Prisons de haute sécurité : l’aveu de faiblesse de l’État
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 60 %Défensif 40 %
Questions et réponses
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- 0:43OuverteRéponse partielle
Pourquoi et quand Gérald Darmanin a voulu lancer ce grand projet de prison de haute sécurité ?
- 6:37OuverteRéponse directe
Comment on évalue la dangerosité ?
- 7:28OuverteRéponse directe
À quoi ils ressemblent, ces nouvelles prisons ?
- 8:55OuverteRéponse directe
Combien ça a coûté à la fois la construction, enfin, la rénovation de ces prisons, mais aussi le transfert ?
- 11:27OuverteRéponse directe
Avant qu'on passe vraiment au fond du problème sur le financement et l'état de délabrement du système carcéral et judiciaire, tu as parlé un truc qui m'intéressait, c'est les journalistes de TF1 qui s'agglutinaient autour de la prison, etc.
- 15:48ComplaisanteRéponse partielle
Tu parlais du financement de la prison et du système judiciaire. Je te propose qu'on écoute un petit passage de...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20PrésentateurChiffre
« un rapport du Conseil de l'Europe placé à la France au troisième rang des plus mauvais élèves européens en matière de surpopulation carcérale. »
- 1:03InvitéFait
« C'est une attaque qui, je crois que ça faisait à peu près 20 ans que ce n'était pas arrivé, en gros, au péage d'Ankerville. »
- 1:51InvitéFait
« on s'est rendu compte très rapidement que Mohamed Abra, en fait, disposait d'énormément de téléphones en prison »
- 3:45InvitéPromesse
« Gérald Darmanin, oui, a expliqué qu'il veut démultiplier ce modèle. »
- 4:06InvitéChiffre
« une centaine qui va arriver dans cette première prison, et encore 100, en tout, l'idée, c'est d'avoir 200 détenus extrêmement surveillés, là, dans l'immédiat. »
- 4:33InvitéFait
« généralement, ce que font les journalistes, c'est qu'ils s'adossent à un député qui, lui, a un droit de visite en tant que parlementaire »
- 6:47InvitéFait
« c'est quand même le renseignement pénitentiaire et les différents services de renseignement qui peuvent s'intéresser à la question du banditisme, qui vont quand même l'évaluer. »
- 7:03InvitéFait
« C'est les fameux DPS. Donc, c'est des détenus particulièrement surveillés, si je ne me trompe pas. »
- 7:22InvitéFait
« Le DPS, c'est quelque chose qui existe depuis 20 ans. »
- 9:50InvitéChiffre
« Je crois que c'était le 11 juin. Et ce chiffre, c'est 700 000 euros pour un individu. »
- 16:05InvitéFait
« nous ne sommes pas suffisamment nombreux en termes d'effectifs de magistrats et de greffiers en France pour apporter une réponse dans tous les contentieux »
- 16:22InvitéFait
« le vrai problème, il est là. Aujourd'hui, le problème des délais, c'est la conséquence de 30 ans d'abandon de la justice par les pouvoirs publics »
Temps de parole
- Invité77 %
- Présentateur17 %
- ?3 %
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La nouvelle lubie de Gérald Darmanin, les prisons de haute sécurité pour enfermer les 100 plus gros narcotrafiquants. Depuis mi-juillet, les premiers détenus ont effectivement été transférés à Vendin-le-Veil, dans le Pas-de-Calais, dans un de ces tout nouveaux établissements ultra sécurisés. L'objectif, empêcher ces prisonniers de communiquer avec l'extérieur, de corrompre les agents pénitentiaires et de s'évader. Alors qu'il y a à peine deux semaines, un rapport du Conseil de l'Europe placé à la France au troisième rang des plus mauvais élèves européens en matière de surpopulation carcérale.
L'attention du ministre de la Justice semble plus portée sur son image médiatique que sur un système judiciaire carcéral en ruine. Peut-être avant de vraiment se lancer sur c'est quoi ces prisons de haute sécurité, est
-ce
que tu peux nous rappeler un peu la genèse de ce projet
?
Pourquoi et quand Gérald Darmanin a voulu lancer ce grand projet de prison de haute sécurité ?
Alors en fait, c'est en réaction à l'attaque d'Ankerville. Je ne
sais
pas si on se rappelle, mais c'est au moment où... C'est une attaque qui, je crois que ça faisait à peu près 20 ans que ce n'était pas arrivé, en gros, au péage d'Ankerville. Donc c'était l'année dernière, si je ne me trompe pas. Il y a un commando armé qui a attaqué un fourgot de la pénitentiaire pour libérer Mohamed Abra, qui était... Alors qui, en fait, on s'est rendu compte que c'était un gros profil du narcotrafic, mais à l'époque, l'analyse du renseignement pénitentiaire n'avait pas encore saisi
la
dangerosité de ce personnage.
Et
donc, pendant cette attaque,
il
y
a
eu deux agents pénitentiaires qui ont été tués.
Et
donc, en réaction, a été lancée cette idée, finalement, qu'il fallait surveiller bien plus ces gros profils
et
donc de créer des prisons spéciales pour les incarcérés,
puisque,
en fait, on s'est rendu compte très rapidement que Mohamed Abra, en fait, disposait d'énormément de téléphones en prison, que son incarcération ne l'empêchait pas de continuer ses différentes... ses business, voire, en fait, les a accélérés. Après, peut-être on en parlera, mais voilà, ça lui a peut-être permis d'avoir une autre envergure. Et donc, en réaction à tout ça, voilà, c'était la décision de Gérald Amardin, on va créer ces prisons de haute sécurité.
Pour l'instant, il n'y
en
a qu'une seule, en tout cas, il
n
'y
en
a qu'une seule en service, donc je le disais à Vendlin-le-Vieille, mais il
y
en a une autre qui va être mise en fonction, qui est déjà mise en fonction ? Qui
va être mise en fonction, donc les travaux ont commencé, c'est à Condé-sur-Sarthe. Et en fait, ce n
'est
pas des prisons qui sont sorties de terre, c'est des prisons déjà existantes qui ont nécessité déjà, un, de sortir tous les détenus qui étaient dedans, et un certain nombre de travaux pour améliorer la sécurisation de ces centres.
C
'est des maisons d'arrêt, donc en gros, maisons d'arrêt pour saisir ces gens qui sont soit en détention provisoire, soit c'est des peines, je crois, de moins de 10 ans qui se retrouvent là. Voilà, donc ils n'ont pas créé, ils ont rafistolé.
Et
tu disais, les détenus ont dû être mis ailleurs,
ils
ont été mis où, parce que déjà qu
'il
n
'y a
plus de place nulle part ?
Eh bien, on a trouvé de la place, là, ils ont mis des matelas au sol, c'est un peu le classique.
À
chaque fois qu'on rencontre des directeurs de prison, ils font avec ce qu'ils peuvent, donc ils vont mettre des matelas par terre, etc. Mais en gros, les prisonniers ont été une partie, je crois qu'ils en gardent encore quelques-uns sur le site, mais en gros, ils ont extrait 80% des détenus pour les disséminer un peu partout.
Et donc là, il y en a deux, une qui est déjà mise en fonction,
il
y
a
les premiers détenus qui sont arrivés, une autre qui va bientôt l'être, qui est en train de l'être. Et le but, c'est d'en faire plein partout ?
Est
-ce qu'on sait un
peu ça ? Alors,
Gérald Darmanin, oui, a expliqué qu'il veut démultiplier ce modèle. La question, c'est est-ce qu'il pourra vraiment le faire, sans justement créer de nouveaux... Tu veux que je m'en rapproche ?
Non, non, c'est moi, j'ai
peu de retours, mais t'inquiète, ça
m'a dit bien, tout va bien.
Il a expliqué, voilà, sa volonté, c'était de vouloir multiplier ce modèle. À ce stade, là, pour l'instant, on est sûr de deux centres.
Et
sur le chiffre, donc, effectivement, une centaine qui va arriver dans cette première prison, et encore 100, en tout, l'idée, c'est d'avoir 200 détenus extrêmement surveillés, là, dans l'immédiat. Donc, il y en a 17, là, les premiers transferts ont eu lieu le 22. Alors, TF1 était là, je le raconte un peu dans l
'article,
si vous avez l'occasion d'aller le lire. Voilà, je commence un peu par ça, parce qu'on est vraiment, là, dans l'opération de com', c'est-à-dire qu'il faut savoir, généralement, quand on est journaliste et qu'on veut accéder aux prisons, c'est assez compliqué, donc, généralement, ce que font les journalistes, c'est qu'ils s'adossent à un député qui, lui, a un droit de visite en tant que parlementaire, et puis ça lui permet d'intégrer. Mais sinon, c'est très compliqué. Là, TF1 a pu arriver avec ses caméras et assister,
voilà,
très ébahis,
ils
étaient des yeux incroyables, on sent qu'ils étaient très fascinés par le dispositif de sécurité. Ils ont pu assister au premier transfert des 17 premiers détenus. Et, clairement, c'est aussi le profit de ces détenus. Donc, on voit un des chefs présumés de la DZMafia, qui est ce groupe qui est à Marseille, mais qui, en fait, a des ramifications un peu partout dans le sud, voire dans d'autres villes un peu plus au nord. Et les quatre autres qui étaient, donc, je crois que c'était, dans mes souvenirs, c'est pas Freyne, c'est une des prisons, là, en Ile-de-France. Je ne l
'ai
plus en tête. Result,
on
n'est pas connecté. Il
faut qu
'on
s'abonne
à l'humanité pour avoir accès. Mais,
en tout cas, ils ont fait trois prisons. Donc, voilà, TF1 a pu suivre les 17 premiers détenus récupérés. À chaque fois, donc, c'est profil de narcotrafiquants. En sachant que Gérald Damalin a expliqué que
c
'est vraiment des prisons pour les narcotrafiquants, en fait, le vrai critère, c'est la question de la dangerosité, leur capacité corruptive, et donc, leur capacité aussi de s'évader.
Et
donc,
en
fait, dans le tas, il n'y a pas que des narcotrafiquants. Il y
a
aussi, par exemple, un individu, on n'a pas son nom, mais bon, je ne vais pas donner... Moi, je pense savoir qui c'est, mais qui était dans la fameuse arnaque de la taxe carbone,
qui,
je ne
sais
pas si les gens voient, mais il y
a
eu une série sur Canal+, de sang et d'argent, qui était, voilà, c'est une escroquerie à la taxe carbone, qui a permis à ces personnes de récupérer des milliards et des milliards. Donc, voilà, il n
'y a
pas que des narcotrafiquants. Le vrai critère, c'est la dangerosité des détenus.
Et comment on évalue la dangerosité ?
Est
-ce qu'il y
a
des critères objectifs pour dire, ce type-là, il est vraiment très, très dangereux, on va le mettre là-bas ou pas ? Ou c'est un peu au doigt mouillé du ministre de
l
'Intérieur,
du ministre de la Justice ? Alors, normalement,
c'est quand même le renseignement pénitentiaire et les différents services de renseignement qui peuvent s'intéresser à la question du banditisme, qui vont quand même l'évaluer. En fait, aujourd'hui, on a déjà ce renseignement qui existe. Ça n
'a
pas été inventé avec les prisons de haute sécurité. C'est les fameux DPS. Donc, c'est des détenus particulièrement surveillés, si je ne me trompe pas. Et donc, ça va être en fonction des faits qu'ils ont commis, des faits qu'on suspecte, des suspicions sur certains autres faits, les évaluations de leur surface financière, leur degré de... Voilà. Il y a quand même, pour le coup, ça... Mais ce n
'est
pas nouveau. Le DPS, c'est quelque chose qui existe depuis 20 ans.
À quoi ils ressemblent, ces nouvelles prisons ?
Parce
que tu disais qu
'elles
ne sont pas sorties de terre. On a un peu rafistolé du truc qui existait déjà. On voit beaucoup.
C
'est vraiment... Enfin, je disais Châteaufort, un peu dans mon atro. C'est presque ça, quoi. À quoi ça ressemble ?
En
fait, ils ont augmenté, en gros, tous les niveaux de sécurité. Donc, ils vont augmenter la taille des barrières. Il y a des murs en béton qui sont plus importants. Il va y avoir des filins de sécurité.
Il
y a aussi... Là, dans cette nouvelle prison, ils ont installé 450 caméras. Des brouilleurs anti-téléphone, des brouilleurs anti-drone. Et alors, un des gros travails... Le gros travail qui, moi, à mon sens, est d'ailleurs révélateur, mais d'ailleurs plus intéressant que, effectivement, l'infrastructure en tant que telle, c'est qu'ils ont énormément travaillé sur les agents de la pénitentiaire qui allaient être amenés à être installés dans ces prisons. Puisque, en fait, la question des téléphones, la question des trafics de drogue, en fait,
quand
on discute avec des magistrats,
ils
font le constat que, en fait, ça fait quand même des années que, malheureusement, les agents de la pénitentiaire sont très sujets à la corruption, soit par appât du gain, certains, mais aussi à cause des menaces. Et donc, en fait, ils sont obligés, à un moment donné, de céder. Donc, en fait, c'est le gros travail qu'a eu à faire le renseignement pénitentiaire, c'est de travailler sur les agents, notamment, ils ont regardé s'ils n'avaient pas de dettes, leur situation familiale, etc.
Combien ça a coûté à la fois la construction, enfin, la rénovation de ces prisons, mais aussi le transfert ? On disait que les 17 premiers prévenus ont été transférés. C'est des fois des transferts qui ont été extrêmement sécurisés. Ça coûte beaucoup d'argent, ça mobilise beaucoup de monde. Donc, combien ça coûte de construire, enfin, de rénover ces heures de prison et de transférer comme ça un détenu, 100 détenus, 200 détenus ? Alors,
Gérald Darmanin, lui, n'a parlé que d'un chiffre officiel, ça va être celui des travaux. Donc, celui des travaux, en gros, il explique que
c
'est entre 4 et 5 millions par prison, donc 10 millions en tout. Sauf qu'on imagine bien que, comme tu viens de le dire, ces détenus, ils n'arrivent pas comme ça par magie dans la prison. Donc, il y
a
effectivement ce transfert. Pour le coup, ça, c
'est
un chiffre qu'on n'a pas. Nos confrères du Parisien, eux,
ont
réussi à avoir le chiffre
du
transfert de Mohamed Merah lors d'une audition, justement, pour l'attaque d'Incarville. Je crois que c'était le 11 juin. Et ce chiffre, c'est 700 000 euros
pour
un individu.
C'est ce transfert qui a causé la mort de deux agences, c'est ça dont tu
parles
? En fait, c'est sur l'enquête de l'attaque d'Incarville. Là, en juin dernier, Mohamed Hamra a été auditionné par un juge dans le cadre de cette enquête. Et donc, pour le transférer, ça a coûté 700 000 euros. Donc, on peut imaginer que pour des profils, puisque là, ça va être des 200 personnalités. Enfin, c'est des profils de détenus particulièrement dangereux. On peut imaginer qu
'ils
vont mettre le même niveau de sécurité. Donc, on peut imaginer que ça coûte 700 000 euros par individu. Donc là, tu vois tout de suite que la note, elle augmente énormément. Ça, Gérald Darmanin n'a pas trop communiqué là-dessus. Parce qu'en termes de budget, c'est la question que je pose dans mon article. Certes, il y
a
le coût des travaux. Bon,
voilà,
10 millions, on peut se dire, c'est une somme importante, mais ça va. Sauf qu'après,
il
y
a
tous les frais de fonctionnement.
Et
les frais de fonctionnement, ces individus, d'ailleurs, la plupart sont dans le cadre d'une détention provisoire. Donc, il y a une enquête sur eux. Donc, ils sont amenés à aller voir des juges, etc. Il va falloir les transférer. Et à chaque fois, ça coûte. On peut estimer que ça coûte à peu près 700 000 euros.
Parce que c'est quoi qui coûte 700 000 euros dans le papier ? Tu dis, justement, il y a des mondes du GIGN, je
crois. Oui, c'est la sécurisation. C
'est le fait de... En gros, un transfert d'un détenu classique, ça va se faire dans un fourgon de la pénitentiaire. Là, clairement, il faut mobiliser... Allez, on va imaginer une quinzaine d'agents, que ce soit GIGN, mais ou des équipes spécialisées de transfert. Après, ça mobilise des voitures, des hommes, etc. Et donc, on estime que c'est à peu près 700 000 euros.
Avant qu'on passe vraiment au fond du problème sur le financement et l'état de délabrement du système carcéral et judiciaire, tu as parlé un truc qui m'intéressait, c'est les journalistes de TF1 qui s'agglutinaient autour de la prison, etc. Est-ce que toi, en tant que journalistes, c'est un truc que tu vois souvent ? Est-ce que les journalistes et les médias sont particulièrement fascinés par tout ce qui touche à la peine, à la prison, à la justice
?
Ou est-ce que c'est aussi un peu en concertation avec le ministre de la Justice, justement, Gérald Darmanin, qui file des infos et qui fait un peu comme ça monter médiatiquement cet intérêt-là ? Comment tu vois ça, toi ?
Alors
moi, je pense que ce qui a fasciné les journalistes de TF1, c'est moins la prison que les uniformes des ERIS. Donc ça, c'est les équipes spécialisées qui étaient effectivement très impressionnantes. Ils ont leur casse balistique, leur gilet pare-balles. Moi, ça fait quand même quelques années que je travaille sur la prison. On voit rarement de reportages sur, par exemple,
le
travail de l'agent pénitentiaire de base. Ça, on ne le voit pas parce que ce n
'est
pas impressionnant.
C
'est même plutôt, moi, pour avoir discuté, c'est un métier très difficile. Et ça se fait dans des constitutions très difficiles. Ça, on ne voit jamais, effectivement. Je pense qu'il les a fascinés. C'est vraiment le côté uniforme, etc. Et puis d'avoir un accès privilégié qui a été donné par le ministre de la Justice en disant, « Regardez, vous allez avoir cette exclusivité. » Ça fait partie clairement d'un plan de com' de Gérald Darmanin qui essaye de montrer qu'il est ferme. Moi,
pour
apporter une petite analyse et qui s'appuie aussi sur toutes les discussions que
j
'ai pu avoir vraiment depuis des années. Je travaille depuis des années sur ces questions-là. En fait, cette démonstration de force, à mon sens, c
'est
un vrai aveu de faiblesse. Pourquoi ? Parce que
l
'idée de créer ces prisons de haute sécurité,
en
fait, si on regarde bien, ça veut dire que les détenus dans les autres prisons
ne
peuvent pas être suffisamment surveillés.
Donc,
on va créer des prisons spéciales où on ne
va
en mettre que 200, avec des agents triés vraiment au cordeau, avec des murs très élevés. Mais en fait, ça raconte quoi du reste du système carcéral ? C'est qu'en fait, ces prisonniers-là,
on
n'arrive pas à les surveiller dans les autres prisons. Et donc, en fait, ça raconte plein de choses. Ça raconte déjà, un, effectivement,
il
y a cette question de la surpopulation carcérale. Deux, le fait qu'il n'y
a
pas assez d'agents pour surveiller. Trois, que ces agents sont tellement dans des conditions de travail déplorables qu'ils se retrouvent souvent en tension directe avec des gros profils. Donc, ils vont se retrouver, par exemple, sous le coup de menace. Et donc, ils vont être
obligés
de céder à la corruption. Et ça pose aussi une question du financement, des moyens qui sont mis pour la prison. Parce que, pour avoir discuté souvent avec des agents de la pénitentiaire, au fil des années, je me suis rendu compte qu'il y avait un discours qui montait. C'est qu'ils expliquent
qu
'il y
a
une perte de sens de leur métier.
Alors,
pour être agent de la pénitentiaire, tout le monde n'arrive pas d'être agent de la pénitentiaire. Mais eux, aujourd'hui, disent, avant, notre métier, c'était de surveiller, effectivement. Mais pas que, c'était aussi de permettre la réinsertion.
C
'est ça aussi le sens du métier des agents de la pénitentiaire. Ils le disent eux-mêmes. Ils disent, nous, notre métier, aujourd'hui, on est réduit à ouvrir des portes de prison. Alors, notre travail, ce n
'est
pas ça. C'est déjà du lien social. C'est de créer un lien avec ces détenus. Puisque le sens d'une peine, et tous les magistrats le rappellent, le sens du suspect, une peine, elle a trois sens. Elle a, un, punir un acte, deux, permettre la réparation pour les victimes, trois, réinsérer. Parce que si on oublie cette dernière partie, on se retrouve avec la question de la récidive. Et donc, avec des gens qui vont faire des allers-retours en prison,
et
on n'arrivera jamais, en fait, à les sortir de ces schémas de délinquance. Et les agents de la pénitentiaire sont un des rouages de cette question de la réinsertion. Et aujourd'hui, ils n'en ont pas les moyens. Parce qu
'ils
sont en sous-effectif, parce que ce
n
'est pas ce qu'on leur demande forcément. Et d'ailleurs, ça crée aussi un gros problème de recrutement chez les agents de la pénitentiaire, qui sont quand même en première ligne face à la question de la détention. Puisque c'est eux qui sont censés créer ce lien avec le détenu, faire en sorte que la détention se passe bien, qu'il n
'y ait
pas de conflit entre détenus, et surtout, leur permettre, à un moment donné, d'avoir un peu d'espoir de se réinsérer.
Tu parlais du financement de la prison et du système judiciaire. Je te propose qu'on écoute un petit passage de... J'ai oublié son nom.
Alexandre Availlant. Qui est à
la tête de l'USM. C'est l'Union Syndicale des Magistrats. C'est le syndicat majoritaire dans la profession des magistrats. Depuis des années, nous le rappelons à l'USM, nous ne sommes pas suffisamment nombreux en termes d'effectifs de magistrats et de greffiers en France pour apporter une réponse dans tous les contentieux, qu'on soit au civil ou au pénal, à nos concitoyens. Et le vrai problème, il est là. Aujourd'hui, le problème des délais, c'est la conséquence de 30 ans d'abandon de la justice par les pouvoirs publics, ni plus ni moins.
C
'est fort quand même ça. 30 ans d'abandon de la justice, des pouvoirs publics. Qu'est-ce que ça veut dire, ces 30 ans d'abandon
?
Eh bien, c'est que ça fait 30 ans qu'effectivement, de budget en budget, la justice perd des moyens. Donc, ce que dit Alexandre Availlant, là, elle parle des délais pour juger. Donc, effectivement, on se rend compte que les délais se rallongent parce qu'il n
'y
a pas de moyens,
mais
ça touche aussi la prison puisque, en fait, la pénitentiaire, ça fait partie du ministère de la justice. Et donc, en fait, c'est lié. C'est que, en fait, ce qu'elle dit sur la question du sous-financement, la question de la surpopulation carcérale, ça fait 20-30 ans qu'on la constate chaque année. Et donc, là, dans le dossier qu'on a fait, il y
a
un reportage sur la question de la surpopulation carcérale qui montre bien les problèmes d'aujourd'hui. sauf qu'en fait, ce reportage, tu aurais pu le faire le même il y a 20 ans. C'était les mêmes problèmes, sauf que ça s'aggrave, en fait. Et chaque année, on voit les chiffres augmenter.
Il y
a de plus en plus de détenus, etc. Et les conditions de détention se dégradent au même titre que la justice, en fait,
que
la pratique de la justice. Quand on discute avec... Moi, je discute souvent avec des magistrats. Tous disent, voilà, on fait avec ce qu
'on
peut. On fait avec ce qu
'on
peut. On essaye de... On fait avec les moyens, mais on a un problème de... Véritablement de moyens en termes
de...
Parce qu'il n
'y a
pas que le juge qui va... Déjà, le juge,
quand
il se retrouve avec 150 dossiers à traiter, bon, il ne peut pas le faire. Donc, il va essayer de prioriser. C'est le fameux truc où on va mettre le
dossier au
-dessus. Donc, déjà, les dossiers qui sont en dessous, ils seront jugés dans 4, 5, 6 ans, 7 ans. C'est pour ça que, des fois, on voit des affaires où les faits se sont passés il y a pratiquement 10 ans et qui ne sont jugés qu'aujourd'hui. Et après, il y a tout aussi ce qu'on appelle... Tous ceux qui vont assister le juge, les greffiers, etc. Et quand on manque de greffiers, forcément, on est obligé de prioriser les dossiers. Donc, on va se concentrer sur un dossier. Et c'est les autres dossiers qui passent un peu la trappe.
Tu parlais de ce reportage-là. C'est un reportage de Jeannie Barbeza qui a suivi Marie Toussaint. Tu le disais tout à l'heure, c'est très difficile pour le journaliste d'accéder aux prisons,
de
rentrer dans les prisons. Un des seuls moyens de le faire, c'est de suivre un élu,
une élue.
Et donc là, c'est Jeannie Barbeza qui a suivi Marie Toussaint, eurodéputée écologiste, au mois de juillet. Je vous invite vraiment à aller lire ce reportage. Il est un peu long, mais il dit plein de choses. Elle a rencontré plein de gens, à la fois des détenus, mais aussi des agents pénitentiaires, justement. Le directeur de la prison, qui a aussi un discours un peu critique sur l'état de sa prison, justement. Je vous invite vraiment à aller lire ça. Dans ce reportage, c'était à Bordeaux, Graguignan. On voit surpopulation carcérale, manque d'effectifs, insalubrité. Toi, à la lecture de ce reportage, qu'est-ce qui t'a marqué ? S'il
y a
un truc que tu devais retenir, qui t'a particulièrement choqué dans ce reportage
?
Alors, choqué, je ne sais pas, parce que je ne suis pas forcément dans ce truc de choqué. Mais ce qui m'a intéressé en tant que journaliste, c'est effectivement le discours du directeur du centre pénitentiaire, qui, finalement, a un discours
très
cruel sur son métier et très critique à l'égard du pouvoir.
Puisqu
'en gros, il dit, voilà, moi, je fais ce que je peux. J'essaye de faire en sorte que la détention des détenus se passe le mieux possible. Mais malgré tous mes efforts, elle ne se passe pas bien,
puisqu
'on est obligé de multiplier les mafas dans les prisons. On n'arrive pas à mettre en place tout le travail, justement, pour réinsérer. Et ça, en plus, il le fait en son nom. Et c'est un phénomène, d'ailleurs, qui, depuis ces dernières années, monte de plus en plus. C'est-à-dire que, jusqu'à présent, quand on discutait, c'était surtout les agents de la pénitentiaire qui vont parler anonymement, etc. De plus en plus, il y
a
des directeurs de prison qui parlent à visage découvert. Il y a même, il y a 4-5 mois, le directeur du centre pénitentiaire à Mayotte qui a démissionné, qui a fait une vidéo, un truc super rare, etc. pour dire, moi, en fait, je démissionne parce que les conditions dans lesquelles je suis censé travailler, à la fois pour moi, pour mes agents, mais aussi pour les détenus, est devenue
tellement
infernale que je ne veux pas porter cette responsabilité. Donc, en plus, on commence à avoir ces effets de directeurs de prison qui sont censés se tenir un peu. Parce que, bon,
ils ont une position hiérarchique importante. Ils ont
une position qui, eux-mêmes, en fait, commencent à répercuter ces critiques-là. Non pas parce qu'ils les découvrent, ils les connaissent depuis des années, mais que je pense qu'ils arrivent à un testal qu'ils préfèrent en parler, quitte à, d'ailleurs, subir des blâmes, etc., plutôt que de continuer à gérer des situations explosives. Parce que c'est ça aussi,
c
'est qu'eux, ils ont...
En
tant que directeurs d'une prison, ils sont responsables aussi de leurs agents. Et, or, ces situations-là ne peuvent que créer, en fait, du conflit entre détenus et détenus, détenus, agents,
et
se retrouver avec... Régulièrement, par exemple, il y
a
des agressions d'agents de la pénitentiaire qui passent sous les radars médiatiques, mais régulièrement, ils sont agressés.
Et,
voilà, le directeur de prison, je pense qu'il a ça en tête aussi, de se dire, en fait, c'est inhumain pour les détenus, et c'est inhumain pour mes agents
qui
sont censés gérer ça à bout de bras, tout seuls dans leur coin.
C'est,
ouais.
Bien.
C'est, oui.