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interviewLCP (sur YouTube)· 25 juin 2023 13 min

Thomas Ménagé, député RN du Loiret | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Mon invité a longtemps préféré l'ombre à la lumière, mais cela ne l'a pas empêché de devenir porte-parole du groupe Rassemblement National à l'Assemblée. Générique ...

Bonjour, Thomas Ménagé. -Bonjour. -Au débat sur la réforme des retraites, une de vos prises de parole a déclenché beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, mais pas seulement.

C'était sur la question du report de l'âge légal à 64 ans. *-Laissez-nous montrer la vraie vie, je prends l'exemple de mon père, il a 58 ans, il a travaillé toute sa vie sur les toits, il est couvreur, mon père, à 58 ans aujourd'hui, chaque soir a les genoux qui doublent de volume, chaque matin est incapable de se lever parce qu'il est cassé. Vous êtes pour la plupart détachés des réalités, des difficultés de ce monde, venez sur le terrain et vous comprendrez que, pour une partie des Français, il est impossible d'aller jusqu'à 64 ans. -Cette prise de parole a déclenché une riposte assez cinglante de la majorité par la voix de Stéphanie Rist : personne n'a le monopole du papa qui a souffert, a-t-elle répondu.

Vous comprenez que ça puisse agacer, cette façon de faire de la politique en jouant sur les émotions pour défendre ses idées ? -En s'engageant en politique, on est le fruit de notre histoire, de notre passé, notre famille, donc automatiquement, si ça touche directement au quotidien ou à nos familles, on prend les exemples que l'on connaît bien. Donc Stéphanie Rist avait réagi, je voulais pas m'octroyer un quelconque monopole, je voulais juste expliquer au gouvernement que des Français ne seraient pas en capacité, et je le savais pour avoir mon père régulièrement au téléphone, me disant qu'il ne pourrait pas aller plus longtemps sur les toits, que c'était très difficile.

Donc c'est pas du tout un monopole, Stéphanie Rist avait peut-être plus de pudeur, on en a parlé après, ça l'avait un peu... -Après, elle a raconté que son père tenait un bistro. -C'est ça, donc on a parlé de nos histoires personnelles, mais c'est ce que je reprochais à une partie des députés de la majorité sur cette réforme : quand bien même certains étaient dans la réalité des choses, avec des familles parfois confrontées à la pénibilité, ils ont eu tendance à l'oublier et c'est ce que j'ai souhaité leur rappeler.

Et par les réactions sur les réseaux sociaux, j'ai réalisé que les gens se sentaient représentés, entendus. -Et concernés. -Voilà, parce que j'ai eu incroyablement, énormément de retours. -Trois millions de vues pour cette vidéo sur votre compte TikTok.

On voit que ça a suscité des réactions. -Oui, car aujourd'hui, je pense que les Français ont le sentiment qu'on ignore la réalité, qu'on est en orbite, hors-sol, avec le président et une partie des députés. S'ils ont l'impression qu'on est de réels porte-parole de la réalité du terrain, ils nous remercient. -Je disais que ça a pu agacer mais on sent que, en vous exprimant, vous remuez des choses personnelles, sur votre histoire à vous.

Est-ce que vous faites un lien entre votre milieu social et votre engagement en politique ? -Totalement. Mes parents n'ont pas le bac...

Ca a surtout été aussi une réelle volonté de participer à changer les choses, notamment l'ascenseur social. Je viens d'une petite commune de 800 habitants, mes parents n'ont pas le bac, ils se sont saignés pour que je puisse aller à l'université, donc déjà, j'ai envie de les rendre fiers et j'essaie de jamais oublier d'où je viens, même si j'ai fait des études, que j'ai eu un confort personnel, financier et un mode de vie différent de ma famille, à chaque fois, surtout en tant que néo-député, en arrivant dans l'Assemblée, j'ai eu une pensée pour mes ancêtres et mes parents, bien entendu. -Très jeune, à 15 ans, vous avez soutenu la campagne de Nicolas Sarkozy puis vous avez pris votre carte à l'UMP.

Mais si on vous demande le déclencheur de votre engagement, vous évoquez un drame personnel, la mort de votre maman, quand vous avez 19 ans. -Ouais, un moment important. Dans un premier temps, c'était une fuite en avant.

La politique, on se donne totalement, c'était l'occasion de se sentir utile, de trouver un sens quand on a l'impression, quand on est jeune comme moi, que la perte d'une maman fait perdre un peu du sens à la vie, de se sentir utile, de penser à autre chose et ça a accéléré l'engagement, la volonté de se mettre au service des autres et dans un premier temps, je le cache pas, d'oublier ce moment qui a été très difficile pour moi. -En 2012, vous avez une première visibilité médiatique, c'était en tant que porte-parole de la manif pour tous, localement, à Blois. Pourquoi vous êtes-vous mobilisé contre le mariage gay ?

C'était lié à des convictions religieuses ? -Pas du tout, c'était là encore quelques mois, c'était réellement ce qui a accéléré cet engagement, après le décès de ma mère et moi, j'ai ressenti, sur la question de l'adoption, si on ressort les articles d'alors, le mariage était pas un problème pour moi, c'était la filiation, je perdais la présence féminine, je m'interrogeais sur la nécessité d'avoir une présence masculine et féminine. Je demandais aussi un référendum, y avait un engagement contre François Hollande.

Aujourd'hui, 10 ans après, je regrette pas, je l'ai fait dans le respect, je suis très heureux de voir que les doutes que j'avais sur la filiation sont levés, donc je me suis peut-être trompé par rapport à mes doutes et, surtout, comme on le demande, et c'est ce qui a participé à mon engagement au RN, que, sur les sujets de société, ce soit à la société de régler le souci par le référendum, de la même manière, sur des sujets bloquants, sur les retraites, ça aurait dû être le cas pour l'adoption pour tous. -Si on refaisait aujourd'hui ce débat parlementaire, si la loi repassait, vous voteriez encore contre ? -Non. -Vous avez évolué. -Ouais, j'avais 19 ans, j'avais pas du tout la même vision, et puis le monde a évolué.

On a réalisé qu'on pouvait avoir des inquiétudes sur la question et que ces inquiétudes étaient pas fondées. En politique, il faut surtout être en cohérence, on a le droit de s'interroger et, aujourd'hui, je suis content que tout le monde puisse s'aimer librement en France, je m'inquiète pour les homosexuels sur d'autres combats, notamment contre le fondamentalisme islamiste qui menace des droits, et donc cette question, il faut pas rouvrir, même si on est dans les 10 ans, c'est réglé. -Les rares images que j'ai retrouvées de vous à l'époque, en fouillant ici et là, c'est les seules qu'y a.

Y a plus rien de vous sur les réseaux sociaux, notamment sur vos comptes. Vous avez tout effacé ? -Quand j'ai pris un engagement auprès de Nicolas Dupont-Aignan, j'ai remis en cause l'ensemble de mes réseaux sociaux parce que la parole d'un gamin, les photos de famille, les photos avec les proches, des prises de position quand on est gamin... -Oui, ça, je comprends, mais un engagement public ?

Comme si vous n'assumiez plus ? -J'ai recommencé des comptes à zéro juste après, je voulais pas être responsable des propos que je pouvais avoir à 15 ans sur les réseaux sociaux, mes photos en soirée avec mes amis, y avait rien de répréhensible ou de gênant, ce qu'il y avait dans la presse était clair mais je considérais, quand on devient un personnage politique public, qu'il faut être responsable de ses propos. Depuis mon engagement, tout est public, bien sûr. -En mai 2014, vous avez posté une photo de votre carte de militant UMP en vous interrogeant sur rester ou non au sein du parti, puis vous l'avez quitté pour rejoindre Nicolas Dupont-Aignan, pourquoi ? -J'avais des doutes, comme beaucoup de militants UMP, même si j'étais pas pleinement engagé, sur la ligne du parti, la défense des classes moyennes, la valeur du travail.

Depuis Nicolas Sarkozy, j'avais des doutes sur la capacité à passer le karcher, sur le régalien, sur la souveraineté. A l'époque, moi, j'étais pas prêt à rejoindre le Front National, c'était encore le passé de Jean-Marie Le Pen. Et celui qui portait la ligne du RPR ancien et qui était compatible avec Marine Le Pen, c'était Dupont-Aignan. -Vous devenez son chef de cabinet en 2015, vous êtes resté dans son ombre le long de cet engagement, mais au coeur du dispositif, au point que vous avez participé directement aux négociations avec Marine Le Pen, après la présidentielle, avant la législative de 2017.

Ca a été une étape-clef de votre engagement, qu'est-ce qui s'est joué pour vous à ce moment-là ? -C'était un moment important, c'était le premier contact avec Marine Le Pen, le moment où j'ai réalisé que, loin de fantasmes que j'avais personnellement véhiculés par des opposants, par petite doxa médiatico-politique, bah, Marine Le Pen est une femme humaine avec qui on avait eu des échanges très clairs, dans l'intérêt général, dans l'intérêt de la nation. -Donc pourquoi pas elle ? -Oui, et ça m'a forcé, alors que j'étais encore jeune, à négocier cet accord aux côtés de Dupont-Aignan, énormément autour de lui refusaient de travailler avec Marine Le Pen.

Ce premier contact m'a donné envie de m'engager pour elle. -Vous êtes plusieurs députés RN à avoir une place importante à ses côtés à être passés par Nicolas Dupont-Aignan. On vous voit avec Alexandre Loubet ou Jean-Philippe Tanguy, ici.

Vous avez créé ensemble un micro-parti, comme on dit, L'Avenir Français, ça veut dire que c'est une bonne école de la politique, Nicolas Dupont-Aignan. Vous lui devez beaucoup ? -Oui, c'est un excellent élu local, j'ai appris énormément et je suis ultra heureux d'être avec mes compagnons de route, qui étaient à Debout la France, aujourd'hui aux côtés de Marine Le Pen.

Ce qui est certain, c'est qu'on a pas changé, on veut le rassemblement des patriotes, des nationaux, pour sauver le pays et éviter d'être dans l'ornière actuelle. -Vous allez aux législatives sous les couleurs de L'Avenir Français, avec le soutien du RN et de Marine Le Pen. Jean-Michel Blanquer a choisi de se présenter dans la même circonscription que vous, ça a eu pour conséquence de braquer les caméras sur vous.

Vous diriez que la candidature de Blanquer a été une chance pour vous ? -Oui, en quelque sorte, ça m'a obligé à arrêter d'être le garçon timide qui voulait être en arrière-plan à pas répondre aux caméras. Ca m'a forcé, pour une question d'équilibre du temps de parole, je devais m'exprimer, ça m'a permis aussi de me faire un petit peu un petit nom à ce moment-là et de pouvoir, dès mon arrivée à l'Assemblée, être porte-parole. -Très vite après votre élection, Marine Le Pen vous repère et vous nomme porte-parole du groupe RN à l'Assemblée, vous voilà encore plus en pleine lumière alors que vous dites ne pas aimer cela.

Pourquoi ? Vous avez l'air plutôt à l'aise. -J'aime pas l'image que je renvoie, c'est de la psychologie, on s'aime ou on s'aime pas, on apprend à s'aimer, on grandit, physiquement, dans la manière de s'exprimer, et dans un premier temps, j'avais un complexe de classe, un sentiment d'imposteur, en arrivant ici, et historiquement, c'est-à-dire que je me disais : qu'est-ce que le petit gars de la ruralité, dont les parents ont pas fait d'études, fait dans ce milieu ? -Vous vous sentiez pas légitime à votre place ? -J'ai la légitimité des urnes, mais je me sentais pas à ma place et je pense que ça arrive à énormément de députés qui ne viennent pas des milieux habituels, qui ne répètent pas la vie familiale, qui sont d'une famille très politisée, on a l'impression que c'est pas pour nous, c'est pour ça qu'il faut des jeunes issus d'autres milieux en politique, c'est pas réservé aux fils-de, fils à papa, l'Assemblée doit représenter tous les Français. -On passe à notre quiz.

Je vous explique comment ça se passe : je vais commencer une phrase et vous allez devoir la compléter. Ce qui m'agace le plus à l'Assemblée ? -Le brouhaha permanent, le fait que chacun est là pour faire sa vidéo, son buzz, et pas forcément toujours pour débattre du fond.

Et la deuxième chose qui m'agace, c'est le côté très sectaire des autres groupes. Je vote des propositions de tout bord, je pense juste à l'intérêt des Français, ce que tous ne font pas. -Contrairement au RN, l'avenir français ? -Le RN, mouvement de rassemblement, ni droite, ni gauche, gauche et droite, nous, nous sommes de droite gaulliste. -Vous assumez ? -De droite gaulliste sans hésitation et la beauté du RN est de rassembler des personnes qui viennent d'horizons différents. -Dans une autre vie, je rêverais de ? -D'avoir du temps parce que c'est la problématique en politique maintenant, on se rend compte à quel point c'est une denrée rare, d'avoir du temps pour sa famille, ses proches, pour souffler et, des fois, prendre une bouffée d'air frais et être encore plus efficace pour défendre les Français. -Merci beaucoup, Thomas Ménagé, d'être venu.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA ...