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interviewRMC — Face à Face· 8 avril 2021 23 min

L'invité de Bourdin Direct : Bruno Retailleau - 08/04

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Bruno Retailleau

Vous écoutez RMC. RMC Bourdin Direct.

0:05
Présentateur

Jean-Jacques Bourdin.

0:09
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, bonjour. Bonjour Jean-Jacques Bourdin. Merci d'être avec nous, président du groupe Les Républicains au Sénat, sénateur de Vendée, potentiel candidat à l'élection présidentielle. J'y reviendrai en fin d'interview. On va parler de la fin de vie, on va parler du travail au Sénat actuellement sur la loi dite séparatisme. On va parler du Covid, on va parler économie. Je commence avec le Covid justement. Le 28 janvier dernier, vous disiez, je vous cite, l'acceptation d'un nouveau confinement n'est pas du tout évidente. Il faut un confinement sur mesure. Je regardais l'enquête Elab publiée, diffusée par BFM TV ce matin.

Les Français approuvent les mesures qui ont été annoncées par le président de la République la semaine prochaine. Vous aussi ?

0:52
Présentateur

Oui, d'ailleurs j'avais fait avec Valérie Pécresse la proposition de bloquer les 15 jours de vacances de Pâques et de les avancer. C'est finalement ce qui a été retenu. J'ai toujours considéré que le sur-mesure c'est mieux. Ça a été le cas d'ailleurs des confinements, par exemple pour l'Île-de-France, par exemple pour le sud de la France ou les Hauts-de-France. On territorialise, on s'adapte au terrain. Je connais bien l'Ouest, on n'a pas du tout la même situation. Simplement, il faut arrêter de faire comme si la dernière vague, c'était vraiment la toute dernière. Il faut toujours se préparer, avoir un temps d'avance. Et aujourd'hui, l'objectif, la course de vitesse, c'est la vaccination.

Évidemment, il y a eu deux stratégies gagnantes dans le monde, asiatiques, zéro Covid. Il n'y a eu que 20 000 dans les grandes démocraties asiatiques, 20 000 morts. Et puis, l'autre stratégie gagnante, c'est bien sûr une vaccination rapide, massive, en Israël, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis.

1:42
Bruno Retailleau

Je vais y revenir, je vais revenir sur la vaccination. Les Français donc approuvent les mesures. Pourtant, vous aviez boycotté le vote sur les nouvelles mesures au Sénat.

1:50
Présentateur

Ah, on n'a pas boycotté le vote sur les nouvelles mesures. Vous n'avez pas voté les nouvelles mesures. On n'a pas participé au vote parce que le Président de la République...

1:57
Bruno Retailleau

Vous approuvez les nouvelles mesures, mais vous ne votez pas pour...

1:59
Présentateur

Écoutez Jean-Jacques Bourdin, vous apprenez la veille à la télévision, par le Président de la République, que les mesures sont annoncées, sont décidées et qu'elles vont être appliquées. Et le lendemain, on vous demande un vote. Mais de qui se moque-t-on ? À quoi bon voter des mesures, des mesures à prendre, alors que ces mesures ont été décidées et annoncées la veille ? Mais pour qui prend-on les parlementaires et le Parlement ? Voilà, c'est tout. Donc, notre non-participation au vote, c'était pour dénoncer cette attitude d'une hyper-présidentialisation.

2:30
Bruno Retailleau

Il n'y a pas, sans vouloir m'immiscer dans le débat politique, est-ce qu'il n'y a pas de la part des responsables politiques de droite, de gauche, ou d'ailleurs qui sont dans l'opposition, une volonté sans arrêt de dire que tout va mal ? Je recite ce que vous avez dit, c'était il y a huit jours. Nous sommes en matière de vaccination au 51e rang mondial. Quand on se compare, on se désole. Or c'est faux, nous ne sommes pas au 51e rang mondial.

2:59
Présentateur

Alors, ce que vous dites est faux. Ah bon ? Quand j'ai cité ce 51e rang mondial, nous étions au 51e rang. Aujourd'hui, nous sommes au 30 et quelques, on a progressé, 35e rang mondial. Voilà. Donc, je suis dans la vérité, lorsque je dis 51, je suis dans la vérité, vous l'êtes aujourd'hui, quand on dit qu'on a fait des progrès.

3:20
Bruno Retailleau

Et en Europe, nous sommes où ? On a fait des progrès. Nous sommes où en Europe ?

3:23
Présentateur

Et on est bien placé. On a dépassé l'Allemagne en Europe. Mais on fait beaucoup moins bien que le Maroc. On fait beaucoup moins bien que le Chili. On fait beaucoup moins bien que la République tchèque.

3:31
Bruno Retailleau

On fait moins bien que Gipraltar. On fait moins bien que les îles Folkland. On fait moins bien que Saint-Marin. On fait moins bien que Malte. On fait moins bien que... Que la Grande-Bretagne. Que la Grande-Bretagne. Que les Etats-Unis.

3:41
Présentateur

Mais oui.

3:41
Bruno Retailleau

Que la Grande-Bretagne. On a toujours eu...

3:44
Présentateur

Écoutez, moi, j'aime mon pays. Je sais que ce n'est pas une situation facile. Mais très franchement. Regardez, on a encore eu un bug. Il y a un an, au premier confinement, il y avait eu un bug sur les plateformes du ministère de l'Éducation nationale pour l'enseignement à distance. On ne pouvait pas leur en vouloir. C'était la première fois. Et aujourd'hui, lundi, à nouveau, il y a un bug. Le ministre nous dit, attendez, c'est les Russes, il y a une cyberattaque. Ou alors c'est un opérateur dont un centre a brûlé. Et on s'est aperçu qu'il y avait eu un sous-dimensionnement, qu'il y avait eu un problème.

Donc, le rôle de l'opposition, ce n'est pas toujours de serrer les ponts du président de la République. Croyez-moi, il a une cour. C'est certain. Il a une cour. C'est certain. Le rôle de l'opposition, c'est de dire et de relayer...

4:23
Bruno Retailleau

D'une manière constructive.

4:24
Présentateur

Mais c'est ce que nous avons fait au Sénat. Au Sénat, nous avons toujours fait des propositions. Et sur le vote, vous savez que lorsqu'on a demandé, dans l'état d'urgence, qu'on puisse voter dès lors que le confinement s'allonge au-delà d'un mois. On nous a refusé ce vote. Donc, on nous demande de voter quand ça ne sert à rien. Et quand ça servira à quelque chose, on nous refuse cette possibilité pour le Parlement de se prononcer. Ça ne vous choque pas, ça ? Franchement ? Sur une démocratie moderne ?

4:50
Bruno Retailleau

Le vaccin AstraZeneca. La balance bénéfice-risque positive, a dit hier l'Agence Européenne du Médicament. Ce matin, vous dites, il ne faut pas avoir peur de ce vaccin. Vous dites cela, ce matin ?

5:01
Présentateur

Je ne dis plus. Je vais rentrer, vous savez, dans le champ de ceux qui vont pouvoir se faire vacciner. Oui, c'est ce que vous l'annonce.

5:07
Bruno Retailleau

Si vous disiez déjà le 18 mars, je me ferai vacciner à l'AstraZeneca.

5:10
Présentateur

Eh bien, je le ferai. Je vais le faire dans les tout prochains jours. Sans hésiter. Sans hésiter. Et je pense qu'il faut que les Français... Mais vous savez que les vaccins, mais aussi, je me souviens, j'ai fait un jour, non pas un choc, mais un problème avec un médicament qui était un antibiotique. J'ai découvert depuis que j'avais cette allergie-là. Mais cet antibiotique, les antibiotiques sauvent des vies. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc, il y a des études. On sait que c'est une population jeune, les thromboses, les caillots de sang. Il faut faire très, très attention. Mais regardez, on a aussi du recul.

Les Britanniques se sont faits par millions, par millions vaccinés à l'AstraZeneca. J'avais déclaré sur un plateau que je le ferai. Eh bien, dans quelques jours, rapidement même, ça sera fait.

5:50
Bruno Retailleau

Bon, il faut accélérer la vaccination. Ça, c'est indispensable. Évidemment. Tiens, par exemple, puisque vous parlez des Britanniques, en Grande-Bretagne, on adopte les horaires de vaccination. On allonge, par exemple, les plages horaires pour le Ramadan. Est-ce qu'on devrait faire la même chose en France ? En tout cas, la souplesse, oui.

6:09
Présentateur

Il faut des vaccinodromes. Depuis le départ, j'étais favorable. Vous savez que Olivier Véran et M.L. Macron étaient très réticents. Mais d'où est venu le problème ? On a eu deux problèmes. On a eu un problème européen. Je pense que l'Europe ne sait pas. Elle sait négocier des prix. Mais on a vu qu'elle avait beaucoup de retard. Moi, j'ai rencontré M.L. Macron, c'était au mois de décembre. Et il m'avait fait part de ses doutes. Mais quand le chef de l'État, alors que tout est concentré en France, fait dû en même temps un pied chez les pro-vaccins, un pied chez les anti-vaccins, eh bien, il ne met pas en tension sa machine administrative. Et je pense que le problème est aussi venu de là.

C'est que ce chef de l'État n'y a pas cru. Quand M.Trump, qui a été beaucoup critiqué, déclarait au mois de mai 2020 qu'il avait confiance qu'ils obtiendraient un vaccin avant la fin de l'année, quelques heures, quelques jours après, Emmanuel Macron lui répondait « Personne de sérieux ne peut nous affirmer que… » Ah ben oui, mais il y a des chefs d'État qui l'ont cru et qui ont pris des risques. Et lui n'a pas pris le risque. Peut-être même a-t-il voulu mutualiser le risque avec l'Europe. Peut-être. Parce que c'est lui qui a beaucoup poussé à ce que ce soit l'Europe. Et je pense que l'Europe, elle n'est pas faite pour cela. Et on l'a vu.

7:16
Bruno Retailleau

C'était une faute. La démonstration. C'était une faute de confier les achats et la distribution des vaccins à l'Europe ? En tout cas,

7:24
Présentateur

ce qui était une faute, c'est de faire du « en même temps » en temps de crise. Ce que je veux dire aux Français qui nous écoutent, c'est que le « en même temps » en temps de crise, ça ne marche pas. Ça vous empêche de présider avec efficacité. Il faut se déterminer si c'est blanc ou c'est noir. C'est oui ou si non. On y va ou on n'y va pas. Mais quand on hésite, c'est toute la chaîne qui se grille. Et c'est ce qui s'est passé en France.

7:48
Bruno Retailleau

Il y en a un qui n'hésitait pas, c'était François Fillon. Vous le souteniez, François Fillon, et ardemment. Et que disiez-vous en 2017 ? Il faut faire 100 milliards d'euros d'économies sur les dépenses publiques en 5 ans. Comment ? En réduisant le nombre de fonctionnaires, en augmentant le temps de travail des fonctionnaires et en réduisant les dépenses de santé. 20 milliards d'euros par an. C'était ça ? 20 milliards d'euros, la dépense publique ? Sur 5 ans. Sur 5 ans. 20 milliards d'euros pour les dépenses de santé sur 5 ans ? Non, c'était pas sur... C'était 100 milliards.

8:20
Présentateur

C'était pas sur les dépenses de santé.

8:21
Bruno Retailleau

C'était 100 milliards sur 5 ans.

8:23
Présentateur

C'était la dépense publique. Oui ? Jean-Jacques Bourreau. Et 20 milliards sur les dépenses de santé ? La dépense publique. Sur 5 ans. Je vais vous donner un exemple. Vous savez que l'hôpital est bureaucratisé. Vous avez en France un taux d'encadrement administratif de 34%. En Allemagne, vous en avez 25%. La différence, c'est plus de 120 000 postes. Moi, je préfère que ces 120 000 postes ne soient pas des postes administratifs mais qui soient au chevet des malades.

8:50
Bruno Retailleau

Ça fait 20 milliards sur 5 ans ? Non, ça ne fait pas 20 milliards.

8:54
Présentateur

Mais il faut débureaucratiser les choses. Et vous avez aussi énormément de laxisme. Pourquoi, par exemple, sur la fraude sociale, pourquoi est-ce qu'on ne fait pas ? Pourquoi est-ce qu'en France, vous avez plus de cartes vitales qu'il n'y a de français ? Pourquoi est-ce qu'on ne numérise pas ? On est quand même aujourd'hui au XXIe siècle. Eh bien, moi, je propose de numériser les cartes vitales pour arrêter les milliards à la fraude. On a un système, on a le système le plus généreux vis-à-vis de l'immigration pour l'accès aux soins. Tout le monde le sait. Tout le monde le sait. Bruno Retailleau. On peut faire des économies et il faut placer...

On est, regardez, au 26e rang pour l'achat des scanners sur les pays de l'OCDE. Donc, ce que je veux, moi, c'est prendre en charge...

9:33
Bruno Retailleau

C'est la dépense publique, l'achat de scanners.

9:34
Présentateur

Mais bien sûr, mais bien sûr. Mais il y a de la bonne dépense publique. Et il va falloir, d'ailleurs, tirer les conséquences. On est bien d'accord, débureaucratiser. Il faudra aussi rapatrier l'industrie du médicament en France et en Europe. J'ai fait une proposition sur notre souveraineté de médicaments puisqu'on s'est aperçu qu'on dépendrait de la Chine et d'autres pays. C'est intolérable. Je pense qu'on doit dresser, il y a une liste de médicaments d'intérêt stratégique. Eh bien, on rapatrie, quitte à les payer un peu plus cher et on demande à la Sécurité sociale française de rembourser des médicaments produits en France ou en Europe. Voilà une proposition.

10:10
Bruno Retailleau

On ne rembourse que les médicaments produits en France ou en Europe. Ou en Europe.

10:13
Présentateur

Les médicaments ne demandent d'intérêt stratégique. Je ne vous parle pas. On dérembourse. Mais on ne dérembourse pas. On rembourse les médicaments. Évidemment que quand vous n'avez pas un médicament fabriqué momentanément en France ou en Europe, évidemment, ça n'est pas ce que je dis. Vous nous rassurez. Mais non, mais essayons de tirer les leçons. Je comprends. Si vous voulez qu'on reste, si vous voulez redresser la France, la France est en train de chuter. Les Français le sentent. Si on ne fait rien, si on ne bouge rien, Jacques Bourdin, on a une des dépenses publiques la plus faraminaise au monde et nos hôpitaux étaient sous-équipés. Nos infirmières sont mal payées.

Nos infirmiers sont mal payées. Nos enseignants sont mal payés. Ce n'est pas ce que je veux, moi. Je veux donner une perspective aux Français et aux fonctionnaires français. Moi, j'étais patron de collectivité et j'ai eu des responsables administratifs et j'ai eu des agents administratifs qui sont vraiment dévoués. Je le sais.

11:03
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, il y a des propositions, notamment de Joe Biden, pour un effort des plus riches, des très riches, avec un impôt, un impôt sur les profits des très très riches. Vous êtes favorable ou pas ? Joe Biden dit aussi, il faut un taux minimal d'imposition sur les profits des entreprises multinationales de 21%.

11:23
Présentateur

Bien sûr, mais nous, on a plus de 30%. Vous ne pouvez pas. Mais comparaison n'est pas raison. Vous êtes dans le pays le plus fiscalisé au monde.

11:31
Bruno Retailleau

Est-ce qu'il faut une contribution spéciale sur les profits des plus riches ?

11:37
Présentateur

Non, la taxation n'est pas le remède. Pourquoi ? Parce que les plus riches sont taxés en France. Savez-vous qu'en France, la moitié des Français... Attendez, laissez-moi parler. Alors, allez-y, allez-y, allez-y, allez-y. Je réponds. Eh bien, parce que c'est une réponse importante. Mais oui. Il y a la moitié des Français qui échappent à un impôt sur le revenu. On est d'accord. Et parmi ceux qui le paient, vous avez à peu près 2% qui paient 40% du produit fiscal de l'impôt sur le revenu. On a, en France, une machine à redistribuer, l'une des plus performantes, si j'ose dire, en tout cas les plus massives. Et aujourd'hui, on le voit bien que ça n'est pas en taxant plus les entreprises.

Vous savez que les entreprises françaises, donc l'emploi en France, supportent 5 à 6 points de PIB de plus que la moyenne, non pas mondiale, mais que européenne. Et c'est ce qui nous handicap. Pourquoi est-ce qu'on a un des déficits commerciaux qui montre bien notre problème de compétitivité les plus faramineux en Europe ? Je ne dis pas au monde. Parce que nos entreprises ont des semelles de plomb. Moi, je veux libérer cela pour qu'on arrête avec le chômage de masse. Vous avez compris. L'appauvrissement des Français, c'est le chômage de masse.

12:44
Bruno Retailleau

Et Lucie, c'est vous qui le dites. Mais c'est Bruno Retailleau. Pour avoir compris que je ne parlais pas des PME ni des entreprises. Je vous parlais des plus riches. Je vous parlais des très riches. La crise sanitaire a profité aux milliardaires français qui en sont à 430 milliards d'euros. Imaginons qu'ils donnent 10%. Ça représente quoi ? 43 milliards d'euros. Donc, pourquoi être opposé à cette taxe spéciale ?

13:11
Présentateur

Pourquoi ? Parce que l'expérience nous montre que l'impôt n'est pas la solution. Nous sommes le pays au monde, Jean-Jacques Bourdin, qui est le plus fiscalisé. Nous sommes les champions. Il y a impôts et impôts. Nous sommes le pays au monde. Nous sommes le pays. Un des pays, il y a une récente étude qui examine la question de la redistribution, des écarts de richesse. Eh bien, après notre système fiscal, nous sommes un des pays avec des pays du Nord où cet écart, ces inégalités sont les moins flagrantes. Mais elles se creusent. Elles se creusent. Qu'il faille faire des efforts.

Que par exemple, dans des entreprises publiques, on ne supporte pas que le salaire dans des entreprises publiques, du dirigeant, fassent des dizaines et des dizaines de fois les salaires de ceux qui sont en bas. Oui, mais l'impôt, en France, n'est pas une solution. S'il était une solution, je vais vous dire, mais on serait à l'avant-garde du bonheur universel.

14:06
Bruno Retailleau

Est-ce qu'il faut supprimer l'ENA ? Parce que la décision semble avoir été prise par le président de la République d'une suppression. L'ENA sera remplacée. Je ne sais pas. Je n'ai pas encore d'informations officielles. Ça, c'est la politique

14:17
Présentateur

du bouc émissaire. Est-ce qu'il faut supprimer ? Oui, c'est la politique du bouc émissaire. C'est-à-dire qu'on supprime l'ENA pour ne pas avoir réformé l'État. Qu'a-t-il fait pour réformer l'État ? Jamais en France, c'était un des problèmes qu'a montré la crise sanitaire et il faudra en tirer les conséquences, jamais l'État n'a été autant centralisé, bureaucratisé. Le problème, ce n'est pas l'ENA. Le problème, c'est le politique qui doit diriger son administration. Qu'il y ait des privilèges, qu'il faille mettre fin à des privilèges, parce que parfois, on en crève en France, des allées et venues entre le public, le privé, où on retrouve les avantages. Oui, mais on a besoin d'une élite.

Je vous disais, il y a quelques instants, que j'étais patron de département. J'étais patron de région. Et j'ai eu, au sommet de la pyramide de mes administrations, de jeunes énarques. Je peux vous dire, je leur tire le chapeau, c'était des gens de très grande qualité. Simplement, ce n'est pas eux qui me dirigeaient, c'est moi qui les dirigeais. Et qu'on arrête, que la France soit bureaucratisée, je veux bien. Mais je vous ai cité cet exemple de la politique de vaccination. Ce n'est pas la faute de l'administration. Il peut y avoir des problèmes de bureaucratisation. C'est la faute de quoi ? Mais du politique. Du politique. C'est aussi la faute

15:23
Bruno Retailleau

de la production industrielle de vaccins. Puisqu'on manquait de doses.

15:26
Présentateur

Bien sûr. Oui, on manquait de doses. Mais pourquoi il y a des pays ? Le petit pays comme l'Israël, c'est un tout petit pays, moins de 10 millions d'habitants, ils y sont parvenus. Mais l'ENA n'est pas le problème français. Le problème français, c'est de la réforme de l'État. Emmanuel Macron, d'ailleurs, s'était engagé à supprimer 120 000 postes dans les emplois publics. Il y en a eu, je crois, 129 000 de plus. Donc, c'est très macronien. On prend un bouc émissaire. On prend une fausse décision qui ne changera rien du tout. Qui ne changera rien du tout. On a besoin d'élite. On a besoin de plus de fluidité dans les corps. Ça, oui, on peut le faire. Mais faisons-le maintenant.

Et j'ajoute une chose, c'est que je suis pour la méritocratie républicaine. J'en ai marre qu'à Sciences Po ou que dans d'autres grandes écoles, on fasse finalement autre chose que cette méritocratie parce qu'on supprime par exemple des épreuves écrites qui sont anonymes. Voilà.

16:18
Bruno Retailleau

Projet de loi dit séparatisme en discussion au Sénat. Parmi toutes les mesures votées, vous avez tous les amendements votés, vous avez changé le texte gouvernemental, interdiction du port du voile aux mamans accompagnant les sorties scolaires, interdiction du port du voile aux petites filles dans la rue et puis refuser la pratique des prières dans les couloirs des universités. J'ai vu ça, mais où est-ce que vous avez vu qu'on priait dans les couloirs de l'université ?

16:44
Présentateur

C'est le témoignage d'un président de l'université qui nous a dit que le vendredi dans certaines classes, les classes étaient fermées, que c'était transformé en salle de prière, dans des couloirs. C'est à l'issue de ce témoignage que le rapporteur Stéphane Piednoir nous a soumis cette idée et je pense que c'est une bonne idée, oui aux aumôneries, mais non finalement à la transformation de lieux publics en lieux de prière. Ça n'est pas leur place. Quel rapport entre la prière et le séparatisme ? Mais la prière... Où est le rapport ? Le rapport, il est simple et c'est ce que j'ai reproché moi dans ce texte et c'est pourquoi le Sénat va le modifier profondément finalement.

C'était un texte pour rien et nous, on va le corser ce texte. La prière, en réalité, c'est cette idée qu'on trahit la laïcité. La laïcité, c'est la neutralité, notamment dans les services publics. Parce que nous combattons le séparatisme, nous combattons l'islamisme. Nommons correctement, ce n'est pas les juifs, ce n'est pas les bouddhistes, ce n'est pas les protestants ou les catholiques qui posent un problème aujourd'hui en France. C'est l'islamisme. L'islamisme ou l'islam politique, que veut-il ? Il veut imposer la loi de Dieu contre la loi des hommes. La loi religieuse au-dessus de la loi civile. Et ça commence bien sûr par un prosélytisme. Quand on prie, on impose la loi de Dieu.

C'est du prosélytisme. On prie dans des églises, on prie dans des mosquées, on prie dans des aumôneries, mais on prie quand on est français, quand on est attaché à notre modèle républicain, il y a une préservation. La république, c'est quoi ? C'est la neutralité, c'est la séparation. La république, c'est un pacte non ostentatoire, un pacte de discrétion. Ça touche l'intime. On respecte la conscience des autres et notamment dans des lieux qui sont des lieux de l'éducation. On m'a interdit, par exemple, vous citiez le voile pour les petits-fils, bien sûr, mais aussi le voile dans les sorties scolaires parce qu'on considère et qu'on prie d'ailleurs sur d'autres religions.

Mais parce qu'on a des consciences qui se forment, qui sont fragiles, on doit les respecter. C'est la raison pour laquelle à l'école, la neutralité doit être renforcée.

18:48
Bruno Retailleau

Discussion à l'Assemblée nationale aujourd'hui d'une proposition de loi créant un droit à l'euthanasie. Non, l'assistance médicalisée active à mourir. Alors, il y a vaste débat qui est engagé. Le président de la République, d'ailleurs, ne se prononce pas dans ce débat. Tout le monde l'a remarqué. Moi, j'ai une question. Franchement, vous êtes opposé à ce texte.

19:12
Présentateur

Je suis opposé à ce texte. Je pense qu'il faut le faire avec beaucoup de délicatesse parce qu'il y a des souffrances. On a tous eu des expériences dans sa famille. Un homme est obligé d'accepter la souffrance. Je pense qu'il y a des souffrances qui sont insupportables. Et nous, on ne peut pas, surtout quand on est proche, celui qui souffre, évidemment. On ne peut pas non plus les supporter et on doit tout faire pour les soulager. Mais justement, dans un certain nombre d'expériences, il m'a été de voir, d'expérimenter ce qu'est la loi Claes-Leonetti. La loi Claes-Leonetti, ce n'est certainement pas l'acharnement thérapeutique. Ce n'est pas une bonne chose. Pourquoi s'acharner ?

Pourquoi prolonger inutilement ? C'est d'essayer de soulager la souffrance, d'accompagner. Une sédation, c'est-à-dire endormir celui qui souffre. Pour qu'il ne souffre plus. Et souvent, cet endormissement est le prélude de la mort. Mais vous ne franchissez pas cette espèce de grand basculement anthropologique de donner la mort. Et moi, je n'y suis pas favorable. Par ailleurs, sur ces lois qui bouleversent des fondamentaux de civilisation, je pense qu'on ne peut pas faire à la sauvette. Je pense qu'il faut un débat national. Je pense qu'il faut un avis du Comité national d'éthique. Je pense qu'il faut un vrai débat parlementaire.

Vous ne pouvez pas le faire avec une proposition de loi qui est limitée. On le verra d'ailleurs aujourd'hui en quelques heures. Ces choses-là, on doit les toucher d'une main tremblante avec une conscience de bien faire, de sauvegarder l'essentiel, soulager la souffrance. Oui, donner la mort, je ne le crois pas. Je n'assume pas du haut d'où je suis. Une vérité, voilà. Mais personne ne détient la vérité, on est bien d'accord.

20:50
Bruno Retailleau

C'est mon intime, conviction. Est-ce que, croire, j'ai une question très, finalement, assez intime, à vous poser ? Est-ce que croire en Dieu vous empêche d'être favorable au suicide assisté ?

21:01
Présentateur

Je pense, j'ai un ami qui s'appelle Jean Léonetti, on n'a pas la même philosophie sur ce plan-là. Il a fait, Jean Léonetti, vous savez qu'il est à l'origine de deux lois, la loi 2005 et la loi 2016. Entre nous, d'ailleurs, vous rendez compte. Faut-il les faire évoluer ? En France, on a vraiment la bougeotte législative. On fait une loi à l'unanimité, 2016, et on est en train de la remettre en cause. Jean Léonetti m'a toujours dit, il l'a d'ailleurs dit récemment, il a dit, ça ne correspond pas uniquement à un interdit religieux, c'est quelque chose qui est inscrit au cœur de nos civilisations.

D'ailleurs, toutes les civilisations, d'ailleurs sur beaucoup beaucoup de territoires, dans l'espace du temps, dans l'espace du territoire, on a eu cet interdit et je pense que croire en Dieu, avoir une foi ou ne pas l'avoir, avoir une autre sagesse, peut nous amener à la même conclusion. Ce respect de la vie, mais en même temps ce respect humain de celui qui souffre et qu'il faut absolument soulager. Je pense qu'aujourd'hui, dans la loi Claes-Léonetti qui est peut-être mal connue, on a des moyens et encore une fois, je vous assure, j'ai malheureusement pu avoir cette expérience-là et on peut soulager quelqu'un.

Alors évidemment, on endort et on ne sait pas si cet endormissement va précipiter la mort ou va prolonger, on ne le sait pas. Mais je crois que quand on est attaché à notre civilisation, on fait très attention et on ne laisse pas, en tout cas, à un débat qui est un débat à la sauvette trop rapide, le soin de décider sur une chose aussi fondamentale.

22:26
Bruno Retailleau

Merci Bruno Rotaillot d'être venu nous voir. RMC BFM TV il est 8h56.