La même conception De la révolution française Mais vous savez Le problème Le problème Absolument Patrick Boucheron Qui avait voulu d'ailleurs Monter un spectacle Au château de Chambord Et spectacle Qui a été annulé Par le directeur du château de Chambord Qui a estimé Qu'il avait une vision Partiale et militante De l'histoire Donc disons Tout si vous voulez Ce dont la gauche Souffre aujourd'hui En réalité En regardant le Puy du Fou C'est de ne pas arriver A mettre en scène La bataille de Valmy Comme elle le voudrait Avec des fonds Avec des financements De ne pas arriver par exemple A à la fois Parler de Napoléon l'esclavagiste Puisque ce serait plutôt Le tropisme à gauche Mais aussi de parler par exemple De tout Saint-Louverture Le libérateur de Saint-Domingue Voilà ce que voudrait la gauche Et elle n'y arrive pas Et on a envie de leur dire Plutôt que d'être Dans une critique stérile Du Puy de Gauche Qu'attendez-vous Pour engager la Reconquista ?
Et puis moi Je voudrais préciser une chose C'est que le Puy du Fou Personne n'est obligé d'y aller C'est pas comme France Inter Qui est une radio publique Que vous êtes obligé Avec vos intros de financer
Et vous êtes le bienvenu Merci beaucoup Monsieur le Nicolas Pouillier
C'est votre radio aussi On est obligé de financer France Inter Alors qu'on n'est pas obligé De financer le Puy du Fou C'est ça la grande liberté Des Français Et vous avez la parole
Dans cette radio Est-ce que tous les projets historiques Racontent la même histoire ? Est-ce qu'on peut aller voir Un spectacle historique Qui ne soit pas Un projet politique ? Est-ce que l'histoire C'est politique ? Deux minutes pour nous appeler 01 45 24 7000 On va prendre Isabelle Qui adore le Puy du Fou Nicolas de Villiers Le temps d'écouter Bitter Sweet Symphony Une symphonie grandiose Et douloureuse à la fois
Bitter Sweet Symphony
De Verve Le débat de midi A la puérari Sur France Inter France Inter Il est midi et demi Bienvenue dans le débat de midi Si vous nous rejoignez On continue à débattre Des spectacles historiques Divertissements Ou batailles culturelles Autour de la table Le président du Puy du Fou Nicolas de Villiers Arnaud Fossier Historien Et le journaliste Antoine Oberdorf Car derrière le succès Du Puy du Fou Il y a des questions Bien plus profondes Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce que l'histoire Est-ce qu'il y a eu Un champ de bataille Qui décide du récit Qui finance les spectacles Et à quel prix Pour notre rapport Collectif au passé On va prendre tout de suite Isabelle Qui est au standard Qui a appelé le 01 45 24 7000 Depuis Toulouse Bonjour Isabelle Merci d'avoir appelé Le standard Je crois que vraiment Vous êtes une énorme fan Du Puy du Fou
Oui, tout à fait. Je suis allée déjà au Puy du Fou plus de quatre fois et si je peux y aller tous les ans, je vais y aller tous les ans. Je trouve que ce parc, c'est quelque chose d'extraordinaire. C'est une fierté de la France. C'est quelque chose qui est très bien fait et on devrait s'en inspirer pour que ce pays fonctionne mieux. Dans un temps où, aujourd'hui, notre pays a beaucoup de difficultés, je trouve que c'est un endroit qui nous permet de rêver, d'entrer dans l'histoire.
Et si j'étais président, c'est ce que je dis à tous les gens que je rencontre et à qui je donne mon expérience du Puy du Fou, si j'étais président, je voudrais que tous les enfants de France aillent dans ce parc pour vivre l'histoire. Eh bien Isabelle, présidente.
Isabelle, vraiment, là, il faut l'embaucher. Je pense qu'il n'y a pas de meilleure ambassadeuse.
Il faut surtout voter pour Isabelle. Il faut voter pour Isabelle. Merci beaucoup, Isabelle, pour vos compliments.
Donc, si on arrive à déchiffrer un peu ensemble le message d'Isabelle, elle pense que les enfants devraient aller tout jeunes au Puy du Fou pour avoir une belle image de la France. On imagine que ça vous fait plaisir, Nicolas Villiers.
Ça me fait très plaisir. Vous savez, moi, mon rêve, il est très simple. Je voudrais que dans dix ans, les enfants du monde entier rêvent d'aller un jour dans un Puy du Fou quelque part dans le monde. Donc, ça me touche beaucoup qu'Isabelle parle de l'enfance. Vous avez posé une question à l'instant dans votre introduction, c'est qui finance ? Vous savez, au Puy du Fou, ce sont les visiteurs qui financent. Notre modèle économique est fait de telle sorte que lorsqu'un visiteur vient chez nous, tout est réinvesti à 100% dans les spectacles, les restaurants, les hôtels. Mais il n'y a pas de remontée de dividendes, de bénéfices à des personnes physiques.
Aucune personne physique s'enrichit, vous voyez, ni d'ailleurs le fondateur qui est parfaitement bénévole, Philippe de Villiers, ni personne, ni votre serviteur sur la base de dividendes. Et ça, c'est une force, la force de notre modèle économique que je veux souligner à votre antenne, bien sûr.
Alors, Isabelle le disait très bien, c'est une image de la France, une image d'épinal. Est-ce que dans cette image d'épinal, vous n'essayez pas, justement, de faire valoir aussi la France des invisibles, la France des opprimés, cette France que François Ruffin voudrait mettre à l'honneur ?
Mais vous savez, c'est exactement cette France-là qui est même dans le spectacle fondateur du Puy du Fou, qui s'appelle la Cine-Sénie, qui est un spectacle qui est une ode paysanne, un hymne, justement à la France des oubliés, à la France des anonymes, celle qui, pendant des siècles, n'a pas été retenue par les livres d'histoire, et qui se retrouve avec 3000 acteurs en scène. C'est notre plus grand spectacle, la Cine-Sénie. Et donc, en effet, nous croyons que la France a des images d'épinal, a construit en nous, en tout cas, un imaginaire collectif, et c'est cet imaginaire dans lequel on va puiser, qui fait ensuite la force de nos spectacles.
Arnaud Vossier. Oui, et de mon point de vue, c'est une image figée du passé que vous ayez, donc une vision assez passéiste et nostalgique. Et tout à l'heure, vous parliez de la grandeur de notre pays, et cette grandeur, en fait, vous la montrez en insistant sur certains épisodes de l'histoire de France, ou bien sur certaines figures, généralement les rois, ou alors l'aristocratie, la noblesse, et comme vous le disiez à l'instant, c'est vrai que les opprimés et les invisibles, peut-être qu'on les voit, mais on ne les voit jamais en action. On ne les voit jamais résister, combattre, lutter, se révolter. Mais on est quand même dans un pays marqué par les révoltes et par les révolutions.
Et tout à l'heure, je sais plus où il y en a été question.
Les spectacles mettent en scène, justement, des combats, comme la petite Marguerite qui est une anonyme de l'histoire, et ce n'est pas Jeanne d'Arc qui est en scène, c'est le Mimosa qui est un acteur tzigane, qui, au cinéma, doit se battre alors que c'est un anonyme complet de l'histoire. Et c'est Alderic au viking.
Vous ne racontez pas l'histoire ouvrière, ou bien l'histoire des révoltes d'esclaves, l'histoire du marronnage. Vous ne racontez pas la Commune aussi, par exemple.
La Commune de Paris. Mais attendez, d'abord, je n'ai pas de compte à rendre. Non, bien sûr, bien sûr. Je choisis, et nous choisissons collectivement les thèmes qui nous inspirent, des thèmes qui donnent lieu à voir. Vous voyez, le spectacle, c'est un art visuel. Donc, on ne peut pas tout raconter. Et je me souviens de François Ruffin qui me demandait pourquoi vous ne faites pas un spectacle sur la sécurité sociale, par exemple. Je lui répondais, je viendrai avec ma carte vitale si vous en faites un dans la somme. Donc, moi, je vous invite, comme j'ai invité François Ruffin, j'invite M. le maître de conférence à créer des spectacles sur la Commune et sur les thèmes qui vous sont chers.
Parce que notre chance, c'est que nous vivons en France dans un pays libre, sans doute un des pays les plus libres du monde, et que l'initiative en matière de création culturelle est possible.
Tout à fait. Et on se souvient, par exemple, de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris, signée par Thomas Joly et Patrick Boucheron. L'historien, c'est un contre-récit assumé, selon Philippe de Villiers. Il avait dit, votre père, eh bien, ça m'a inspiré une rage. Est-ce que ça aussi, Antoine Oberdorf, par exemple, il n'y a pas de la place pour tous les récits ? Par exemple, la cérémonie des Jeux Olympiques et le Puy du Fou.
Si, je le pense. Et par exemple, puisqu'on parle de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, il y avait cette scène avec, en son centre, Barbara Butch, la DJ à laquelle je vais adresser un témoignage de solidarité, puisqu'elle est ciblée par des attaques ignobles en ce moment. Elle a été jugée, cette scène, blasphématoire. Eh bien, évidemment, il y a une partie des Français qui ne se retrouvent pas dans cette scène, de la même manière qu'ils ne se retrouvent pas dans la représentation qui a été faite par Thomas Joly, peut-être, de la prise de la Bastille.
Mais il n'en demeure pas moins que je crois qu'il y a un grand risque que courent, y compris certains historiens qui détiennent un savoir académique à, au fond, jeter le discrédit sur ceux qui tenteraient de démocratiser, quelque part, de populariser, en passant sous silence certaines pages sombres de l'histoire de France. Je vois, je ne peux pas m'empêcher de voir le mépris avec lequel on regarde, par exemple, Stéphane Berne parlant de Marie-Antoinette, ou bien, évidemment, on peut parler de Franck Ferrand qui commente le Tour de France, Laurent Deutsch et autres.
Là aussi, on peut estimer que ce sont des commentateurs historiques marqués à droite, avec un troupisme monarchiste, royaliste, que sais-je. Je pense qu'il y a suffisamment de pages de notre histoire pour que, dans ce pays, on puisse écouter librement Stéphane Berne ou Franck Ferrand et également se réjouir d'entendre à cette antenne Philippe Collin nous parler de Molière, de Céline, et ainsi de suite. Si on en ressort avec un goût pour l'histoire accrue, je crois qu'on y aura au moins gagné quelque chose. Et par rapport au témoignage d'Isabelle, elle disait quelque chose de très clair.
Elle disait, au fond, elle restaurait, réhabilitait l'histoire de Romand National, tel qu'on aurait pu le faire au temps de Lavis ou du Tour de France par deux enfants au moment de la création de la République, où il y avait justement ce souci d'inoculer un goût pour l'histoire en passant sous silence, bien sûr, certaines pages un peu plus sombres.
Vous savez, il n'y a pas de communauté de destin sans communauté de souvenirs. Il faut qu'on ait ensemble des souvenirs, des souvenirs glorieux qui nous fédèrent, qui nous rassemblent. Moi, je crois que le rôle de l'artiste, c'est de fédérer, c'est de rassembler, c'est de guérir quand il le peut, plutôt que de diviser et de provoquer. Et la singularité de la cérémonie des Jeux Olympiques, c'est qu'elle a divisé, elle a provoqué plutôt que de fédérer ou de guérir.
Alors, ça, pas forcément. Quand on lit les auditeurs aux standards de France Inter, ils pensent que vous divisez aussi. Moi, je crois... Par exemple, Thibault dit il faut arrêter de dire que c'est apolitique, ces spectacles posent un regard sur l'histoire et l'articule à des fins idéologistes. Marie France dit j'ai visité le Puy du Fou et j'ai ressenti un malaise. Et Marianne dit ce monsieur de Villiers nous prend un peu pour des idiots. que son père, lui, au moins était plus honnête dans son discours. Est-ce que vous avez l'impression justement de jouer un double discours alors qu'avant, eh bien, cette idéologie était affirmée tranquillement, posément ?
Moi, j'affirme que nos choix sont totalement à dessein, c'est-à-dire les choix des thématiques historiques, je vous le redis, sont des choix qui, en effet, sont ceux qui nous paraissent les plus universels, les plus légitimes pour créer des images d'épinales. On peut ne pas être d'accord, mais moi, je vous dis ça avec toute l'honnêteté qui est la nôtre, c'est-à-dire j'assume parfaitement les choix qu'on fait. J'assume, par exemple, la présence de Jeanne d'Arc dans l'un de nos spectacles comme étant une figure qui n'appartient à aucun clan, comme disait le sénateur radical qui a d'ailleurs exhumé Jeanne d'Arc à la fin du 19e siècle, elle appartient à la France.
Et donc, nous, nous rendons simplement à notre public un certain nombre de figures qui nous paraissent légitimes.
Anne-Fossier ? Non, moi, j'allais dire pour rebondir sur ce que vous disiez à l'instant que pour qu'une société aille réellement bien, il faut que la mémoire collective soit complète et non pas partielle. Il ne s'agit pas de penser de ci, de là, quelque plaie. Il faut exposer l'entièreté du tableau, y compris des pages douloureuses de l'histoire. Vous avez raison, mais ça,
c'est le rôle de l'école. Je suis d'accord avec vous, c'est le rôle de l'école. C'est parfois le rôle de la télévision. Vous avez raison, mais dans le spectacle, on montre les pages glorieuses, mais moi, je ne revendique pas de montrer toute l'histoire de France. Oui, clairement. Non, ça ne serait pas la vérité. Nous ne montrons pas toute l'histoire de France, nous montrons simplement la part la plus lumineuse, la plus glorieuse à chaque fois, telle que nous l'interprétons nous. Mais c'est un geste artistique que j'assume. Vous savez, vous mettez mille poètes devant un coucher de soleil, il y aura mille poèmes différents. Le nôtre est l'une de ces versions-là.
Mais encore faut-il, dans ce cas-là,
placer correctement le curseur de la fiction et de la vérité historique, par exemple. Et pour simplement répondre à ce que vous disiez, Antoine, sur, disons, l'allergie que les historiens universitaires, académiques pourraient éprouver pour une certaine forme de popularisation ou de vulgarisation, comme on a longtemps dit, de l'histoire. Pas du tout. Pas du tout. Simplement, je pense qu'il est aussi de notre devoir de dire ce qui est la vérité, ce qui est la vérité historique. Et, une fois de plus, de présenter l'intégralité du tableau, sans toujours insister sur les mêmes grandes figures, les mêmes grands hommes. Mais vous savez,
là où je vous rejoins, c'est qu'un professeur qui viendrait après avoir vu le compte de Montecristo, faire un cours à ses élèves pour expliquer les inexactitudes historiques. Je trouverais ça formidable. D'ailleurs, on a toujours trouvé ça quand on était élève et que les professeurs faisaient ça. Venir au Puy du Fou et ensuite en assurer une critique parce que ce sont des fictions, ça ne me pose aucun problème.
On voit bien en tout cas...
Mais simplement, nous assumons ces fictions-là.
Antoine Abadhaf, on voit bien en tout cas que tout le monde s'y met, on peut le dire. Le banquier de gauche, Mathieu Pigasse, qui pense à créer des parcs d'attractions historiques. Pierre-Édouard Sterrin, le milliardaire ultra-conservateur qui, lui, ça y est, finance des spectacles historiques. Laurent Wauquiez qui avait parlé d'un spectacle sur la civilisation gauloise. Le Rassemblement National qui promet de tripler les crédits du patrimoine à droite comme à gauche. Ça devient vraiment un objet politique, le parc d'attractions.
Oui, absolument. Et ça découle d'un diagnostic qui a été posé très, très longtemps. Par exemple, si on regarde du côté de la droite identitaire, conservatrice, il y a un idéologue qui s'appelle Alain de Benoît qui avait plaidé pour un gramschisme de droite et qui disait, au fond, vous avez tort de délaisser les universités, les festivals, les manifestations culturelles à ce qu'il a appelé l'intelligentsia de gauche. Il faut reprendre ces positions-là. Et c'est ce qu'est en train de faire, effectivement, la droite conservatrice. Le milliardaire, par exemple, Pierre-Edouard Sterrin, avec ces banquets du canon français et également un certain nombre de faits de villages.
Je pense qu'il y a juste, effectivement, de la place pour tout le monde, comme vous le disiez, dans les pages d'Histoire de France. Je m'étonne, j'y reviens, que la gauche n'ait pas trouvé encore matière, par exemple, à mettre en scène, je ne sais pas, moi, la fuite en ballant en mangolfière de Gambetta en 1710 après la défaite de Sedan au moment de l'installation de la République. Enfin, je veux dire, en termes de mise en scène, il y aurait matière. La grève des mineurs de Carmo, pourquoi pas ?
Il y en a bien des pages d'Histoire, justement, parce que malheureusement, il y a cette opposition qu'il faudrait aussi casser entre les grands hommes, les grandes figures, l'exaltation des grandes figures, puis les oubliés, les minorités, etc. Je pense que là aussi, on est peut-être un peu dans une vision archétypale et pour finir, je citerai quand même Marc Bloch puisqu'on n'est pas loin de sa pantalonisation qui disait qu'il y avait les deux catégories de Français qui ne comprendront jamais rien à l'Histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du Sacre de Reims et ceux qui lisent sans émotion la fête de la Fédération.
On est vraiment là-dedans et il y a une nécessité, pour cette expression très galvaudée, pardonnez-moi, de refaire nation, que d'échapper à ces deux pièges que nous signifiait Marc Bloch.
Oui, peut-être effectivement, vous l'avez très bien dit, c'est un piège dans lequel peut-être il ne faut pas tomber et peut-être il faut aller vers plus de réconciliation. Nicolas Villiers, vous laisseriez par exemple François Ruffin faire un spectacle qui serait un puits du fou de gauche dans le puits du fou,
ça serait intéressant ? Non ? Embauchez-le, il a envie François Ruffin. Mais pourquoi pas ? Il a le talent qui va avec de l'écriture, de la mise en scène et de la coordination C'est une annonce officielle, vous invitez François Ruffin à faire un spectacle
au sein de votre parc d'attractions.
François Ruffin est venu au puits du fou, c'est déjà un grand mérite parce qu'il est venu découvrir et ça a été un moment très intéressant d'échanger avec François Ruffin et je lui ai dit d'ailleurs de revenir bien sûr. Donc non, je crois moi aussi à la phrase de Marc Bloch, vous savez, comme Vendéen, le puits du fou est en Vendée, nous avons dans la même commune qui s'appelle Mouilleron deux vainqueurs de guerre mondiale, Clémenceau, l'anticlérical et de l'âtre et bien de l'âtre qui est plutôt de la droite traditionnelle et qui lui signera la capitulation de l'Allemagne.
Et bien, nous avons dans ces deux figures Vendéennes une même fierté, vous voyez, et donc pour moi, la France, elle vient jusqu'à aujourd'hui offrir au monde des grandeurs et des beautés qu'il faut présenter. C'est le sens même de nos spectacles.
Merci infiniment, Arnaud Fossier, je crois que vous allez peut-être être en discussion bientôt pour créer un spectacle historique, le puits du fou de gauche au sein du puits du fou.
Et le puits du fou n'est ni de droite ni de gauche.
Ni de droite ni de gauche. Avis aux historiens qui veulent effectivement faire évoluer ce parc d'attractions vers plus de diversité, peut-être pour la France. Vous reviendrez, Nicolas de Villiers ?
Avec joie si vous m'invitez.
Sur France Inter. Antoine Oberdorf, merci infiniment Arnaud Fossier, merci beaucoup. Merci à vous. Le débat de midi, c'est terminé. Lundi, je laisse les commandes à Victor Dequiver, mon binôme et coup de cœur professionnel de toujours qui vous promet de beaux bras de fer. Merci à Manon Rutin et Caroline Prota qui ont fait résonner de grandes voix dans ce studio. Merci à nos stagiaires Lisa Van Ersel et Mabezem pour leur intelligence qui vont avoir une longue carrière. Merci à Céline Hila, la chef d'orchestre, à Valentin Chaudbois qui nous a fait groover avec les meilleures musiques de l'été.
Et à vous, chers auditeurs, merci d'avoir tant écrit, participé au débat, d'avoir appelé grâce aux standardistes Oscar et Arthur. Bonnes vacances à tous. Le débat de midi, c'est toujours mon émission préférée. Débattre pour ne pas se battre aujourd'hui. À la technique, c'était Adèle Cagla et Geoffrey Roblin.
Philippe de Villiers