Thomas Porcher catégorique : "Pourquoi les grévistes ont raison"
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- 4:16OuverteRéponse directe
Les revendications des salariés des raffineries sont-elles légitimes selon toi ?
- 7:32OuverteRéponse directe
Comment le secteur du raffinage en France supporte-t-il cette crise ?
- 12:56OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que tu penses des mesures et conseils du gouvernement pour la sobriété énergétique ?
- 14:35OuverteRéponse directe
Notre système énergétique n'était-il pas déjà affaibli avant cette crise ?
- 18:21OuverteRéponse directe
Y a-t-il des risques d'être totalement dans le noir sans énergie cet hiver ?
- 21:28OuverteRéponse directe
N'est-ce pas une bonne chose que les gens commencent à consommer moins d'énergie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:34PrésentateurChiffre
« Total a sorti ce chiffre, la rémunération mensuelle moyenne d'un opérateur de raffinerie de Total Energy en France en 2022 est de 5 000 euros par mois. »
- 3:57PrésentateurChiffre
« Le salaire des ouvriers, pour vous le dire, varie entre 1 860 euros bruts et 2 047 euros bruts. »
- 4:05PrésentateurChiffre
« Les techniciens et agents de maîtrise touchent entre 2 140 euros bruts et un peu plus de 3 200 euros bruts. »
- 6:29Invité politiqueFait
« Ces entreprises-là ont fait des profits, mais hallucinants, sur quelque chose de mauvais, la guerre. »
- 6:45Invité politiqueChiffre
« C'est souvent 60 pour les actionnaires, 30 pour l'investissement, 10% pour les salariés. »
- 8:30Invité politiqueFait
« En réalité, les raffineries ne sont pas en surcapacité, comme on le disait. Elles produisent certes trop d'essence, mais elles ne produisent pas suffisamment de diesel. »
- 15:14Invité politiqueChiffre
« Si on avait rénové ne serait-ce que 500 000 habitations par an ? 500 000 habitations, c'est ce que prévoit le Grenelle de l'environnement sous Sarkozy. »
- 15:36Invité politiqueChiffre
« Un million de rénovations par an, c'était un investissement, certes, de 20 milliards, mais c'est un investissement qui rapporte. »
- 15:41Invité politiqueChiffre
« Chaque euro investi dans le bâtiment, dans la rénovation thermique des bâtiments, rapportait entre 2 à 4 euros de recettes publiques supplémentaires. »
- 17:28Invité politiqueChiffre
« Le nucléaire, nous arrivons à 37 ans d'âge moyen de nos réacteurs. »
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Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher dans Toujours Debout. Je suis ravie de vous retrouver. L'Instant Porcher, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous avec Thomas Porcher chaque semaine pour décrypter l'actualité car on le sait, le discours est politique et les comprendre est un véritable enjeu démocratique. Je vous rappelle que pour qu'on n'arrête pas tout, le Média dépend de votre soutien, vos abonnements et vos dons. Rendez-vous sur lemediatv.fr slash soutien pour nous soutenir. Ce projet de télé libre et indépendante ne peut se faire sans vous.
Au programme aujourd'hui, les grèves chez les raffineurs français et toujours sur l'énergie, on décrypte le plan de sobriété énergétique promu par le gouvernement. C'est la file d'attente de plusieurs heures parfois pour avoir de l'essence dans notre pays en ce moment. Vous avez peut-être suivi d'ailleurs sur notre antenne et partout ailleurs, les salariés d'Eso ExxonMobil, TotalEnergie et Arjedis, filiales de Total, sont en grève depuis fin septembre et depuis ce week-end, par ricochet, les stations-service connaissent des pénuries de carburant. L'un principal revendication des salariés et des syndicats, avoir un salaire indexé sur les prix, donc sur l'inflation.
Ce n'est pas la première fois que cet enjeu de salaire indexé sur l'inflation revient dans le débat public et politique. Autre axe majeur dans ces mouvements de grève, le partage des richesses quand on connaît les profits records des géants pétroliers pendant la crise des prix. Le gouvernement met la pression pour que le conflit s'arrête et réclame le déblocage depuis tout ce week-end. Sous la pression, TotalEnergie a proposé dimanche d'avancer à octobre ses négociations annuelles sur les salaires, à condition que les blocages prennent fin. La CGT a dénoncé un chantage et le conflit s'enlise et la grève est reconduite. Du côté des Sceaux, c'est un petit peu différent.
La CGT et FO ont reconduit la grève aussi, qui touchent les deux raffineries françaises du groupe, ayant rejeté l'accord signé par les autres syndicats hier et aujourd'hui. Elisabeth Borne a alors annoncé avoir demandé au préfet d'engager, comme le permet la loi, la réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts des Sceaux ExxonMobil, aujourd'hui lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
Le gouvernement appelle à la responsabilité pour dialoguer. Un désaccord salarial ne justifie pas de bloquer le pays. Refuser de discuter, c'est faire des Français les victimes d'une absence de dialogue. Et je vais être plus précise, des accords sont possibles. Il y a d'ailleurs eu un accord majoritaire signé hier chez Sceaux. Aujourd'hui, une partie des organisations, malgré cet accord, veut poursuivre le mouvement et continuer le blocage. Nous ne pouvons pas l'accepter. Le dialogue social s'est avancé dès lors qu'une majorité s'est dégagée. Et ce ne sont pas des accords à minima. Les propositions mises sur la table par la direction de l'entreprise sont significatives.
Dès lors, j'ai demandé au préfet d'engager, comme le permet la loi, la procédure de réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts de cette entreprise.
Alors, qui dit pénurie de carburant, dit usagers mécontents, dit tensions, dit il n'en fallait pas plus pour monter les travailleurs et les travailleuses, les uns contre les autres, et où les grévistes sont accusés de prendre en otage les usagers par leur patron ou le gouvernement. Et c'est un débat qui revient très souvent, comme lors des grèves SNCF, par exemple. Autre débat présent sur la table salaire. Mais pourquoi bloque-t-il le payer alors qu'ils sont bien payés ? On va aller voir ça. Total a sorti ce chiffre, la rémunération mensuelle moyenne d'un opérateur de raffinerie de Total Energy en France en 2022 est de 5 000 euros par mois.
Oui, alors en comptant les primes de 3,8, de 5,8, en comptant les primes de nuit, l'intéressement, l'intéressement que sur 2022. Mais le débat ici, en fait, c'est le salaire, celui qui est sûr, celui qui cotise, celui qui devrait être indexé sur l'inflation selon les grévistes. Le salaire des ouvriers, pour vous le dire, varie entre 1 860 euros bruts et 2 047 euros bruts. Les techniciens et agents de maîtrise touchent entre 2 140 euros bruts et un peu plus de 3 200 euros bruts. Je dis bien bruts, donc on peut enlever quelques centaines d'euros pour ce qu'on touche vraiment sur le compte en banque.
Thomas, les revendications des salariés des raffineries, est-ce qu'elles sont légitimes selon toi ? Dans le sens où il y a le discours sur les soignants libéraux en détresse, sur BFM on le voit tous les jours. On a aussi le discours sur le SMICAR qui a besoin de son essence pour aller travailler, sans parler de la récupération politique de ceux qui ne touchent absolument pas à le SMIC, bien sûr.
Tout ça est vrai. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a une grosse partie des Français qui dépendent de leur voiture pour aller travailler. Et donc, quand il y a des pénuries d'essence, effectivement, ça rend leur vie plus compliquée. Mais il ne faut pas opposer, encore une fois, des travailleurs entre eux.
Ce qu'il faut dire, la première chose qu'il faut dire, c'est que si les salaires étaient indexés sur l'inflation, comme ça a été le cas jusque dans les années 80, et comme aujourd'hui, ça devrait être le cas en dessous d'un certain montant de salaire, on devrait ouvrir une discussion là-dessus et se dire, est-ce qu'en dessous de 3 000 euros d'unité de consommation, voilà, pour une unité de consommation comme ça, on tient compte du fait qu'il y ait plusieurs personnes dans un même ménage, il ne faudrait pas indexer les salaires sur l'inflation, au moins ça au début, ou peut-être la totalité même des salaires, soyons fous comme c'était le cas avant les années 80, ce débat n'est même pas ouvert.
On peut parler de tout, sauf de l'augmentation des salaires. Donc, quand on voit le salaire nominal, c'est-à-dire le salaire qui apparaît sur la fiche de paye, tout va bien, mais quand on voit le salaire en tenant compte de l'inflation, le salaire réel, là, il chute, mais il chute drastiquement comme jamais. Alors, tout le monde s'en plaint, tout le monde s'en plaint, tous les salariés s'en plaignent, sauf qu'il y a des salariés, quand ils font grève, il y a un impact sur la société, et c'est le cas des raffineurs. Vraiment, dans tous les conflits sociaux qu'on a eus ces 10-15 dernières années, quand les raffineries s'y mettaient, il y avait toujours des pénuries très rapidement.
Donc, c'était vraiment, quand il y avait des grosses grèves pour la réforme des retraites, si les raffineurs y vont, là, le pays est bloqué. Parce que c'est très important, vous avez tous les jours de la forte consommation d'essence, et les raffineries raffinent du pétrole et le transformant en essence. Si elles se mettent en grève, voilà, ça ne bouge pas. Donc, oui, ils ont raison. Pourquoi ils ont raison ? Parce que là, on parle, déjà, on va en parler après, mais déjà, le raffinage a beaucoup s'ouvert ces dernières années. Mais là, on parle du raffinage de grandes entreprises. Donc, des entreprises qui produisent du pétrole et qui le distribuent.
Donc, ils sont présents sur toute la chaîne de production, de l'amont à l'aval. Et ces entreprises-là ont fait des profits, mais hallucinants, sur quelque chose de mauvais, la guerre. Et ce profit, mais comme à chaque fois qu'il y a des profits records, il est partagé comment ? Il est partagé majoritairement, il est donné aux actionnaires, puis ensuite à l'investissement, et puis ensuite aux salariés. C'est souvent 60 pour les actionnaires, 30 pour l'investissement, 10% pour les salariés.
Et le total, ils avaient annoncé le versement d'une dividende exceptionnelle avec son record, etc., entre 35 et 40% du cash flow qui ira aux actionnaires cette année.
Donc, les actionnaires, eux, ils ont une augmentation conséquente. Les grands dirigeants, également. Et les salariés d'en bas, ils ont des augmentations, mais qui sont en dessous de l'inflation. Donc, ils s'appauvrissent. Donc, c'est légitime de demander ça. Ils ne se battent pas que pour eux, oui. Voilà. Mais c'est légitime de le demander déjà pour eux, parce qu'ils sont des entreprises qui génèrent énormément d'argent. Et nous, on se rend compte que c'est, comment vous dire, il y a une vraie nuisance pour la plupart des Français, parce qu'eux, ils ont un outil de production qui, voilà. Mais s'ils égrèvent dans une autre entreprise, peut-être qu'on ne s'en rendrait pas compte.
Et là, on oppose les travailleurs parce que c'est des raffineurs et ils ont un pouvoir sur quelque chose d'utile, qui est le carburant.
Et comment il supporte le secteur du raffinage en France ? Parce que c'est vrai que ce n'est pas un secteur qui est très connu, en fait.
Non, c'est un secteur qui n'est pas du tout connu et qui a été beaucoup délaissé. Moi, je vous explique, depuis 70, vous avez la moitié des raffineries qui ont fermé en France. J'avais été invité, moi, par Petro Plus, une raffinerie qui n'était pas dans un groupe intégré, comme Total ou comme Exxon, et qui a fermé. On avait été les voir avec mon collègue Frédéric Farah. La plupart de la ville qui était autour vivaient de la raffinerie. Et à l'époque, on disait quoi ? C'était il y a 10 ans. Qu'est-ce qu'on leur disait ? On leur disait, les raffineries, ça ne sert plus à rien. Elles sont en surcapacité, on produit trop d'essence.
Il faut qu'on importe, finalement, on peut importer notre essence de raffinerie d'Arabie Saoudite ou d'ailleurs, ou de Russie même, parce qu'il y en a beaucoup de diesel, tout va bien. Et donc, on ferme nos raffineries en France. C'est ce qu'on leur disait à l'époque. Et on en a fermé, je vous dis, la moitié des raffineries en 30 ans ont fermé. Et il y a beaucoup de raffineries totales qui ont fermé également. Donc, c'était ce qu'on disait. Alors que tout ça est faux. En réalité, les raffineries ne sont pas en surcapacité, comme on le disait. Elles produisent certes trop d'essence, mais elles ne produisent pas suffisamment de diesel.
Et la plupart du diesel, nous l'apportons d'ailleurs, notamment de Russie. Donc, en fait, ce qui fait que les raffineries ont été en crise pendant 30 ans, parce qu'il y a eu peu d'investissement, c'est que l'outil de travail est inadapté à la demande française, qui est majoritairement du diesel. Et les investissements n'ont pas été faits. Pourquoi ils n'ont pas été faits ? Parce que la logique actionnariale fait qu'investir dans les raffineries, ça rapporte moins que d'investir dans l'exploration-production.
Donc, les grandes entreprises, les majors, tout l'investissement allait à l'exploration-production, pour faire des forages en Guyane ou ailleurs, etc., plutôt que dans la réadaptation de l'outil de raffinage pour qu'il soit adapté à la consommation française. Donc, c'est un secteur qui a vécu le sous-investissement pendant des années, alors que les compagnies faisaient des milliards. Donc, c'est un petit peu les pauvres, entre guillemets, de l'industrie pétrolière. Donc, c'est un secteur qui est en crise et beaucoup de raffineries ont fermé.
Et tous les deux, trois ans, à un moment, on avait une raffinerie qui fermait, ce qui était, pour des régions entières, une tristesse, parce que tu avais des gens qui étaient mis au chômage, mais également les familles qui subissaient ça.
Justement, pourquoi ce secteur, il a été longtemps négligé par les compagnies ?
Parce qu'en fait, la logique actionnariale veut que l'on divise une grande entreprise en entité. Donc, dans un groupe comme Total ou comme Exxon, vous avez l'exploration-production qui génère beaucoup d'argent et plus les prix du pétrole augmentent, plus l'exploration-production devient intéressante. Vous avez l'aval, ce qu'on appelle, c'est-à-dire les raffineries et les stations-services, et vous avez la chimie. Les stations-services, pareil, elles ont beaucoup fermé parce qu'elles rapportent peu d'argent. Pourquoi Total, à un moment, ne payait pas d'impôts en France ? Parce que ces raffineries et sa distribution ne rapportaient pas d'argent.
Mais l'exploration-production rapporte énormément. Donc, chaque fois que le prix du pétrole augmente, et ça, il faut l'avoir en tête, chaque fois que le prix du pétrole augmente, ça devient intéressant d'investir dans le pétrole. Et donc, qu'est-ce qui s'est passé entre 2004 et 2014 ? On a un prix du pétrole qui est passé d'à peu près 20 dollars qui a flirté avec les 150 dollars, ce qui a fait que les compagnies se sont enrichies en milliards et qu'elles ont encore plus investi dans le pétrole. Et ce qui a fait qu'il y a eu la production de pétrole de schiste, de sable bitumineux, etc., de pétrole non conventionnel. Et elles ont délaissé au même moment toute leur raffinerie.
Donc, il faut vraiment se mettre à la place de ces gens. Ces gens ont vu des raffineries fermées à que leur entreprise faisait des milliards. Ces gens ont vu des confrères à eux qui ont fermé boutiques alors que les entreprises faisaient des milliards. C'est ce qui s'est passé ces 10, 15 dernières années. Donc, je comprends qu'aujourd'hui, ils ne veulent plus se laisser faire. Et ça rappelle aussi une chose, c'est que, bah oui, le raffinage, c'est peut-être une industrie qui rapporte moins que l'exploration-production ou qui rapporte moins que la start-up nation, mais c'est quelque chose d'utile. Vous voyez ?
Et donc là, après le Covid, il faut se rendre compte que sur le raffinage, il faut être un peu souverain. Et donc, c'est une partie de l'industrie qu'il faut bien traiter. Et dans ce partage de profits, pourquoi c'est eux les moins bien traités ? C'est la vraie question qu'il faut se poser.
Merci Thomas.
Merci.
Ça y est, le plan de sobriété énergétique du gouvernement a été annoncé la semaine dernière pour nous sortir de cette crise, car on le sait, entre la raréfaction du gaz dû à la guerre en Ukraine et notre système très bien fait qui engendre du coup l'inflation, sans oublier la crise climatique, l'heure est aux économies d'énergie et pas à notre nez, la menace de coupure cet hiver. Donc, le gouvernement, dans son plan de sobriété énergétique, a annoncé viser une réduction de 10% de la consommation d'énergie dans le pays au programme, miser sur la responsabilité plutôt que la contrainte et que les services de l'État soient exemplaires. Chaque geste compte. C'est la campagne du gouvernement.
Refrain assez classique. Bref, il faut limiter son chauffage à 19 degrés, 17 dans les chambres, décaler l'usage des gros appareils pour éviter la coupure pendant les pics de consommation et il y aura même le bonus sobriété pour récompenser les foyers. Sont prévus aussi un bonus pour le covoiturage, 150 millions pour la rénovation des bâtiments publics, couper l'eau chaude dans les bâtiments administratifs, baisser la température dans les bâtiments publics, les gymnases, limiter l'éclairage public, encourager le télétravail ou encore limiter les fonctionnaires à rouler à 110 sur l'autoroute. Il y en a encore d'autres.
On a pu aussi voir nos ministres en col roulé ou en gilet en laine car il fait un peu plus frais maintenant dans les ministères. Bref, alors ça a évidemment suscité pas mal de réactions, des moqueries, de la colère ou encore une indignation face à la déconnexion du gouvernement quand on sait que ces gestes sont déjà appliqués par la plupart des précaires et classes moyennes pour économiser. Thomas, toi, qu'est-ce que tu penses de ces mesures et de ces conseils du gouvernement pour appliquer cette sobriété énergétique ?
C'est exactement ce que tu as dit. C'est-à-dire qu'il y a un tiers des Français, déjà un tiers, donc c'est quand même pas mal, c'est plus de 20 millions, qui vivent tous les hivers comme ça. C'est-à-dire qui contrôlent vraiment leur chauffage, qui mettent des pulls, qui chauffent que les pièces où ils sont et qui éteignent les autres, qui regardent leurs factures parce qu'ils n'ont pas de moyens et qu'ils le disent eux-mêmes, qu'ils ne pourront pas faire plus d'efforts. Vous voyez ? Il y a déjà ça.
Et puis, il y a une autre partie des gens qui sont un petit peu un ventre mou, qui font quand même un petit peu attention, puis il y a une partie qui ne font pas du tout attention parce que ça ne les impacte pas. Et aujourd'hui encore, et on le voit bien dans la carte de consommation qui a été publiée dans un journal, que les plus grosses consommations d'énergie sont dans l'Ouest parisien, là où il y a les gens les plus riches. Donc, plutôt que de donner des conseils comme ça, comme si on était tous sur un même niveau, un pied d'égalité, je pense qu'il faudrait aller donner des conseils à ceux qui ont les moyens et qui consomment énormément d'argent.
Donc, il y a eu ce débat sur le jet privé, mais le jet privé, c'est une personne qui a énormément d'argent et qui consomme énormément d'énergie. Donc là, il faudrait peut-être à celui-là le contraindre. Donc, la vraie question, moi, j'ai du mal avec l'adaptation individuelle parce qu'en réalité, c'est un levier extrêmement faible. Ceux qui ont les moyens, ils ne s'adaptent jamais. Mais jamais, même là, aujourd'hui, je pense que ceux qui ont les moyens ne s'adaptent pas, ils s'en foutent. On dit le blackout, ils s'en moquent. Et ceux qui n'ont pas de moyens sont contraints par leur budget. Donc, l'adaptation individuelle, elle est extrêmement faible.
C'est pour ça qu'il faut que l'État prenne en charge, normalement. Et ce n'est pas les gens qui doivent s'adapter, c'est les structures qui doivent changer.
Et est-ce que notre système énergétique, il n'était pas déjà un peu affaibli par les politiques précédentes ou même par notre gouvernement actuel avant cette crise ?
Complètement. Et c'est ça qu'il faut regarder. En fait, chaque fois qu'il y a une crise, si on demande aux gens de faire des efforts, c'est que rétrospectivement, il y a eu des choix qui ont été très mauvais. Alors, effectivement, c'est une guerre, c'est un point important. C'est une guerre qui touche un gros producteur de gaz, un des plus gros au monde, il faut le dire, un des plus gros producteurs de pétrole au monde également et un des plus gros producteurs de blé avec l'Ukraine. Donc, il y a des impacts, c'est clair. Mais il y a quand même un certain nombre de choix qui n'ont pas été faits.
Dans quelle situation serions-nous si on avait rénové ne serait-ce que 500 000 habitations par an ? 500 000 habitations, c'est ce que prévoit le Grenelle de l'environnement sous Sarkozy. Ça remonte à 15 ans. Voilà. On n'a jamais fait 500 000. Si on avait fait ces 500 000, on aurait peut-être pu se passer du gaz russe. Probablement que oui. Mais on ne les a pas faits. On a toujours fait deux fois moins. Pourtant, c'était le Grenelle de l'environnement. Il y a beaucoup de chercheurs. Moi, je prenais un million de rénovations par an. Un million de rénovations par an, c'était un investissement, certes, de 20 milliards, mais c'est un investissement qui rapporte.
Puisqu'il y a une étude allemande qui montrait que chaque euro investi dans le bâtiment, dans la rénovation thermique des bâtiments, rapportait entre 2 à 4 euros de recettes publiques supplémentaires. Pourquoi ? Parce que ça crée des emplois non délocalisables. Parce que là, vous rénovez sur place. Quand le bâtiment va, tout va. Donc, ça crée de l'activité. Et donc, ça crée des rentrées publiques. C'est ce qui s'est vu dans les rénovations de bâtiments sur fonds publics en Allemagne. Donc, nous, pourquoi on ne l'a pas fait ? On ne l'a pas fait parce qu'il ne fallait pas. Donc, on a fait des crédits d'impôts. On a fait des subventions.
Mais un crédit d'impôt, si tu refais tes fenêtres, c'est 10 000 euros. Donc, tu avances 10 000 euros et tu as un crédit d'impôt après. Qui peut avancer 10 000 euros aujourd'hui ? Voilà. Donc, finalement, vous avez 5 millions de personnes qui ont rénové leur habitation. 5 millions. Tu as 4 millions qui vivent dans des passoires énergétiques qui ne veulent surtout pas les rénover parce qu'ils n'ont pas les moyens. Et puis, tu as 25 millions d'habitations encore qu'ils restent à rénover. Pourquoi on ne l'a pas fait ? Si on l'avait fait, on n'aurait pu là. Là, ce n'était pas nous qui devons économiser. C'est les structures qui auraient permis de moins consommer d'énergie.
Ce qui est une bonne chose. Moins on consomme d'énergie, mieux c'est. La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne consomme pas. Changeons les structures plutôt que de demander aux gens de s'adapter constamment alors que déjà un tiers s'adapte totalement. Donc, il y a un certain nombre de choses comme ça qui font qu'aujourd'hui, on en est là. Il y a aussi les choix énergétiques. Les choix énergétiques, il n'y a eu que des stop and go. C'est la pire des choses. Solaire, on s'est lancé puis on a arrêté. Maintenant, on importe les panneaux solaires de Chine. Le nucléaire, certains voulaient et d'autres ne voulaient pas.
Même les mêmes personnes, parfois, ne voulaient pas et maintenant veulent, comme Macron. Ils ne voulaient pas au premier Macron. Maintenant, Macron, il veut. Mais là, il y a des choix à faire. Qu'on choisisse le nucléaire ou le renouvelable, il faut faire des choix. Voilà. Il faut faire des choix selon la contrainte écologique et également les contraintes financières de durée, des investissements, etc. Le nucléaire, nous arrivons à 37 ans d'âge moyen de nos réacteurs. Là, c'est le choix pour trouver une décision. Qu'est-ce que l'on fait ? Est-ce qu'on met 50 milliards sur la table et on allonge la durée de vie de 10 ans ?
C'est un choix politique qui doit être fait et qui aurait dû être fait beaucoup plus en amont ou est-ce qu'on en sort progressivement en préservant l'équilibre énergétique et les échanges avec les pays européens ? Mais c'est des questions qui doivent être traitées et qui n'ont pas été traitées politiquement. Les gens font des alliances et ils choisissent en fonction des alliances leurs politiques énergétiques. Et ça, c'est très mauvais. Donc, un certain nombre de choix ont fragilisé notre système énergétique et nos modes de consommation d'énergie, ce qui fait qu'un impact exogène, une guerre, fait qu'on tient grâce à nous. Et c'est pareil pour le Covid. Le Covid, l'hôpital était à genoux.
Il y a un Covid qui arrive. Donc, comment on fait ? On doit confiner. C'est grâce à nous. Et la crise de 2008, c'est pareil. Dès qu'il y a une crise, il faut toujours avoir une analyse prospective pour voir ce qui nous amène au fait que nous avons si peu de résistance.
Est-ce qu'il y a des risques d'être totalement dans le noir sans énergie, pour éviter de tout en décider cet hiver ?
Alors déjà, tous les ans, il y a des risques de blackout. Tous les ans. Parce qu'il y a des centrales qui sont parfois à l'arrêt. Il y a des accidents qui font qu'on n'arrive pas à produire plein pot parce qu'il y a des températures parfois qui chutent trop. Donc, les risques de blackout, ils ont toujours existé. D'accord ? Là, effectivement, s'il y a un certain nombre de facteurs qui se met à faire très froid, nous manquons d'approvisionnement en gaz. Vous savez, en fait, dans l'électricité, vous avez un ordre du mérite. Vous avez au début les barrages, ensuite le nucléaire, et ensuite les centrales à gaz et à charbon. Voilà. Donc, quand on est en heure de pointe, on utilise tout.
Quand on est en heure normale, il y a l'énergie de base, le nucléaire. Donc, dans les heures de pointe, s'il se met à faire très froid et qu'on allume un peu trop les chauffages, qu'on allume un peu tout, etc., il est possible qu'il y ait des blackouts parfois. Bon, après, il y a tout un tas de systèmes qui permettent de baisser l'intensité, de le répartir un petit peu sur toute la France et d'éviter les blackouts. Mais chaque année, il y a un risque depuis longtemps. Et pareil, on fait comme si on découvrait ce risque-là. Mais tous les ans, il y a un moment où on nous dit y a-t-il un risque de blackout ? Tous les ans. Vous voyez ?
Comme tous les ans, les urgences des hôpitaux sont prêtes à craquer. Et on le savait. Et on ne fait rien. Et après, il y a le Covid, on se dit ah tiens, elles sont remplies, c'est grave. Voilà. Et là, il y a une guerre. Ah bah tiens, on va manquer d'énergie, c'est grave. Mais tous les ans, on est borderline. Vous voyez ? Et rien n'est fait. C'est ça en fait normalement l'état stratège et la vision stratégique que doit avoir un président ou des présidents et qu'ils n'ont pas eu. Qu'ils n'ont pas eu parce qu'aujourd'hui, la politique, c'est un concours de beauté. C'est la petite phrase que tu sors. C'est le machin et puis après, tu vas faire plein d'émissions.
Et ce n'est pas une vision un petit peu technique et stratégique. C'est ça qui nous manque. C'est ça qui fait qu'à la fin, in fine,
d'être devant le fait accompli et que c'est la politique du court terme, en fait.
Oui, c'est la politique du court terme. Mais il y a même des gens maintenant qui théorisent ça. Il y a un livre de M. Rousseau qui était au cœur de la crise du Covid et qui vient de sortir un livre. Anciennement, il était anciennement communiste. Maintenant, il est chez Macron. Voilà. Mais bon, il a sorti un livre et ce qu'il théorise dans son livre, c'est exactement ça. C'est le fait qu'il faut que l'État soit... Mais c'est n'importe quoi ça. Je veux dire, ce n'est pas ça. Ce n'est pas du tout ça. Il y a toujours quand même si nous avions fait les investissements nécessaires dans l'hôpital, combien de morts nous aurions évité ? Cette question me hantera toujours.
Si nous avions fait les investissements dans les rénovations des bâtiments, est-ce qu'aujourd'hui, on ne pourrait pas se chauffer normalement en consommant moins d'énergie parce que la rénovation aurait été faite ? C'est une question qui va hanter tout le monde. Vous voyez ? Et donc, c'est ça qu'il faut se poser comme question. Il ne faut pas attendre d'être au bord du fossé pour commencer à réagir. Normalement, il faut avoir les alertes, quand on est dans l'énergie, étaient là depuis longtemps. Longtemps. Et d'ailleurs, le patron de DEF l'a dit. Depuis longtemps.
Et à l'hôpital, si on suivait les manifestations et les revendications des gens, les signaux, les alertes étaient là depuis longtemps. Et eux-mêmes avaient interpellé le président de la République à plusieurs reprises. Donc, il ne faut pas faire comme si on découvrait au dernier moment les choses. Les gens savaient, en fait. Et les gens savaient aussi que là, sur l'énergie et sur la rénovation des bâtiments, ça n'allait pas assez vite.
Est-ce que ce n'est pas, malgré tout, une bonne chose que les gens commencent à s'habituer à consommer moins d'énergie, même si les responsabilités sont ailleurs et qu'il faut se méfier de la théorie du colébri qui peut permettre de masquer, en disant que si tout le monde fait un petit geste et de masquer les grandes responsabilités, on est d'accord, mais est-ce que ce n'est pas une bonne chose, malgré tout ?
Moi, à titre personnel, je trouve que c'est une bonne chose. Pourquoi ? Parce qu'en fait, pendant très longtemps, on nous a fait croire que l'énergie était quelque chose d'illimité et c'est le nucléaire aussi qui nous a fait croire ça parce que le nucléaire produit de l'énergie en masse. Donc, si tu produis de l'énergie en masse, tu n'as pas besoin de rénover, tout va bien, tu mets ton chauffage électrique parce que tu as de l'énergie en masse. Donc, ça nous a fait croire que l'énergie pouvait être accessible à l'infini et très facilement. Donc, il fallait faire attention à ça.
Mais moi, je suis pour ça mais ce qui me dérange, encore une fois, c'est quand on fait tout reposer sur l'individu et pas sur les structures. Et c'est tout le temps comme ça. Vous savez, aujourd'hui, il y a des marques de boissons sucrées qui sont tellement puissantes qu'elles peuvent te dire faire la publicité de marquer en bas ne consommer pas trop de sucre. Il y a des marques de vêtements qui sont tellement puissantes qu'elles peuvent te dire n'achetez pas trop de vêtements. Il y a une marque de jeans très puissante qui fait la pub en disant ça, n'achetez pas trop de vêtements. Vous voyez, c'est ça. Pourquoi ils font ça ?
On pourrait dire qu'ils se mettent une balle dans le pied mais non, ils savent très bien. C'est pour ça que ce n'est pas à l'individu de s'adapter. C'est normalement à l'État, le politique, de prendre des mesures pour que les structures, les bâtiments soient mieux rénovés, qu'il y ait plus de transport en commun, justement pour que les gens n'aient pas besoin de prendre leur voiture et ainsi de suite. Ce n'est pas aux gens de dire ne prends pas ta voiture alors que tu vas mettre 3 heures et prends ton vélo. Ce n'est pas des choses comme ça. C'est très limité. Ça peut jouer mais c'est très limité et ça clive aussi les gens entre eux. Ça tend les gens entre eux.
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