"À LA FIN, LES FRANÇAIS VONT RENVERSER LA TABLE" - YANNICK JADOT
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À l'instar des autres candidats à l'élection présidentielle, Yannick Jadot peine à décoller dans les enquêtes d'opinion. L'irruption de Christiane Taubira n'a pas arrangé les choses. Pourtant, le programme des écologistes n'a jamais été autant en phase avec les urgences de la planète. Pour le candidat, ce faux plat n'est que temporaire. Les Français vont bientôt s'approprier la campagne. Yannick Jadot est certain que la pertinence de ses propositions fera alors pencher la balance en sa faveur. Il nous explique pourquoi, depuis son quartier général, dans le 9e arrondissement de Paris. Yannick Jadot, bonjour. Bonjour.
Le président de la République hier a fait un certain nombre d'annonces importantes. Il veut renouer le fil de la grande aventure du nucléaire. Et donc, il a annoncé trois choses. La prolongation de tous les réacteurs qui peuvent durer au-delà de 50 ans. C'est le grand carénage version XXL. La construction de six EPR de nouvelle génération, sachant que ceux de l'ancienne génération ne fonctionnent pas. On peut dire ça. Et la mise en chantier de huit autres avant 2050. J'imagine quand même que vous avez dû bondir sur votre chaise. On s'y attendait.
On sait à quel point Emmanuel Macron, depuis des années, défend le nucléaire. Il le défend contre la raison. Puisqu'aujourd'hui, en France, si on a des problèmes d'électricité et de factures d'électricité, c'est qu'on a 11 réacteurs à l'arrêt. Donc, les plus récents, ce qui est quand même très inquiétant. On sait que pour défendre le nucléaire en France, il a fait alliance au niveau européen avec la Pologne du charbon et la Hongrie du gaz. Donc, on voit bien que la défense du nucléaire n'est pas une défense pro-climat. Puisqu'au contraire, la Pologne et la Hongrie sont parmi les pays qui combattent l'ambition européenne sur le climat.
Et puis surtout, sans aucun débat, en tant que candidat, il veut, au fond, enfermer la France pour le reste du siècle dans le nucléaire. Parce que qu'est-ce qu'il dit ? Vous avez des problèmes de factures d'énergie, on a un problème de climat. En fait, moi, j'investis pour avoir des réacteurs en 2040-2045, au mieux. Donc, en fait, ils ne s'occupent pas du tout des Français ni du climat aujourd'hui, avec des réacteurs qui vont durer 50-60 ans. Donc, jusqu'à la fin du siècle. Donc, on est là, dans un dogmatisme qui enferme la France, à la fois l'empêchant d'investir massivement sur les économies d'énergie, l'empêchant d'investir massivement sur les énergies renouvelables.
Vous savez que la France est le seul pays européen, le seul pays européen qui n'a pas atteint ses objectifs obligatoires en matière d'énergie renouvelable. Et qui nous met dans une situation extrêmement inquiétante, y compris pour Edef, parce que ce sont des dizaines de milliards d'euros d'investissements publics. On a un EPR aujourd'hui, un seul en France. C'est l'EPR de Flamanville. Qui devrait entrer en service ? Début des travaux 2004. Il devait entrer en service en 2012. Et il devait coûter aux Français 3,3 milliards. On est en 2022, même si ce ne sont pas les écolos qui passent, de toute façon, il n'entrera pas en fonction avant 2024, 2025, au mieux.
Selon la Cour des comptes, on est déjà à 20 milliards. 17 milliards de surcoûts. 17 milliards de surcoûts. C'est considérable. Et la leçon que tire le président de la République d'un fiasco, c'est pas « on fait autre chose », puisque maintenant on peut faire soit du nucléaire, soit des énergies renouvelables. Il dit « moi, d'un fiasco, je veux en faire 6 ou 14 ». C'est totalement absurde. Et donc, moi, je souhaite, évidemment, tant que candidat écologiste, et si les Français le décident, président de la République, que, comme les autres grands pays, nous investissions évidemment sur les économies d'énergie, c'est ce qui protège le pouvoir d'achat.
On déploie les énergies renouvelables, et puis progressivement, au fur et à mesure qu'on aura déployé les énergies renouvelables, on ferme les réacteurs nucléaires les plus vieux ou les plus fragiles, les plus vulnérables, par exemple au dérèglement climatique.
Donc vous voulez en fermer, je crois, une dizaine d'ici 2035, c'est ça ? C'est la loi.
Vous savez qu'en fait, ce qui est totalement dingue dans notre pays, c'est qu'en matière de nucléaire, on est en permanence dans la décision d'un seul, du président de la République. On a quand même… Alors, il faut juste un petit rappel. Quand, dans les années 70, la France choisit le nucléaire pour faire face au premier choc pétrolier, on dit nucléaire contre pétrole, on demande à EDF, aux ingénieurs, de venir avec un projet nucléaire. Ils viennent avec une trentaine de réacteurs. Et c'est le président Giscard d'Estaing qui dit « Pourquoi 30 ? Allons-y, faisons-en 50. » Décision seule du président de la République avec le lobby nucléaire.
En 2008, le président Sarkozy qui va au Creusot, à ArcelorMittal, et qui, devant les salariés, dit « On fera un deuxième EPR à Panlis, sans concertation avec personne. » Et là, c'est encore le président de la République, en campagne électorale, à la fin de son mandat, qui dit 6 ou 14 réacteurs, alors qu'on a une loi de transition énergétique, qu'on a une programmation pluriannuelle des investissements dans le secteur de l'énergie, que selon la loi, c'est au Parlement de décider, et le président décide seul d'un élément essentiel qui nous engage pour l'ensemble du siècle. Tout ça n'est pas responsable.
Mais alors, est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe dans la situation présente, qui est que, finalement, la prise de conscience par l'opinion de l'urgence climatique a finalement ramené les Français vers la solution nucléaire en se disant « C'est l'énergie décarbonée par excellence, elle n'est pas soumise aux variations du coût de l'énergie, ça peut durer longtemps, et ça nous permet d'être à l'abri, d'avoir une électricité relativement bon marché, parce que les besoins, en plus, vont augmenter. » On est tous d'accord.
On est tous d'accord, un, que comme on va électrifier une bonne partie de nos processus de production, je pense par exemple à la sidérurgie, on va électrifier nos usages, les voitures, notamment la voiture électrique, on va avoir besoin de plus d'électricité. Et il y a différents scénarii qui sont sur la table, avec des scénarii où on essaie quand même de réduire nos consommations, notamment dans nos logements, c'est quand même une bonne nouvelle quand on peut économiser 600-700 euros par an de chauffage, mais on va avoir besoin de plus d'électricité. Et là, qu'est-ce que nous disent tous les experts, y compris RTE, l'ADEME, comme les experts européens ?
On a le choix entre un scénario nucléaire, on a le choix avec un scénario renouvelable, y compris 100% renouvelable. Donc en fait, ce n'est pas un problème de possibilité technique, c'est un choix politique. Aujourd'hui, le nucléaire d'Emmanuel Macron, celui qui propose ses EPR, je l'ai dit, c'est l'EPR qui n'est toujours pas installé, qui pose des problèmes en Chine, c'est 20 milliards. Il sort une électricité deux fois plus chère que les renouvelables que je propose. Et surtout, il le fait dans un temps pour le climat qui est totalement déconnecté. Vous savez que le président de la République a été condamné deux fois par les tribunaux français pour inaction climatique.
Et ce que propose le président de la République, ce n'est pas d'agir maintenant, comme le disent tous les scientifiques, sur le climat. Il ne propose pas d'agir immédiatement pour produire de l'électricité pas chère pour les citoyens et baisser leurs factures. Ce qu'il propose, c'est de se revoir en 2040-2045. C'est irresponsable. Moi, non plus. En tout cas, on ne sera pas autour de cette table. Il ne nous propose pas, si vous voulez, encore une fois, d'agir pour les Français et pour le climat. Il sert le lobby du nucléaire, mais je voulais faire le lien avec le lobby du pétrole. Vous voyez bien comment la politique énergétique française s'organise.
On a d'un côté le lobby du nucléaire et de l'autre le lobby du pétrole. Ils vont tous bien, et de l'autre, très mal, parce que le nucléaire aujourd'hui est un fiasco économique. Et de l'autre côté, on a le pétrole qui vit très, très bien, avec Total, qui fait 15 milliards de bénéfices sur le dos des consommateurs européens, mais surtout sur le dos du climat.
Mais il ne dit pas non, quand même, aux énergies renouvelables. Il veut multiplier le solaire par 10 d'ici 2050. Il veut doubler l'éolien terrestre. Il veut 50 parcs éoliens en mer. Alors, pour l'instant, il n'y a qu'une seule éolienne en mer, aujourd'hui.
Exactement. C'est assez extraordinaire. C'est que le président sortant, qui nous explique tout ce qu'il va faire de bien dans le prochain quinquennat, s'il est réélu. Mais, comme vous l'avez dit, on a une éolienne offshore, qui est en plus une éolienne expérimentale. J'ai eu la chance de la visiter. Il y en a 5400 en mer du Nord. C'est-à-dire que tous nos voisins ont massivement investi. Souvenons-nous quand même qu'on a la deuxième façade maritime du monde. Et on en a une seule. Et en plus, comme vous le savez, Emmanuel Macron a vendu aux Américains, en vendant Alstom à General Electric, il a vendu la seule entreprise française qui travaillait sur l'éolien. Là, il a racheté le nucléaire.
Ce qui est terrible, c'est qu'il y a toujours la promesse des énergies renouvelables. Il fait la promesse des énergies renouvelables. Hollande, avant, le faisait. Sarkozy le faisait. Ils font toujours la promesse d'investir dans nos logements pour qu'ils consomment moins. La réalité, c'est qu'à un moment donné, au regard du gouffre financier qu'est le nucléaire, c'est qu'on ne fait que du nucléaire. Le modèle, encore une fois, d'Emmanuel Macron est un modèle qui nous emmène dans le mur est un modèle qui n'agit pas, est un modèle qui, en plus, il raconte quand même pas mal de balivernes, le président de la République. À lesquels ?
Par exemple, un, quand il prend les scénarios de RTE, il dit, moi, je fais un scénario sobriété, et il met un niveau de consommation électrique qui n'est dans aucun des scénarios de RTE. Il y a un supérieur ? Très au-dessus. On va consommer énormément. Deuxièmement, il dit, avec les écolos, c'est 40 000 éoliennes en 2050. C'est faux. S'il travaillait un peu avec les entreprises de l'éolien, on passerait de 9 500 aujourd'hui à 12 000. Pourquoi est-ce qu'on installe aussi peu de nouvelles éoliennes ? C'est parce qu'il y a 10 ans, quand on installait une éolienne, elle faisait 2 mégawatts, l'éolienne, quand elle tourne, de mégawatts. Aujourd'hui, vous les installez, elles font 6.
Et en fait, en changeant les éoliennes anciennes pour les éoliennes nouvelles, plus performantes, eh bien, ça nous permet d'éviter le problème d'acceptabilité sur le territoire. Voilà, il y a une opposition des riverains, souvent. Il y en a. Alors, vous savez que dans toutes les enquêtes, les riverains, y compris ceux qui ont des éoliennes à côté, sont très contents. D'ailleurs, quand vous regardez les pubs des enquêtes de l'entreprise de l'énergie, ils mettent jamais une centrale nucléaire, ils mettent jamais, Total mettra jamais, l'extraction du pétrole en Afrique avec l'environnement sacrifié et les populations martyrisées. Ils mettent toujours des panneaux solaires et des éoliennes.
Si franchement, l'éolien, personne n'en voulait, ils n'en feraient pas leur pub. Mais ce qu'il faut, c'est que ce soit discuté avec les populations. Et dernier point, le président de la République, le 18 juin 2021, il a poussé l'armée ou il a donné à l'armée le fait d'étendre les zones de non-possibilité d'éolien de 30 à 70 kilomètres des radars. Ça n'existe nulle part en Europe. Il n'y a qu'en France où on ne peut pas avoir une éolienne de 120 mètres à moins de 70 kilomètres d'un radar. Donc, en fait, vous avez trois quarts du territoire français et de toute façon, vous ne pouvez pas construire d'éoliennes. Pas pour les populations, pour l'armée, mais surtout pour combattre l'éolien.
Parce qu'en Europe, ça n'existe pas.
Je reviens un instant quand même sur General Electric dont vous venez de parler un instant. EDF a signé jeudi matin un accord où il rachète la branche nucléaire de General Electric. Il faut se souvenir que celui qui avait vendu Alstom à General Electric, c'est un ministre de l'économie qui s'appelait Emmanuel Macron. Sous le quinquennat Hollande. Sous le quinquennat Hollande. Donc, il se rachète de... Il est en campagne.
Il ne vous a pas échappé que c'est aujourd'hui... Non, parce qu'on a beaucoup parlé dans cette affaire. Aujourd'hui, c'est le quoi qu'il en coûte électoral. C'est-à-dire qu'il distribue les milliards. Tout ça ne relève pas d'une politique industrielle. Il essaye de se racheter du fait d'avoir vendu du patrimoine industriel français aux Américains qui nous ont maltraité. Et là, aujourd'hui, dans son obsession du nucléaire, il reprend la partie nucléaire à General Electric pour la remettre à EDF. Savoir qu'à EDF, ils ne sont pas très contents de dépenser de l'argent au regard de la dette abyssale qu'ils ont. Par contre, l'éolien, il le laisse aux Américains. C'est toujours pareil.
C'est-à-dire qu'en fait, on socialise ce qui est déficitaire dans notre pays, le nucléaire, et on privatise ce qui génère des bénéfices. Mais ce n'est pas pour les Français, c'est pour les actionnaires des multinationales.
Vous voulez installer 340 km² de panneaux solaires d'ici à 5 ans.
Vous allez les mettre où, ces panneaux ? Justement, sur les toits, les toits plats, sur les parkings, sur les immeubles. Partout, en fait, où on a des toits plats, on peut aujourd'hui les équiper en photovoltaïque. Ça occupe l'espace qui ne gêne personne, et y compris, ça permet d'alimenter les immeubles. Donc, c'est une bonne façon d'occuper des espaces qui sont inoccupés aujourd'hui, sans prendre, évidemment, sur la nature.
Vous insistez sur la rénovation thermique, et donc, vous voulez engager 10 milliards d'euros par an. Ça, c'est la première chose. Vous nous dites, et c'est important, qu'il n'y aura aucun reste à charge pour les ménages. Aujourd'hui, lorsqu'on fait un peu des travaux de rénovation, il y a 35 % environ qui restent à la charge de l'occupant de l'habitation. Vous, vous dites, ça, les 35 %, l'État va les prendre en charge. Pour les familles
les plus vulnérables, pas pour tout le monde. On va évidemment continuer à soutenir la rénovation thermique. Par contre, on va mettre beaucoup plus de conditions sur ce qu'on appelle les rénovations globales, parce qu'aujourd'hui, le gouvernement se targue de faire 700 000 à 800 000 prime rénov', sauf que la moyenne de la prime rénov', c'est 2 900 euros, parce que vous changez juste le double vitrage et que vous ne faites pas une rénovation qui vous permet d'isoler correctement votre logement, que ce soit un appartement ou une maison.
Donc, on va pousser vers la rénovation globale, mais on a aujourd'hui dans notre pays 12 millions de personnes qui vivent en précarité énergétique, c'est-à-dire qu'on froid l'hiver, et généralement, quand vous avez froid l'hiver, vous avez très chaud l'été, on veut pour les 2 millions de familles les plus vulnérables, il n'y aura pas de reste à charge. Pour les autres, vous avez des prêts à taux zéro qui favorisent l'investissement, mais ce n'est pas zéro reste à charge pour tout le monde.
Alors, vous dites que ça va diminuer les dépenses d'énergie de 50 %, comment vous savez ?
Vous savez, là-dessus, toutes les enquêtes, et puis surtout, ce qui a été fait, le démontre. Quand vous passez de FG en matière d'isolation de votre logement, ou en tout cas d'efficacité thermique de votre logement, A, B ou C, vous réduisez de 50 %. Ça va très, très vite, en fait. Vous avez, dans notre pays, selon les statistiques, parce qu'elles changent beaucoup, parce que dans notre pays, à faute d'agir, on change la façon de compter, on a 5 à 7 millions de passoires énergétiques, c'est-à-dire que des appartements, des maisons, où vous chauffez l'extérieur, en fait. Et donc là, dès que vous investissez, c'est extrêmement rentable pour la facture des ménages.
Donc, à la fin de l'année, c'est 5, 600, 700 euros d'économisés, ce qui est quand même une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat.
Autre mesure emblématique, la voiture, on en parlait tout à l'heure, donc l'électrique. Alors, vous, vous ne voulez plus de véhicules neufs à moteur thermique en 2030. Oui. C'est le grand tournant. Et, vous allez plus loin, vous voulez convertir à l'électrique un million de véhicules à essence. Oui, par le Retrofit. Voilà, alors c'est possible ça ? Toutes les voitures si prêtes ?
Pourquoi je fixais l'expérience 2030 sur la fin de la vente de véhicules neufs thermiques ? Parce qu'en fait, beaucoup de constructeurs automobiles sont en train de le faire dans le monde. Les Allemands sont en train de prendre ce virage-là, Renault a même annoncé ça, les Américains le font, et moi, je ne veux pas que l'industrie automobile française soit la laissée pour compte de cette grande transition industrielle. Moi, j'en ai marre que tous les dix ans, on perde 100 000 emplois dans l'automobile en France et que les constructeurs automobiles français soient ceux qui aient le plus délocalisé ces dernières années. Je veux qu'on réindustrialise notre pays, y compris avec l'automobile.
Et vous savez que ce sont les batteries et les datas qui sont les gros éléments de valeur ajoutée et évidemment les chaînes de montage. Sur le rétrofit, c'est un système qui est très simple. Vous ne changez pas de votre véhicule, vous changez la motorisation thermique en motorisation électrique.
Donc, j'arrive le matin, je laisse ma voiture au garage et le soir, je me parle avec un moteur électrique.
quasiment, j'ai été voir comment ils font, c'est super rapide. Parce qu'en fait, voilà, bon, donc c'était très, très rapide. L'avantage, c'est quoi ? C'est un, ça vous évite d'acheter une voiture neuve. C'est beaucoup moins cher. Vous avez des municipalités, moi j'ai fait, j'ai été voir, ils sont en train de le faire à Montreuil, les véhicules de la ville, ils sont en train de les rétrofiter. Ça a l'avantage, c'est une économie pour la municipalité et évidemment, ça ne pollue pas. On a quand même un énorme enjeu de pollution de l'air.
Mais ce qui est intéressant, c'est qu'effectivement, notamment pour, vous savez, tous les véhicules d'artisans qui aujourd'hui le plus souvent rouleau diesel, mais vous avez installé votre camionnette et un artisan, généralement, sa camionnette, elle est totalement montée à l'intérieur pour ses outils, ses machins, ses trucs. Et bien là, il n'y a pas besoin de changer de véhicule. Vous changez juste le moteur, vous soutenez cette conversion comme on soutient l'achat de véhicules électriques et c'est bien pour l'environnement, c'est bien pour la pollution de l'air et c'est économique du point de vue du changement de véhicule parce que là,
vous ne changez que le moteur. Vous allez relancer le train et surtout les petites lignes, les fameux 7000 kilomètres de lignes qui ont été fermées par la société.
Les trains du quotidien, les petites gares, d'ailleurs, je ne sais pas pourquoi on dit toujours les petites lignes et les petites gares, en fait, c'est les trains que prennent les gens pour aller travailler ou pour aller en ville pour se déplacer et c'est vrai qu'il y en a beaucoup qui ont fermé et donc, il faut réévaluer, évidemment, les lignes qui sont viables.
Il ne s'agit pas de faire tourner des trains à vide mais on voit que dans beaucoup d'endroits, quand vous remettez des lignes, qu'elles sont confortables, avec une bonne fréquence, qu'elles arrivent à l'heure, les gens viennent à la gare à pied, en vélo, en voiture, ils prennent le train, c'est plus confortable, là aussi, ils font des économies de carburant, ça permet de moins polluer et c'est bon pour le climat. Et puis, il faut des trains du quotidien mais il faut aussi des trains de marchandises. On est un des pays qui a le plus perdu en matière de frais de ferroviaire, c'est totalement absurde d'avoir autant de marchandises sur les routes quand on pourrait les mettre. Donc,
on va enfin mettre les camions sur les trains ?
Ah ben enfin ! Enfin, vous savez, moi j'ai négocié le Grenelle de l'environnement. Depuis le temps qu'on en parle ? En 2007, j'ai négocié le Grenelle de l'environnement. La part du frais de ferroviaire dans le transport de marchandises, c'était 15%. L'objectif, c'était d'aller à 22% ou 25% en 2020. Comme la politique, les politiques publiques n'ont pas fait l'effort et que la SNCF n'a pas fait l'effort, eh bien, on est tombé à 8-9%. En 2007, les Allemands étaient au même niveau que nous. Maintenant, ils sont déjà à 25% de transport de marchandises par train. C'est un problème toujours de volonté politique. Alors,
vous voulez rouvrir… Et les trains de nuit ? Et les trains de nuit ? 15 lignes de trains de nuit. Les Français adorent ça. Alors, vous voulez rouvrir les petites lignes, enfin, celles qu'on appelle les petites lignes, vous voulez fermer ou arrêter, en tout cas, le Grand Paris Express. Vous considérez que c'est un projet inutile ? Et pourtant, ça désenclaverait pas mal un certain nombre de banlieues. Le problème du Grand Paris Express, c'est qu'il y a
toute une partie des stations qui sont créées qui ne correspondent pas aux besoins de la population, mais qui vont mettre en danger des terres agricoles. Nous, ce qu'on veut comme priorité, c'est de désenclaver les villes de la première comme de la deuxième couronne. Vous savez qu'aujourd'hui, par exemple, pour aller à Clichy, c'est à 15 bandes de Paris, même pas, je crois, et en fait, il vous faut trois quarts d'heure parce que juste, il n'y a pas de ligne, il n'y a pas de métro. C'était justement à ça que le Grand Paris Express a été censé répondre. Pas seulement. Le problème, c'est que nous, on veut faire la priorité là-dessus.
Ce qu'on veut abandonner aussi, on assume, c'est le CDG Express. Vous savez, le train qui doit relier Paris à Charles de Gaulle encore plus rapidement que l'horaire B, c'est je ne sais plus combien de milliards, mais c'est toujours un choix. En fait, si vous mettez les milliards là pour économiser 10 minutes de RER en venant de Charles de Gaulle, ces milliards-là, ils ne servent pas à donner plus de confort, de maintenance sur les RER
qui utilisent des millions et des millions de francs. Ce n'est pas le temps, ce n'est pas une histoire de temps, c'est une histoire de capacité. RER, on sait très bien qu'il est bondé.
Il est bondé, donc il faut investir, il faut faire de la maintenance parce que dès qu'il y a un problème technique, parce que sinon, c'est sur l'autoroute
que vous retrouvez les gens dans les taxis, les transports en commun,
les bus, etc. C'est pour ça qu'il faut développer les transports en commun qui sont les transports du quotidien et pas mettre beaucoup d'argent encore pour celles et ceux qui vont aller prendre l'avion. Ça, c'est une minorité.
Alors, tiens, on est sur l'avion. Vous voulez donc interdire les vols intérieurs pour tout trajet pouvant être effectué en moins de 4 heures de train ?
Oui, monsieur.
Alors, je...
Oui, parce que finalement, aujourd'hui, les trains, ils relient centre-ville à centre-ville et au fond, quand vous prenez un avion, c'est déjà beaucoup, beaucoup plus polluant. Donc, on a un enjeu qui est le climat. Vous savez, moi, tout mon projet il est pour qu'on réponde à l'exigence climatique, à l'exigence des scientifiques ne pas dépasser 1,5 degré de réchauffement climatique, sinon ce sera le chaos. Donc, je fais toutes les politiques qui permettent de faire ça. Mais en plus, si vous voulez, quand vous êtes en centre-ville, vous arrivez, y compris potentiellement 5-10 minutes avant le départ du train et vous arrivez dans l'autre centre-ville en 4 heures.
si vous prenez l'avion, déjà, un, il vous faut le déplacement pour aller à l'aéroport. Là, vous devez évidemment arriver généralement, allez, disons, une heure en avance. Vous prenez l'avion, vous débarquez à un autre aéroport et là, il vous faut encore potentiellement une heure pour rejoindre le centre-ville. Au fond, c'est des temps équivalents. Mais à temps équivalent, eh bien moi, je veux que les gens prennent le train et polluent-moi. C'est comme ça.
Alors, on parlait de terres agricoles tout à l'heure. Vous voulez transformer l'agriculture et surtout, vous voulez réorienter la politique agricole commune. Alors, expliquez-moi comment vous faites parce que là, ce n'est pas une décision unilatérale. On a des partenaires. Comment on fait pour les convaincre ?
Alors, un, aujourd'hui, et on l'a combattu, la politique agricole commune a beaucoup, je ne vais pas dire renationalisé, mais nationalisé les politiques agricoles. Parce qu'au départ, la politique agricole commune, c'est la première politique européenne, en vrai, après celle du charbon et de l'acier. Et ça reste quand même près de 40% du budget. Donc, c'est la première politique européenne. Et c'est vrai qu'on s'est battus parce que nous, on veut transformer notre modèle agricole pour éviter une situation qui est totalement absurde. C'est le premier budget européen. Et pourtant, en France, si on prend le cas français, il y a 30 fermes qui disparaissent tous les jours.
30 fermes qui disparaissent tous les jours. Vous avez presque un suicide aussi tous les jours. Vous avez 30, 40% des paysans qui vivent avec moins de 350 euros par mois. Plus la destruction de l'environnement, plus l'élevage industriel, plus les maladies, plus une alimentation qui contribue à des maladies chroniques parce que ça devient de la malbouffe. Tout ça, pour la France, avec 14 milliards d'euros d'argent public tous les ans. c'est aberrant, dont 9 milliards qui viennent de l'Europe.
Donc effectivement, on veut aller vers un modèle où il y a plus de paysans de plus de paysans qui vivent mieux de leur métier, qui respectent les animaux, qui respectent l'environnement, qui fournissent une alimentation de qualité. Le modèle idéal, c'est évidemment l'agriculture biologique. Donc, au niveau européen, on a perdu sur beaucoup des combats de transformation de l'agriculture, notamment du fait de l'influence de la France. On a perdu sur le glyphosate aussi. On a perdu sur le glyphosate et le président avait promis d'en sortir. Nous, tiendrons cette promesse parce que lui, il ne la tiendra jamais. On sortira aussi des néonicotinoïdes.
Là, le président de la République est revenu sur la loi. Comme ici, les autres ne veulent pas. Comment vous faites ? Nous, on peut le faire. Glyphosate, néonicotinoïde, vous savez, dans le système européen, vous pouvez toujours être plus élevé en matière de protection de la santé ou de l'environnement que la norme commune. Donc, on a le droit de le faire. Après, c'est mieux de le faire au niveau européen comme c'est mieux de le faire au niveau mondial. Bon, parce que la biodiversité, c'est pour tout le monde. Mais, je l'ai dit, une bonne partie de la politique agricole commune aujourd'hui se décline dans les pays selon les choix que vont faire les pays.
Donc, après l'élection, la France va rendre à l'Union européenne, à la Commission européenne, sa stratégie nationale agricole. Et donc, nous, toutes les marges de flexibilité, on les mettra pour soutenir la transition de nos agriculteurs vers un modèle durable. On va passer un contrat avec nos agriculteurs. On va, y compris, moi, je suis prêt à reprendre une partie des dettes des agriculteurs, parce que vous savez qu'ils sont surendettés. à chaque fois, c'est le piège pour les agriculteurs.
On leur dit, par exemple, on voit en ce moment sur le cochon, allez-y, waouh, il y a une grippe porcine en Chine, allez-y, endettez-vous, élargissez votre élevage, achetez plus de machines et vous allez pouvoir exporter en Chine parce qu'ils ont un problème de grippe porcine. Vous imaginez bien qu'à un moment donné, la grippe porcine, elle est résolue. Et donc là, en ce moment, on a tous nos éleveurs de porc qui se retrouvent le nez sur la paille. Ce que je veux dire, c'est qu'il nous faut un modèle avec plus de paysans, des revenus décents, du bio et du bio, notamment par la commande publique, 100% dans les écoles, 100% dans les hôpitaux, 100% dans les EHPAD. Pour commencer.
Pour financer tout ça,
il faut... La PAC, c'est facile, il y a l'argent.
Non, il y a la PAC, mais toutes les autres mesures d'aide, d'accompagnement, d'encouragement. Oui. Vous proposez un impôt sur la fortune climatique qui serait donc appliqué au patrimoine supérieur à 2 millions d'euros. Oui. Les 1% les plus riches. D'accord. C'est la barre. Et qui devrait, dites-vous, rapporter 15 milliards. Oui. Et vous faites un système de bonus-malus en fonction, selon l'empreinte carbone, des actifs qui sont détenus. Alors, comment ça marche concrètement ?
Alors, un, effectivement, on rétablit l'impôt sur la fortune parce qu'on considère qu'aujourd'hui, l'enrichissement des plus riches au détriment de l'ensemble de la société et vu l'état de nos services publics, c'est pas acceptable. Il faut qu'il y ait plus de solidarité. Et vous savez que, alors, c'est un chiffre, mais les 1% les plus riches émettent 66 fois plus de gaz à effet de serre que les 1% les plus pauvres. Pourquoi ? C'est évidemment les comportements entre ceux qui n'ont pas la possibilité d'avoir une voiture et ceux qui ont un gros 4x4. Il y a une différence. Mais c'est surtout que les patrimoines financiers servent, par exemple, à financer total.
et bien si vous financez total, et bien vous aurez un malus en plus. Vous paierez encore plus l'impôt sur la fortune parce que vous contribuez au dérèglement climatique. Alors on va vous dire, les riches vont partir. Ah bon ? Je vous pose la question. Et alors donc, on les laisse enrichir au détriment de l'hôpital ? On dit, on abandonne l'hôpital public ? On abandonne les routes ? Vous savez très bien que... Non, mais les riches, ils ont eu un vaccin gratuit comme tout le monde.
Si vous voulez, moi, à un moment donné, un, moi je soutiens comme les Américains, comme d'autres, ce qu'on appelle l'impôt universel, c'est-à-dire qu'en fait, vous résidez à un moment donné, quel que soit l'endroit où vous devez payer l'impôt, si vous payez moins, si vous allez en Irlande, et bien en France, on vous fera payer la différence. Voilà. Et puis deux, je ne crois pas à ça. Vous savez, ce grand fantasme que si on demande aux riches d'arrêter de s'enrichir, enfin là, vous vous rendez compte qu'on a des milliardaires... Vous avez fait l'avocat de l'Illia, vous l'avez bien compris. Non, mais parce que de toute façon, c'est ce que dit Macron, c'est ce que dit le maire.
Donc, il joue là-dessus. Résultat des courses, et bien les plus riches sont de plus en plus riches. Ils ont augmenté leur fortune de manière au fond scandaleuse au regard des besoins de la société. Y compris les milliardaires se sont plus enrichis pendant le Covid que dans les dix dernières années. Parfois, ils multiplient les milliards par deux, trois. Pendant que vous avez des étudiants qui font de la file d'attente pour aller trouver un repas gratuit. On ne peut pas, ça. Cette société-là ne marche pas. C'est une société, à la fin, on va voir Zemmour. Non pas parce qu'il promet de sauver les plus pauvres, mais parce que les gens vont devenir dingues et ils vont vouloir renverser la table.
Moi, je veux à la fois du boulot, donc avec notre reconstruction économique, notre réorientation économique, en prenant compte la responsabilité environnementale, la responsabilité sociale. On crée des emplois dans l'agriculture, dans les énergies renouvelables, dans l'économie circulaire, dans les services publics. On a effectivement des services publics qui permettent à chacune et chacun de se sentir partie prenante de la société, de se sentir citoyen à qui la promesse républicaine s'applique et tenue, d'avoir de la solidarité à l'échelle locale. Et donc, moi, c'est ce modèle-là que je veux. Et les riches, comme tout le monde, doivent y contribuer à la hauteur de leur fortune.
Et donc, moi, l'argument qui est de dire il ne faut pas taxer les riches parce que sinon, ils vont partir, mais on va voir. Enfin, je veux dire, les riches, ils ne sont pas juste riches parce qu'ils sont riches. Ils sont riches parce qu'ils ont des entreprises. Ils sont riches parce que les consommateurs achètent leurs produits. Il va quand même falloir, à un moment donné, que chacun redevienne citoyen. Notre pays n'était pas un grand col-cause. Il y a encore 20 ou 30 ans, quand les riches payaient normalement l'impôt et qu'ils avaient quelques dizaines de milliards en moins. Je ne pense pas qu'on vive plus heureux
avec quelques dizaines de milliards en plus. Justement, vous parlez d'impôt, ça tombe bien. L'impôt sur le revenu, vous voulez diminuer les premières tranches et ajouter des tranches supplémentaires ?
Oui, on est en train de travailler sur le bouclage. On aurait 13 tranches, c'est ça. Là, on est en train de travailler sur le bouclage parce qu'effectivement, si vous voulez, aujourd'hui, en fait, la plus haute tranche, c'est 45. Dans les années 80, on allait à 70-80. Donc, dans les années 80, 1980, pas 1280, 1980. Il n'a pas semblé qu'on était dans une économie ou une société plus triste. Donc, il y a la juste part, on est en train de boucler, on va effectivement faire de nouvelles tranches parce qu'encore une fois, il faut remettre de la justice fiscale dans notre pays.
On ne peut pas voir notre hôpital s'effondrer quand on a vu sa place dans la pandémie, mais déjà, ils hurlaient avant, les personnels soignants, avant la pandémie. Ils rendaient déjà leur blouse blanche. Il nous manque 100 000 infirmières à l'hôpital. On ne peut pas se plaindre de voir nos aînés maltraités dans les EHPAD et considérer qu'à un moment donné, si on veut qu'ils soient bien traités, bien accompagnés et qu'ils vivent en dignité, nos aînés, à un moment, il faut mettre des moyens. Le gouvernement Macron, après celui de Hollande, a réduit l'investissement à l'université.
Mais qui peut croire sérieusement qu'on va être une société compétitive, épanouie, apaisée, démocratique, si on réduit la formation, l'investissement dans l'enseignement supérieur, dans la recherche publique, comme dans l'éducation, où les salaires de nos enseignants sont 20 % en dessous de ceux de la moyenne de l'OCDE ou de l'Europe ? Donc, il faut, oui, il va falloir de l'investissement dans nos services publics, il va falloir de l'investissement dans la reconstruction de l'économie pour prendre en compte le climat et la biodiversité. Eh bien, ça coûte, et oui, à un moment donné, les plus riches contribuent à la hauteur de leur richesse.
Alors, on parlait du personnel soignant, vous voulez doubler les capacités d'accueil dans les facultés de médecine, de manière à doubler le nombre de médecins. Eh oui, on a besoin de former. Sauf que ça va prendre une dizaine d'années, tout ça. On le sait, oui.
Et qu'est-ce qu'on fait dans l'intervalle ? Eh bien, dans l'intervalle, on gère la pénurie. C'est malheureusement le problème quand on n'anticipe pas. Vous voyez bien que ces gouvernements successifs ont fait de l'hôpital, ils ont voulu faire de l'hôpital une entreprise rentable. Ça a démarré avec Chirac, d'ailleurs, la tarification à l'acte. Après Sarkozy, après Hollande, Macron, la même logique. Il n'y en a pas un qui a bougé. On réduit les effectifs, on fait de la tarification à l'acte, et c'est l'austérité à tous les étages, on ferme les lits. Ça a donné quoi ? Ça a donné qu'il y a de moins en moins de personnel. Malgré leur héroïsme, ils n'en peuvent plus.
Ça a donné qu'on a géré cette pandémie plus en fonction du nombre de lits disponibles en réanimation parfois que la réalité de la crise sanitaire, de la pandémie. Donc, notre plan pour la santé publique, qui est vraiment au cœur de notre projet, c'est évidemment pour tout écologiste et toute personne sérieuse, c'est prévenir. Il y a une explosion des maladies chroniques qui sont liées à la pollution, pollution de l'air, mal bouffe, voilà, bon, ça vaut mieux ne pas tomber malade que de chercher à soigner. On va revenir au bon sens.
On va avoir des bassins de santé, des territoires, on évalue les besoins et entre les différents acteurs de la santé, l'hôpital public a évidemment une place particulière, souvent majeure, mais avec la médecine de ville et tout ça, on va organiser l'offre pour satisfaire ses besoins et la financer à hauteur de ce qui est nécessaire. Donc, aujourd'hui, on n'a pas assez de médecins, effectivement. Donc, il faut, ça a déjà été en partie fait de sortir du numerus clausus, il faut former, mais c'est vrai qu'on a aussi des déserts médicaux aujourd'hui.
Moi, j'assume, dans cette situation-là, quand vous avez une commune sur trois, qui est ce qu'on appelle un désert médical, 8 millions de Français qui n'ont pas accès à un service de santé basique, eh bien oui, la dernière année de médecine, les deux premières années d'exercice, il y aura une obligation d'installation. sur un territoire sous-doté. On ne pourra plus aller dans les zones surdotées en médecin, il faudra aller dans les zones sous-dotées, et c'est vrai qu'on accompagnera les familles, on organisera pour que le conjoint... Et le pari, c'est qu'ils se plaisent là-bas et qu'ils y restent ? C'est dur pour les médecins, je n'ai aucun doute là-dessus, ce n'est pas leur choix.
Mais la médecine, aujourd'hui, elle est aussi remboursée, financée par la collectivité. Un enseignant, il ne choisit pas sa première affectation, il est payé par l'État. C'est comme ça, c'est le contrat. Un médecin, même si c'est un médecin libéral, comme on dit, c'est quand même l'argent public qui paye son salaire, parce que les frais de médecine, heureusement, dans notre pays, sont très largement remboursés. Ce sera un sacrifice au début, tant qu'on n'aura pas assez de médecins, tant qu'on n'aura pas remis des services publics, de l'activité économique partout, et que tout le monde sera content d'aller sur tous les territoires.
Quelques chiffres sur les services publics, 65 000 enseignants supplémentaires, 3 000 magistrats, 8 000 agents des tribunaux. Ça fait 200 000 au total. Voilà, donc la droite veut en supprimer 150 000, vous voulez en rajouter 200 000 ? Oui,
je ne sais pas comment on supprime 150 000 fonctionnaires. Non plus. Non, non, mais quand on a des sureffectifs dans les écoles, le niveau de l'éducation qui baisse à la fois du fait des salaires et des effectifs, quand il nous manque à peu près 100 000 infirmières à l'hôpital, parce que, vous savez, les chiffres, vous savez, on fonctionne normalement en santé, on fonctionne par ratio. C'est-à-dire qu'en fait, on dit souvent, alors ça dépend, il y a des services, c'est obligatoire, sur la réanimation, tout ça, bon, mais en général, on dit, il faut une infirmière pour 4, 5, 6 malades. Dans notre pays, on est plutôt aujourd'hui à une infirmière pour 12, 14, 16 personnes.
Donc, c'est pour ça qu'ils n'ont pas de repos le week-end, qu'ils sont obligés de faire les nuits, qu'ils font 50, 60, 70 heures, qu'ils n'ont pas du privé, qu'ils ont des horaires totalement instables qui changent toutes les semaines. Donc, oui, il faut remettre du personnel. Donc, il y aura 200 000 et on voit que la justice ne fonctionne pas. ce n'est pas parce qu'ils se tournent les pouces. Il y en a même des suicides dans la justice parce qu'ils n'arrivent plus à traiter les affaires. On sait qu'il faut plus de magistrats, on sait qu'il faut plus de greffiers si on veut que la justice tourne.
On sait que, bon, donc, on assume ça et mon budget, il est bouclé de ce point de vue-là avec l'ISF, on en a parlé, avec le retour sur la flat tax, on va la supprimer, la baisse de la fiscalité sur le capital n'a fait qu'enrichir les actionnaires. Pas un euro est allé sur l'investissement. On va aussi réduire les dépenses de l'État sur quand ça pollue, ni chicscale, taxes kérosènes, par exemple. Vous payez 40, 50 % de taxes quand vous faites le plein à la pompe pour votre voiture pour aller bosser. Vous prenez l'avion, vous ne payez pas de taxes sur le carburant. C'est aberrant.
C'est une sorte de subvention, un truc qui est très polluant et réduit une toute petite partie de la population qui est l'aérien. Donc, on va revenir là-dessus. Donc, on boucle notre budget comme ça. Et moi, j'assume que la partie investissement, bâtiment, on en a parlé, énergie renouvelable, ferroviaire, ça se fera par emprunt. On va relancer, vous savez que le Parlement européen, quand on a fait l'emprunt de 750 milliards européens de relance, dont on commence simplement à toucher l'argent, le Parlement européen dans son ensemble, avait eu la sagesse de dire, si on veut reconstruire l'Europe, il faut 2 000 milliards.
C'est de l'emprunt auprès de la Banque centrale européenne, qui est notre banque à nous. Franchement, aujourd'hui, s'endetter quasiment à 0%, à 50 ans, auprès de la BCE, pour éviter le chaos climatique, éviter l'effondrement de la société et des services publics, je pense que ça vaut le coup.
Et pour le SMIC ?
10% à l'arrivée. Donc, on porte le SMIC globalement à 1 400 euros net par mois. C'est juste. Et là où on ne peut pas décider du salaire, on impose, par contre, la négociation dans tous les secteurs qui ont été ce qu'on a appelé, vous savez, les secteurs de deuxième ligne, les 6, 5, 6 millions de salariés qui, dans notre pays, livreurs, chauffeurs, caissières, aides à domicile, métiers de bouche, agroalimentaires, plateformes, tous ces gens-là ont travaillé, y compris quand on était confinés. Et le plus souvent, ils restent quasiment toute leur vie au SMIC, ils ont souvent des contrats précaires et des problèmes de santé au travail parce que ce sont des métiers durs.
Eh bien oui, on forcera à la négociation dans ces branches-là pour améliorer les salaires et les conditions de travail et l'instrument de pression, c'est que tous ces secteurs-là, à un moment donné, ils touchent de l'argent public. Ils accèdent au marché public. Ils ont des exonérations de charges. Ils ont parfois le crédit impôt recherche. Eh bien, ces outils de financement public seront conditionnés aux négociations salariales dans ces secteurs-là.
Vous parlez de négociations salariales au niveau des branches, donc vous allez revenir sur la loi travail qui a été votée. Oui. Oui ? Les ordonnances Macron, bien sûr. Mais Hollande aussi ? La loi de Paris...
Ça dépend. Il faut regarder tout, mais ce qui est certain, les deux éléments sur lesquels... Macron a prolongé ce qui avait été fait sous Hollande. Tout à fait. De toute façon, au départ, c'est lui. C'est plus dans leur jeu politique qu'on a appelé ça les lois El Khomri. En fait, ça aurait dû être les lois Macron dès le début. Mais il y a deux éléments sur lesquels on va immédiatement revenir. C'est un, les indemnités prud'homales. Aujourd'hui, vous êtes licencié. Vous considérez que c'est injuste. Déjà, un, potentiellement, vous allez attendre deux, trois, quatre ans pour que votre affaire soit jugée.
Et puis, vous ne savez pas si vous allez être indemnisé à la hauteur de votre préjudice parce qu'on a fixé une limite sur les indemnités prud'homales. C'est totalement scandaleux. D'ailleurs, normalement, ça ne devrait pas exister dans la justice puisque, finalement, le principe de la justice, c'est que vous jugez au cas par cas. Et puis, c'est ce qu'on appelle la hiérarchie des normes, c'est-à-dire l'idée qu'au fond, la norme négociée dans l'entreprise peut être plus forte que la norme négociée dans la branche. Et ça, c'est proprement scandaleux parce qu'évidemment, ça réduit le pouvoir des syndicats et des salariés.
Moi, à l'inverse, j'introduis une plus forte participation des salariés dans les conseils d'administration, un tiers au-dessus de 500, 50 % au-dessus de 2000, comme en Allemagne. Et visiblement, ça marche quand même plutôt bien parce que l'industrie se porte mieux en Allemagne que chez nous. Et puis, pour renforcer l'activité des syndicats dans les entreprises, la participation des salariés dans les entreprises, je mets en place ce qu'on appelle le chèque syndical. C'est-à-dire qu'en fait, chaque salarié se voit attribuer un chèque syndical et il choisit ou pas un syndicat pour le représenter.
Ça va dynamiser la vie sociale dans l'entreprise parce qu'aujourd'hui, y compris les jeunes, quand ils arrivent dans une entreprise, ils ne veulent pas laisser leur engagement à la porte de l'entreprise. Il y a beaucoup de jeunes qui disent, moi, je n'irai jamais bossé chez Total. Ils détruisent la planète. Et il y a beaucoup de jeunes qui disent, moi, je rentre, je ne sais pas quoi, dans une boîte d'informatique, j'ai envie d'être partie prenante de la vie, de la stratégie d'entreprise parce que ça m'intéresse. Ce n'est pas juste, on veut avoir un boulot qui a du sens dans une entreprise qui a du sens et on va favoriser ça.
La semaine de 32 heures ou de 4 jours au choix, c'est une de vos propositions ?
Ou encore autre chose. Moi, je ne veux pas… Comment ça, encore autre chose ? Non, parce que moi, la réduction du temps de travail, c'est le sens de l'histoire. Beaucoup de pays sont en train de continuer à réduire le temps de travail, mais moi, je ne veux pas refaire ce qui a été fait avec les 35 heures. L'État décide de la même formule pour tout le monde. Aujourd'hui, vous avez des entreprises, y compris des entreprises importantes. J'ai encore entendu le patron de Total qui est totalement disqualifié sur le climat, mais il a dit « Moi, je vais organiser les 32 heures à Total. » Donc, vous avez même des grands groupes qui sont prêts à passer aux 32 heures.
Mais je veux que ça relève d'une négociation. Dans une entreprise, ça peut être 32 heures. Dans une autre, ça peut être 6 mois tous les 5 ans. Ou alors, vous créez une banque du temps, c'est-à-dire que vous accumulez du temps, et puis vous décidez qu'à partir de 50 ans, vous travaillez à mi-temps. Vous voyez ? Donc, au fond, moi, je veux m'habituer au choix des salariés et à la réalité de la vie des entreprises. On a vu que les 35 heures, ça a été surtout très bien pour les cadres. Pour les ouvriers, ça s'est souvent traduit par une intensification du travail. Et dans certains services publics, on connaît le cas de l'hôpital.
Ça a déstabilisé le fonctionnement de l'hôpital avec des personnels qui ne pouvaient jamais prendre l'RTT. Donc, moi, je préfère avoir un système plus souple qui permet de s'adapter. Et c'est pour ça que je ferai une convention citoyenne qui permettra d'éclairer le débat public sur la question du travail, de la productivité, du télétravail qui s'installe, les déplacements contraints. Voilà. Et qu'après, évidemment, ce sera la négociation des partenaires sociaux.
Sur la retraite, vous êtes un peu décevant. Enfin, vous ne touchez rien.
62 ans ? Ah, si, si, si. Je touche l'essentiel. 62 ans. Je touche l'essentiel. C'est quoi l'essentiel ? L'essentiel, c'est la différence d'espérance de vie entre les riches et les pauvres. À la naissance, les 5 % les plus riches ont 13 ans d'espérance de vie en plus que les 5 % les plus pauvres à la naissance. C'est-à-dire qu'en fait, ceux qui parlent aujourd'hui de repousser l'âge de la retraite à 65, 66, parfois 67 ans ne sont pas ceux dont l'espérance de vie est 71, ce qui ne serait plus que 4 ans de retraite, mais ceux dont l'espérance de vie est de 84. Et ça, je trouve ça profondément choquant.
Donc, on remettra en renforçant le compte pénibilité pour justement que toutes celles et tous ceux qui ont eu un travail difficile puissent partir beaucoup plus tôt à la retraite. Évidemment, la question de la différence de l'espérance de vie, ce n'est pas simplement à la retraite, c'est dans la vie de tous les jours, c'est dans la vie privée, c'est là où vous habitez, c'est ce que vous mangez. Donc, tout ça est lié à beaucoup de choses. Mais je ferai de la différence d'espérance de vie ou la réduction de la différence d'espérance de vie le grand objectif d'une réforme de la retraite.
En même temps, vous savez qu'il y a peu de gens finalement qui partent à 62 ans parce qu'ils n'ont pas la totalité de leur trimestre et qu'aujourd'hui, on part beaucoup plus vers 64 ans. Mais vous avez
celles et ceux qui aujourd'hui, parce qu'ils ont fait des études plus tard, aujourd'hui, finalement, effectivement, vont partir à la retraite à 62, 63, 64, et il y en a beaucoup d'ailleurs qui veulent continuer à travailler. Et puis, il y a toutes celles et tous ceux pour lesquels le travail a été difficile. Ils sont partis au boulot, la peur au ventre. Ils ont aujourd'hui en invalidité, ils ont des troubles musculo-squelettiques, ils ont des troubles psychologiques. vous le savez qu'une personne sur deux qui part à la retraite, qui active ses droits à la retraite, ne travaille déjà plus. Chômage, minima sociaux, maladie, invalidité.
Eh bien, c'est sur ces éléments-là que moi, je veux agir, que ceux qui ont envie de continuer à exercer, travailler, tout ça, ils peuvent le faire, tant mieux, chacun choisit sa vie, mais que ceux pour qui ça a été difficile puissent partir beaucoup plus tôt. Quand vous travaillez debout dans une entreprise où vous videz les poulets, vous restez quasiment toute votre carrière au SMIC, vous travaillez dans des conditions extrêmement difficiles, eh bien, franchement, ces gens-là, en vrai, à 50 ans, il faut qu'ils puissent avoir une retraite et quitter un boulot qui a martyrisé leur corps et leur morale.
Il y a le revenu citoyen de 918 euros. Oui. Pourquoi 918 euros ? Parce que c'est le seuil
de pauvreté dans notre pays, 50% du revenu médian. Donc, je veux éliminer ce que je considère être la grande pauvreté sous le seuil de pauvreté à 50% du revenu médian. Donc, je veux enfin que dans notre pays, on éradique la grande pauvreté parce que, comme vous le savez, le RSA, aujourd'hui, est très faible. Il n'est pas automatique. C'est-à-dire, 30% des gens qui pourraient bénéficier du RSA n'y ont pas accès parce qu'ils sont éloignés des ordinateurs, parce qu'ils sont éloignés des services publics, parce que voilà. Et aujourd'hui, il faut avoir plus de 25 ans pour y accéder. Moi, je veux qu'à partir de 18 ans, on soit autonome.
Donc, c'est un projet à la fois d'éradication de la grande pauvreté, personne en dessous de 920 euros, 918 aujourd'hui si on calcule à l'euro près, et un projet d'autonomie pour les jeunes pour qu'ils puissent être davantage en capacité de choisir leur vie.
Côté institutions, réformes de la Constitution ou pas ? Oui,
nous, on veut changer les institutions. Sixième République ? Ah ben nous, on a toujours défendu la Sixième République. La question, c'est est-ce que l'Assemblée est constituante ? Moi, je ne suis pas à ce stade favorable à ce que l'Assemblée soit constituante, parce que je pense qu'il y a tellement d'urgence que je veux que l'Assemblée nationale puisse travailler à d'autres sujets. Donc, on sera plutôt sur une Chambre constituante, une Assemblée citoyenne constituante, il faut réfléchir aux institutions, mais à ce stade, je n'ai pas toutes les réponses pour une bonne raison. C'est que vous n'êtes pas encore élu. Non, non, non, non, non, non.
Pour réfléchir au changement des institutions, on a créé une Assemblée citoyenne avec 30 personnes qui viennent de tous les milieux, qui participent aujourd'hui à justement faire des propositions pour changer la démocratie et pour changer nos institutions. Et moi, je vais les respecter, je ne vais pas faire comme Macron, je ne les fais pas travailler en ayant déjà mon projet à côté. Donc, le 5 mars, nous aurons un rapport de ces citoyens pour, encore une fois, construire notre réforme des institutions. C'est un peu comme Mélenchon et son Parlement populaire. Écoutez, tant mieux s'il y a des... En tout cas, moi, je veux faire travailler les citoyens sur la question de la vie démocratique.
Ça, c'est sûr.
Si vous êtes président, donc, vous resterez 7 ans puisque vous réclamez un septennat... Ce n'est pas possible de toute manière. Si vous êtes élu, vous êtes élu pour 5 ans. Ça,
il faut changer la constitution. Ça, c'est sûr. Je pense qu'il faut... Mais sinon, vous prenez un septennat non renouvelable. Dans notre pays, on a besoin de déprésidentialiser nos institutions. Ce n'est pas possible un président qui décide seul. Ça, on voit bien cette inefficace. Il y a une sorte de désaffiliation politique dans notre pays, de défiance de la politique parce que la démocratie ne fonctionne plus convenablement. Donc, moi, je veux renforcer le pouvoir de l'Assemblée nationale. Elle sera évidemment élue à la proportionnelle. Intégrale. Bien sûr. Il y aura ce qu'on appelle la parité de sortie.
C'est-à-dire que, comme dans certains pays latinos aujourd'hui, comme c'est élu à la proportionnelle, en fait, si vous n'avez pas à la fin 50% de femmes et 50% d'hommes, de fait, vous demandez à chaque responsable, à chaque groupe politique de faire monter les femmes et que ce ne soient pas les hommes qui soient élus. Donc, on veut faire ça. On veut évidemment renforcer la démocratie à l'échelle locale. Les référendums, l'initiative locale, tout ça, ça permet de faire vivre la démocratie. On veut, je l'ai dit, renforcer la démocratie dans les entreprises et puis renforcer les associations qui ont un rôle absolument extraordinaire de démocratie participative.
Et donc, je veux déprésidentialiser et que le président de la République soit le garant des libertés, soit le garant de l'État de droit, soit le garant de la séparation des pouvoirs. Et vous voyez combien ces dernières années l'exécutif, le président, a critiqué la justice, ne défend pas aujourd'hui la liberté de la presse. On a des enjeux de concentration dans la presse qui sont incompatibles avec la démocratie. Et évidemment que le président de la République soit garant du temps long qu'est celui notamment de l'environnement.
Alors, on a balayé votre programme, mais pourquoi l'environnement n'est pas au cœur des débats ? Il y a quelques jours, il y a eu une tribune de 1 400 chercheurs qui disent ça suffit, on voudrait une campagne centrée sur les urgences climatiques, la biodiversité. Et ils disent qu'on n'en parle quasiment pas. Il n'y a que nous. Vous avez raison, il n'y a que nous. Mais ça va venir.
Jean-Luc Mélenchon en parle aussi. Oui, il en parle, mais il parle aussi d'autre chose. En tout cas, nous, on a un projet qui est totalement raccord avec ce que demandent les scientifiques sur le climat, sur la biodiversité. Et on a enfin un levier assez extraordinaire d'innovation économique, vous l'avez bien compris, et de justice sociale. En agissant sur la justice sociale, à la fois sur les revenus, on en a parlé, mais beaucoup aussi sur les dépenses contraintes. Ça, c'est notre spécificité. Réduire les dépenses de logement, réduire les dépenses de déplacement, réduire les dépenses d'alimentation, réduire les dépenses d'énergie.
Mais vous voyez bien qu'à chaque fois qu'on fait des enquêtes, au fond, l'immigration est très loin d'être la première préoccupation des Françaises et des Français. Et pourtant, on a l'impression que le débat se focalise là-dessus. Vous avez une sorte de primaire au racisme à droite et à l'extrême droite. On a l'impression que la devise de la République, c'est racisme, antisémitisme, révisionnisme. Mais ça, ce n'est pas les préoccupations des Françaises et des Français. Pour l'instant, les Français regardent ça comme un spectacle. Ils ne se sont pas encore parce que c'est comme ça le temps démocratique. En temps de Covid, c'est comme ça. L'environnement, ça n'imprime pas.
Mais vous allez voir que ça m'imprime. Vous savez, on nous fait le truc à chaque élection.
On a l'impression que c'est très anxiogène en même temps. Oui, mais vous avez bien Vous êtes le méchant de la classe. Vous arrivez, vous nous dites quand même qu'on va à la catastrophe si on ne fait rien. Vous êtes l'empêcheur
de tourner en rond un peu. Je suis l'empêcheur de se prendre le mur, surtout. Moi, ça me fait toujours marrer. On dit « Ah, vous êtes l'écologie punitive. » Pardon. Selon Harvard, 100 000 morts par an liés à la pollution de l'air. Les chocs climatiques qu'on prend déjà à tous les étages dans notre pays, au-delà de le voir dans le reste du monde. L'effondrement de la biodiversité. Non. Nous, nous sommes les réallos. Nous regardons la réalité telle qu'elle est. Et nous voulons la transformer, mais pas en se faisant mal. Enfin, franchement, réduire la consommation de plastique pour manger plus bio, c'est un sacrifice ou c'est du bien-être en plus ?
Avoir accès à des transports collectifs plutôt que la bagnole, c'est un plus ou c'est un moins ? Moi, je considère que c'est un plus. Sortir du carbone, avoir plus de libraires et moins d'Amazon, c'est un plus ou un moins ? Avoir plus de centres, de commerces, de centres-villes plutôt que d'aller dans des zones commerciales, c'est un plus ou un moins ? Je considère que notre modèle, notre projet, justement, il est enthousiasmant. Il est enthousiasmant pour plusieurs raisons. Un, parce qu'il nous réconciliait avec le futur. Un futur du chaos climatique, de l'effondrement de la biodiversité et des injustices, personne n'a envie d'y aller.
Et donc, c'est ce débat nauséabond qu'on a où on réécrit le passé, où on se bat sur le passé. Un pays qui se bat sur le passé, c'est un pays qui ne se projette plus dans l'avenir. Moi, je veux qu'on se projette dans l'avenir. Et quand on se projette dans l'avenir, ce qui est fort, c'est qu'au fond, on recrée de la mobilisation et de la réconciliation entre nous. Parce que finalement, on se donne des objectifs communs qui, on le voit bien, vous l'avez vu dans mon projet, ne laissent personne au bord de la route, fait confiance aux forces vives de notre pays. Parce que la société qui va bien, elle n'est pas inventée, elle existe déjà.
Les fermes, les entreprises, les centres de recherche, les associations, les citoyennes, les citoyens engagés qui font des trucs extraordinaires, ça existait déjà. sauf qu'avec les gouvernements qu'on a eus jusque-là, conformisme, ambiguïté, complaisance d'avis des lobbies, toutes ces initiatives qui réussissent, c'est en marge des politiques publiques. Moi, je les mettrai au cœur des politiques publiques. Et ce sera un beau projet et ça va être le beau débat de la campagne présidentielle des semaines qui viennent.
Il y a une tradition dans notre émission, c'est la question de la rédaction et ce n'est pas Loma Moritz qui, chez nous, suit les questions de l'écologie, de l'environnement qui va vous la poser. Monsieur Jadot,
durant toute la durée du quinquennat, vous avez dénoncé la proximité d'Emmanuel Macron avec les lobbies. Alors, j'aimerais vous demander, si vous êtes élu, comment comptez-vous très concrètement empêcher ces lobbies d'avoir une influence sur votre politique et sur le Parlement ?
Merci. Effectivement, on fera une loi de séparation du public avec les lobbies. Ça veut dire très clairement, aujourd'hui, transparence totale sur tous les rendez-vous, toutes les rencontres. On sortira les personnes à conflit d'intérêts de tous les comités d'experts qui sont censés recommander ce qu'est l'intérêt général et qui servent l'intérêt privé. On contrôlera de manière beaucoup, beaucoup plus efficace les allers-retours entre le public et le privé.
Parce que la réalité, c'est qu'on voit, et on le voit déjà là, en fin de quinquennat, tous ces conseillers ministériels, ces ministres, qui à un moment donné ont prétendu servir l'intérêt général et qu'on retrouve comme par hasard dans les grands groupes qu'ils étaient censés contrôler.
Eh bien moi, ce ne sera plus Total, ce ne sera plus EDF, lobby nucléaire, ce ne sera plus la FNSA, ce ne sera plus Monsanto, Bayer qui feront nos politiques publiques, ce ne sera des fonctionnaires, des fonctionnaires qui sont toujours heureux de servir l'intérêt général quand on leur donne les moyens, et puis il y aura un contrôle citoyen, public, démocratique, des politiques publiques pour garantir qu'effectivement on sort les lobbies des politiques publiques. Mais à un moment donné, vous savez, c'est aussi de la volonté politique au-delà de toutes les règles.
Quand le président de la République laisse table ouverte à l'Élysée aux chasseurs, c'est qu'il a reconnu lui-même que c'est les chasseurs qui devaient faire la politique publique. Quand il revient en permanence sur la lutte contre les pesticides, il a reconnu que c'était Monsanto qui était plus important pour lui que la santé des Français, la protection de l'environnement avec notre agriculture. Donc c'est à la fois des règles très strictes que nous mettrons en place pour organiser l'imperméabilité des intérêts et puis c'est évidemment surtout une volonté politique de servir l'intérêt général.
Et il y a un truc qu'on ne peut pas reprocher aux écologistes parce que ça fait 30 ans en tout cas que moi je me bats pour l'écologie et la solidarité, c'est qu'au bout de 30 ans à se battre contre les lobbies, à se battre contre des puissances très installées, très organisées. Ce n'est pas maintenant que je vais lâcher et ce ne sera pas au moment où j'arriverai à l'Elysée que je vais lâcher
face au lobby. Une dernière question avant de nous séparer. En préparant cette émission, une consoeur qui m'assistait dans la préparation a fait un magnifique tableau où elle compare l'ensemble des programmes. Et en regardant ce tableau, on s'est aperçu quand même qu'il y a beaucoup de convergence entre votre programme et celui de Jean-Luc Mélenchon. Ma question, elle est simple. Vous êtes les deux seuls programmes à porter la question de l'environnement de manière détaillée et réaliste. Ce n'est pas du greenwashing de programmes économiques que vous faites. Il y a une vraie préoccupation. Pourquoi, au cœur de la gauche, ces deux programmes n'arrivent pas à faire quelque chose
ensemble ? Écoutez, vous savez, moi, au printemps dernier, j'avais essayé de réunir tout le monde, toute la gauche. On avait eu de longues discussions avec Jean-Luc Mélenchon. Voilà, il ne souhaitait pas qu'on travaille ensemble à un projet, mais on a aussi des divergences. Il ne faut pas se raconter d'histoires. Lesquelles ? Et qui peut être légitime dans une élection de premier tour. C'est le rapport à l'Europe, notamment. Moi, je pense que pour faire face aux puissances économiques du monde, pour faire face aux dictatures, on a besoin du rapport de force européen. Pour lutter contre le dérèglement climatique, on a besoin de la puissance industrielle européenne.
Donc, moi, je suis un pro-européen convaincu. Ça ne veut pas dire que je ne vois pas en étant député européen les faiblesses de l'Europe. Mais je suis convaincu que la France, c'est ma maison et que l'Europe, c'est mon village et qu'on a besoin de l'Europe pour peser dans le monde, y compris sur nos valeurs. Jean-Luc ne pense pas la même chose. Aujourd'hui, vous savez, sa proposition, c'est le opt-out, c'est-à-dire qu'au fond, il y a un certain nombre de sujets où on ne veut pas des règles européennes, on en sort. Le problème, c'est que ce système-là, si tous les pays l'appliquent, il va nous rester quoi en commun ? Il nous restera quoi face à la Chine ? Quoi face à la Russie ?
Quoi face aux États-Unis ? Quoi face aux GAFAM ? Donc on va juste se battre, nous, la France avec nos petits bras pour essayer d'avoir un modèle social plus fort, essayer de lutter contre le dumping fiscal tout seul face au reste du monde ? Moi, je veux l'Europe. Et au fond, je suis convaincu que notre seul moyen de peser face à ces grandes puissances étatiques, économiques, face aux dictatures, c'est la France forte dans une Europe puissante. Et puis, il y a une deuxième chose qui nous différencie avec Jean-Luc, c'est le rapport à la démocratie. Je ne doute pas que Jean-Luc défend la démocratie en France.
Simplement, quand il y a 120 000 soldats russes à la frontière ukrainienne qui menacent d'envahir, Poutine, on l'a vu en Syrie, il a bombardé les populations, on l'a vu en Tchétchénie, on l'a vu en Georgie, on l'a vu en Crimée, le Poutine, on le connaît, c'est un dictateur, ça s'appelle. Et quand il y a 120 000 soldats russes qui menacent d'envahir l'Ukraine parce que l'Ukraine veut devenir une démocratie, Jean-Luc Mélenchon, il dit que c'est la faute des Américains. Moi, je dis que c'est la faute de Poutine et que c'est un dictateur. Donc, ce n'est pas rien, cette différence-là. Parce que moi, la démocratie, je la défends partout.
Je pense qu'elle est aussi forte, aussi légitime et ça reste le même combat en Chine, en Russie ou en France. Quand Jean-Luc n'arrive pas à voter sur le fait que c'est un génocide contre les Ouïghours et qu'il est ambigu sur le régime chinois, ça me pose un problème. Parce que c'est des millions de personnes qui souffrent, qui sont persécutées et qui font l'objet d'un crime contre l'humanité. Moi, ça ne passe pas. Voilà.
Eh bien, merci Yannick Jadot. Merci. Sous-titrage Société Radio-Canada
Yannick Jadot