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interviewBFMTV· 23 septembre 2024 11 min

La Courneuve: la prise de parole du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Bruno Retailleau

Bruno Retailleau s'exprime en direct à la Cournotte dans un commissariat. Tout simplement pour être au milieu des troupes. Je pense qu'elles ont besoin de sentir que leur patron, comment dirais-je, prend soin d'eux. On a eu dans la soirée de jeudi une interpellation qui s'est mal passée, puisque un des fonctionnaires de police a été grièvement blessé, 42 jours d'ITT. Une main qui était cassée, avec une intervention qui était un peu lourde. Ils ont réussi à interpeller 4 individus sur le privé de police.

Je suis venu à la fois leur dire que je suis avec eux, les féliciter quand même, et puis leur dire, parce qu'on me posait tout à l'heure la question sur un plateau pour me dire quelles sont les premières mesures qu'il faudra prendre, dans quelle direction vous voulez aller. La première direction pour rétablir l'ordre, c'est d'être aux côtés et, comment dirais-je, de conforter les forces de l'ordre. Voilà. Parce qu'elles font un boulot incroyable, dans des conditions qui sont de plus en plus difficiles, parce qu'il y a une ultra-violence, et il faut qu'on soit vraiment à leur côté. Moi, je ne tolérerais de ce point de vue aucune offense, rien.

Et ceux qui mettent des cibles dans le dos de nos policiers et de nos gendarmes, je me mettrais en travers de la route.

1:21
Invité

Vous dites que vous allez défendre les forces de l'ordre, une de leur inquiétude, c'est aussi des questions budgétaires, qu'est-ce que vous avez à leur répondre ?

1:26
Bruno Retailleau

Eh bien, ce sera aussi un autre front. Voilà, c'est un front moins dangereux sur le plan physique et autre, mais ce sera un front important. Il y a eu les JO, il y a eu des engagements qui ont été pris, ils ont été très sollicités. Et je veux dire d'ailleurs, en remerciant le prêt de police et toutes les équipes qui ont œuvré, la sécurisation des Jeux Olympiques et Paralympiques, ça a été un immense succès. Et on a beaucoup demandé à nos forces de l'ordre. Et ce n'est pas, vous le savez bien, la première fois qu'on leur demande beaucoup. Ça fait quand même plusieurs années qu'ils sont sur la brèche. Il y a des engagements, il faut que l'État, la République tienne ces engagements-là.

2:02
Invité

Vous leur dites aujourd'hui, les budgets sont maintenus, la loterie sera maintenue.

2:05
Bruno Retailleau

Je dis, attendez, la passation de pouvoir était à 10h30. Donc j'ai essayé de voir exactement où on en est sur le plan budgétaire. Mais je les défendrai, bien sûr.

2:18
Invité

Comment lutter contre le narcotrafic ? Vous allez continuer les opérations place nette ?

2:22
Bruno Retailleau

C'est un point que je veux étudier, parce que je pense qu'il faut être très pragmatique. C'est ce que le Premier ministre m'a demandé, ou c'est positif, ou c'est pas positif. En tout cas, on avait fait, j'avais pris l'initiative, moi, il y a moins d'un an, au Sénat, de créer une commission d'enquête. Narcotrafic, c'est entre 3 et 6 milliards. C'est énorme, c'est en train de gangréner des parties du pays. Et on voit bien qu'il y a un lien très étroit entre le narcotrafic et puis l'ultra-violence. Donc on a fait des propositions, il y en a une trentaine. Elles ont été d'ailleurs transcrites dans une proposition de loi.

Parmi ces propositions, il y a un parquet national, il y a un statut pour le repenti. Il y a aussi un statut pour ceux qui sont les informateurs. Il y a aussi la préconisation d'enquête de patrimoine. Vous savez, je le disais tout à l'heure, Al Capone est tombé sur une enquête fiscale. Il ne faut rien s'interdire. Simplement, il faut prendre les leviers qui fonctionnent. Mais le narcotrafic est un vrai souci. Et il faut s'y atteler, encore une fois, sans esprit de système doctrinal, et essayer de voir ce qui fonctionne bien.

3:24
Invité

Vous dites qu'il faut rétablir l'ordre, ça veut dire que sous votre prédécesseur, Gérald Darmanin, il n'y avait plus d'ordre tenu ?

3:30
Bruno Retailleau

Il a dit lui-même, Gérald Darmanin, qu'on ne va pas tout bien faire. Ce que je constate, moi, c'est qu'il y a quand même une ultra-violence. Je le disais aussi, on a parlé tout à l'heure avec le préfet de police et le préfet, des refus d'obtempérer. Un toutes les 20 minutes. Chaque jour qui passe, c'est mille agressions. Mille agressions, et je parle de celles qui sont déclarées. Chaque heure qui passe, c'est une attaque avec arme. On ne peut pas s'en satisfaire. Quand on parle avec les policiers tout à l'heure, on voit bien qu'il y a une délinquance qui sont d'origine mineure. Pourquoi d'ailleurs les trafiquants de drogue utilisent, entre guillemets, beaucoup de mineurs ?

Parce qu'ils savent qu'on a des textes qui sont totalement décalés avec ces violences des binaires. J'entendais tout à l'heure qu'un de ceux qui est à l'origine des dégâts causés à la main d'un de nos policiers avait plusieurs dizaines d'antécédents, dont un où cet individu avait volé avec acte de torture.

4:37
Invité

Pas un jour de prison. Quelles seront vos relations avec le ministre de la Justice ? Vous parlez de la Justice, on l'a nommé là directement.

4:44
Bruno Retailleau

Elles seront bonnes. J'en ai parlé, j'ai commencé à lui en parler ce matin. Et on doit se voir, je pense qu'il faut qu'on institue une relation de concurrence. La justice, évidemment, elle est indépendante. Mais je dis ce que j'ai toujours dit. Je pense qu'en matière d'ordre public, on ne peut pas tout demander aux forces de l'ordre. Il faut que l'ensemble de la chaîne puisse fonctionner. Il faut que lorsqu'un policier, lorsque les gendarmes interpellent, il faut aussi que la justice suit son cours. Voilà, alors, soit il y a des textes à changer, soit... Voilà, mais ça c'est le job, ce n'est pas le mien. Mais en tout cas, ma responsabilité, c'est de dire les choses.

5:26
Invité

Si on revient sur votre fonction de ministre de l'Intérieur, le dernier a s'étendu ici. C'était Nicolas Sarkozy en tant que ministre de l'Intérieur. Il a fait une déclaration que vous connaissez sûrement. Pour vous rappeler, le coup de Karcher, est-ce que c'est un signe ? Pourquoi avoir choisi la Courneuve au-delà de ce qui s'est passé jeudi dans la soirée ?

5:42
Bruno Retailleau

Ça, c'est une question de journaliste. C'est une question que je vous pose. Non, non, c'est tout simplement parce que quand j'ai voulu faire ce soir une visite à des policiers, à mes troupes, voilà, j'ai eu plusieurs propositions. Je trouve que ça avait beaucoup plus de sens. Je ne sais pas si vous avez vu le jeune policier tout à l'heure avec sa main, etc. 42 jours d'ETT, ça n'est pas rien. Une opération, la main, on lui a mis un certain nombre de blocs d'acier, etc. dans la main. Donc je trouve qu'en plus, il y a eu 4 interpellations. Donc il y a eu des résultats. Et c'est ça qu'il faut que les Français sachent. C'est que c'est vraiment au péril de leur intégrité physique.

Mais il y a des résultats, beaucoup de résultats. Et on doit être fier. On l'a vu d'ailleurs pendant les Jeux Olympiques, les Jeux Paralympiques. On l'avait vu d'ailleurs au moment du terrorisme. Mais les policiers sont soutenus, les lignes, sont soutenus nos forces de l'ordre par les Français qui les aiment, qui les soutiennent, qui les respectent.

6:35
Invité

Concrètement, sur l'immigration, comment vous pouvez agir aujourd'hui ?

6:40
Bruno Retailleau

Je vais agir. Je vais réunir une dizaine de préfets des départements qui sont les plus concernés dans quelques jours. Je veux que les préfets me disent quels sont les obstacles qu'ils rencontrent, les troupes qui sont dans la raquette. Je vais leur dire aussi qu'il faut aller au maximum de ce que l'on peut faire d'un point de vue réglementaire, faire en sorte qu'on puisse régulariser, naturaliser au compte-gouttes. En revanche, expulser le maximum. On a, je m'en étais particulièrement occupé.

J'avais fait passer un certain nombre d'amendements, notamment sur les articles 9 et 10 du dernier texte sur l'immigration, qui concernaient les OQTF et les ITF, les interdictions de territoire français. Donc la loi a desserré des contraintes. D'ailleurs, on a vu, on a commencé à voir la différence sur un certain nombre d'expulsions. Je me souviens, dans le rapport du Sénat, il y avait un individu, 42 précédents, y compris avec des crimes, et on ne pouvait pas le renvoyer, on ne pouvait pas l'expulser. Donc on a, pour une grande partie, bouché un certain nombre de choses.

Donc première chose, aller au bout de ce que l'on peut faire avec les textes qu'on a, avec des circulaires, des consignes claires au préfet, et un soutien aussi à notre administration territoriale de l'État. Première chose. Deuxième chose, je ne m'interdis pas une nouvelle loi. Conseil constitutionnel a censuré, tout simplement sur de la forme, 35 articles. Je pense que certains d'entre eux sont essentiels. Donc il faut y retravailler.

Donc, je parlais tout à l'heure de délits de séjour irréguliers, je peux parler de beaucoup de choses, mais on peut aller, y compris la ME, il faut voir sur le plan réglementaire, et pas seulement sur le plan législatif, quels sont les contours qu'on puisse changer. Et puis il y a la question européenne. On a une forme de chance, parce qu'au niveau européen, il y a désormais une convergence, y compris avec des gouvernements qui ne sont pas conservateurs, qui sont des gouvernements socialistes. Dernier étant M. Scholz. On voit bien qu'il y a beaucoup plus de fermeté. Parce que les peuples d'Europe veulent de la fermeté. Ils veulent qu'on maîtrise ce désordre migratoire.

Et moi, je pense qu'il y a un travail à faire, notamment pour réviser un certain nombre de textes, la directive retour, qui a été pensée au début des années 2000, pour être ensuite, pour entrer en application à partir de 2008, mais là encore, elle a été pensée dans un monde qui n'est pas le nôtre. Et je pense que là encore, c'est fondamental. Aujourd'hui, ce que je constate, c'est que quand vous prenez un certain nombre de critères, aide sociale, que c'est aux soins, hébergement, bien d'autres, asile, la France est bien souvent un des pays européens les plus attractifs.

Mon objectif à moi, c'est qu'au moins notre pays soit dans la moyenne européenne, pour qu'il ne se signale pas vis-à-vis des passeurs. Parce que, malheureusement, quand on est trop attractif, ce n'est pas les pauvres migrants qui partent du fin fond du Sahel, ou d'ailleurs, qui ont ces informations-là. Ce sont les passeurs. Alors, on a le choix. Soit on délègue aux passeurs notre politique migratoire, ou soit on reprend le contrôle de la politique migratoire. Moi, je suis pour la souveraineté. Ça, c'est important, et c'est la politique qu'on entend mener avec Michel Barnier, avec le Premier ministre. Souveraineté française ou européenne ? Les deux, mon capitaine.

Moi, je pense, on le voit bien d'ailleurs, que, et je l'ai toujours dit, l'Europe doit faire des efforts. Il y a même trois membranes, si j'ose dire. Il y a l'Europe aux frontières extérieures de l'Europe. C'est fondamental. Les moyens de Frontex et un certain nombre de règles. Ensuite, il y a des frontières qui ont été partiellement rétablies. On a parlé de l'Allemagne. Je veux simplement dire que, depuis novembre 2015, la France, parce que Schengen nous permettait en cas de crise, tous les six mois, a rétabli un certain nombre de contrôles. Mais la jurisprudence récente, le CGE, vous ne pouvez pas refouler. Il faut demander aux migrants, voilà, un délai, qu'ils partent volontairement.

Donc, ça nous désarme. Et comme je parlais d'une troisième membrane, je pense, et on l'a bien vu dans le cas, par exemple, de l'Italie, et dans d'autres cas, je pense qu'il faut aller au-delà de l'Europe. Et je pense qu'il y a des accords. Alors, l'Italie a fait des accords avec la Tunisie, avec l'Égypte. Je pense, moi, qu'on va avoir un report des entrées du secteur est de la Méditerranée, Italie, vers l'Espagne. Et je pense que le rétablissement de bonnes relations avec le Maroc doit nous permettre de travailler cette question. Et c'est un point qu'il faut qu'on travaille avec d'autres. Mais vous voyez qu'il y a du boulot.

Et bien sûr qu'il y a la question algérienne, il y a les questions d'accord. Les relations se sont un peu refroidies. Et bien sûr qu'il y a la question algérienne,