Prix des carburants en lien avec la guerre au Moyen-Orient, conséquences économiques, rapatriement des Français... Le "8h30 franceinfo" de Roland Lescure
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Bonjour Roland Lescure, bonjour Camille, vous êtes ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté énergétique. En ce cinquième jour de guerre au Moyen-Orient, on va voir les nombreuses conséquences pour l'économie française et nous, ses consommateurs. Car ce matin, le détroit d'Ormuse, entre l'Iran et Oman, est fermé, un quart du pétrole et du gaz y transitent. C'est donc une menace pour toute l'économie mondiale, un enjeu sur lequel le président Macron s'est exprimé hier soir. On l'écoute.
Nous sommes à l'initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ses voies maritimes essentielles à l'économie mondiale. J'ai donné ordre que le porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégate, fassent route vers la Méditerranée.
Monsieur le ministre, est-ce que vous connaissez la destination du Charles de Gaulle ? Est-ce qu'il va vers le détroit d'Ormuse ?
Il va dans la région, et ce n'est pas le seul, puisque vous savez qu'il y a une frégate aussi qui est en route pour naviguer au bord de Chypre. Le président a été très clair, l'objectif c'est de protéger nos intérêts, donc protéger évidemment nos concitoyens. Il y en a 300 000 dans la région, des soldats, des gens qui travaillent. Moi j'ai échangé avec les entreprises présentes sur le terrain et nos envoyés. On a des services économiques régionaux dans tous les pays. Dans toutes les ambassades, il y a quelqu'un qui travaille pour Bercy ? Qui travaille pour nous ? Qui est en contact avec les entreprises ?
La première chose que je peux vous dire, c'est que les employés des entreprises françaises vont bien. Nos employés à nous aussi vont bien. Que les entreprises se sont adaptées à la situation, télétravail pour tout le monde, etc. Deux, pardon, on protège aussi nos intérêts en défendant nos alliés. Le président a été très clair sur le fait aussi qu'on engageait des moyens militaires pour protéger nos alliés. Et puis trois, on protège nos intérêts économiques, et on va y revenir. C'est un des intérêts majeurs de l'annonce qui a été faite hier, d'envoi de moyens militaires pour sécuriser le trafic dans le détroit d'Armoud.
Justement, le président parle de sécuriser ses voies maritimes essentielles à l'économie mondiale. Concrètement, est-ce que ça veut dire qu'on va avoir le porte-avions en Charles de Gaulle, au milieu du détroit, qui va escorter les bateaux des pétroliers français qui traversent, avec ses 2000 marins, ses 40 rafales, pour sécuriser notre approvisionnement ?
Déjà, c'est déjà arrivé dans le passé. Au début des années 80, on avait la guerre Iran-Irak, à l'époque, c'était déjà en Iran que ça se passait. On avait des vaisseaux militaires qui escortaient des navires qui faisaient du fret, et notamment du fret pétrolier. On l'a fait aussi plus récemment, il y a un peu plus d'un an, au canal de Suez, où on avait des attaques, des outils. Et on a voulu sécuriser, pareil, le trafic.
Et là, c'est ce qui va se passer aussi ? On va sécuriser le trafic, ou ça sera symbolique, ou c'est dissuasif, cette présence en Charles de Gaulle ?
Non, l'objectif, il est si besoin, et vous l'avez dit, à ce stade, il est fermé. Tout ça est très fluide, ça change de jour en jour. Ce n'est pas un porte-avions qui va escorter des bateaux. On a des frégates, on a d'autres moyens. Vous avez vu que les Etats-Unis ont annoncé hier aussi, par la voix de leur président, Donald Trump, qu'eux aussi envisageaient de fluidifier le trafic via l'escort.
Alors, il sert à quoi ce porte-avions, pardonnez-moi ?
À porter des avions qui peuvent eux-mêmes intervenir. Je ne vais pas rentrer dans le détail. Les rafales décollent au-dessus du Détroit et fluidifient pour reprendre notre expression. Je ne vais surtout pas rentrer dans le détail de la manière dont on va faire. Vous n'êtes pas Catherine Vautrin, vous n'êtes pas la mise des ordres. Non, mais je ne suis pas Catherine Vautrin. Je pense que même Catherine Vautrin ne vous donnerait pas, je dirais comme ça sur ce plateau, la manière dont on va utiliser nos forces. Ce qui est important, c'est de dire qu'on va s'engager. On va s'engager pour la défense de nos intérêts.
Nos compatriotes, nos alliés et notre économie, c'est les trois objectifs qu'a exprimé le président de la République hier et qu'on va déployer dans les jours et les semaines qui viennent.
Vous, ministre de l'économie, vous réunissez tous les jours une cellule de crise à Bercy pour mesurer justement ces risques économiques. Racontez-nous, il y passe quoi dans cette cellule de crise ?
D'abord, on fait un point sur les marchés, donc le prix du pétrole, le prix du gaz, le prix du gaz en Europe, le prix du gaz aux Etats-Unis. On suit aussi les marchés financiers parce qu'au fond, l'évolution des marchés financiers, c'est un espèce de baromètre de la manière dont on anticipe l'impact de cette crise sur l'économie mondiale. Les bourses s'effondrent, les bourses sont dans le rouge. Alors, les bourses ne s'effondrent pas, mais les bourses baissent. Non, mais les bourses baissent. Quand vous regardez la bourse américaine, qui est un peu le baromètre global, elle n'a quasiment pas bougé depuis trois jours.
Les bourses européennes et asiatiques sont plus volatiles et elles ont baissé. Volatiles à la baisse. À la baisse, on est sur 2-3% de baisse depuis samedi, donc on n'est pas dans un krach boursier. Il faut quand même... En fait, dans cette crise, il faut être factuel et il faut garder son sang-froid. Donc, les chiffres aujourd'hui, c'est effectivement des bourses en baisse, des taux d'intérêt qui montent un petit peu, un dollar qui monte un petit peu. C'est ce qu'on appelle un vol vers la qualité, c'est-à-dire que les marchés ont besoin d'être rassurés. Mais ce qu'il faut regarder avant tout, c'est la réalité économique et physique de ce qui se passe.
Justement, sur la réalité économique et physique, avant d'aller sur l'essence qui va être la grande thématique de cette interview, à cette réunion, à votre réunion, il y a aussi les armateurs de France. Donc, combien de bateaux français sont ce matin bloqués ?
Ils l'ont dit dimanche soir, on est sur quelques dizaines. Comme les bateaux aujourd'hui ne sortent pas du détroit d'Hormuz, on reste sur quelques dizaines. 50 et 55 ? Vous ne pouvez pas dire ? Non, mais c'est l'ordre de grandeur, mais ce que je voudrais surtout, c'est insister sur le fait qu'effectivement, en temps normal, il y a 20% du gaz mondial qui passe par le détroit d'Hormuz, il ne passe plus. Et c'est ce qui explique la hausse du prix du gaz. Ce que je veux dire aussi, c'est qu'en temps normal, ce gaz, il ne vient pas en Europe, il va en Asie. Donc, il n'y a aucun risque d'approvisionnement, d'ailleurs, ni sur le gaz, ni sur le pétrole, en France et en Europe.
Vous pouvez nous assurer ce matin qu'il n'y aura pas de pénurie, ni de gaz, ni d'essence en Europe ? C'est certain, vous en êtes convaincu ?
Écoutez, évidemment, tout va dépendre de l'intensité et de la durée du conflit.
Concrètement, on peut tenir combien de temps ?
Aujourd'hui, ce que je peux vous dire, c'est qu'à court terme, aucun risque. Court terme, ça veut dire quoi ? Dans les semaines qui viennent.
Si ça dure plus de trois semaines, c'est ce qu'on entend.
Je ne veux surtout pas commencer à faire de la fiction sur un conflit qui reste très certain.
Ce n'est pas de la fiction, c'est de la prévision pour le coup, c'est important. Prévoir l'imprévisible, c'est de se moquer du monde.
Combien de temps on peut tenir ? Donc, il n'y a aucun risque, mais vraiment, j'insiste, d'approvisionnement, ni sur le gaz, ni sur le pétrole.
À court terme.
Pour les semaines qui viennent. Donc, il faut garder son sang-froid, être conscient des risques, mais en aucun cas, raconter n'importe quoi. Un, on y reviendra peut-être. Et deux, surtout, créer des problèmes qui n'ont pas lieu d'être. C'est-à-dire que si, évidemment, demain, on se jette tous sur le station-service du coin pour aller faire le point, la station-service du coin en question manquera des sens.
La station-service du coin, elle est à Rouen, au micro, ici, Normandie, de Christine Vars. On écoute.
C'est le patron qui m'a dit d'y aller parce que tout le monde y va. Je pense qu'on fait comme tout le monde. Les gens s'en foutent. Pour 50 centimes sur un plein, ils vont faire deux heures de queue bientôt. C'est débile.
Monsieur le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté énergétique, est-ce que le vrai risque à terme, c'est que les gens se jettent à la pompe et créent eux-mêmes une pénurie ?
Il faut garder son sang-froid. Aujourd'hui, il n'y aura pas de pénurie nationale. Mais dans cette cellule de crise dont je parlais tout à l'heure, on regarde notamment le prix de l'essence. Il augmente de quelques centimes actuellement. Quelques centimes. C'est une hausse, j'allais dire, normale compte tenu de la hausse du prix du pétrole. Et on regarde les pénuries. Et aujourd'hui, dans plus de 97% du territoire, il n'y a aucun problème. C'est-à-dire qu'on est dans une situation normale où on a de l'essence partout.
Mais Roland, si les gens font la queue aux stations-services, c'est parce qu'ils ont peur non pas seulement des périodes, mais aussi de l'augmentation du prix de l'essence. À ce sujet, Emmanuel Ampeau, le président de la Fédération française des carburants, s'est exprimé ce matin sur France Info. On vous le fait écouter et vous réagissez.
Les 2 euros le litre, on va en être assez proche. En réalité, hier, déjà, on l'a constaté dans certaines stations, probablement à partir de ce matin également. Après, au-delà de ça, je dirais, tant que le baril reste dans une zone aux alentours de 80-85 dollars, il n'y a pas de raison que ça s'envole tellement au-delà.
Je vous voyais hocher la tête 2 euros le litre bientôt. Vous n'êtes pas d'accord avec ce chiffre ?
Attention, le prix moyen hier, c'est à peu près 1,75. Gazole est super, 95. Donc évidemment, la moyenne peut cacher des disparités. Non, non, en moyenne, on est autour de 1,75 à 1,76. Attention, donc il y a des disparités. Et il y a évidemment, en fonction du fait qu'on est en centre-ville, en montagne et haute, des prix qui peuvent être plus élevés. Mais je vais être très clair là-dessus. Moi, je ne tolèrerais pas qu'on ait des hausses de prix à la pompe qui aillent au-delà de ce que la hausse du pétrole justifie. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que j'ai demandé à la DGCCRF de faire des contrôles.
La direction des fraudes.
La répression des fraudes, comme on dit, la répression des fraudes, d'être sur le terrain, de faire des mesures et de s'assurer, effectivement, qu'on est sur des hausses de prix, je dirais, raisonnables, compte tenu de la hausse du prix du baril, qui, elle aussi, est aujourd'hui relativement raisonnable. Donc, pas de panique.
Donc, il y aura des contrôles sur les prix. Mais bien sûr.
Et il se passe quoi, si les contrôles... Ils entendront parler de moi, je vais vous le dire comme ça. Les sanctions. Non, mais évidemment, évidemment, qu'on comprend que, face à une hausse du prix du baril, on puisse avoir une hausse de quelques centimes du prix à la pompe. Mais à ce stade, c'est tout.
Vous pourriez baisser les taxes sur l'essence, la TVA, par exemple, si ça augmentait trop, au-delà des sanctions ?
Écoutez, j'ai entendu à la fois Jordan Bardella et Marine Le Pen nous le demander.
Ce matin même, oui.
Ce matin même, trois jours après le début d'un conflit, quand on aspire à des responsabilités gouvernementales d'importance, la première qualité à avoir, je pense que c'est le sang-froid. Ils en manquent ? Oui, en l'occurrence, Jordan Bardella, il nous demande de mettre en place ce que Lionel Jospin avait mis en place en 2000, ce qu'on appelle la TICPE flottante. C'était une usine à gaz, ça n'a pas marché, on l'a supprimé au bout de deux ans.
Il est passé de 20% à 5%.
Non, mais de 20% à 5%. Et puis si le prix, alors ça c'est la TVA, mais il nous demande aussi sur ce qu'on appelle la TICPE. Donc, évidemment, la TVA, c'est 17 milliards d'euros pour les caisses de l'État en moins, sans qu'on soit forcément sûr que ça se répercute toujours sur le prix de l'essence.
Pardon, mais le chèque carburant, ce n'est pas Lionel Jospin non plus. Ce sont des outils qui ont été utilisés auparavant par le gouvernement sous Emmanuel Macron.
Qu'il était ciblé sur les Françaises et les Français, quand on avait le plus besoin. Vous pourriez refaire en chaque carburant. Non, mais écoutez, la meilleure manière aujourd'hui de s'assurer que le prix de l'essence n'augmente pas, c'est ce que le Président de la République a annoncé hier. Moi, je ne suis pas pour une France qui subit et qui se met en retrait. Je suis pour une France qui agit, qui se projette et qui joue sur le cours du monde. Non, mais attendez. Aujourd'hui, la priorité de priorité, c'est de s'assurer que le gaz et l'essence circulent dans le détroit d'Ormus pour que dans le monde, on ait une baisse des prix du gaz et du brène. C'est ça la priorité aujourd'hui.
Ce n'est pas d'aller s'assurer que dans la station-service de Rouen dont vous parliez tout à l'heure, on va baisser de 3 ou 4 centimes un essence qui a augmenté de 5 ou 7.
On a le droit de réfléchir aux deux leviers.
Mais bien sûr, mais il faut être conscient aussi que 3 jours après le début d'un conflit, crier au loup alors que l'objectif, il est de garder son sang froid et de s'assurer qu'au niveau du conflit, on gère au mieux ce que je disais tout à l'heure, c'est-à-dire l'intensité et la durée. La France, c'est une grande puissance qui peut se projeter et agir sur le cours du monde. Ce n'est pas une nation qui se replie et qui pense, je dirais, uniquement à sa petite situation. On est capable d'agir sur le cours du monde.
Aucune fiscalité flottante pour le moment ? Si ça s'enlise, vous pourriez penser ?
Non, mais moi, les usines à gaz, très peu pour moi. Vraiment. Non.
Il n'y a pas que le pétrole et le gaz qui sont bloqués, qui ne peuvent plus emprunter ce canal stratégique. Est-ce que d'autres produits peuvent manquer, je pense, notamment aux engrais ?
Alors, il faut savoir que l'exposition directe de la France au Proche et Moyen-Orient, c'est moins de 5%. Donc, les importations, c'est moins de 5%. Et même pour les produits énergétiques dont on parlait tout à l'heure, c'est à peine plus de 10%. Donc, l'exposition directe, elle est très faible. Donc, on n'a pas de risque d'approvisionnement en France. Le risque auquel on fait face, c'est le risque de prix. Le fait que les prix mondiaux augmentent parce que d'autres zones, notamment l'Asie, ont des problèmes d'approvisionnement, fait qu'on peut avoir une hausse du gaz, on le voit, une hausse de l'essence. On n'aura pas, là encore, j'ai entendu n'importe quoi de la part de M.
Bardella, de hausse du prix de l'électricité. Oui, parce qu'il dit qu'à cause du gaz, l'électricité, par le mécanisme... Il faut travailler un peu quand on veut être amené à gouverner. Marine Le Pen l'a répété ce matin sur RTL. Elle ne travaille pas, Marine Le Pen ? Marine Le Pen répète des erreurs que commet Gérardane Bardella, qu'elle énonce des vérités. La réalité, c'est qu'on n'est pas du tout dans la situation qu'on avait en 2022. Où à l'époque, effectivement, on ne produisait pas assez d'électricité. On était obligé d'en importer. Et en plus, c'était l'hiver. Cette électricité importée, c'était de l'électricité produite par du gaz en Allemagne. Et c'était l'hiver, merci.
On a aujourd'hui une production d'électricité bien plus importante qu'à l'époque, grâce au nucléaire. Et Mme Le Pen, M. Bardella, grâce aussi au renouvelable. On a installé du renouvelable depuis. Comme quoi, ça sert. Et donc, on est aujourd'hui face à une production d'électricité qui fait qu'on exporte de l'électricité. Et donc, les prix de l'électricité en France, aujourd'hui, ils ne bougent pas. Les prix de gros ne bougent pas. Et on aura, très vraisemblablement, évidemment, je ne vais pas m'engager à un an, une stabilité des prix de l'électricité en France pour les ménages et les industriels dans les mois qui viennent.
Il est 8h47 sur France Info. Nous avons énormément de questions à vous poser sur l'inflation, sur les droits de douane. Et à la fin, nous vous poserons la question qui a la mémoire courte. Mais pour l'heure, il est l'heure du Filinfo. L'info en une minute avec Philippine Thibaudot.
D'autres vols aujourd'hui pour ramener des Français du Moyen-Orient. C'est ce que confirme le chef de la diplomatie française. Alors qu'un premier rapatriement a eu lieu cette nuit, Jean-Noël Barraud précise qu'un vol partira d'Abu Dhabi et l'autre de l'Egypte pour rapatrier des personnes vulnérables en provenance d'Israël. Les bombardements pleuvent sur l'Iran. 11 morts cette nuit selon un bilan provisoire. Au cinquième jour de la guerre au Moyen-Orient, les Israéliens visent le Hezbo, la soutien de Téhéran. La liste des pays que le personnel non-essentiel américain doit quitter s'allonge selon Washington pour des raisons de sécurité, Arabie Saoudite, Oman et maintenant Pakistan et Chypre.
Des funérailles nationales se tiendront ce soir pour Ali Ramenei, annoncent les autorités iraniennes. Israël prévient que tout successeur au guide suprême sera une cible destinée à être éliminée. En Espagne, l'effondrement d'une passerelle sur une plage a causé la mort de cinq jeunes dans le nord du pays. Les recherches continuent pour retrouver une cinquième personne. Et puis le prodige français Victor Wenbanyama est décidément à la cote. Il a été élu meilleur joueur de basket du mois par la conférence de l'Ouest décernée par la NBA. Première fois pour le grand Wemby. Deuxième fois qu'un Français reçoit ce prix après Tony Parker en 2013.
Et nous sommes toujours avec Roland Lescure, ministre de l'Économie et des Finances. Désolé monsieur le ministre, vous voyez réagir au basket. Nous ne vous poserons aucune question sur le basket avec Camille. Nous préférons vous interroger ce matin sur l'inflation.
Oui, car dans une interview au Financial Times, l'économiste en chef de la Banque Centrale Européenne a prévenu qu'une guerre prolongée pourrait entraîner une forte hausse de l'inflation dans la zone euro. Est-ce que cette inflation, cette hausse, vous pouvez arriver à la mesurer, Roland Lescure ?
Alors, les modèles traditionnels disent à peu près 10 dollars sur le prix du baril, c'est à peu près 0,1, 0,2% d'inflation. Ça, c'est la règle, je dirais, un peu mécanique. Ce qu'il faut qu'on comprenne, c'est qu'on entre dans cette crise, la France entre dans cette crise, plutôt dans une bonne position. Au sens où on a plutôt plus de croissance que ce qu'on attendait et moins d'inflation que ce qu'on attendait.
Autour de 1% la croissance ?
Alors, exactement. Nous, notre prévision, c'est 1%.
Elle n'est pas modifiée ?
Et on était plutôt dans une phase où les économistes revoyaient la croissance à la hausse. Et là, on n'avait plus à la hausse. Et, ben non mais, attendez, donc ça, c'est plutôt la bonne nouvelle. On entrait avec des révisions à la hausse. Attention, si cette crise dure, tout va dépendre de l'intensité et de la durée de la crise. Et sur l'inflation, on était plutôt en dessous de ce qu'on attendait. Donc, si effectivement, le prix du baril reste durablement plus élevé, on aura peut-être une inflation un peu supérieure. Donc, au total, aujourd'hui, on est plutôt en phase avec ce qu'on attendait, c'est-à-dire une économie française résiliente et une inflation modérée.
J'ai réuni hier le Haut Conseil sur la stabilité financière avec le gouverneur de la Banque de France. C'est exactement ce qu'il a dit.
Justement, une des conséquences de ces tensions et de ces craintes sur l'énergie, c'est que les taux d'intérêt des emprunts des Etats européens augmentent. Depuis lundi, on est sur une hausse significative. Est-ce que cette crise financière pourrait s'ajouter à la crise énergétique ?
Encore, on n'est pas en crise financière. Est-ce qu'une crise financière pourrait s'ajouter ? Les mots comptent.
Justement, pour avoir sonneusement écouté hier à la conférence, il y a une crainte de crise financière.
Non, aujourd'hui, on a une tension sur les taux d'intérêt, là encore, de quelques points de base, c'est-à-dire 20 points de base. Donc, on est 0,2% au-dessus de ce qui prévalait il y a 10 jours. Donc, on n'est pas dans un crac obligataire. Mais il y a une petite tension qui est liée exactement à ce qu'on disait, des anticipations d'inflation à la hausse. Quand vous regardez les anticipations d'inflation sur le marché aujourd'hui, elles sont à 2%. Donc, là encore, ce n'est pas de l'hyperinflation, c'est de l'inflation un peu en hausse.
Et donc, on est face à un scénario dans lequel on peut raisonnablement s'attendre à un peu moins de croissance, un peu plus d'inflation, et je dirais, c'est tout. Mais c'est la raison pour laquelle il faut tout faire pour que ce conflit ne dure pas trop. Et c'est pour ça que les annonces hier du Président de la République, celles qui ont été suivies d'ailleurs par des annonces un peu similaires du Président Trump, sont importantes. Il faut qu'on retrouve de la circulation pour les matières premières au sein du Détroit d'Hormuz et dans le canal de Suez.
Vous parlez des Américains, et vous avez justement une annonce à nous faire ce matin sur France Info. Dans ce contexte, vous nous annoncez que vous allez convoquer une réunion du G7 Finance, c'est-à-dire, on le sait, vos homologues des 7 États les plus riches, le Canada, l'Allemagne, le Japon, l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis.
Oui, je suis en contact rapproché avec eux depuis trois jours, évidemment, de manière bilatérale. J'ai parlé avec les uns et les autres, notamment avec Scott Bessen, qui est le secrétaire d'État au Trésor américain. Et on s'est mis d'accord pour monter une réunion qui sera sans doute en début de semaine prochaine, parce que, là encore, sans froid, on veut laisser passer une semaine, voir comment évolue le conflit, voir comment évoluent les marchés. On aura les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales également, qui sont présents.
Vous voulez leur dire quoi, particulièrement aux Américains ?
D'abord, on va échanger. On va écouter ce qui remonte du terrain, des entreprises, des économistes, dans ces différentes zones du monde, puisqu'on a une Japonaise, un Américain, des Européens. Donc l'idée, c'est de pouvoir échanger sur l'état de la situation. Qu'on puisse évaluer, éventuellement, les réponses nécessaires, si on doit le faire. Dans un conflit qui est un conflit aujourd'hui local, dans une région, mais qui a des répercussions globales, il faut évidemment qu'on se coordonne, qu'on échange. Nous, on échange avec nos homologues, G7. J'échange avec les entreprises. On a un conseil des entreprises qui se réunit tous les jours.
Et on échange, évidemment, avec nos compétences sur place.
Roland Lescure, vous parliez de votre homologue américain. C'est un pays que vous connaissez bien, les Etats-Unis. Vous y avez vécu, grandi, vous avez été... J'ai vécu au Canada, mais pas très loin. Vous avez aussi travaillé, vous avez été élu dans cette circonscription des Français de l'étranger. On voulait, justement, vous en parler, car Emmanuel Macron, hier, a tout en insistant sur la responsabilité première du régime iranien, condamné l'opération américaine. On l'écoute.
Les Etats-Unis d'Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires. Elles ont été conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver.
Alors, Emmanuel Macron a aussi appelé à l'arrêt des frappes avec ses homologues, l'Albane, le Royaume-Uni. Est-ce que ce n'est pas un peu vain, cette condamnation du président, cet appel, quand on sait que Trump n'avait prévenu aucun de ses alliés avant d'attaquer l'Iran ?
Non, la France, elle respecte le droit international. Mais pas les Etats-Unis. Et la France n'approuve pas des opérations qui ne sont pas autorisées par le droit international, même si, évidemment, personne ne pleure. Le guide suprême Khamény, et j'allais dire, ses sbires qui l'entouraient lors de la réunion dans laquelle ils ont été...
C'est à quel sens de dire, c'est pas bien, il aurait fallu suivre les règles, maintenant arrêtez s'il vous plaît, si personne ne nous aide ?
Non, c'est pas arrêtez s'il vous plaît. L'appel à l'arrêt des frappes que vous mentionnez, il s'adresse essentiellement aujourd'hui à l'Iran, qui frappe des Etats qui n'ont rien à voir dans les attaques de samedi. Aujourd'hui, les pays du Golfe, qui sont nos alliés, pour certains d'entre eux, avec lesquels on a des accords de défense, ils n'ont rien à voir dans les attaques américano-israéliennes de samedi.
Donc quand on appelle à l'arrêt des frappes, c'est les Iraniens, là vous déclenchez, je dirais, une dégradation du conflit, vous essayez de le généraliser à la région, et de ce point de vue-là, nous, dans le respect du droit international, on est habilité à intervenir auprès de nos alliés.
Mais pour l'instant sur Donald Trump, quand il annonce un conflit qui va durer 4-5 semaines, est-ce que vous y croyez ?
Moi, j'ai appris, je dirais, à prendre les interventions du président américain comme ce qu'elles sont, c'est-à-dire la vérité du jour. Donc on sait bien que la situation évolue de jour en jour. Moi, j'ai noté hier, en tout cas, que la priorité du président américain, et celle-là, c'est la bonne, je le répète, c'est d'assurer la fluidité du trafic au sein du détroit d'Hormuz, peut-être du canal de Suez, et de ce point de vue-là, on est complètement alignés. Donc voilà, j'allais dire, ce qui est arrivé est arrivé, et ça n'empêche pas qu'il faut que la France et d'autres puissent dire ce qu'ils en pensent.
Mais aujourd'hui, on est dans une situation, elle est risquée, elle est compliquée, il faut que la France joue tout son rôle pour la régler.
Et la France a 400 000 Français qui se trouvent actuellement au Moyen-Orient, car ils y résident, où ils y passent leurs vacances ? Hier, le président a annoncé que les rapatriements commençaient par les plus vulnérables. Quel est l'état aujourd'hui des choses ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire précisément ce matin ?
Alors, vous le savez, un avion est atterri avec quelques centaines de Français hier dans la nuit, affrétés par Air France, mais dans lequel le quai d'Orsay avait réservé un certain nombre de places.
Quelques centaines sur 400 000 Français dans la zone.
Oui, alors, les 400 000 ne veulent pas rentrer. On a des binationaux qui vivent là et qui sont bien installés. On a des gens qui y travaillent. Je le répète, j'ai échangé avec eux hier. Et évidemment, ils sont inquiets, mais ils continuent à vivre sur place.
Mais ça va prendre combien de temps de faire rentrer ceux qui le veulent ?
Alors, on a 40 000 touristes, en gros, pour simplifier essentiellement, à Dubaï, en Israël, qui étaient en vacances ou qui passaient en transit. Un peu plus, parce qu'ils ne se déclarent pas tous. Oui, alors, on a ce qu'on appelle le fil d'Ariane. C'est ça. J'engage vos auditeurs qui sont dans la région à s'y inscrire, qui permet d'identifier celles et ceux qui sont de passage. Ça monte tous les jours. On n'est pas loin de 40 000 hier soir. Évidemment, on est aujourd'hui, je dirais, au cœur du conflit. Donc, on a peu d'avions qui démarrent, mais on a des avions qui commencent à démarrer. Jean-Noël Barraud pour des gens qui sont en Israël, passent par l'Égypte ou la Jordanie.
D'autres partent de Dubaï, mais via Oman. C'est un peu galère. Ceux qui sont arrivés cette nuit ont eu 24 heures de déplacement, une douzaine d'heures de bus, des attentes, etc.
Vous comptez en rapatrier combien ? Donc, il y en a 400 000 qui vivent et qui ne veulent pas bouger. 40 000...
On a 360 000 Français qui vivent sur place, à peu près. Plus 40 000 touristes. Combien vous voulez en rapatrier au gouvernement ce matin ? Évidemment, ce qu'on souhaite, c'est que le mouvement, je dirais, s'accélère dans les jours qui viennent. On est en train de mettre en place des procédures, des avions, de les affrêter. On veut faire ça, évidemment, en toute sécurité. L'objectif, il est de s'assurer que ces Françaises et ces Français qui rentrent en France soient en sécurité.
Donc, évidemment, on fait ça prudemment, en coordination avec, là encore, nos partenaires locaux et tout le monde, évidemment, le fait de la même manière, que ce soit les Américains ou les autres Européens et là aussi, on se coordonne très bien avec eux.
Roland Lescure, c'est l'heure de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux comme tous les matins sur France Info et on voulait vous poser une question ce matin, la question qui a la mémoire courte. On se souvient tous de l'hiver 2022, au début de la guerre en Ukraine, on a demandé aux Français de baisser leur chauffage, on nous a demandé de mettre des doudounes pour économiser l'énergie. Aujourd'hui, les prix du gaz se sont envolés de 50%. La plus grande usine de liquéfation de gaz au monde au Qatar est fermée. Les stocks de gaz sont au plus bas en Europe. Est-ce qu'on a appris de nos erreurs dans l'Escure ?
Oui. La situation est très différente dans l'époque. A l'époque, on avait du gaz qui arrivait de russe qui n'arrivait plus.
Les stocks sont comparables, ils sont toujours aussi...
Oui, mais sauf qu'on était au début de l'hiver et là, on est à la fin de l'hiver. Donc, ce n'est pas la même chose. On se retrouve à la sortie de l'hiver et donc avec des stocks qui ont été vidés de manière normale, saisonnière. On est sur des prix du gaz qui aujourd'hui sont à 55 euros de mégawatt-heure. On était à 300 à l'époque.
Oui, les prix sont incomparables.
Et en plus, on avait un enjeu logistique énorme qui était qu'il fallait qu'on arrête d'importer du gaz de l'Est et qu'on l'importe de l'Ouest. Donc, il y a eu des enjeux logistiques extrêmement importants. Je le répète, il n'y a aucun risque d'approvisionnement en France. Aujourd'hui, le gaz, il arrive de l'Ouest, il arrive du Nord, Norvège, Etats-Unis et Alger. Donc, l'enjeu, c'est un effet prix. Il ne faut pas le nier. Mais que les prix du gaz montent au printemps à un moment, je dirais, où la météo s'améliore, c'est plutôt une bonne nouvelle.
Merci Roland Lescure d'avoir été sur France Info ce matin. Merci Camille Vigan-Lecouat. On vous retrouve demain et on vous lit dans le nouvel Ops. Restez avec nous dans un instant les informés avec Paul Barcelone. A tout de suite sur France Info.
Roland Lescure