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interviewC à vous· 18 novembre 2024 13 min

Que sont devenues les promesses faites aux agriculteurs ? - C à Vous

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ca prouve Qu'on a des systèmes de contrôle qui fonctionnent puisqu'on a repéré ce dysfonctionnement et que les exportations depuis le Brésil ont cessé. L'interdiction des hormones de croissance doit dissuader les Canadiens de nous envoyer leur viande. Pourquoi ne pas en retenir la leçon? - A.-E.Lemoine: A défaut de penser que le Mercosur, ce n'est pas si mal, vous admettez que tout n'est pas à jeter dans ce traité et qu'il ne faut pas céder à la démagogie, à des slogans trop simplistes? - A.Rousseau: Je voudrais d'abord redire que la France agricole a besoin de continuer à commercer. - A.-E.Lemoine: Et donc, à exporter. - A.Rousseau: Patrick l'a dit, notamment sur le sujet du soja, on est déficitaires en Europe de près de 60 %.

C'est l'une des raisons pour lesquelles on a essayé de construire un plan protéines pour essayer de réduire cette dépendance. Le sujet de fond n'est pas le tonnage, pour nous. - A.-E.Lemoine: C'est la qualité. - A.Rousseau: La qualité et la réciprocité.

La 1re chose, c'est le fait que sur la traçabilité, la production brésilienne, pour prendre le Brésil...

On parle de la viande mais on pourrait parler de la viande bovine ou de la volaille...

Il n'y a pas de contraintes au-delà de 40 jours. Quand vous utilisez des hormones, vous n'êtes pas capables de les retrouver dans la viande. Vous parliez de l'oestradiol 17-bêta qu'on a retrouvé dans le cadre d'une recherche, mais on pourrait parler de la flavomycine, un antibiotique accélérateur de croissance interdit en Europe.

On a des difficultés à le contrôler. D'abord, il y a la traçabilité. - P.Cohen: Vous doutez des contrôles de l'UE là-dessus? - A.Rousseau: Bien sûr.

Sur ce qui rentre en Europe, indépendamment du Brésil, que ce soient des produits bruts ou transformés, l'Europe contrôle à peu près 3 % de ce qui entre dans l'Union des 27. 15 à 20 % de ce qui rentre n'est pas conforme à la législation européenne. - A.-E.Lemoine: Si ça passe entre les mailles du filet, ça ne va pas envahir l'Europe? - P.Cohen: Ca ne va pas bousculer le marché. - A.Rousseau: On a, indépendamment du Mercosur, du commerce qui se fait avec ces territoires.

L'Europe nous impose des conditions de production qui sont parmi les plus élevées des standards internationaux. Ce qui se produit en Europe, c'est le haut du panier en termes d'encadrement, que ce soit pour la sécurité des consommateurs et la qualité sanitaire des aliments, et c'est tant mieux. - P.Cohen: Et ces standards s'imposent aux importations. - A.Rousseau: Ils doivent s'imposer aux importations.

Le doute sérieux existe. C'est pour ça que le Mercosur n'est que le catalyseur d'une relation dans laquelle...

Je pourrais vous parler de l'Ukraine. On importe des produits qui ne respectent pas nos standards. Au-delà des 180 000 t de volailles brésiliennes dans l'accord du Mercosur, le poulet brésilien, c'est 28 % de ce qu'on consomme en Europe.

Il y a la traçabilité. Enfin, les contrôles...

Les Chinois qui nous achètent, à nous Français, des morceaux de porc, les museaux, les oreilles, les pattes, qu'on ne consomme pas en France, ils viennent mettre dans nos usines, en Bretagne par exemple, des contrôleurs in situ qui regardent la qualité et si elle correspond au cahier des charges. Nous ne savons pas faire ça. Nous sommes naïfs.

Il n'est pas question de ne pas commercer. - A.-E.Lemoine: Il s'agit quand même de bloquer cet accord? - A.Rousseau: Tout le monde est à peu près d'accord en Europe pour dire que l'agriculture, dans son volet production animale, est la variable de l'accord.

Je comprends qu'il y ait des intérêts offensifs pour les machines-outils, les voitures... - A.-E.Lemoine: Pour les viticulteurs, qui pourraient en bénéficier.

Vous leur dites quoi? - A.Rousseau: Vous imaginez bien qu'on les voit souvent.

Qu'ils comprennent que dans le cadre des relations internationales, jouer l'opportunité que pourrait représenter le Mercosur sans se prémunir de ce que sont les réciprocités, c'est dangereux. Qu'est-ce qui va arriver à ces producteurs de vin ou de spiritueux et ce qui leur arrive déjà? Quand l'Europe prend certaines décisions...

La rétorsion, c'est sur le cognac, le armagnac. Si demain, le président Trump, qui prendra ses responsabilités en janvier, remet sur le devant le conflit entre Boeing et Airbus...

La variable la dernière fois, c'était le vin français. Quelle est la politique commerciale de l'Europe qui reste ouverte...

On a besoin d'échanger nos blés, nos vins et spiritueux, nos fromages...

Mais on ne peut pas, sur désaccord, nous déstabiliser. Le président français le dit... - A.-E.Lemoine: Il l'a réaffirmé hier en visite en Argentine. - A.Rousseau: Le ministre italien de l'Agriculture...

On disait que l'Italie était rangée du côté défavorable. - P.Cohen: Le ministre des Affaires étrangères a dit le contraire quelques jours avant... - A.Rousseau: Le ministre de l'Agriculture est plus proche de G.Meloni que du ministre des Affaires étrangères.

Nous verrons dans les prochains jours. Les agriculteurs européens, sur ce sujet, sont tous alignés. Les Allemands, même si l'Allemagne supporte cet accord, les Espagnols...

Nous avons tous dit que cet accord était défavorable à l'Europe. Tout le monde a besoin de commercer. Pour l'agriculture européenne, c'est défavorable.

On a besoin que cet accord, en l'état, ne soit pas signé. C'est l'un des sujets. Il y en a avec l'Ukraine et il y en aura avec d'autres.

Les accords commerciaux se multiplient. Il faut faire attention. Quand on les prend un par un, il ne faut pas oublier d'additionner le cumul de tous les accords. - A.-E.Lemoine: On revient aux autres motifs de cette mobilisation.

Il n'y a pas que le Mercosur. Un mot sur la Coordination rurale, qui accuse le groupe agroindustriel Avril, dont vous présidez le conseil d'administration, d'investir au Brésil en prévision du Mercosur, en se disant que si le Mercosur est signé, vous commencez à investir. - A.Rousseau: On a investi au nom des agriculteurs français dans l'oléochimie.

C'est ce qui va remplacer demain le pétrole, qui va nous permettre de décarboner. On a investi dans une industrie familiale qui traite de l'huile de ricin. On en trouve en Inde et au Brésil.

On a besoin de cette huile pour acquérir cette expertise de l'oléochimie. Notre rôle est de préparer l'avenir. Ce que ne dit pas la Coordination rurale, c'est qu'on a investi dans la reprise de Metex, la dernière usine en Europe qui fabriquait des acides aminés pour l'élevage.

Elle était en liquidation judiciaire. La menace, c'étaient les Chinois. On essaie d'être cohérents sur la souveraineté alimentaire et sur la préparation de l'avenir.

Même si on est en situation difficile et que les agriculteurs ne gagnent pas leur vie, préparer demain la décarbonation, c'est aussi la responsabilité des leaders du marché et c'est le cas pour Avril concernant l'oléochimie. - E.Tran Nguyen: La FNSEA a appelé à manifester dans toute la France.

Il y a notamment eu une manifestation à Amiens. On a rencontré des agriculteurs inquiets et en colère. - On ne joue pas avec les mêmes règles.

Nos coûts de production en France sont beaucoup plus élevés. Pour le consommateur français, il faut avoir des produits sains. - Je ne me vois pas manger demain une nourriture qui ne respecte pas les mêmes normes que chez nous. - On ne sait pas ce que les pouvoirs publics attendent de nous.

On se demande s'ils sont prêts à nous sacrifier ou à défendre notre métier. C'est un sujet important. Dommage que ça ne soit pas mieux considéré.

On est prêts à remettre la pression sur les pouvoirs publics pour défendre notre profession. - E.Tran Nguyen: On a l'impression de voir des scènes qui se répètent.

Moins d'un an après un vaste mouvement de colère, les agriculteurs sont de nouveau sur les routes de France. On n'a pas oublié les promesses de G.Attal, 70 engagements.

Vous avancez que 36 % des mesures ont été appliquées pour le moment. Ce n'est pas le même chiffre que celui du ministère de l'Agriculture. Mi-septembre, ils disent que 86 % des engagements ont été réalisés. 67 % ont été faits et 19 % ont été avancés.

Ceux qui restent ont déjà été engagés. Qui a les bons chiffres? Vous minimisez ou le gouvernement les gonfle? - A.Rousseau: On a vu ça à hauteur de vue de l'exploitation agricole, de nos fermes. - P.Cohen: Les mesures dans le budget 2025, vous ne les comptez pas?

Pourtant, elles ont été présentées par le gouvernement. Il y a notamment les exonérations sur les transmissions d'exploitation. - A.Rousseau: G.Attal avait annoncé des prêts de trésorerie.

On avait dit que la BPI allait les accompagner. C'était en mars. Au moment où je vous parle, pas un seul prêt n'a été fait et pas un seul centime n'a été débloqué.

Pendant l'été, il y a eu une dissolution. Quand on a regardé les moyens à mettre en oeuvre, il n'y avait plus d'argent dans les caisses. Du point de vue du gouvernement, l'annonce a été faite.

Les agriculteurs me disent: "Quand est-ce que je peux aller voir mon banquier et quand est-ce que le prêt sera sur mon compte pour payer mes factures?" La hauteur de vue n'est pas la même. Le sujet, c'est de constater qu'entre les annonces politiques qui sont faites et qui considèrent que c'est engagé, et la réalité vécue dans nos fermes, il y a un décalage.

Quand vous êtes entrepreneur, vous ne vous nourrissez pas de la parole publique. Le Premier ministre a annoncé des aides pour tous les élevages français qui ont subi la fièvre catarrhale ovine avec des pertes importantes depuis le début de l'été. Il l'a annoncé le 4 octobre.

On pense que les 1ers paiements auront lieu mi-décembre au plus tôt. Vous voyez le décalage. L'idée, c'est de regarder...

On nous promet la loi d'orientation agricole depuis 2 ans et demi. Si on a une motion de censure avec, à nouveau, le gouvernement qui tombe...

Ca fait 2 ans et demi. Vous comprenez qu'il y a une forme de réserve. On regarde ce qui est acquis dans des exploitations. - A.-E.Lemoine: Vous avez lancé l'acte 2 de la colère agricole qui arrive à un moment particulier de l'échéance électorale chez les agriculteurs.

En janvier, il y aura de nouvelles élections aux chambres d'agriculture. Il y a 2 millions de votants. C'est aussi une bataille électorale qui se livre en ce moment? - A.Rousseau: L'acte 2, ce n'est pas de gaieté de coeur.

Il y a encore un peu de travail. Ca fait un an qu'on a retourné les panneaux pour dire qu'on marchait sur la tête. Un certain nombre de mesures ne sont pas obtenues.

Il y a un an, on n'était pas dans le cadre des élections. C'est vrai que les élections professionnelles auront lieu en janvier. Le temps électoral viendra.

Pour le moment, on est convaincs que la meilleure solution pour que les agriculteurs aient envie de s'engager, c'est de travailler pour leur montrer qu'on essaie d'obtenir des résultats. Ce qui fera baisser la température, ce n'est pas les élections, mais les résultats obtenus sur le plan politique. Est-ce que sur le plan de la simplification, on aura des mesures?

Sur le plan des revenus, de la durabilité des exploitations, on aura des mesures? Encore une fois, 50 % des agriculteurs n'ont pas voté aux dernières élections professionnelles. Pour beaucoup, c'est un sujet lointain,