Europe : conférence de presse de François Fillon
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 87 %Attaque 6 %Défensif 7 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 14:25OuverteÉludée
Êtes-vous favorable à une rénégociation de la dette des pays du Sud, notamment le Portugal, et une mutualisation de la dette pour l'ensemble des pays européens ?
- 15:36OuverteRéponse directe
Quelles sont vos différences sur l'Europe avec Emmanuel Macron ?
- 21:47OuverteRéponse directe
Que faire face à Donald Trump pour éviter cette humiliation et pour que la France, notamment, puisse se faire entendre ?
- 22:14OuverteRéponse directe
Que faut-il faire avec M. Orban alors que son pays touche les subventions européennes et qu'il ne respecte pas les valeurs européennes ?
- 22:37OuverteRéponse directe
Quelle sera votre position face à l'attaque chimique en Syrie ?
- 27:44OuverteRéponse directe
Pourquoi ne mettez-vous pas la Russie comme étant éventuellement un objectif dans votre chapitre de sécurité ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:03Invité politiqueFait
« La Grande-Bretagne va quitter l'Union européenne. Les extrémistes progressent partout sur le continent. »
- 0:11Invité politiqueFait
« Je viens de lire le questionnaire que M. Orban adresse à ses concitoyens sous l'intitulé Stop à Bruxelles. »
- 0:28Invité politiqueFait
« La construction européenne a permis au cours des 60 dernières années de réconcilier les nations européennes et d'organiser leur prospérité commune et d'affirmer la démocratie. »
- 1:45Invité politiqueFait
« Avec elle, ce serait le chaos assuré et l'explosion de l'Europe. »
- 2:52Invité politiqueFait
« L'idée d'un peuple européen, c'est un fantasme romantique. Ce n'est pas une réalité. »
- 4:20Invité politiqueFait
« L'élargissement sans limite, c'est terminé. »
- 4:35Invité politiqueFait
« La Turquie n'a pas vocation à intégrer l'Union européenne. »
- 6:23Invité politiqueFait
« Après plus de 15 ans d'existence, la zone euro doit enfin devenir une véritable puissance économique mondiale capable d'assurer sa souveraineté économique. »
- 6:48Invité politiqueFait
« Nous devons, comme le propose le président Giscard d'Estaing, doter la zone euro d'un véritable gouvernement économique. »
- 10:06Invité politiqueFait
« La première de ces menaces, c'est le terrorisme islamiste qui vise à disloquer nos sociétés pour imposer dans le chaos et la peur une société totalitaire délirante. »
- 11:55Invité politiqueChiffre
« L'objectif des 2% du produit intérieur brut doit devenir un véritable impératif. »
- 19:34Invité politiquePromesse
« Je suis le seul candidat qui propose un projet qui aboutit à la fin du quinquennat à l'équilibre des finances publiques. »
- 42:10Invité politiqueFait
« Moi, je considère que les 5 ans qui viennent sont extrêmement dangereux. »
- 42:11Invité politiqueFait
« On peut, dans les 5 ans qui viennent, voir l'Union européenne se déliter complètement si on ne prend pas des mesures énergiques. »
- 44:43Invité politiqueFait
« s'il y avait eu des initiatives diplomatiques puissantes en 2013, en 2012, en 2014 vis-à-vis de la Russie, il était possible de trouver un accord. »
- 46:19Invité politiqueFait
« Moi, j'ai dit depuis le début que j'étais défavorable à cette politique qui a consisté d'abord à accueillir sans véritable concertation un nombre considérable de réfugiés. »
- 46:49Invité politiqueChiffre
« il y a 560 000 ou 580 000 déboutés du droit d'asile en Allemagne. »
Temps de parole
- François Fillon81 %
- ?7 %
- Invité2 %
- Invité 22 %
≈ 69,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Mesdames
et Messieurs, la Grande-Bretagne va quitter l'Union européenne. Les extrémistes progressent partout sur le continent.
Je
viens de lire le questionnaire que M. Orban adresse à ses concitoyens sous l'intitulé Stop à Bruxelles.
Le
président américain a humilié l'Allemagne et sa chancelière il
y
a quelques jours. C'est dire que l'Europe est vraiment en danger.
La
construction européenne a permis au cours des 60 dernières années de réconcilier les nations européennes et d'organiser leur prospérité commune et d'affirmer la démocratie.
C
'est un acquis fondamental qui doit être préservé.
Mais
on voit bien qu'aujourd'hui, les Européens doutent de l'Europe,
voire
s'en détournent purement et simplement.
Le
projet européen est remis en cause partout.
La
machine bruxelloise semble tourner à vide ou pire, rogner nos libertés ou nos identités.
La
victoire du Brexit dans l'un des principaux pays de l'Union est un ultime signal d'alarme après une série de votes négatifs qui n'ont pas été assez entendus.
Si
nous ne sommes pas capables de rénover de fond en comble notre maison commune,
de
faire une véritable refondation de l'Europe, toute la construction
de
l'Union européenne risque de s'effondrer.
Une
fois de plus, c'est la France, en tout cas pour une part,
qui
va décider du sort de notre continent à l'occasion de cette élection.
C
'est l'un des enjeux les plus importants de cette campagne.
Et
pourtant, les candidats se contentent pour la plupart de postures
en
esquivant le fond du sujet.
Ce
que propose Marine Le Pen, c'est la sortie de l'euro,
maintenant
soumise à un référendum. Avec elle, ce serait le chaos assuré
et
l'explosion de l'Europe.
Et
puis il
y
a ceux qui se proclament pro-européens, mais qui ne veulent rien changer, rien bouger,
et
surtout ne pas engager les réformes qui remettraient notre pays dans la course.
L
'immobilisme ne peut conduire qu'au déclassement de la France et au renoncement à toute forme de leadership européen.
L
'Europe a besoin de la France.
L
'élection présidentielle française,
c
'est un moment crucial.
Vous
voyez d'ailleurs l'inquiétude avec laquelle nos voisins suivent cette campagne.
Et
ils ont raison, car l'Europe a besoin d'un chef d'Etat en France qui soit fort et qui puisse reprendre l'initiative.
Je
suis aujourd'hui le seul candidat qui présente une analyse lucide
à
la fois de la nécessité de l'Europe pour notre pays
et
en même temps des insuffisances profondes de la construction européenne et de l'urgence d'agir.
Alors
qu'est-ce que nous ferons une fois que je serai élu
? D
'abord,
il
faut partir d'un constat. La construction européenne, c'est l'œuvre des États.
Et
parmi ces États, c'est en particulier l'œuvre de la France et de
l
'Allemagne.
Parce
que la réalité en Europe, ce sont les États, ce sont les nations. L'idée d'un peuple européen, c'est un fantasme romantique. Ce n'est pas une réalité.
Et
comme l'Europe,
c
'est d'abord la coopération entre les États, la priorité, pour moi, c'est de remettre en route le moteur franco-allemand en panne depuis cinq ans.
Mais
là encore, il faut être lucide.
L
'Allemagne ne s'engagera pas avec une France qui refuse de remettre de l'ordre chez elle.
L
'idée qu'on puisse relancer le moteur franco-allemand sans faire chez nous les réformes indispensables pour retrouver notre puissance économique est une illusion.
J
'étais à Berlin en janvier. Le message d'Angela Merkel et de ses ministres était clair. Nous avons besoin d'une France forte pour ensemble relancer l'Europe.
Sans
une France forte,
c
'est-à-dire sans une France qui a remis de l'ordre dans ses finances publiques, qui a libéré son économie, il
n
'y a pas d'entente franco-allemande possible. Et donc il n
'y
a pas de refondation de l'Europe.
L
'Europe est indispensable pourtant pour assurer aux Français, comme à tous les Européens, la sécurité et la prospérité économiques.
Ce
sont là les deux défis auxquels l'Europe est confrontée.
Et
c'est pour répondre à ces deux défis existentiels qu'elle doit se réorganiser et se refonder.
Il
est temps que l'Europe se concentre sur les vrais défis qui se posent et cesse de se disperser sur des sujets accessoires ou sur des rêves illusoires.
Et
je voudrais d'abord dire qu'à ce titre, l'Europe doit cesser de s'élargir sans cesse pour se concentrer sur ces défis intérieurs.
Je
veux être clair à cet égard. L'élargissement sans limite, c'est terminé.
Et
il est plus que temps d'en tirer les conséquences, notamment à l'égard de la Turquie.
Je
souhaite que l'on puisse nouer avec ce pays un partenariat stratégique, si du moins ses dirigeants le souhaitent. Mais la Turquie n'a pas vocation à intégrer l'Union européenne. Et il est temps que les Européens le disent
au
peuple turc et au gouvernement turc.
L
'Europe doit d'abord penser à elle-même.
Elle
doit se donner deux priorités, retrouver sa puissance économique et assurer sa sécurité.
Qui
ne voit que dans le monde d'aujourd'hui, les pays qui réussissent sont ceux qui savent tirer parti de la mondialisation.
Il
faut donc armer l'Europe.
Si
le choix des échanges est le seul réaliste, encore faut-il être capable de défendre ses intérêts et de faire valoir ses atouts.
L
'Europe doit cesser de croire naïvement aux vertus du commerce international sans contrepartie.
Nous
sommes dans un monde de compétition où chacun défend bec et ongle ses intérêts. Eh bien, nous devons en faire de même.
A
cet égard, le Brexit peut avoir des avantages.
Les
Britanniques ont toujours refusé le principe de réciprocité, de faire du principe de réciprocité une exigence de base.
Ils
se sont toujours opposés aux mesures de défense commerciale lorsque la Commission se décidait à en proposer.
Eh
bien,
à
l'avenir, je souhaite que l'Europe, sans timidité, utilise ses instruments de défense commerciale pour lutter contre le dumping ou contre les subventions des pays tiers.
Elle
devra également refuser d'ouvrir ses marchés publics si elle n'obtient pas une vraie réciprocité pour nos entreprises.
Elle
devra également être intransigeante à l'OMC
ou
dans les accords bilatéraux pour que nos produits, notamment agricoles, aient de meilleurs débouchés
et
pour que nous puissions nous protéger vis-à-vis de ceux qui ne respectent ni les normes sociales
ni
les normes environnementales fondamentales.
Ensuite,
je souhaite que nous puissions rétablir
ou
établir la souveraineté de l'euro.
Après
plus de 15 ans d'existence, la zone euro doit enfin devenir une véritable puissance économique mondiale capable d'assurer sa souveraineté économique.
Je
ne parle pas de choses abstraites.
Je
dis que l'Europe doit avoir l'énergie politique suffisante pour résister à l'instrumentalisation du dollar, pour faire pression sur ses entreprises
ou
pour ne pas se laisser imposer des variations de son taux de change qui lui seraient défavorables.
Pour
cela, nous devons, comme le propose le président Giscard d'Estaing, doter la zone euro d'un véritable gouvernement économique.
Ce
gouvernement économique doit être composé des chefs d'Etat et de gouvernement.
Il
doit s'appuyer sur un secrétariat indépendant de la Commission
qui
sera l'embryon du futur Trésor européen
et
sur un MES transformé en un véritable FMI européen pour assurer notre indépendance financière.
La
zone euro, ainsi renforcée, devra se fixer des objectifs ambitieux à l'horizon 2025, assurer entre ses membres la convergence fiscale,
ce
qui signifiera pour la France alléger le poids de notre fiscalité pour la rapprocher des standards européens.
Voilà,
je veux qu'on fasse de l'euro une véritable monnaie de réserve à l'instar du dollar.
Et
il est d'autant plus nécessaire de le faire maintenant
qu
'à côté du dollar monte la puissance économique, financière et monétaire chinoise.
Et
je ne voudrais pas que nous nous retrouvions totalement coincés entre le dollar et sa puissance et la monnaie chinoise, alors même que nous avons fait le choix d'une monnaie unique pour nous assurer de notre souveraineté et de notre indépendance.
Dans
le même mouvement, l'Union européenne doit cesser de réglementer à tout va et se concentrer sur quelques priorités.
D
'abord un véritable agenda numérique européen,
ce
qui suppose à la fois de concentrer les investissements européens d'avenir sur les réseaux et sur les technologies qui permettront à l'Europe de ne pas se faire distancer,
de
lutter efficacement contre les pratiques déloyales des géants américains ou asiatiques.
Il
n'est pas normal qu'au bout de 4 ans d'enquête, aucune sanction n'ait encore été prise contre les abus de position dominante que pratiquent certains géants du net.
Il
faut ensuite une politique de la concurrence
qui
permette l'émergence de champions européens, ce qui implique de reconnaître que la concurrence s'exerce le plus souvent au niveau mondial et pas dans un cadre national étroit. Enfin, nous devons en finir avec la logique du dumping au nom d'une libre concurrence dévoyée.
La
directive sur les travailleurs détachés symbolise tous ces excès et toutes ces dérives.
Et
là-dessus, je veux dire à nouveau et très clairement
qu
'elle devra être revue de fond en comble d'ici la fin de l'année 2017, faute de quoi la France cessera purement et simplement de l'appliquer.
Je
veux ensuite évoquer la sécurité.
C
'est le défi le plus difficile
parce
que l'Union européenne a trop longtemps vécu sur l'idée que c'était un sujet qui ne la regardait pas,
que
la sécurité de l'Europe était assurée par d'autres, par l'OTAN, par les Américains
ou
par les Français et les Britanniques.
Ce
temps de l'insouciance stratégique est révolu.
Il
est révolu parce que les Américains, avec le président Trump, ne veulent plus assurer automatiquement la sécurité des Européens,
qu
'ils considèrent comme riches et négligents.
Et
ce qui s'affirme avec le président Trump se dessinait déjà, en réalité, avec le président Obama. Il s'agit donc d'une tendance de fond.
Ça
ne veut pas dire que l'Alliance atlantique
a
cessé d'être nécessaire. Ça veut dire qu'elle n'est plus l'alpha et l'oméga de la sécurité des Européens.
Ce
temps de l'insouciance stratégique est aussi révolu parce que les menaces qui pèsent sur notre sécurité ont profondément changé.
La
première de ces menaces, c'est le terrorisme islamiste
qui
vise à disloquer nos sociétés pour imposer dans le chaos et la peur une société totalitaire délirante. Cette menace n'est pas théorique,
comme
l'était jadis la menace atomique.
Elle
a fait des morts.
Elle
a fait des morts par centaines sur notre continent, depuis la France jusqu'à la Russie, en passant par l'Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, l'Espagne. Personne n'est à l'abri.
Ce
défi, on ne pourra le relever qu'ensemble
parce
que hier comme aujourd'hui, les lignes maginaux aux frontières nationales coûtent très cher et se révèlent à chaque fois tragiquement illégées. inutiles.
Pour
répondre à ce défi, nous devons profondément réorganiser Schengen.
Les
Européens doivent unir leurs forces de manière concrète pour assurer la protection de leurs frontières extérieures, bien sûr, mais aussi traiter ensemble
les
demandes d'asile pour reconduire chez eux ceux qui n'en relèvent pas.
Mais
ça ne suffit pas.
Nous
devons aussi faire de la coopération en matière de lutte contre l'immigration clandestine l'une des priorités de notre action extérieure.
Il
n'est pas possible de vouloir bénéficier de l'aide européenne
et
de refuser de coopérer avec l'Europe pour lutter contre l'immigration clandestine. Enfin, face à ceux qui font le choix de l'ennemi, nous devons être implacables.
Ceux
qui sont partis en Syrie faire le djihad doivent purement et simplement être interdits d'entrer dans l'espace de Schengen.
Enfin,
il reste à construire l'Europe de la défense.
C
'est le chantier le plus important des années à venir.
Il
ne s'agira pas de construire une illusoire armée européenne. C'est un fantasme fédéraliste qui n'a aucun sens.
Il
s'agit en revanche d'agir concrètement et résolument dans trois directions.
D
'abord, les Européens doivent relever leur effort de défense. L'objectif des 2% du produit intérieur brut doit devenir un véritable impératif. Pour ma part, je m'y suis engagé
et
j'augmenterai les moyens affectés à notre défense dès le budget de 2018, notamment pour renforcer les capacités opérationnelles de l'armée française.
Ensuite,
il faut que les Européens assurent leur autonomie stratégique, ce qui veut dire maintenir sur notre continent une industrie militaire de pointe plutôt que d'acheter systématiquement américains ou russes.
Enfin,
il faut que les Européens s'organisent
et
qu'ils agissent ensemble lorsque leurs intérêts communs sont en jeu.
La
France ne peut pas agir tout le temps toute seule
lorsqu
'elle défend en réalité au moins autant les intérêts européens que nos stricts intérêts nationaux.
Et
sur ces sujets, je suis convaincu que la voie des coopérations bilatérales est plus réaliste
que
celle des grands projets A27.
On
a ouvert la voie en 2010 avec le traité de Lancaster House,
signé
avec les Britanniques. Eh bien, on doit poursuivre cette voie et l'explorer avec d'autres pays désireux de renforcer leur défense. Je pense évidemment à l'Allemagne. Concrètement, la France et l'Allemagne devront être les pivots de la nouvelle alliance militaire de défense
qui
permettra à l'Europe de reprendre en main son destin sans renier pour autant ses alliances passées.
La
France redeviendra crédible en Europe
parce
que nous engagerons les réformes qui relanceront notre machine économique,
qui
rétabliront notre appareil militaire et parce que nous donnerons un cap clair à notre diplomatie. C'est comme ça que nous pourrons recréer un leadership franco-allemand, que nous pourrons imposer l'Europe des nations, l'Europe des chefs d'État. Nous ne voulons plus d'une Europe qui se mêle de tout, mais d'une Europe qui reprend la main et qui s'engage sur un petit nombre de chantiers politiques qui correspondent aux vraies attentes de nos concitoyens.
Voilà
ce que je voulais vous dire sur le projet européen que je défends. Je veux juste ajouter que Jean-Pierre Raffarin se rendra mardi à Bruxelles pour présenter ce projet au président du Parlement européen, M. Tajani, et à M. Juncker.
Je
suis naturellement maintenant à votre disposition pour essayer de répondre à vos questions.
Bonjour. M.
Raffarin se rendra à Bruxelles avec M. Lequillet qui est ici.
Je
ne vais pas oublier. Pardon. Allez-y.
Bonjour.
Karina Branco de l'Agence de presse portugaise.
Je
voudrais savoir si vous êtes favorable à une rénégociation de la dette des pays du Sud, notamment le Portugal, et serait-il envisageable
une
mutualisation de la dette pour l'ensemble des pays européens
? Aujourd
'hui, la priorité pour moi, c'est d'organiser la zone euro
selon
le modèle que je vous ai proposé. Une fois que la zone euro sera organisée selon ce modèle, on pourra toujours parler
de
mutualisation de la dette. Mais aujourd'hui, mutualiser la dette, c'est une vue de l'esprit. Ça ne peut conduire qu'à l'affaiblissement de la zone euro et à sa division. Donc il ne
faut
pas mettre la charrue avant les bœufs. D'abord, mettre en place un gouvernement économique, mettre en place le dispositif de fonds monétaire européen que je proposais, engager le processus d'harmonisation fiscale.
Et
une fois que tous ces efforts seront faits, on pourra évoquer la question de la dette. Mais aujourd'hui, franchement, demander aux Allemands de payer notre dette à notre place, je pense que ce n'est pas une solution qui aura beaucoup de succès.
Bonjour, Béatrice Adjage de RTL.
J
'ai deux questions, monsieur. La première, je voudrais savoir quelles sont vos différences sur l'Europe avec Emmanuel Macron, puisque, comme vous, c'est le candidat qui privilégie de rester au sein de la zone euro et au sein de l'Europe pour mener sa politique. J'ai une deuxième question. Vous utilisez un ton un peu menaçant pour parler de la directive des travailleurs détachés en disant que vous pourriez cesser de l'appliquer. Or, vous savez très bien que cette directive est en renégociation, qu'il y a de bonnes chances de trouver un accord.
Et surtout que, pour l'instant, les travailleurs détachés en Europe qui ont des bas salaires ne sont pas une menace ni une concurrence pour les travailleurs français, compte tenu de l'exemption quasi à 100% des charges sociales. Merci beaucoup.
Alors,
je commence par cette dernière question. Pardon, mais il faut que vous alliez sur le terrain voir la situation.
Et
dans les rues de Paris, simplement,
vous
avez des travailleurs détachés qui, avec des coûts horaires extrêmement bas, sont en train progressivement de prendre les chantiers qui étaient autrefois des chantiers tenus par des entreprises françaises avec des travailleurs français. Donc dire qu
'il n
'y a pas de problème de concurrence sous prétexte que les charges sont extrêmement basses, ça n'est pas exact. Ça n'est pas la réalité. Et aujourd'hui, la directive qui est en cours de renégociation, c'est vrai qu'il y
a
une prise de conscience par la commission du dumping que représente cette directive sur le travail détaché, mais la négociation qui est en cours est encore loin d'aboutir au résultat que je souhaite. Le résultat que je souhaite, c'est quoi
? C
'est évidemment permettre à tous les travailleurs de toute l'Europe de travailler dans tous les pays européens. Moi, je suis pour qu'on garde cette liberté de circulation des Européens et donc la possibilité pour les Européens d'aller travailler dans chacun des pays de l'Union européenne. Mais à une condition, c'est que le coût final, le coût horaire, charges comprises, soit, corresponde au coût du pays dans lequel vous travaillez.
Et
donc ça pose le problème des charges sociales. Et moi, je propose qu'on travaille autour de l'idée que les entreprises qui emploient des travailleurs détachés doivent payer leurs charges sociales à un fonds mutualisé européen, puisqu'on m'explique que ce n
'est
pas possible de faire autrement. Il y
a
peut-être d'autres formules, mais en tout
cas,
l'objectif, ça doit être celui-là.
Il
doit y avoir un coût équivalent. Et pour l'instant, la directive qui est en cours de négociation à Bruxelles est très, très loin de parvenir à ce résultat. Sur le premier sujet, les différences avec M. Macron, elles sont de deux ordres. La première différence, peut-être la plus importante, c'est que M. Macron ne propose pas de redresser l'économie française.
Il
ne propose pas de renouer avec l'équilibre des comptes publics, puisque tous les instituts économiques qui ont analysé son programme concluent qu'avec M. Macron, il n'y aura pas de retour à l'équilibre des finances publiques. Et d'ailleurs, chaque jour de campagne qui passe, Emmanuel Macron ajoute des promesses financières supplémentaires. Nous avons eu le service militaire d'un mois
avec
entre 15 et 20 milliards d'investissements, plus 2,5
milliards
de fonctionnement annuel. Nous avons eu les 10 milliards de la taxe d'habitation supprimée
qui
doit être financée par l'État, mais pour lequel il n
'y
a aucune recette
dans
le projet de M. Macron. Nous avons eu les 10 milliards d'économies sur
l
'assurance chômage sans aucune modification des règles de l'assurance chômage. Je ne sais pas où sont les économies. J'ai vu que M. Macron imaginait que le retour au plein emploi permettrait à terme de baisser le coût de l'assurance chômage. Mais encore faudrait-il qu'il
y
ait des mesures énergiques permettant de revenir au plein emploi. Donc il n'y a pas dans le projet de M. Macron, en réalité, de mesures qui permettent de retrouver l'équilibre des comptes publics. Je suis le seul candidat qui propose un projet qui aboutit à la fin du quinquennat à l'équilibre des finances publiques. Et c'est évidemment très important parce que s'il n'y a pas d'effort à la fois de retour à l'équilibre des finances publiques et en même temps de redynamisation
de
l'économie française, il n'y a pas de possibilité d'un couple franco-allemand qui fonctionne sur un pied d'égalité. Et donc il n'y a pas de dynamique européenne. Mais il
y
a une deuxième différence fondamentale avec M. Macron.
C
'est qu'il propose de s'inscrire dans le cadre des traités, dans le cadre de l'Europe à 27, c'est
-à
-dire dans le cadre du fonctionnement actuel. Il propose dans ce cadre-là un certain nombre d'améliorations qui, à mon sens, sont des améliorations cosmétiques parce qu
'à
27 ou à 26, on verra, la possibilité de faire évoluer les traités, elle est extraordinairement faible.
Ma
conviction, ce serait évidemment l'idéal de pouvoir modifier les traités, de pouvoir,
par
un nouveau traité européen, refonder le projet européen. Mais chacun voit bien qu'à 26 ou à 27,
ça
va prendre un ton fou.
Et
surtout, le résultat sera un compromis boiteux.
Il
faudra céder aux Polonais des exigences. Et les Polonais considéreront qu'il faut céder aux Français sur un certain nombre de sujets. Et à la fin,
comme
il y a une grande opposition au projet européen dans nos opinions publiques,
il
faudra en passer par un référendum.
Et
ma conviction, c'est que ce référendum, il n
'est
pas gagné.
Donc
c'est pour ça que je propose, moi, de, pour l'instant, laisser de côté les traités et l'Europe à 26 ou à 27 et bâtir une coopération puissante pour la zone euro et uniquement pour la zone euro. C'est le projet que je défends. Et puis des coopérations à géométrie variable sur les frontières, avec les pays qui acceptent
le
cahier des charges que je propose sur les frontières, que nous proposons sur les frontières, sur la défense,
sur
l'Europe numérique
et
peut-être demain sur l'Europe de l'énergie.
Oui,
M. Fillon, bonjour. Ulysse Gosseb, FMTV. Vous avez noté l'humiliation faite à Angela Merkel par Donald Trump. Si vous êtes élu, vous allez rencontrer Trump au plus tard, en juillet, pour le prochain G20.
Que
faire face à Donald Trump pour éviter cette émuliation et pour que la France, notamment, puisse se faire entendre
?
Comment vous allez bâtir une stratégie face à Donald Trump française et européenne
?
Deuxième question. Qu'est-ce que vous faites par rapport à M. Orban ? Vous avez noté également ce qu'il est en train de préparer. Que faut-il faire avec M. Orban alors que son pays touche les subventions européennes et qu'il ne respecte pas les valeurs européennes ? Est-ce qu'il faut prendre des sanctions contre la Hongrie
?
Et puis enfin, dernière question sur
ce
qui se passe en Syrie. On voit bien que l'attaque chimique qui a eu lieu a pour effet de torpiller les négociations qui étaient en cours. Donald Trump menace d'intervenir, en tout cas d'une action unilatérale.
Quelle
sera votre position ? Merci.
Vous
voyez
passer
un certain temps, M. Gosset. D'abord, sur la stratégie que doit avoir la France avec les Etats-Unis. D'abord, la France doit parler avec la plus grande franchise aux Etats-Unis. Le président français ne doit pas se précipiter aux Etats-Unis, me semble-t-il. Mais surtout, il doit bâtir avec l'Allemagne une stratégie commune.
Je
répète depuis des mois et des mois que
la
façon dont la justice américaine et
à
travers la justice américaine, l'administration américaine, intervient d'une façon qui, de mon point de vue, est totalement contraire au droit international dans la vie des entreprises européennes, est un sujet non négociable. C'est un problème, c'est un contentieux majeur entre l'Europe et les Etats-Unis. Et c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je propose que toutes les négociations commerciales, tous les sujets qui sont sur la table entre l'Europe et les Etats-Unis soient gelés tant que les Américains n'accepteront pas qu'on examine cette question.
On
ne peut pas continuer à accepter qu'un juge américain, tout d'un coup, décide de se mêler de la vie d'une entreprise européenne et avec souvent des arrières-pensées qui sont des arrières-pensées commerciales. Donc, pour le moment, l'Allemagne était très peu ouverte
à
l'attitude que je défends et à la proposition que je fais. J'ose espérer que, compte tenu de l'accueil que Mme Merkel a reçu
à
Washington et compte tenu quand même des
pressions
qui s'exercent sur l'Allemagne, notamment en matière de sécurité et du constat que l'Allemagne doit faire que ça n'est pas l'attitude qui était la sienne jusqu'à maintenant et qui consistait à accepter tout ce qui venait des Etats-Unis qui va la protéger. J'ose espérer que l'Allemagne va évoluer sur ces sujets. Et c'est grosso modo ce que j'ai senti, senti seulement, dans les discussions que j'ai pu avoir avec Mme Merkel. Deuxième sujet, M. Orban. Il y a M. Orban, il
y
a la Pologne,
il
y a quand même un certain nombre d'Etats aujourd'hui qui ont adopté une attitude vis-à-vis de l'Union européenne.
Il
ne s'agit pas de sanctionner des Etats qui critiqueraient l'Union européenne. Je suis le premier à le faire. Il s'agit de sanctionner des Etats qui ne respectent plus des valeurs démocratiques qui sont le fondement même de notre alliance européenne. En ce qui concerne la Syrie et ce qui vient de se passer, la communauté internationale a interdit l'usage des armes chimiques, les a bannies. Utiliser des armes chimiques, c'est un crime de guerre. Il doit y avoir une enquête. Elle est d'ailleurs diligentée par les Nations unies et par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques.
Et à partir du résultat de cette enquête, la communauté internationale doit prendre les mesures nécessaires et sanctionner les responsables de cette attaque insupportable, intolérable.
Une
fois qu'on a dit ça, la question qui est posée, c'est qu'est-ce qu'on fait en tant que responsable politique ?
Qu
'est
-ce
que fait la France pour ne pas rester spectateur face à des massacres qui, je vous le rappelle, durent depuis 6 ans
? Ça
fait 6 ans que
tous
les observateurs, tous les responsables occidentaux expliquent que le régime de Bachar el-Assad va tomber. Ça fait 6 ans qu'il est debout et que les massacres se poursuivent. C'est donc quand même que notre stratégie et que notre diplomatie n'a pas été extrêmement clairvoyante.
Donc
il y a deux attitudes possibles. Ou bien on décide d'une intervention occidentale
contre
le régime de Bachar el-Assad. La France n'en a évidemment pas la possibilité. Ça ne peut être que les États-Unis qui puissent conduire cette opération. Elles risquent d'aboutir au même résultat que ce qui s
'est
passé en Irak.
Je
rappelle qu'en Irak, les Américains ont détruit un régime qui lui-même s'était livré à des attaques chimiques contre une partie de sa population. Mais à l'époque, nous avions estimé, nous, Français, qu'il n'était pas possible de s'engager dans cette guerre parce qu'elle allait aboutir à la destruction de l'Irak et aux résultats qu'on connaît aujourd'hui.
Donc
je ne crois pas que cette formule-là, celle d'une intervention militaire occidentale en Syrie, soit la bonne. Donc il reste une deuxième solution, qui est celle que je prône depuis toujours, qui consiste à parler, même si c'est difficile, avec les Russes, avec les Iraniens, avec les Turcs,
pour
essayer de trouver un accord qui ménage les intérêts des uns et des autres, de ceux que je viens de citer, et qui permettent le départ de Bachar el-Assad et l'évolution du régime syrien. Voilà. Puis après, il
y
a la troisième attitude, qui est sans doute malheureusement celle vers laquelle on va aller, qui consiste à continuer à commenter, à s'émouvoir à juste titre des massacres et à ne rien faire. —
Véronique Auger, France 3. Dans votre chapitre de sécurité, vous n'avez pas mis la Russie comme étant éventuellement un objectif. Or, nous sommes liés par des accords avec la Pologne, avec les pays baltes, avec les pays de l'Est, qui se sentent menacés par la Russie. Donc pourquoi est-ce que vous ne mettez pas la Russie dans le chapitre de sécurité ? Et plus généralement, quelle serait, à vos yeux, la politique que l'Europe devrait mener vis-à-vis de la Russie, et notamment sur les sanctions
? —
D'abord, je ne considère pas que la Russie soit aujourd'hui un risque militaire majeur pour l'Europe. Je pense que le risque militaire majeur, il est
du
côté du totalitarisme islamique, pas du côté de la Russie. Deuxièmement,
je
considère qu'aujourd'hui,
la
question la plus difficile pour les Européens, c'est plutôt sa relation commerciale avec la Chine que la question sécuritaire
aux
frontières de la Russie. Alors ça n'empêche pas qu'il y
a
un conflit en Ukraine. Je ne l'ignore pas. Et ce conflit, il faut le régler. Et il y a d'ailleurs un accord qui a été bâti pour le régler.
Il
faudrait simplement que les deux parties à cet accord fassent chacun un effort.
Ça
vaut pour la partie russe ou les alliés des Russes. Ça vaut surtout aussi pour la partie ukrainienne.
Pour
le reste, on a un accord, on a une alliance qui s'appelle l'Alliance atlantique qui prévoit que lorsqu'un État
membre
de cette alliance atlantique est agressé, il doit recevoir
le
soutien des autres États.
Il
y avait une autre partie à votre question ?
Non,
c'est tout. Pardon. Excusez-moi.
Oui, je
suis Thomas Sanker du Handelsblatt d'Allemagne. Ce que vous dites sur la défense a des conséquences potentiellement lourdes, surtout pour mon pays, parce que si l'OTAN n'est plus l'alpha et l'oméga de la défense, quelqu'un d'autre devrait devenir ce pivot. D'où ma question. Est-ce que dans le cadre de cette nouvelle alliance européenne que vous proposez, la France serait prête à donner une garantie de sécurité pour ses alliés ? Et cette garantie, évidemment, elle inclurait l'utilisation de l'arme nucléaire, le cas échéant. Deuxième question qui est liée à celle-ci.
La première, est-ce que dans cette nouvelle alliance, la France serait prête à amender sa doctrine de défense et donner un droit de, disons, de co-détermination à ses alliés dans le cadre d'une intervention militaire
? D
'abord, qu'on ne
se
méprenne pas, je n'ai pas dit qu'on allait se passer de
l
'alliance atlantique.
J
'ai dit qu'à côté de l'alliance atlantique, qui continuera d'apporter en particulier la garantie nucléaire que vous évoquiez tout à l'heure, il faut que l'Europe se dote d'instruments, d'ailleurs plutôt de défense conventionnelle, de force de projection et puis de capacité de défense du territoire pour lutter contre une menace nouvelle, qui est la menace terroriste islamiste.
C
'est en réalité la seule menace réelle que nous ayons à affronter aujourd'hui. C'est la seule menace qui fait des morts
sur
le territoire de l'Union européenne. Donc je ne propose pas de substituer une alliance européenne à l'alliance atlantique, qu'on ne se méprenne pas. L'alliance atlantique, elle reste, elle est importante. La solidarité entre les pays occidentaux, les pays du monde libre, ça reste la pierre de base de notre système de sécurité, mais ça ne suffit plus.
Et
donc il faut le compléter par une évolution de nos doctrines de défense et du rapport que nous entretenons entre nous en Europe sur ces questions de sécurité. Alors est-ce que la France doit faire évoluer sa doctrine militaire, sa doctrine d'emploi des forces dans le cadre de cette alliance ? Évidemment, oui. On ne peut pas demander aux Européens de participer à des opérations en matière de sécurité, soit à travers des forces européennes
de
pays européens, soit à travers un financement européen, sans qu'il y ait un accord de l'ensemble de ceux qui participeront à ces actions.
Il
n
'est
pas question que la France fasse simplement payer à l'Allemagne des opérations militaires qu'elle conduirait en Afrique ou au Proche-Orient. Ce n
'est
pas ça l'objectif. L'objectif, c'est bien de définir des moyens communs, des doctrines d'emploi communs, tout en gardant chacun notre indépendance et notre autonomie d'action. Cela veut dire qu'il y a des sujets sur lesquels la France pourra intervenir seule et puis d'autres sur lesquels
elle
le fera en coopération avec les Européens. Mais enfin, on voit bien, compte tenu à la fois de l'évolution des menaces, de la situation sécuritaire et puis de nos propres contraintes financières, on voit bien qu'on ira de plus en plus vers des opérations communes, vers des opérations avec plusieurs pays européens et avec des opérations qui seront financées par plusieurs pays européens.
Richard Verly du quotidien suisse, Le Temps. Vous avez évoqué concernant l'immigration clandestine et Schengen deux aspects. Le premier, ce sont les pays qui bénéficient de l'aide européenne et qui refusent ces rapatriements. Deuxième aspect, vous avez dit que vous alliez proposer à vos partenaires de l'espèce Schengen des modalités pour rapatrier les clandestins. Alors concrètement, qu'est-ce que François Fillon, président, va proposer à ses partenaires de Schengen en la matière
? La
première chose que je voudrais proposer, c'est des règles communes.
Il
faut qu'on ait des règles communes sur le droit d'asile et ce qu'on fait des personnes qui ne sont pas susceptibles de recevoir un accord en matière de droit d'asile. Moi, je suis attaché au droit d'asile. C'est une tradition française, européenne, qui est fondamentale et que je n'entends en aucun cas remettre en cause. Mais chacun sait qu'aujourd'hui, en Allemagne, je crois qu'il
y a
à peu près 560 000 déboutés du droit d'asile qui ont vocation en principe à retourner dans leur pays d'origine.
On
voit
la
difficulté que ça va être pour l'Allemagne de renvoyer chez eux 560 000 personnes. Donc il faut une stratégie commune, des règles communes en matière de droit d'asile. Deuxièmement,
il
faut... Moi, je suis pour une augmentation de l'effort d'aide aux pays en matière de développement, en particulier des pays africains,
mais
à condition qu'en échange de cet effort, ces pays africains s'engagent à reprendre leurs ressortissants. Aujourd'hui, ça n'est pas le cas. C'est d'ailleurs un sujet qu'on a, au fond, assez mal traité, parce que cette question n
'a
pas été au cœur des discussions ni entre l'Europe et l'Afrique, ni entre la France et les pays africains en particulier. Et donc, vous voyez, ce que je propose, c'est une augmentation de l'aide au développement,
mais
en échange, une coopération totale des pays que nous aidons en matière d'accueil des déboutés du droit d'asile ou des immigrés en situation clandestine.
Juste un follow-up sur ce sujet. Est-ce que vous iriez jusqu'à proposer d'arrêter l'aide de coopération à des pays qui refusent de reprendre les clandestines
? Oui, oui, oui, oui, parce qu'il
y a
un moment où on ne peut pas accepter que les contribuables européens participent à un effort de développement et que des pays refusent de recevoir sur leur territoire des personnes qui sont leurs ressortissants. C'est une situation qui est inacceptable.
Bonjour,
Frank Andrews, The Pan-European.
Quelles
concessions proposeriez-vous au Royaume-Uni pour que celui-ci permette au grand nombre de Français et d'Européens de continuer à résider, à travailler sur son territoire
?
D'abord, j'ai l'impression que si les Français quittaient le Royaume-Uni, l'économie britannique en souffrirait sérieusement, compte tenu du rôle clé qu'ils jouent dans beaucoup de secteurs, notamment financiers. Non, je veux dire qu'on ne va pas jouer à ce chantage-là.
La
Grande-Bretagne a décidé de quitter l'Union européenne,
dont
acte, je le regrette,
et
elle doit en assumer les conséquences. Et en particulier, elle doit en assumer les conséquences par rapport à l'ensemble de la gestion de son secteur financier.
Il
n
'est
pas possible que la Grande-Bretagne sorte de l'Union européenne tout en continuant de bénéficier pleinement de la coopération en matière financière, du passeport financier. Donc
on
ne peut pas vouloir être la place financière de l'Europe
et
être en dehors de l'Union européenne.
Donc il
n'y a pas sur ce sujet de négociation possible, il
n'y a
pas de concession possible. Il faut que la Grande-Bretagne assume la responsabilité de la décision qu'elle a prise. Et d'ailleurs, dans le même temps, moi, ce que je préconise, c'est que la France prenne des mesures ambitieuses en termes fiscales, en termes d'organisation, pour attirer une partie des établissements financiers qui ne pourront pas rester sur la place de Londres, compte tenu de la décision qu
'ont
prise les Britanniques.
Après,
je souhaite qu'on garde avec la Grande-Bretagne des relations très étroites. La Grande-Bretagne est un allié, notamment sur les questions de sécurité, sur les questions de défense, que nous organisions par des conventions bilatérales, les échanges entre les citoyens de nos deux pays. Mais
il
n'est pas possible que la Grande-Bretagne ne subisse aucune conséquence de sa décision de sortie de l'Union européenne sur le plan de l'existence de sa place financière.
Camille Collin pour LCI. J'ai juste une question. Permettez-moi de revenir sur votre intervention sur France Inter ce matin. Quels sont les éléments nouveaux qui vous permettent de revenir à cette affaire de cabinet noir
? Madame,
je fais une conférence de presse sur mon programme européen. Donc je réponds sur les questions touchant à mon programme européen.
Madame
?
Marie-Christine Vallée, Radio France. Je voudrais vous poser une question sur l'organisation de l'Union européenne. Dans la mesure où vous voulez tout resserrer sur une zone euro, que devient le marché unique ? On n'a pas parlé du tout du marché unique. Est-ce qu'il reste à 28, 27 bientôt ? Ou bien est-ce qu'il est réduit à un nombre plus limité de pays ? Et d'autre part, dans une organisation où il y aura plutôt une Europe des États ou des nations, quel serait le rôle de la Commission européenne
? Bon,
d'abord, l'Europe a toujours été une Europe des États, une Europe des nations. Et au fond, tous ceux qui ont rêvé un moment d'en faire un ensemble fédéral se sont trompés. Et on voit que c'est un échec. L'Europe n'est pas fédérale. Et il serait vraiment extraordinairement dangereux pour la solidarité du continent européen de continuer à poursuivre cet objectif qui est largement rejeté. Je n
'ai
pas dit que je voulais remettre en cause le fonctionnement actuel de l'Union européenne, puisque je vous ai dit que je ne voulais pas changer les traités dans l'immédiat, parce que je pense que ce n
'est
pas possible. Donc le marché unique, il va continuer. La Commission, elle va continuer de fonctionner. L'Union européenne va continuer sur son air. Mais moi, ce que je veux, c'est démontrer,
dans
un délai court, qu'on peut,
sur
certains sujets, et en particulier dans la zone euro, amorcer une nouvelle dynamique européenne
et
créer une nouvelle solidarité européenne. Et à partir de cet exemple-là, alors on pourra, dans un deuxième temps, réformer l'Union européenne, réformer les traités. Ce que je veux, c'est prouver par les résultats, prouver par la dynamique, par l'action,
qu
'il y a un projet européen alternatif, ou en tout cas un projet européen qui peut rendre les peuples européens de nouveau solidaires avec le projet d'unification du continent européen. Mais je ne remets pas en cause, dans l'immédiat, le fonctionnement de l'Union européenne. Ce n
'est
pas qu'il me satisfasse, mais c'est que je ne peux pas le remettre en cause. Parce que je pense que ça ne fonctionnera pas. D'autres questions ? Oui, Milos,
je
crée au capige de la Société de presse. Juste une question. Si vous enlevez la perspective européenne au Balkan, qui est l'avenir que vous
prévoyez
pour cette région, en vue de démonter des nationalismes et des dossiers pas réglés dans cette zone
? Ce
que je constate simplement, c'est que l'élargissement a conduit à la paralysie du projet européen. Cet élargissement, il était nécessaire compte tenu de la situation stratégique et de la chute du bloc soviétique. Mais il a été conduit à marche forcée. Et il menace aujourd'hui, simplement à cause du nombre. Ce ne
sont
pas les pays qui sont en cause. C'est le nombre de membres de l'Union européenne.
Il
menace tout le projet européen. Il faut être réaliste, pragmatique, choisir entre plusieurs inconvénients. Je ne choisis pas la solution qui consiste à sacrifier le projet européen à un élargissement sans limite de l'Union européenne. Donc je dis clairement à ceux qui ne sont pas dans l'Union européenne aujourd'hui qu'il faut qu
'ils
s'organisent autrement, qu'on peut passer des accords de coopération avec eux, qu'on peut créer une zone économique
avec
ces pays-là, et qu'on peut multiplier les solidarités, mais que l'élargissement doit être stoppé tant que l'Union européenne n'a pas retrouvé une dynamique, et en particulier tant qu'elle n'a pas retrouvé du crédit et de la confiance auprès des peuples.
Moi,
je pense après ce que je vous ai dit tout à l'heure au début de mon propos. Le Brexit, M. Orban, les mouvements extrémistes partout en Europe, le référendum perdu dans notre pays, je le rappelle, il n'y
a
pas si longtemps, l'attitude des États-Unis, la guerre commerciale avec la Chine. Moi, je considère que les 5 ans qui viennent sont extrêmement dangereux. On peut, dans les 5 ans qui viennent, voir l'Union européenne se déliter complètement si on ne prend pas des mesures énergiques. Et ces mesures énergiques ne peuvent pas être la poursuite
sans
prendre en compte les réalités d'un élargissement qui est en train de rendre le projet européen impopulaire.
Bonjour,
M. Fillon, Alexandre Lemarié du journal Le Monde. Je voulais savoir si vous avez changé de position sur l'attitude à tenir vis-à-vis de Bachar el-Assad,
puisqu
'aujourd'hui, vous dites qu'il faut discuter avec les Russes pour aboutir à son départ. Pendant la primaire, vous disiez qu'il fallait s'appuyer sur le régime syrien et les
Russes
pour éradiquer l'État islamique.
D
'abord,
j
'ai répondu à cette question déjà en vous disant qu'il y a un fait qui demande simplement à être confirmé par l'enquête des Nations unies qui est une nouvelle attaque chimique organisée par le régime de Bachar el-Assad. Si c'est le cas, je dis qu'on ne peut pas accepter qu'un dirigeant enfreigne les lois internationales comme vient de le faire, ou comme viendrait de le faire le président Bachar el-Assad et le régime syrien. Et donc, voilà, c'est cet événement qui vient changer. D'ailleurs, si j'ai bien compris, changer aussi l'attitude des États-Unis vis-à-vis de ce régime.
Mais ça n'empêche en rien que ce que je dis depuis 6 ans, c'est-à-dire que vouloir régler la question syrienne en s'appuyant
soit
sur des mouvements qui n'ont pas de réalité, qui n'ont pas de force réelle, ni politique, ni militaire en Syrie, soit sur des mouvements qui sont en réalité des mouvements djihadistes déguisés ou à peine déguisés, conduit à une impasse. Et cette impasse, on y est, on y est depuis 6 ans.
Ça
fait 6 ans que beaucoup de commentateurs, beaucoup de responsables politiques annoncent chaque jour le départ de Bachar el-Assad, l'effondrement de son régime, il ne s'est pas produit. Donc il
y a
un moment où il faut aussi que vous ouvriez les yeux, notamment le journal Le Monde, que vous regardiez la réalité de la situation et que vous vous disiez comment est-ce qu'on peut la résoudre, comment est-ce qu'on peut faire pour que ce massacre s'arrête.
Et
la position qui a été la nôtre est une position qui a abouti à notre paralysie et progressivement même
au
fait que nous avons été écartés
de
la solution du problème syrien. Je maintiens et je redis
que
s'il y avait eu des initiatives diplomatiques puissantes en 2013, en 2012, en 2014 vis-à-vis de la Russie, il était possible de trouver un accord.
Aujourd
'hui, cet accord, il est évidemment de plus en plus difficile. Les positions se cristallisent. La tension est de plus en plus forte. Et moi, je ne me résoudrai jamais à l'idée que l'avenir de l'Europe soit dans un conflit avec la Russie. Enfin, est-ce qu'on peut quand même essayer de trouver, avant d'envisager une confrontation quasiment militaire avec la Russie, est-ce qu'on peut quand même essayer de trouver le moyen de parler avec ce pays et de trouver les conditions d'un système de sécurité européen qui fonctionne
? Cette
perspective
que
je vois se dessiner
d
'un conflit armé avec un pays nucléaire, avec un régime politique qui a toujours été un régime qui n'est pas démocratique, c'est une perspective que je ne peux pas envisager.
Et
moi, je me battrai de toutes mes forces pour éviter cette perspective.
Et
je m'opposerai en permanence à tous ceux qui, au nom de la morale, au nom des principes, nous précipitent dans cette confrontation. Voilà,
je pense que ça va peut-être être la dernière.
Catherine Chétigno-Liseko, plusieurs pays de l'Est de l'Europe refusent depuis de longs mois d'accueillir un certain quota de demandeurs d'asile, de réfugiés.
Qu
'est-ce qu'il faut faire selon vous ? Est-ce qu'il faut les y contraindre ?
Moi, j'ai dit depuis le début que j'étais défavorable à cette politique qui a consisté d'abord à accueillir sans véritable concertation un nombre considérable de réfugiés et puis ensuite à les répartir de façon quasi autoritaire dans les pays européens. C'est ce type d'attitude qui conduit au rejet de l'Europe par les peuples. Donc je suis opposé à cette politique. Je l'ai dit d'ailleurs à Mme Merkel. Et c'est d'ailleurs une politique qui...
Comment
dirais-je
? Je
vous disais tout à
l
'heure qu'il
y a
560 000 ou 580 000 déboutés du droit d'asile en Allemagne. Ça montre bien
qu
'il n
'y
avait pas un million de réfugiés qui étaient en droit d'obtenir l'accueil des Européens. Sinon,
il
n'y
aurait
pas 560 000 déboutés du droit d'asile en Allemagne.
Voilà.
Merci beaucoup, mesdames et messieurs.
Merci
beaucoup,
mesdames et messieurs. Sous-titrage Société Radio-Canada