Incendies, canicule, franchises médicales... Le "8h30 franceinfo" de Stéphanie Rist
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 35 %Attaque 25 %Défensif 40 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 67 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Bonjour Stéphanie Riste. Bonjour William. Merci d'être avec nous.
- 1:44OuverteRéponse directe
Et c'est toute la Gironde là qui est mobilisée autour de ce qui se passe sur le Cap-Ferret ?
- 2:12RelanceRéponse partielle
Est-ce que globalement vous diriez que l'État était prêt à gérer ce genre de crise, ces incendies massifs en France en ce début d'été ?
- 3:34RelanceRéponse partielle
Stéphanie Riste, le système de santé déjà sous tension avec les canicules. 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés entre mi-juin et début juillet. C'est en quelque sorte un bilan sanitaire de ces vagues de canicules. Est-ce que certains décès auraient pu être évités ?
- 4:59OuverteRéponse directe
C'est-à-dire elles doivent faire quoi les personnes qui se sentent un petit peu isolées, qui ne sont pas trop entourées par leur famille ? Elles doivent se signaler auprès de qui ?
- 6:08RelanceRéponse partielle
Justement, vous parliez du problème de l'isolement, il y a le problème du rafraîchissement, des climatisations. Le gouvernement avait promis 30 000 ventilateurs et climatiseurs pour les hôpitaux. Où en est cette promesse ? Où sont ces ventilateurs et climatiseurs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:25Invité politiqueChiffre
« Plus d'un milliard pour renforcer la flotte d'hélicoptères, pour renforcer les engins des pompiers. »
- 2:33Invité politiqueChiffre
« Plus de 1000 engins pour les pompiers. »
- 3:38InvitéChiffre
« 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés entre mi-juin et début juillet. »
- 6:29Invité politiquePromesse
« La promesse était de 30 000 clims. »
- 6:32Invité politiquePromesse
« Elle sera tenue d'ici la fin du mois de juillet. »
- 10:13Invité politiqueFait
« Actuellement, ce plafond, depuis 20 ans, il est à 50 euros. »
- 10:22Invité politiqueFait
« Les Français, jusque-là, pouvaient avoir un maximum de dépenses, donc de restes à charge, de 50 euros. »
- 11:41Invité politiquePromesse
« Nous allons doubler ce plafond annuel. »
- 11:58Invité politiqueChiffre
« En moyenne, cela correspond à 18 euros de plus par an. »
- 12:02Invité politiquePromesse
« Le plafond, ce sera 100 euros pour les médicaments, 100 euros pour les consultations. »
- 15:13Invité politiqueChiffre
« Il y a moins de 4% des Français qui n'ont pas de complémentaires ou de mutuelles. »
- 15:41Invité politiqueFait
« Il y a 4 décrets qui vont modifier la part de remboursement de l'assurance maladie et de la complémentaire. »
- 19:44Invité politiqueChiffre
« L'ONDAM l'année dernière était de l'ordre de 3%. »
- 20:55Invité politiqueChiffre
« On a un déficit de la sécurité sociale qui est à plus de 20 milliards. »
Temps de parole
- Stéphanie Rist72 %
- Présentateur16 %
- Invité11 %
≈ 2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Stéphanie Riste. Bonjour William. Merci d'être avec nous. Plusieurs incendies d'ampleur sont en cours. Celui en Gironde avec l'évacuation ordonnée du Cap Ferré tout entier. Il y a également ce feu qui a brûlé plusieurs milliers d'hectares, au moins 2500 dans les Landes voisines au sud du bassin d'Arcachon. Ce matin, vous nous indiquez d'ailleurs qu'il y a eu des évacuations dans des établissements de santé.
Oui d'ailleurs, d'abord permettez-moi de vraiment saluer les pompiers en action et qui font tout leur possible pour maîtriser ces feux. Bien sûr, une pensée pour les deux pompiers décédés et celui qui a été blessé hier.
Avec un hommage qui a d'ailleurs été organisé hier à Saint-Médard en honneur de ces deux pompiers. Et donc vous nous disiez, Madame la Ministre, qu'il y a des établissements qui ont été directement touchés par ces feux en tout cas.
Oui, alors il y a quatre établissements de santé médico-sociaux, c'est-à-dire des EHPAD et un établissement pour personnes en situation de handicap qui ont été évacués. Les évacuations se sont bien passées et je voudrais remercier là aussi évidemment les soignants mobilisés et les personnels et les bénévoles qui ont permis ces évacuations et les établissements qui ont accueilli ces personnes dans de bonnes conditions. J'ai vraiment une pensée pour toutes ces personnes évacuées.
En termes de santé, évidemment j'étais encore avec le directeur de l'agence régionale de santé ce matin tôt pour faire un point de la situation puisque les établissements sont en cellule de crise, puisqu'il faut que les pompiers puissent être très mobilisés sur les feux et donc il n'y a pas d'autres transports à faire par exemple. Donc les SAMU sont évidemment très en vigilance et nous sommes sous l'autorité de la préfète puisque dans ce cadre de situation...
Et c'est toute la Gironde là qui est mobilisée autour de ce qui se passe sur le Cap-Ferret ?
Alors toute la Gironde, vous savez qu'il y a le deuxième feu aussi vers Biscarros... Dans le département des Landes. Dans les Landes mais qui n'est pas très loin géographiquement. Donc évidemment en ce qui concerne les soignants sous l'autorité de la préfète sont en vigilance importante. D'une part pour des soignants qui ne pourraient pas rejoindre leur lieu de travail. Il y a une grande solidarité qui se met en place aussi entre les soignants et je tiens à saluer cela bien sûr.
Est-ce que globalement vous diriez que l'État était prêt à gérer ce genre de crise, ces incendies massifs en France en ce début d'été ?
Alors ce que je peux dire et ce qui est factuel c'est les investissements mis depuis 2022. Vous savez c'est plus d'un milliard pour renforcer la flotte d'hélicoptères, pour renforcer les engins des pompiers. Plus de 1000 engins pour les pompiers. Donc il y a eu des moyens qui ont été mis. Vous savez qu'il y a le A400M qui est en cours là d'être mis en place pour une expérimentation, pour pouvoir avoir une plus grande capacité d'extinction des feux avec de l'eau.
Mais le chef de l'État malgré tout cette nuit a enclenché le mécanisme de solidarité européen. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs cet été. C'est même la première fois que ça arrive aussi fréquemment en un seul été. On est encore qu'au mois de juillet. Est-ce que ça ne montre pas d'une certaine manière que la France est un petit peu impuissante face à cette menace des feux de forêt qui est de plus en plus importante ?
Alors dès le début des fortes chaleurs lors de nos CIC, nos conseils interministériels de crise, avec le Premier ministre on a été tout de suite très vigilants par rapport aux feux qui pourraient arriver. C'était je dirais prévisible face à de très fortes chaleurs comme on a eu et une sécheresse associée qui est très importante et qui nous mobilise de façon très interministérielle, que ce soit sur la sécheresse et bien sûr sur ces feux.
Stéphanie Riste, le système de santé déjà sous tension avec les canicules. 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés entre mi-juin et début juillet. C'est en quelque sorte un bilan sanitaire de ces vagues de canicules. Est-ce que certains décès auraient pu être évités ?
Alors moi vous savez je suis ministre de la santé, chaque excès de mortalité, chaque décès supplémentaire est un décès de trop. Ce que je peux constater c'est que d'abord le système de santé a tenu, l'hôpital a tenu et on a appris depuis la canicule de 2003, et notamment je pense aux établissements pour les personnes âgées, aux EHPAD, où la formation des professionnels, la connaissance vis-à-vis du retentissement de la canicule sur les corps ont permis de faire qu'il y ait moins de surmortalité évidemment qu'en 2003 et heureusement.
Ce qu'on note et ce qui a été vraiment un fait marquant de cette vague de chaleur très extrême, c'est les décès à domicile de personnes isolées, qui est un vrai sujet de solitude je crois qu'on a à traiter dans notre société. Particulièrement marquée en Ile-de-France ? Particulièrement marquée en Ile-de-France et c'est pourquoi nous avons renforcé le plan Orsec avec le Premier ministre, nous l'avons renforcé face à ces chaleurs extrêmes pour mieux repérer ces personnes isolées et pouvoir mieux les accompagner dans des endroits.
C'est-à-dire elles doivent faire quoi les personnes qui se sentent un petit peu isolées, qui ne sont pas trop entourées par leur famille ? Elles doivent se signaler auprès de qui ?
Alors merci pour votre question, il est tout à fait temps que ces personnes se signalent auprès de leur mairie qui tiennent des registres et qui donc vont pouvoir connaître l'existence et la nécessité de pouvoir les accompagner. Donc toute personne isolée qui nous écoute peut aujourd'hui même appeler sa mairie pour s'inscrire sur ces registres municipaux.
Et donc tout le travail qu'on a fait dans le plan Orsec renforcé pour les chaleurs extrêmes et de voir comment tous les acteurs locaux peuvent se coordonner, que ce soit le sanitaire, les infirmières à domicile, les acteurs de soins à domicile, mais aussi les maires, les élus locaux, tous les services de l'État pour pouvoir repérer ces personnes, pouvoir savoir si elles vont bien ou pas et surtout leur proposer d'aller dans des endroits rafraîchis. Donc il y a toute une cartographie de pièces rafraîchies, d'endroits où les gens pourront dormir quand ils seront dans des départements en zone rouge. C'est très important.
Justement, vous parliez du problème de l'isolement, il y a le problème du rafraîchissement, des climatisations. Le gouvernement avait promis 30 000 ventilateurs et climatiseurs pour les hôpitaux. Où en est cette promesse ? Où sont ces ventilateurs et climatiseurs ?
Oui, alors je rappelle que le rôle du gouvernement, et ce que j'ai pu faire, c'est débloquer une enveloppe financière pour permettre aux directeurs d'établissement de commander et d'acheter donc des clims dont ils ont besoin. La promesse était de 30 000 clims. Elle sera tenue d'ici la fin du mois de juillet. Les clims sont en train d'écliver...
Ce ne sera pas un petit peu tard, la fin du mois de juillet, pour arriver avec ces climatiseurs ?
J'espère que vous avez raison, que ce sera trop tard, mais de ce que je vois, on est encore au début de l'été.
Ça veut dire qu'on a quand même eu trois vagues de chaleur, avec une canicule intense dès la fin mai, et là, on découvre que les hôpitaux ne sont pas climatisés, et qu'il y a plein de patients qui doivent subir des températures de 30, 35, 39 degrés dans leur chambre. Est-ce que vous, médecin, vous trouvez ça acceptable ?
Alors, évidemment, qu'il fasse 39 ou 40 degrés dans une chambre, je ne peux pas trouver ça acceptable. Vous savez que je suis médecin et médecin hospitalier, et donc je vois bien les conditions et de travail pour les soignants, et pour les conforts, évidemment, des malades. Vous dites tous les établissements de santé, ce n'est pas vrai. Nous avons rénové 40% des établissements de santé ces dernières années, qui sont, eux, adaptés avec des clims ou des rafraîchissements. Tous les établissements de santé ne sont pas dans les mêmes conditions. Ce pourquoi, d'ailleurs, nous avons laissé la main, évidemment, aux directeurs d'établissements pour commander des clims.
Tous les établissements n'en avaient pas besoin. Bien sûr qu'il faut poursuivre ces rénovations d'établissements. On a mis beaucoup d'argent pour rénover ces établissements. Je rappelle que le Ségur de la santé, c'est 16 milliards d'euros, et j'ai annoncé en janvier 6 milliards supplémentaires pour les 10 prochaines années. Donc, bien sûr, il faut poursuivre l'effort. Bien sûr, ce ne sont pas des conditions acceptables. Et d'ailleurs, je remercie les soignants qui ont mobilisé des changements de service pour mettre, justement, les personnes dans des chambres qui sont les moins chauffées.
Et je trouve bien que les clims que nous ayons commandés en urgence, bien sûr, c'est une mesure d'urgence, et tant mieux si on n'en a pas besoin. Mais au moins, il y aura les 30 000 clims qui seront arrivés si la semaine prochaine ou la semaine d'après, nous devions en avoir besoin.
Mais si ça traîne, si j'ai bien compris ce que vous nous disiez tout à l'heure, c'est que la commande au niveau des hôpitaux met du temps à arriver, puisque vous disiez que l'enveloppe a été débloquée. Donc, en fait, c'est la faute des hôpitaux s'il n'y a pas encore de climatiseurs ?
Non, bien sûr, ce n'est pas la faute. Vous savez que le marché des climatiseurs était en tension, en pénurie. Vous savez qu'on n'est pas le seul pays qui a été touché, si on pense à l'Allemagne, qui, elle aussi, a fait face à la vague de chaleur. Elle aussi, avec une surmortalité, elle aussi a dû commander des climatiseurs. Donc, il fallait que ce marché puisse... Ce qu'on a fait, nous, et probablement un peu... Enfin, et très, très rapidement, c'est qu'on a mobilisé les acheteurs publics. Vous savez que les directeurs d'établissements passent par des groupements d'achats, des acheteurs publics, qui, eux, ont fait un énorme travail pour pouvoir, justement, avoir ces 30 000 clims.
Il y a quelques semaines, on me disait que ça serait impossible d'avoir ces 30 000 clims. Les 30 000 clims seront là, d'ici la fin de semaine prochaine.
Le 830 France Info, Audrey Tison, William Guay-Costa.
Et nous sommes toujours avec Stéphanie Riste, ministre de la Santé. Vous avez annoncé hier des économies sur les frais de santé, une hausse du plafond des franchises sur les médicaments et les consultations. Alors, essayez d'être pédagogique, s'il vous plaît, ce matin, parce que ce ne sont pas des termes que tout le monde connaît. Les franchises médicales, c'est quoi ? Qu'est-ce qui va changer ?
Oui, alors, merci de votre question. C'est très important qu'on puisse comprendre de quoi on parle et des sommes qui seront les conséquences. Nous parlons des franchises médicales. Vous savez, quand vous achetez une boîte de médicaments, il y a un euro par boîte qui n'est pas remboursé. Ça, ça fait plusieurs années que ça existe. Et puis, vous avez ce cumul annuel qui est limité avec un plafond. Actuellement, ce plafond, depuis 20 ans, il est à 50 euros. C'est-à-dire que les Français, jusque-là, pouvaient avoir un maximum de dépenses, donc de restes à charge, de 50 euros. Sur les médicaments. Que nous disons ?
C'est que nous ne touchons pas au coût de la franchise sur la boîte de médicaments ou sur la consultation. On paiera toujours un euro de sa poche par boîte. Il y aura toujours un euro. Ça, on n'y touche pas. Le Premier ministre a tranché, suite au débat de l'année dernière, sur les franchises. Et donc, nous avons gelé cela. C'est-à-dire que nous n'augmenterons pas le coût de la franchise par boîte de médicaments ou par consultation chez le médecin. Vous savez que vous avez deux euros quand vous allez chez le médecin qui n'est pas pris en charge par la sécurité sociale. Je voudrais tout de suite préciser que cela ne concerne pas 18 millions de Français.
C'est-à-dire les Français les plus pauvres qui ont la complémentaire santé solidaire, les Français qui sont enceintes et les mineurs. Tout cela, ils ne payent pas de franchise. Donc, on ne parle pas de ce dont on parle. Ce n'est pas pour 18 millions de franchises.
Alors, combien de millions de personnes ?
Il reste tous les autres Français assurés.
C'est chiffré ou ce n'est pas 18 millions, mais alors c'est combien ?
C'est tous les autres Français. Donc, vous faites la totalité des Français.
Ça fait quand même du monde.
Oui, ça fait du monde. C'est vrai. C'est un reste à charge. Je voudrais dire... Pardon, allons jusqu'au bout de la démonstration.
Parce que je crois que ce qui change, c'est le plafond annuel. Jusqu'à combien on pourrait être amené à payer pour les médicaments, pour les consultations ?
Alors, nous allons doubler ce plafond annuel. C'est-à-dire le maximum que les Français auront éventuellement à payer de leur poche. En moyenne, cela correspond à 18 euros de plus par an. C'est ça à ce que correspond, puisque tous les Français ne vont pas au plafond. Donc, en moyenne... Le plafond, ce sera 100 euros pour les médicaments, 100 euros pour les consultations. 100 euros pour les médicaments, 100 euros pour les consultations. Mais c'est un plafond que les Français n'atteignent pas. En moyenne, ça fera...
Comment ça, les Français n'atteignent pas ? Du coup, elle ne sert à rien, votre mesure, si les Français ne l'atteignent pas ? Il y a bien des Français qui dépassent les 50.
Oui, il y en a quelques-uns. C'est pour ça que je vous donne les chiffres en moyenne.
D'accord.
En moyenne, ça sera 18 euros par an en plus, pour les Français. Ce doublement du plafond. Évidemment qu'il y a des Français qui vont au plafond. Mais vous voyez qu'il n'y en a pas énormément, puisque la moyenne sera à 18 euros de plus par an.
Ceux qui paieront plus cher, donc c'est ceux qui sont potentiellement les plus malades, ceux qui vont le plus chez le médecin, ceux qui prennent le plus de boîtes à la pharmacie.
Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, quand vous aviez 50 boîtes de médicaments dans l'année, vous étiez à votre plafond de 50 euros. Donc, si vous achetez 51 boîtes, aujourd'hui, vous êtes à 50 euros. Demain, vous serez à 51 euros.
Par contre, si on en prenait 100, avant c'était 50, maintenant ce sera 100. Ce sera 50 euros de plus sur l'année.
Si vous achetez à 100 de boîtes, vous n'aurez que 100 euros. Stéphanie, en moyenne, je le redis, c'est 18 euros de plus par an pour les Français.
C'est une erreur monumentale. Voilà ce que pense Gérard Raymond de la principale fédération de patients France Asso Santé. On ne peut que déplorer ces mesures-là, qui ne sont pas équitables, puisqu'elles touchent ceux qui ont le plus besoin de soins. Là, on les culpabilise encore plus. Pour certains, quelques euros, ça va être très lourd. Donc, on va avoir, effectivement, des renoncements de soins. Qu'est-ce que vous lui répondez, madame la ministre ?
Non, mais je comprends ce que M. Raymond dit. C'est vrai que si vous prenez plus de boîtes que celui qui n'a pas de boîtes de médicaments, vous allez payer plus cher. Mais dans un plafond, et je le rappelle encore, avec 18 euros en moyenne par an. Si on compare avec les autres pays du monde, on est dans les restes à charge les plus bas. Et on a une sécurité sociale la plus protectrice. Je le redis, cette mesure ne touche pas.
C'est une vraie fierté, en France, d'avoir un système social qui protège ?
C'est vrai, c'est une vraie fierté. C'est une vraie fierté aussi de pouvoir avoir accès à un système de santé de très bonne qualité, à avoir un accès aux soins dans lesquels nous devons continuer d'investir. Et si nous voulons continuer à financer cette protection que nous avons, être encore un des pays qui protège le mieux, nous devons aussi prendre des mesures pour éviter le déficit de la sécurité sociale qui ne nous permettra plus de protéger les Français. Et encore une fois, je veux le redire parce que c'est très important, les personnes les plus défavorisées financièrement ne sont pas concernées par ces mesures.
Stéphane Iriste, il y a également une autre mesure à laquelle vous pensez, c'est celle du ticket modérateur, d'augmenter la part de reste à charge pour certains actes médicaux. Est-ce que vous pouvez déjà nous expliquer quels sont les actes qui seront concernés par cette hausse du ticket modérateur ? On le rappelle, ce que le Français malade va devoir payer de sa poche et non pas la sécurité sociale.
Oui, vous savez que notre système repose sur le remboursement, une partie de l'assurance maladie obligatoire, la Sécu, et une partie des complémentaires qui peuvent être des mutuelles. Chacun a sa complémentaire, il y a moins de 4% des Français qui n'ont pas de complémentaires ou de mutuelles. Ce financement repose sur ces deux financeurs. Aujourd'hui, j'ai envoyé des décrets au Conseil des assurances maladie, de la mutuelle sociale agricole, pour qu'il regarde ces décrets. Il y a 4 décrets qui vont modifier la part de remboursement de l'assurance maladie et de la complémentaire.
Sur les consultations chez les chirurgiens dentistes, sur les transports sanitaires, sur les médicaments les moins efficaces. Vous savez que c'est la Haute Autorité de Santé qui est une agence indépendante scientifiquement et qui permet de dire un médicament est très efficace, moyennement efficace ou peu efficace. Pour les médicaments moyennement efficaces ou peu efficaces, nous proposons que l'assurance complémentaire, que les complémentaires payent un peu plus demain qu'aujourd'hui.
Oui, mais les Français payent leur assurance complémentaire. Au bout du compte, ce sont les Français qui payent leur mutuelle ou une partie leur entreprise. D'ailleurs, c'est un peu les vases communiquants. L'assurance maladie va payer moins, mais à la fin, ce sont les Français. Par exemple, la mutualité française dit que ça représentera entre 1,5 et 1,7 milliard de dépenses de plus pour les mutuelles. Les mutuelles, elles ne vont pas les prendre dans leur caisse, elles vont les prendre dans la poche des Français.
Oui, c'est vrai que les mutuelles, en plus, ont beaucoup augmenté ces dernières années. Ce que je note, c'est qu'en faisant aussi ce transfert de financement, cette modification, ça donne une place importante au complémentaire dans le financement de notre système de santé et donc une responsabilité aussi plus importante. Et je voudrais dire deux choses. J'avais demandé en janvier un travail de réforme structurelle, justement, sur ce financement entre assurance maladie obligatoire et complémentaire.
Ces travaux, réalisés par 4 personnalités qualifiées, vont m'être rendus à la fin de l'été pour pouvoir, dans le budget de la Sécurité sociale, apporter les premières bases de réformes structurelles. Parce que nous devons structurellement modifier notre financement de la Sécurité sociale pour justement continuer à préserver ce modèle.
Alors là, aujourd'hui, vous nous annoncez que la Sécu va moins rembourser et vous comptez sur le bon vouloir des mutuelles pour compenser et pour éventuellement ne pas répercuter ça sur les patients, sur nous, les Français, les assurés. Ou est-ce qu'on doit se préparer psychologiquement à payer plus de mutuelles ?
La répercussion sur le prix d'une mutuelle ou d'une complémentaire n'est pas automatique. Nous travaillons avec ces complémentaires, avec des négociations, avec des travaux, pour leur éviter et éviter au maximum cette augmentation des complémentaires.
Vous ne pouvez pas leur imposer un gel des tarifs ?
Je ne peux pas, à ce stade, leur imposer... Ce sont des entreprises qui peuvent être des entreprises privées, donc je ne peux pas leur imposer leurs tarifs. Par contre, nous travaillons, et ça c'est mon rôle en tant que ministre de la Santé, de travailler avec elles pour que chacun puisse se retrouver dans la place dans le système de santé.
Il y a quand même un sentiment de désengagement de l'État, de se dire, on donne encore la responsabilité, comme ça a été fait plusieurs fois ces dernières années, aux assurances complémentaires, de leur dire, c'est vous qui payez, à la fin ce sont les Français qui vont payer, et puis l'assurance maladie, elle se décharge de plus en plus de ces remboursements. On a quand même un petit sentiment de désengagement qui progresse.
C'est un sentiment qui ne repose pas sur les faits. On a de plus en plus de personnes âgées et de plus en plus de maladies chroniques. Ces personnes-là, elles sont donc en ALD, qui est donc 100% pris en charge par l'assurance maladie. Donc la part de remboursement de l'assurance maladie obligatoire, elle augmente puisqu'elle a plus d'ALD à prendre en charge. Donc ce sentiment que vous dites n'est pas en réalité vrai. On essaye de rééquilibrer...
La mutualité française qui dit 1,5 milliard, 1,7 milliard de plus, vous le confirmez ce chiffre ? C'est bien ça que les mutuelles vont devoir payer ?
Il y a quatre décrets qui sont actuellement en concertation, donc évidemment ça dépendra de ces discussions que nous avons avec les caisses d'assurance.
Pour proposer une baisse du plafond de franchise, c'est censé rapporter combien à l'État ? Et la modification du ticket modérateur, c'est censé rapporter combien à l'État ? En tout cas, faire économiser combien à l'État ?
Encore une fois, je crois que c'est très important de comprendre que ce ne sont pas des économies.
C'est une absence de dépenses de la part de l'État.
C'est une maîtrise des dépenses, mais la dépense est croissante. L'assurance maladie, la sécurité sociale, augmente sa croissance de l'ordre... L'ONDAM l'année dernière était de l'ordre de 3%. On augmente nos dépenses d'assurance maladie parce qu'on continue, et heureusement à financer les hôpitaux, et il faut pouvoir continuer à le faire. On continue à financer l'accès aux soins, je pense... Mais ce matin, vous ne savez pas nous chiffrer ces deux mesures que vous annoncez comme ça ? Ce que je vous redis, les décrets ont été envoyés hier soir aux caisses avec lesquelles nous concertons, aux caisses d'assurance, aux conseils de sécurité sociale. Donc je ne devais pas préempter...
Vous allez décider tout cela par décret ministériel et sans passer devant le Parlement. Tout ça, ça ne devrait pas se discuter devant le Parlement. Le projet de loi de finances de sécurité sociale, il y a déjà des membres de la gauche qui crient au déni de démocratie.
Alors, c'est des débats que nous avons déjà à chacun des budgets de la sécurité sociale. Encore une fois, c'est pour cela que je vous ai dit que le Premier ministre avait tranché sur le fait que nous n'augmenterons pas les franchises sur les boîtes de médicaments parce que ce débat... Le plafond annuel va augmenter et ça, vous ne discutez pas avec les parlementaires. Les discussions que nous avons tout au long de l'année avec les parlementaires concernent... Mais vous savez, je crois qu'on est à un moment... Moi, je ne veux pas faire semblant. On a un déficit de la sécurité sociale qui est à plus de 20 milliards.
Ma responsabilité de ministre de la Santé est que demain, on puisse continuer à financer notre hôpital, à financer l'accès aux soins et à financer des médicaments efficaces. Je ne veux pas que dans 10 ans, les Français n'aient pas les meilleurs médicaments pour leur cancer. C'est de ça dont on parle. Et ça, c'est important.
Stéphane Iriste, j'aimerais vous faire réagir sur un autre sujet. C'est la loi d'urgence agricole qui a été adoptée par le Parlement et qui entérine le retour de l'acétamipride qui est un pesticide controversé. Même si, pour l'instant, peu d'études prouvent sa nocivité pour les humains, il y a beaucoup de personnes qui plaident pour le principe de précaution. Et pourtant, il a fait son retour. Vous qui êtes ministre de la Santé et qui êtes médecin, est-ce que vous êtes à l'aise avec ce retour de l'acétamipride ?
Déjà, il faudrait que vous précisiez que ce qui a été mis dans cette loi, ce n'est pas le retour de l'acétamipride comme ça. C'est le retour à la condition que l'agence de l'ANCES précise à quel endroit, à quel moment il est possible de le faire. Oui, mais c'est une condition scientifique. Il y a tout de même l'ordre des médecins. Heureusement que je fais confiance aux agences indépendantes scientifiques de notre pays.
L'ordre des médecins, dont vous dépendez, puisque je rappelle que vous êtes médecin, de nombreuses sociétés savantes, ont dit que le retour de ce pesticide était une mauvaise idée, qu'il ne fallait pas l'enteriner. Et pourtant, le gouvernement dont vous faites partie l'a fait. Vous, vous êtes à l'aise avec ça ?
Non, mais évidemment qu'en tant que médecin, évidemment que tous les produits que nous pourrons éviter, c'est mieux. Il n'y a aucun doute. Maintenant, si une agence scientifique précise que c'est possible, elle ne s'est pas prononcée à ma connaissance encore sur le sujet. Si elle précise que dans certaines conditions, il n'y a pas de risque, moi, je suivrai la vie scientifique. Donc, vous n'êtes pas d'accord
avec Monique Barbu, votre toujours collègue qui avait menacé de démissionner à la ministre de la Transition écologique et qui finalement était retenue par le chef de l'État.
Non, mais je crois que ce n'est pas une question d'être d'accord ou pas. Je pense que chacun est dans son rôle. Moi, mon rôle de ministre de la Santé, c'est de faire confiance à nos agences de sciences, que ce soit Santé publique France avec qui je travaille vraiment tous les jours, l'ANSES, la Haute Autorité de Santé. Nous avons des agences de très haute qualité dans notre pays avec une indépendance scientifique. Nous devons leur faire confiance.
Merci Stéphanie Riste, ministre de la Santé, d'avoir été l'invité du 830 France Info. Merci beaucoup Audrey Cison pour cette interview. L'info continue sur France Info.
Stéphanie Rist