Sommet Choose France, Metex, armement, élections européennes... Le 8h30 franceinfo du lundi 13 mai 2024
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Bonjour Roland Lescure, 15 milliards de promesses d'investissement, 15 milliards c'est le chiffre avancé par l'Elysée pour cette 7ème édition du sommet Choose France qui commence aujourd'hui. C'est la bonne nouvelle que vous attendiez en ces temps moroses ?
C'est une bonne nouvelle qui en suit 6 autres parce que c'est le 7ème sommet Choose France et tous les ans c'est plus d'investisseurs. On en a 56 cette année contre à peu près la moitié l'année dernière et plus d'euros, on est passé de 13 à 15 et plus d'emplois à la clé. On annonce des choses à Versailles, ça fait un peu les ors de la République, les grandes annonces, les patrons débarquent mais la réalité c'est que les annonces sont faites à Versailles et les parpaings poussent partout en France, dans la Somme, dans l'Ardèche, dans la Côte d'Or, dans les Hauts-de-France.
Donc on a vraiment aujourd'hui des usines qui poussent sur des investissements qui ont été annoncés il y a quelques années, qui sont en train de livrer et on continue à livrer. Donc oui c'est une très bonne nouvelle, face au défaitisme parfois un peu généralisé, ne gâchons pas notre plaisir.
On va essayer de comprendre justement comment sont décidés ces investissements mais d'abord il y a l'exemple de Microsoft.
Le Microsoft qui a lui seul promet 4 milliards en France, son patron confirme ce matin dans le Figaro la construction d'un data center dans la région de Mulhouse. Est-ce que vous avez des précisions, ça peut représenter combien d'emplois d'abord ? Et puis où est-ce que ce sera précisément ?
Alors ce sont à terme des centaines d'emplois et il y a deux enjeux derrière l'intelligence artificielle, qui est le gros sujet sur lequel Microsoft investit en France. Il y a un, la recherche, les ingénieurs, et ça ce sera plutôt dans la région parisienne, et deux, les data centers. Et vous savez pourquoi Microsoft choisit la France ? Parce qu'on a de l'électricité décarbonée et pas cher. Les data centers ça consomme beaucoup d'énergie et ils choisissent la France.
Ça fait souvent partie des atouts qui sont mis en avant d'ailleurs, parce qu'on a de l'électricité décarbonée et pas cher, et on va continuer à investir là-dedans parce que ça fait partie des avantages comparatifs de la France extrêmement appréciée.
Je vous demandais une précision parce que c'est important pour les personnes concernées. Le journal l'Alsace parle de la commune de Petit-Landeau, il y a 800 habitants, comme implantation. Est-ce que vous confirmez ?
Non, je ne vais pas confirmer l'installation exacte, on verra dans la journée toutes ces précisions qui seront données. Mais ce qui est clair, c'est qu'aujourd'hui, on installe des usines, on installe des centres de data, on installe des emplois dans des territoires éloignés. Pour certains d'entre eux d'ailleurs, qui ont vu la désindustrialisation, je dirais, se délivrer pendant une... Quarantaine d'années ! 25-30 ans, aujourd'hui, enfin vraiment, je souhaiterais qu'on ne gâche pas notre plaisir, on a des emplois qui vont être créés dans tous les territoires de France.
Oui, mais alors justement, c'est quand même la question qu'on se pose chaque année avec Choose France. Beaucoup d'annonces, beaucoup, beaucoup d'annonces. Là, on parle de 15 milliards d'investissements, on parle de 56 projets. 122, c'est le nombre de projets d'investissement qui ont été annoncés depuis la création du sommet Choose France. Et selon l'usine nouvelle, sur ces 122, 27 seulement sont des nouvelles usines. 27 nouveaux projets sur 6 ans, est-ce que ça vaut vraiment la mobilisation du Président de la République, de tous les ministres, un grand dîner à Versailles ? Est-ce que ça vaut tout ça ?
Mais bien sûr, en fait, une entreprise qui choisit la France et qui choisit à nouveau d'investir en France, c'est encore une meilleure nouvelle. Je vais vous donner un exemple très concret. On parle de milliards, moi je vais vous parler de millions. Vorwerk, qui est une entreprise allemande, qui fabrique le Thermomix. Tout le monde connaît le Thermomix. Vous savez qu'il y a 1 400 000 Thermomix qui sortent de France et qui sont exportés dans le monde entier. Tous les Thermomix du monde sont fabriqués en France, à Châteaudun, dans l'Or et Noir. Il y a deux ans, Thermomix, ce qui est présent depuis 1961 en France, dit, moi je vais investir 70 millions à Châteaudun pour une nouvelle usine.
Deux ans plus tard, ils disent, je double la mise, ça fait 120 emplois. Donc évidemment que c'est important, quand on choisit la France, d'investir à nouveau. Les chiffres exacts, l'année dernière, 200 usines ou extensions d'usines nettes supplémentaires en plus. Il y a des ouvertures d'usines en 2023, des nouvelles, c'est à peu près 50-55. Et il y a des usines qui sont étendues, c'est à peu près 150. Et les deux, on prend, parce que les deux, c'est de l'emploi, les deux, c'est de l'activité, les deux, c'est de la prospérité. Et en plus, la plupart de ces investissements sont liés à la décarbonation, donc ce qu'on appelle l'industrie verte, qui permet en plus de dépolver.
Et à côté, combien on ferme aussi ?
On a aujourd'hui, sur les 200 nettes dont je parlais tout à l'heure en 2023, on a 350 ouvertures de lignes ou d'usines et à peu près 150 fermetures. Donc le solde net, c'est 201, pour être précis, en plus.
Là, vous parlez à chaque fois du nombre de sites, mais en nombre d'emplois à la fin, vous parliez des 20 ans de désindustrialisation.
7 ans, 130 000 emplois industriels créés. On en a détruit 2 millions. Ça donne une idée à la fois de la bonne nouvelle, 130 000 emplois industriels. Et de ce qu'il reste à faire. Et de ce qu'il reste à faire. Il y a un travail énorme. À Dunkerque, on a détruit 10 000 emplois depuis 15 ans. 10 000. On va en créer 20 000. 20 000 dans les 10 ans qui viennent. Donc on inverse la tendance. Mais le travail est immense. C'est pour ça qu'aujourd'hui, je dirais, on est content 24 heures. Et demain, on se remet au boulot. Parce qu'il faut accélérer ce travail, qui est le travail d'une vie, qui est le travail d'un ministre. Et qui, je peux vous le dire, ne chôme pas sur ce sujet.
Parce qu'à ce train-là, il faudrait des décennies pour revenir au niveau du début des années 80.
Au rythme d'ouverture d'usines sur lequel on est, d'ici une dizaine d'années, on aura inversé les 15 ans qui viennent de s'écouler. Donc c'est déjà bien. Mais ça veut dire effectivement qu'il faut accélérer, accélérer, accélérer.
Comment ça fonctionne au niveau de Choose France ? Est-ce que par exemple, au niveau du gouvernement, vous établissez une liste d'entreprises, de patrons que vous voulez inviter pour les inciter fortement à investir en France ? Ou alors ce sont les patrons qui disaient, on aimerait bien y participer ?
Je dirais que ça a pas mal évolué. Il y a 7 ans, Choose France était le lundi avant Davos. Et on se disait, allez, ils vont venir passer un week-end à Paris, je caricature à peine. Du coup, ils seront à Paris. On va les faire passer par Versailles. Et mardi, ils seront à Davos. Donc c'est vrai qu'au début, il fallait un peu qu'on attire le chaland. Maintenant, les gens se bousculent pour venir à Choose France. C'est aujourd'hui, il ne se passait rien hier, il ne se passera rien demain. Et les patrons, on en a 180 qui viennent de l'étranger. On en avait des dizaines de plus qui souhaitaient venir. On a refusé du monde à Versailles.
Mais est-ce que vous choisissez les patrons en fonction des pays ? Est-ce que, par exemple, il y a d'autres pays que vous voulez gagner ?
La Chine et les Etats-Unis, par exemple. On a des Américains. On a Pfizer qui, j'allais dire, est un habitué. Tous les ans, ils annoncent des investissements. Je pense que c'est 500 millions aujourd'hui.
Mais les Chinois, par exemple, quand ils construisent des usines de voitures électriques, ils vont plutôt loin.
On a des Chinois, une entreprise de batteries qui va s'installer dans les Hauts-de-France pour construire des cathodes, qui sont des éléments très importants des batteries. On a des investisseurs du Moyen-Orient qui sont peu présents en France et qui commencent à s'y intéresser. Donc, comment on choisit ? D'abord, ceux qui ont des projets, on les reçoit, on travaille avec eux, on voit si le projet a du sens, si on peut trouver un terrain qui leur va, etc. Et évidemment, s'ils annoncent, je dirais, un investissement, le ticket est gratuit, ils peuvent venir. Puis, il y en a d'autres qui viennent parce qu'ils s'intéressent, ils n'ont pas nécessairement un projet définitif.
Et on les fait venir, je dirais, pour terminer le deal, comme on dit.
Il faut dire comment ça se passe, juste rapidement. Ces grands patrons qui arrivent à Versailles, ils auront l'occasion de vous rencontrer, vous, ministres, ainsi que d'autres ministres. Ils auront l'occasion aussi de parler directement au président de la République. Vous, à l'inverse, vous leur dites, venez vous installer en France, mais justement, on va vous faire des petits cadeaux, c'est-à-dire des petits cadeaux de fiscalité. On ne va pas augmenter les impôts.
Ce qui est vrai, c'est que la politique de l'offre, comme on l'appelle, qu'on mène depuis 7 ans, elle fait partie des qualités, elle fait partie de ce qui attire aujourd'hui les investisseurs en France. Mais il y a d'autres éléments tout aussi importants. Je parlais tout à l'heure de l'électricité décarbonée, très important. La rapidité d'exécution. On a simplifié les procédures d'installation. On ne sacrifie pas l'environnement, évidemment, mais on simplifie, on accélère. Ça, ça fait partie aussi des qualités.
Oui, mais vous les séduisez avec la fiscalité.
Écoutez, on a encore la fiscalité la plus lourde du monde. Donc, je ne pense pas que ça suffise. C'est vrai qu'on a baissé les impôts pour les entreprises, on a baissé l'impôt sur les sociétés, mais on reste aujourd'hui le pays, un des deux pays qui taxent le plus au monde. Non, la fiscalité, ça joue. Le foncier, les terrains, l'électricité décarbonée, la capacité à générer du talent. On a aujourd'hui des ingénieurs, des techniciens qui sont connus pour la qualité de leur travail. C'est vraiment l'ensemble de l'œuvre. Et je voudrais rajouter un truc, c'est l'alignement entre l'État et les régions. On dit souvent, je dis souvent, l'industrie n'a pas de couleur de maillot.
L'extrême droite déteste l'industrie parce qu'ils se sont nourris de la désindustrialisation. L'extrême gauche n'aime pas l'entreprise. Mais pour tout le reste, je travaille avec Xavier Bertrand, je travaille avec Carole Delga, je travaille avec Alain Rousset.
Le Parti Socialiste ou les LR ?
Oui, et Franck Leroy qui est de la majorité présidentielle dans le Grand Est. Tous les présidents de région aujourd'hui sont alignés sur cette politique. Et je pense que si vous leur demandez, ils reconnaîtront que là-dessus on a fait le boulot.
Roland Lescu, on vous retrouve juste après le fil, 8h42, Mathilde Romagnon. Le ministre de la Défense russe a été limogé par Vladimir Poutine. Le président russe a démis de ses fonctions Sergei Shoigu lors d'un remaniement surprise alors que l'armée russe avance sur le front ukrainien dans la région de Kharkiv. La commission spéciale de l'Assemblée nationale commence aujourd'hui l'examen du projet de loi sur la fin de vie. 1900 amendements à étudier pendant une semaine. Le texte prévoit une aide à mourir pour certains patients et une première en France. La France qui est l'un des pays d'Europe où l'on soigne le mieux le cancer selon un rapport, en particulier ceux du sein et de la prostate.
Mais il y a des progrès à faire sur la prévention et le dépistage. Les Français se font en moyenne moins dépister que leurs voisins européens. Et puis les supporters du PSG ont fait leurs adieux à Kylian Mbappé hier soir. C'était son dernier match au Parc des Princes. S'il quitte le club à la fin de la saison, il a même marqué un dernier but face à Toulouse pour la 33ème journée de Ligue 1.
France Info Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
Et toujours le ministre délégué en charge de l'industrie et de l'énergie, Roland Lescure. Il y a ceux qui ont les moyens de s'installer, de se développer en France. On en parlait avant le fil infos. Puis d'autres qui risquent de fermer. C'est le cas de l'usine Metex à Amiens, placée en redressement judiciaire. 300 salariés qui produisent des acides aminés, de la lysine pour les animaux d'élevage, qui risquent de se retrouver au chômage. Dans leur secteur, ils font face à la concurrence chinoise qui casse les prix. Comment fait-on ?
D'abord, on est en train de travailler fort pour trouver un repreneur. Le défi aujourd'hui de Metex, il est triple. Un, ils ont un enjeu d'achat. Il faut qu'ils achètent des matières premières, notamment du sucre, et on les aide à négocier des contrats qui soient, je dirais, meilleurs que ceux qu'ils avaient. Deux, ils ont un enjeu de capital. Il faut trouver un repreneur et on travaille dessus également. Et trois, c'est vrai qu'il y a un enjeu de concurrence. Aujourd'hui, il y a, il faut le reconnaître, des engrais qui arrivent, enfin des produits similaires en tout cas qui servent à faire de l'engrais et de la nourriture pour animaux qui arrivent bradés d'Asie et notamment de Chine.
Et ça, il faut qu'on travaille au niveau européen pour s'assurer que cette concurrence, elle soit juste. Moi, je crois à la concurrence internationale parce que si on ne reste pas ouvert... Vous y croyez encore parce qu'avec la Chine... Non mais vous pensez que Thermomix va venir faire des Thermomix en France, ils ne peuvent pas exporter 85% de leur production. La réponse est évidemment non. Donc, il faut rester ouvert, sinon on n'attirera pas les investisseurs qu'on attire au Gaule et à Versailles, mais il faut le faire de manière juste. Et là, clairement, le président de la République l'a dit dans son discours de la Sorbonne, les règles ont changé.
Mais là, est-ce que par exemple, dans le cas de cette entreprise qui demande à Bruxelles de mettre en place des taxes douanières sur les importations, qui déposent une plainte anti-dumping auprès de la Commission européenne, est-ce que vous êtes aligné avec cette entreprise ?
Ce que je peux vous dire, en tout cas, parce que vous l'avez bien dit, c'est la Commission européenne qui instruit ces plaintes. C'est que la Commission européenne est en train, elle aussi, de réaliser que les règles ont changé. Il serait temps, vous diront certains. Exactement. Il est temps. Il est temps, le président de la République l'a dit, et on pousse dans ce sens-là. Une enquête a été ouverte sur les véhicules électriques. Une enquête a été ouverte sur les panneaux solaires.
C'est à prendre du temps, tout ça, en fait, Roland Descure. En fait, ça peut aller assez vite.
On est aujourd'hui, je pense, sur une Commission européenne qui est en train de changer de logiciel. Et il faut reconnaître que la France en est en grande partie responsable pour qu'on se retrouve dans une concurrence, certes ouverte, mais juste. Et donc, sur les panneaux solaires, sur les engrais, sur les véhicules électriques, sur les dispositifs médicaux, l'Europe est en train de bouger. Et je peux vous dire, c'est plus grâce à nous que grâce à d'autres qui râlent beaucoup, mais qui ne font pas grand-chose. Aujourd'hui, on est dans une phase où on est à la fois capable de développer l'Europe dans la nouvelle industrie, l'industrie verte, et de le faire.
Le président de la République l'a dit, en protégeant ces industries, le temps qu'elles se développent. La Chine l'a fait pour les véhicules électriques, on va le faire nous aussi.
Vous dites, l'Europe est en train de changer. Sur les panneaux solaires, par exemple, en France, on rame, on rame beaucoup. Le patron de Total, Patrick Pouyanné, a livré une anecdote édifiante il y a dix jours devant les sénateurs. Écoutez.
Il se trouve qu'on a été, nous, fabricants de panneaux solaires, dans une entreprise qui s'appelle Sunpower. Donc, on a vécu le cycle d'investir dans des usines de panneaux solaires en Europe et de voir toutes les fermer. Je l'ai vécu. Et vous savez pourquoi je les ai fermées ? Parce qu'en 2016 ou 2017, l'Europe a décidé d'enlever toutes les barrières qu'il y avait sur les panneaux chinois. Je suis allé à Bruxelles, je suis allé voir le ministre de l'économie pour lui dire, si vous levez ces barrières douanières, nous devrons fermer ces usines que nous avions à Toulouse et à Carlin. Comme tous mes collègues. Et à la fin, le choix a été fait. Et lequel choix a été fait par l'Europe ?
On nous a dit, on laissera les panneaux chinois rentrer, vous fermerez vos usines, parce que le choix que nous faisons, c'est que le coût de l'énergie solaire soit la plus basse possible. Et nous ne savons pas fabriquer, en Europe, des panneaux aussi peu chers que les panneaux chinois. Ça, c'est un choix politique. C'est le choix qui a été fait en 2017. J'ai été amené, malheureusement, à fermer des usines, après les avoir installé. Je n'ai pas recommencé.
L'Union européenne a préféré donc la défense des consommateurs avec des prix bas, au dépend d'une vision stratégique sur l'industrie, l'énergie. C'était une erreur.
En tout cas, on a changé. La France a changé depuis 10 ans, c'est sûr. Et l'Europe est en train de changer.
Sauf que, pardon, mais il parle de la période 2016, en août 2016, le ministre de l'économie s'appelait Emmanuel Macron.
Oui, mais ce qui est clair, c'est qu'aujourd'hui, Emmanuel Macron, depuis qu'il est président de la République, a mis en place une stratégie qui permet à la fois de décarboner et de développer des panneaux solaires, du photovoltaïque, mais aussi de l'éolien, de l'éolien en mer, de manière à ce qu'on ait de l'électricité carbonée, tout décarboner, tout en développant une industrie qui va avec. Et je peux vous dire, c'est compliqué.
Mais on fait quoi par rapport aux Chinois ?
Parce que quand vous regardez, par exemple, ce que Joe Biden annonce, parce que c'est très important. Les panneaux photovoltaïques, on a deux gigafactories qui vont ouvrir, Holosoyce à Sargumin et Carbone à Fos.
Mais là, on n'a pas perdu 8 ans avec tout ça ?
Ah, on a perdu du temps, c'est sûr. Et maintenant, il faut, je le répète, accélérer pour aller plus loin, plus vite. Mais on a deux gigafactories, c'était à Tews France l'année dernière.
Mais ça commence maintenant. Sauf que les Chinois, ils ont inondé le marché entre-temps. On fait quoi avec les importations chinoises ?
On protège le marché via des enquêtes menées par la Commission qui vont permettre de mettre en place des barrières tarifaires, je l'espère en tout cas, et très vite, de manière à protéger le marché. Non pas de vitam aeternam, mais le temps qu'on développe notre industrie.
Mais vous savez, c'est important. Selon le Wall Street Journal, ce week-end, Joe Biden s'apprête à quadrupler, quadrupler les droits de douane. Alors, sur les voitures électriques chinoises, il parle aussi des panneaux photovoltaïques. Est-ce que nous, on pourrait faire la même chose ?
Et vite. Moi, je souhaite que la Commission européenne aille vite dans ses enquêtes et prenne des mesures drastiques si les enquêtes montrent que la concurrence a été faussée. Et j'allais dire, j'ai bien l'impression que oui. Donc oui, il faut arrêter la naïveté. Il faut être plus efficace.
C'est bizarre, Roland Lescure, de tenir ce discours ce matin. On vient de prouver, là, via une déclaration de Patrick Bouyanné qu'on avait perdu 8 ans, parce qu'il y avait eu erreur politique. Là, aujourd'hui, vous nous dites, on a fait une erreur, mais en plus, on va attendre une enquête. Donc en fait, vous n'avez pas l'impression de perdre du temps en permanence ?
Non, ça ne fait pas 8 ans de perdu. Ça fait 7 ans qu'on a changé en profondeur notre politique. Et on l'a vu au début de votre émission, qu'on attire des capitaux tous les ans, y compris, je le répète, dans les panneaux solaires, puisque l'année dernière, un des plus gros investissements de toute France, c'était une gigafactory. Ils ne font pas ça pour nous faire plaisir, Holosolis, quand ils investissent des centaines de millions pour créer une gigafactory de panneaux solaires. C'est qu'ils trouvent que l'environnement d'affaires a effectivement changé en France.
Mais là où les Américains agissent plus vite, nous, on doute encore.
Je reconnais qu'on devrait aller plus vite au niveau européen, on devrait aller plus fort, et ça, on le dit, et je pense que ça fait partie des enjeux de cette campagne européenne, montrer qu'on est capable de changer le logiciel en Europe pour aller plus loin, plus vite et plus fort, sur le respect de la concurrence juste. Mais on ne peut pas dire d'un côté, bravo, les investisseurs internationaux choisissent la France de plus en plus depuis 7 ans, et dire qu'on dort au gaz et qu'on a 8 ans de retard et que rien ne va bien dans le royaume de France.
Mais tout ça a été dit les yeux dans les yeux entre Emmanuel Macron et Xi Jinping qui étaient la semaine dernière ici en France.
Ça fait partie des choses qui ont été discutées, évidemment. Moi, je préfère que les Chinois viennent investir en France, créer de l'emploi, plutôt que d'envoyer des panneaux solaires bradés. Et ça fait partie des discussions qui ont eu lieu. Vraiment. Enfin, si on pouvait juste, l'espace d'une journée, se féliciter... Mais oui, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on fait face à un défaitisme généralisé. Moi, j'entends Jordan Badela. Je ne parle pas de vous, je parle de Jordan Badela, qui systématiquement va des usines mentir aux salariés en leur disant « On vous a menti, on est en train de vous abandonner.
On investit, on introduit des usines partout, on crée de l'emploi, on décarbone, on fait des choses grâce au Green Deal qu'il a refusé de voter. » Jordan Badela, il a une guerre de retard. Tous les jours, il était contre l'Europe. Finalement, il est pour. Il était contre l'euro. Finalement, il est pour. Il était contre le marché de l'énergie. Finalement, il est pour. Aujourd'hui, il est contre la voiture électrique. Vous vous rendez compte ? Qu'est-ce qu'on va dire aux 20 000 salariés de Dunkerque qui sont en train de trouver un job ? Finalement, on va attendre un peu. Alors que les Chinois, vous l'avez dit, eux sont prêts.
Non, il faut être extrêmement ambitieux sur cette nouvelle technologie, et notamment sur les véhicules électriques, et y aller à fond.
Roland Lescure, on retrouve juste après le fil info, il est 8h51, Mathilde Romagnon. Le projet de loi sur la fin de vie arrive aujourd'hui à l'Assemblée nationale. En commission spéciale, 71 députés ont une semaine pour examiner les 1900 amendements du texte. Ils prévoient une aide à mourir pour certains patients. C'est une première en France. L'armée russe progresse sur le front ukrainien. L'armée ukrainienne a reconnu des succès tactiques de la Russie dans la région de Kharkiv. Moscou a revendiqué la prise de 4 localités près de la frontière, dans le nord-est de l'Ukraine. Le département du Calvado s'est placé ce matin en vigilance orange pour risque de crues par Météo France.
La Normandie a été touchée hier par des orages et de fortes pluies. Près de 10 000 impacts de foudre ont été relevés dans le territoire. Moins d'une semaine après le début du relais de la flamme olympique, 23 actions visant à perturber le parcours ont été déjouées selon le ministère de l'Intérieur. Ce matin, la flamme est sur le viaduc de Millau. Elle passera ensuite par Sète et par Montpellier.
France Info Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
Et avec Roland Lescure, le ministre délégué à l'Industrie et à l'Énergie, on parlait déjà des élections européennes juste avant le fil Info. Faut-il qu'Emmanuel Macron s'implique davantage jusqu'à aller débattre avec Marine Le Pen, par exemple, avant le 9 juin ?
Alors, on est en train de passer du débat au débat sur le débat. Toutes les semaines, on se demande s'il va falloir débattre avec si, avec ça. Il y a eu deux débats déjà. Un débat de Valérie Ayet contre, face à Jordan Bardella, dont je trouve qu'elle s'est très bien sortie. Un autre avec les six candidats, dont je pense qu'elle a aussi pu montrer qu'elle avait toutes les qualités pour mener la liste. On a un débat, je pense, le 23 mai, entre le Premier ministre Gabriel Attal et Jordan Bardella. C'est déjà pas mal. Moi, je pense que la bonne nouvelle, d'abord, c'est que cette campagne européenne, elle est en train de prendre. On en parle de plus en plus.
On parle pas seulement des débats, mais de ce qui est dit. On parle de la politique industrielle européenne. On parle des enjeux de défense. On parle d'immigration. On parle de tous ces sujets-là qui sont, au fond, des sujets du quotidien, mais qui sont traités à Bruxelles. Ça, c'est tant mieux. J'ai cru comprendre que Marine Le Pen était prête à débattre, mais pas tout de suite à la rentrée.
Après le 9 juin.
Bon, voilà. Vous trouvez que ce serait une bonne idée ou pas ? En tout cas, je trouve que le fait que le président de la République s'implique, c'est bienvenu. Parce que moi, j'ai rejoint Emmanuel Macron, maintenant, il y a près de 10 ans, 8 ans, essentiellement parce qu'il avait le courage de mettre des dapos européens derrière lui, là où la plupart des partis de l'époque avaient soit l'Europe haineuse, soit l'Europe honteuse. L'Europe, ça fait partie des axes de force d'Emmanuel Macron et de ses majorités successives. On a porté des sujets. On a fait bouger l'Europe comme on ne l'avait jamais fait auparavant. Très bien. Impliquez-vous, impliquons-nous tous.
Sauf que visiblement, notre bilan, il ne joue pas pour vous puisque dans les enquêtes d'opinion jusqu'à aujourd'hui, c'est Jordan Bardella qui a annoncé en tête et de loin devant Valérie Ayet. Vous faisiez référence au débat Atal-Bardella. Le débat va avoir lieu le 23 mai sur France 2. Et Raphaël Gluckspan, la tête de liste PS Place Publique, trouve regrettable de ne pas y participer. Il a raison.
Là encore, on débatse.
Il rejouait le duel de 2022.
La réalité, c'est que ce duel, il a eu lieu en 2017. Il a eu lieu en 2019. Parce que je vous rappelle qu'on était au coude à coude avec le Front National à l'époque aux élections européennes. Il a eu lieu en 2022. Oui, c'est un vrai duel aujourd'hui. Ça veut dire qu'il y a une fatalité, ce duel ? Entre ceux qui croient à l'Europe et ceux qui n'en veulent pas. Est-ce que ça veut dire que les autres candidats n'ont pas le droit de citer ? Non. D'ailleurs, il y aura sans doute, il y a déjà eu des débats avec les uns et les autres.
Mais aujourd'hui, il y a une vraie fracture entre ceux qui croient à l'Europe sans naïveté, en la transformant pour améliorer le quotidien des Français et des Français, et ceux qui se trompent systématiquement de bataille depuis 25 ans en donnant à l'Europe la responsabilité de tous les maux de la terre et en refusant en aucun cas de faire en sorte qu'elle soit meilleure. Franchement, il a perdu toutes les batailles, Jordan Berdella. Il va en perdre une encore en disant le véhicule électrique, c'est une mauvaise idée.
Mais on a besoin de mener ce débat, de mener ce combat pour montrer que c'est une imposture, que Jordan Berdella est un menteur en série et qu'on doit rétablir la vérité sur l'Europe qui nous aide, qui nous sauve, qui nous fait avancer.
En attendant, il est largement en tête des intentions de vote. S'il arrive en tête le 9 octobre prochain, c'est la fin du quinquennat et des mails de Macron ?
Écoutez, on n'en est pas là. D'abord, le quinquennat, il lui restera 3 ans et je peux vous dire qu'on les vivra à fond. Mais surtout, il reste un mois. Et donc, un mois pour faire campagne, pour montrer effectivement qu'il n'y a aucune fatalité, que les mensonges doivent être dénoncés et que la réalité, qu'il y ait une politique européenne positive qui nous amène plus loin, dans l'industrie verte notamment, il a voté contre tout. Dans la relance européenne, il a voté contre tout. Y compris dans la gestion de l'immigration, qui est un défi moderne, il a voté contre tout, qu'on a des solutions et que lui, il sort sur les problèmes.
Sauf que la campagne, elle est compliquée, Roland Lescure. Une photo de votre candidate Valérie Ayet circule sur les réseaux sociaux en compagnie de militants néo-nazis qui ont défilé ce week-end à Paris. Elle dénonce un piège qui lui a été tendu. C'est le risque de la campagne ?
Mais, excusez-moi, mais j'allais dire, c'est anecdotique cette histoire. Moi, je passe ma vie à prendre des photos avec des gens et je dois voir que je ne regarde pas ce qu'ils ont sur leur t-shirt. Je pourrais me faire piéger demain comme elle s'est fait piéger hier. Est-ce que c'est important ? Non. Ça montre, évidemment, des techniques, je dirais, un peu éculées de l'extrême droite qui visent à la manipulation. Mais c'est un détail.
Sauf que certains, ils voient une indication politique. Je donne l'exemple d'Olivier Faure, le patron du Parti Socialiste. Il a tweeté, je vois que vous râlez, mais il a tweeté, cette photo pourrait être anecdotique si Renaissance ne surjouait pas le duel avec l'ERN après avoir voté la préférence nationale avec un Premier ministre qui mime l'autorité au mépris des libertés publiques et académiques.
Il n'a pas honte. Franchement, ce n'est pas du niveau d'un parti soi-disant de gouvernement présent à l'Assemblée nationale. Il part de cette photo pour créer un procès politique face à une candidate qui a montré depuis 5 ans qu'elle est compétente, qu'elle est influente, qu'elle a fait avancer l'Europe comme Olivier Faure ne l'a jamais fait avancer et comme malheureusement, je pense, il ne la fera jamais avancer. Donc, un peu de décence. Et surtout...
Il dit qu'en fait, depuis 7 ans, vous avez participé à la banalisation de l'extrême droite ?
Écoutez, moi, je regrette qu'ils le disent. C'est le combat de ma vie. Moi, je me suis lancé en politique pour battre le Front National. Vous regrettez, en même temps, vous reconnaissez que, voilà,
aujourd'hui, le duel, il est toujours entre l'URN et Renaissance.
Mais bien sûr ! Et l'AFD est en hausse en Allemagne. Et le Parti des fermiers est en hausse aux Pays-Bas. Mais il n'y a pas de duel comme celui qui est installé aujourd'hui en France. Et le gouvernement en Italie. Évidemment, c'est un combat énorme sur lequel il faut qu'on, j'allais dire, se rassemble entre forces républicaines plutôt qu'en se divisant, franchement, sur des sujets totalement anecdotiques.
Roland Lescure, merci d'avoir été avec nous
sur France Info.
Roland Lescure