La méthode Lecornu, peut-elle apaiser le pays ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:44OuverteÉludée
Est-ce que prendre la forme d'une allocution depuis Matignon était la bonne méthode pour répondre aux colères ?
- 3:04OuverteÉludée
La méthode est-elle la bonne ? Est-ce que la rareté dans sa parole est payante ou c'est tout le contraire ?
- 5:30OuverteÉludée
Est-ce que la méthode est la bonne ? Est-ce que la rareté dans sa parole est payante ou c'est tout le contraire ?
- 7:31OuverteÉludée
Est-ce qu'il a mélangé tous les sujets et toutes les crises, finalement ?
- 8:36OuverteÉludée
C'est une manière aussi de dire qu'on ne tient pas plus compte de la crise éducative qu'on ne tient compte de la crise du pouvoir d'achat ou des agriculteurs ?
- 11:21OuverteÉludée
C'est de la prudence ? Ce n'est pas de fausses promesses ? C'est de la temporisation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:53InvitéPromesse
« Les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d'octobre. »
- 16:55InvitéChiffre
« Elle va parler du fonds de réarmement agricole et va annoncer des aides d'un montant de 235 millions d'euros. »
- 19:02InvitéFait
« La confiance s'étiole progressivement. »
Temps de parole
- Invité26 %
- Invité 226 %
- Invité 320 %
- Présentateur15 %
- Invité 46 %
- ?3 %
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Vous
écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Salut
Mickaël et Sébastien Lecornu qui a donc choisi une allocution depuis Matignon pour répondre aux multiples colères du pays, colères lycéennes, crise agricole et inquiétudes évidemment des Français face à la hausse des prix du carburant. La méthode est-elle la bonne ? Peut-il apaiser le pays ? On va en débattre avec vous. Bonjour Mickaël Darmon. Bonjour. Merci d'être avec nous comme tous les jeudis. Émilie Zapalski, bonjour. Merci également d'être là, communicante, fondatrice de l'agence Émilie Conseil et Brice Socol, politologue et essayiste. Merci également d'être là, Brice, sur la méthode Lecornu puisque c'est le thème de ce débat.
Émilie, d'abord, est-ce que prendre la forme d'une allocution comme ça depuis Matignon à 18h45, c'était la bonne méthode pour répondre à ces colères
?
En tout cas, ça correspond a priori à une demande un petit peu plus haut perché, on a l'impression, d'un Emmanuel Macron qui avait du mal à voir cette communication difficile du Premier ministre vis-à-vis des lycéens et de ce mouvement qui prend de l'ampleur,
pas
que sur la violence, pas que du côté des casseurs aussi, par des revendications jugées légitimes pour une grande partie de la population française, si on en croit en tout cas les sondages. Je pense que c'était un peu maladroit, d'autant que ce n
'est
pas à l'habitude du Premier ministre. Très peu de communication, c'est quand même le anti-héros de la communication. C'est particulier, ça a des aspects positifs de communiquer vraiment que quand c'est nécessaire et plutôt avec les parlementaires et qui négocient. Là, c'est un exercice, on sent qu'il n'est pas à l'aise, on n'est pas habitué, on a plus l'habitude de voir le président de la République intervenir dans ce cadre et puis surtout, il a donné très peu de réponses. Je pense que le message principal qu'il a donné, c'est l'écoute, c'est qu'on a un devoir d'écouter ces jeunes et que leur demande est légitime.
Il a essayé de noyer le poisson avec les demandes côté carburant, côté agriculteur, mais ça donnait quelque chose d'un peu mou, sans véritablement de réponse concrète à tout ce qui se passe. Donc bon, l'exercice était un
passage obligé. C'est conforme à son
style, parce que depuis qu'il arrive à Matignon, Sébastien Lecordu, ce n
'est
pas le genre à faire des promesses. C'est plutôt le genre à dire, voilà, on en est là, on va travailler, puis on vous donnera
des
propositions plus tard. Pas de promesses, ce n
'est
vraiment pas un Premier ministre qui fait des promesses en l'air, et c'est pour ça qu'il réduit sa communication vraiment à l'essentiel. Maintenant, on aurait aimé avoir eu cette allocution auparavant, c'est-à-dire qu'on a eu une communication de la part du Premier ministre la plupart du temps à l'Assemblée, dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale, qui ne prenait en compte que les violences faites par des casseurs qui se greffent au mouvement des lycéens. Il n
'y a
pas eu du tout de prise en compte des revendications. Donc là, c'est un rétropédalage,
c'est un rattrapage. – Parce qu'il était aussi
beaucoup interrogé à l'Assemblée sur la question.
– Oui, mais je pense que ça n'empêche qu'on peut quand même ouvrir la voie de dire qu
'il
y a des véritables soucis du côté des jeunes, et notamment des lycéens, leurs conditions de vie, le bâti, tout ce qu'il a rattrapé hier. Il y
a
eu quand même ces opérations rattrapages, je pense.
–
Brice,
c
'est aussi opérations rattrapages. La méthode a été la bonne sur la forme et puis sur la temporalité. Ça fait maintenant quasiment trois semaines que les lycéens sont dans la rue. Est-ce qu'il a trop tardé ? Et est-ce que c'est de cette manière, sur la forme, qu'il fallait répondre
? –
Écoutez, moi ce que j'ai pu constater, c
'est
un Premier ministre qui est assez esselé, en fait. Il y
a
un président de la République qui préside aujourd'hui, il a décidé de présider, il a décidé de donner carte blanche au Premier ministre, qui est un peu seul, qui n
'est
pas trop entouré de ses ministres. Il y
a
eu deux temps dans cette crise, il y
a
eu le temps du maintien de l'ordre. C'était une réalité et donc c'était difficile de s'exprimer à un moment, dans la première semaine, qui a été une semaine extrêmement difficile pour les forces de l'ordre, il faut le reconnaître. Donc apporter une réponse sur le fond à un moment où vous avez une bordélisation de la rue, où vous avez des émeutiers, c'est extrêmement difficile en termes de messages politiques. Donc moi je pense qu'il a eu raison d'attendre, il y
a
eu d'abord le sujet du maintien de l'ordre et là il y a vraiment la nécessité d'apporter une réponse concrète aux revendications légitimes des étudiants. Donc on est dans un deuxième temps. D'ailleurs il a dit hier, il a dit, je donnerai une réponse. On
va y venir. C'est une manière de gagner.
Moi je ne
suis
pas du tout d'accord, moi j
'ai
l'impression qu'il
y
a eu une répétition de ce qui s'est passé au moment des Gilets jaunes. C'est-à-dire qu'on répond quand il
y
a de la violence. Vous vous rendez compte le message que ça fait passer ? Quelque part, on s'en occupe, comme vous l'avez dit, ça a commencé le 17 septembre, on s'en occupe au lendemain de deux jours qui ont été particulièrement violents. Donc ça veut dire j'entends, j'écoute que quand ça commence à chauffer dans la rue. Ça c'est un message terrible et ça a été pareil pendant les Gilets jaunes. On ne voit pas le mouvement, il y
a
de la violence et on donne des
réductions d
'impôts de plusieurs
milliards d'euros.
Ça peut paraître inaudible de répondre sur le fond à un moment où vous avez des émeutiers et
des problèmes d'insécurité.
Oui, bien sûr. Il y a
eu la convention. C'est quand même déjà
deux semaines que le mouvement avait commencé.
Il y a eu
deux semaines et puis c'est vrai qu'il
y
a eu des conventions citoyennes, notamment celle sur l'éducation nationale qui n'a pas été suivie d
'effet. Sur les temps scolaires, oui. Oui, alors
là j'ai le sentiment que M. Lecornu paye un peu les dix ans de politique éducative et erratique des différents gouvernements qui se sont succédés. Donc il arrive lui un peu en fin de course, dans un climat, on en parlera tout à l'heure, extrêmement compliqué, social, économique et budgétaire, avec une multitude de revendications et un six mois des élections présidentielles. Donc c'est un exercice extrêmement difficile sur le fond et en termes de communication pour le Premier ministre.
Michael,
est-ce que la méthode est la bonne ? Est-ce que la rareté dans sa parole est payante ou c'est tout le contraire
? On
voit bien que le scepticisme, en tout cas de la part des lycéens au moins, après qui accueille les paroles et l'allocution, parce qu'il n
'y a
pas eu d'annonce vraiment les concernant, puisqu'il n
'y a
pas d'argent dans les caisses de toute façon, donc il n
'y a
pas d'annonce à faire. De ce point de vue-là,
on
voit bien que ça montre bien que ce n'était pas la bonne méthode. On peut aussi regretter, et de notre point de vue de journaliste, on le regrette toujours, que l'on préfère au fond l'allocution tranquille face au questionnement journalistique qui permet de pousser dans les retranchements et de faire ressortir peut-être des contradictions entre ce que voudrait le Premier ministre, ce qu'il peut faire et ne pas faire. Moi, ce qui me frappe,
c
'est qu'au fond, on est effectivement dans une redite, je dirais, de la trajectoire de la gestion d'un conflit, au fond, qui s'apparente un peu au conflit des Gilets jaunes.
C
'est-à-dire qu'en réalité, et d'ailleurs, c'est intéressant, puisque les jours de manifestation, on les appelle les actes.
Ils
sont appelés les actes comme les actes des samedis des manifestations des Gilets jaunes. Donc là, il y
a
une volonté, effectivement, de calquer, cette fois-ci, sur des Gilets jaunes, exactement, ce qui s'est passé à l'époque avec les Gilets jaunes pour donner un caractère de révolte qui ne peut que continuer. On a, effectivement, là, le parallèle avec les annonces. Là, en l'occurrence, il n
'y a
pas eu d'annonce chiffrée. Il faut aussi entendre, dans ce qu'on voit avec le Premier ministre, c'est-à-dire un chef du gouvernement qui est cerné par toutes les crises. L'annonce d'hier, c'est sur le diesel.
Ce
n'est pas sur la lycéen. Parce qu'il y a aussi cette annonce-là, ce sujet-là, en derrière fond, qui, au fond, peut être plus important et plus urgent pour le gouvernement, c'est-à-dire la crise du carburant et ses implications, notamment aussi chez les agriculteurs.
Mais justement, est-ce qu'il
a
mélangé tous les sujets et toutes les crises, finalement,
puisqu'il
a parlé agriculture, il a parlé carburant, il a évidemment parlé de la mobilisationnelle, il a parlé de la crise budgétaire, est-ce qu'il ne crée pas lui-même une convergence des luttes
? Il sollicite un peu l'intérêt général et montre tous les soucis qu'il y a pour expliquer qu'il ne peut pas répondre, comme on le faisait auparavant avec le quoi qu'il en coûte, à chaque profession, chaque domaine, avec un chèque à chaque fois. Voilà, il a essayé. Moi, je trouve que ça donne un effet. On essaie de noyer le poisson et on n
'a
pas véritablement de réponse concrète. Maintenant, l'exercice était un peu obligé, mais donc il s'est rattrapé justement à cette façon-là d'établir un petit peu l'état des lieux, des crises, mais sans véritablement répondre. C'est délicat. –
Oui,
c'est aussi une manière de dire aux Français, il n
'y a
pas qu'une seule crise. Je suis confronté à la crise énergétique,
je suis
confronté à la crise des agriculteurs,
à la crise d'enseignants.
C'est-à-dire la convergence des luttes
qu
'un gouvernement peut penser veuille éviter, finalement, il a créé quelque part dans son discours.
– Elle est de fait, elle est présente. La crise énergétique, elle est présente depuis 2024, 2025. La crise agricole, elle est présente depuis 2024. Et la crise des étudiants, les lycéens, c'était déjà sorti dans la rue en 2018. Et les sujets de fond qui intéressent les lycéens, parcours sup, les classes surchargées, les non-remplacements de prof, etc. C'est du récurrent depuis maintenant plus de 10 ans. Donc, il veut aussi montrer aux Français qu'il doit répondre, lui, en même temps, à une multitude de crises, qu'il ne peut pas privilégier une crise sur une autre. Et je trouve que sa démarche, elle n
'est
pas inintéressante. Parce que, comme vous le disiez justement, aujourd'hui, la première des préoccupations d'une majorité de Français, c'est le prix des carburants et c'est la question énergétique. Alors, répondre à tout en même temps, ça peut paraître, voilà, un peu sentiment qu'il dilue les responsabilités ou qu'il dilue les solutions, mais en même temps, il doit répondre à toutes les revendications qui se posent à notre pays et à ses différentes parties prenantes.
C
'est quoi ? C'est une manière aussi de dire qu'on ne tient pas plus compte de la crise icienne qu'on ne tient compte de la crise du pouvoir d'achat qu'on ne tient compte de la crise des agriculteurs
? Ou
alors, on tient compte de toutes les crises. C'est-à-dire, en fait, c'est vrai que, au fond, c'est un peu le champ du signe du lieu en même temps. C'est-à
-dire
qu'il a toutes les crises en même temps. Il n
'y a
pas de solution en même temps, il y a tous les problèmes en même temps. Et en fait, la vraie convergence, elle est là. Parce qu'à côté de la phrase géologie romantique, révolutionnaire, de la convergence des luttes que veulent, évidemment, en permanence, entretenir les syndicats qu'ils vont tenter encore de construire, parce qu'on est face à une... Il ne faut pas se leurrer, on est quand
même
dans une construction politique, on va en parler, liée au coup d'envoi de la campagne présidentielle. Donc, de ce point de vue-là, on sait qu'on va, une fois de plus, avoir ces appels, donc, de la part des syndicats et de la part de certains partis politiques, évidemment, la France insoumise, pour dire qu'il faut faire converger toutes les colères. Mais enfin, elles convergent déjà. Et les Français ont l'habitude de donner un rendez-vous pour y répondre.
Non,
en général, c'est plutôt dans les urnes.
Allez,
on
va voir sur le fond qu'est-ce qu'il a répondu, finalement, aux lycéens. On va l'écouter, on va le réécouter hier. Sébastien Lecordu.
Les
premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d'octobre. Et le budget de l'éducation nationale sera d'ailleurs discuté à l'Assemblée nationale le 12 novembre prochain. Cela nous laisse donc un mois
pour
traduire les contributions et les propositions des lycéens en amendements sur lesquels les députés et les sénateurs devront s'entendre.
Les
débats auront lieu. Chacun prendra ses responsabilités. Le gouvernement
en
tête.
C
'est quoi ? C'est de la prudence ? Ce
n'est
pas de fausses promesses ? C'est de la temporisation ?
Ça sent un peu... On parlait des gilets jaunes. Il y
a
un petit peu de ça, quand même. On va refaire un peu des débats, des concertations, pour savoir, avec la plateforme, quelles sont vos attentes, quelles sont vos difficultés. On gagne du temps, quand même. Il
dit quand même qu
'il y
a
40 000 contributions.
Oui, oui, tout à fait. Ça marche. Mais ce que je veux dire, c'est que globalement, le diagnostic, il n'est pas déjà fait. Il
est
déjà fait. C'est un peu comme les urgences, dans les hôpitaux. C'est un peu comme les agriculteurs. On le connaît, le diagnostic. C'est juste qu'on n'a pas les leviers pour véritablement régler tous ces problèmes. Donc, il y a une idée de gagner du temps. Moi, je pense que le message principal, encore une fois hier, c'est l'écoute. Il a dit qu'on a un devoir.
C
'était étrange, d'ailleurs. On a un devoir d'écouter, comme si on était forcés, contraints, d'écouter les lycéens. Oui, je pense que c'est la base. Même si c'est vrai qu'il y
a
beaucoup de crises, c'est quand même l'avenir. On ne sait pas former les jeunes. Comment on peut espérer avoir de l'activité, de la croissance, une société qui va bien ? Donc,
c
'est déjà l'écoute. Après, je pense que oui, on gagne du temps avec la concertation. Il y a des signaux, quand même, qui sont donnés dans les problèmes identifiés. Il y a, par exemple, le bâti scolaire.
Il
y
a
des budgets donc ce n
'est
pas possible.
Il
va falloir quand même avancer un petit peu dans le concret. Là, on gagne du temps. On va voir ce que donnent ces journées de réflexion. Mais c'est déjà fait. Le diagnostic, il est déjà là.
D'autant qu'il est sous la pression des oppositions. On va écouter le premier secrétaire du Parti Socialiste, candidat à la primaire, Olivier Faure, ce matin sur France Info.
Moi,
j'ai le sentiment que le gouvernement joue en réalité le pourrissement.
Il
aurait pu, dès hier, annoncer, par exemple, que toutes les armes de guerre qui sont utilisées contre les lycéens allaient être prohibées. On est devant un gouvernement qui dit, on verra,
peut
-être fin octobre, vous auriez quelque chose après les vacances scolaires.
Il doit recevoir
les lycéens
? Bien
sûr. Bien sûr. C'est la première marque de respect. C'est une façon de leur dire,
je
vous comprends, je vous écoute. Moi, je trouve ce mouvement formidable.
Temporisation ou stratégie du pourrissement, comme le dit Olivier Faure
? Écoutez,
peut-être un peu des deux. Peut-être un peu des deux. Mais l'éducation nationale, c'est vraiment, c'est le sujet multidimensionnel par excellence d'une société. Ça touche à la fois, ça touche, on voit bien, en France, ça touche à la transmission des savoirs, ça touche à la laïcité, ça touche à l'insécurité. Et les Français,
ils
sont très attachés, d'ailleurs, dans les différents sondages d'opinion que l'on fait. L'éducation nationale, c'est une des priorités des Français. Ça, c'est une réalité. Deuxièmement, je pense qu'il y
a
un vrai sujet dans ce pays. Il y
a
un sujet, on parle beaucoup de l'État. L'éducation nationale, vous savez, sur cette affaire des lycées, on veut, si vous voulez, avoir une communication nationale autour de cette thématique. Mais chaque lycée a des spécificités dans chaque territoire. En France, vous avez des recteurs. Vous avez, sous les recteurs, des directeurs d'académie. Vous avez des proviseurs. Moi, je ne comprends pas que depuis des années, on sait ce qui se passe. On ne convoque pas l'ensemble des directeurs, l'ensemble des DASEM, des directeurs d'administration, pour leur dire, voilà, moi, dans mon académie, j'ai X lycées, il y a X problèmes qui sont déjà, parce que les problèmes sont identifiés.
Et pourquoi, à l'échelle locale, on ne résout pas ces problèmes-là territoire par territoire
?
C
'est
-à
-dire
que l'État n'a pas de réflexion, j'allais dire, territoriale et pragmatique. À chaque lycée, il y a une problématique. Le lycée à Créteil a une problématique qui n'est pas la même que celui à Besançon ou que celui à Marseille. Et donc, il faut qu'on ait un État qui soit plus agile, qui soit
vraiment décentralisé. C'est le
résultat de
l
'impossible décentralisation
? C'est le
résultat de
l
'impossible décentralisation. En fait, il y a toujours une volonté politique à l'échelle nationale, mais quand on veut, à l'échelle locale, mettre en œuvre, il y a toujours un problème. Alors que l'administration de l'éducation nationale n'a jamais été aussi importante. Donc, il y a bien un problème entre l'État central et l'État décentralisé. Et avec une défausse également totalement hypocrite de la part de l'État qui demande aux régions de continuer à administrer les lycées alors que les budgets sont reniés en permanence. Donc, de ce point de vue-là, on n'est que face à des impasses, que face à des impossibilités de pouvoir justement mettre en place des politiques cohérentes.
Et une fois de plus, on assiste
effectivement
à une forme d'impéritie d'un État qui n'arrive même pas à parler à ses personnels.
C
'est-à
-dire
qu'en réalité, à l'échelle d'une entreprise, ce serait absolument surréaliste.
C'est
-à
-dire
qu'il n'y a jamais au fond de discussion ni de capacité vraiment de management de la responsabilité de la structure vis-à-vis de ceux qui la font tourner. Donc, de ce point de vue-là, oui, on voit bien qu'on est... Au fond, tout ça, ce sont des crises à chaque fois, toutes les crises à lesquelles on assiste. Elles racontent toutes la même chose. La fin d'un modèle.
Autre crise qui a été évoquée hier, c'est la crise des agriculteurs. En ce moment, à Courmont-de-Verne, se tient le plus grand salon d'élevage d'Europe. On va y retrouver Nicolas Faucon. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Nicolas, journaliste à La Montagne. Annie Gennevar est arrivée dans ce salon de l'élevage. Sébastien Lecornu l'a dit, elle doit annoncer des mesures aux agriculteurs.
Oui, bonjour. Oui, elle est arrivée hier soir.
En
fait, elle a commencé par faire un tour, aller assister, visiter les agriculteurs Place de Jaude. Et ce matin, elle sera au salon,
au
sommet de l'élevage, donc à Cournon, où elle doit faire des annonces, justement.
Elle
est très attendue par les agriculteurs. Elle va parler du fonds de réarmement agricole et va annoncer des aides d'un montant de 235 millions d'euros qui devraient soulager des trésoreries qui ont été vraiment mises à mal par la multiplication des crises. la sécheresse cet été et notamment qui a vraiment beaucoup impacté les agriculteurs. Donc, il y a beaucoup d'attentes, effectivement, ce matin à Cournon, au sommet de l'élevage chez les agriculteurs.
Durant ces trois jours, c'est un véritable défilé de politique, ce salon de l'élevage et d'autant plus à six mois de la présidentielle. Hier, Marine Le Pen était présente dans les travées du salon. Est-ce que c'est elle qui récupère politiquement la colère agricole
?
Hier, ce qui était frappant, c'était l'engouement qu'elle suscitait. Elle était entourée par une nuée de journalistes et également beaucoup, beaucoup de personnes qui la suivaient, qui réclamaient des selfies. Ça a été ininterrompu pendant une bonne partie de la journée. Elle est arrivée en milieu de matinée, elle est repartie en milieu d'après-midi et ça a été non-stop. Donc, elle apparaissait en terrain presque conquis chez les agriculteurs, notamment chez les plus jeunes. Beaucoup de lycéens agricoles étaient présents et avaient l'air assez conquis.
C'est vrai que ça rejoint un petit peu les enquêtes, les études qui sont menées par les centres spécialisés en vote agricole qui montrent qu'il y
a
une forme de bascule banc chez le moins de 40 ans pour le vote en faveur de l'extrême droite. En moins de 40 ans, effectivement, il y
a
une sorte de tendance au vote extrême droite beaucoup plus marquée que les générations des plus de 40, 50, 60 ans qui, eux, restent vraiment plus attachés à la droite républicaine, tendance catholique, gaulliste.
Merci Nicolas. Merci beaucoup d'avoir été avec nous pour nous parler de ce salon de l'élevage à une de la montagne, le grand défilé. C'est à la une de votre journal. Nicolas, parler d'un basculement du vote des agriculteurs, ça veut dire qu'aujourd'hui, c'est Sébastien Lecornu qui avait donné des réponses aux agriculteurs à son arrivée. Finalement, il a perdu cette confiance des agriculteurs, il se tombe plus vers Marine Le Pen.
La confiance s'étiole progressivement. Juste une photographie, le monde agricole,
c
'est à peu près 1,5% de la population active, mais sur le plan électoral, ça représente 6%, donc c'est pas neutre. Jusqu'à présent, c'est vrai, quand je regarde les chiffres du soutien des agriculteurs lors des dernières élections présidentielles, ça allait plutôt vers la droite républicaine, François Fillon, Valérie Pécresse, et aujourd'hui, c'est en train de glisser progressivement vers le Rassemblement national. Pourquoi ?
Parce que, un, vous avez, ce qui est vrai depuis des années, une crise économique agricole très très forte, avec des revenus très faibles, vous avez un sentiment d'injustice réglementaire de la part des agriculteurs, vous avez une colère contre l'État, ça c'est une réalité, une vraie colère contre l'État, et vous avez une proximité croissante de plus en plus forte entre les revendications des principaux
syndicats
agricoles, FNSEA, et le Rassemblement national. Moi, je vois un certain nombre d'amendements aujourd'hui à l'Assemblée nationale qui sont repris et portés par des parlementaires du Rassemblement national. Et si vous voulez, autant le monde rural vote progressivement en faveur du Rassemblement national pour des raisons de déclassement, des raisons géographiques, des raisons territoriales, autant les agriculteurs vont maintenant de plus en plus vers un vote Rassemblement national, on l'a vu au municipal, on l'a vu même au sénatorial chez certains élus ruraux, parce que là, ce sont des revendications qui sont plus professionnelles et c'est un sentiment d'injustice et une colère contre l'État.
Oui,
je pense que le Rassemblement national a gagné une bataille, celle de représenter celui qui s'occupe le plus des préoccupations concrètes des gens. Et il y a de ça dans les agriculteurs. Moi, je vous parle d'une politique plus nationaliste, l'Europe ne
vous
distribue pas assez bien, la PAC,
ça
ne marche pas bien, la politique agricole commune, je vais m'occuper de vous. Pareil dans le rural. Et ils ont gagné un petit peu cette bataille de faire croire, parce que quand on voit le budget qu'ils ont présenté qui est assez fantaisiste, c'est du bluff, mais en tout cas, ils représentent ceux qui s'occupent le mieux, qui prennent par la main. C'est vrai que Marine Le Pen, elle a transformé le parti de ce côté-là. C'est vraiment la mère de famille de la France qui va s'occuper des uns et des autres
contre
un gouvernement qui, même s'il ne fait pas trop de promesses, en tout cas Sébastien Lecornu, n'arrive pas à répondre concrètement, parce que cette crise, on se souvient de Gabriel Attal au milieu
des votes de foin,
faire une grande communication, trois semaines après, il n'y
avait
pas grand-chose qui était concrétisé. Donc c'est vrai qu'ils attendent beaucoup.
Même s'il a annoncé des mesures et qu'il a présenté des mesures, Gabriel Attal.
Oui, oui,
tout à fait. Et puis il y
a
eu quand même des lois, mais c'est vrai qu'il y a urgence et qu'il faut quand même rattraper ça. Donc c'est un discours, c'est difficile parce qu'on est d'un côté sur l'émotion et de l'autre côté sur quelque chose de l'ordre d'une réponse plus raisonnable. C
'est
beaucoup plus facile pour une Marine Le Pen qui n
'est
pas aux manettes et qui peut faire des promesses largement en l'air.
Et Sébastien Lecornu qui a aussi pris des mesures. Il y a la loi d'urgence agricole qui a été examinée au Parlement, mais la méthode Lecornu, elle ne marche pas avec les agriculteurs, Michael
?
La méthode Lecornu, elle va trouver sa butée parce qu'il y travaille en solo, il ne communique pas, il préfère travailler sur le champ parlementaire pour trouver des accords. Il
a rencontré quand même les organisations agricoles ces derniers jours.
Il ne
se
démet énormément, mais il n'est pas dans une logique de démonstration.
Il
n'est pas dans une logique de faire savoir, il est plutôt dans du savoir-faire. Et de ce point de vue-là, c'est là que ça coince maintenant parce qu'il y a un besoin également de faire savoir, d'autant plus qu'effectivement, on l'avait évoqué rapidement, mais c'est une réalité, il a au-dessus de lui un Emmanuel Macron qui trépigne un peu, qui laisse entendre que ça ne
va
pas assez vite, qui fait comprendre que sa convention citoyenne sur les rythmes scolaires, elle aurait été peut-être bien heureuse d'avoir été prise en compte parce qu'effectivement, ça aurait montré qu'en amont, ça aurait pu désamorcer éventuellement un conflit naissant.
Mais toujours
est-il qu'on assiste aussi à quelque chose d'inédit, c'est le mot du ministre de l'Intérieur ces jours-ci, c'est-à-dire que nous aussi, on voit quelque chose d'inédit, c'est-à
-dire
qu'on voit, on en parlait tout à l'heure, on voit au fond un théâtre de crise sociale précéder une campagne présidentielle et en général, c'est plutôt le contraire. Donc là aussi, on est dans un moment d'écorce politique qui est nouveau.
Et Émilie, juste avant de vous donner la parole, question, est-ce que Sébastien Lecornu est le seul responsable de la situation ou est-ce qu'il paye la facture des quinquennats d'Emmanuel Macron ?
On
va voir ce qu'en dit Raphaël Luxman, candidat lui aussi à la primaire de la gauche.
Ça ne répond pas aux colères profondes qui animent ce pays.
Et
pourquoi ça ne répond pas à ces colères ? C'est que le Premier ministre est l'héritier de dix années, dix années d'injustice, d'impuissance qui ont suscité ces colères. Et donc, il se retrouve dans une situation où, oui, certes, franchement, sur les quatre moments, c'est bon à prendre et nous, on prend, mais ce n
'est
pas suffisant.
On paye la facture du double mandat Macron ?
Oui, mais
si
on
est honnête, ça remonte même à avant dix ans.
Je
pense que c'est des années. Si on parle de
l
'industrie, ça fait trente ans que la France se désindustrialise. Je veux dire, il y
a
des problèmes qui ne datent pas
d'hier et
qui ne datent pas de l'agriculture aussi.
Donc,
il faut quand même... Mais oui, ça vient, c'est l'héritage d'Emmanuel Macron, mais de bien avant. Moi, ce que je trouve terrible, c'est qu'en effet, on est à la veille d'une élection présidentielle très importante et des législatives et on est au moment où on devrait faire des choix, déjà, parce qu'on n'a plus assez d'argent pour tout financer. Comme vous le dites, le modèle économique, social de la France, il est un peu à bout. On devrait là être en train de faire des choix et c'est justement à ce moment-là que c'est impossible. C'est vraiment pas l'heure parce qu'il n
'y a
pas la marge et que les élections arrivent et qu
'il
n
'y a
pas de majorité à l'Assemblée. C'est vrai que la dissolution, là, pour le coup, décidée en 2024 par Emmanuel Macron n'a pas arrangé les choses parce qu'au moins, ça leur aurait permis de passer des décisions, de concrétiser, alors que c'est même plus possible. Et Sébastien Lecornu, non seulement, il hérite de ce bilan qui date de bien avant Emmanuel Macron, mais en plus, il est dans une situation où il est obligé de faire attention aux uns et aux autres et on le voit bien avec cette espèce de budget qui n
'a
pas de sens, qui essaie de protéger un peu les entreprises mais quand même, qui essaie de protéger les retraités mais qui va quand même piocher. Il est un peu partout, c'est Shiva du budget mais ça marche, c'est compliqué.
Mais ça
va lui barrer la route vers l'Elysée. Il peut encore être un recours aujourd'hui, Sébastien Lecornu ou pas ?
Je pense que ça va dépendre de comment se passe le budget et comment il sort de ce budget. Moi, je reste persuadé que Sébastien Lecornu peut être encore un recours. Il a une bonne image auprès des Français quand je dis une bonne image et qu'il a l'image d'un Premier ministre qui s'occupe des affaires du quotidien, qui est une image de sérieux et qui fait ce qu'il peut comme vous le disiez justement dans un moment extrêmement difficile notamment sans majorité à l'Assemblée nationale et dans un contexte extrêmement compliqué. Mais moi, je pense que c'est très difficile parce qu'on est rentré dans une campagne présidentielle avec une polarisation. Voilà, vous êtes soit à l'extrême gauche soit à
l
'extrême droite
et
au milieu c'est extrêmement difficile d'exister. Et lui, il est au milieu et il doit gérer l'ensemble des politiques publiques au milieu de cette polarisation politique.
20 secondes, Mickaël, il peut être un recours ou pas Sébastien Lecornu
? Aujourd
'hui, ça paraît compliqué
parce
qu'effectivement pour ces raisons-là et parce qu'il
y a
une très forte envie de radicalité, de changement qui est exprimé dans toutes les études d'opinion par les Français et pour l'instant, il ne
peut
pas l'incarner puisque lui, il incarne une forme de continuité.
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