Édouard Philippe était l'invité politique de @SudRadioOfficiel - 20 mai 2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Jean-Jacques Bourdin. Notre invité ce matin sur l'antenne de Sud Radio, Edouard Philippe, président d'Horizon. Edouard Philippe, bonjour.
Bonjour Jean-Jacques Bourdin.
Merci d'être avec nous. Edouard Philippe, j'ai une question toute simple. La première question...
En général, quand vous commencez comme ça, c'est que c'est pas simple.
On a des souvenirs ensemble. Edouard Philippe, vous êtes candidat à la présidentielle de 2027. Ça, c'est clair. Est-ce que, quoi qu'il arrive, politiquement ou autre, vous resterez et vous maintiendrez votre candidature en 2027 ?
Alors d'abord, la réponse est oui. J'ai dit, je l'ai dit quand il m'a semblé possible et nécessaire de le dire que je serai candidat à l'élection en 2027 et que c'était pas pour tout de suite, mais que d'ici là, j'allais me préparer. Bon, j'ai dit clairement. Je crois, à ce stade, être le seul à l'avoir dit clairement. Je crois pas que les autres, qui sont légitimement intéressés ou qui envisagent ou qui ambitionnent ou qui aimeraient, l'aient dit. Bon, voilà. Donc, je l'ai dit.
Et mon objectif, ce que je fais d'ailleurs, c'est de me préparer pour pouvoir, le moment venu, présenter aux Français un projet que je crois sérieux, que je crois possible, pour restaurer la puissance de la France, lui permettre de se ressortir d'une situation qui est une situation dont chacun sent bien qu'elle est compliquée.
Je vais y revenir.
Mais les autres, à qui pensez-vous, Édouard Philippe ? Je ne crois pas, Jean-Jacques Bourdin, que je serai le seul candidat à l'élection présidentielle en 2027. Une analyse rapide de notre histoire m'a montré qu'en général, on était plusieurs. Et je vais vous dire, tant mieux. Parce qu'il faut prendre la démocratie au sérieux. La démocratie, c'est un certain nombre de gens, de candidats, qui pensent quelque chose du pays, qui veulent emmener le pays quelque part, qu'ils le disent clairement, et les Français qui choisissent. La démocratie, Jean-Jacques Bourdin, ce n'est pas des accords d'appareil. Ce n'est pas des « je te donne ça, tu me donneras ça ».
La démocratie, c'est des gens qui disent « voilà ce que je veux faire ». Quand je suis candidat aux élections municipales au Havre, je dis « écoutez, voilà ce que je veux faire, voilà comment je veux transformer ma ville ». Et les Français, les Avrais en l'occurrence, choisissent ou pas quelqu'un ou quelqu'un d'autre. C'est d'une grande simplicité, mais en même temps, c'est d'une grande exigence.
– Mais les questions sont exigeantes et simples aussi, vous le savez, Édouard Philippe, question directe, est-ce que la large victoire de Bruno Retailleau dimanche vous affaiblit ?
– Je ne crois pas, je pense qu'elle confirme le fait qu'elle dit qu'il est désormais le président d'une formation politique, l'ELR, et qu'il a remporté une large victoire. Ça traduit le fait qu'il est estimé, apprécié dans son parti, ça traduit le fait que dans son parti, on considère, à mon avis, à juste titre, que c'est quelqu'un d'estimable et qui fait du bon travail. Bon, ben voilà, ça dit ça. J'ai compris que dans son propre parti, il y avait des gens qui avaient dit que ça ne disait que cela.
J'ai vu que le soir ou le lendemain même de sa large élection, je l'ai félicité directement, parce que, encore une fois, j'ai de l'estime pour lui, et puis que sa victoire est très belle, j'ai vu que dans son propre parti, vous ne parlez pas de moi, mais dans son propre parti, il y avait des gens qui disaient « Nous avons désormais un président, mais ça ne veut pas dire que nous avons un candidat. » Bon, ben écoutez, ça c'est la vie interne de l'ELR, je n'ai pas à mi-missé à l'intérieur.
Alors, je vous ai posé la question, mais j'ai lu aussi, et vous avez lu comme moi attentivement, ce qu'a déclaré Bruno Retailleau, je serai, on va parler de votre programme après, « Je serai le premier artisan de notre victoire politique en 2027, » dit-il, « Le premier artisan de notre victoire politique en 2027. » Je n'ai pas fait tout ça pour ça, pour qu'ensuite j'abdique. Donc il sera candidat en 2027, c'est comme ça que vous l'interprétez ?
Écoutez, il le dira. On dit à juste titre de Bruno Retailleau qu'il dit les choses clairement. Moi, j'ai dit les choses clairement. Posez-lui la question, et je suis sûr qu'il vous répondra clairement.
Édor Philippe, est-ce que vous n'êtes pas l'héritier du macronisme ? Écoutez, je suis qui je suis.
J'ai été directeur général de l'UMP en 2002 quand il a fallu construire ce parti. J'ai été député UMP en 2012 jusqu'en 2017. J'ai été le premier ministre d'Emmanuel Macron de 2017 à 2020, à une époque où nous avons fait beaucoup de réformes. Et puis j'ai créé mon propre parti. Croyez-moi, au sein de l'ancienne majorité, il y avait beaucoup de gens qui n'aimaient pas beaucoup l'idée que je crée mon propre parti. Et puis, le moment venu, je serai candidat et je dirai exactement ce que j'ai envie de dire. Certaines choses seront parfaitement en ligne avec ce qu'a pu porter la majorité que je dirigeais en 2017. Et puis d'autres seront nouvelles. Mais j'ai lu votre discours de Marseille.
Je ne me positionne pas, je vais vous dire, je ne me positionne pas Jean-Jacques Bourdin par rapport à tel ou tel. Que ce soit dans le champ politique actuel partisan ou que ce soit le président de la République. Ce qui m'intéresse, c'est de dire des choses et d'essayer de les mettre en œuvre et de les faire. – Vous avez quitté Matignon, c'est vous qui avez décidé de quitter Matignon. – Non, quand j'ai décidé en 2020, j'ai indiqué au président de la République que parce que je m'étais présenté aux élections municipales du Havre, je lui remettrais ma démission, quelle que soit l'issue du scrutin au municipal.
Ce que j'ai fait en lui disant que s'il voulait conserver Édouard Philippe, Premier ministre, je resterai. Et que s'il voulait changer de Premier ministre, ce qui était parfaitement son choix, eh bien il n'y aurait aucun sujet et parce que c'est sa responsabilité, c'est son choix. Et il a choisi de changer de Premier ministre et c'était parfaitement son choix.
– Si je vous pose cette question, Édouard Philippe, parce que je sais que dans la campagne qui s'annonce, elle reviendra sans cesse. Édouard Philippe, l'héritier du macronisme. J'ai lu ce que vous avez dit à Marseille dans votre discours. La France recule, elle s'abandonne, elle s'abandonne, elle est impuissante. Vous avez parlé d'impuissance. Est-ce l'échec d'Emmanuel Macron, Édouard Philippe ?
– Je constate une certaine forme d'impuissance publique et je la déplore. Je constate que notre pays, alors même qu'il sait qu'il a des sujets devant lui et qu'ils sont des sujets compliqués, ne prend pas toujours les mesures qui s'imposent. Mais au risque de vous choquer, je pense que cette impuissance, elle est bien plus large que le fait du président de la République seul. Je pense que notre système politique est aujourd'hui dans une situation où rien ne peut être fait. Et ça m'angoisse terriblement pour le pays. Je pense qu'il faut en sortir.
– Vous êtes un homme de droite. – Vous êtes un homme de droite, Édouard Philippe. – Ah oui, je crois qu'on peut le dire.
– Sans aucun problème.
– Sans aucun problème.
– Mais pardon, Jean-Jacques Bourdin, je sais d'où je viens. Encore une fois, j'ai participé à la fondation de l'UMP. J'ai été député LR entre 2012 et 2017. Je sais parfaitement, intellectuellement, idéologiquement d'où je viens et ce à quoi je crois. Mais je ne crois pas que les intérêts partisans soient essentiels. Et je ne crois pas qu'être de gauche ou être de droite vous condamne à ne pas regarder ce qui se passe. Je pense, voyez-vous, qu'on ne doit jamais être prisonnier de son camp, qu'on ne doit jamais être prisonnier de son parti ni prisonnier de son camp.
Et je regrette que beaucoup passent plus de temps à gauche à se demander ce que c'est vraiment que la gauche et à droite à se demander ce que c'est que vraiment la droite et songent un tout petit peu moins à rassembler tous les gens qui ont envie de bosser. La valeur cardinale, ce n'est pas la droite et la gauche. La valeur cardinale, c'est le rassemblement. C'est ça que je veux dire.
– C'est le rassemblement. Et vous citez De Gaulle dans votre discours. Lorsque le danger est existentiel, il faut parfois s'entendre avec ses adversaires pour combattre un ennemi commun. Alors aujourd'hui, quel est votre ennemi politique principal ?
– Mon ennemi politique principal, c'est l'affaiblissement de la France. Mon ennemi politique principal, mon ambition principale, c'est d'essayer de faire en sorte que la France redevienne une puissance.
– Mais elle est affaiblie ! Emmanuel Macron est président de la République !
Pardon, Édouard Philippe ! – Vous n'excusez pas ! Mais mon ambition politique, c'est de réaffermir les fondements de la puissance française. – Oui. – Voilà. Et de rassembler le maximum de gens pour réaffermir les fondements de la puissance française. Et les fondements de la puissance française, c'est quoi ? C'est une école qui fonctionne. Aujourd'hui, elle ne fonctionne pas assez bien. Ce n'est pas une critique des professeurs de le lire. Mais c'est un fait qu'elle ne fonctionne pas assez bien. Aujourd'hui, notre économie souffre d'un certain nombre de réformes que nous n'avons pas faites. Notamment les réformes relatives au financement du modèle social.
Et je vais vous dire, ça fait très longtemps que ces réformes, on devrait les faire. Bon, il va falloir les faire si on veut redevenir prospère. Et pour être puissant, il faut être prospère. Notre pays souffre du fait que sa justice ne fonctionne pas bien. – Je vais le dire. – Et dès lors que la justice ne fonctionne pas bien, dès lors que le sentiment d'injustice se développe, alors évidemment, ça corrode et ça abîme la cohésion sociale. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est ça. Et je vois bien, je sais bien, je ne suis pas naïf, je ne suis pas né d'hier, ça fait 25 ans que je fais de la politique.
Je vois bien que ce qui passionne le débat public, enfin, ce qui passionne le débat public dans les médias, pardon Jean-Jacques Baudin, c'est l'opposition des partis, les prises de position des uns et des autres. Je parcours le pays sans cesse. On me reproche parfois de ne pas être suffisamment sur les plateaux de télévision ou à la radio. Je parcours le pays sans cesse. J'étais cette semaine dans le Morbihan, en Loire-Atlantique et dans les Bouches-du-Rhône.
Bon, je vous garantis, Jean-Jacques Baudin, et je pense en plus que vous le savez, et je pense que vous le savez parce qu'il y a des auditeurs qui vous appellent pour vous le dire, ce qui intéresse les Français aujourd'hui, ça n'est pas la logique des appareils partisans. Ils s'en foutent. Et puis, ils ont raison. Je ne dis pas que ce n'est pas intéressant en soi, mais ça n'est pas ce qui compte. Ce qui compte, c'est qu'est-ce qu'on fait sur la santé, qu'est-ce qu'on fait sur la justice, qu'est-ce qu'on fait sur l'école, qu'est-ce qu'on fait sur la sécurité. Ça, ce sont des sujets qui comptent.
Et je crois très sincèrement que les électeurs qui viennent de la gauche ou qu'ils viennent de la droite, qu'ils aient pu voter très à gauche ou très à droite, sont en attente de responsables politiques qui leur diront clairement ce qu'ils veulent et qui seront capables de rassembler autour d'eux tous les gens qui ont envie d'avancer.
Alors, je vais poser des questions concrètes sur la justice, notamment sur vos choix. Édore-Philippe, mais tout de même, vous parliez des Français, vous parliez de la France dite profonde. Je n'aime pas trop cette expression. Ce n'est pas moi qui le dis. Oui, mais les 80 km heure, vous regrettez ?
Peut-être que je le ferai différemment aujourd'hui, mais je ne regretterai jamais d'avoir pris des mesures dont l'objectif était d'abord et avant tout d'améliorer la sécurité routière et donc de sauver des vies. Et je sais très bien que... Parce que ça va vous être reproché, évidemment. Vous pensez sérieusement qu'on peut avoir eu des responsabilités politiques et aspirer à en avoir d'autres sans être critiqué ? Je sais très bien qu'on me reprochera ça ou ça. Je sais très bien qu'il y a des choses que j'aurais pu faire autrement. Je sais très bien qu'il y a des choses que je suis très fier d'avoir faites. Bon, je ne vais pas m'excuser d'être qui je suis.
Et je ne vais pas m'excuser d'avoir essayé de faire en sorte d'améliorer la situation sur nos routes et la sécurité routière. Je n'ai probablement pas réussi à expliquer, c'est ma responsabilité, que cette mesure, ce n'était pas une mesure pour emmerder le monde ou pour gagner de l'argent, que c'était une mesure pour éviter des accidents. Et encore une fois, vous savez, on peut dire ça, qu'est-ce qu'il nous raconte là ? Dans toutes les familles de France, il y a des gens qui ont été confrontés à ces accidents terribles sur la route. Dans toutes les familles de France.
Quand on sait ça, on peut mettre un tout petit peu de calme et de réflexion et se dire, bon, ok, est-ce que vraiment on peut accepter une France où il y a aujourd'hui un peu plus de 3000 morts et plusieurs milliers de gens qui sont lourdement handicapés après des accidents ? Voilà, c'était ça mon objectif. Et j'observe, Jean-Jacques, si vous me le permettez, qu'il doit y avoir à peu près la moitié des départements français qui ont conservé cette règle et l'autre qui en a changé.
Edore Philippe, vous avez beaucoup parlé de justice à Marseille. C'était l'un des thèmes de votre intervention, de votre discours. Alors j'ai des questions précises. Un dealer, pour reprendre votre discours justement, un dealer en France peut être condamné une fois, deux fois, dix fois sans jamais mettre un pied en prison. – Oui. – Que proposez-vous ?
– Des peines courtes, mais des peines prononcées dès la première infraction. Si vous me permettez d'expliquer ce qui se passe en France aujourd'hui, et je vais le dire de façon peut-être un peu rapide, mais néanmoins c'est effectivement ce qui se passe. En France, on emprisonne tard et longtemps.
On emprisonne tard au sens où il y a eu telle surpopulation carcérale, il y a tellement de gens en prison, il y a tellement plus de gens en prison qu'il n'y a de place en prison, que les magistrats se disent, et ils n'ont pas complètement tort, Jean-Jacques Mordin, se disent, si on envoie quelqu'un à la première infraction, on constate son infraction, si on l'envoie immédiatement en prison, on est certain qu'il va récidiver tellement les conditions sont indignes, tellement il va être mélangé avec une faune, encore pire que celle d'où il vient. Et donc, on a un système dans lequel on ne va pas en prison, il n'y a pas de sanctions pénales fortes pour les premières infractions.
Le vol, par exemple, personne en France n'est emprisonné pour vol simple. Il y a du vol à l'étalage partout. Attendez, je continue, je continue. Donc on emprisonne assez tard, et évidemment, quand quelqu'un est condamné à la fin pour 3 ou 4 ou 5 infractions, alors là, il va en prison, et il va en prison plutôt plus longtemps que la moyenne. Donc, vous avez cette caractéristique assez particulière à la France d'avoir des gens qui vont en prison tard et longtemps. Je pense qu'il faut faire l'inverse. C'est-à-dire, je pense qu'il faut envoyer les gens, quand c'est nécessaire, en prison tôt et pour des peines courtes, mais pour des peines effectivement assurées.
C'est-à-dire que je suis partisan de peines ultra courtes, mais dès les premières infractions. Et ce système-là, je ne l'invente pas. Moi, j'ai une imagination limitée, vous vous doutez bien, Jean-Jacques Bourdin. Mais je ne l'invente pas, il existe. Il existe dans certains pays, et les pays qui ont mis en place ce système de sanctions pénales fortes, immédiates et courtes, ont obtenu d'excellents résultats en matière de récidive. Donc je pense, enfin, de lutte contre la récidive. Donc je pense qu'il faut avoir des réponses pénales plus rapides, plus fortes, et immédiatement dès la première infraction.
Justice, autre question. En 2024, les mineurs de 13 à 17 ans ont été responsables de 35% des vols violents sans armes. Que proposez-vous ?
Alors là, on a quand même un sujet qui tient au fait que notre code pénal, et c'est assez compréhensible, prévoit des dispositions particulières, spécifiques, et un peu plus protectrices pour les mineurs. Sur le fond, tout le monde peut comprendre. Un mineur, par définition, il n'a pas le discernement d'un majeur. Et par définition, il faut faire une attention particulière aux mineurs, si j'ose dire, même quand il est délinquant. Mais il faut quand même reconnaître aussi qu'aujourd'hui, on a un énorme problème de surreprésentation, enfin, le nombre d'infractions commises par des mineurs progresse très rapidement. Exact. Alors, est-ce qu'il faut supprimer complètement l'excuse de minorité ?
Oui. Est-ce qu'on peut traiter un mineur de 13 ans comme on traiterait quelqu'un qui en a 40 ? Je n'en suis pas sûr. Mais est-ce qu'on a été trop loin dans l'excuse de minorité ? C'est assez probable. Il faut donc... Et voyez la réponse que je vous donnais tout à l'heure. Vous n'allez pas envoyer un mineur en prison pour 3 ans à la première infraction. C'est absurde. Vous le savez très bien. En revanche, vous pouvez avoir une réponse plus forte que celle qui existe aujourd'hui. Et la réponse plus forte, elle peut aller avec, pas un emprisonnement, mais une sanction dès les premières infractions. Moi, je crois encore... Il faut qu'il y ait un choc après la première infraction.
S'il n'y a pas de choc, franchement, vous vous dites, mais finalement, pourquoi pas faire une deuxième infraction ?
Autre constatation. En 2023, près de 17% des condamnations pour des délits ou des crimes concernaient des étrangers alors qu'ils représentent 8% de la population. Que proposez-vous ?
C'est un fait, d'abord. Quand je dis ça, je ne dis pas que tous les étrangers commettent des infractions. Ce n'est pas le cas. Je constate un fait qui est que le nombre d'infractions commises par des étrangers qui résident en France, légalement ou illégalement, est largement supérieur à la proportion de ces étrangers dans la population française. Et j'en déduis une chose qui doit être dite, mais dont je sais qu'elle est délicate à faire, c'est qu'un étranger qui commet un crime ou un délit d'une certaine nature et intentionnellement n'a aucun droit à demeurer sur le territoire français. Aucun droit.
Je ne comprends pas, je vous le dis comme je le pense, je ne comprends pas pourquoi la France, qui est libre d'accepter ou non des étrangers sur son sol, qui a besoin d'accepter des étrangers sur son sol, Jean-Jacques Bourdin, qui a besoin d'accepter des étrangers sur son sol, je ne vois pas pourquoi la France s'interdierait dès lors que ces étrangers qui sont admis sur le territoire, ou qui sont sur les territoires, ne respectent pas les règles françaises et commettent des crimes ou des délits, s'interdierait de les renvoyer chez eux. Je sais qu'en pratique, renvoyer un étranger chez lui peut être difficile. Je ne me paye pas de mots.
Et tous les gens qui regardent le sujet sérieusement savent que renvoyer un étranger dans son pays d'origine dépend très largement de la bonne volonté du pays d'origine. Et que donc c'est un exercice difficile. Je ne me paye pas de mots, mais je dis les choses telles que je crois elles doivent être. Et ensuite, ça veut dire qu'il faut qu'on muscle notre dispositif diplomatique, muscle notre dispositif administratif face à ces pays qui n'acceptent pas de reprendre leurs ressortissants.
– Le social, le financement de notre modèle social, je ne vais pas entrer dans le détail parce que nous n'avons pas le temps, mais j'ai des questions à vous poser. Est-ce qu'il y a trop d'emplois aidés en France ? Comment gagner plus ? Ce sont des questions de base, des questions générales, mais qui reviennent sans cesse dans l'esprit et dans le quotidien de nos auditeurs. Comment gagner plus ?
Edouard Philippe, en travaillant plus ? – Oui, ça je vais... – Ce n'est pas d'une grande originalité sur le sujet, mais je suis très sincère quand je dis ça. Je pense que si nous voulons individuellement et collectivement, en tant que pays, en tant que nation, être plus prospères, il va falloir qu'on travaille un peu plus. C'est vrai.
– Mais comment travailler un peu plus ? À la semaine ? À la semaine ? À l'heure ? Je ne sais pas. À l'heure, non, c'est difficile, mais mettre aux orties les 35 heures ?
– Travailler plus, ça veut dire plein de choses. Ça veut dire d'abord travailler plus nombreux. Si on améliore le taux d'emploi des plus jeunes et si on améliore le taux d'emploi des seniors, on a collectivement une masse de travail bien supplémentaire. Et donc travailler plus, ça veut d'abord dire travailler plus nombreux. Et de ce point de vue-là, tout à l'heure, vous disiez que j'avais été Premier ministre, vous vous rappeliez que j'avais été Premier ministre entre 2017 et 2020.
Permettez-moi de ne pas oublier qu'entre 2017 et 2020, grâce à des réformes du marché du travail dont on pensait qu'elles étaient difficiles à faire, grâce à une politique économique qui a permis des investissements importants, nous avons fait significativement baisser le taux de chômage. Significativement baisser le taux de chômage des jeunes et augmenter le taux d'emploi des seniors. Je le dis en passant, parce que je ne voudrais pas que vous l'oubliez, mais je sais que vous ne l'avez pas oublié. Donc travailler plus nombreux. Ça veut dire aussi travailler plus chacun. Qu'est-ce que ça veut dire travailler plus chacun ? Ça peut vouloir dire travailler plus longtemps au cours de sa vie.
Plus tard. Ça peut aussi vouloir dire... Retir à la retraite plus tard. Je pense que ça arrivera. Vous savez que je pense que très longtemps.
Vous regrettez d'ailleurs de ne pas avoir poursuivi votre réforme et la mise en place de la retraite par points.
Je l'ai portée jusqu'où je pouvais la porter. Et le président de la République, après avoir changé...
C'est lui qui a dit stop ?
Non, non. On a dit stop au moment du Covid. Parce qu'au moment du Covid, on avait besoin... Oui. Je veux dire, il y avait une forme d'union nationale qui était nécessaire. Et je pense que la décision d'arrêter la discussion, enfin en tout cas de ne pas la prolonger, de ne pas dire qu'on allait remettre sur le tapis cette loi, était parfaitement l'estimable.
Vous la remettrez sur le tapis en tant qu'un candidat à la présidence ?
Non, je ferai autrement. Mais je le dirai le moment venu. Ce que je veux dire, M. Bourdin, c'est qu'il faudra travailler plus longtemps, comme on décidait de le faire pour des raisons analogues, l'Italie très à droite, l'Espagne très à gauche, et l'Allemagne qu'elle fût de gauche ou de droite. Donc je crois qu'il y aura ça. Mais il n'y aura pas que ça. Ça peut dire aussi, et j'insiste là-dessus, ça veut dire aussi travailler mieux. Et une des choses qui est frappante dans notre pays, c'est que depuis très longtemps, la productivité diminue, en tout cas stagne. On peut travailler mieux aussi. On peut trouver plus de sens dans ce qu'on fait. On peut produire plus en travaillant mieux.
Travailler plus nombreux, travailler plus longtemps. Et travailler plus longtemps, ça ne veut pas dire simplement travailler plus longtemps à la fin de sa vie professionnelle. Je vais vous dire, je pense qu'il y a plein de métiers, et je crois qu'il y a plein de Français qui en sont parfaitement d'accord, qu'on pourrait faire de façon beaucoup plus intense quand on a 30 ans, et de façon un peu moins intense quand on a 64. Aujourd'hui, on a les 35 heures. C'est très bien les 35 heures. Pourquoi pas ? Je n'en sais rien. Je ne suis pas sûr que c'était une bonne mesure. J'ai même assez convaincu que c'était une mauvaise mesure.
Vous reviendriez sur les 35 heures ?
Je pense que tout système qui laissera le maximum de liberté dans l'entreprise, aux patrons et aux salariés, pour organiser son travail, avec peut-être... C'est une vieille idée. Je vais vous dire, ce n'est pas une de mes idées, je crois que c'est une vieille idée de la CFDT. De dire, faisons en sorte qu'à un certain âge de la vie, quand on a un peu plus de temps, quand on a un peu plus d'énergie, on puisse travailler beaucoup plus, librement, sans se le faire imposer, mais librement, pour ensuite travailler un peu moins, quand pour des raisons familiales, pour des raisons de santé, bien entendu, ou pour des raisons d'âge, on a un peu moins d'énergie.
Mais je trouve que ce n'est pas du tout idiot. Et simplement, notre système aujourd'hui, qui est très rigide, ne le permet pas vraiment. Ça ne le permet pas. Et je trouve ça dommage. Je pense que ça fait partie des choses qu'il faut regarder, bien sûr.
Bien sûr. Bon, c'est très important, parce que ça gère notre quotidien, évidemment. Edouard Philippe...
Un dernier mot, pardon, Jean-Jacques Bourdin, parce que tout notre système social repose sur un financement qui est essentiellement lié au travail. Essentiellement lié au travail. Pas uniquement, mais essentiellement lié au travail. Aux cotisations patronales et salariales. Et compte tenu de ce que nous sommes en train de vivre, Jean-Jacques Bourdin, c'est-à-dire, d'une part, un vieillissement, et c'est tant mieux, de la population. Et d'autre part, un fléchissement très net de la démographie et des naissances. Faire financer notre modèle social sur le travail, c'est condamner ceux qui travaillent, d'abord à des prélèvements qui sont insupportables, enfin, qu'ils deviennent.
Il faut élargir le financement du modèle social. Bien sûr. Bien sûr. Élargir à qui ? Il faut que chacun contribue au financement du modèle social. Il faut que le modèle social...
Dès le premier euro gagné ?
Il faut que le modèle social ne soit plus simplement financé par le travail. Sinon, je vais vous dire, sinon on ne s'en sortira pas. On a le taux de cotisation patronale le plus élevé d'Europe. Ça ne nous aide pas. Ça ne nous aide pas. Ça n'aide pas les entreprises. Ça n'aide pas les salariés.
Président de la République, quelle serait... Vous avez déjà réfléchi à ça, votre première mesure ?
La mesure qui vous tire à cœur plus ? Je refuse de répondre à ça, parce que je trouve que... Non, non, pardon. C'est trop tôt. Je trouve que c'est absurde. Enfin, je peux vous donner ma première priorité. Alors ? La première priorité, à mon avis, enfin, ce n'est pas à mon avis, c'est ce que je pense très sincèrement, c'est l'école. Je pense qu'on ne s'en sortira pas dans ce pays, quelle que soit l'intelligence des politiques publiques menées, si on ne réussit pas à améliorer significativement le fonctionnement de notre école. Notre école ne fonctionne pas suffisamment bien.
Vous savez qu'en France, alors qu'on se gargarise parfois de l'école de la République, alors qu'on l'aime profondément, moi, je suis un pur produit de l'école. Mon père a été le premier à avoir son bac dans la famille. Il a fait des études, pas très poussé. Il est devenu professeur de français. Et moi, j'ai réussi à avancer dans la société parce que j'ai beaucoup travaillé à l'école. C'est indispensable, l'école. Ce n'est pas simplement indispensable comme instrument de promotion sociale, mais c'est indispensable. On a l'école, entre guillemets, dite de la République, dont chacun se gargarise, qui reproduit le plus de tous les pays de l'OCDE, les inégalités sociales.
Notre école ne fonctionne pas suffisamment bien. La première priorité, pour moi, c'est retaper ça. Et si on retape l'école, si on est une école qui fonctionne bien, alors je vous garantis qu'on est un pays beaucoup plus puissant, beaucoup plus prospère et probablement beaucoup plus heureux.
Bien. Edouard Philippe, j'ai trois questions pour terminer. Réponse courte, si vous pouvez, la fin de vie. Est-ce que vous voteriez, si vous étiez député, la proposition de loi sur l'aide à mourir ?
On va attendre de voir à quoi elle ressemble une fois qu'elle sera passée par la moulinette parlementaire, parce que j'attends de voir. Mais sur le fond, sur cette question qui est redoutablement complexe, je suis au fond de moi-même partisan du système qui permettra le mieux possible et de façon encadrée aux gens de choisir.
Référendum sur le sujet ou pas ?
Ce n'est pas un choix qui m'appartient. Oui. Mais si ça n'avance pas. Le président de la République n'a pas tort de dire que si ça n'avance pas au Parlement, il y a un moment où il faudra que les Français choisissent. Je trouve que ça peut s'entendre.
Bien. Édouard Philippe, dernier mot, l'international Israël qui intensifie son offensive militaire à Gaza. Protestation de la France, de la Grande-Bretagne et du Canada à l'extension. Vous vous opposez comme ces trois pays à l'extension des opérations militaires israéliennes à Gaza.
Écoutez, moi, j'ai été le 7 octobre incroyablement choqué par ce que le Hamas a fait. J'ai dit que c'était non pas une opération terroriste, mais une opération de guerre. Le Hamas, c'est un mouvement terroriste. Il n'a aucune légitimité à gouverner quoi que ce soit. Et il faut lutter contre cette organisation de façon déterminée.
Mais, même en étant très clair sur le fait qu'Israël a un droit à sa sécurité, même en étant très clair sur le fait que le Hamas a déclenché les hostilités, même en disant de façon très claire qu'Israël a le droit de se défendre, et en l'assumant, Israël, c'est une démocratie, et une démocratie peut faire la guerre, mais doit faire attention à la façon dont elle le fait. Et honnêtement, ce qui est en train de se passer est, je crois, dangereux et terrible pour les populations civiles qui sont à Gaza. Pas pour le Hamas, le Hamas ne fera jamais pleurer, mais terrible pour les populations civiles qui sont à Gaza. Et, je crois, in fine, presque dangereux pour Israël aussi.
Parce que, je vois bien que Netanyahou a un plan de guerre, mais je ne vois pas son plan de paix. Et, je ne crois pas que la sécurité durable d'Israël soit dans la guerre.
Merci, Edouard Philippe, d'être venu nous voir ce matin sur l'antenne de Sud Radio.
Édouard Philippe