Primaire écologiste: l'interview de Yannick Jadot dans Calvi 3D en intégralité
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– Yannick Jadot, bonjour. – Bonjour. – Merci beaucoup d'être avec nous ce soir. Depuis hier, vous avez la victoire modeste. Il faut dire que ce n'est pas vraiment un triomphe. On va regarder les chiffres. Quatre candidats dans un mouchoir de poche et vous devant, mais tout juste. La vraie surprise, c'est votre score. Très loin des attentes et des pronostics. Est-ce que vous osez nous dire ce soir que vous êtes forcément un peu déçu ?
– Non. Non, franchement, vous savez, on m'a tout promis pour cette primaire. On m'a dit que j'allais être découpé en tranches, que j'allais gagner au premier tour. « Je suis au second tour, j'arrive en terre et je trouve qu'en plus, les écologistes ont de quoi être fiers. » C'est une primaire de qualité. Il n'y a pas eu d'invective, il n'y a pas eu d'agressivité. Il y a eu des sensibilités qui se sont révélées pendant cette primaire. Et on voit bien à quel point les uns et les autres sont finalement complémentaires et qu'il faudra aller à la bataille rassemblée, unie.
– Non mais le problème là, ce n'est pas la complémentarité. Le problème, c'est de savoir qui ont choisi pour représenter Europe Écologie-Les Verts à l'élection présidentielle et c'est quelque chose de très sérieux.
– C'est quelque chose de très sérieux. On a des règlements climatiques aujourd'hui qui nous envoient des chocs matin, midi et soir. On a l'effondrement de la biodiversité. Il faut quand même rappeler qu'en 30 ans, on a perdu les deux tiers des insectes, un tiers des oiseaux, on a une forme d'inquiétude, d'anxiété très profonde dans la société par rapport à l'avenir.
– C'est avec ces arguments-là que vous allez convaincre ?
– Ah mais moi, si vous voulez, l'écologie que je porte, c'est une écologie qui ne transige pas avec le climat, ne transige pas avec la biodiversité, parce que c'est nos conditions, même d'existence, qui sont remises en cause.
– Yannick Jadot, ceux qui votent, ils sont déjà convaincus, puisqu'ils sont là, qu'ils participent à votre primaire.
– Mais mon approche, c'est de considérer que nos objectifs sont tellement ambitieux, il va falloir sortir du jetable, du gaspillage, du polluant. Et pour ça, il va falloir que chacune, chacun trouve sa place. On ne va pas changer l'agriculture contre les agriculteurs, même sans les agriculteurs. On ne va pas changer l'économie sans les entreprises. On ne va pas renforcer les protections sociales sans les salariés.
– Pardonnez-moi, mais Sandrine Rousseau dit à peu près la même chose. – Eh bien tant mieux ! – Non, c'est pas vrai. – Comment choisir ?
– Et choisissez celle ou celui dont vous pensez qu'il est capable à la fois d'être intransigeant par rapport à l'écologie, par rapport à la protection de l'environnement. J'ai 30 ans d'écologie. Les combats, je les ai menés en Afrique, en Asie, je les ai menés en France, je les mène au Parlement européen pour gagner contre la pêche électrique avec les pêcheurs, pour combattre les traités de libre-échange. Ces combats-là, je les mène. Mais il ne faut pas simplement mener des combats. Il faut à un moment donné convaincre les Françaises et les Français de venir. Il faut qu'ils soient rassurés. Il faut que les salariés n'aient pas l'impression qu'ils vont être laissés au bord de la route.
– Vous venez de me dire, moi j'ai l'expérience. Donc on comprend très bien ce que ça veut dire en creux face à Sandrine Rousseau. Mais en même temps, il y en a une qui pense qu'il va falloir que vous cravachiez et qu'il va falloir durcir le discours, voire rassurer les adeptes d'Éric Piolle par exemple. C'est Eva Joly qui va voter pour vous, mais qui vous donne ce conseil.
– Pour moi, le candidat le mieux placé aujourd'hui, c'est Yannick Jadot. Il faut aussi que Yannick Jadot entend que c'est dans un mouchoir de poche et qu'il faut qu'il s'adapte à ce qu'ils veulent les écolos, c'est-à-dire qu'ils radicalisent un peu ses positions.
– Radicaliser un peu vos positions extérieures parce que c'est notre débat précédent, j'ai envie de vous dire, l'époque n'aime pas les tièdes, voilà.
– Mais quand on veut, je propose, que chaque euro d'argent public, chaque euro d'argent public par les marchés publics, par le crédit impôt recherche, par tout ce qu'on donne aux entreprises, soit conditionné au climat, c'est-à-dire que chaque entreprise devra avoir une trajectoire pour sortir du carbone, que ce soit conditionné à la justice sociale. Moi, je trouve totalement inacceptable aujourd'hui que, vous savez par exemple, les caissières, les chauffeurs-livreurs, les aides à domicile, les 4,6 millions de salariés qu'on appelle les salariés de deuxième ligne, ils sont moins bien payés, ils ont des statuts plus précaires et ils sont exposés du point de vue de leur santé.
Eh bien moi, je veux qu'on impose des négociations salariales par branche pour augmenter les revenus, pour améliorer les statuts, améliorer les conditions de travail.
Donc, si vous voulez... – Là, vous répondez à Sandrine Rousseau qui dit « Moi, je porte une écologie de gauche ». Mais si, ça ne vous a pas échappé. Elle est en train de vous droitiser. Elle est en train d'essayer de vous droitiser.
Vous l'avez très bien compris. – Je n'ai pas de leçons à recevoir sur la gauche ou sur la radicalité, Yves Calvi. Enfin, quand on gagne sur la pêche électrique, c'est une pratique qui détruit l'environnement, qui détruit nos pêcheurs, qui détruit nos territoires. C'est radical ou c'est pragmatique ? Quand je me bats contre les traités de libre-échange et je suis un des parlementaires au Parlement européen les plus impliqués contre le traité avec le Brésil. Je l'étais déjà avant l'Australie, avant que la France comprenne ce qui se passait en Australie. C'est pragmatique ou c'est radical ?
Quand je fais en sorte que dans notre pays, on défende contre la Chine nos industries photovoltaïques, notre souveraineté numérique, notre souveraineté alimentaire, c'est radical ou c'est pragmatique ? En fait, je crois que ce débat sur radical, pragmatique, les Français s'en foutent. Ce qu'ils veulent, ce qu'ils veulent, c'est qu'on agisse. Non mais ce sont des débats théoriques. Ce qu'ils veulent, ce n'est pas des mots. Moi, l'écologie que je porte, elle agit. Elle agit sur le quotidien des Français.
Vous êtes peut-être un excellent candidat écologiste à l'élection présidentielle. On se demande si vous êtes le bon candidat à la primaire d'Europe écologie les maires. Oui, il y a surtout des maximalistes.
Moi, je crois à la maturité des écologistes aujourd'hui. Vous le voyez dans nos villes, quand nos maires, ils sont en train de redévelopper des transports collectifs, quand nos maires, ils sont en train de rendre nos cantines bio avec de la viande et de l'alimentation locale, quand ils sont en train, parce que le gouvernement a oublié les jeunes, ils sont en train de créer des revenus de solidarité pour les jeunes. C'est radical ou c'est pragmatique ? On s'en fout. La réalité, c'est qu'on agisse, qu'on transforme la vie et qu'on assume la conquête du pouvoir, qu'on assume de gouverner ce pays. C'est ça, la grande transformation.
C'est ma ligne politique qui a réussi à mettre l'écologie au cœur du paysage politique avec les élections européennes. C'est sur ma ligne politique qu'on a gagné des mairies. C'est ça qu'il faut poursuivre.
C'est un féminisme qui est au cœur de quasiment chacune des interventions de Sandrine Rousseau. Est-ce que c'est un combat que vous portez ? Bien sûr. Est-ce que vous estimez que notre système jette le corps des femmes ? Notre système jette le corps des femmes. Ces propos sont ceux de Sandrine Rousseau.
Quand on a dans notre pays près de 90 000 viols par an, quand on a dans notre pays 200 000 actes de violence intrafamiliales, quasi exclusivement contre les femmes, quand on a près de 80 féminicides déjà cette année, on a un problème dans notre pays sur les violences faites aux femmes. Quand, dans notre pays, on n'a toujours pas l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, oui, on continue à avoir un problème. Et notre responsabilité... On a l'exemple de l'Espagne. Ils ont mis un milliard sur la table pour faire de la prévention, pour qu'il y ait des magistrats, des policiers qui soient spécialisés, pour qu'on intervienne dans les entreprises.
Eh bien, ils se donnent les moyens d'agir. La France ne se donne pas les moyens d'agir avec les écologistes.
Donc ce que j'appellerais l'écoféminisme, vous signez.
Mais je signe évidemment le combat pour la protection des femmes. Je signe le combat pour l'égalité entre les femmes et les hommes dans notre pays, comme je signe tous les combats contre les discriminations qui nous abîment. Regardez dans les banlieues. On a une jeunesse incroyable dans les banlieues, dont la plupart des responsables politiques ont peur. Non. Cette jeunesse, elle est créative, elle est énergique, elle est diverse comme aucune autre jeunesse. Mais les gouvernements en ont peur, alors qu'il faut lui donner sa chance. Eh bien moi, cette jeunesse-là, j'ai envie de la mettre au cœur, de mettre toute sa richesse au cœur de notre pays et de la politique.
Il n'y a pas de leader naturel, disait ce matin Barbara Pompili face à Jean-Jacques Bourdin. C'était bien entendu sur BFM TV et sur RMC. On l'écoute.
Les Verts ne sont toujours pas pris clairement à gouverner. Avec des scores d'ailleurs qui sont très serrés et qui montrent qu'ils n'ont pas de leader naturel. Yannick Jadot n'a pas la dynamique qu'il pensait avoir. Et puis un score très fort de Sandrine Rousseau qui est quand même plus qu'un peu déconnectée de la réalité.
Les Verts ne sont pas prêts à gouverner. Ils n'ont pas de leader naturel.
Écoutez, moi, c'est la ministre de l'Environnement. Oui. Il y a trois jours, le président de la République a autorisé l'abattage de 113 500 oiseaux protégés par la loi. Il a donné à un lobby de cruauté, parce que ces chasses-là sont éminemment cruelles, il les a données à 113 000 oiseaux. Alors que la ministre de l'Environnement défende la biodiversité, que la ministre de l'Environnement se batte pour le climat, pour la fin du plastique. Vous savez, quand je propose par exemple la baisse de la TVA sur les produits réparables, sur les produits recyclés, sur les produits de circuit court. Les écologistes en Suède l'avaient obtenu.
Réduire par deux la TVA sur les produits qui nous font du bien et on augmente. Ça, c'est agir. Et ça se traduit dans la vie quotidienne. Ça se traduit dans le pouvoir d'achat des Françaises et des Français. Ça se traduit dans la protection de la planète. C'est ça qu'il faut faire. C'est ça qu'elle devrait faire plutôt que de commenter l'ancienne famille politique qu'elle a désertée.
– Justement, parlons-en de cette famille politique. Il y a une faute en quelque sorte originelle qui vous a été souvent reprochée. On pourrait dire d'ailleurs, a posteriori aussi, qui est de vous être allié à Benoît Hamon en 2017. Est-ce que vous nous garantissez, si vous devenez le candidat d'Europe Écologie Les Verts à cette élection présidentielle, qu'il n'y aura aucun ralliement, j'insiste, de premier tour ? On ne va pas vous retrouver derrière Anne Hidalgo, je le formule autrement.
– En 2017, j'ai démontré que mes idées, la cause de l'écologie, passaient bien avant ma personne. Parce qu'à ce moment-là, il y avait un candidat socialiste qui sortait de sa primaire, qui reprenait le programme écolo, mais il était issu de la primaire socialiste, et ça n'a pas marché comme on l'avait souhaité.
– Non, et ça s'est fait sans consultation des militants, que je sache ? – Bien sûr que si. – Ah bon ? De quel ordre ?
– Les militants ont voté à 80% pour ce ralliement. – A posteriori ? – Mais non, les militants ont validé, mais vous pensez bien que quand on a rallié, on avait négocié un contrat, on avait négocié un programme, tout avait été fait. Maintenant, pour l'élection d'aujourd'hui…
– Vous vous souvenez de l'histoire de Benoît Hamon ? Vous auriez fait beaucoup plus si vous aviez maintenu votre candidature ?
– Je ne sais rien, on ne refait pas l'histoire, on ne refait pas l'histoire. Ce que je sais aujourd'hui, c'est que le paysage politique, notamment dans le camp du progrès, dans le camp de l'humanisme, il se reconstruit autour de l'écologie. que c'est le seul projet qui affronte, qui fait face avec détermination, conviction et avec des réponses aux enjeux du climat, de la santé, de la biodiversité et qui fait de ces grands défis des opportunités pour relocaliser notre économie, des opportunités pour protéger nos terroirs, notre patrimoine culturel, notre patrimoine naturel. Et c'est ça que nous allons porter. Et c'est forcément la candidature écologiste.
Les socialistes ont trop dansé autour de l'écologie. Quand même, ils ont gouverné 5 ans dans les 10 dernières années.
– Et vous ne croyez pas l'engagement d'Anne Hidalgo ?
– Mais écoutez, Anne Hidalgo est la candidate du Parti Socialiste. Nous, nous faisons un débat. Elle refuse le débat même au sein de sa famille politique. Nous, nous faisons un débat devant les Françaises et les Français sur ce qu'est l'écologie. Mais reconnaissez que dans les 5 camps où les socialistes ont gouverné, c'était à 4 ans et demi. On ne s'est pas réveillés le matin en se disant « Waouh, sur l'écologie, ça avance. Waouh, sur les conquêtes sociales, ça avance. Waouh, sur la démocratie, ça avance.
» Alors qu'on ne vienne pas nous dire aujourd'hui que le logiciel le plus puissant pour régler les problèmes de la planète, comme de notre société, comme de l'économie, comme du social, c'est le logiciel socialiste, c'est le logiciel écologiste.
Jean-Luc Mélenchon a-t-il raison de débattre avec Éric Zemmour jeudi sur BFM TV ? Et est-ce que vous seriez, vous, prêt à le faire ?
Non.
Débattre avec Zemmour ?
Non. Pour moi, aujourd'hui, M. Zemmour est un pur produit médiatique. C'est sa construction personnelle. Il est un produit médiatique. Il n'est même pas le candidat. Il n'est même pas candidat à l'élection présidentielle. Et c'est quoi les débats ? Est-ce qu'on rétablit la peine de mort ? Est-ce que Pétain était un résistant ? Est-ce qu'il faut interdire des prénoms dans notre pays ? Mais c'est totalement hallucinant. Ce débat est immonde, d'une certaine façon. Ça ne correspond en rien aux priorités, aux préoccupations des Français. Il ne faut pas le contredire ou l'affronter. Jean-Luc Mélenchon, il y a trois jours, disait qu'il ne faut absolument pas débattre avec Zemmour.
Puis finalement, vous savez, en langage un peu de communication, on appelle ça gratter le buzz. C'est-à-dire qu'en fait, il voit une bulle médiatique avec Zemmour. Il se dit peut-être que ça va m'aspirer un peu dans ma campagne. Je pense que c'est une faute politique. Ça ne va absolument pas concerner les Françaises et les Français. Et je pense que c'est donner du crédit aux thèses d'Éric Zemmour qui sont franchement détestables.
Un oui, un non. Quand il sera candidat, vous accepterez de débattre avec lui ?
Vous n'allez pas l'ignorer. Quand il rentre dans la cour de la politique qui s'assume en candidat, alors on ne sait même pas si c'est une tournée de promo de son bouquin ou si c'est une tournée médiatique ou s'il va être candidat à l'élection présidentielle. Franchement, ce n'est pas sérieux.
Votre première décision...
Vous vous rendez compte que tout le monde parle de Zemmour quand la première préoccupation des Français, c'est leur pouvoir d'achat et c'est la protection de l'environnement ?
Justement, votre première décision, si vous êtes élu président de la République, votre première décision, vous ne me lancez pas dans une fraise, vous me dites voilà ce que je décide.
J'ai dit qu'on engageait la sortie de l'élevage industriel. Vous avez vu les vidéos d'Alle 214. C'est cet élevage-là où les animaux ne voient jamais l'extérieur. Ils sont traités dans des conditions abominables.
Ça, c'est une préoccupation majeure chez les Français, vous le pensez sincèrement ? Que ça nous touche et que ça nous émeuve.
Non, non. Je pense que changer de modèle agricole pour qu'on ait des paysans qui vivent décemment, pour qu'on protège l'environnement, qu'on ait le pays de la bonne bouffe, on est le pays de la gastronomie, on n'est pas obligé d'organiser la malbouffe matin, midi et soir. Que chaque famille, chaque maman, chaque papa pense à ce que va manger son enfant le lendemain à la cantine. Pense à avoir des campagnes où il y a des paysans, où il y a des animaux, où il y a de l'élevage, où tout le monde vivait. Eh bien, c'est le levier pour sortir de l'inacceptable et pour produire une alimentation et une agriculture de qualité.
Merci Yannick Jadot. Rendez-vous donc le 28 septembre puisqu'il s'agit du dernier jour de vote pour ce second tour des écologistes.
Yannick Jadot