Agnès Pannier-Runacher - L'interview politique du 10/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Agnès Pannier-Runacher, vous avez occupé plusieurs fonctions ministérielles entre 2018 et 2024 à l'économie, l'industrie, la transition écologique et à l'agriculture et vous êtes député EPR du Pas-de-Calais depuis 2024. On va commencer par un sujet grave, évidemment les suites de la mort de la collégienne Liana après des marches blanches, des rassemblements devant les palais de justice de France avant-hier. Eh bien le gouvernement a présenté hier à l'Assemblée ces mesures renforcement des peines pour les violeurs en série qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement.
Les actes d'enquête sur les crimes contre les enfants devront être effectués dans un délai maximal de 3 mois. Puis il y a un débat aussi sur l'imprescriptibilité dans le projet de loi sur l'enfance pour ces crimes. Est-ce que c'est suffisant pour résoudre ce problème qui effectivement est abyssal et vertigineux ?
C'est nécessaire pour renforcer la prise en charge pénale, mais ça doit s'inscrire dans une politique qui est beaucoup plus large de protection de l'enfance. On voit qu'on doit absolument renforcer le volet de prévention. On a un travail qui est nommé notamment par la haute commissaire à l'enfance, Sarah Elahiri, qui vraiment veut mettre l'accent sur ce volet-là. Il faut prévenir, il faut qu'on ait le réflexe d'appeler quand on a un doute. Il faut aussi que culturellement, on n'accepte plus aucun franchissement de ligne rouge en la matière. Je m'explique.
Ce qui circule sur aujourd'hui le net ou les réseaux sociaux en matière d'images pédopornographiques est insupportable et alimente en fait le passage à l'acte des pédocriminels. Donc on a un vrai travail à faire en la matière et c'est vrai que les moyens technologiques ont évolué depuis des années. Et puis dernier point, n'oublions pas que 70% des actes pédocriminels se font dans le milieu familial ou de proches et donc tout ce travail de proximité est essentiel.
Insupportable séance d'hypocrisie du gouvernement a critiqué Clémence Guettet de LFI, un parti qui demande d'ailleurs toujours la démission de Gérald Darman.
Mais LFI a toujours des réponses très fortes et tonitruantes, mais ils ne sont jamais là quand on doit travailler. Les moyens de la justice ont augmenté de 30%. Ils ne les ont pas votés. Ça fait des années qu'ils ne votent pas les budgets. Donc moi je ne prends pas au sérieux les propositions de la France insoumise. Ce qui m'intéresse, c'est tout le travail qui a été mené par les parlementaires depuis des années parce que ce sujet de protection de l'enfance, il a monté.
On a une proposition de loi transpartisane qui est portée, qui est un bon support et qui effectivement ne se concentre pas que sur la chaîne pénale, mais parle de prévention, parle de prise en charge aussi des personnes qui ont des pulsions pédopornographiques ou des pulsions pédophiles parce qu'on doit accompagner aussi ces personnes pour empêcher le passage à l'acte.
Alors un mot sur les conséquences économiques pour les Français et pour notre pays du conflit au Moyen-Orient qui semble parti pour durer après la destruction d'un hélicoptère américain sur le détroit d'Hormuz et les répliques cette nuit des États-Unis. Je crois que CNN a compté que Donald Trump avait annoncé la signature rapide d'un accord plus de 38 fois, ça semble parti pour durer donc ce conflit. Ça vous inquiète pour la santé de notre économie ?
Ça m'inquiète pour la santé de l'économie de la planète. Vous avez vu les chiffres qui ont été publiés par les économistes et qui marquent un ralentissement de la croissance. Donc nous sommes de ce point de vue-là tous dans un ralentissement de la croissance et nous sommes interdépendants. S'agissant de la France, on a un atout très important, c'est qu'on a une dépendance aux énergies fossiles qui est plutôt inférieure à celle de nos voisins. Il faut continuer, il est absolument essentiel, d'électrifier notre économie et d'utiliser une électricité qu'on produit chez nous et qui est aujourd'hui à un prix très compétitif, notamment par rapport à l'Allemagne et par rapport à l'Italie.
Mais ça c'est une réponse de moyen long terme. La réponse de court terme, c'est évidemment d'accompagner les personnes qui sont aujourd'hui emprisonnées dans leur dépendance aux fossiles. Je pense à tous ceux notamment qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler.
Ça veut dire que cette crise est aussi une opportunité de relancer notre électrification, de réduire notre dépendance avec le nucléaire, les renouvelables, les voitures électriques par exemple ?
Exactement. Moi ça fait des années, 7 ans pour être précise, que je me suis battue pour décarboner notre économie. Pas seulement pour baisser les émissions de gaz à effet de serre et faire face aux changements climatiques, même si c'est une absolue nécessité, mais aussi parce que c'est un enjeu économique. Quand on est dépendant pour la fourniture d'un produit à 99% de l'étranger et que cet étranger, c'est la Russie, le Moyen-Orient et aujourd'hui les Etats-Unis, et vous soulignez, je dirais, le caractère un peu particulier du président américain, évidemment qu'on se met en risque.
Alors même que nous sommes un champion de l'énergie bas carbone, non seulement sur le nucléaire, mais également sur les énergies renouvelables. Donc moi je me suis battue pour faire reconnaître le nucléaire au niveau européen et ça a été fait. Je me suis battue pour qu'on développe une filière de batteries électriques et de voitures électriques et ça a été fait en France sur mon territoire des Hauts-de-France. On a aujourd'hui trois usines de batteries électriques qui sont en production. On a des modèles de voitures électriques qui remportent un grand succès commercial et qui sont en production en France. On a des voitures qui coûtent moins cher. Donc tout ça se met progressivement en place.
Est-ce qu'on n'est pas déjà très en retard par rapport à l'industrie automobile chinoise qui a un coup d'avance pour le coup sur ce dossier ?
Mais on est en retard par rapport à l'industrie chinoise en général, c'est-à-dire que notre niveau de compétitivité par rapport à la Chine est faible pour des raisons de coût. Et c'est valable sur la voiture comme sur le robot mixeur, comme sur les textiles. C'est-à-dire qu'à un moment, il faut arrêter de mettre sur le dos de la voiture électrique notre perte de compétitivité industrielle. Ça vaut aussi sur la voiture thermique. Par contre, ce qu'on est en train de faire aujourd'hui sur le territoire et qui fait qu'on ne donne des aides qu'aux voitures qui ont un score environnemental suffisamment élevé.
Ce qui fait que ce sont essentiellement des voitures françaises et des voitures européennes qui bénéficient de ces aides fait que les Français viennent plus sur les voitures électriques françaises. Et c'est assez intéressant de voir que notre part de marché sur les voitures électriques pour les voitures fabriquées en France est plus élevée que sur les voitures thermiques fabriquées en France. Ça montre bien que cette transformation, on peut la mener en conjuguant effectivement ce combat de l'électrification avec la réindustrialisation. Et moi, j'appelle vraiment de mes voeux qu'on accélère encore comme le fait le gouvernement aujourd'hui sur le plan électrification.
Alors, électrification, réindustrialisation, ça va être deux enjeux majeurs pour la campagne présidentielle de 2027. Et justement, les esprits s'échauffent un peu moins d'un an du premier tour. On a eu en quelques jours une belle brochette de candidatures. Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Dominique de Villepin et hier, Karim Bouamran, le maire PS de Saint-Ouen qui ont tous rejoint dans l'arène Édouard Philippe. C'est parti, ça y est, les opérations sont lancées ?
Oui, les opérations sont lancées. Alors, certaines candidatures relèvent plus du témoignage et on laissera Karim Bouamran faire sa campagne. Mais je pense qu'à un moment, il faut savoir aussi mesurer ce qu'est être président de la République. Ça suppose d'avoir quand même un minimum d'expérience des affaires, d'être avoir été ministre par exemple ou avoir eu différents mandats. Mais maire d'une ville de 50 000 habitants, c'est peut-être encore insuffisant.
On a connu des présidents qui ont été élus sans jamais avoir eu le moindre mandat ni concouru au moindre scrutin. Je pense bien sûr à Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron a été ministre.
C'est vrai, vous avez raison.
Oui, ministre des Finances, ministre de l'Économie. Ministre de l'Économie, pardon, ce qui n'est pas un petit rôle. Et justement, ça fait une grosse différence. Mais effectivement, nous sommes dans une campagne présidentielle où il est très important de sortir du narratif qu'on veut nous imposer d'un deuxième tour qui serait entre le Rassemblement national et la France insoumise.
C'est possible ça ? Ça vous inquiète ?
En tout cas, rien ne serait pire. Et je pense que notre responsabilité aujourd'hui, c'est de faire la preuve qu'on a des candidats qui sont capables de s'imposer au deuxième tour, qui ont un projet pour la France, qui ont un projet qui répondent aux vrais besoins des Françaises et des Français et qui ne tombent pas dans le populisme de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. Et ces deux populismes sont des menaces pour les Françaises et les Français et pour toutes les communautés.
Alors, dans le camp macroniste, on va dire, auquel vous appartenez, on compte deux ex-premiers ministres d'Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, qui ont tous deux pris leur distance avec le président et parfois très violemment, qui les avaient nommés. C'est qui le meilleur candidat, selon vous ?
Moi, je suis engagée dans un parti qui s'appelle Renaissance, dans un groupe à l'Assemblée nationale qui est Ensemble pour la République. Et je soutiens mon candidat. Et mon candidat, c'est Gabriel Attal. Il est clair que d'ici l'élection finale, il ne faudra pas qu'on ait une multiplication de candidats sur le bloc central.
Mais ce qui correspond le plus à mon projet politique, qui est effectivement d'être capable de dépasser le logiciel un peu abîmé de la droite et de la gauche classique, c'est ce candidat, Gabriel Attal, qui a fixé des priorités très claires, l'intelligence artificielle, la question du salaire, la question des frontières, et la question de l'intelligence artificielle, c'est d'ailleurs le seul à prendre la mesure de ce qu'est les enjeux liés à l'intelligence artificielle, qui a posé aussi deux enjeux majeurs, qui est réduire notre déficit public, mais réduire aussi notre dette écologique. Je suis évidemment sensible.
C'est malheureusement l'un des seuls qui parle de ça sans faire de l'écologie punitive. Donc oui, je soutiendrai Gabriel Attal et je souhaite qu'il y ait un seul candidat au mois de janvier sur l'arc du bloc central.
Alors il est quand même à distancer dans les sondages. Grosso modo, 5 points selon les enquêtes d'opinion derrière Edouard Philippe, Gabriel Attal. Et puis, c'est vrai que vous...
Je ne dirais pas que c'est 5 points, mais bon, on pourra discuter des chiffres.
En tout cas, ils se sont mis d'accord pour s'arranger en janvier ou février. Ce n'est pas un peu tard, ça, pour que l'un se dévoile ou se range derrière l'autre. Et puis si jamais ils sont à touche-touche, est-ce qu'on ne peut pas imaginer un scénario catastrophe où les deux se maintiennent ?
Non, mais je pense qu'avant d'imaginer des scénarios catastrophes, on va surtout imaginer des scénarios où on pose un projet, on pose une vision et on montre qu'il n'y a pas que le Rassemblement national et les filles dans la pièce. Parce qu'aujourd'hui, ce qu'on entend beaucoup, c'est ce scénario-là. Et ce scénario est absolument insupportable.
Le scénario Bardella-Mélenchon ou Le Pen-Mélenchon, c'est ce que vous voulez dire, au deuxième tour.
Et ce scénario, en fait, comme la France Insoumise a réussi à se faire détester à peu près par 80% des Français, il nous pousse vers le Rassemblement national, alors que le Rassemblement national est probablement aussi dangereux qu'est les filles. Peut-être moins irritant, parce qu'ils ont travaillé à se notabiliser. Mais je vais vous dire que lorsque vous regardez la réalité de ce que pensent et font les députés, les élus du Rassemblement national, vous retrouvez la même intolérance, l'antisémitisme, le rejet des communautés, le rejet des étrangers. Regardez la déclaration de M. De Villiers sur M. Glucksmann. Tout ça est très choquant.
Et donc, nous avons aujourd'hui une vraie responsabilité de montrer qu'on peut avoir un projet, un projet positif. Encore une fois, il ne s'agit pas juste de dire l'extrême droite et l'extrême gauche, c'est mal. Il s'agit de porter une vision pour le pays et de montrer que cette vision, elle est optimiste, elle est positive et elle est atteignable.
Alors, vous vous intéressez à la présidentielle, à l'écologie, à l'industrie, mais aussi au football. La Coupe du Monde démarre demain. Les Bleus sont favoris. Vous, vous avez proposé une réforme du foot professionnel sur la gouvernance de la Ligue de foot, sur les droits de télé, la lutte contre les piratages et vous estimez, je cite, qu'il est urgent de protéger le football des territoires.
Oui, tout à fait. Alors, ce n'est pas moi qui l'ai proposé. Ce sont deux sénateurs qui ont fait voter ce texte l'année dernière et ce texte, cette proposition de loi est très importante parce qu'elle vise justement à ne pas concentrer les budgets dans les mains de quelques équipes qui pourraient prétendre à être parmi les 20 meilleures équipes au niveau européen. Parce que le football des territoires, c'est celui de la Ligue 2, c'est celui de la Ligue 1, c'est celui des centres de formation. Moi, je suis élue d'un territoire où nous avons une équipe formidable qui s'appelle le Racing Club de Lens.
Qui a fait une très, très belle saison d'ailleurs. Qui a gagné la Coupe de France et qui a failli gagner le championnat.
Qui est deuxième derrière le Paris Saint-Germain et qui a le onzième budget de la Ligue 1. Ce qui montre que ce n'est pas qu'une question d'argent, que les conflits d'intérêts, ce n'est pas très acceptable en réalité, c'est-à-dire les gens qui sont à la fois diffuseurs et présidents de clubs, suivez mon regard, que par ailleurs, on a besoin de lutter très férocement contre le piratage parce que c'est une perte de recettes majeures. C'est de l'ordre de 300 millions d'euros estimés en 2023 et on pense que ça a encore augmenté. Et ça, c'est l'avenir des clubs qui est en jeu. Donc, il faut se battre pour ça.
Merci Agnès Panirunaché d'avoir répondu aux questions de Radio-G. Merci à tous les deux. Votre invité, demain, David. Demain, mon invité sera Nathalie Saint-Cric, journaliste politique à France Télévisions, éditorialiste et auteur d'un livre très intéressant, La Petite Mer. À demain.
Agnès Pannier-Runacher