Dissolution de l'Assemblée, le coup de poker d'Emmanuel Macron - Yaël Braun-Pivet est l'invitée des 4V du 10 juin 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Tout de suite, Les 4 V. Thomas, vous recevez ce matin la présidente de l'Assemblée nationale, Yael Brunpivet.
Bonjour et bienvenue dans Les 4 V, Yael Brunpivet. Bonjour. C'est donc la présidente d'une assemblée dissoute que je reçois ce matin. J'ai décidé de redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale sur les mots d'Emmanuel Macron hier soir à 21h. On votera donc les 30 juin et 7 juillet prochains. Cette dissolution, est-ce que vous la comprenez ?
Je la comprends parce qu'il est important toujours de regarder la situation en face et d'écouter ce que nous disent les Français. On nous dit trop souvent qu'on n'entend pas, qu'on est coupé du peuple. Et là, le président a pris une décision suite à un vote très clair des Français. Il n'y avait pas d'autre choix. En cela, je la comprends. Après, il n'y avait pas d'autre choix. Il y a toujours d'autre choix. Moi, je considère qu'il y a toujours différents chemins qui s'offrent à nous. Vous savez que moi, je suis une fervente partisane des accords, des ententes, des recherches de compromis, de consensus.
C'est ce que j'ai essayé de faire pendant deux ans à l'Assemblée nationale avec des forces politiques dissemblables. Et donc moi, je pense qu'il y avait un autre chemin qui était le chemin d'une coalition, d'un pacte de gouvernement. Le président de la République a estimé en conscience que ce chemin n'existait pas. Il a pris ses responsabilités et je prends acte de cette décision, évidemment.
Je voudrais vous faire entendre ce que disait Raphaël Glucksmann hier soir.
Emmanuel Macron a obtempéré aux exigences de Jordan Bardella. C'est en fait le Rassemblement national qui fixe désormais le tempo de la vie politique française. Rien ne l'y obligeait. C'est un jeu extrêmement dangereux avec la démocratie et les institutions. Et donc moi, je suis estomaqué par un tel comportement.
– Raphaël Glucksmann estomaqué, est-ce que c'est le Rassemblement national qui fixe le calendrier qui a pris la main déjà ?
– Non, absolument pas. La dissolution, c'est vraiment une prérogative du président de la République. Après, moi, ce qui m'a frappée hier soir, ce sont l'ensemble des réactions des forces politiques. C'est-à-dire que lorsque l'on regardait les plateaux, vos plateaux mais les autres, tout le monde s'écharpait à nouveau. Tout le monde se renvoyait dos à dos les responsabilités. Personne n'est responsable de rien et chacun se remet à cliver le pays. Moi, vous savez, je ne fais de la politique que depuis 7 ans. Je suis une femme, je suis citoyenne, je suis mère de 5 enfants. J'ai décidé de m'engager parce que je pensais qu'on allait faire différemment.
Je pensais qu'on allait réussir à réunir les énergies pour pouvoir avancer dans le sens de l'intérêt général. – Ça s'est raté, c'est un échec ? – Eh bien, ça s'est raté. Ça s'est raté parce qu'on voit que ce que disaient justement ces responsables politiques hier sur les plateaux montre bien qu'on n'arrive pas en France à dépasser ces querelles partisanes, à dépasser ces idéologies de partis pour essayer de penser ensemble à l'avenir de notre pays. Et ça, ça me rend triste parce que, je vous dis, je suis mère de famille, j'ai 5 enfants. Hier, je discutais avec mes enfants de ce qui s'est passé. Et on doit leur construire leur avenir.
C'est comment on va travailler demain, dans quel monde on va vivre, quelle écologie pour demain, quelle planète on va leur laisser. Et pour ça, pour ces enjeux-là, moi je pense qu'il faut qu'on soit ensemble. Mais c'est pour ça que moi je pense que ça suffit, les querelles de partis. Il faut qu'on arrive à construire ensemble pour penser l'avenir de notre pays.
– En attendant.
– En attendant.
– En attendant, il y a des élections législatives qui arrivent dans moins de 3 semaines. Est-ce qu'il y a un moyen plus simple encore d'ouvrir grande les portes de Matignon-Rennes que cette dissolution ? Est-ce que ce n'est pas un tapis rouge pour Jean-Dane Bardella, pour Marine Le Pen, cette dissolution ?
– Jamais de la vie, jamais de la vie parce que…
– Est-ce que vous pensez que vous allez gagner ?
– Ce que je pense, c'est qu'il y a un chemin à montrer aux Français. C'est ce que veut le président de la République, c'est ce que la majorité essaiera de faire, la majorité réunie. Le président de la République, pour pouvoir engager la France sur les bons rails, a besoin d'une majorité solide, mais une majorité qui va devoir se constituer, se reconstruire.
– Et comment vous allez faire alors que votre candidate a fait moins de la moitié du score du Rassemblement national ? Il y a moins, il y a deux semaines de campagne, comment vous allez faire ? C'est quoi la méthode ?
– Mais c'est pour ça que, à nouveau, moi je vous dis, je ne crois pas en l'hégémonie d'un seul parti, et je ne le souhaite pas, pour être très franche.
– Vous dites quoi ? Vous dites mettons-nous autour de la table avec LR, avec qui ?
– Moi, mais c'est ce que je dis depuis deux ans, et c'est pour ça que je suis rentrée en politique il y a sept ans, parce que je pense qu'on n'a jamais raison tout seul, et qu'on a besoin de coopérer avec les autres, de coopérer avec le Sénat, avec le président du Sénat, coopérer avec les LR, et coopérer avec également les socialistes, les écologistes. Moi, j'en ai marre de cette vie politique, où on se renvoie continuellement la responsabilité des échecs, où on considère qu'on a raison à soi tout seul, ce n'est pas celle-là que moi je souhaite fermer dans la paix.
– Est-ce qu'Emmanuel Macron a trop pensé qu'il avait toujours raison tout seul ? Est-ce que c'est une de ses faiblesses ?
– En tout cas, la faiblesse, c'est de ne pas avoir réussi à engager le pays sur cette voie de la coopération des différents partis. C'était l'essence même du dépassement qui a été imaginé en 2017 par le président de la République, qui nous a réunis et qui a réuni les Français, parce que les Français se sont retrouvés derrière cette idée de dépassement et de nouveaux visages pour des nouveaux usages. Force est de constater qu'on n'a pas réussi cela, mais je pense qu'il n'est pas trop tard, il n'est jamais trop tard.
– C'est quand même curieux d'avoir dit pendant des semaines, pendant la campagne, que ce qui se passait en Europe restait en Europe, en gros, que ça n'aurait pas de conséquences nationales encore en fin de semaine, et pour, au final, annoncer une dissolution. Quelle est la cohérence de tout ça ?
– Écoutez, il faudra le demander au président de la République. Moi, je pense une seule chose, c'est que lorsque l'on est responsable politique, le fait de revenir au peuple, c'est très sain. C'est très sain. Vous savez, moi, je plaide depuis longtemps pour plus de référendums, plus de participation citoyenne. Les citoyens ont besoin d'être entendus. Et donc, là, ils vont être entendus pour les législatives. J'espère qu'ils donneront une majorité cohérente pour diriger le pays, loin des extrêmes, parce que les extrêmes ne font que nous diviser. Et là où nous, où moi, je souhaite rassembler…
– Vous n'avez pas toujours besoin d'eux pour vous diviser, si je peux me permettre.
– On n'a pas toujours besoin d'eux, mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'eux, ils divisent les Français. Ils les dressent les uns contre les autres. Et ça, c'est pire que tout.
– Vous l'avez appris quand, vous, cette dissolution ?
– Hier soir, lorsque j'ai été consultée par le président de la République…
– C'est-à-dire que ce n'était pas prévu, ce n'était pas anticipé ?
– Écoutez, peut-être que c'était anticipé dans son esprit, mais en tout cas, moi, j'ai été consultée, tel que l'exige la Constitution, hier soir à l'Élysée.
– Donc le minimum ?
– Ce n'est pas le minimum ou le maximum, c'est ce qui est prévu par les textes. Et vous savez que moi, je suis extrêmement attachée au respect de nos textes, de nos institutions, de l'État de droit. Vous savez, la démocratie, c'est notre bien le plus précieux. Et cette démocratie, elle ne peut pas fonctionner sans les citoyens. Et vous savez, on parle de la grande avance du Rassemblement national. Mais hier, quel est le camp qui a le plus rassemblé nos citoyens ? Le camp d'abstention, toujours et encore le camp de l'abstention. Et donc il faut aussi que nos concitoyens, tous collectivement, se réveillent et se rendent compte que la démocratie est en danger.
C'est notre bien précieux, il faut la protéger, donc il faut aller aux urnes.
– La démocratie est en danger aujourd'hui, ce matin ?
– Oui, parce qu'on le voit, les populistes ont gagné ou en tout cas ont progressé dans l'Europe entière. Et lorsque les populistes sont au pouvoir, c'est l'État de droit qui est menacé. Et donc oui, évidemment, la démocratie est en danger lorsque les populistes gagnent.
– Votre allié du MoDem, François Bayrou, a dit hier qu'il appelait une refondation. Ça veut dire quoi, une refondation ?
– La refondation, c'est, je pense, ce qu'on a essayé de faire en 2017.
– C'est tout ce qui n'a pas marché depuis 7 ans ?
– Ce n'est pas tout ce qui n'a pas marché. Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui ont marché. On a fait beaucoup de choses pour le pays, beaucoup de transformations, beaucoup de progrès importants. la réussite sur le chômage, sur la réindustrialisation, le retour d'une certaine souveraineté économique, sanitaire, etc. Donc il ne faut évidemment pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'a pas réussi à réinventer la vie politique. Moi, c'est pour ça que je me suis engagée à nouveau.
Et donc réinventer la vie politique, c'était une dose de proportionnelle pour justement favoriser les coalitions, la fin du cumul des mandats, le non-cumul dans le temps, avoir plus d'oxygénation de notre vie politique, des référendums plus fréquents, etc. Tout ça, on n'a pas fait. Donc il faut le faire.
Quel rôle, vous, voulez jouer dans cette refondation ?
Écoutez, le rôle d'une citoyenne qui s'est engagée il y a 7 ans parce qu'elle croyait qu'elle avait un rôle à jouer et que nous avions besoin et nous avons besoin de bâtir une nation d'engagés. Donc je ne sais pas quelle place je dois prendre. En tout cas, vous avez envie de continuer à vous battre. Et en tout cas, j'aurais toujours, évidemment, ce même engagement.
Le Renaissance décidera demain des investitures pour les législatives. Est-ce que vous serez candidate, vous, dans votre circonscription ?
Je réfléchis. Je réfléchis parce que je pense que la situation est grave et qu'il faut se battre pour de bonnes raisons, pour une bonne cause. Donc vous doutez ce matin de votre candidature ? Je doute, mais j'y réfléchis parce que ce sont des choses extrêmement sérieuses, extrêmement graves. Il en va de l'avenir de la France, il en va de l'avenir de la démocratie, il en va de l'avenir de nos enfants. Est-ce qu'on est capable aujourd'hui de donner un nouvel espoir ?
Ce n'est pas quand c'est grave qu'il faut prendre ses responsabilités.
Justement, mais il faut les prendre avec gravité, donc après réflexion. Et donc c'est dans cette réflexion que je suis aujourd'hui.
Juste un mot. Stéphane Séjournais a dit hier que la majorité ne présenterait pas de candidats aux élections législatives contre des députés sortants faisant partie du champ républicain. C'est quoi le champ républicain ? Parce qu'on ne comprend plus.
Vous savez bien que moi, je n'ai jamais parlé de champ républicain. Pas de compte du parti dont vous êtes élus. Oui, mais j'ai toujours considéré, moi, en tant que présidente de l'Assemblée nationale jusqu'à hier soir, que les 577 parlementaires qui siégeaient à l'Assemblée nationale étaient dans le champ républicain à partir du moment où ils avaient été élus par les Français. Après, comme je vous le disais, moi, je souhaite qu'il y ait des accords et des coalitions les plus larges possibles pour pouvoir apporter un vrai projet pour la France.
Et donc, savoir que l'on peut travailler, comme je le fais, au quotidien à l'Assemblée nationale, avec des socialistes, avec des écologistes, avec des républicains, c'est exactement la façon dont je veux faire de la politique.
J'ai encore deux toutes petites questions qui sont un peu de cuisine institutionnelle, mais vous êtes toujours la présidente de l'Assemblée nationale. Que se passe-t-il pour les textes qui étaient en débat ces jours-ci ? On pense notamment aux textes très importants sur la fin de vie. Tout ça est stoppé ?
C'est ce qui me chagrine le plus, parce que c'est stoppé, le texte sur la fin de vie, tout ce que l'on a fait jusqu'à présent comme chemin parlementaire, est anéanti. Moi, j'ai présidé la plupart des séances. On disait souvent que l'Assemblée nationale, c'était le bordel. Eh bien, je peux vous dire que les débats sur la fin de vie ont été d'une dignité, d'un respect absolu.
Mais là, toute activité de l'Assemblée s'arrête nette, là.
Donc, il n'y a plus aucun texte, plus de questions au gouvernement, plus d'activité de l'Assemblée nationale. On assure les affaires courantes. Et le texte sur la fin de vie, eh bien, devra être redéposé par un nouveau gouvernement. Et tous les débats qui ont eu lieu en commission spéciale et dans l'hémicycle n'existent plus.
Merci beaucoup. Il y a le bon de privé d'être venu dans les 4V. Bonne journée à vous.
Merci à vous. Merci.
Merci à tous les deux. Il y avait un autre chemin que celui de la dissolution. Il y avait la coalition, il y a le bon de privé qui appelle à coopérer avec les Républicains. Merci aussi à Frédéric Chevalier pour la traduction. A tout de suite.
C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
Yaël Braun-Pivet