Anne Le Hénanff - Transformation cyber du MINARM : enjeux, attentes et objectifs ?
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bien, bonjour à toutes et à tous. Ravie de vous retrouver en ce début d'après-midi où on continue les débats sur l'espace sécurité intérieure et défense. Merci à ceux qui nous suivent et qui sont venus régulièrement pour écouter nos invités ici même.
Alors, en ce début d'après-midi, on a l'immense plaisir d'accueillir Anne Le Hénanf, députée, vice-présidente du groupe d'études économie, souveraineté, innovation numérique, également rapporteur du groupe de travail souveraineté numérique au sein de la commission supérieure du numérique et des postes. Et puis, tout récemment, tout dernièrement, co-rapporteur de la mission sur la transformation cyber du ministère des armées. C'est le sujet qu'on va aborder.
Et tout d'abord, on aimerait quand même vous redire à quel point on est ravis de vous accueillir ici au FIC et de débuter cet après-midi avec vous. C'est partagé, Mélanie. Ça fait quand même deux, trois ans que je n'étais pas venue au FIC.
Donc, de revenir cette année, d'être présente, de reprendre contact avec les industriels, puisque c'est ici que ça se passe, c'est le cœur de la cyber, c'est ici. Eh bien, je suis très heureuse d'être là et de rencontrer les industriels et de participer à des événements comme celui-ci. préciser que la mission cyber que je vais porter là pour sur la thématique des armées, c'est dans le cadre de la commission défense de l'Assemblée nationale, puisque je suis membre de la commission défense.
Et c'est dans ce cadre là que Thomas Gassidiou, son président, m'a confié cette mission. Alors, c'est effectivement un sujet, peut-être le repréciser, mais qui n'est évidemment pas nouveau pour vous. C'est un sujet que vous connaissez et que vous suivez depuis très longtemps.
Vous étiez adjointe au maire de Vins, donc un élu de proximité. Ce sont des sujets que vous avez côtoyé de très près avec, bien sûr, les armées, le ministère, mais aussi le ministère de l'Intérieur. Donc, ce sont des sujets, un écosystème que vous connaissez inantériorité.
Ce qui est important, compte tenu de cette nouvelle mission qui vous est confiée, quels sont les enjeux de cette mission ? Alors, tout d'abord, comment expliquer effectivement pourquoi cet intérêt ? En fait, déjà, je suis réserviste citoyenne cyber, donc je le dis parce que c'est très important de s'engager sur ces thématiques-là.
C'est que moi, je suis convaincue que l'approche duale de la cybersécurité ou du numérique de manière générale est extrêmement importante au niveau de la société, au niveau de la nation. Donc, il y a en effet un engagement de ma part sur le numérique, on peut dire, pour tous les citoyens, toutes les organisations, les collectivités, les entreprises. Et il y a un ministère qui travaille particulièrement sur le sujet, qui est en avance.
Et la transformation cyber du ministère des Arvets en tant que telle, elle est faite déjà. Là, ce qui m'intéressait plus quand j'ai proposé cette mission à Tomagasyou, c'était quelle est finalement la stratégie française en matière de cyber défense, vers quoi le ministère des Armées tend, sur quoi il travaille et quelle est finalement la feuille de route du ministère des Armées sur ce sujet ? Et sous différents angles qu'on va aborder là tout de suite.
On va revenir sur les angles, mais j'aimerais vous demander pourquoi maintenant ? Pourquoi lancer cette mission maintenant ? Est-ce qu'il y a un besoin particulier ?
Alors, en fait, il y a plusieurs raisons pour lesquelles j'ai proposé cette mission à la commission défense. C'est d'abord la dernière mission flash qui a été effectuée sur la cyber défense au sein de la commission défense, elle date de 2018. Autant dire la préhistoire dans le monde cyber.
Donc, l'idée, ce n'est pas de faire un état des lieux de ce qui s'est fait depuis 2018. Pas du tout. C'est que le monde a changé.
Le ministère des Armées s'est profondément transformé. Je dirais qu'ils ont fait un travail exceptionnel. La cyber sécurité pour eux-mêmes, pour leur propre compte, mais aussi la cyber défense avec quelle est la stratégie française pour notre territoire et à l'extérieur.
Elle a fortement évolué. Et il y a d'autres raisons qui sont finalement plus géopolitiques, géostratégiques, mondiales. C'est la guerre en Ukraine.
Ça a profondément changé quand même notre approche. Et on a vu ce que des états étaient capables de faire en matière de cyber attaque. Et donc, en France, on en est où, en gros, sur cette thématique-là ?
Il y a les JO 2024. Le ministère des Armées est très engagé sur la réussite des JO. C'est-à-dire, c'est demain, les JO.
Et ils y travaillent depuis des années. Et ils sont prêts. Mais donc, c'est aussi intéressant de voir comment ils travaillent sur la cyber sécurité ou la cyber défense en lien avec les JO 2024.
La France, clairement, est également un pays qui est ciblé. Donc, il faut arrêter de dire que tout va bien. C'est vrai que c'est des sujets, finalement, avec le grand public, qu'on n'aborde pas vraiment.
Mais la réalité, c'est que la France est une cible. Donc, que font les militaires, quelles que soient les armes, d'ailleurs, sur cette thématique ? Et enfin, il y a la loi de programmation militaire.
La loi de programmation militaire, je le rappelle, pour le cyber, c'est 4 milliards d'euros. Sur 413, ça peut paraître peu. Mais ce n'est pas que la stratégie cyber, la politique de cyber défense menée par les armées.
Il y a aussi la transformation numérique des armées qui se rajoute à ces 4 milliards d'euros. Vous disiez que la France est une cible. Je dirais même plus.
Elle va l'être encore plus, certainement, même si aujourd'hui, on ne peut pas quantifier ces éléments. Mais c'est évidemment un sujet prégnant à l'horizon des JO. On est à moins de 500 jours.
Évidemment, la France sera mise sous le feu des projecteurs et on imagine bien qu'elle va être une cible amplifiée à cette occasion. D'où, évidemment, tous les moyens qui sont mis. On parle là de la loi de programmation militaire, mais la loi d'orientation de programmation du ministère de l'Intérieur, on en parlait ce matin, consacre aussi beaucoup d'éléments, évidemment, en lien avec la cyber et les JO.
Si on revient sur ce que vous évoquez, ça fait le lien aussi avec ce dont on parlait à l'instant. Il y a le volet défensif. Sur l'aspect offensif, est-ce que vous allez aussi explorer ce champ ?
Parce que là, on voit que ça ne va quand même pas être très évident. Alors, en fait, on va explorer la mission Flash pour objectif. Donc, une mission, en fait, ça se traduit finalement par un certain nombre d'auditions, c'est-à-dire qu'on définit un cadre, un objectif.
Et on va avec mon co-rapporteur, parce que je ne suis pas toute seule. La mission nous a été confiée à deux députés, donc moi-même et Frédéric Mathieu, qui est un député de Rennes. Donc, vous voyez que ce sera une mission très bretonne.
Et en fait, on va recevoir un certain nombre d'acteurs du ministère des Armées, mais pas que. Il y a également la recherche, moi, qui m'intéresse beaucoup, le monde universitaire, académique, pour voir un petit peu, finalement, faire l'état des lieux, mais aussi les prospectives, les prospectives sur le sujet. Il y a aussi des centres de recherche qui travaillent pour les armées.
Donc, moi, ça m'intéresse quand même beaucoup de recevoir les centres de recherche des écoles de Saint-Circouet-de-Kidant, qui travaillent sur le soldat augmenté. La cybersécurité du militaire augmenté, c'est quand même un vrai sujet. Il y a la résilience, la gestion de crise en cas d'attaque massive.
Quelle est la capacité des armées, finalement, à assurer la résilience de notre pays tout entier ? Donc, il y aura un aspect, évidemment, défensif. Le deuxième sujet, offensif, et on l'assume totalement.
Autant, il y a quelques années, c'est vrai qu'on avait du mal en France à admettre qu'on travaillait sur les aspects offensifs. Ce n'est plus le cas. On est décomplexé par rapport à ça, et tant mieux.
Et puis, enfin, le troisième sujet, c'est l'influence. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le ministère des Armées, et on l'assume également, travaille sur le cyber d'influence dans le cadre qui est le leur. Donc, autant des États peuvent faire de l'influence dans un cadre complètement illégal, fake news, manipulation.
Évidemment, le ministère des Armées, en France, c'est très encadré, mais on fait donc de l'information. On repère, justement, les campagnes ciblées contre notre pays. Et puis, on rectifie le tir.
On a quand même une organisation en France qui est assez exceptionnelle. Elle s'appelle le ComCyber. Ils font un travail fabuleux.
Les auditions vont consister à recevoir finalement tous ces acteurs, soit les différentes armes, le ComCyber, l'ANSI également, évidemment, les centres de recherche, comme je vous l'ai dit. L'idée, c'est d'ici quelques mois, de pouvoir présenter à l'ensemble des députés de la Commission défense, puis au gouvernement, un état des lieux, des perspectives et des recommandations. C'est ce que j'allais vous demander.
À quelle échéance ? Alors, évidemment, c'est au conditionnel. On sait que l'actualité peut bouleverser un certain nombre de choses.
En termes d'avoir les résultats de ces auditions, de ces travaux, de ces réflexions. Et in fine, donc là, vous avez répondu en partie. Ce sera présenté aux membres de cette Commission et, bien sûr, aux membres du gouvernement.
Qu'est-ce qui pourrait être fait de ces résultats ? Qu'est-ce que vous en attendez pour se dire que ce travail aura été utile et bénéfique à l'ensemble de l'écosystème ? Et évidemment, du ministère des Armées.
Pour répondre à votre première question, qui est le délai, je dirais qu'à l'automne, on sera en capacité de faire des préconisations au gouvernement et à Sébastien Lecornu, qui est ministre des Armées, évidemment. Voilà, des réflexions et, en tout cas, des pistes. On a, en France, finalement, un ministère des Armées qui a un niveau exceptionnel au niveau de la cybersécurité et de la cyberdéfense.
Je le pense vraiment. On a des risques en France. Il y a les JO 2024.
Mais les risques, finalement, de notre pays et de tous les acteurs de notre pays, civils, eh bien, je pense qu'on a peut-être des pistes. Je n'en sais rien. Peut-être, je dirais le contraire dans 3-4 mois.
Je pense que le savoir-faire des militaires peut être utile à l'ensemble de la nation, et notamment au niveau de la résilience des gros acteurs économiques ou hôpitaux, territoires. Bon, voilà. Ça, ça m'intéresse peut-être d'approfondir cet aspect dual que j'ai toujours en tête.
Et puis, peut-être, au niveau des recommandations, eh bien, de voir vers quoi ils tendent et, finalement, l'idée, moi, en tant que parlementaire, même si la LPM débloque un budget de 413 milliards, jamais atteint, je dirais, depuis le général le goal, au niveau de l'investissement sur les armées, il sera peut-être nécessaire de monter au créneau, nous, les parlementaires, pour engager des finances supplémentaires sur ce sujet-là, pour, je dirais, leur donner les moyens aux militaires d'avoir une vraie politique peut-être encore plus ambitieuse sur la recherche, sur l'innovation, sur le quantique, sur le chiffrement. Bon, voilà. Il faudra...
Tout ça, c'est de l'argent. Des hommes, bien sûr, mais de l'argent. Et donc, moi, en tant que parlementaire, parce que je souhaite accompagner les armées, les soutenir, ce sera vraisemblablement, peut-être, d'aboutir à une conclusion qu'il faut investir encore plus financièrement sur cette thématique.
Renforcer les moyens financiers et puis, de facto, humains qui sont absolument essentiels dans une mission qui, finalement, ne fera que grandir au sein du ministère des Armées. On ne dévoile rien. Quelque part, l'histoire nous montre, effectivement, que cette dimension cyber-numérique au sein des armées va, évidemment, le nécessiter.
Anne Le Hénanf, merci d'avoir été avec nous, d'avoir présenté cette mission, toute nouvelle qui va s'étendre sur les prochains mois. Et puis, évidemment, je ne sais pas sur quel plateau on vous retrouvera, mais en tous les cas, on vous invitera à l'automne pour nous parler de ces recommandations, de ces travaux et voir, effectivement, quelles sont les perspectives qui s'invitent. Merci à vous de m'avoir invité parce que ce n'est jamais simple.
Ici, on est quand même dans l'environnement cyber. Donc, la cyber-défense et le ministère des Armées a toute sa place, évidemment, et on peut en parler. Et moi, je suis ravie qu'en fait, on m'ait fait confiance sur cette mission au niveau de la commission défense.
Et j'y crois vraiment beaucoup. Donc, on va vraiment s'investir sur le sujet. Et effectivement, ça ne restera pas un dossier planqué dans un tiroir.
Je n'ai pas du tout l'intention que ce soit le cas. Je crois qu'on peut avoir confiance en vous, Anne, sur ce sujet. En tous les cas, merci d'avoir été avec nous.
Merci d'avoir répondu à nos questions. Merci à vous d'avoir été avec nous. On continue avec la prochaine interview sur la géopolitique du cyber-espace.
Restez avec nous. Merci beaucoup. Sous-titrage Société Radio-Canada
Anne Le Hénanff