Yaël Braun-Pivet : "La France est toujours à la traîne en termes d'égalité femmes-hommes"
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Retrouvez la force de l'engagement avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé. Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement, l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société. Mon invitée aujourd'hui est la présidente de l'Assemblée nationale, première femme élue à la tête de l'institution qui incarne le cœur de notre démocratie. Yaël Braun-Pivé porte depuis plusieurs années un engagement constant en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la mixité dans les lieux de pouvoir et d'une société où chacun peut trouver sa place et se sentir utile. Mais avant de vous donner la parole, chère Yaël, je vous propose de nous engager pour l'intérêt commun. Nous vivons dans une époque étrange.
Jamais nous n'avons autant parlé de société, jamais nous n'avons autant invoqué le collectif, jamais nous n'avons autant demandé aux institutions de répondre à tout, vite, fort, immédiatement. Et pourtant, jamais la question de ce qui nous relie n'a semblé aussi fragile. La défiance envers les responsables politiques demeure massive, la confiance dans les institutions s'érode, le débat public se durcit. Les réseaux sociaux transforment la confrontation des idées en affrontements des individus. Chacun parle depuis sa place, son inquiétude, son territoire, son identité, son indignation. Tout cela est bien sûr éligitime.
Une démocratie vivante doit permettre l'expression des colères, des désaccords, des blessures, des revendications. Mais une démocratie ne peut pas se réduire à l'addition de colères concurrentes. Elle ne peut pas devenir un espace où chaque groupe défend uniquement sa cause, son intérêt, sa peur ou sa vérité. Une société ne tient pas seulement parce qu'elle organise des droits individuels, elle tient aussi parce qu'elle parvient à fabriquer du commun. L'intérêt commun n'est ni un mot abstrait, ni une formule administrative, ni un décor républicain que l'on convoque dans les discours officiels. L'intérêt commun, c'est ce qui permet à une société de ne pas se disloquer.
C'est accepter que l'on puisse être en désaccord sans devenir ennemi. C'est admettre que la liberté individuelle ne peut survivre durablement sans responsabilité collective. C'est comprendre qu'une démocratie ne se protège pas seulement dans les urnes, mais dans la manière dont chacun accepte encore de prendre sa part. Or, nous voyons bien ce qui se joue. Quand le compromis est perçu comme une trahison, quand l'adversaire politique devient un ennemi moral, quand l'émotion remplace la délibération, quand l'immédiateté écrase le temps long, alors l'intérêt commun recule. Une démocratie, ce n'est pas seulement le droit de dire non, c'est aussi la capacité de construire un oui.
Un oui à quelque chose qui nous dépasse, à un projet partagé, un oui à la possibilité de faire société. Nous avons une responsabilité commune. En plus, c'est que le pays ne devienne juste à position d'intérêt particulier, incapable de se parler. S'engager pour l'intérêt commun, c'est demander à chacun de regarder plus loin, c'est préférer la construction, c'est accepter que l'engagement ne commence pas toujours par une grande cause, mais parfois par une question simple. À quoi puis-je être utile dans une association, dans une commune, dans une entreprise, dans une famille, dans une institution ? Être utile là où l'on est.
Alors aujourd'hui, engageons-nous pour l'intérêt commun, pour ce qui nous rassemble, parce qu'au fond, s'engager, c'est peut-être cela, refuser d'être simplement spectateur de la société dans laquelle on vit.
Sud Radio, la force de l'engagement, Muriel Reus.
Alors aujourd'hui dans la force de l'engagement, mon invité est Yaël Braun-Pivet, président de l'Assemblée nationale. Bonjour Madame la Présidente. Bonjour. Alors vous êtes aujourd'hui la première femme de l'histoire de la République à présider l'Assemblée nationale. Lorsque vous regardez ce parcours qui est le vôtre, qu'est-ce qui vous surprend le plus ? Ce chemin qu'il a fallu faire pour attendre 2022, pour qu'enfin une femme accède enfin à cette fonction ?
Est-ce que c'est ça qui aujourd'hui vous revient à l'esprit ? Mais c'est assez symptomatique en fait de notre pays. On est souvent un peu en retard sur ce type d'avancée. L'autre jour j'étais en Allemagne, j'ai visité le Bundestag, donc le Parlement allemand. Et figurez-vous que la première femme présidente du Bundestag a été élue en 1972. Donc 50 ans avant nous. Et donc on voit que la France, et il y a d'autres exemples de ce type, a été en retard. Nancy Pelosi aux Etats-Unis a été élue speaker du Congrès américain bien avant nous en France. Et donc la France est toujours un peu à la traîne sur ses avancées et ses dommages.
Et donc effectivement, bien souvent les jeunes quand ils visitent l'Assemblée me disent « Mais c'est dingue qu'on ait dû attendre 2022 pour avoir une femme présidente de l'Assemblée nationale ». Alors maintenant c'est fait. Ce que j'aimerais c'est que je ne sois pas la dernière avant les 20 prochaines années. Et le rêve ce serait qu'une autre femme me succède pour installer vraiment les femmes dans ce type de fonction.
Alors vous, vous observez chaque jour ce que les Français ne voient pas toujours. Cette tension entre les groupes politiques, les difficultés de ce débat démocratique aujourd'hui. Parfois les possibilités de dialogue que je vous vois vous-même essayer d'instaurer régulièrement. Qu'est-ce que ça révèle cette place de l'État de notre démocratie à cette place privilégiée qui est la vôtre ?
En fait, on voit à l'Assemblée nationale les fractures de notre pays, les tensions qui existent entre les différents Français. Vous savez, moi, quand je suis sur le perchoir, je vois la France puisque chaque élu est élu de la République et a été élu par nos concitoyens. Et c'est ça qu'il faut respecter finalement au plus haut point. C'est que la volonté populaire, la volonté des Français s'est exprimée en élisant cette Assemblée nationale. Maintenant, mon travail, c'est de faire en sorte que justement, cette élection et que ces légitimités ne s'affrontent pas, ne s'opposent pas, mais réussissent à travailler ensemble parce que c'est ça que les Français nous demandent.
Et c'est l'objectif d'un mandat. Quand on exerce un mandat politique, c'est pour faire et pour faire pour les autres. Et donc, moi, j'essaye à la place qui est la mienne que nous puissions faire ensemble. On y arrive parfois. Il ne faut pas s'arrêter aux images très conflictuelles de l'Assemblée nationale. Elle existe. Il ne faut pas les nier. Mais l'Assemblée nationale, ce n'est pas que ça. C'est aussi des moments de concorde, des moments où on se retrouve pour avancer ensemble sur des sujets qui sont très importants pour les Français. Je pense notamment à tout ce qui est violence faite aux femmes, violence faite aux enfants.
Sur beaucoup de sujets comme cela, nos agriculteurs, nous arrivons à nous mettre d'accord pour avancer. Et je pense que ça, c'est utile et c'est précieux. Et c'est ça, mon job, finalement.
Alors, à l'instar de vous-même, on considère et on voit que les femmes ont progressivement conquis l'en place dans les institutions. Mais j'ai l'impression qu'aujourd'hui, l'enjeu, ce n'est pas simplement d'accéder aux responsabilités. C'est aussi de savoir dans quelles conditions les femmes peuvent exercer ces responsabilités. Est-ce que vous avez le sentiment qu'aujourd'hui, les femmes sont pleinement à la table ou se prennent les décisions ou demeurent encore trop souvent en périphérie de ces cercles d'influence ?
Alors, non, clairement, elles ne sont pas suffisamment nombreuses parce que vous parlez de cercles d'influence. Il y a l'élection. Et c'est vrai que lorsqu'on regarde un petit peu un panorama dans notre pays, il n'y a pas suffisamment de femmes. Nous n'avons que 22-23% de femmes mères dans notre pays. Donc, un quart des maires sont des femmes. Il n'y a qu'à peu près 35% des femmes présidentes de région. Ça n'est pas suffisant. 35% de femmes sénatrices, députées, etc. Donc, on n'est pas encore dans le bon nombre. Mais surtout, les entourages ne sont pas féminisés. Quand vous regardez les directions de cabinet, les chefferies de cabinet, les conseillers, etc., ça reste extrêmement masculin.
Et on sait tous qu'une décision se construit avec des équipes. Et donc, c'est aussi la féminisation de ces équipes qu'il faut réaliser. Et on a encore pas mal de boulot à faire. L'idée, c'est de mettre des femmes autour de la table. C'est un sujet d'égalité. Mais c'est surtout un sujet pour prendre des décisions qui vont s'appliquer de façon juste à toute une population. Et on voit bien que, évidemment, des cercles masculins ne décident pas des mêmes choses que des cercles dans lesquels les femmes et les hommes sont représentés. Mais il faut aussi des jeunes à la table. Il faut aussi des plus âgés, des expériences différentes.
Plus vous mettrez de mixité à la table des décisions, et pas seulement de genre, plus vous aurez des décisions qui correspondent à notre pays et à sa diversité.
D'ailleurs, j'ai le sentiment que vous êtes très attachée à cette diversité, vous, et à cette mixité. Dans vos équipes, il y a beaucoup de femmes.
Alors moi, dans mes équipes, elles sont parfaitement mixtes. Mon cabinet est paritaire. J'ai mis des femmes aux plus hautes responsabilités. Pour la première fois à l'Assemblée nationale, la direction de cabinet est occupée par une femme. La chefferie de cabinet est occupée par une femme. Et je veille aussi à ce que mes équipes soient le plus représentatif. Donc j'ai des jeunes de 25 ans. Je crois que mon plus jeune dans mon équipe a 24 ans. Et mon plus âgé a pratiquement 60 ans. Donc je pense que c'est ça qu'il faut, avoir de la diversité autour d'une table de décision. Alors, la commission Stéreotype et Rôles Sociaux que je...
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Vous écoutez la force de l'engagement sur Sud Radio. Et mon invité aujourd'hui est Yael Brunpivet, présidente de l'Assemblée nationale. Alors, depuis plusieurs années, on en parlait il y a quelques instants, les questions d'égalité suscitent parfois des réactions de plus en plus vives. Certains hommes ont le sentiment d'être mis en accusation, de perdre leur place dans une société en transformation. Comment, d'après vous, pouvons-nous faire transformer, progresser l'égalité sans que celle-ci soit perçue comme un jeu à somme nulle ?
C'est un combat d'égalité, c'est un combat de justice. Et c'est cela qu'il faut rappeler, marteler. Et pour ce faire, il faut déjà bien éduquer nos enfants, bien éduquer nos filles, mais bien éduquer nos garçons et à cette égalité dans tous les aspects de la vie, que ce soit la vie quotidienne, la vie personnelle ou la vie professionnelle. Moi, je regarde quand je vois mes enfants. J'ai cinq enfants, trois garçons, deux filles.
Je les ai élevés avec, effectivement, cette idée que chacun devait avoir une place qui n'avait pas de tâches réservées aux garçons et de tâches réservées aux filles, mais aussi qu'il pouvait embrasser les carrières professionnelles et la vie telles qu'il le souhaitait. C'est ça. En fait, il faut vraiment remettre du libre arbitre dans tout cela et remettre aussi de la responsabilité. On parle de l'engagement, et vous l'avez très bien dit, dans le fait que chacun doit être responsable de ces politiques-là. Et l'égalité, elle doit se vivre partout. Et l'égalité de genre doit se vivre partout. Et chacun en est responsable. Et chacun doit la faire vivre.
Et là aussi, il faut en appeler aux chefs d'entreprise, etc. Parce que chacun a un rôle à jouer. Mais moi, je ne trouve pas que ce soit ni ringard, ni dépassé. Au contraire. Et je pense que nos jeunes, qui aspirent tant à vivre dans une société juste, sont, mais dans une immense majorité, des fervents défenseurs de cette égalité-là. Donc moi, je ne suis pas très inquiète. Mais il faut continuer le combat, parce que nous n'y sommes pas. Le plus grand risque, c'est de se dire, finalement, par exemple, elle est arrivée présidente de l'Assemblée nationale, donc c'est fini. Il n'y a plus rien à faire. Dans les postes à responsabilité, ça y est. C'est pas vrai. Ça n'y est pas.
Le compte n'y est pas. C'est comme si on se disait à chaque fois qu'une femme devient un chef d'entreprise, d'une entreprise du CAC 40, c'est bon, on a coché la case. Non. Tant qu'il n'y aura pas au moins 20 entreprises du CAC 40 qui auront eu à leur tête une femme, le compte n'y sera pas. Et donc, il faut continuer le combat, parce que ça irrigue notre vie. L'autre jour, j'étais à Santé Expo. Eh bien, des femmes qui font des entreprises de technologie sur la santé des femmes lèvent moins de fonds que les entreprises de technologie autres. Ça n'est pas normal. Parce que c'est pour nous, quand on parle de santé, une question de vie ou de mort. Ce n'est pas un combat simplement d'égalité.
On voit bien que ça a des répercussions dans la société toute entière. C'est pour ça qu'il faut qu'on en fasse un combat commun.
Alors, ce combat, ce sont les femmes qui l'ont porté pour l'essentiel. C'est-à-dire, est-ce qu'on est arrivé à un moment où les hommes doivent désormais s'engager davantage ? Les hommes politiques, bien sûr, mais pas que. Les hommes vraiment dans la société. Pas par solidarité, mais parce que cette question les concerne directement. D'après vous, quel rôle les hommes peuvent jouer dans cette transformation ?
Alors, les hommes, historiquement, ont joué un grand rôle. On peut voir que, par exemple, sur le droit de vote des femmes, qui est accordé par De Gaulle en 1944. En fait, les premières propositions de loi sont déposées à l'Assemblée nationale en 1906 par des hommes. Donc, puisqu'il n'y a pas de femmes à l'Assemblée nationale à cette époque-là, nous n'avons pas le droit de vote. Donc, certainement pas le droit d'être élus. Et ce sont des hommes qui, à six reprises, vont voter le droit de vote des femmes à l'Assemblée nationale. Et la loi sera à chaque fois bloquée au Sénat. On peut penser que, par exemple, pour la contraception, on pense à la loi Neuwirth.
C'est un homme qui porte ces sujets-là. Et Simone Veil, quand elle mène son combat pour la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, elle peut s'appuyer sur des hommes, puisque à l'Assemblée nationale, il y a moins de dix femmes députées. Donc, moi, je serais plus nuancée sur le fait que les hommes n'ont pas porté ces combats-là. Ils les portent. Et j'ai à l'Assemblée nationale, aujourd'hui, des hommes très engagés sur les sujets des droits des femmes. Je pense à Guillaume Gouffier-Valente. Je pense à Erwann Balanant, qui sont des députés très moteurs sur ces sujets. Parce qu'à nouveau, ça n'est pas un combat de femmes. C'est un combat d'égalité.
C'est un combat de justice républicaine. Et donc, on a besoin des hommes pour le mener. Mais on a besoin des hommes aussi à la tête d'entreprises, puisque ce sont majoritairement eux qui le sont, pour promouvoir au sein des entreprises des politiques d'égalité, égalité salariale, égalité parentale, égalité de carrière entre les femmes et les hommes quand il y a des projets de grossesse, etc. On a besoin que tout le monde s'engage. Si on le voit comme un combat de femmes contre les hommes, on a perdu d'avance. On a perdu d'avance. Donc, il faut embarquer tout le monde dans ce combat, parce que c'est un combat qui est utile à notre pays.
C'est des points de croissance en plus, les politiques d'égalité. Ce n'est pas juste quelque chose pour se faire plaisir. C'est quelque chose qui bénéficiera à la société dans son ensemble. Et puis, c'est gagnant-gagnant pour les deux. Exactement. Pour nous, les femmes et les hommes, bien sûr.
Tout à fait. Alors, vous êtes engagé depuis longtemps en faveur d'une évolution de la loi sur la fin de vie. Oui. Vous défendez cette évolution au nom de la liberté et de la dignité. Ces opposants, ils voient au contraire le risque d'un changement profond de notre rapport à la vulnérabilité. Comment vous répondez à cette inquiétude ?
J'entends toutes les inquiétudes. Et c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que les débats à l'Assemblée nationale puissent se dérouler le plus sereinement possible et qu'on ne juge pas les convictions des uns et des autres. Et on avait besoin qu'elles puissent s'exprimer dans l'hémicycle. Et ça a été le cas. Maintenant, je crois aussi qu'il faut que ceux qui sont contre cette loi, et c'est leur droit, entendent la souffrance de certains de nos compatriotes et le besoin que certains peuvent avoir d'accéder à cette aide à mourir. Et il ne faut pas justement que les convictions des uns s'opposent aux convictions des autres.
Et c'est pour ça que moi je me bats pour cette loi, parce que ça n'est pas le cas de cette loi. Cette loi est une loi de liberté qui n'impose rien à personne, mais qui laisse le choix. Et pour moi, notre société doit pouvoir justement laisser ce choix et accepter de considérer la douleur que peuvent vivre certains de nos compatriotes et de respecter cette douleur et de respecter le chemin qu'ils font. Et je ne vois pas au nom de quoi certains imposeraient justement leur conviction, parfois même leur croyance religieuse. Ils ont le droit de croire et on ne leur demandera jamais de se prononcer ou d'agir contre leur croyance ou leur conviction.
Mais qu'ils ne demandent pas l'inverse aux autres.
Alors vous défendez l'idée d'une société de l'engagement, je vous ai souvent entendu dire cela. Qu'est-ce que vous entendez précisément par cette expression ?
C'est une société qui est composée de personnes qui se disent qu'ils ont quelque chose à apporter à la société dans laquelle ils s'inscrivent. Que vivre, ce n'est pas juste avoir un parcours individuel ou un parcours qui s'arrête au mur de la maison et de sa famille. Il faut se projeter vers les autres et se dire qu'on a quelque chose à apporter dans cette société, sur cette terre, qu'on a quelque chose à apporter au collectif. Et c'est aussi se dire que tout ne dépend pas des autres. C'est trop facile de se dire « Ah, les pouvoirs publics, le président de la République, il ne fait pas ci, il ne fait pas ça, on devrait faire autrement. » Et puis de se dire ça du fond de son canapé.
Moi j'ai envie de dire aux gens « Bougez-vous, levez-vous, vous avez une place à prendre mais un rôle à jouer. » Et c'est pour ça par exemple que quand je parle des politiques d'égalité, qu'on parle de promouvoir les femmes, etc. Eh bien les entreprises ont quelque chose à voir là-dedans. On pourra voter beaucoup de lois et on en a voté beaucoup. Mais ça ne peut pas venir d'en haut. Et puis l'État ne peut pas tout faire. L'État ne peut pas tout faire. Et donc chacun doit se dire « Mais qu'est-ce que moi je peux apporter à cette société en tant que chef d'entreprise ? » On parle du chômage des seniors.
Mais c'est quoi toutes ces entreprises qui à partir de 55 ans virent leur cadre supérieur qui soi-disant serait trop vieux ? Certains ont consacré leur vie à cette entreprise et pour autant à 55 ans ils ne sont plus bons pour le service. C'est inadmissible. On ne va pas faire des lois pour l'empêcher. Mais les chefs d'entreprise devraient se regarder dans la glace et se dire « Mais en fait, quel est le parcours que je réalise pour les personnes seniors de 55 ans à 65 ans ? » On parle de reculer l'âge de la retraite. Mais on pourra le reculer autant qu'on veut si les entreprises ne jouent pas le jeu et ne procurent pas une place dans leurs entreprises, en leur sein, aux seniors.
Puis à 55 ans on n'est pas seniors. Ça va, moi j'ai 55 ans, je ne me considère pas comme seniors. Donc vous voyez, en fait, et c'est là où il faut vraiment que chacun s'engage. Parce qu'autrement on n'y arrivera pas et tout ne peut pas venir d'en haut.
Alors, on va rentrer dans la présidentielle dans peu de temps. Tout ça se prépare. Les meetings ont déjà commencé d'ailleurs. Vous avez vous-même déclaré que l'heure n'était pas aux candidatures individuelles, mais qu'il fallait d'abord se mettre autour de la table pour construire un projet commun. Alors moi j'ai envie de vous demander avec qui vous avez le désir et la conviction de bâtir ce projet commun ?
Alors en ce moment, moi j'échange avec tous les responsables politiques de ma famille politique évidemment et plus largement les modérés qui pensent qu'il faut être nuancés dans les propositions que l'on fait pour notre pays et qui ont envie de se parler. Et moi, en fait, pourquoi je dis qu'il faut se mettre autour de la table pour essayer de construire un projet commun ? C'est que je ne crois pas en la figure du président de la République qui résoudrait tout à lui tout seul. Quand je parle de la société de l'engagement en disant « chacun a quelque chose à apporter », eh bien c'est la même chose pour construire un projet politique et après le mettre en œuvre.
Si vous avez un président de la République qui a les meilleures idées du monde, mais s'il n'est pas suivi par un collectif d'hommes et de femmes politiques qui veulent porter ce projet, mais s'il n'est pas suivi par une société qui veut porter ce projet, on n'y arrivera pas. Et c'est la raison pour laquelle moi je dis d'abord plaçons le collectif, formons une équipe qui veut transformer la France, qui veut avancer, et après on choisira le leader. Mais ne nous disons pas que c'est « rangez-vous derrière mon panage blanc » parce que ça ne marchera pas tout simplement. Ce n'est pas une question de personne. Ça ne marchera pas. Et les Français, qu'est-ce qui se passe à chaque fois ?
Ils sont déçus parce que ça ne marche pas. Ils ne veulent plus de ça. Ils ne pensent plus au sauveur suprême. Donc il faut qu'on leur apporte quelque chose d'autre. C'est ce que j'essaye de faire aussi à l'Assemblée nationale en disant « construisons du collectif, faisons des ponts les uns envers les autres, essayons de travailler ensemble, au-delà de nos partis politiques, parce que je crois que c'est ça la bonne méthode. » Les Français n'en supportent plus aussi. L'autre jour je faisais un café citoyen. Ce qu'ils ne supportent plus, c'est « c'est mon opposant, donc tout ce qu'il fait c'est mal.
» Cette alternance, dire « on va arriver, donc on va défaire tout ce qu'a fait l'autre, et nous on va faire mieux. » Mais ça c'est du rêve.
Et puis je crois que profondément les Français n'en veulent plus.
Et puis vous savez, quand on fait cette alternance-là, en fait on tourne en rond. Parce que les changements de cap tous les 5 ans, ça ne mène nulle part. Et donc je pense qu'il faut qu'on réussisse à avancer ensemble pour éviter justement ces changements de cap intempestifs. Et construisons du collectif. C'est ce qui se passe partout dans notre pays. Dans nos familles, on construit du collectif. Dans les entreprises, on construit du collectif. J'ai été bénévole pendant des années, au Resto du Coeur, on construit du collectif dans une association parce qu'on a un horizon commun. Et bien construisons enfin du collectif en politique.
C'est ça en tout cas la vision que j'ai aujourd'hui pour notre pays.
Et bien merci beaucoup Yann Brot-Pigier. Cette conversation va se terminer, pour ma part en tout cas. J'espère que, j'ose espérer que contrairement aux 18% d'hommes qui pensent qu'une femme ne peut pas gouverner notre pays, nous aurons enfin un jour une femme présidente de la France. La force de l'engagement, c'est chaque dimanche à 15h sur Sud Radio. Vous pouvez retrouver l'intégralité de l'émission sur sudradio.fr et sur toutes les plateformes de podcast. Je vous donne rendez-vous dimanche prochain, même heure, même énergie. Et je vous souhaite une excellente fin de week-end.
C'était la force de l'engagement. Avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé. AJP !
Yaël Braun-Pivet