Fonds pour le monde agricole, inondations dans le Pas-de-Calais, autorisation du glyphosate... Le "8h30 franceinfo" de Marc Fesneau
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Bonjour Marc Fénault, vous étiez hier en déplacement avec Emmanuel Macron dans le Pas-de-Calais. Depuis plusieurs jours maintenant, les habitants font face à des intempéries dévastatrices. L'eau monte encore. Dans quel état sont les agriculteurs que vous avez rencontrés ?
Dans l'état de personnes qui ont commencé à voir l'eau monter tout début novembre, le 3 ou le 4, et qui depuis n'ont pas vu l'eau descendre et voient les précipitations qui continuent à s'accumuler. J'ai vécu ça dans ma commune quand j'étais maire en 2016, il y a un sentiment d'impuissance qui est terrible dans ces cas-là. En se disant que le jour est sans fin et que ça n'arrêtera jamais. Deuxième élément, j'ai trouvé qu'il y a eu beaucoup de solidarité entre les agriculteurs, entre les agriculteurs et les habitants. C'est ce qu'on a constaté avec le Président de la République, ce qui n'est pas une surprise.
On connaît les Français dans ces moments-là d'extrême solidarité, puis une grande lassitude morale, d'abord une fatigue physique, parce que vous passez nuit et jour quand vous avez des animaux, et puis on ne dort pas en fait dans ces moments-là. Donc une grande fatigue physique qui confine maintenant à la fatigue psychologique, avec en plus l'espoir que ça redescende quand même, parce que ça finira bien par redescendre, mais le sentiment que quand l'eau va rentrer dans son lit, si vous me permettez cette expression, ou retourner à la mer, une partie du dur continue.
Parce qu'il faut nettoyer les maisons, il faut nettoyer les équipements des agriculteurs, il faut vérifier si les machines marchent, si on a des frigos qui sont hors service, etc. Donc la remise en route elle-même est longue, pour l'avoir connue moi-même, je le répète, et je vois très bien à quel point ça peut frapper les esprits.
Vous avez tenté de faire un état des lieux ? Vous savez combien d'exploitations, par exemple, ont été touchées ?
Alors on a des nombrements aujourd'hui qui sont de l'ordre d'une centaine, mais ça dépend de quel degré, c'est celles qui sont avec les bâtiments inondés, mais il y a aussi des terres qui sont inondées, des cultures qui sont inondées, on ne peut pas y accéder. Quand vous avez un mètre cinquante d'eau, vous ne savez pas ce qu'il y a dessous, ce qui reste dessous et dans quel état c'est.
C'est-à-dire qu'on ne connaît pas l'état des cultures aujourd'hui ?
On ne peut pas le savoir, quand vous avez un mètre d'eau, on peut imaginer ce que ça va donner, il faut juste laisser le temps de la décrue, et à partir de la décrue, on aura une vision plus complète de l'étendue des dégâts. De quel type de culture il s'agit ? Il y a des grandes cultures, des cultures qui ont pu être semées du colza, par exemple. Il y a des cultures qui étaient encore en place, je pense à la betterave, qui ne pourra pas être récoltée. La betterave c'est important, parce que c'est une région très importante.
C'est une grande région betteraviaire, vous avez raison, avec des cultures qui, manifestement, à l'heure où je vous parle, il faut toujours être prudent, parce que la météo joue parfois des tours et parfois des tours positifs. Mais aujourd'hui, on voit bien que c'est des betteraves qui ne seront pas récoltées, c'est plusieurs milliers d'hectares sans doute de betteraves qui ne pourront pas être récoltées, puisqu'on était au début, au milieu de la saison de récolte de la betterave.
Puis vous avez des cultures maraîchères, alors là on était dans le moment intermédiaire, mais vous avez quand même des choux, pour rentrer dans le détail, qui étaient au moment où on commençait à les récolter et qui seront perdus pour un tiers ou les deux tiers d'entre eux.
Donc ça va toucher à court terme les récoltes qui devaient avoir lieu dans les prochaines semaines, les prochains mois. Comment ça se passe aussi pour les élevages ? On a entendu des témoignages d'éleveurs qui disaient, j'ai dû essayer de sauver mes bêtes de la noyade.
Alors le décompte, on le connaît mieux. Il y a eu des opérations absolument incroyables de sauvetage d'élevage avec des éleveurs, avec des pompiers, avec l'arbre, enfin bref. Donc des animaux qui étaient en train de se noyer, qu'on a pu sauver. Il y a sans doute 200 bovins qui ont été perdus et qui ont été noyés par la montée des eaux trop brutales et qui n'ont pas permis de les évacuer. Donc ça c'est documenté. Alors après, pour dire des choses très concrètes, vous avez des éleveurs qui ont des robots de traite ou des matériels de traite qui sont inopérants chez eux parce qu'il est inondé. Donc on déplace tous les jours les bovins pour aller les faire traire dans d'autres structures.
Donc c'est beaucoup de logistique qu'il faut mettre en place. Après, on a un deuxième sujet d'inquiétude. C'est un animal qui reste, c'est comme vous et moi, un animal qui reste 24, 48, 72 heures avec de l'eau jusqu'au cou, pas impossible qu'on ait des maladies qui apparaissent. Mais ça c'est aussi des surcoûts et des difficultés qu'on verra et qu'on découvrira au gré.
Ça veut dire que les dégâts qu'on va découvrir avec la décrue...
Il y a ce qu'on va voir tout de suite, ce qu'on va voir à moyen terme et sur le long terme des coûts. Donc c'est tout ça qu'il faut essayer de mesurer avec les agriculteurs et leurs organisations.
Vous étiez à côté d'Emmanuel Macron hier quand il a annoncé la création d'un fonds de soutien de 50 millions d'euros pour le Pas-de-Calais. Quelle part pour les agriculteurs ?
Alors ça c'est un fonds de soutien pour les collectivités locales en supplément de ce que seront les autres dispositions assurantielles. Pour ce qui est du monde agricole, je cumule Bretagne, Normandie, Haute-France, c'est un fonds de 80 millions d'euros.
Parce qu'à Bretagne il y a eu la tempête aussi.
Oui parce que malheureusement on a aussi ces épisodes et je serai en Bretagne jeudi et vendredi. Là c'est un fonds de 80 millions d'euros qui permettra de couvrir à la fois les pertes de récolte, mais aussi les pertes d'investissement qui ne seraient pas couvertes par les sujets d'assurance. On a fait un fonds qui permet d'éviter l'expression des trous dans la raquette. Parce qu'on voit bien qu'il y a toujours des sujets, certains perdent plutôt des investissements et du matériel. Mais il y a un taux d'usure donc ils sont mal couverts par les assurances. Et comment on peut les accompagner ? C'est avec des investissements. Puis on est beaucoup en dialogue avec les régions.
J'aurais quand même souligné l'engagement des régions hier avec Xavier Bertrand, Loïc Chénet-Gérard ou Hervé Morin pour travailler à regarder comment dans leurs propres compétences en termes d'investissement, ils peuvent travailler sur, pas les indemnisations, mais le fait de relancer la machine économique.
Dans le Pas-de-Calais, l'état de catastrophe naturelle a été reconnu dans 244 communes. C'est ce qu'a annoncé le Président de la République hier. Vous rendez demain et après-demain dans le Finistère, la Bretagne. On le disait, suite aux dégâts causés par la tempête Caran, Emmanuel Macron avait aussi promis l'état de catastrophe naturelle partout où on pourra le faire. C'est ce qu'avait dit le Président. Le but étant là aussi que les agriculteurs soient vite indemnisés. Mais finalement rien, pas de catastrophe naturelle en Bretagne. Comment vous l'expliquez ça ?
Il y a d'autres instructions. L'état de catastrophe naturelle, il peut être activé dans très peu de cas, mais dans un certain nombre de cas quand il y a de la tempête, mais plutôt pas en métropole, plutôt dans les Outre-mer.
Là, c'est ce qu'on fait dans le Pas-de-Calais.
Oui, mais c'est des inondations. Donc ce n'est pas un phénomène tempétueux.
Et donc là, les Bretons, ils n'ont pas le droit ?
Donc on a d'autres dispositifs. Le système des calamités agricoles, il fonctionne sans les catastrophes naturelles. Donc il s'activera de même nature. Le système des catastrophes naturelles, il permet principalement de regarder dans quelle caisse c'est pris. Est-ce que c'est les assureurs ou la caisse mutualisée des assureurs ? Ça n'empêchera pas qu'en Bretagne aussi, les risques ou les dégâts soient couverts.
C'est simplement pas le même mécanisme. On se souvient tous de la sécheresse. Il y a quelques mois et quelques semaines seulement, on parlait de la sécheresse. Quand on voit toute cette eau qui tombe, quels enseignements vous en tirez en termes de gestion de l'eau ?
Les enseignements que j'en tire, c'est d'abord qu'on est un pays qui était plutôt un pays à climat tempéré, plutôt, et que nous découvrons depuis une quinzaine d'années, parce que ce n'est pas simplement depuis 15 jours, vous avez raison, mais le fait que nous avons une arythmie climatique avec d'abord une arythmie en soi et par ailleurs des phénomènes exceptionnels. Ça me fait penser que l'eau va être rare et ou trop abondante. Et que donc, on a besoin de penser le cycle dans sa durée, courte et longue d'ailleurs, et de regarder quand il y a beaucoup d'eau. Toute l'eau qu'on a dans le Pas-de-Calais, c'est de l'eau en trop.
Manifestement, c'est de l'eau en trop, puisque les sols ne peuvent pas l'absorber. Il faudrait pouvoir la mettre dans des réserves ? Il y a quelque chose à penser de réserve de substitution qui permettrait de les remplir quand il y a trop d'eau, de limiter, alors on n'évitera jamais tout, mais de limiter les effets des inondations et de pouvoir, parce que, je le rappelle, cette zone du Pas-de-Calais, cet été, elle était en alerte, c'est ce reste. Parce qu'il y avait trop peu d'eau qui était tombée. C'était une des zones où il était tombé le moins d'eau cet été. Alors qu'on avait plutôt un été plus pluvieux, en tout cas sur la partie nord du pays.
Et donc, si on pouvait réfléchir simplement les choses en disant, il y a quelque chose de bon sens, au fond, de se dire, il y a trop d'eau.
Donc des méga-vacines, par exemple, comme dans les Deux-Sèvres, alors qu'on sait que le débat est très vif.
Le débat est très vif et c'est dommage, parce que je pense que les méga-vacines, c'est exactement ça. Ça, c'est une nappe d'affleurement qui se remplit très vite, et donc qui déborde très vite. D'ailleurs, dans les Deux-Sèvres, en Vendée, on a beaucoup d'eau. On est en limite, d'ailleurs, il ne faudrait pas qu'on ait beaucoup de pluviométrie supplémentaire pour avoir des difficultés. Ça permet de remplir ces ouvrages. Méga-vacines, si on veut les appeler ainsi, ou réserve de substitution. Moi, je pense que la logique est une réserve de substitution. On prend l'hiver, ce qu'on évite de pomper l'été. C'est comme ça qu'il faut raisonner.
Et je pense qu'on a besoin de penser notre cycle l'eau en dérèglement climatique. Nos outils, aujourd'hui, ils sont peu pensés en dérèglement climatique. Et c'est ça qu'il faut qu'on travaille.
Toujours avec le ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, Marc Fénaud, face au début de polémique, le gouvernement a décidé hier soir de prolonger d'un an la dérogation qui permet aux salariés bénéficiaires de titres restaurants de faire leur course avec. Décision prise un mois et demi avant la fin. Pourquoi ça n'a pas été anticipé, vu l'inflation alimentaire qui est toujours présente ?
D'abord, c'est une disposition législative. Donc ça ne se fait pas comme ça, si je peux dire. Deuxième élément, c'est une disposition qui avait été soutenue par le gouvernement, qui était d'origine sénatoriale, si j'ai bonne mémoire, qui visait à pouvoir utiliser le ticket restaurant pour d'autres sujets que ceux pour lesquels ils sont prévus. Ça s'appelle ticket restaurant et pas ticket alimentaire, si je peux dire.
Simplement, le bon sens que nous avons aussi au gouvernement a imposé que, même si on est dans une phase de stabilisation d'une inflation déjà élevée, il y avait utilité pour un certain nombre de nos compatriotes, nos concitoyens, à pouvoir utiliser ces tickets restaurant pour l'alimentation courante, si je peux dire, et donc dans les usages qui sont ceux aujourd'hui prévus par la loi. Vous parlez du bon sens.
Pour les restaurateurs, ce n'est pas du bon sens, ils ne sont pas contents.
Oui, oui, ils trouvent que oui, alors quand il y a une mesure, il y a toujours des gens qui considèrent qu'eux, mais à la vérité, il y a quand même des gens, il y a un certain nombre de nos concitoyens, on a des réunions ce matin au ministère de l'Agriculture, c'est des questions de l'aide alimentaire, on a un certain nombre de nos concitoyens qui sont en difficulté pour l'alimentation. Donc il faut aussi se confronter à la réalité, même si je comprends la situation des restaurateurs, reconnaissons aussi que sous la crise Covid, nous avons beaucoup aidé les restaurateurs, donc chacun doit comprendre aussi qu'on doit chacun faire sa part.
Et donc il me semble que c'est une mesure de bon sens, que de faire en sorte que nos concitoyens puissent utiliser pour d'autres usages.
Là encore, on a l'impression que c'est de l'improvisation, je le redis, c'est une décision prise un mois et demi avant la fin de cette dérogation, symboliquement, est-ce que vous craignez en fait de refaire une erreur équivalente à la baisse de 5 euros des APL, que ça reste dans les esprits ?
Non, non, mais là c'est plus compliqué que ça, pardon de le dire, parce qu'il y a des effets, les restaurateurs peuvent légitimement dire, ça n'est pas l'objet, d'abord je rappelle que le ticket restaurant, c'est un sujet paritaire parce que c'est entre les employeurs et les salariés, et c'est comme ça que c'est construit. On pourrait d'ailleurs se poser la question, à chaque fois on vient voir le gouvernement pour dire, il faut arbitrer, il faut faire ceci, parce que c'est alimenté par vous et moi, quand vous en bénéficiez, et par les patrons, par les entreprises.
Bon, bref, qu'on puisse se poser la question avant de prendre une décision active, et qu'on puisse réfléchir, et un mois et demi avant le terme, les tickets restaurant fonctionnent, ils fonctionneront à partir du 1er janvier, il y a toute l'attitude pour le faire dans une disposition législative.
L'inflation alimentaire, vous en parliez, et vous parliez aussi tout à l'heure des cultures de betterave qui étaient dévastées dans la première région productrice en France, sachant que le sucre est l'une des denrées alimentaires qui augmentent le plus, ça va avoir des conséquences, ces inondations, sur les prix du sucre ?
2 000 hectares, peut-être pas quand même, mais il me semble qu'il faut toujours être vigilant, et c'est vrai que c'est une des difficultés, dans le dérèglement climatique, là on a une inflation qui est liée à d'autres sujets, énergie, emballage et autres, mais dans le dérèglement climatique, on peut avoir des effets qui soient liés à ça, et qui produisent de l'inflation. Je vous donne un deuxième exemple, c'est l'exemple de l'huile d'olive. La récolte en Espagne d'huile d'olive a diminué de quasiment 50%. C'est le premier producteur de tête d'huile d'olive du monde.
Bon, ça va se voir sur les prix, on a des prix qui ont été multipliés par 2 ou 3, c'est une inflation d'une autre nature que celle qu'on a connue à partir de 2022. Donc oui, il faut qu'on ait une vigilance, c'est pour ça que la question de la souveraineté alimentaire est une question importante. Il faut qu'on ait une vigilance, parce qu'il faut qu'on assure nos besoins, y compris dans du dérèglement climatique, parce que sinon on aura des difficultés.
C'est important ce que vous dites, parce qu'on est en pleine négociation commerciale entre distributeurs et industriels, et donc producteurs aussi. Les aléas climatiques vont avoir une incidence directe sur les négociations-là ?
Dans la négociation immédiate-là, on parle de deux sujets qui sont visibles, qui sont le sucre, alors c'est des sujets mondiaux le sucre en plus c'est un marché mondial.
Mais là les producteurs vont y perdre ?
Non, les producteurs non, puisque la question c'est de la rémunération et que la loi égalée m'a permis de garantir ça. Après, on est plutôt sur une baisse sur un certain nombre d'autres produits, je pense aux céréales en particulier, où le prix a plutôt baissé structurellement. Mais je signale juste que dans certains cas, il peut s'avérer que, compte tenu du dérèglement climatique, ça puisse sur certains produits faire des effets que je viens d'évoquer, par exemple sur l'huile d'olive.
Et les agriculteurs, les producteurs, ils doivent se préparer à y perdre dans cette négociation qui est en cours ?
Ça n'est pas la volonté du gouvernement. Je rappelle que depuis 2017-2018, avec mes prédécesseurs, c'était Stéphane Travers, Julien Denormandie, Didier Guillaume, on a fait en sorte de mieux rémunérer la matière première agricole et de faire en sorte qu'à chaque fois, ça ne soit pas le sacrifice que ce soit demandé aux agriculteurs. Donc, il ne peut pas y avoir une négociation qui fasse en sorte qu'on perde notre souveraineté alimentaire par la perte de nos agriculteurs, parce qu'à la fin, on dépendra des autres. Alors, pour le coup, l'inflation, elle sera encore plus forte parce qu'elle sera dans la main de gens qui sont nos amis ou parfois pas nos amis, d'ailleurs.
On va dire des choses comme elles sont. Donc, la souveraineté alimentaire et donc la rémunération des agriculteurs, c'est un élément de long terme de lutte contre l'inflation. J'invite, pardon, la grande distribution à penser le long terme et pas le court terme. Et à penser souveraineté et pas intérêt du moment privé.
Vous parliez à l'instant des céréales. Vous étiez la semaine dernière en Ukraine. À ce propos, l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne serait une catastrophe. Ce sont les mots d'Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA. Pour lui, l'agriculture ukrainienne ne joue pas avec les mêmes règles que nous. Donc, ça va forcément impacter nos agriculteurs. Est-ce qu'il a raison ?
À date, il y a une grande différence entre l'agriculture ukrainienne et l'agriculture européenne. Deuxième élément, il y a un élément de solidarité vis-à-vis d'un pays qui est en guerre. Enfin, il faut aller voir sur place pour constater... D'ailleurs, il y a des entreprises, y compris de l'agroalimentaire... Mais là, je parle de l'entrée dans l'Union européenne. Oui, non, mais... Attention au message qu'on envoie. Deuxième élément, vous savez très bien que les entrées dans l'Union européenne, c'est un processus de négociation, un processus de convergence, y compris des réglementations. Enfin, on n'en est pas là, si je peux dire.
Mais l'Union européenne a ouvert la boîte, si je peux dire, de la négociation, de la capacité d'adhésion, de demande d'adhésion. Travaillons là-dessus, me semble-t-il. Et c'est vrai qu'il y a des distorsions de concurrence.
On parle du plus grand, d'un des plus grands, ou sans doute même le plus grand producteur agricole en Europe.
C'est ce que je voulais vous dire. En revanche, c'est le plus grand producteur, c'est 25% de la production agricole européenne, l'équivalent. C'est 15% du marché mondial des céréales. C'est un déséquilibre absolument énorme. Et donc, il faut se poser la question de l'Ukraine dans l'Europe, si l'Ukraine dans l'Europe. Mais on n'en est pas là, je le répète. Il y a des nécessités de convergence. Mais ça ne peut pas être une concurrence avec les pays européens. Ça ne peut être qu'une puissance agricole européenne qu'il faut construire avec eux. Parce que si c'est pour venir sur le marché européen, à ce moment-là, on aurait tout perdu. D'abord, l'Ukraine n'est pas grand-chose.
Et nous, beaucoup, parce que nos agriculteurs seraient exposés à une concurrence qui serait de loyer. Donc, on a besoin de penser l'adhésion ou la coopération avec l'Ukraine dans une perspective de puissance européenne mondiale sur la scène de la souveraineté et de la sécurité alimentaire.
L'Europe, on va en parler, parce qu'elle va proposer demain la prolongation. La Commission européenne propose la prolongation pour 10 ans du glyphosate sur le sol européen. Et c'est demain qu'a lieu un nouveau vote important, celui des 27 membres, sur cette proposition. Le mois dernier, la France s'était abstenue. Que va voter la France demain à propos du glyphosate ?
On attend les derniers éléments de proposition de l'Union européenne. S'il n'y a pas de changement, il n'y a pas de raison que le vote change. Enfin, il y a une forme de... Donc, toujours une abstention. S'il n'y a pas de changement, il n'y a pas de raison que le vote change. Pourquoi ? Ça veut dire que le glyphosate sera prolongé. Mais, on l'a dit depuis le début, un, l'interdiction totale, ça n'est pas possible. Alors, pardon, je sais que ce n'est pas forcément populaire de le dire ainsi, mais c'est surtout contradictoire par rapport à ce qui est le président de la République,
Emmanuel Macron, qui l'a promis en 2017.
On a regardé aussi s'il y avait des alternatives. On a constaté d'ailleurs qu'il n'y avait pas d'alternative. Je pense, par exemple, à ce qu'on appelle l'agriculture de conservation. L'agriculture de conservation, c'est une agriculture sans travail du sol. Cette agriculture est très performante d'un point de vue du stockage carbone. Très performante. Et de la qualité des sols. On n'a pas d'alternative aujourd'hui.
Six ans après, Marc Fénaud, on n'a toujours pas d'alternative.
Si vous trouvez une alternative à labourer par autre chose qu'un produit de cette nature...
Pardon, mais moi, je ne suis pas agricultrice. Je vous pose la question parce que vous êtes ministre de l'agriculture. Vous avez raison, mais demandez aux chercheurs... Six ans après, la promesse du président de la République...
Il y a des maladies sur lesquelles on n'a toujours pas de médicaments. OK ? Donc, c'est pareil. Donc, il y a des maladies humaines sur lesquelles ça fait 30 ans qu'on cherche, on a des difficultés, parfois 40 ans, parfois 70 ans. Et il y a parfois des impasses techniques qui existent en agriculture sur lesquelles on n'a pas d'alternative.
Il y a des pays européens qui s'en passent du glyphosate. Non, aucun pays... Le Luxembourg, par exemple, se refuse pour l'interdiction du glyphosate.
D'accord. Le Luxembourg ne se passe... Il n'y a aucun pays européen qui se passe du glyphosate. Et par contre, il y a un seul pays européen qui a réduit l'utilisation du glyphosate, c'est la France. C'est ça la réalité. Donc, on peut toujours déclamer, si je peux dire des choses. Mais le Luxembourg a une position du moment. Mais le Luxembourg, aujourd'hui, tous les usages du glyphosate sont plus importants qu'en France. Donc, la position de la France, elle est simple. C'est là où il y a des alternatives, il faut qu'on continue à les pousser pour avoir une trajectoire de réduction. Et là où il n'y a pas des alternatives, on cherche pour essayer de trouver avec la volonté de trouver.
Mais là où il n'y a pas d'alternative, il faut continuer à pouvoir l'utiliser. Parce que sinon, on va mettre en impasse complète les agricultures françaises et européennes.
Mais diminuer l'utilisation du glyphosate est suffisant ? Non. Clairement, si on lit le spécialiste mondial de la maladie de Parkinson, Bas Blum, qui s'est adressé à vous dans le journal Le Monde, je le cite. Il existe aujourd'hui un faisceau de preuves scientifiques indiquant que le glyphosate est une cause possible de Parkinson. Une étude récente a montré que l'exposition au glyphosate était associée à des signes de lésions cérébrales, des maladies de Parkinson et d'Alzheimer. Ces effets ont été observés dans la population générale. Il vous demande, et ce n'est pas le seul scientifique à le demander, de voter contre l'utilisation de l'herbicide.
Pardon, madame, j'essaie d'être cohérent avec moi-même. Déjà, c'est une chose importante. Les décisions qui sont celles de l'Europe, elles sont appuyées sur un organisme qui s'appelle l'EFSA, qui parfois produisent des décisions d'interdiction. Laquelle EFSA, d'ailleurs, produit des analyses qui sont le produit de ce que dit l'ANSES. Alors, ce n'est pas à la carte, en fait. Soit ce que dit l'ANSES, ce que dit l'EFSA, on considère que ça a du crédit scientifique. Et quand ils disent quelque chose...
Mais précisément, c'est tout le débat.
Quand ils disent quelque chose, avec parfois des doutes, c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on ne dit pas réutilisation générale, avec parfois des interrogations, des études complémentaires qu'on demande. On les suit, mais on ne peut pas dire que c'est à la carte en fonction de ce qu'on pense soi-même. L'EFSA, dans une étude combinée européenne avec plusieurs autorités, dont l'ANSES, dit qu'à date, le sujet n'est pas celui que vous évoquez par d'autres scientifiques.
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia. On revient avec le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides créés par l'État, a retenu le lien entre les malformations congénitales d'un adolescent qui s'appelle Théo et l'exposition de sa mère, donc pendant qu'elle était enceinte, au glyphosate. Ils sont même indemnisés aujourd'hui pour ça. Vous dites, soyons cohérents avec ce que disent les agences sanitaires, soyons cohérents avec ce qui se passe aussi sur notre sol. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui pensent que vous êtes en train de sacrifier la santé de milliers de Français pour les intérêts agro-industriels ?
Non mais regardez-moi, je vous assure que moi je m'intéresse aussi à la santé des Français.
Il y a notamment des agriculteurs ?
Les agriculteurs, j'ai une famille, j'ai des enfants, donc vous voyez, pardon, je n'accepterai jamais qu'on me fasse la leçon sur le fait que moi aussi je défends les intérêts de la santé des Français et je m'en préoccupe, ce qui fait d'ailleurs que parfois on a des décisions qui sont compliquées sur un certain nombre de molécules, mais que je tiens, parce que je considère qu'il faut les tenir. Sur le cas particulier, d'abord, il n'y a pas de décision de justice, c'est le fonds d'indemnisation. Oui, le fonds d'indemnisation en première intention l'a fait. Deuxième élément, je rajoute que c'est un usage qui est interdit désormais en France, que c'est un usage domestique.
Oui, mais les agriculteurs, il n'y a pas la méditation générale d'un côté des agriculteurs de l'autre.
Non mais les conditions d'utilisation, les conditions d'usage, on sait très bien d'ailleurs que Monsanto à l'époque s'est fait condamner pour les conditions d'usage. La façon dont on alertait ou pas, qu'est-ce qu'il faut faire, quelles sont les précautions qu'il faut prendre. Comme quand vous prenez un médicament, vous avez sur la boîte les conditions d'usage, ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Et donc c'est comme ça qu'il faut le regarder. Donc ne tirons pas d'un cas particulier qui est un cas d'usage sur une molécule mais qui était en combinaison avec d'autres. Le produit lui-même a été interdit en 2006. Ce n'est pas moi, c'est il y a 17 ans qu'il a été interdit.
Et donc on regarde à chaque fois s'il y a des controverses, on regarde à chaque fois s'il y a des effets. Mais globalement, ce que dit l'EFSA, ce que dit l'ANSES, c'est de confirmer la position qui a été la sienne depuis toujours sur la question du glyphosate. Et donc essayons, si on commence à remettre en cause, ça veut dire que ceux qui diront, au fond, il ne faut pas interdire parce que moi je pense qu'il n'y a pas de danger et que l'EFSA et l'ANSES disent qu'il y a de danger, il faut interdire, on remettra en cause de la même façon. Donc il faut qu'on essaie de tenir une position qui est une position d'écouter les scientifiques.
Alors il y a toujours des scientifiques qui disent ceci, je ne suis pas d'accord, ça c'est la controverse scientifique. Il y a beaucoup de médecins qui vous disent qu'il ne faut pas arrêter. L'EFSA et l'ANSES, c'est des dizaines de scientifiques, c'est des centaines de scientifiques. Alors si on ne les écoute pas et que chacun peut dire ce qu'il pense, je comprends qu'on puisse avoir des convictions,
mais il faut que ça soit appuyé sur la science. Pardon, mais c'est ce que disaient les scientifiques, qu'ils le disaient déjà en 2017, quand Emmanuel Macron a dit qu'il allait interdire le glyphosate en trois ans.
Oui, mais on a travaillé avec les équipes de chercheurs des instituts techniques, on a regardé partout, on pouvait réduire ce qu'on pouvait faire, mais c'était à l'époque une volonté qui avait été exprimée et on est au rendez-vous. Je répète, sur le glyphosate, nous sommes le seul pays du monde à avoir baissé de 30% les usages.
Donc on a bien compris, abstention demain de la France.
Et abstention d'une modification de la proposition communautaire, on est encore dans, comme vous le savez, c'est toujours au dernier moment que les choses se nouent parfois.
Marc Fénaud, dans le sud-ouest, ils appellent ça une tempête sanitaire. Les bovins sont touchés par une maladie qui les affaiblit, elle provoque fièvre, amégrissement, lésions buccales. Le plus souvent, les vaches survivent, mais les échanges commerciaux, avec l'étranger notamment, sont évidemment perturbés. Comment éviter que ça continue ?
Alors, c'est produit aussi du dérèglement climatique. Tout ça me fait dire ici, à votre micro ce matin, qu'il va falloir qu'on continue à œuvrer pour anticiper, pour rendre les systèmes plus résilients, à des maladies, à des phénomènes climatiques, parce qu'on va avoir des difficultés majeures. Le statu quo, c'est la mort de l'agriculture. Si on fait le statu quo des pratiques, il faut qu'on prépare nos agriculteurs et qu'on les accompagne dans les grandes transitions, qui sur les réserves d'eau pour assurer un minimum, et qui sur les sujets sanitaires. Alors, je réponds à votre question sanitaire.
C'est une maladie qui vient du Sud, Nord-Afrique, et qui vient de l'Espagne, puisqu'elle était un peu présente en Espagne. C'est transmis par les moustiques. Donc, une maladie transmise par les moustiques, il n'y a pas grand-chose à faire, en dehors d'essayer de regarder ce qu'on peut faire, d'un point de vue économique. Premier élément, on a libéré tout de suite les frontières avec l'Espagne et l'Italie, qui est 95% du marché de jeunes bovins, ils partent dans ces deux pays. Ça a permis d'éviter que les prix s'effondrent. Et je tiens à saluer, c'est aussi la coopération européenne, ça.
C'est les bonnes relations qu'on entretient avec l'Italie et l'Espagne qui ont permis qu'en moins de 10 jours, ce qui est un record, on ne freine pas les exportations. Ça peut avoir un effet sur les prix, mais c'est plutôt marginal. L'effet principal pour les producteurs, c'est des animaux qui sont malades. J'étais l'autre jour dans les Pyrénées-Atlantiques avec une vache qui avait perdu 200 kilos en un mois, et qui avait du mal à se tenir encore sur ses pattes, là, c'est une perte qui peut à terme être très lourde pour l'éleveur. Et donc, on va prendre en charge, aujourd'hui, on est en train de documenter les choses pour prendre en charge.
Les bovins qui vont mourir, il y a quand même un taux de mortalité, et deux, les surcoûts vétérinaires, pour faire en sorte que ce surcoût-là ne soit pas principalement à la charge de l'éleveur. Après, on risque d'avoir une accalmie avant une résurgence au printemps, et c'est ça auquel il faut se préparer, et il faut globalement se préparer à un système sanitaire qui va être très sollicité. Cette maladie est apparue au moment où commençait la vaccination sur la grippe aviaire.
C'est vous dire à quel point les services du ministère qu'il faut saluer, les équipes terrain, les vétérinaires, sont hyper mobilisés sur des sujets qui sont quand même des sujets parfois très dramatiques pour les éleveurs.
Marc Fénaud, le ministre de l'Agriculture, vous étiez l'invité de France Info ce matin. Merci d'avoir été avec nous. Merci.
Marc Fesneau