GILETS JAUNES : COMMENT FAIRE PLIER MACRON ? - VRAIMENT POLITIQUE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 34 %Attaque 50 %Défensif 16 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse partielle
Comment faire plier Macron selon vous ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Pourquoi cette liste aux européennes est-elle rejetée par les Gilets jaunes ?
- 8:00RelanceRéponse directe
Ingrid Levavasseur a-t-elle trahi le mouvement en lançant cette liste ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'un mandat impératif ?
- 16:00OuverteRéponse directe
Pourquoi les Gilets jaunes rejettent-ils la politique partisane ?
- 22:00OuverteRéponse directe
Commercy est-elle un modèle de démocratie directe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:00Maxime NicolleFait
« Quand on veut fonder un parti et rester dans la logique de ce mouvement, c'est un mouvement qui n'a pas de chef ni de leader et où on veut mettre en place un référendum d'initiative citoyenne en toute matière sans limitation, on commence par faire ce qu'on demande quand on veut changer le système, on fait comme on voudrait que le système soit. »
- 14:00Maxime NicolleFait
« Le problème c'est que ces gens-là, du coup, sont d'une certaine manière et indirectement, des leaders naturels contre leur gré, et ce qui pose problème, c'est que, comme ils sont des leaders naturels, le fait qu'ils aient fait une liste, on les catalogue directement dans les Gilets jaunes. »
- 18:00Steven MathieuChiffre
« Quand on voit encore là, l'augmentation du prix des produits alimentaires de première nécessité, c'est presque 9 %. Quand on voit la fin des tarifs réglementés pour les énergies, quand on voit les réformes des retraites, quand on voit aussi les 120 000 postes de fonctionnaires qui vont être supprimés, c'est complètement l'inverse de ce qu'il faudrait faire pour éteindre le feu qui est en train de prendre dans le pays. »
- 24:00Frédérique LouisFait
« Nous dans notre lutte, c'est nous qui avons le pouvoir. Il n'y a pas de chef-fe autoproclamé-e, Il y a des idées, forcément qu'il y a des gens qui sont à l'initiative de certaines idées ou qui sont plus à l'aise mais après on rediscute tous ensemble, on est tous au même niveau, et à partir de là on vote ce qu'on fait vraiment. »
- 32:00Steven MathieuFait
« On a tous les quatre une couleur différente et tout les quatre un genre différent. Ben, ça nous empêche pas de discuter, ça ne nous empêche pas d'avancer ensemble et ça ne nous empêche pas d'avoir les mêmes problèmes à remplir un frigo, mettre de l'essence dans sa voiture etc. »
- 38:00Steven MathieuFait
« Un migrant qui arrive a des avantages qu'un SDF par exemple ne pourrait pas avoir, c'est un sujet qui divise, alors qu'il ne devrait pas diviser. »
- 46:00Steven MathieuFait
« On sait d'où viennent les problèmes parce que on se pose les questions. Aujourd'hui celui qui touche des milliards essaie de faire croire à celui qui touche 1300 euros par mois que c'est celui qui à 500 balles par mois qui la cause du problème alors que non c'est celui qui touche des milliards la cause du problème. »
- 52:00Steven MathieuFait
« Il faut qu'on redéveloppe l'éducation populaire. L'éducation populaire, c'est apprendre ce qui se passe dans la société… En tout, en tous points, il y a des personnes qui n'arrivent pas à remplir une fiche de soins quand ils vont voir le médecin. »
- 0:10Fait
« On fait le travail des partis politiques qui n'ont pas réussi à le faire depuis 40 ans »
- 0:50Fait
« Il y a des partis qui n'ont jamais essayé ça. C'est pas le but d'un parti politique, sauf "En Marche" »
- 2:00Fait
« Moi je pensais vraiment que la politique c'était pour faire avancer un pays, on va se mettre d'accord. »
- 3:20Fait
« Le racisme là-bas n'existe quasiment pas. Très peu, c'est pour les "métros" qui arrivent là-bas en se disant "ici c'est la France" ! »
- 7:30Fait
« La politique ne doit être rien d'autre que le peuple. »
- 10:50Fait
« La vie n'est pas un jeu, la vie c'est des personnes âgées qui meurent seules, des mères de familles qui n'arrivent pas à nourrir leurs gosses. »
- 13:20Fait
« Il y a deux façons d'être écouté dans ce pays, soit la violence, soit taper au porte-monnaie. »
- 18:20Fait
« Le droit de grève est inscrit dans la Constitution. »
- 30:50Fait
« Macron démission, c'est la démission de ce système-là plutôt. »
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
[Générique] – Bonsoir à tous. Les semaines passent, depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, ce sera l'acte XII ce week-end, et rien ne semble pouvoir faire céder un gouvernement qui préfère éborgner et persécuter, plutôt que de revenir sur les privilèges fiscaux de la caste et n'a, jusqu'ici, fait que des concessions mineures aux demandes de la rue. Face à cela les Gilets jaunes cherchent une stratégie.
Alors qu'on apprenait la naissance d'une liste très controversée aux européennes il y a une semaine, un appel à la grève générale illimitée circule désormais sur les gros groupes de Gilets jaunes pour le 5 février prochain, la poursuite des protestations ne fait aucun doute. Reste à trouver un débouché politique à ce soulèvement mais les Gilets jaunes se déchirent parfois sur la question : Alors comment faire plier Macron ? Ce soir, en direct, le live Vraiment Politique du Média cherchera à penser la suite à donner à ce mouvement.
Pour en parler ce soir, laissez-moi vous présenter tout de suite Maxime Nicolle, connu aussi sous le nom de Fly Rider, un des Gilets jaunes les plus populaires, un des initiateurs aussi du mouvement avec Éric Drouet et Priscillia Ludovski, fondateurs du groupe Fly Rider Info-blocage sur Facebook. Frédérique Louis est avec nous aussi et Steven Mathieu deux Gilets jaunes de Commercy dans la Meuse, je précise que vous avez voté en AG votre présence ce soir au Média, donc on est content d'avoir passé l'épreuve, et je précise aussi que vous êtes porte-parole par mandat impératif. Vous expliquerez à ceux qui nous regardent ce qu'est un mandat impératif, c'est une bonne chose à savoir.
Teddy Lemaire, Gilet jaune d'Orléans… – Bonsoir … actuellement en recherche d'emploi Nous vous avons rencontré sur le terrain Teddy lors de notre reportage sur l'Acte IX à Bourges et votre discours nous a beaucoup intéressé et pour finir Samuel Hayat à ma gauche. L'intellectuel est à ma gauche. Il est séparé du peuple… Samuel Hayat, politologue, chercheur au CNRS, vous êtes notamment l'auteur d'un remarquable article sur les Gilets jaunes et la démocratie, qui s'appelle "Les Gilets jaunes et la question démocratique" que l'on peut retrouver sur le site "Lundi matin" et aussi sur le site de "Contretemps".
On le sait les Gilets jaunes ont une vive méfiance à l'égard de la politique partisane et rares sont ceux sur le terrain qui se réclament d'un quelconque parti, la politique politicienne a néanmoins fait un come-back dans leur paysage la semaine dernière avec l'annonce d'une liste aux européennes emmenée par Ingrid Levavasseur. "Gilets jaunes et la politique", ce sera la première partie de ce débat. | [musique] – Alors quelques précisions très importantes s'imposent sur la construction de ce plateau, sur cette émission, la tête de liste aux élections européennes Ingrid Levavasseur avait accepté initialement de venir ce soir et puis elle nous a fait savoir qu'elle ne souhaitait pas étaler ses dissensions avec vous Maxime Nicolle, parce que, je la cite, je ne la trahis pas, elle les estime "provisoires".
Donc vous nous direz tout à l'heure si vous pensez que ces dissensions sont provisoires. Hayk Shahinyan son directeur de campagne devait lui aussi être présent mais il a démissionné de son poste dans la semaine et s'est donc désisté pour ce soir. Aucun autre membre de la liste n'a accepté de venir ce soir ici défendre ce projet.
Nous avons essuyé 6 ou 7 refus. Je dis ça parce que c'est toujours désagréable de parler des gens en leur absence et ce n'est pas le cas ce soir, ce n'est pas notre volonté, réellement personne ne voulait sur le plateau du Média et notamment en présence de Maxime Nicolle défendre cette idée. Alors c'est provisoire Maxime Nicolle ses dissensions avec Ingrid Levavasseur ? – Je n'ai pas forcément de dissensions avec la personne, j'ai un désaccord profond avec la méthode employée pour fonder ce parti qui ira aux élections européennes.
Dans le sens où quand on veut fonder un parti et rester dans la logique de ce mouvement, c'est un mouvement qui n'a pas de chef ni de leader et où on veut mettre en place un référendum d'initiative citoyenne en toute matière sans limitation, on commence par faire ce qu'on demande quand on veut changer le système, on fait comme on voudrait que le système soit. Donc si on veut fonder une liste en vue d'aller à des élections européennes on passe par un référendum, on demande l'avis du mouvement et je pense qu'il aurait été majoritairement contre. Donc je n'ai pas de dissension avec la personne, par contre je considère qu'à partir du moment où elle veut monter une liste, qu'elle le fasse en son nom en tant que citoyenne, mais à part du mouvement, et sans reprendre l'anagramme qui fait penser au référendum d'initiative citoyenne puisque leur liste s'appelle le rassemblement d'initiative citoyenne et l'anagramme fait penser à ce pourquoi des gens se battent dans la rue depuis des semaines et leur demander leur avis aurait été déjà beaucoup plus correct, à mon avis. – Alors on va revenir sur cette affaire de liste aux européennes.
Vous aurez tous l'occasion de vous exprimer mais tout de suite à propos de demander l'avis aux Gilets jaunes, nous sommes allés dans la rue lors de l'acte XI du mouvement avec Katerina Ryzhakova nous sommes allées toutes les deux demander aux Gilets jaunes ce qu'ils pensaient de cette liste lors de la manifestation, partant de Nation jusqu'à Bastille, et voici ce que ça donne. – Monsieur, on a appris cette semaine qu'une liste Gilets jaunes se montait, qu'est-ce que vous en pensez ? – Je m'en fous, je m'en fous ça sent la récupération et la manipulation à plein nez donc voilà.
Une chose est sure c'est que je ne voterai pas pour eux. – Alors moi je suis tout à fait contre parce qu'elle est déjà politisée cette femme-là, Mme Levavasseur, je n'ai pas été consulté pour son élection. Je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui pensent comme moi, elle s'est autoproclamée – Vous pensez que la liste ira au bout ? – J'espère que non. – Les Gilets jaunes, il faut être honnête, il y a des gens qui ont des penchants d'extrême gauche, d'autres d'extrême droite, on ne peut pas faire une élection, une liste.
Voilà çà s'appelle le populisme de mon point de vue, par contre je pense que les partis qui se présentent qui ont des listes qui se retrouvent et qui soutiennent Les Gilets jaunes devraient tous arrêter, se mettre autour d'une table, présenter une seule liste commune pour les mêmes revendications, voilà je pense que c'est l'unité de programme progressiste qui pourra nous faire avancer. – Ça arrive au moment où on voit bien que le mouvement des Gilets jaunes prend une autre tournure et donc c'est à la fois pour les diviser entre eux, mettre en avant la question électorale, c'est là dessus que Macron de toute façon si tant est que ce ne soit pas lui qui tire les ficelles de cette liste, essaye de se refaire une "virginité". – Faire une liste aux européennes c'est une véritable trahison pour le mouvement, elle avait le droit de se lancer mais de prendre les initiale du RIC pour faire son Ralliement "je sais pas quoi", déjà ça nous vole un terme qu'on essaye d'imposer à la population comme une bonne idée.
On a confiance les uns dans les autres, ce n'est pas pour autant que cette confiance doit être utilisée à des fins personnelles, et là c'est vraiment ça, ils ne nous ont pas demandé notre avis ni si on était d'accord pour une liste européenne. Moi ça ne m'inquiète pas Levavasseur aux européennes C'est juste que ce n'est plus des Gilets jaunes ces gens-là voilà. | [Trompette] – Alors je précise que le choix des intervenants, est tout à fait honnête, nous n'avons pas trouvé une seule personne pour défendre cette liste samedi sur le terrain.
Cette liste aux européennes est visiblement vécue comme le plan B du système et est rejetée assez largement chez les Gilets jaunes. Qu'est-ce que vous en pensez vous sur le plateau ? – Ce n'est pas une solution parce qu'aujourd'hui, si on veut contre Macron, faire une liste Gilets jaunes aux européennes c'est lui donner les armes pour sortir vainqueur de cette campagne Moi je pense qu'il faut laisser les partis d'opposition se battre contre lui et pendant ce temps les Gilets jaunes se structurent, s'organisent et se préparent pour l'avenir, mais aujourd'hui on n'est pas en mesure de faire ça.
Ce serait lui donner le bâton pour nous battre. – J'ai cru comprendre qu'à Commercy ce n'était même pas un sujet en fait, je me trompe ? – On l'a quand même abordé effectivement parce que la question des européennes s'est posée, et même des élections en général, et effectivement les européennes ne sont pas du tout à l'ordre du jour, pour les mêmes raisons, parce que ce sont des personnes qui s'autoproclament avec différentes listes qui ne font que diviser.
Même s'il y avait une liste qui pourrait être constructive, en fait cette question de la consultation, personne n'a demandé l'avis de personne, et nous justement on se bat contre ça. À Commercy notamment quand on a fait l'Assemblée des assemblées notre objectif c'était de discuter et voir ce qui était possible de faire ensemble. Après la question si les personnes avaient envie d'aller aux européennes pourquoi pas, mais de quelle manière, sous quel contrôle et c'est toutes ces questions-là qu'il fallait se poser avant d'imposer une liste en fait. – Alors on va tout de suite voir, à contrario ce que les représentants de la REM et les journalistes, les Christophe Barbier, les Romain Goupil, et les intellectuels que France2 nous propose notamment lors de cette dernière grande émission sur le grand débat.
Voilà ce qu'ils disent, eux, de cette liste. – Effectivement il y a un mécontentement et en fait moi quand j'ai entendu le discours de certains Gilets jaunes et notamment une partie de celui d'Ingrid Levavasseur, mais d'autres aussi, je me suis reconnue dans ce qui nous a motivé à la création d'En Marche derrière Emmanuel Macron. – Chacun est libre, dans notre pays, de constituer une liste, de porter ses idées, moi je préfère qu'on le fasse dans les urnes, à visage découvert, plutôt que planqué derrière des pseudos anonymes sur des réseaux sociaux ou cagoulé dans des manifestations avec des violences.
Là ça se fait à visage découvert, je crois que c'est plus sain. – C'est une bonne nouvelle. – Par rapport à ce que disait Guillaume, je trouve que, plus que Guillaume, c'est une excellente nouvelle qu'il y ait cette liste et d'autres listes, qu'il y ait des listes concurrentes qui rentrent dans ce jeu-là, à la différence des Gilets jaunes en colère. – Ça facilite évidemment le travail d'Emmanuel Macron qui voit une gauche classique complètement émiettée et des votes populistes rognés par les Gilets jaunes.
Si l'hypothèse se confirme et surtout, si une liste Gilets jaunes est capable de mener la campagne dans la durée, là ça devient très intéressant pour Macron, il aura continué à diviser, et quand on divise, on règne. – Bon et bien alors visiblement il y a des gens qui sont contents de l'existence de cette liste malheureusement ils ne sont pas chez les Gilets jaunes. Samuel, qu'est-ce que vous pensez de ce qui s'apparente quand-même à un naufrage depuis une semaine ? – Bon il y a la question un peu, on va dire, circonstancielle, celle du fait que cette liste se soit lancée sans consultation.
Et de ce point de vue, on peut évidemment se moquer de cette initiative, mais concrètement ça ne fait que reproduire d'autres initiatives et notamment celle d'Emmanuel Macron qui s'est lancée, au fond de la même manière, sans consulter qui que ce soit. Après, on voit ce que ça donne, c'est qu'il a gagné… – Il a gagné mais pas selon l'avis du peuple puisque tout le monde est dans la rue. – D'accord mais, je suis d'accord que ça crée des situations ensuite, pour le pouvoir, qui sont complexes, mais le système politique tel qu'il est fait, permet effectivement de construire des candidatures qui ne reposent sur rien.
Évidemment que derrière cette question circonstancielle, il y a une question plus stratégique qui est celle… en dehors de la question de la méthode de, bon : Comment on participe politiquement ? Comment on se structure ? Quel est le but que se donne un mouvement ?
Et de ce point de vue-là, c'est des divisions, sans vouloir nier la spécificité de la situation, c'est des divisions qui sont en fait aussi vieilles que le mouvement social et aussi vieille que l'histoire de la gauche. Alors je sais que la question de l'insertion des Gilets jaunes dans la gauche n'est pas forcément partagée par tous, mais en tout cas, cette question-là elle se pose à partir du moment où il y a un mouvement ouvrier, et à partir du moment où apparaît, notamment en 1848-1849, où apparaissent deux options stratégiques. Ceux, celles qui veulent, même si les femmes n'ont pas le droit de vote à ce moment-là, passer par une stratégie des urnes, c'est ce qu'on va appeler démocrates socialistes, c'est un peu les ancêtres de ceux qui vont être les socialistes, les communistes, France insoumise aujourd'hui etc. et d'autres qui vont s'appeler les socialistes purs qui disent : "nous on veut pas participer à la politique, on veut travailler à notre émancipation par nous-mêmes", et c'est un peu les héritiers du syndicalisme révolutionnaire, de l'anarcho-syndicalisme, peut-être de l'anarchisme.
Donc ce sont des vieux débats. Le fait qu'ils soient vieux ne veut pas dire que, là, ils ne sont pas intéressants, dans la manière dont ils se posent. Mais en tout cas, on ne peut pas juste balayer d'un revers de main, cette initiative-là, qui s'ancre dans une manière d'interpréter les façons de se battre. – C'est surtout la méthode qui pose problème.
Aujourd'hui moi je suis Gilet jaune, personne ne me connaît, si j'avais présenté une liste avec les collègues avec qui je travaille, on n'en aurait pas voulu. Elle est très médiatisée Ingrid Levavasseur, quand on pense "Gilets jaunes", on pense Maxime Nicolle, on pense Éric Drouet, on pense Priscillia, Ingrid Levavasseur et j'en passe. le problème c'est que ces gens-là, du coup, sont d'une certaine manière et indirectement, des leaders naturels contre leur gré, et ce qui pose problème, c'est que, comme ils sont des leaders naturels, le fait qu'ils aient fait une liste, on les catalogue directement dans les Gilets jaunes.
Le problème n'est pas qu'ils aient fait une liste, on est en démocratie, il y a des Gilets jaunes qui pensent que c'est en renversant le pouvoir qu'on va y arriver, et il y en a qui pensent que c'est en faisant une liste par la voie démocratique. Le problème n'est pas là, le problème il est qu'ils ont pris ce qui appartient aux Gilets jaunes pour faire une liste aux européennes. C'est ça, je pense, qui dérange les gens aujourd'hui. – Frédérique… – Je voudrais juste soulever un point, Vous venez de dire c'est le côté ouvrier, ce mouvement, mais en fait pas du tout. ce mouvement, mais en fait pas du tout.
Le mouvement des Gilets jaunes… – Oui, je parlais historiquement… … Parce que ce mouvement aujourd'hui c'est pas un mouvement de classe ouvrière. – je parlais historiquement, le mouvement ouvrier se construit sur ces questions, et avec les mêmes éléments, c'est à dire, ils nous reprennent nos mots. Les socialistes purs, qui défendent la république démocratique sociale disent : "C'est pas normal, les démocrates socialistes se présentent aux élections au nom de la république démocratique et sociale, mais non, la république démocratique sociale c'est pas dans les urnes, c'est nos mots et on se les fait prendre".
On est vraiment dans des choses qui sont parallèles, juste des analogies évidemment quand on revient dans l'histoire. – C'est du raccourci… – Je ne qualifiais pas le mouvement Gilets jaunes de mouvement ouvrier. – Non parce qu'aujourd'hui on a quand-même des chefs d'entreprises, petites | et moyennes entreprises comprises, qui ne veulent plus de ce système de représentation.
Pourquoi ? Parce qu'une fois qu'on a voté… c'est fini. On n'a plus notre mot à dire.
Et le problème c'est que dans la période de 5 ans où on n'a plus notre mot à dire, il y en a des choses qui se passent, et pas que des bonnes et malheureusement, alors là, E. Macron se défaussera peut-être en disant que c'est la politique durant 30 ans qui a amené à cette situation, en attendant, il ne fait rien qui pourrait aller dans le sens de la population. Quand on voit encore là, l'augmentation du prix des produits alimentaires de première nécessité, c'est presque 9 %.
Quand on voit la fin des tarifs réglementés pour les énergies, quand on voit les réformes des retraites, quand on voit aussi les 120 000 postes de fonctionnaires qui vont être supprimés, c'est complètement l'inverse de ce qu'il faudrait faire pour éteindre le feu qui est en train de prendre dans le pays. Quand je dis le feu, 'est le feu de conscience. Les personnes commencent à s'émanciper au niveau de la conscience, et ça il ne l'arrêtera pas, qu'il y ait des leaders ou qu'il pense qu'il y en ait alors qu'il n'y en a pas.
Il pourra médiatiser Éric, moi ou n'importe qui, pendant des semaines, sur des plateaux de télévision, pour les démonter ouvertement, il y a des gens partout sur le territoire, qui n'ont absolument pas besoin ni de moi ni d'Éric Drouet, ni de Priscillia Ludovski pour continuer à faire ce qu'ils font et c'est très bien comme ça. – Alors on le voit cette liste est massivement rejetée. Elle est susceptible de classer E.
Macron au 1er tour des européennes. On sait ce que ça veut dire. Est-ce que pour autant, on voit que la politique partisane est massivement rejetée chez les Gilets jaunes, pourtant à bien des égards les Gilets jaunes, sont en train de réinventer la politique, ils sont en train de reprendre en main la gestion et la délibération des affaires communes de la cité.
Est-ce qu'il n'y a pas un problème, je vous pose la question Teddy, ou Maxime Nicolle, à voir les Gilets jaunes hérissés à chaque fois que le mot politique est lâché ? – Le mot politique… c'est devenu presque un gros mot. La politique de métier, la politique professionnelle, la politique politicienne, tous les mots qu'on peut mettre là-dessus, pour les gens maintenant, c'est associé, au mensonge, à la trahison, aux belles paroles.
Combien de personnes vous avez entendues dans votre entourage qui vous disent : "Une fois qu'ils ont fini leur campagne, c'est fini, on les reverra dans 5 ans, on changera un pion par un autre et ce sera la même chose." Tout ce qu'on a à faire c'est d'aller travailler, de prier pour qu'on puisse finir de payer le prêt de la maison et remplir le frigo. C'est comme ça que ça se passe depuis des années, à part pour ceux qui sont très à l'aise avec leur salaire, et qui sont pas touchés par ce que peut vivre quelqu'un qui ne s'en sort pas, mais c'est très peu de la population au final, et on le retrouve dans les chiffres : 26% je crois ont voté Macron, entre 70 et 80% de la population est favorable au mouvement des Gilets jaunes.
Voilà je pense qu'un président rêverait de faire entre 70 et 80% aux élections. Sauf que ce n'est jamais le cas, pourquoi ? Parce qu'encore une fois, le système de représentation aujourd'hui, représente une minorité de la population, et laisse les autres attendre tous les 5 ans de savoir, ce qui va leur tomber sur la tête. – Teddy Lemaire, ce discrédit de la politique ? – En fait Maxime le résume très bien, les gens sont dégoûtés de la politique.
Cependant il ne faut pas avoir peur du mot "politique", parce que je pense que la politique n'est que l'otage de gens véreux du système capitaliste, qui ne pensent qu'à l'argent et ces gens-là, assoiffés d'argent se sont emparés du pouvoir politique. Et là c'est très très grave. Il faut justement que le peuple français soit capable de se réapproprier la politique pour inventer la politique de demain, pour créer la politique de demain.
Et il n'y a qu'au travers de cette politique qu'on sera capable de créer la société de demain. C'est quand-même la politique qui nous a mené à travers des décennies et des décennies jusque là. Qu'elle soit bonne ou mauvaise, et aujourd'hui de toutes façons on ne pourra pas rejeter ça.
Il faut juste se l'approprier pour nous et vraiment que pour nous, et changer tout ce système, c'est comme ça que je vois les choses. – Frédérique, avez-vous l'impression de faire de la politique à Commercy ? – Non on ne fait pas de politique à Commercy, on n'en parle même pas de toute façon donc, on recommence tout par la base.
Dès qu'il y a une idée, on se réunit tous, et on vote tous à main levée c'est comme ça pour tout ce que l'on fait : zéro politique. – Mais c'est vrai que c'est de la politique mais pas la politique telle qu'on l'entend, c'est de la politique au sens noble du terme. C'est la démocratie, c'est le peuple qui a le pouvoir.
Nous dans notre lutte, c'est nous qui avons le pouvoir. Il n'y a pas de chef-fe autoproclamé-e, Il y a des idées, forcément qu'il y a des gens qui sont à l'initiative de certaines idées ou qui sont plus à l'aise mais après on rediscute tous ensemble, on est tous au même niveau, et à partir de là on vote ce qu'on fait vraiment et c'est vraiment extraordinaire parce que les gens se sentent réinvestis et ont envie de se saisir de la politique au sens vraiment noble du terme mais, quand on prend en considération leur parole. – Vous vous réappropriez la politique pour vous, votre politique bien sûr. – On est tous au niveau des exigences, on considère qu'on veut repartir de la base.
Qu'on sait si on fait ça complètement, on se dit que le mot politique, l’étymologie du mot politique c'est gestion de la cité. Pourquoi au lieu de vouloir s'accrocher à un mot qui a été bafoué, qui a été volé, on n'en revient pas à la base, en disant non, on ne fait pas de politique, on fait de la gestion ? – On n'est pas politiciens, on est gestionnaires. – Oui pourquoi pas ? – Comme ça on évite l'amalgame qui risque de se passer parce que ça s'est vu, ou les médias vont dire : ça y est les Gilets jaunes deviennent politiciens, ils rentrent dans la politique non, On revient à la base, et la base c'est la gestion. – Bien sûr, on est parfaitement d'accord. – C'est une idée hein !
Le fait de revenir à la base de ce mot-là prend tout son sens vu qu'on veut revenir à la base de tout, ça évite de se faire récupérer par des mots… – Samuel Hayat, je pense que vous ne serez peut-être pas tout à fait d'accord avec ce qui vient d'être dit, par nos Gilets jaunes ce soir, parce que, si j'ai bien compris votre argument, dans "Les Gilets jaunes : la question démocratique" vous êtes entièrement d'accord évidemment sur le rejet, la critique de la politique partisane, mais ce que vous appelez la politique entièrement citoyenniste, c'est-à-dire à coups de référendums horizontaliste entièrement etc. vous paraît avoir des limites – Oui mais il ne s'agit pas d'être d'accord ou pas d'accord avec un constat, il s'agit de dire que, de fait beaucoup de personnes le font, qu'on refuse la politique, on refuse la politique partisane, on refuse gauche-droite etc. Mais je pense que c'est tout à fait symptomatique quand on en arrive à dire : il ne faut pas de la politique, il faut de la gestion… Qui tient ce discours-là ?
Qui l'a fait rentrer dans la sphère publique ? Ça ne veut pas dire que ça suffit à le rejeter mais c'est Macron, c'est les experts, c'est les technocrates, c'est l'idée selon laquelle au fond ces histoires droite-gauche etc. c'est trop vieux, c'est du passé, il faut remplacer ça par en gros un esprit, justement un esprit gestionnaire un esprit pragmatique sauf que, et je ne dis pas qu'il n'y a pas de différences – On ne veut pas une start-up nation, nous, on veut une gestion du pays qui permette à tout le monde d'avoir un équilibre – Bien sûr, la différence c'est la question de dire qui est titulaire de la gestion.
Est-ce que c'est des experts, le règne des experts, ou est-ce que c'est le règne des citoyens ? Et évidemment qu'il ne s'agit pas de dire que c'est la même chose. Mais il y a quelque chose de commun dans cette manière de voir la politique, pas la mauvaise politique, la politique en tant que gestion, comme une série de problème à résoudre les uns après les autres et au fond le faire par des experts ou le faire par des référendums, je ne dis pas que c'est la même chose mais qu'il y a une idée commune qui est qu'en gros la politique n'est pas l'espace d'un affrontement conscient réflexif entre des projets qui sont différents.
Des projets qui peuvent s'appuyer sur des bases de classes, en tout cas de groupes qui sont différents. Et il me semble qu'il y a là dans cette dépolitisation de la politique, que toute une série de personnes dont Macron est le dernier représentant, ont imposé, qu'il y a quelque chose qui peut amener vers une dépolitisation. Mais là, pour le coup, une dépolitisation pas en un sens qu'on peut juger démocratiquement désirable.
Une déconflictualisation, une sorte de remplacement. Ceci étant ce n'est pas possible de revenir, il me semble que ce n'est le projet de qui que se soit dans le mouvement des Gilets jaunes, de revenir à une vieille politique, professionnalisée avec ses vieux partis et ses vieux clivages, donc tout le jeu c'est de penser qu'est-ce que ça peut être une politique qui soit à la fois démocratique dé-professionnalisée, mais qui n'abandonne pas cette idée du conflit partisan – Ça me dérange quand vous parlez de Macron en tant que novateur dans ce milieu-là parce ce qu'il s'est juste servi de ce dont le peuple avait besoin. Quand il était à Bercy, il s'est dit quoi ?
M. Hollande n'était pas très bien, il y avait la montée des extrémismes, il s'est dit il va falloir que j'invente quelque chose de nouveau si je veux pouvoir prendre le pouvoir. Je pense que le peuple avait besoin de quelqu'un qui dise : "On ne veut plus de cet hémicycle gauche-droite extrême gauche-extrême droite, on veut juste le peuple" et avec son idée de mouvement de dire je vais faire du porte à porte, je vais vous écouter, il a juste utilisé le peuple pour ses ambitions personnelles.
Moi, c'est juste ça qui me dérange – Avec le porte-à-porte qu'il a fait, ce sont les gens à qui il a toqué à la porte qui sont dans la rue aujourd'hui parce qu'il a utilisé cette envie démocratique de renouveau, à dire qu'il y aura des gens du civil qui seront à l'Assemblée et qui finalement n'est plus qu'une chambre d'enregistrements, en plus avec les ordonnances Macron etc. il n'y a rien de démocratique dans ce qu'il propose au niveau de sa politique, et surtout rien d'égalitaire au niveau fiscal, au niveau social. Enfin je pense que c'est l'un des pires présidents qu'on ait eu. – Il est en train de tout déconstruire en voulant reconstruire quelque chose que personne ne veut. – C'est pour ça que je disais, n'en déplaise à certains que la politique n'est que l'otage de gens véreux, parce dans l'idée, si par exemple demain c'était toi qui te présentais à la porte des gens et qui disais "maintenant on balaye tout ça : les partis, et c'est le peuple et rien d'autre que le peuple" ta cause serait très noble.
Et il a pris en otage cette façon de faire pour continuer à faire quelque chose de mal et de ne penser qu'à lui, et il ne pense pas à autre chose qu'à lui. Dire, je ferai une liste de citoyens, une liste législative ce sera des gens du peuple et au final il réunit tout le monde à Versailles en disant maintenant c'est comme ça que ça se passe, si vous n'êtes pas contents vous quittez le mouvement. Non ! enfin je veux dire, même au sein de son propre mouvement, il n'y a même plus le droit d'y avoir des frondeurs.
On les appelle comme ça, sous Hollande les frondeurs étaient réputés, on à le droit d'être dans l'opposition mais on a le droit aussi d'être dans le parti majoritaire et dire : Je ne suis pas d'accord. – Enfin ils ont tous été virés du gouvernement ce n'était pas non plus tout rose. – Non, je ne dis pas que ça l'était mais ils étaient bien là.
Aujourd'hui on ne peut plus parler dans la République en Marche de frondeurs, ils sont directement mis sur le côté. Je sais bien que ce n'était pas tout rose sous le gouvernement Hollande mais sous ce gouvernement-là on avait quand même le temps d'en entendre parler Ils avaient le temps de souffler. – Alors on va passer tout de suite à une seconde partie de la soirée sur les différentes tendances qui ont émergé chez les Gilets jaunes et qui portent différents projets qu'on qualifiera ou pas de politiques, je ne sais plus si j'ai le droit de le faire… | [musique] Alors on parle, depuis quelques semaines, de trois tendances finalement qui ont émergé chez les Gilets jaunes, je ne sais pas si vous serez d'accord ce soir sur le plateau.
Premièrement il y a la "France en colère" dont vous étiez proche à l'origine Maxime Nicolle et puis "Fly Rider infos blocage", votre groupe c'est à dire les figures les plus en vue les plus suivies de ce mouvement, on ne peut pas les qualifier de leaders, ça n'aurait pas de sens même si ça arrangerait le ministre de l'Intérieur bien sûr. On peut dire ce qui fédère ce groupe-là c'est la demande du RIC, la demande d'une baisse des taxes sur les produits de première nécessité. Je pense à la pétition lancée par Priscillia Ludowski et puis la question aussi du salaire des élus, la question du privilège.
Il y a une seconde tendance chez les Gilets jaunes, une tendance plus horizontaliste plus politisée à gauche aussi. On va en discuter mais elle est quand même incarnée d'une certaine façon par les Gilets jaunes de Commercy. Et puis il y a bien sûr cette nouvelle tendance de Gilets jaunes qui veulent se structurer comme un parti politique et dont Ingrid Levavasseur porte jusqu'ici les couleurs.
Est-ce qu'il y a de grandes différences selon vous, irréconciliables, entre ces différents courants ? – Je ne pense pas parce qu'il y a toujours un début dans quelque chose et ensuite les choses évoluent et elles ont une finalité. Le groupe qui a fait "la France en colère" et "Fly Rider infos blocage"… Moi je fais de la diffusion d'information, en aucun cas je choisis pour les autres.
On a discuté un peu tout à l'heure et par exemple dans le groupe "Fly Rider infos blocage", je suis celui qui a créé le groupe mais je n'y ai aucune place au dessus de quelqu'un d'autre. C'est-à-dire que je suis révocable à tout moment par les membres du groupe. – Je vous coupe une seconde, vous disiez ça dans votre live du 14 janvier.
Maxime Nicolle vous disiez que vous pouviez être révoqué à tout moment, alors quelle est la procédure pour révoquer Maxime Nicolle ? – C'est un vote à la majorité comme ce qu'ils font. On est 16 modérateurs plus moi, donc 17 personnes.
S'il y a plus de la moitié des personnes qui considèrent que je suis plus dérangeant dans ce que je fais, que j'apporte plus de choses négatives que positives dans ce que je fais ou qui peut nuire au mouvement dans sa globalité, comme ce que je diffuse ça a beaucoup d'impact, je peux nuire à plus que 17 personnes. Je peux nuire à plus de 171 000 personnes sur le groupe, plus les diffusions qu'il y a autour donc je ne peux pas me permettre de faire n'importe quoi. Si on sors du cadre de, à la naissance de ce groupe : apolitique, a-syndiqué, non-religieux, non raciste, tout ce qui est irrespectueux envers l'être humain, disons cela pour simplifier.
Si je sors de ce cadre alors je suis révocable à tout moment, par n'importe quel membre tant qu'il y a au moins la majorité. C'est le système qu'on veut mettre en place, et puisqu'on veut le mettre en place, et on le met partout en commençant à se l'appliquer à soi-même. – Les Gilets jaunes de Commercy souvent, je vous ai écoutés, vous mettez en garde contre les différentes tentatives de récupération du mouvement, et notamment contre la confiscation de la parole par différents porte-parole non-élus, non-désignés démocratiquement.
Qui visez-vous exactement quand vous parlez de ces porte-parole non élus ? Est-ce que ce sont les gens qu'on a commencé à voir surgir sur les plateaux de télévision dès le début du mouvement ? Est-ce que ce sont les gens aujourd'hui qui vont aux européennes ?
Est-ce que finalement, peut-être vous visez à travers ça les administrateurs de "La France en colère", qui de-facto, ont un poids énorme par les informations qu'ils font ou non circuler ? Je pense qu'en fait nous, on pense pour être tout à fait honnête que La France en colère, et à Fly Rider on peut être complémentaires par rapport à notre système. Aujourd'hui, il y a une révocabilité par exemple et c'est important, personnellement, je ne le savais pas et je trouve que c'est une bonne chose.
Ils ont aussi un rôle fédérateur en tant qu'initiateurs du mouvement et un rôle d'information avec des vidéos où les gens n'ont pas une connaissance politique approfondie. Le fait d'avoir une personne à qui se référer, à un moment donné pour donner certaines explications sur le mouvement, avoir une autre parole, c'est une bonne chose. Nous on est vraiment sur l'horizontalité.
Ce qu'on souhaite c'est que par exemple, "La France en colère" appelle les gens à se structurer par eux-mêmes à la base. C'est le message qu'on veut porter. À un moment ça va devoir muter, Là les gens sont tournés beaucoup vers des gens à qui la parole est donnée parce qu'ils ont besoin d'avoir une personne vers qui se tourner et écouter.
À un moment donné, je pense que vous devrez appeler les gens à se structurer par eux-mêmes sur la base, pour qu'ils puissent d'eux-mêmes se mobiliser et reprendre la question démocratique par la base. – Ce qui est en cours d'ailleurs avec le groupe dont je vous ai parlé, le fait de rassembler les porte-parole et que les porte-parole soient, comme vous le faites à Commercy, élus de façon démocratique, révocables aussi etc. Quoi qu'il arrive, c'est ce que j'avais dit dès le départ sur mon groupe, à partir du moment où ce mouvement va se structurer, moi je n'y aurai plus ma place.
Je ne ferai pas partie des personnes qui représenteront ce mouvement, politiquement si ça doit tourner en politique, ou pas politiquement si ça ne tourne pas en politique. Je n'aurai pas ma place. Ma place c'était de transférer de l'information, aider les gens à prendre connaissance de certaines informations.
Une fois que ce mouvement va évoluer sur quelque chose de plus structuré, moi je n'aurai plus ma place. Et je retrouverai ma petite vie tranquille… – On va tout de même expliquer aux gens qui nous écoutent ce soir, puisque tout le monde ne le sait pas, je pense, ce qu'est l'expérience actuellement menée à Commercy. Commercy est une petite ville ouvrière de la Meuse, de 5700 habitants, une petite ville qui a connu des décennies d'effondrement industriel.
Un certain nombre de Gilets jaunes est en train d'y mener une expérience de démocratie directe qui intéresse beaucoup, très au-delà de la ville, otamment beaucoup d'intellectuels sont très fascinés par ce que vous êtes en train de faire. On va tout de suite écouter le texte qui a été lu dimanche dernier, après le week-end un peu particulier, vous allez nous expliquer de quoi il s'agissait, de l'Assemblée des assemblées. – Forts de la diversité de nos discussions, en ce moment-même des centaines d'assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications.
Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique et à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, Constituante, fin des privilèges des élus…) , la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…) l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité, (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…) . – Nous, Gilets jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre.
Nous appelons à poursuivre les actes, (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14…) , à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs, pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main, ne restez pas seuls, rejoignez-nous ! – Alors qu'est-ce qui s'est passé à Commercy le week-end dernier, et comment vous définiriez tous les deux l'esprit de Commercy ? – On a eu l'idée d'essayer de faire une coordination nationale en appelant plusieurs groupes de toute la France, à venir nous rejoindre dans notre petite Meuse.
On a été très surpris quand même du nombre de participants et… – C'était vraiment enrichissant, c'était la question de la rencontre. Voilà, nous, on avait fait un 1er appel à se constituer. Nous modestement, puisque depuis le début du mouvement à Commercy, on a fonctionné comme ça, on avait fait une réunion publique dans un bar et on a demandé aux gens ce qu'ils avaient envie de faire, on a voté, ça a commencé comme ça.
Et puis après, tous les soirs on s'est dit : on fait une assemblée et puis on voit si on continue le mouvement, parce que c'est une petite ville, on avait peur que ça s'essouffle assez rapidement… Et finalement non. Et puis un soir il y a eu une panne de micro parce que la parole était quand-même assez accaparée, les gens ne l'avaient pas vraiment. Il y a eu une panne micro et on s'est mis tous au même niveau, on s'est mis à discuter.
C'est une panne de micro qui a donné l'Assemblée des assemblées, c'est extraordinaire cette histoire-là. Et voilà, tous les soirs on a fait des assemblées, donc on est à plus de 50 là aujourd'hui, entre 30, 50, 60 personnes, ça dépend, où vraiment la parole est donnée à tout le monde, et on vote tout ce qu'on fait. On a fait jusqu'à acheter un cahier, aire des portes-clefs "Gilet jaune" à l'Assemblée des assemblées quoi.
Oui, c'est vraiment un truc un peu fou qui s'est passé. Mais vraiment, très modestement on a fait ça, on avait fait un 1er appel, qui avait été largement relayé puis un 2ème pour l'Assemblée des assemblées et à la suite de ça, on a demandé un travail aux groupes inscrits, pour les revendications, pour les faire remonter, pour faire une mise en commun, les suites à donner au mouvement, les positions à avoir sur… par les inscriptions politiques, sur les élections, qu'elles soient, européennes, municipales, ou des choses comme ça. Et voilà, c'est 75 groupes qui sont venus de toute la France pour essayer de construire un mouvement démocratique et par la base pour avoir une meilleure légitimité. – Vous souhaitez construire une vraie démocratie au sein des Gilets jaunes, c'est ce qui revient souvent dans vos déclarations.
Est-ce que ça n'est pas un peu illusoire, quand on voit les différences idéologiques de provenance entre tous les Gilets jaunes, quand on sait que certains sujets peuvent devenir extrêmement tendus quand on les met sur la table, notamment celui de l'immigration, celui des migrants, etc. – Excusez-moi de vous couper, mais je crois que c'est peut-être le seul sujet sur lequel, où c'est trop compliqué. Parce que, finalement tous les autres sujets, nous, on les a déjà abordés, et ça se passe plutôt bien, effectivement on n'arrive pas toujours à un consensus, mais ça se passe bien, on y arrive, et les gens respectent ça, et sont toujours là le lendemain même si leur voix n'est pas celle qui a été retenue. – On n'est pas toujours d'accord, mais, au final une fois qu'on a voté, s'il y a la majorité, on prend.
Tout est voté à la majorité. La question de l'immigration par exemple, il y a des gens qui sont dans notre groupe, que je n'aurais jamais côtoyés. Oui, un skin-head, une personne quoi, et lui même laisse cette question-là de côté parce qu'on se rend compte que c'est pas la question centrale en fait.
Qu'il y a une injustice dans tous les cas au niveau social, financier et que notre ennemi ne vient pas de la question de l'immigration mais du financier. Et justement l'immigration je crois qu'il y a une prise de conscience au niveau de ça, c'est un facteur de division et qu'ils ont largement appuyé sur ce facteur-là depuis des années et des années pour nous diviser, au delà des classes. – Samuel Hayat – je pense que là on est quand même au cœur de quelque chose qui pose problème.
Heureusement que… enfin, c'est pas l'immigration qui pose un problème, c'est le fait que, du coup, vous ne traitez pas une question du fait que vous essayez, que vous voulez rassembler un maximum mais que, du coup, la question du racisme la question de l'existence en France d'un racisme structurel, la question de… et puis pas seulement celle-ci hein, de tout un ensemble de questions, ben, ne sont tout simplement pas traitées parce que effectivement, et ça c'est quelque chose qui est là dès le départ, puisque c'est d'être inclusifs un maximum, on s'appuie sur quelque chose qui est commun mais c'est toujours la question de : commun à qui ? C'est-à-dire que par exemple, ne pas poser la question du racisme, ça pose la question de quelle place il y a, dans le mouvement Gilets jaunes, pour les personnes dont l'injustice subie, à tout premier titre, est le racisme et les injustices raciales et qu'est-ce qu'il en est pour les personnes qui sont victimes de l'homophobie, les personnes qui sont victimes du sexisme ? Là il y a quand même quelque chose q ui est là depuis le début du mouvement c'est vrai que… Vous pouvez inclure des skin-head, d'accord mais est-ce que vous pouvez inclure des victimes du racisme à côté d'une personne qui va tenir ces politiques racistes ? – C'est bizarre parce que dans les villes où je vais, la question ne s'est même pas posée.
Pourquoi ? Parce que dans tout les lieux où j'ai été, où il y avait des rassemblements, où il y avait des manifestations, eh bien il y avait des homosexuels, il y avait des arabes, des chinois, des rouquins, des petits, des grands, des femmes, des hommes, des handicapés et tout le monde discutait ensemble sans se poser une seule fois la question de savoir : "Tiens mais c'est vrai qu'hier j'étais raciste" mais en fait pourquoi j'étais raciste ? Parce que c'est une conséquence de ce qu'on m'implique tous les jours dans la vie.
Et finalement quand on a les mêmes intérêts commun, eh ben en fait, on est tous les deux pareils, avec nos différences. Christophe Barbier le dit très très bien : "diviser pour mieux régner". Il résume la chose.
Si aujourd'hui à Commercy ils ne parlent pas du racisme ou d'autres choses c'est parce que ça divise. Et c'est pas un problème. [incompréhensible, tout le monde parle] – C'est pas un problème dans le groupe mais c'en est un dans la société [brouhaha] – Est-ce que c'est le problème central dans la société ? – C'est pas un problème – Non !
Effectivement ce sera une question peut-être à traiter mais si on est au moins d'accord sur la majorité des autres questions politiques, économiques et sociales, eh bien autant qu'on reste au moins unis sur ces questions-là parce que on sait qu'on est écrasés par la finance et que les politiques accélèrent le processus et que la question de l'immigration c'est une question qui divise et pour l'instant c'est pas notre… voilà, c'est pas la question centrale. [Brouhaha] – Vous avez raison Steven c'est pas la question de fond de la société, c'est néanmoins la question qui était prioritairement mise en avant par un parti, le Front national, Rassemblement national aujourd'hui qui est arrivé quand même en 2ème position à l'élection présidentielle avec 10 millions de voix donc ce n'est pas non plus une question anecdotique – Mais ça c'est le jeu de la division, c'est le jeu de la peur. C'est un parti qui, malheureusement gagne des voix sur la division des gens sur un truc où il n'y a même pas besoin de se diviser.
Quand on est à une table, il y a une personne d'origine africaine, une personne d'origine algérienne, une personne d'origine nordique et puis moi, on a tous les quatre une couleur différente et tout les quatre un genre différent. Ben, ça nous empêche pas de discuter, ça ne nous empêche pas d'avancer ensemble et ça ne nous empêche pas d'avoir les mêmes problèmes à remplir un frigo, mettre de l'essence dans sa voiture etc. Un problème devient un problème quand on pointe le doigt dessus. – Et encore une fois c'est un problème parce qu'on veut que ce soit un problème.
C'est sûr on ne pourra jamais avoir zéro immigration, l'histoire est faite d'immigration. Mais pourquoi les pays africains veulent vivre mieux en Europe ? Voilà, ce sont des conséquences.
Si on fondait le système économique vraiment sur des échanges commerciaux plutôt que de faire croire qu'on a arrêté la colonisation des pays africains et qu'on va se servir chez eux. Pourquoi l'armée française est au Liban ? Pourquoi l'armée française est au Mali ?
Il n'y a que des questions d'argent, on se sert de la haine du peuple pour justement pouvoir continuer les petites magouilles dans ces pays-là parce qu'on aura endormi les gens en pensant que se sont des gens qui viennent se servir en France, de l'argent en France. Je pense notamment au fait qu'un migrant qui arrive a des avantages qu'un SDF par exemple ne pourrait pas avoir, c'est un sujet qui divise, alors qu'il ne devrait pas diviser. Parce que, aujourd'hui les SDF sont dans la rue pourquoi ? parce que l'État français considère que, s'ils sont dans la rue, c'est de leur faute, c'est eux qui sont sortis du système.
Et un migrant qui arrive en France il a tous les droits d'être aidé parce qu'il n'a pas de chance dans son pays alors que l'État français ruine les pays africains pour faire de l'argent et il n'y a pas besoin de débattre pendant dix ans sur des choses qui n'ont pas lieu d'être, ça ne sert à rien. – On connaît les causes maintenant, c'est ça qui fait le plus peur à l'État, c'est la prise de conscience. On sait d'où viennent les problèmes parce que on se pose les questions.
Aujourd'hui celui qui touche des milliards essaie de faire croire à celui qui touche 1300 euros par mois que c'est celui qui à 500 balles par mois qui la cause du problème alors que non c'est celui qui touche des milliards la cause du problème et c'est celui qui fait gagner des milliards la cause du problème. En l’occurrence la politique d'aujourd'hui, les politiciens d'aujourd'hui quand ils signent des contrats, qu'ils vendent des armes à des pays qui bombardent des civils et qu'après on vient nous faire croire que l'immigré c'est le problème. Non !
Le contrat de vente d'armes, c'est ça le problème. C'est celui qui a signé ce contrat le problème. Et il n'y a pas que ça, il y a l'exploitation du plutonium et de l'uranium en Afrique, il y a le franc CFA, il y a les forages des mines d'or, il y a les forages en Guyane, il y a le bio-carburant en Guyane etc Tout ce qui détruit la nature pour faire gagner de l'argent à des milliardaires, et, pendant ce temps-là on nous dit que, sur la balance, on ne peut pas donner de l'argent à des gens qui crèvent la dalle dans la rue.
Donc les causes des problèmes on les connait maintenant, on sait d'où ça vient et ceux qui signent ces papiers engagent leur responsabilité et on voudrait qu'ils arrêtent d'engager la nôtre, parce que dans les pays étrangers on nous voit comme des colonisateurs, comme des faignants, parce que le Français dans certains pays est vu comme un faignant. Il faut pas le cacher, il y a du racisme anti-Français à l'étranger parce qu'on est mal perçus à cause d'une politique qu'on a jamais voulue. Nous, on veut régler les causes, pas les conséquences – Est-ce que vous pensez que l'unité des Gilets jaunes qui apparaît ce soir est de façade ?
Est-ce que votre crainte c'est qu'à partir du moment où certains problèmes… j'ai déjà entendu des gens le dire y compris sur le terrain, que leur crainte était que l'unité explose à partir du moment où certains problèmes seraient posés. – Non, ce sont des questions stratégiques que se posent les personnes qui font partie du mouvement des Gilets jaunes. Le problème de mon point de vue, c'est de considérer que la question sociale, de manière générale, n'est qu'une question qui serait économique et que en gros, les autres questions seraient finalement secondaires et viendraient diviser.
Ce qui est peut-être vrai pour plein de gens. Mais il y a beaucoup de personnes pour qui, la 1ère question, ça peut être une autre question. Ça peut être celle du racisme et de ce point de vue, un mouvement qui n'inclue pas cette question, certes, d'une certaine manière, évite de se diviser tel qu'il est, mais aussi, évite, empêche beaucoup de convergences avec les personnes pour qui c'est le problème principal.
Hors, si il s'agit, puisque je reprends le titre de votre émission, de faire plier Macron, ou si il s'agit pour un mouvement, de construire un mouvement qui soit suffisamment gros. À un moment donné, il faut se demander, qui est-ce qui se mobilise dans ce pays. Avec qui, il peut y avoir des alliances, et de ce point de vue là, on a quelque chose qui à mon avis, est tout-à-fait différent.
On a un prisme beaucoup plus large, que simplement des gens qui demandent, certainement à juste titre, plus de pouvoir d'achat et de la justice fiscale On a les jeunes des quartiers populaires qui, mine de rien, depuis 25 ans, sont parmi les premiers à avoir porté, et porté encore et encore, comment dire… encore et encore la question de l'injustice sociale et la question des violences policières, à s'être révoltés à chaque fois qu'il y avait un mort dans les cités. Qui est-ce qui met les gens dans la rue, c'est aussi les syndicats qui mettent quand même un nombre de personnes, on la vu au moment de la loi travail… Pardon, oui des manifestations contre la "loi travail", qui mettent dans la rue, des centaines de milliers, des millions de personnes. Ou bien, d'autres luttes, pensons au fait, pour parler de la question LGBT.
Que la marche des fiertés, met dans la rue chaque année, des centaines de milliers de personnes. Donc à un moment donné, si il s'agit de construire, et je ne parle pas d'autres mouvements. Mouvement féministe qui, il y a eu une manifestation contre les violences faites au femmes, en même temps qu'une manifestation de Gilets jaunes à Paris.
Il a eu plus de monde à la manifestation contre les violences faites au femmes ! Et pareil pour la marche pour le climat. [Brouhaha] En tous cas, il y a une question à se poser c'est que pour augmenter une capacité de mobilisation d'un mouvement quel qu'il soit, on peut avoir une stratégie qui consiste à se demander : "qu'est-ce qui ne nous divise pas " ?
Ou une stratégie, ça ne veut pas dire d'ailleurs qu'elles sont incompatibles, de se demander avec qui, on va construire un front commun ? Et avec qui on va construire un front commun, ben à mon avis ça suppose de dire aussi que ce qui peut-être pour nous, n'est pas le problème principal, parce que le problème principal pour les Gilets jaunes qui se pose, c'est la question du pouvoir d'achat. Et c'est la question de l'encapacitation des citoyens.
Que les citoyens reprennent du pouvoir, peut-être que d'autres personnes qui aussi sont mobilisées, ce sont d'autres questions qui se posent. Et il me semble, que juste, ne pas se poser ces questions en se disant que au fond ça divise, ça empêche aussi la constitution d'un véritable front contre le gouvernement. – Vous pensez vraiment que certaines questions mises sur le tapis risqueraient de faire éclater le mouvement ? – Ça je nesais pas. – Vous avez commencer par me dire non, mais finissez par dire… – Des gens d'extrême-droite sont aussi présents avec nous.
Il y a des gens qui sont Front national, mais qui sont là quotidiennement avec nous, et ça se passe bien. Et il y a des personnes d'origine étrangère dans notre groupe et ça se passe bien. En fait, le truc c'est vraiment, oui on est plutôt sur la question "qu'est-ce qui nous rassemble", plutôt que "qu'est-ce qui nous divise".
Traiter le sujet de ce qui nous divise, va finalement nous diviser. Moi par exemple, j'ai peur que la question politique européenne, ou si demain il y avait une dissolution de l'Assemblée nationale, qu'effectivement, on reparte tous à nos origines politiques, c'est ça qui deviserait le mouvement. Je trouverai bête qu'on pose cette question-là tout de suite, puisque, en fait on veut simplement continuer de se structurer avec les personnes qui ont envie, le plus large possible Pas toujours avec que des militants, rester le plus large possible pour redonner vraiment la parole au peuple.
Et cette question-là sera secondaire ou peut-être qu'elle ne se posera pas, ou qu'elle sera minoritaire. Nous, dans les revendications, je termine juste là-dessus, les remontées de revendications qu'on a eues, cette question de l'immigration, elle est dedans, dans les revendications, mais elle est infime. – C'est une question de priorité.
Aujourd'hui, il a des tas et des tas de revendications en France. On ne peut pas toutes les traiter, donc aujourd'hui, c'est sûr. Ce qui ressort le plus, c'est la justice fiscale et sociale.
Les gens ont besoin de pouvoir d'achat, ils ont besoin de vivre et je vais donner un exemple qui a beaucoup fait sourire au début du mouvement des Gilets jaunes. C'est Bruno Lemaire, qui vient sur un plateau de BFM-TV et qui explique "On va faire un crédit vert", pour les gens qui n'ont pas les moyens. Mais ce monsieur-là, il est complètement déconnecté !
Pourquoi on fait un crédit à des gens qui n'arrivent pas à vivre ? En fait les gens sont pauvres. Il n'est pas question d'être dans la rue parce qu'on paye des taxes sur le carburant.
Ils sont dans la rue parce qu'ils ne peuvent plus vivre. C'est pas qu'ils ne sont pas écolos, c'est que les gens vivent par étape. Quand les gens arriveront à vivre, ils vont penser à autre chose.
Et c'est ça qui dérange le gouvernement. – On est dans un pays où on commence à parler de travailleurs pauvres ! – C'est ça qui dérange le gouvernement. – Travailleurs pauvres ! – C'est que le jour où les français auront à manger dans leurs assiettes, où ils auront à manger dans leur frigidaire, là ils vont se dire, je vais pouvoir penser à autre chose.
Et le jour où les français vont penser à autre chose, ils vont se rendre compte de tout ce qui passe sous le tapis, et ça va déranger. Il faut qu'on remette, selon moi, je ne pense pas que vous allez me contredire, il faut qu'on redéveloppe l'éducation populaire. L'éducation populaire, c'est apprendre ce qui se passe dans la société… En tout, en tous points, il y a des personnes qui n'arrivent pas à remplir une fiche de soins quand ils vont voir le médecin.
Et ça, on le fait pas, c'est vraiment volontaire. Et ce qui se passe à Commercy, c'est très bien, c'est le début de quelque chose de nouveau qu'il faut garder absolument parce que c'est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, et là c'est vraiment démocratique, c'est ce que je disais tout à l'heure, là c'est eux qui s'approprient la politique et au travers de cette politique, Ils font de l'éducation populaire c'est-à-dire que les gens ont envie de savoir. Ils ont envie de savoir. – Nous, on a abordé des thèmes comme le CICE, par exemple… – Bien sûr. … qui est pas abordable chez tout le monde, et qui aujourd'hui, peut-être que ces personnes n'arriveront pas à vous expliquer concrètement, voilà, mais ils ont compris c'était quoi le principe des 20 milliards chaque année, et c'est 40 pour cette année.
On en a parlé ensemble et ils ont compris que ça n'investissait pas le travail, l'économie réelle et que ça finançait des actionnaires ou des choses comme ça. La question de l'éducation populaire, elle est centrale chez nous. Avec Saint-Nazaire qui était là, la personne qui tenait le micro, ils ont aussi lancé un appel à faire des maisons du peuple, pour qu'en fait les gens se rencontrent, puissent discuter.
Et la question de l'éducation populaire se pose réellement quoi. Sans ça en fait, sans cette question-là, je pense notre mouvement, nous, dans la manière dont on l'a pensé, il est perdu d'avance. – Alors vous dites, qu'à Commercy, il y a des gens de toutes provenances politiques si je vous écoute bien, un article de Médiapart, il y a quelques jours, du 27 janvier qui vous était consacré, dit la chose suivante : "l'assemblée est nettement composée de personnes de gauche échaudées par leurs expériences pyramidales".
Ça vous semble juste ? – Non, je ne pense pas. Après effectivement, il y a des gens qui sont là, qui avaient des expériences politiques, au sens syndical, plus militantes en fait.
Et aussi peut-être que ces personnes-là, ont été mandatées par leurs assemblées. Et c'est peut-être parce qu'elle avaient la facilité à exprimer la parole dans leurs assemblées, que c'est ces personnes qui sont venues. Et nous, c'est ce que je disais tout-à-l'heure, on tient vraiment à ça.
C'est garder le panel de personnes, qu'elles soient d'extrême-gauche, gauche, centre, droite et extrême-droite, pour ne pas être clivés sur la partie gauche avec que des militants, parce que sinon les gens vont être destitués de leur propre parole. Et c'est pour ça qu'il faut absolument, et nous c'est notre idée, avoir des assemblées locales où les personnes ont la parole, peuvent s'exprimer et qu'elle soit pas accaparée par des personnes d'expérience en fait. – Ça me dérange moi, quand j'entends ça, car dès lors qu'on fait du social, qu'on met l'humain au centre du jeu, on est de gauche.
Encore une fois on rentre dans cet hémicycle : On est de droite : on est plus du côté financier que du côté de l'homme. Il faut arrêter, il faut que le gouvernement comprenne ça. Il faut qu'on change ce système… – Ça c'est voulu – Bien sûr, j'ai bien compris, bien sûr que j'ai bien compris, et c'est ça le combat des Gilets jaunes.
Quand les Gilets jaunes sont arrivés dans la rue, il y en avait de partout. Et ce qui a fait la force des gilets jaunes, on a dit "on est a-partisans", on vient de tous bords, on est mélangés et ce qui est très très fort aujourd'hui, c'est que les Gilets jaunes arrivent à mettre tout ça de côté pour dire "on est Gilets jaunes, on est le peuple". – On fait le travail des partis politiques qui n'ont pas réussi à le faire depuis 40 ans, c'est-à-dire se mettre avec tous des idées différentes autour d'une table et de trouver ensemble, les bons côtés qu'on a tous, dans nos idées et dans nos façons de penser et d'avancer tous ensemble.
C'est ce que je dis. – Il y a des partis qui n'ont jamais essayé ça. C'est pas le but d'un parti politique, sauf "En Marche", qui sont les seuls qui nous disent : "on va prendre à droite, on va prendre à gauche, on va prendre tout le monde… " – Moi je pensais vraiment que la politique c'était pour faire avancer un pays, on va se mettre d'accord.
Alors si vous êtes en train de me dire que vraiment la politique, c'est pas pour avancer, et pas se mettre d'accord, finalement on a raison d'être Gilet jaune alors. – C'est en tous cas pas pour construire quelque chose dans laquelle tout le monde se retrouve, pour une raison très simple, c'est que sinon, il arrive ce que vous décrivez, c'est-à-dire qu'il y a toute une série de questions dont on peut pas parler, et on est dans la gestion… – Je reviendrai sur le racisme, vous parlez de racisme, moi je sais pas, vous avez déjà vécu en dehors de la France ? Moi j'ai vécu dans un DOM-TOM qui s'appelle la Réunion, j'ai ma fille de 8 ans qui a été scolarisée là-bas.
Il y a de tout, il y a des Malgaches, il y a des Mauriciens, il y a de tout, et des personnes qui sont de toutes origines religieuses etc. Des Indiens, il y a des temples indiens, des mosquées, des églises etc. J'ai jamais été aussi bien accueilli que là-bas.
Et les questions de racisme, de différences de religions et d'état d'esprit, ne sont même pas mises sur la table. Vous êtes aussi bien accueilli par quelqu'un qui est Hindou, que quelqu'un qui est Malgache que quelqu'un qui est Yab, c'est la même chose. Et le racisme là-bas n'existe quasiment pas.
Très peu, c'est pour les "métros" qui arrivent là-bas en se disant "ici c'est la France" ! Ils ont un peu de mal avec ça, le côté colonialiste. On arrive là-bas avec de la bonne humeur, on est accueilli avec de la bonne humeur, et ma fille qui est blanche, très, très blanche, est arrivée là-bas au milieu de plein de petits enfants métis, et c'était la petite princesse.
C'était génial, ça s'est très bien passé pour elle. À partir du moment où on ré-apprend l'ouverture sur l'autre dès le départ, le racisme disparait. Pourquoi, parce que la différence entre les gens s'efface. – Il y a eu une incompréhension en fait je pense.
Quand à Commercy, ils disent on n'a pas parlé des sujets sensibles, il y a des priorités. Ils sont au début de quelque chose. Ils parlent d'abord de ce qui importe dans la crise.
C'est le pouvoir d'achat. En démocratie, je suis parfaitement d'accord avec Maxime Nicolle quand il dit la démocratie c'est la gestion de la ville. Alors forcément, il y a des sujets qui vont être compliqués.
On peut être tous les 4 autour de la table, discuter de choses et d'autres sur lesquelles on n'est pas d'accord. Mais il faut savoir le faire démocratiquement, c’est-à-dire, on met les points forts en avant, on enlève les points faibles, même si ils sont là. On trouve le meilleur, on tire vers le haut et c'est comme ça qu'on va avancer.
Alors je suis vraiment désolé d'entendre de votre bouche, de dire que le but des partis politiques, c'est pas ça, ou alors j'ai un problème. Pour moi, si demain je dois m'engager en politique, encore une fois c'est parce que j'estime que la politique est l'otage de gens véreux. Si je m'engage en politique c'est pour vivre ce que Abraham Lincoln avait très justement dit : "C'est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple", et la politique ne doit être rien d'autre que le peuple.
Et il n'y a besoin d'avoir des tas et des tas de partis politiques, sauf pour se battre pour le peuple. – En fait, là je pense qu'on est au cœur de la question, il y a au moins deux grandes conceptions de la démocratie. Une selon laquelle il s'agit de se retrouver, de discuter, de faire apparaître des points d'accord et de prendre des décisions adéquates, on va dire une conception délibérative de la démocratie.
Mais il y en a une autre, une conception qu'on peut appeler conflictuelle, agonistique où la question n'est pas de tous se retrouver, et de toutes et tous se mettre d'accord d'un point de vue consensuel, c'est de construire un projet de transformation sociale dans un sens ou un autre, et d'essayer de gagner une majorité en sachant qu'il ne s'agit pas de mettre tout le monde d'accord, il s'agit de battre des adversaires q ui ont une autre conception. Alors après j'entends bien que… – Mais c'est ce qu'il a dit, c'est pas un jeu et c'est pour ça qu'on est dans la rue. C'est que "battre des adversaire… J'ai entendu tout à l'heure la réponse de je ne sais plus quel intervenant qui disait "c'est rentrer dans ce jeu".
La vie n'est pas un jeu, la vie c'est des personnes âgées qui meurent seules, des mères de familles qui n'arrivent pas à nourrir leurs gosses, c'est des gens qui meurent tous les jours, qui perdent la vie, ça c'est pas un jeu. Non non mais ! ce que je veux dire c'est que les mots sont importants et la réalité est importante, les faits c'est qu'aujourd'hui, si on est tous autour de cette table c'est parce qu'il y a un problème.
Le problème il est identifié, je pense que là dessus on sera tous d'accord, c'est la façon dont est mené le pays, par justement ce que vous êtes en train de dire : "on est pas là pour faire plaisir à tout le monde, on est là pour battre son adversaire". Ben non, moi je suis là et je me bats tous les jours pour que, justement ça, ça s'arrête, qu'on soit pas là pour battre l'adversaire mais qu'on se batte tous ensemble pour que les gens puissent vivre correctement. – C'est dommage parce qu'il pourrait y avoir une façon encore plus simple de gouverner, ce serait de rendre le pays heureux.
Si son pays n'avait pas à se plaindre, il pourrait gouverner sans problème, et là il serait content, il serait au pouvoir et personne ne le dérangerait. – Je pense que Samuel Hayat peut être d'accord avec cette proposition. [rires] Non ? – Non mais ça c'est un autre débat, Non, je ne crois pas qu'on puisse rendre tout le monde heureux mais ça renvoie ensuite à d'autres choses, c'est-à-dire à ce qu'on pense… Il y a une tradition disons qui est un peu centrale dans la gauche, c'est le socialisme qui dit qu'à la base il y a des éléments qui sont la lutte des classes, et que dans une situation où on a un système capitaliste, il y a nécessairement des intérêts qui vont être divergents .
Et que la manière d'organiser cette divergence, c'est de gagner et que ce n'est pas de se mettre autour d'une table avec les capitalistes. C'est de construire… – Pourquoi pas ? Il y a des sociétés qui sont en train de se créer de façon horizontale, où le but c'est capitaliste puisque c'est de gagner de l'argent, mais pas libéraliste.
C'est-à-dire que la société fonctionne de façon horizontale, il n'y a pas de patron. Et le but est de faire tourner la boîte, et ça se passe très très bien. – C’est des coopératives mais pour le coup, sur la question de la coopérative, on n'est plus sur le capitalisme pur qui est vraiment de générer le maximum de profit, et le capitalisme pur lui, qui va aller à l'encontre de la question sociale, de comment se sent l'ouvrier dans son entreprise, comment il est dans sa vie.
Et voilà, la coopérative, répond vraiment à ça. Je pense que c'est une bonne idée de tendre vers ces choses-là. Dans les coopératives, les ouvriers ont la prise de décision, comment est menée la politique de l'entreprise, C'est super important, et je trouve que ce qui est dommage, c'est d'essayer de nous ranger dans une case plutôt à gauche, plutôt à droite.
Mais en fait, c'est contre ça qu'on se bat. On avait un débat hier avec Médiapart, c'est ça. En fait il y avait une personne qui était là, un spécialiste et qui essaie de comprendre.
Alors, il prenait l'appel, et il prend dans les mots, alors ça, ça veut dire ça, ça vient plutôt de tel mouvement, c'est plutôt extrême, militante extrême gauche. Mais je dis, mais enfin arrêtez, en fait vous avez tout faux ! Vous avez vraiment tout faux !
Vous avez rien compris au mouvement ! Alors arrêtez d'essayer de coller des étiquettes sur ce que font les gens et ce qu'ils sont. Allez avec eux, rencontrez-les Et là, on comprend, il y avait quelqu'un qui avait été avec eux, sur les ronds-points, et qui avait le discours inverse, parce qu'il avait été à la rencontre des gens. – Ce système, il calcule, il schématise, il fait des graphiques, il prédit, il met dans des cases, il fait tout ce qui faut mais rien d'un côté humain.
L'humain ça rentre pas dans les cases, c'est tellement complexe, qu'on ne se connaît même pas soi-même au long d'une vie. Alors se mettre dans une case, c'est un peu trop facile, et ça ne marche plus. Ce système ne marche plus.
Le mouvement des gilets jaunes, c'est pas que la France. Combien de pays ont suivi ce mouvement ? Ça a dépassé les frontières, on en parle pratiquement dans tous les pays du monde.
Toutes les presses internationales sont en train d'en parler. Donc ce système, il a bien un problème, et pas qu'en France, partout. Remettez vraiment dans la tête des gens le fait que l'humain c'est la priorité, quoi qu'il arrive, dans 20 ou 30 ans, à force de ne penser qu'argent, à force de penser que petites cases, la nature dira "STOP". il n'y a plus de cases, il n'y a plus d'humains et la planète restera à elle, c'est nous qui allons dégager. – Alors la soirée file vite, on va tout de suite passer à la 3ème et dernière partie de ce débat : "Comment organiser la suite du mouvement ?
Comment faire plier le gouvernement ? Quels sont les objectifs prioritaires à atteindre ? " | [Musique et ambiance de manifestation] D'autres suggestions, d'autres moyens de faire plier Macron, selon le titre de notre émission, sont apparus au fil des semaines.
L'idée de grève générale illimitée, à partir du 5 février, commence à suivre son cours au sein des Gilets jaunes. Celle-ci suscite de grands espoirs. Qu'en pensez-vous autour du plateau, Maxime Nicolle, vous la soutenez à l'heure actuelle ?
Votre groupe la relaye. – Exactement, oui je la soutiens, je la relaye. Je précise qu'à la base je suis a-syndiqué, qu'il y a eu un appel de syndicats, mais il y a aussi eu un appel d'un avocat qui s'appelle François Boulo, qui a mis à disposition un document explicatif de : "comment se mettre en grève dans une société", même quand on est tout seul.
Quant on est simple salarié de l'entreprise, on peut se mettre en grève, quand on est le seul salarié de l'entreprise et pour plus d'un salarié, il faut être au minimum deux. Il y a aussi Commercy, je crois. Vous le suivez, cet appel à la grève ? – Oui oui – Vous appelez à la suivre aussi ? – En fait, on appelle à la grève générale, c'est vrai.
Parce qu'il y a la question syndicale qui se pose, du coup. Bien sûr que nous on est pour une grève générale. – Qu'est-ce que vous appelez la question syndicale ? – J'y viens.
Du coup, on soutient déjà la grève, et on veut une alliance avec les syndiqués et pas les syndicats. Il faut aussi que ces personnes-là se saisissent de cette question-là puisqu'ils sont aussi impactés sur le droit du travail, sur la question sociale. La classe moyenne paie aussi énormément d'impôts en proportion de ce qu'elle gagne, alors que les classes supérieures non.
Donc c'est pareil, on appelle à quelque-chose par la base, les syndiqués. Là on a un peu peur, puisque depuis des années, c'est la discussion qu'on avait eue hier, c'est que les syndicats, on a l'impression qu'ils sont en alliance avec le gouvernement. Et là on ne veut surtout pas que, par exemple, la CGT ou en tout cas la strate supérieure, la direction, vienne et s'empare du débat.
Parce-qu'après, ils vont aller faire des concessions avec l'État. Parce-qu'ils rentrent dans des négociations, ils signent des accords, et en fait on est destitués de notre propre mouvement à un moment donné. Parce-qu'ils vont s'accaparer le truc.
Alors que si on met de côté la direction syndicale, et que les syndiqués et les salariés de manière générale, s'emparent de la question de la grève, s'auto-organisent, et montent leur grève à eux, c'est là où il y aura aussi un impact, et là où une convergence est possible. Parce qu'aller à la base, et je termine là-dessus, la direction syndicale qui s'empare du débat et qui fait des concessions avec le patronat, et qui fait ça depuis des décennies. – Alors je rappelle un peu le contexte pour ceux qui nous écoutent.
La CGT a mis beaucoup de temps à appeler à cette grève générale le 5 février. Le positionnement des instances dirigeantes de la CGT à l'égard des Gilets Jaunes a longtemps été très ambigu. Au tout début du mouvement, même franchement hostile dans la bouche de Philippe Martinez.
Est-ce que c'est quelque-chose, selon vous, de bloquant ? Je m'adresse à Frédérique, c'est une femme, mais elle a quand même le droit de parler. – C'est pas une question que j'ai le droit ou pas le droit, c'est juste qu'il explique mieux que moi. – Alors Steven, sur le positionnement de la CGT, c'est une chose dont il est question à Commercy ? – Oui, mais c'est exactement ce que je disais, on ne veut surtout pas qu'ils s'emparent du débat et de la question de la grève. – Parce que la confiance n'est pas là. – Pas du tout, puisque ça fait 40 ans qu'ils signent, et je ne veux pas cataloguer sur la CGT et Martinez, c'est sur l'ensemble des syndicats qui n'ont pas, depuis le début du mouvement… Si on fait un peu ce que l'on oublie.
Il y a des syndicats, en fait, des intersyndicales. Ce sont des strates toutes divisées. Par exemple on a mis la pression, les Gilets Jaunes sont sortis dehors, le BTP est sorti, ils ont fait des appels à la grève, le gouvernement est arrivé et ils ont signé, ils ont fait des accords comme ça.
Après ils sont rentrés chez eux. Les CRS ça a été pareil – Ça a été rapide. – Ils sont sortis. – Très rapide. – Voilà, c'est le seul rempart qu'il reste entre nous et le gouvernement. – Oui enfin, il y en a beaucoup qui n'ont pas été d'accord avec ce qui s'était passé et qui ont appelé à la trahison, et qui se sont sentis trahis par leurs syndicats parcequ'ils n'avaient non seulement pas la couleur de leurs heures supplémentaires, et il y en a un paquet à payer. – Oui enfin, si on imagine que les syndicats sont une société.
Il y a les syndiqués, et il y a comme tu le dis très justement, ceux qui sont tout là-haut. Donc, le peuple et ceux qui sont tout là-haut. Et le problème aujourd'hui, c'est que si les syndicats ont du mal à, non pas s'emparer du mouvement, mais à rejoindre le mouvement, c'est parce-qu'ils ont une très très mauvaise image en fait.
Il y a des gens très bien, mais à cause de ces gens véreux il n'arrivent pas à dire : "nous, on veut travailler avec vous pour le bien commun". C'est pas s'emparer, c'est travailler avec nous. Il faut qu'il y ait encore une fois, je l'ai déjà dit, des Gilets Jaunes qui soient forts, qui savent de quoi ils parlent, pour aller voir les syndicats et leur dire : "aujourd'hui vous n'existez pas, parce que le peuple ne veut pas de vous à cause de mauvaises personnes mais vous pouvez toujours avoir votre part du gâteau, vous pouvez toujours participer au combat si vous acceptez de discuter pour qu'on trouve des accords, pour travailler ensemble et être dans la rue".
Parce-que de toute façon aujourd'hui, on ne va pas se mentir, on a besoin de tout le monde dans la rue. Je sais que c'est un sujet très délicat, il faut en parler, mais on a besoin aussi de trouver des alliances malheureusement, et on a besoin de tout le monde, y compris des syndicats, qui ne sont plus spécialement représentatifs des salariés dans les entreprises, puisqu'ils ne servent que leur intérêt. Mais il y a dans les syndicats des syndiqués qui sont très bien, et qui sont rejetés à cause de ces gens qui ne servent que leurs intérêts. – D'un côté on a l'État avec les professionnels de la finance, et d'un autre côté on a les syndicats avec les professionnels de la manifestation, voilà.
Et quand les deux ne sont pas d'accord, ça signe des accords avec un peu de sous à droite, un peu de sous à gauche, et c'est terminé après. – Sur cette question de la grève générale illimitée, on va tout de suite regarder un autre magnéto. Nous l'avons tourné le week-end dernier lors de l'Acte XI toujours à Paris, avec Katerina Rizakova On regarde. – Vous avez entendu parler d'un appel à une grève générale illimitée à partir du 5 février ? – Oui j'en ai entendu parler, tout à fait. – Qu'est-ce que vous en pensez ? – Je ne sais pas si c'est vraiment la solution, parce que de toute façon, il y a beaucoup de gens qui n'ont pas les moyens de faire grève et qui sont vraiment ric-rac au point de vue financier.
Et ces gens là, ils ne pourront et ne ferons pas grève. Par contre, des moyens de sortir comme ça dans la rue, c'est gratuit. Tous les gens peuvent se mobiliser et sortir, ça ne leur coûte pas un sou.
Il y en a qui sont vraiment trop ric-rac, ils ne peuvent pas faire une grève illimitée. Après c'est sûr qu'une grève illimitée, si ça marchait, forcément si tout le monde s'y mettait… ça marcherait obligatoirement mais c'est pas faisable. | [ ♫ Emmanuel Macron, grosse tête de con, on vient te chercher chez toi ♫.] – Ah mais pour moi c'est LA solution.
De toute façon on sait très bien que si on ne touche pas à l'économie… Pour moi malheureusement, il y a deux façons d'être écouté dans ce pays, soit la violence, soit taper au porte-monnaie. Il n'y a que ça qui marche. Malheureusement, je dis bien malheureusement.
J'en suis le premier dépité. On ne devrait pas être obligés d'arriver à des extrémités pareilles. Parce qu'on sait très bien que l'économie du pays ne va pas très bien.
Enfin, c'est ce qu'on nous dit. | [ ♪ Ha-ha anti-anticapitalistes ♪] – Il faut travailler une grève générale, ça ne vient pas comme ça. Les luttes, c'est ça.
Les gens, pour le pouvoir d'achat, ils vont perdre une journée de salaire, etc. Si c'est pas travaillé dans les syndicats, dans les comités d'entreprise, dans les quartiers, ça ne pourra pas aboutir, c'est sûr. Mais je pense que c'est le seul moyen qui fera plier le gouvernement.
Ça c'est une évidence. | [ ♪ Elle est à nous. Et la rue elle est à qui ?
Elle est à nous ♪ ] – Oui, c'est une excellente initiative. Nous en tout cas on est à Sud commerce, on fait partie de l'union syndicale Solidaire et on a décidé de s'inscrire dans cette journée. En particulier depuis que les Gilets jaunes, en tout cas la partie la plus revendicative des Gilets jaunes, celle dans laquelle on se reconnaît, avec qui on est présents depuis le mois de novembre, a décidé de s'inscrire dans cette date-là, parce que concrètement on ne fera pas céder Macron.
En tout cas on ne le fera pas céder davantage. La question de sa légitimité ne sera pas davantage posée simplement en manifestant, et en gros en bloquant l'économie un jour sur sept, on ne peut pas faire l'économie de la question de la grève. – On vient de l'entendre, beaucoup de gilets jaunes espèrent cette grève, mais beaucoup aussi doutent de la capacité à la mettre en place, sans formation syndicale et surtout au sein de populations très précarisées financièrement.
Pensez-vous tous autour de la table, qu'elle a des chance d'aboutir. Maxime ? – Comme je le disais entre 70 et 80 % des gens soutiennent le mouvement, pas dans la violence, mais dans le problème de fond.
Donc, je pense que si c'est bien relayé, si c'est bien expliqué, beaucoup de gens suivront car il y a aussi des gens qui ont de l'argent, qui ont les moyens, qui participent à ce mouvement, parce qu'ils trouvent une trop grande forme d'injustice dans ce pays. Donc il y aura aussi des gens aisés qui feront grève, parce que, eux peuvent peut-être plus se le permettre. – Il y a ceux qui ont des petits salaires ne vont pas forcément suivre.
C'est trop difficile pour eux. – Ce qui est compliqué, c'est que aujourd'hui, il faut se poser une question : "Pourquoi les Gilets jaunes manifestent le samedi ? ".
Pourquoi, parce qu'ils n'ont pas d'argent e t qu'une journée de grève, ça leur coûte de l'argent, donc la solution la plus simple… – (Maxime) Là tu leur envoies un message ! – [rires] Non mais c'est vrai que si les gens sont dans la rue, c'est parce qu'ils n'ont pas les moyens. Les gilets jaunes, n'ont pas les moyens, ils sont nés comme ça, on va pas se mentir.
Donc, ils manifestent le samedi parce que c'est plus facile pour eux financièrement. Donc effectivement, la question se pose de comment ça va se passer, et personne ne saura le dire, on saura le 5. Surprise pour tout le monde.
C'est vrai qu'il faut aussi rassurer les gens, et leur expliquer, leur faire comprendre que plus il y aura de monde dans la rue, plus ce sera facile de pouvoir faire comprendre au gouvernement qu'on veut que ça change, et là, il ne sera même plus question de perdre de l'argent, il sera question de changement pour la vie à venir et c'est très très important. Si, encore une fois, je ne veux dénoncer personne, mais si à proprement parler, sa petite personne se dit il n'y aura personne dans les rues, je vais pas venir, ça servira à rien, il n'y a que comme ça que l'on ne pourra pas y arriver. Il faut que le bien commun passe avant tout et que les gens comprennent que c'est pas parce qu'ils vont perdre une journée de travail ou parce qu'ils vont se faire réprimander par le patron, ça va rien changer.
Non justement, il faut qu'on soit dans la rue tous ensemble, et que tout le monde soit là. – Oui si on arrive à faire ça, quelle perle ! – Oui, c'est pareil, la grève, c'est comme la lutte, elle se construit.
Nous, on a créé à Commercy, une commission sur la question de la grève, parce par exemple, moi je ne sais pas trop les modalités de la grève. Il y a des questions qui ressortent c'est : je ne suis pas syndiqué, est-ce que je peux faire grève ? C'est tout ça, donc il y a une commission pour réfléchir sur la question, et puis il y aura un retour d'informations, etc.
Et nous, on appelle à la grève et à s'auto-construire, se servir de l'outil syndical mais que les gens s'en saisisse à la base, c'est ça qui est vraiment important Et on est en train de réfléchir, la question en fait, c'est solidaire. Faudrait que ce soit une grève solidaire, parce qu'il y a la question financière, et donc il faudrait une caisse solidaire, peut-être nationale. C'est à réfléchir tous ensemble, mais si il y a une grève, ce sera forcément une grève solidaire, parce que sinon on arrivera pas à la tenir et elle aura pas de but en fait.
L'objectif sera compliqué à atteindre. – Samuel Hayat, tel que vous le sentez et voyez le mouvement, est-ce que vous pensez que cette grève peut prendre ? – Je ne sais pas mais, clairement en vous écoutant, il y a quand même une occasion manquée, pas de votre part, mais de la part des syndicats.
C'est-à-dire que concrètement énormément des choses que vous avez avancées dans ce débat et même que le mouvement avance, se retrouvent beaucoup dans des choses que portait le syndicalisme originel. En particulier le syndicalisme révolutionnaire en France, un syndicalisme loin des partis politiques, loin de la question politique, qui décide de structurer par en bas, absolument tout le monde. Et qu'est-ce que l'on voit au bout d'un siècle ?
C'est qu'en fait, les syndicats se sont largement transformés, et ont été largement intégrés par l'appareil d'État de différentes manières. Et que du coup, ce n'est plus entièrement du syndicalisme de masse. Il y a moins d'adhérent·e·s, moins de relais et que du coup quand ce mouvement arrive, Il ne fait pas la jonction, ou seulement à la base.
Mais il n'y a pas de véritable jonction qui s'est faite jusqu'ici, avec le syndicalisme. – Faut pas être surpris. – Je suis d'accord, faut pas être surpris… – Si les Gilets jaunes sont dans la rue, c'est parce que les syndicats n'ont pas réussi à faire leur travail. – Il y a des syndicalistes dans la rue avec nous, qui ont rejeté leur modèle et qui sont dans la rue en disant que… – Si je ne dise pas de bêtises, j'ai entendu quelqu'un dire "Un syndicat ne fait pas de politique".
Aujourd'hui, il font quoi ? Quand j'entends un gentil monsieur appeler à la grève des routiers, aller voir Monsieur Philippe, et ressortir : "j'annule mon appel à la grève", il dégoûte les gens. Il dégoûte les gens, et ils ont plus envie, et c'est ça… Bien sûr, les syndicats ont loupé le coche, mais pffff, ils l'auraient jamais eue, de toutes façons, ils l'auraient jamais eue.
Je ne pense pas qu'ils l'auront… Bien que, encore une fois je dis, il faut qu'on travaille avec eux, mais même si on travaille avec eux, il l'auront jamais (la jonction) . Parce que pour qu'ils puissent travailler avec nous, il faut qu'ils se mettent à notre disposition pour nous aider, et pas l'inverse. Il est même pas question d'équité parce qu'ils ont énormément de reproches et si ils veulent encore une fois leur part du gâteau, ça va être "la queue entre les jambes" qu'ils vont devoir venir nous voir, et dire voilà maintenant on accepte nos torts, on accepte qu'on s'est trompé, et on veut réparer tout ça.
Travaillons ensemble et changeons les choses. S'ils ne disent pas ça, on y arrivera pas. – Après, voilà, le paysage syndical est quand même multiple.
Il y a des syndicats qui sont plus ou moins gestionnaires. D'autres qui sont plus ou moins dans la lutte. Mais bon cet outil apporte quelque chose que vous avez relevé, qui est l'habitude de la grève.
Et il me semble que le moment, l'habitude, mais pas seulement l'habitude, la connaissance légale, la capacité à faire des caisses de solidarité. Le fait que le mouvement des gilets jaunes s'oriente vers la grève, à mon avis c'est quelque chose qui peut permettre de tenir face à un petit peu face à, je vais pas dire l'affaiblissement, mais concrètement la répression a grandement limité les deux choses qui faisaient un peu le plus peur au pouvoir, le mouvement des ronds-points, puisque beaucoup de ronds-points ont été évacués par la force, et que c'est très compliqué de les reconstruire, et c'était un peu ça qui était la base populaire qui effrayait véritablement le mouvement. Et puis des manifestations un peu musclées, qui est quelque chose en tous cas, hors de contrôle, sortant des traditions d'un maintien de l'ordre négocié.
Et qui là aussi, quand il y a des milliers d'arrestations, le 8 décembre, c'est compliqué de garder la même chose. La grève, l'avantage que ça a comme mode d'action, c'est quand même quelque chose qui est protégé par la loi. C'est un droit qui est dans la Constitution et qui existe, et où du coup, si il y a le passage d'une stratégie gréviste, c'est très compliqué, plus compliqué pour le gouvernement, alors même qu'il va être attaqué au porte monnaie, comme le disait quelqu'un dans le reportage.
Et donc, c'est quelque chose qui peut véritablement modifier les lignes et refaire revivre. Après la question c'est : "est-ce que ça se lance ou pas ? ", parce qu'un mot d'ordre de grève, Surtout s'il ne s'appuie pas sur des appareils syndicaux suffisamment massifs pour le relayer, c'est, c'est… voilà, on verra ! – On a une grande puissance les Gilets jaunes, la communication, ça depuis le début du mouvement on est vachement balèzes là-dessus, ça se diffuse très très vite les infos. – Il faut préciser qu'effectivement les gros groupes de Gilets jaunes comme celui de Maxime Nicolle, diffusent en ce moment toute une information légale, autour du droit de grève, des moyens concrets de faire grève. – Il y a l'avocat François Boulo de Rouen qui a écrit un récap : comment se mettre en grève, les droits qui sont affiliés à la grève, etc. – De toutes façons il est clair qu'on part vers l'inconnu, on n'a pas de soutien de syndicalistes, officiellement parlant, mais il y a eu un début à tout et ce qui fait la force de l'être humain c'est qu'il est capable de s'adapter.
Donc, tant pis si on part vers l'inconnu, ça fait pas de mal de temps en temps, et les Gilets jaunes, le moment venu, sauront s'adapter. Ça m'a fait sourire parce que vous dites que le droit de grève est inscrit dans la Constitution, le droit de manifester est aussi inscrit dans la Constitution et ça me fait sourire qu'aujourd'hui on soit en train de se battre pour une loi qui dit que ce ne sera plus la Justice qui décidera, oui ou non, si on peut manifester, mais le ministère de l'Intérieur directement, voilà, ce sera le préfet mais bien sûr sous l'ordre… On en vient à des pertes de libertés vraiment très très graves et je ne pense pas que le jour où j'ai envie de manifester, il faille demander l'accord de quelqu'un, si j'ai quelque chose à dire, je le fais. On voit, encore une fois qu'ils sont complètement déconnectés, donc c'est pas grave… – Ça n'amène à rien d'autre que ce que les gens continuent à aller dans la rue et ça amène à la désobéissance civile clairement parce qu'on peut dire ce qu'on veut, les gens aujourd'hui n'ont ni envie d'obéir à "rentre chez toi" ni envie de… Comme le disait Emmanuel Macron lors de ses vœux, on ne reviendra pas en arrière, on ne retrouvera pas le cours de notre vie d'avant.
Lui il veut suivre son cap mais, je l'ai dit sur un autre plateau, nous on ne perd pas le Nord. On a compris ce qu'on voulait, on a compris pourquoi, on ne sait peut-être pas encore exactement comment on va le naviguer le bateau, parce que ça ne se navigue pas comme ça, mais par contre, on ne pourra pas faire pire que les politiques des 40 dernières années, ça c'est sûr parce que on travaille avec une intelligence collective et pas avec des partis qui se tire la bourre pour gagner un jeu. Nous, c'est plus de l'intelligence collective et ça marche beaucoup mieux comme ça. – Hormis la grève générale illimitée, quels seraient les moyens, selon vous, de marquer des points et d'éviter que la lassitude ne gagne et que le mouvement ne se dégonfle finalement. – L'hyper-communication, il faut tout le temps, tout le temps être dans la communication, moi je prône une chose : l'importance des réunions publiques.
C'est l'éducation populaire, il faut tout le temps parler aux gens, tout le temps expliquer, moi même j'en apprends des choses. Tout le temps, il faut qu'on soit toujours dans la communication, la transparence, la cohésion, l'éducation populaire. Il faut que les gens soit informés au maximum possible.
Et il n'y a que comme ça qu'on pourra concerner les gens qui ne le sont pas encore parce que les Gilets jaunes, je le pense au plus profond de moi, ce n'est pas que des histoires de pouvoir d'achat, c'est aussi et on s'en est rendus compte au fur et à mesure du temps, c'est tout. C'est l'éducation, c'est la santé, c'est la justice, c'est tout ça, ils veulent changer tout ça. Et pour qu'on puisse y arriver il faut mobiliser, il faut remobiliser ceux qui, à cause de la propagande médiatique, se sont dit : "les Gilets jaunes sont des violents".
Non, ce n'est pas vrai et ces gens-là, il faut les re-concerner et ça passe par ce que j'ai dit : la cohésion, la communication, la transparence, l'éducation populaire, il n'y a que comme ça que ça pourra marcher. – Il y a une phrase qui est sortie pour le… , comment ça s'appelle… , à l'école les personnes qui sont persécutées… – Le harcèlement. – Le harcèlement, on dit laisser faire, c'est cautionner.
On en est là aujourd'hui, c'est aussi de notre faute à tous, pourquoi ? Parce que à cause de la désinformation, à cause du manque de communication, on s'est laissé endormir, à se détacher de tout ça. Et on a laissé faire.
On a laissé faire, donc on a cautionné. Aujourd'hui si on se réveille tous, si on fait de l'hyper-communication, si on essaie de discuter les uns avec les autres, c'est pour sortir de ce côté : je laisse faire" parce que ça m'intéresse pas. Sauf qu'aujourd'hui, quand on commence à comprendre le fond du problème, on ne peut pas faire autrement que de s'y intéresser.
Sinon, ça veut dire qu'on cautionne. Et moi, je ne cautionne pas ce que l'État fait de ce pays. L'État, c'est pas la Nation, la Nation c'est le peuple, l'État c'est autre chose.
C'est de la politique, c'est de la finance, etc. Nous tous, tous sur le plateau, tous dans ce pays, peu importent nos origines, peu importent nos valeurs, c'est nous la Nation. Et avec l'intelligence collective, en discutant les uns avec les autres, les solutions, et les bonnes, on peut les trouver, c'est sûr et certain. – C'est pour ça qu"on appelle à faire des assemblées générales partout. – Bien sûr, et il n'y a pas besoin d'européennes pour ça, – Vous pensez qu'en poussant très fort, dès demain, on peut obtenir des résultats ?
Où vous pensez qu'on est sur une lame de fond qui prendra des mois, des années ? – Je pense qu'au départ, on est tous sortis comme ça spontanément et puis il y a eu le rapport de force qui s'est installé tout de suite. Ça fait 2 mois, on est toujours dehors, mais il y a une pression assez impressionnante.
On est bougé de nos points de rencontre, et justement d'organisation qui étaient les ronds-points avec les cabanes etc. Ils essayent de nous enlever ça, c'est pour ça que du coup, comme tu disais, on appelle à des assemblées et à la construction, soit de cabanes sur des terrains privés, ou des maisons du peuple, voilà. Pour s'inscrire dans la durée car on ne sait pas vers quoi le mouvement va aboutir.
Mais ce que l'on veut nous, on va pas lâcher l'affaire. Donc dans cette vision là, de ne pas lâcher, il faut se structurer, donc nous, c'était notre appel à l'assemblée des assemblées de la coordination nationale… – C'était la première et maintenant ça va… – Il faut qu'au niveau local chacun puisse se saisir, s'organiser et avoir des points de rencontre… des points d'information populaire. Et peut-être qu'en fait on s'est trompé au départ en disant en 2 mois ça va être réglé, on va sortir dehors et puis on aura ce qu'on veut.
Peut-être que ça va prendre 1, 2 3 ou 4 ans. En tous cas, c'est mon avis personnel, on prendra le temps de prendre le temps. – On restera dans la rue le temps nécessaire.
Le bénéfice, c'est que 2000 blessés, plus 15 éborgnés, des mutilés à vie, et les gens sont toujours dans la rue les samedis, devant les blindés, devant les LBD, devant les casques et devant les boucliers. – À bouffer du gaz… – Pacifiquement, pas tous, parce que de la même manière, il n'y a pas que des flics cons, il n'y a pas que des Gilets jaunes intelligents. – On ne met pas tout le monde dans le même panier. – On ne met pas tout le monde dans le même panier, mais tout le monde est dans la rue le samedi pourquoi ?
Parce qu'ils ne nous ferons pas rentrer à coups de lois, à coups de lois anti-casseurs… – À coups de gaz… – À coups de gaz, c'est hors de question. – Il faut mêler la rue et la démocratie, si on veut que la démocratie arrive, il faut que les gens soient dans la rue. Impossible, voilà.
Impossible qu'on n'y arrive si on n'est pas dans la rue. Impossible si on ne se bat pas démocratiquement. Pour moi aujourd'hui, malheureusement, l'État n'a aucune limite dans la répression, et ils n'hésiteront jamais.
Et ça me fait mal au cœur, de voir tous ces blessés, ces éborgnés tout ça. Donc moi je suis plus à penser que, démocratiquement on y arrivera, mais pour y arriver, c'est pas sans se faire du mal. Il faut qu'on soit dans la rue, et dans la rue, c'est pour se faire voir, c'est pour se faire entendre, et la rue, c'est à nous, c'est nous qui le payons.
Je ne comprends pas pourquoi, l'État se permet de dire, on dégage les ronds-points. On dérange personne, on est avec des cabanes, on fait même pas de blocages, pas de filtrages. Et on se permet de venir dégager les gens violemment. – Il y a des arrêtés préfectoraux d'évacuations, qui ont été annulés et il y a des personnes qui commencent à réinvestir des ronds-points dans certaines régions, ou qui ont pris des maisons sur des terrains qui étaient soit abandonnées, soit pas vendus.
En vérifiant le cadastre etc. sous contrôle d'huissier, parce qu'on a aussi des huissiers, des avocats et plein de gens qui nous aident dans ce mouvement et ça c'est important aussi. – À propos d'évacuation, on entend dire que Commercy, que la cabane de Commercy est menacée, vous en êtes où ? – On en est où, eh bien elle devait être démontée hier ou aujourd'hui et elle est toujours debout pour l'instant donc on ne sait pas, | on s'y attend mais quand ?
On ne sait pas, on attend qu'ils viennent, ils vont essayer, on ne se laissera pas faire, on verra. – Vous avez des membres des Robes noires sur Commercy ? – Je ne crois pas non.
Du coup ce week-end on a appelé à une manifestation sur Commercy, et puis on voudrait organiser un RIC pour savoir si oui ou non on dérange les gens par la cabane à Commercy. Parce que le maire nous a sorti un mail d'une personne pas contente et nous on avait 2 000 ? –2 400 – 2 400 signatures qui sont pour nous et il nous sort un mail.
Donc il veut quand même faire démonter la cabane mais, c'est bizarre qu'il ne l'ait pas encore fait aujourd'hui d'ailleurs, on verra demain. – On a proposé au maire, on lui a dit : "Écoutez, puisque vous avez visiblement des personnes mécontentes, et nous, on veut respecter en fait ce qu'on met en œuvre quotidiennement dans nos assemblées, nous vous proposons un débat local avec les habitants où les avis pourront s'argumenter, se confronter, et on respectera l'avis de l'assemblée… " – On mettra la cabane dans la balance. – La réponse qu'il nous a faite, et c'est symptomatique de ce qui se passe au niveau national, : "C'est pas aux Commerciens de décider".
Donc nous, on est sortis énervés et au bout d'un quart d'heure, quand on s'est refait le film, on a souri parce qu'on s'est dit : "il s'est tiré une balle dans le pied." Et voilà, en plus il a appelé la population à le soutenir pour démonter la cabane, et on l'a mis devant ses contradictions sur le journal local. C'est pas aux Commerciens de décider mais ils les appelle à le soutenir.
Donc on a saisi l'occasion pour mettre en avant une des revendications des Gilets jaunes, c'est une idée de John chez nous, qui est vraiment très bonne je trouve, et en fait, on va organiser notre propre débat avec les habitants et ensuite un RIC où les citoyens et les habitants de la ville pourront se prononcer sur le maintien ou non de la cabane. Dans ce cadre-là on est d'accord pour mettre en jeu, sur la balance la cabane. – Si vraiment on dérange, on enlève la cabane. – Quelle violence ces Gilets jaunes ! [Rires] Hein, vraiment, on est incapable de discuter. – "Macron Démission", ce slogan si fédérateur sur le terrain depuis le 24 novembre dernier, ça n'est qu'un slogan ou c'est un objectif ? – Si Macron démissionne, de toute façon, ils nous mettront un autre pantin à la place, ça ne changera rien. – Pour que ça devienne un objectif, il faut qu'on ait préparé demain.
Si on a pas préparé demain, comme tu dis très justement, forcément ils mettront quelqu'un d'autre. Mais moi, à titre personnel, je n'ai pas peur de dire "Macron démission", mais pour faire quelque chose de nouveau, Vraiment quelque chose de nouveau. – Ce qu'on met à la place ?
C'est la question, si on a le RIC par exemple mais aussi la question des Assemblées. Moi je veux surtout pas qu'il démissionne. Mais ça c'est mon avis personnel, je ne parle pas au nom de mon Assemblée.
Parce que je pense qu'aujourd'hui, on a un ennemi contre qui se battre, et tant qu'on peut se battre contre lui, on a le temps de se structurer. Si demain il disparaît, on retourne aux urnes… [Propos inaudible de M. Nicolle et rires] – (je donne de bonnes idées) … – Maxime Nicolle… – On va retourner à nos origines politiques. – "Macron démission", quel sens ça a pour vous ? – Moi je pense qu'un personnage politique qui a autant manqué de respect… … pour moi, qui n'ai jamais foutu les pieds dans la politique avant le début de ce mouvement, un président pour moi, c'était quelqu'un avec de la prestance.
Tout le monde allumait sa télé pour le voir, pour l'écouter comme si il allait annoncer… …c'était ça . Moi aujourd'hui, je vois Emmanuel Macron, j'ai l'impression de voir n'importe quelle personne désagréable que je pourrais croiser dans la rue. Il n'a aucune prestance présidentielle pour moi.
Donc qu'il soit là ou pas, c'est pas à moi de décider, mais ça ne fait rien en fait, ni chaud, ni froid. Il présenterait sa démission demain, je crois que je boirai l'apéro. [Rires] – Nous l'Assemblée s'est prononcée un petit peu sur le "Macron démission", et c'était plus symbolique, c'est dans la symbolique, c'est symptomatique, juste Macron représente quelque chose que l'on souhaite voir disparaître.
C'est pas la… , bon il a pas de prestance effectivement, mais si il s'en va demain, le système perdurera et "Macron démission", c'est la démission de ce système-là plutôt. – S'il s'en va il faut que de toute manière, avant de remettre quelqu'un, ou de changer le système, le RIC soit mis. Parce que c'est le RIC qui va guider le peuple vers quelque chose de plus juste, parce que je pense que si Macron était au pouvoir avec un RIC qui peut lui dire : "Bonne soirée, fais tes valises et va-t'-en", je pense qu'il travaillerait autrement.
Et il faut impérativement le RIC, parce que… – C'est hyper important… – Oui c'est ça, c'est hyper important… – Ça permettrait d'avoir des politiques qui n'ont pas d'intérêts personnels. – Tu peux très bien dire "Macron démission", et utiliser le RIC pour s'en aller et préparer quelque chose d'autre, mais ça, et je te rejoins, si on n'a pas le RIC, ça sert à rien qu'il démissionne, ils vont mettre quelqu'un d'autre encore plus pourri que lui et ça changera rien. [Propos inaudibles et rires] – Les deux derniers présidents qu'on n'a eus, étaient beaucoup plus malins, ils étaient moins professionnels mais plus malins, c'est-à-dire qu'ils faisaient passer des réformes petit à petit, en passant l'Eurovision, matchs de foot, les machins, comme ça, tout le monde était ailleurs, ça passait tout doucement et ça se passait bien comme ça, avec un rythme très… – C'était plus intelligent… – C'était presque plus intelligent, là il a voulu dire, on va tout changer d'un coup, bam.
Et ben non là Manu ça va pas le faire. – Il faut qu'on ait le RIC, le RIC, le RIC, on ne martèlera jamais assez, il faut le RIC, pour que ça avance et là, il n'y a pas de problème… – Nous avec des débats en Assemblée, sur la question du RIC, là où je mettrais un bémol, qui va organiser le débat ? Parce que sur un RIC, sur telle question, voilà, si c'est pour que ça soit un débat médiatique comme aux présidentielles, avec les médias qui s'accaparent la parole… – Ne vous inquiétez pas, ça n'aura pas lieu. [Éclats de rire] – Du coup, nous on veut que ce soit dans le dialogue, et dans le débat avec les citoyens. – Après-demain samedi, c'est l'acte XII, vous serez où tous ? – Nous pour le coup à Commercy, pour défendre la cabane. – À Commercy pour défendre votre cabane. – Il n'y aura pas la marée jaune… – Moi je serais à Paris pour la marche en hommage aux blessés. – Et moi, je serais à Orléans, il y a un appel qui a été lancé, départemental pour manifester à Orléans. – Dans la rue.
Thomas, je ne vous pose pas la question, vous avez un droit, peut-être même un devoir de neutralité, je ne sais pas. – Vous serez le bienvenu hein, avec plaisir. – Merci, merci à tous, merci pour cette soirée.
Remerciements à toute l'équipe du Média qui a préparé cette émission, et qui est là ce soir à Montreuil. Des remerciements très spéciaux pour Antoine Biraud et Katerina Rizhakova, mes deux complices de terrain et de coulisses la "Team Vraiment Politique". Je rappelle par ailleurs, à tous ceux qui nous regardent, que le Média vit entièrement de votre participation financière.
Devenez abonné, devenez socios, faites des dons. Seule cette indépendance financière nous permet de délivrer aujourd'hui et depuis des semaines, une information différente de celle des médias pro-gouvernementaux et de chaines d'information des géants du CAC40. Merci à tous, à très bientôt. [Générique musical et applaudissements]