«Il n’y a de France possible qu’en République» 🇫🇷 - Discours sur l’abolition de l’esclavage au Mans
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour et bienvenue pour ce direct depuis le cimetière de l'Ouest au Mans où Jean-Luc Mélenchon, le candidat de l'Union Populaire accompagné de plusieurs élus de la France Insoumise, va rendre hommage à René Levasseur qui était un membre de la Convention Nationale qui a participé au vote sur l'abolition de l'esclavage. Donc les élus de l'Union Populaire vont déposer des gerbes en hommage à René Levasseur. Vous voyez Jean-Luc Mélenchon qui est devant l'obélisque, le monument qui a été érigé en hommage à cet homme qui est né en 1747 et est mort au Mans. C'est pour ça qu'il y a cet obélisque ici.
Il est écrit à l'arrière, là vous ne le voyez pas, mais il est écrit à l'arrière au droit de l'homme. Et donc Jean-Luc Mélenchon va bientôt déposer une gerbe sur ce monument. Alors René Levasseur était un député de la Sarthe à la Convention et c'est lui qui a le 4 février 1794 proposé le vote sur l'abolition de l'esclavage. La France étant la première nation du monde à abolir l'esclavage. Les élus sont en train de déposer la gerbe. Jean-Luc Mélenchon dépose une gerbe. Les députés Bastien Lachaud et Caroline Fiat vont faire de même. Voilà Caroline Fiat et Bastien Lachaud qui déposent une gerbe au nom du groupe parlementaire de la France Insoumise.
Puis les élus locaux de la Sarthe, Mathias Tavel et Sabine Lalande et Luc-Marie Faburel, maire de Fillet-sur-Sarthe, qui déposent une gerbe en l'hommage de René Levasseur. Il va ensuite y avoir un temps de recueillement.
Je n'y aurais peut-être pas de passe si j'aurais besoin. Si vous voulez bien passer de l'autre côté, ça me fera moins drôle que de vous avoir derrière. Venez. Allez-y tranquillement. Mesdames, Messieurs, chers amis, pour beaucoup d'entre vous, chers camarades, c'est un moment émouvant pour moi de me trouver ici parmi vous à cet instant pour y célébrer ce que nous célébrons. Une personne bien sûr, mais une date d'abord. Celle du 4 février. Le 4 février 1794, la République naissante proclame la fin de l'esclavage. Et aux arguments qui étaient opposés par tous ceux qui déjà mettaient la performance économique avant les droits de l'homme, c'est-à-dire de l'être humain.
La réponse la plus fulgurante fut apportée par Maximilien Robespierre et par, ensuite, le député à cette convention, René Levasseur, député de la Sarthe, qui tient en une phrase. Périssent les colonies plutôt qu'un principe. Rien n'est supérieur au droit, à la dignité de la personne humaine et à sa liberté. Rien, aucun régime économique, aucune raison ne serait s'imposer par-dessus le droit à la liberté.
liberté si profondément enracinée dans tout ce qui est vivant, que dans le magnifique texte d'Étienne de la Boétie, qui avait entre 18 et 24 ans au moment où il écrivait, à Bordeaux, au XVIe siècle, quand il ironise sur notre servitude volontaire à nous tous qui, parfois, baissons les yeux quand nous ne le devrions pas et qui, par notre résignation, donnons l'essentiel de leur force à tous les tyrans, à tous les dominateurs, qui ne dominerait ni ne tyranniserait si le grand nombre prenait conscience de ce que leur pouvoir ne repose que sur leur acceptation et leur résignation.
La Boétie disait « L'instinct de liberté est si grand dans tout ce qui est vivant que même les animaux, dit-il à l'époque, brûlent et se défendent quand on veut les en priver. » C'est la liberté que nous célébrons d'abord aujourd'hui, 4 février. Mais nous n'oublions pas qu'elle a un prix. C'est celui de la lutte. L'esclavage n'a pas été aboli par la bonne volonté ou le grand cœur des dominants. Il a été aboli d'abord par la lutte des esclaves eux-mêmes, qui sans cesse se sont insurgés contre leurs conditions, par petits groupes qui marronnaient, comme on disait, qui faisaient ces groupes d'esclaves en fuite qui constituaient de nouvelles communautés.
Et dans ces groupes, il y avait les hommes et il y avait les femmes qu'à cet instant, dans la mémoire de la lutte des esclaves contre leur esclavage, on associe aussi bien Martial, héros de la lutte contre l'esclavage en Guadeloupe, que l'esclave Marianne, que l'esclave Solitude, ces femmes qui, au péril de tout ce que vous pouvez imaginer, s'étaient associées à ces bouffées de révolte, ébravées, l'horreur abominable des châtiments qui leur étaient infligés et dont le résumé se trouve dans le Code Noir, signé par Colbert et promulgué par le roi. L'abolition de l'esclavage intervient à la croisée de trois chemins. D'abord, un mouvement social, celui des esclaves.
Mais si l'on regarde l'histoire d'un point de vue plus éloigné de cette longue tradition qui, dans notre pays, puisque nous fûmes les premiers à abolir l'esclavage, remonte à si loin. Je pense aux jacqueries du XIVe et XVe siècle, lorsqu'explose la révolte d'Étienne Marcel et ensuite des campagnes. Deux mois d'insurrections généralisées parmi les plus humbles, les plus misérables, les plus opprimés. Un an et demi de répression abominable contre ces milliers de paysans qui s'étaient insurgés. L'histoire longue de la France est à mes yeux d'abord l'histoire de cette longue, patiente et infinie rébellion.
Mouvement des esclaves qui, en 1791, parce qu'il y avait eu la grande révolution de 1789, parce qu'il y avait eu la déclaration des droits de l'homme, c'est-à-dire de l'être humain, proclamant pour la première fois dans un événement politique révolutionnaire un droit qui n'était pas propre seulement au peuple qui faisait la révolution. La déclaration n'est pas celle du peuple français, c'est la déclaration des droits de l'être humain.
La France, alors, la France insurgée, la France de la révolution, parle pour la première fois la langue universelle dont nous sommes les dépositaires, celle des droits qui s'appliquent à tout être humain, à tout homme, à toute femme, et dont nous imaginons qu'au fur et à mesure du temps, notre responsabilité étant étendue à tout le vivant, nous soyons capables d'entrer dans le respect de tout ce qui est vivant, non seulement les êtres humains, mais toute la biodiversité. La France parlait pour la première fois cette langue universelle, et alors, elle rendait intelligible la nécessité de se révolter, tous, et pas seulement certains, puisqu'un droit établissait qu'on en avait l'obligation.
Le 4 février 1794, c'est un an après la Constitution de 1793, qui proclame que l'insurrection est un droit et un devoir face à la tyrannie, face à l'oppression, face à la domination. Il a fallu qu'il y ait en 1791, d'abord, l'insurrection générale de tous les esclaves, de ceux qui avaient été le point d'entrée et le premier port d'attache des conquérants du Nouveau Monde, Hispaniola, divisé en Haïti et Saint-Domingue. C'est parce que tous les esclaves étaient entrés en rébellion que l'obligation avait été faite localement de décréter la fin de l'esclavage.
La nouvelle n'était pas encore arrivée jusqu'en France, que déjà la première onde de choc y parvenait, puisqu'il s'agissait de savoir dans la discussion de 1791, si l'on reconnaissait des droits égaux aux habitants des colonies et en particulier aux citoyens nés libres. Et alors a eu lieu la première discussion. Pour la première fois, on en a parlé. C'est-à-dire que pour la première fois, ce qui était un mouvement social, ce qui était une insurrection localisée, devenait un débat politique et conduisait à une décision politique. Le mouvement social, sans la décision politique, reste impuissant, reste localisé.
Il faut que le droit arraché de vive force par la lutte devienne la loi pour qu'elle prenne la majesté et la force de s'imposer à tous. Puisqu'étant délibérée par tous, par les votes, alors elle s'applique à tous. Et si imparfaite qu'elle soit, si transitoire qu'elle soit, elle est la loi. Et c'est elle qui s'impose seule à la communauté politique. Et la communauté politique n'existe que dans et par la loi qu'elle promulgue. C'est pourquoi en France, tel que nous sommes, État laïque, séparé de toute vision où une puissance extérieure imposerait telle ou telle loi, si juste soit-elle dans vos cœurs respectifs à tous les autres. Il n'est d'autre loi que la loi civile.
Il n'est d'autre certitude que ce que dit ce que nous décidons. Voilà le grand acte qui s'est commis en 1791 où pour la première fois on a entendu cette formule « Périssent les colonies » plutôt qu'un principe de la bouche de Maximilien Robespierre, de l'abbé Grégoire et de quelques autres qui défendaient à ce moment la liberté des esclaves. Et Robespierre dit « Si vous acceptez qu'apparaisse où que ce soit dans l'un quelconque de vos textes la mention d'êtres humains non libres, alors tout ce que vous avez écrit, tout ce que vous avez dit, tout ce que vous avez fait, nous sommes en 1791, rien n'a de sens. La liberté est une et indivisible.
Elle est pour tous et tant qu'elle n'est pas pour tous, elle n'est pleinement accomplie pour personne. C'est pourquoi la langue française de la Révolution est une langue pour toujours universaliste. Et c'est pourquoi elle contient consubstantiellement la liberté, la souveraineté du peuple et la laïcité de l'État face à toutes les puissances qui, de l'extérieur, prétendent dicter des lois qui seraient des lois naturelles. Et à cet instant, je pense aussi bien à la loi religieuse qui a sa valeur dans le cœur de chacun, mais qui n'a pas de place dans la loi. Mais je pense aussi à la nécessité de séparer la loi et l'État des puissances qui prétendent lui imposer des raisons extérieures.
Je pense au marché, je pense à l'argent, je pense aux droits, fusse le droit de propriété, car les esclaves étaient les propriétés de leur maître et considérés comme telles. Jusqu'au point qu'Aïti, qui s'en libéra la première, continua à payer un dédommagement pour les maîtres qui avaient perdu leur propriété esclave jusqu'au gouvernement de l'Union de la Gauche de 1982 qui interrompit ce remboursement. Voilà la vérité de l'histoire. Voilà la vérité de l'histoire de France que d'aucuns voudraient dorénavant s'approprier et nous jeter à la figure comme s'ils en étaient les dépositaires.
Il y a l'histoire qui est une science qui rapporte des faits et ne tranche pas sur leurs valeurs respectives. Et puis, il y a l'histoire républicaine, c'est-à-dire l'histoire dont on fait une matière vivante, une expérience pour soi-même, humainement et politiquement. Et alors, il n'y a pas une histoire de France, il y en a deux. Et il y a celle qui nous sommes les dépositaires et qui tient sa part de vérité contre les mensonges dont la conscience publique est accablée aujourd'hui. Il y a un rapport direct entre cette histoire de France comme nous la racontons et la formation de la conscience nationale. Il n'y a de France possible qu'en République.
Et la République proclame la liberté, l'égalité et la fraternité absolue entre tous les citoyens, quel que soit leur genre, leur religion, leur couleur de peau. La France, telle qu'elle est issue de cette histoire-là, est à jamais pour toujours égalitaire. Et elle n'acceptera jamais que comme un corps étranger dont elle doit combattre les venins.
le racisme, l'intolérance religieuse, la stigmatisation de telle ou telle catégorie du fait des attributs circonstanciés qui les distinguent les uns des autres et qui nous fait évidemment tous, chacun différent de tous les autres, mais semblable par notre commune condition humaine, par notre égale dignité dans l'accomplissement, la nécessité d'accomplir nos besoins tous ceux de l'existence. Et c'est cette similitude qui, d'une idée à l'autre, nous permet de comprendre pourquoi, en dépit des apparences, tous les êtres humains sont égaux en droit. Cette histoire, je l'oppose à celle qui nous est racontée dorénavant et rabâchée du matin au soir par d'aucuns.
Leur histoire, c'est celle des vaincus parce que nous les avons vaincus en 1789, parce que nous avons rallumé le fanal en 1871, parce que nous avons rallumé le fanal dans la résistance à l'oppression des nazis et de l'envahisseur allemand. Eux sont pour toujours ce camp que nous avons vaincu et dont nous devons répéter continuellement la victoire sans jamais débaisser les yeux. L'histoire de France, non, n'est pas l'histoire des rois, c'est l'histoire de son peuple. L'histoire de France n'est pas ceux des tyrans qui toujours ont été là pour brimer, opprimer, faire taire.
Ce n'est pas l'histoire qu'ils célèbrent, eux, lorsque, par exemple, ils mettent dans le Sénat de la République française l'énorme statue d'un prétendu Saint-Louis que les républicains appellent Louis IX qui n'est pas d'heureuse mémoire pour avoir inventé un signe distinctif pour tous les juifs, pour avoir brûlé des exemplaires de la Torah, pour avoir expulsé les juifs de France et proclamé la nécessité de percer la langue au fer rouge des hérétiques. Eux continue à célébrer cette histoire et notre devoir est de faire vivre celle qui nous permet de rester le peuple français dans la République une et indivisible, ce qui n'est pas qu'une affaire de frontières.
La République une et indivisible parce que son peuple est un et indivisible, quelle que soit la religion de ses composantes, la couleur de peau. Nous devons porter ce message parce que c'est lui qui nous permet d'être français, c'est-à-dire de ne pas être seulement un blanc ou seulement un adhérent de telle, un adepte de telle ou telle religion, mais d'être en même temps et ensemble des êtres humains qui ne sont reliés entre eux que par un contrat politique et non ethnique ni religieux ni de couleur de peau.
Le contrat que contient la devise liberté, égalité, fraternité que les Français sont prêts à mettre en partage avec l'humanité tout entière, c'est-à-dire tous ceux qui sont prêts à y adhérer. Voilà ce que nous avons à dire. Ici, viennent nous inspirer les manes de Levasseur. Car si en 1791, la discussion de l'Assemblée conclut qu'il ne saurait y avoir d'êtres humains non libres sur le territoire de ce qui n'est pas encore la République, car alors il y a encore un roi et ce n'est pas le roi qui a proclamé l'abolition de l'esclavage. C'est la République, car 1794, il y a deux ans déjà que la République a été proclamée après que le roi ait trahi la patrie.
L'histoire de France ne saurait être seulement l'héritière de ce type de trahison, vous le savez comme moi. Donc nous sommes en 1794. Les députés élus dans les Antilles arrivent à la fin de l'année 1793 seulement. Il aura fallu du temps pour arriver à surmonter tous les obstacles et notamment ceux de la guerre, puisque l'Europe toute entière s'était coalisée pour faire reculer et disparaître le régime républicain en France, ce qui a permis par la contagion, que ce soit l'inverse qui se produise. D'abord, la République un peu partout. Ils arrivent, c'est la fin de l'année 93 et à la faveur de leur présence, je pense au député Belay, qui est le premier député noir qu'il y a eu en France.
Il parle avec l'un avec l'autre, mais qui s'intéresse à ces drôles de gens ? Il faut qu'il y ait la conscience en alerte, la personne qui sait écouter et qui va se révolter à son tour et qui va mettre en mouvement les événements. Voilà le troisième composant de ce qu'il est nécessaire de réunir pour qu'un fait social devienne un fait politique accompli. Il y faut des êtres humains qui prennent en charge le combat. Aucune situation ne produit par elle-même un résultat politique sans qu'on y trouve des consciences engagées, des militants, des citoyens, des gens qui prennent un bulletin de vote plutôt qu'un autre et qui font la décision. Parmi ceux qui sont là, qui écoutent les premiers ?
Les Jacobins, qui eux viennent du club des Bretons, lesquels Bretons avaient cuit dur la peau de leurs aristocrates et constitué le cœur de la Révolution française. C'est des Bretons qu'est venu le club des Jacobins et le club des Jacobins c'est le parti politique de notre liberté face à tous les autres qui souvent avec leur bonne manière et leur bonne tête en réalité à l'heure du vote sur l'esclavage votèrent pour l'esclavage c'est-à-dire pour empêcher son interdiction. Je les oublie. Je ne pense qu'à nous pour inciter les plus jeunes à entrer dans le combat les plus anciens à trouver de nouvelles certitudes pour y rester.
Il a fallu que parmi ces Jacobins il y ait cet homme spécial René Levasseur pour que l'idée aille à son terme quasi immédiatement. Les députés arrivent fin 93 le 4 février Levasseur fait ouvrir la discussion. Il y a à peine deux mois qu'ils sont là parce que Levasseur lui s'est indigné au moment où il était un homme jeune et sans engagement politique particulier comment pourrait-il en avoir eu un.
Et il se trouve qu'étant jeune homme il s'était opposé à son oncle qui était un esclavagiste qui profitait du commerce de l'esclavage pour que sa conscience d'homme jeune était émise à l'affût en alerte et lorsque pour la première fois il voit arriver quelqu'un qui incarne et qui représente la révolte et la victoire contre une idée qu'il condamnait l'esclavagisme alors la jonction se fait il fait ouvrir le débat et le vote l'emporte mais maintenant c'est aussi le moment de s'interroger sur la raison d'une abomination comme celle-là ferez-vous de l'esclavage le résultat malheureux d'une propension des êtres humains à la violence vous pouvez le faire vous avez le droit de dire que tous ceux qui ont participé à la traite négrière tous étaient chacun personnellement responsable comme nous disons de tous ceux qui ont participé à la Shoah quel que soit le poste qu'ils occupaient qu'ils sont chacun personnellement responsable du résultat on n'est jamais l'exécutant innocent d'une mesure infâme je vous le dis avec la force non seulement de ce que j'ai pu apprendre de l'histoire comme beaucoup d'entre vous mais de souvenir où je suis de cet instant dans le tribunal de Buenos Aires où chaque fois qu'arrivait un des militaires qui était cité à comparaître pour l'assassinat de 30 000 des nôtres qui avaient été tués pendant la répression des dictatures des généraux viola et videla chacun de ceux qui passaient celui-ci avait transporté l'autre avait arrêté celui-là avait établi la liste cela avait creusé le trou cela avait tiré dessus chacun disait moi j'obéissais et il mettait en avant le devoir d'obéissance contre le droit des gens qu'ils ont assassiné il n'y a pas d'exécutant innocent de mesures injustes et nous les tenions tous pour coupables si bien que le procureur strassera que notre patrie s'est honorée en décorant de la légion d'honneur et tous ceux qui ont défilé ensuite pour témoigner dont les deux personnes dont j'avais obtenu à la faveur de circonstances incroyables la libération d'un camp d'extermination ont pu venir témoigner et demandant justice pour les 32 français qui ont été assassinés par les généraux et leurs exécutants tous ont pu dire vous êtes coupables mais d'où venait cette dictature sinon d'une nécessité politique qui elle-même représentait une nécessité économique d'où venait l'esclavage je vous prie sinon de la première globalisation depuis la période du commerce des épices la première globalisation capitaliste dont Marx décrit parfaitement la fonction la première accumulation géante de capital dans une division internationale du travail la première mise en place à échelle mondiale du cycle de la marchandise qui se transforme en argent qui se transforme ensuite en marchandise pour se transformer de nouveau en argent c'est ce fameux commerce triangulaire où l'on fait partir des objets que l'on a acquis ici que l'on va là-bas vendre en échange d'esclaves qu'on va revendre à fort prix ensuite dans les colonies où l'on produit du sucre le sucre qui fut le pétrole du 18ème siècle dont la consommation fut multipliée par 4 au 18ème siècle et qui ainsi était un gisement ininterrompu de richesse comme aujourd'hui c'est le cas du pétrole si je vous raconte cette histoire en mettant à la fin ce qui en réalité est au début c'est-à-dire la cupidité qui est la moteur de l'histoire des escravagistes au prix de la dignité humaine au prix de la déportation d'un million de cent mille personnes sur les territoires des colonies françaises et de 4 millions pour finir si l'on compte les descendances l'origine est dans un régime économique et de même aujourd'hui les servitudes de notre époque les 130 000 esclaves qui demeurent sur notre territoire tels que le nombre en a été établi par l'association de lutte contre l'esclavage moderne contre les millions de personnes contraintes à l'esclavage du travail de la prostitution ou de toutes les autres formes d'aliénation de la liberté humaine par la violence ont un enracinement dans un modèle économique et bien ce que vous vivez dans les autres servitudes bien sûr moins violentes en apparence mais tout aussi offensantes car chacun de celui qui perd son autonomie et sa liberté ne fait pas que perdre son autonomie ou sa liberté il donne ce faisant ainsi que me l'a dit hier une jeune femme dans la rencontre que j'ai eue avec des étudiants à Tours perdre son autonomie c'est donner la liberté à quelqu'un d'autre de décider pour vous autrement dit chacun de ceux qui acceptent que leur autonomie et leur liberté soient réduites augmente le nombre de ceux qui se croient en droit d'opprimer et de décider à la place des autres la liberté consubstantielle avec la citoyenneté il n'y a pas de liberté il n'y a pas de droit de l'être humain dans l'absolu il n'en existe qu'en fait et en réalité et c'est pourquoi la déclaration des droits de l'homme ne s'appelle pas déclaration des droits de l'homme elle s'appelle déclaration des droits de l'homme de l'être humain et du citoyen car sans les droits du citoyen la liberté n'est qu'un mot creux un commandement parmi d'autres vœux pieux la garantie de la liberté la garantie des droits de l'être humain c'est la citoyenneté c'est la liberté déjà conquise ce sont les droits déjà acquis et la première de nos règles sera de ne jamais accepter de marchander l'un de ces droits qui a été acquis toujours dans le sens d'augmenter l'autonomie de chacun d'entre nous au détriment du pouvoir des autres la sécurité sociale augmente la liberté de chacun d'entre nous et diminue le droit d'aucun de décider à notre place de notre santé de ce que nous allons faire etc etc il n'est une des conquêtes sociales du mouvement ouvrier et de la longue lutte pour l'égalité qui n'est été arrachée par le combat et lorsque commence le discours des racistes lorsque commence le discours de l'extrême droite et de tous ceux qui voudraient que le futur soit par recommandation un passé toujours recommencé au nom des droits de la tradition et qui se garde bien de dire quel fruit pourri contient la tradition ou plus exactement qui ne la cite qu'en opposition aux belles réalisations du combat pour la liberté et notez ceci à cette heure si l'humanisme naît à la fin du 14ème siècle avant lui le premier texte qui a proclamé l'égalité entre des êtres humains apparemment dissemblables c'est un texte féministe c'est Christine de Pizan 40 ans avant Pic de la Mirandole et à mesure que dans l'histoire de France va entrer le principe de liberté notamment au 16ème siècle avec la Renaissance il nous arrive sous deux visages le premier visage ce sera celui du rire de l'explosion de joie non la vie n'est pas une vallée de larmes où l'on achète son salut par la souffrance c'est le visage de Rabelais médecin qui dit et qui fait rire avec Pantagruel le rire est le propre de l'homme c'est un médecin qui parle et quand je vois la biographie de Levasseur je découvre que l'une de ses premières revendications en tant que conventionnel républicain jacobin ce fut de demander qu'il y ait une école gratuite de sages-femmes pour que chaque femme puisse bénéficier lorsqu'elle enfante du concours expérimenté de quelqu'un qui ait appris à braver ce qui était considéré comme une loi de la nature qui est celle de mettre sa vie en péril à ce moment et de le vivre toujours dans la souffrance ainsi sommes-nous depuis le début telle est notre histoire et c'est elle qu'il s'agit de faire vivre à cet instant de l'histoire et vous autres les insoumis femmes et hommes qui êtes dans ce public et merci aux autres d'être là vous avez un devoir plus grand que tous les autres celui de porter cette histoire de la proclamer d'assumer l'héritage de la grande révolution sans jamais baisser les yeux parce qu'on vous opposera tel ou tel épisode du combat en vous faisant oublier tel ou tel autre parce qu'on vous mettra sur les bras toutes les violences qui se sont commises en oubliant les violences millénaires contre lesquelles la révolution a triomphé pour finir portez la mémoire de l'histoire de la révolution faites-vous français par la communion de l'histoire de la révolution qui que vous soyez d'où que vous veniez qui qui étaient vos ancêtres puisque dorénavant c'est un sur quatre d'entre nous pardon chacun d'entre nous à un sur quatre de ses ancêtres qui est étranger vous devenez français parce que vous avez votre carte d'identité et si vous devez adhérer à une histoire commune parce qu'il le faut alors vous adhérez à l'histoire à partir de la grande révolution la nation française a été créée par la république et il faut sans cesse se souvenir que si bien sûr la permanence des lieux et la succession des générations fait qu'on peut évoquer une nation française qui existerait avant la république je sais bien que ce que je suis en train de vous dire choque l'intuition mais ce qui fait sens à ce moment ce n'est pas la continuité c'est la rupture ce qui fera sens demain ce n'est pas la continuité entre notre génération et celle qui a perdu tant de batailles récemment au point que s'est établi le régime économique et politique absurde sous lequel nous nous trouvons et où nous obéissons à la loi du dieu marché et à ses grands prêtres que sont les cours de bourse les traders et autres personnes attachées à la compétitivité flexibilité modernité bla bla bla bla ce sera la rupture que nous aurons opérée et dont nous avons l'occasion bientôt avec des bulletins de vote la politique n'est pas une chose dont on ne parle pas dans les cimetières parler de politique dans un cimetière et devant l'endroit qui célèbre le vaseur est un devoir et vous n'oublierez pas de regarder comme vous le faites le 11 novembre ici dans ce cimetière les tongs de tous ceux qui ont été envoyés à la boucherie de 1914 et jusqu'en 1918 et vous n'oublierez pas non plus la mémoire de ceux qui ont été fusillés pour l'exemple et dont je dois dire que c'est un honneur immense pour moi d'avoir été le président d'un groupe où il y a un homme comme Bastien Lachaud qui a présenté au nom du groupe une loi qui a été adoptée réhabilitant ces morts fusillés pour l'exemple comme morts pour la France ces hommes savaient qu'ils allaient mourir ces hommes savaient que la seule forme de protestation qui valait c'était de s'opposer de s'opposer pour que les dominants sachent qu'on ne laisserait pas faire comme ce fut le cas en octobre 1917 en Russie quand il y a eu d'autres solutions pour arrêter la guerre que de faire la révolution tout cela est présent et vibre parmi nous tout cela est porté par nous et vous en avez le devoir et vous autres les plus jeunes davantage que nous encore peut-être puisque vous entrez c'est un honneur de penser que c'est un député insoumis qui a fait adopter parlement européen un français venu de la réunion Younous Omarji qui a fait adopter parlement européen que l'esclavage était un crime contre l'humanité après trois siècles de durée de ce massacre c'est un honneur pour moi de savoir que dans le groupe insoumis se trouve Jean-Hugues Grattnon qui a déposé une proposition de loi pour qu'on célèbre en plus des dates évidemment de chacune des régions d'esclavage une date pour tous qui serait celle du 4 février 1794 quand on a décidé à l'initiative de Levasseur d'abolir l'esclavage oui il y a eu l'histoire après bien sûr quelle histoire douloureuse et impercable la volonté de résistance Louis Delgrès qui préfère officier noir jacobin des armées de libération de la patrie républicaine qui préfère se faire sauter avec les 300 qui sont autour de lui plutôt que de se rendre et de retourner en esclavage René Levasseur ces manes sont brûlantes son message à porter dans le temps il le traverse et fracasse le présent il sonne comme un signal d'alerte qu'entreviennent en même temps que l'espérance des jours heureux les nuages qui remplissent le ciel de noir et d'ombre que ce message continue à ensemencer les cœurs et les esprits pour préparer à chacun d'entre nous la force de résistance morale et de contre-offensive à ceux qui s'avancent vers nous les Zemmour les Le Pen tous ces gens qui viennent ceux-là sous une forme caricaturale et les autres sous une forme plus civilisée et parfumée recommandée partout les mêmes réductions de liberté les mêmes retours à la chaîne de l'épuiser qui a droit à sa retraite de l'épuiser qui a droit à la diminution du temps de travail dans la journée et dans l'année bref la volonté d'empêcher que tout ceci qui a été conquis du Haut-Clude soit perdu la volonté de faire en sorte que ce champ de la liberté s'étende voilà tout ce que nous célébrons aujourd'hui et je me suis senti le devoir de le faire comme je l'avais fait à chacune des occasions que la vie m'a présenté en Guadeloupe sur les marges de l'esclavage à la Réunion le 20 décembre dernier sur ce petit cimetière où m'avait invité Huguette Bello à prononcer avec elle un discours nous étions peut-être que quelques-uns d'entre vous l'ont su à côté du cimetière et voici qu'un cyclone était passé auparavant en 2011 et en arrachant la terre il avait révélé 2000 squelettes ceux des esclaves jetés à la fausse commune ce fut pour moi comme une déflagration intime tandis que la mer battait doucement le rivage comme un chœur qui tape le tam-tam de la vie j'entendais tambour Bélé tambour Groca la Maloya toutes les musiques qu'ont chanté ceux qui ont accompli en dépit de tout et surtout de circonstances qu'il ait déshumanisé davantage que leurs bourreaux quasiment jusqu'à ce qu'ils en triomphent l'esclavage les ramassait en paquets et ensuite les trier et les éparpiller de sorte que ceux qui arrivaient sur les lieux de l'esclavagisation ne parlaient pas la même langue et il faut que vous le sachiez n'étaient pas tous de la même classe sociale dans les populations d'origine il y avait là des prêtres des nobles des paysans tout ça pris comme un paquet humain et jeté dans l'esclavage et alors se produisit ce qui va rester notre devoir la force du processus d'humanisation l'a emporté surtout ils ne parlaient pas la même langue ils étaient soumis à la domination ils étaient menacés de mort sans cesse s'ils se coalisaient mais la vie fut la plus forte et cette vie opéra quelque chose qui n'a jamais cessé d'opérer depuis et dont nous devons recueillir avec joie avec bonheur l'héritage il est frappant que ce soit d'abord les sociétés en lutte contre les conséquences déshumanisantes de l'esclavage que ce soit un de leurs enfants qui ait inventé le mot qui décrit ce moment où l'humanisation l'emporte sur tout le reste ce mot c'est la créolisation se créoliser c'est tout simplement laisser la vie faire son oeuvre pas seulement la vie des passions amoureuses pas seulement la vie de ce qui peut nous conduire à tous les métissages bienvenus que nous connaissons mais quelque chose qui va au-delà c'est-à-dire parler la même langue aimer les mêmes choses écouter les mêmes musiques être capable de savourer les mêmes poésies qui que vous soyez quelle que soit votre religion quelle que soit votre couleur quel que soit votre genre j'ai vu qu'on m'opposait avec des sourires sarcastiques on me dit eh bien voilà nous luttons contre le grand remplacement disent les racistes et monsieur Mélenchon lui s'en réjouit il est pour la créolisation oui je suis pour la créolisation mais j'ai rien besoin de faire c'est comme la loi de la gravitation monsieur Zemmour si vous voulez pas lever les pieds dans l'escalier faites-le mais la loi de la gravitation s'appliquera à vous comme à tout le monde et je peux vous dire ce qui se passera après eh bien la créolisation comme l'a si bien dit monsieur Ali Rabé le maire de Trappes en face du crypto-fasciste à qui il parlait que ça vous plaise ou pas ça se fera et la France est faite de ce brassage depuis toujours depuis l'origine de son histoire je l'ai dit et répété quel autre peuple dit qu'il est gallo-romain qui a inventé une idée pareille gallo-romain des Gaulois et des Romains je suis élu de Marseille savez-vous comment cette ville est née d'un immigré qui descendait d'un bateau et qui a épousé une femme gauloise voilà comment on commence il a épousé une femme gauloise parce qu'elle l'a choisie bah oui c'était l'habitude là-bas à l'époque la gauloise a préféré le grec aux autres gars qui étaient pas mal et voilà comment ça s'est passé il y a 2600 ans et quoi ?
monsieur Zemmour avec ses petits bras va empêcher ça ?
l'histoire de France peuple gallo-romain l'histoire de France un peuple qui invente lui-même sa langue bon des fois en opprimant celle des autres ce qui n'est pas une trouvaille mais qui l'a inventé et ainsi de suite jusqu'au point où nous sommes rendus aujourd'hui je pense que personne n'a l'intention de contester mon patriotisme républicain ou jacobin mes grands-pères et grand-mères venaient d'en peu tout le tour de la Méditerranée et tous ne sont pas nés avec une carte d'identité française dans la poche voilà comment on devient français parce qu'on adhère à l'idée française et on adhère à l'idée française parce qu'on peut y adhérer et on peut y adhérer si l'idée française c'est pas une religion si c'est pas une couleur de peau alors la porte est grande ouverte pour devenir français si vous fermez la porte et vous la réduisez à l'identité de votre arrière-grand-mère de la pratique religieuse il y a 5 générations dans un pays où 60% des gens sont d'abord surtout fatigués quand on leur parle de religion sans arrêt alors évidemment la France devient toute petite elle devient toute rabougrie incapable de vivre à l'échelle à laquelle moi je veux qu'elle vive présente sur les 5 continents aux portes de l'humanité universelle partout et peut-être avec une place particulière on l'admettra dans la francophonie langue commune qui réunit 300 millions de personnes 700 millions à la fin du siècle regardez quel ressort magnifique d'intelligence et de communication de créolisation nous donne la perspective de pouvoir échanger toujours plus densément avec les peuples francophones du monde depuis les Québécois jusqu'aux Sénégalais Camerounais et d'autres que je ne cite pas pour ne pas avoir d'histoire mais j'y pense très fort et il n'y a pas besoin d'avoir davantage que cette langue en commun pour pouvoir partager c'est pour ça que j'ai dit que je me sens l'héritier des Jacobins libérateurs qui propagent l'esprit qu'ont d'Orsay les autres quand je dis faisons une université de l'espace faisons une université de la mer une université francophone unis à tous ceux qui parlent notre langue parce que la plus grande communion que l'on puisse faire c'est celle de l'esprit parce que c'est d'elle que vient la créolisation voilà mesdames, messieurs et sans abuser davantage de votre patience ce que m'a suggéré comme devoir cette journée nous avons nous autres les Insoumis l'Union Populaire des devoirs particuliers c'est à nous puisque nous marchons devant dorénavant de porter les symboles des grandes causes qui constituent notre histoire et des propositions que nous faisons à la nouvelle génération il fallait que le 4 février soit célébré peut-être plus intensément cette année puisque tout le monde a les regards tournés vers les candidats et c'est bien normal une telle élection a lieu qu'on fasse une pause non pour sortir de la politique mais pour y entrer davantage et rappeler quelle est la permanence des combats politiques depuis le vaseur jusqu'à nous à cet instant vos autres mensaux évidemment ça vous crée maintenant un devoir moi je m'en vais vous vous restez et le 4 février prochain vous serez encore là je l'espère pour vous tous alors vous aurez le devoir de continuer et peut-être les grands-parents d'inviter les petits-enfants les parents d'amener les enfants les plus jeunes d'amener leurs plus jeunes frères et sœurs pour qu'ils viennent ici une petite demi-heure réfléchir et se souvenir de ce qu'a été la lutte des esclaves l'abomination de l'esclavagisme et de la lutte pour la liberté voilà ce que nous sommes gloire à la mémoire de Levasseur gloire au jacobinisme vive la France vive la République au jacobinisme
et de la lutte de la lutte de la lutte
Jean-Luc Mélenchon