L'invitée d'Apolline Matin : Marina Ferrari - 26/05
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez R.M.C. Face à la canicule, faut-il encore faire du sport ? Encore trois morts hier dans des noyades, une participante à une compétition d'Aerox est décédée d'hyperthermie à Lyon. Bonjour Marine Ferrari, merci d'être dans ce studio. Vous êtes la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative. Au total, ce sont huit morts dans des activités sportives à cause de la chaleur, surtout le week-end prolongé.
Vous tirez le signal d'alarme ? Oui absolument, d'abord je voudrais avoir une pensée pour les familles des victimes, parce que c'est vrai que cet épisode caniculaire avec ces morts nous a tous laissé un peu sous le choc ce week-end. Rappelez les consignes de sécurité, d'abord quand on pratique une activité physique par une telle chaleur, on veille aux horaires, on s'hydrate bien, on prend des temps de pause, on ne surestime pas ses capacités. C'est un message de vigilance avant tout que je viens délivrer.
Quand vous dites qu'on ne surestime pas ses capacités, j'imagine que vous pensez en particulier à cette femme de 28 ans qui est morte dans le Rhône dans une compétition de Aerox, à ce coureur dimanche à Paris dans une course. Ça veut dire qu'ils sont partis, ils ont pensé qu'ils y arriveraient, ils se sont écroulés.
Alors je ne suis pas là pour dire ce qui s'est passé ou pas. En tout cas, il y a des signes qui doivent nous alarmer quand on pratique le sport. Une surchauffe qui intervient, des maux de tête importants. En fait, quand on pratique du sport par de telles chaleurs, c'est une déshydratation qui peut arriver assez rapidement. Donc porter les bons vêtements adéquats et puis penser à s'hydrater le plus souvent possible, se passer sous l'eau, etc. Donc les organisateurs sont bien évidemment informés. Il y a des consignes qui sont mises en œuvre en cas de forte chaleur que vous retrouvez sur le site du ministère. Et bien évidemment, nous sommes très vigilants.
Les organisateurs, comme vous dites, Marina Ferrari, est-ce qu'ils vous écoutent ? Et à partir de quand est-ce qu'il faut qu'ils prennent une sorte de principe de précaution ?
Est-ce qu'il faut annuler des compétitions sportives cette semaine ? Alors, en fonction de l'évolution de la météo, on nous annonce un pic de chaleur qui va continuer. Il pourrait y avoir, je parle bien conditionnel, des annulations. On regarde bien évidemment les conditions météorologiques, mais on ne va pas regarder que la chaleur. On va regarder le taux d'humidité aussi qui peut beaucoup jouer. Le vent, l'ensoleillement sur le parcours, etc. Et on peut décider, à ce moment-là, effectivement, un organisateur peut décider de suspendre ou de reporter une compétition.
Avec la question aussi d'un pic d'ozone en Ile-de-France et dans la vallée du Rhône. Donc, il y a aussi cette question-là qui se surajoute, la question de la pollution. Quand vous dites, bon, c'est les organisateurs qui décident, c'est-à-dire que vous leur laissez tout loisir de décider ?
Alors non, quand vous avez des canicules, bon, on a des protocoles canicules qui sont en place. Quand vous avez des vigilances, par exemple, orange ou rouge, notamment, on interdit les compétitions quand c'est en vigilance rouge. Après, c'est à l'appréciation effectivement des organisateurs. Mais vous le savez, le code du sport aujourd'hui impose de sécuriser la pratique sportive, que ce soit en termes de compétition ou en termes d'entraînement. Donc, il y a des obligations qui s'imposent, qui sont, je le rappelle, de créer des îlots de fraîcheur, d'amener des points d'hydratation, de renforcer la surveillance médicale sur les compétitions sportives.
Donc, voilà, il y a quand même des choses qui sont mises en œuvre depuis longtemps. Et c'est une vigilance sur laquelle nous travaillons depuis des années au ministère des Sports. Puisqu'on le sait, aujourd'hui, des épisodes caniculaires sont appelés à se manifester de plus en plus souvent. Et donc, il faut adapter nos pratiques sportives.
Et je vous propose, Madame la Ministre, qu'on accueille Mathieu, qui nous appelle au 3216 depuis Lille et qui est kiné. Bonjour Mathieu.
Bonjour Apolline.
Vous avez effectivement vu, notamment, et vous le savez autour de vous aussi par votre pratique, que le sport, par ces moments de grande chaleur, il faut être hyper vigilant.
Il faut être vigilant, mais après, c'est encore du cas par cas. Quelqu'un qui ne fait jamais de sport et qui décide d'aller courir un 10 km sous 35 degrés, l'os...
Je ne vous entends pas bien, Mathieu. Est-ce que vous pouvez vous mettre à un endroit où vous ne bougez pas et où ça capte ? C'est bon, là ? Oui, c'est bon, ne bougez plus. Allez-y, je vous écoute.
Non, je disais, après, il y a des compétitions comme les Ironman, comme tout le marathon des sables, c'est ce que je mettais dans mon message. Lorsque vous inscrivez au marathon des sables, il est indispensable de s'entraîner dans la chaleur. Parce que si vous entraînez sous 8 degrés et que vous arrivez dans le désert marocain où il y a 45 degrés, ça ne va pas fonctionner. Pour vous, cette chaleur, elle doit être prise en compte, en fait. Ça doit être prise en compte, mais ça fait aussi partie de l'entraînement. Non, ça s'appelle l'acclimatation à la chaleur, mais c'est indispensable.
Vous le faites, vous ? Vous le faites, vous, Mathieu ?
Hier, j'ai fait 70 kilomètres, il faisait 35-36 degrés sur l'île.
Vous avez fait 70 kilomètres ?
Oui, mais après, il faut s'hydrater, il faut mettre des électrolytes.
Sous la chaleur, en pleine journée ?
Oui. Et pas de problème ? Non, pas de problème. C'est parce que je suis régulièrement entraîné. Il y a plusieurs années, j'ai fait un Elf Ironman à Vichy où il faisait super, super chaud. Mais si vous ne faites aucun entraînement dans ces conditions au préalable, ça ne peut pas aller. Mais ça fait aussi partie de l'entraînement.
Ce qui me frappe, Mathieu, c'est ce que vous dites, c'est une question aussi d'acclimatation. Sauf que le problème, madame la ministre, c'est justement le choc. Quand on repense au week-end précédent, où il faisait un temps absolument immonde sur toute la France, extrêmement froid, où on avait l'impression que c'était vraiment l'hiver. Le choc, le contraste, c'est aussi ça le risque pour le corps.
Oui, absolument. On a vécu un différentiel de température très important. Donc, c'est vrai qu'on n'était pas du tout préparé. Les corps n'étaient pas préparés. Et votre auditeur a raison de le rappeler. Il y a des athlètes qui sont absolument préparés, qui s'entraînent sous des pics de chaleur importants. Ça a été le cas, notamment, Arthur, hier, l'a dit à Roland-Garros. Il est habitué, lui, à aujourd'hui, sur le tournoi, par exemple, de tennis. Nos joueurs sont habitués à jouer sur des températures importantes, en Australie, en Amérique du Sud, par exemple. Donc, après, il y a une habitude de la pratique.
C'est pour ça que, notamment, nous avons un plan national d'adaptation au changement climatique pour les sports, qui a été établi en 2024, qui course jusqu'à 2030, pour justement adapter les pratiques et changer la donne pour que nous soyons à même de répondre au réchauffement climatique.
Merci pour votre témoignage, Mathieu. Une question, évidemment, Madame la Ministre, sur ce qui se passe samedi, 18h, PSG Arsenal, la finale de la Ligue des Champions. Comment est-ce que vous allez gérer, en cas de victoire ou de défaite, d'ailleurs, les suites à Paris ? Il n'y aura pas de parade sur les Champs-Elysées ? Il y aura un bain de foule autorisé, en revanche, sur le Champ de Mars ? C'est bien ça ? Alors, aujourd'hui, le dispositif... Désormais, quand on parle foot, on est obligé de parler aussi, quand même, question de sécurité ?
Alors, malheureusement, il faut parler question de sécurité, comme dans tous les grands rassemblements populaires, foot ou autres. Je crois qu'il faut absolument que nous soyons en capacité d'organiser les choses du mieux possible, tirant les conséquences de ce qui s'est passé l'année dernière, parce que le foot doit rester une fête, et il y a des supporters, mais des hooligans ou des casseurs qui sont là. Il ne faut pas mélanger les deux, il y a des gens qui sont vraiment là pour fêter le football, et je crois que c'est une fête qui doit être populaire. Au moment où on prépare la Coupe du Monde, vous l'avez rappelé... Vous distinguez supporters de hooligans, désormais ?
Ah oui, absolument, absolument, oui, tout à fait, il faut vraiment faire attention, et puis en plus, vous avez en dehors de ça aussi des casseurs qui se mettent dans les cortèges, ou qui se mettent dans les fêtes populaires pour pouvoir commettre des méfaits. Est-ce qu'il y a une question particulière avec le PSG ? Avec les supporters ou les hooligans autour du PSG ? Pas particulière avec le PSG d'une manière générale, on voit bien que c'est un phénomène aujourd'hui qui, d'ailleurs, nous inquiète, et que nous surveillons au plus près, sur lequel nous travaillons.
Vous avez vu qu'il y a un texte qui est en cours, un texte riposte, qui va nous permettre de renforcer notamment les interdictions administratives de stade. Je crois que c'est important, puisqu'aujourd'hui, il ne faut pas qu'une poignée d'individus prennent en otage, et bien, tout simplement, de nombreux individus.
Sauf que, comme vous le dites, il s'agit parfois, vous citiez des casseurs, comme vous dites, qui ne sont pas dans les stades, qui viennent après les matchs.
Mais qui viennent aussi, sur les points de rassemblement, se mêler pour ensuite aller commettre leurs méfaits. Voilà, donc c'est pour ça que la décision qui a été prise, c'est qu'il y aura effectivement un moment festif, dans l'enceinte même du Parc des Princes, donc ce qui nous permettra d'assurer une meilleure sécurité, et puis, effectivement, cette Tour Eiffel qui sera mise aux couleurs du Paris Saint-Germain.
Et vous vous attendez, effectivement, à ce bain de foule possible autour du Champ de Mars. Un mot aussi sur les Enhanced Games, qui sont ces espèces de jeux, de contre-jeux olympiques, où là, tout est permis, c'est-à-dire dopage à volonté. Est-ce que ça vous inquiète, ça s'est terminé ce week-end ?
Alors, ça m'inquiète et c'est extrêmement dangereux, je le rappelle, puisque c'est la santé des athlètes qui est en jeu aujourd'hui. Quand on lutte contre le dopage, c'est bien évidemment avant toute chose pour protéger l'intégrité physique des athlètes. On ne se dope pas de manière, enfin, c'est pas neutre. Donc, il y a des risques importants pour la santé. Et ces Enhanced Games, je les ai condamnés fermement. Ça contrevient complètement, ils contreviennent complètement aux valeurs du sport.
La Coupe du Monde de l'e-sport, qui débute le 6 juillet à Paris, événement majeur pour la France, avec une question aussi, l'idée que ça puisse rentrer dans les écoles, dans les collèges. Est-ce que vraiment, c'est en route cette histoire ? Il y a des médecins qui se sont inquiétés dans une tribune ?
Alors, merci de cette question, puisqu'en fait, il n'a jamais été question de faire rentrer l'e-sport dans les programmes scolaires. Ah d'accord. C'est clair et net, il n'a jamais été question de ça. C'est clair et net, il n'en est pas question. Non, ça portait sur deux choses. D'abord, il y a une expérimentation en cours aujourd'hui qui se termine sur l'Académie de Versailles, dans le cadre du périscolaire, c'est-à-dire en dehors des temps scolaires. Comment on apprend aux enfants à justement respecter les temps d'écran, à limiter la pratique, à avoir des bonnes pratiques ? Comment on éveille les parents aussi sur cette problématique ? Ça, c'est la première chose.
Et deuxièmement, comment on accompagne aujourd'hui nos jeunes e-sportifs ? Vous savez qu'on a parmi les meilleures équipes du monde qui sont françaises. Et comment donc aujourd'hui, on accompagne aussi ces jeunes e-sportifs, au même titre que les autres sportifs, dans l'organisation de leur temps scolaire pour le coup. Voilà, donc c'est deux choses bien différentes, mais il n'a jamais été question, je le redis, de mettre de l'e-sport dans les programmes scolaires.
Merci Marie-Anne et Marie d'avoir pris le temps de répondre à nos questions ce matin sur RMC, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Associative.
Marina Ferrari