JEAN-LUC MÉLENCHON, CHAMPION DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Dans les milieux de gauche français, se faire traiter de social-démocrate est considéré comme particulièrement monstrueux. À Blast, les deux chroniqueurs qui enquête sur ces crimes sont membres d'une émission mensuelle appelée Contraste. Voici leur histoire.
Et oui, on a dit vrai dans cette introduction pas du tout exagérée. Le terme social-démocrate a souvent mauvaise presse. Mais figurez-vous que ça tombe bien puisqu'on va revenir sur l'histoire et le sens de ce mot dans ce nouvel épisode de contraste.
Mais non mais hasard de dingue. Pardon ? Vous êtes ?
Je je suis François Hollande. Ah bah oui, on va parler de François Hollande en parlant de SDE. Il faut qu'on parle d'une autre personne aussi.
Allez tous ensemble. Vive la France. Raphaël Gluxman, non seulement il est très bon orateur, mais en plus il est social-démocrate.
Cet homme n'a que des qualités. Et c'est ses militants qui le disent. Ma pancarte c'est cap clair cap clair cap clair parce qu' à place publique et Raphaël Glockman on défend une ligne claire une ligne sociale démocrate.
Ouais mais c'est vraiment des SD c de SOSD. Mais au fait ça veut dire quoi SOSD ? Bah c'est tous ceux qui sont pas Mélenchon c'est écrit dans le canard enchaîné.
Parons que début 2027 il restera Mélenchon le représentant bolivarien de la République. C'est lui et un candidat social-démocrate à choisir selon toute probabilité entre Raphaël Gluxman et François Hollande. Les sondages en décideront.
Ouais. Voilà. Social-démocrate, c'est la gauche de droite quoi.
Oui, voilà, c'est ça. Bon bah, c'est cool parce que l'épisode est court puis c'est bientôt les vacances en plus. Bon, allez, je vais au parc de Miribel faire trempette.
Non mais attends, c'est pas du tout fini là hein. Bah, il nous reste plein de trucs à dire. Contextualisation historique, évolution de la signification du terme, définition.
Tu regardes un peu l'émission des fois ou non ? Mais toi, ça se voit que tu as une émission sur le travail parce que tu adores ça le travail. Non, mais elle est comme ça quoi. [musique] [musique] Qu'est-ce que la social-démocratie ?
La réponse à cette question est pas si évidente en fait. Ouais. D'un côté, dans les milieux militants, c'est un anathème.
Traiter quelqu'un de social traître ou de sauce d'Em, c'est très pratique. Oui, par exemple, comme quand quelqu'un porte des lunettes alors que c'est fabriqué par le capitalisme. Mais social-démocrate, c'est aussi une étiquette qui est revendiquée par certaines personnes.
Donc, Luxman. Moi, je pense qu'il faut une gauche de gouvernement en France, qu'il faut réveiller la social-démocratie. Hollande aussi avait validé le terme quand il était président.
Pourquoi vous ne dites pas je suis social démocrate ? socialdémocrate. La social-démocratie, ça existe en Europe.
Vous ne seriez pas seul et vous seriez très compris, très bien compris probablement. Alors, toujours peur d'être mal compris. Enfin, ceux qui ont pas compris que j'étais social déémocrate peuvent encore poser une question.
Ça donne une idée quoi. Donc social-démocrate, ce serait bien toute la gauche, mais pas Jean-Luc Mélenchon. Oui, d'ailleurs depuis quelques mois, la presse n'hésite pas à dire les socio-démocrates pour désigner la gauche non mélanchonniste.
Mais on sait toujours pas ce que ça veut dire social-démocrate du coup parce que depuis le début, le seul élément de définition qu'on a, c'est qu'ils aiment pas Mélenchon. Ce reste de la gauche, on retient d'elle qu'elle parle d'elle-même beaucoup, qu'elle parle de Mélenchon aussi beaucoup et c'est à peu près tout. Pourtant, contrairement au populisme dont on vous parlait dans la précédente vidéo, la social-démocratie, elle a une vraie définition, une vraie histoire qui est étudiée par les politistes et les historiens.
Ouais. Les chercheurs et les chercheurs sont plutôt d'accord. Par contre, ce qui s'est passé, c'est que cette définition, elle a évolué au fil du temps.
Alors, revenons au départ. D'où vient la social-démocratie ? Et bien, la social démocratie vient du même pays que les chaussettes dans les sandales, le pain de sèigles et Kitch Krig.
Oui, la social-démocratie s'est au départ surtout développée en Allemagne à la fin du 19e siècle. La notion de social-démocratie est fortement liée à un parti, le parti social-démocrate allemand SPD. Pourquoi social-démocrate est pas socialiste ? tout bonnement car dans le contexte de l'Allemagne impériale, ce parti porter des revendications sociales mais aussi démocratiques.
Donc, on parle de social démocratie parce que le SPD est né dans un contexte d'autoritarisme et ce courant politique va vite se répandre dans d'autres pays d'Europe. La 2e internationale fondée en 1889 sous l'impulsion du Parti social-démocrate allemand SPD rassemblait d'ailleurs la plupart des formations socialiste qui communiait au moins formellement dans le marxisme comme idéologie et dans l'action [musique] révolutionnaire comme stratégie de conquête du pouvoir. Alors l'action révolutionnaire pas forcément dès 1914 la social-démocratie va rassembler [musique] plein de différentes sensibilités.
D'ailleurs, c'est ce que raconte le sociologue Matthéo Alaluf dans son livre Le socialisme malade de la sociale-démocratie. [musique] Dans la social-démocratie d'avant 1914, réforme et révolution n'étaient pas antagonistes mais sans se confondre pour autant était complémentaire et alimentait une tension dynamique au sein du mouvement ouvrier. La social-démocratie prenait des réformes politiques, économiques et sociales en vue d'une transformation radicale de l'ordre social dans la perspective d'une société socialiste.
Donc avant 1914, c'est un courant qui ne se distingue pas du socialisme. [musique] C'est un courant marxiste dans lequel il y a des factions plus révolutionnaires et d'autres plus réformistes. Mais la Première Guerre mondiale va pas mal rebattre les cartes.
La gauche va se diviser sur l'attitude à adopter face à la guerre, c'est-à-dire adopter une ligne pacifiste, internationaliste au nom de la classe ouvrière ou alors participer à l'union sacrée dans le pays. Cette gauche va aussi se diviser sur l'attitude à adopter face à la révolution bolchevique. Et toutes ces divisions conduiront en France au congrès de Tour en 1920. leur partie, la SFO, va se déchirer et donner naissance au Paris communistes.
La guerre mondiale de 1914 à 1918 et la révolution bolchevique [musique] depuis 1917 ont rendu cette séparation inévitable. C'est la naissance de l'ancêtre du parti communiste, la SFIC, qui quitte la SFIO, l'ancêtre du Parti socialiste. Et c'est une sission qui n'est pas que française, hein.
Au niveau mondial, on voit apparaître la trisème internationale qui regroupe les communistes alors que les socialistes restent dans la deuxème internationale. À partir de là, la social-démocratie, c'est un terme qui va qualifier les socialistes, surtout en Allemagne et en Europe du Nord. Dans l'entre de guerre, les socio-démocrates participent à pas mal de gouvernements dans toute l'Europe avec plus ou moins de succès.
Mais ce qu'il faut retenir, c'est qu'il se réformisent. Bien sûr, les partis socialistes pensent toujours qu'ils ont une vocation révolutionnaire, mais ils ont renoncé à l'idée selon laquelle, une fois la majorité politique obtenue, le programme entier serait mis en œuvre et imposé jusqu'à la collectivisation des moyens de production qui figuraient encore dans leurs objectifs. Au fil des années et jusqu'à aujourd'hui, les socio-démocrates vont devenir de plus en plus modérés.
Ils vont abandonner le marxisme et les objectifs révolutionnaires, le tout ou moins ouvertement. On a parlé du SPD en Allemagne et ben le virage y est pris dès 1959 avec le congrès de Badgesberg. Le SPD renonce alors au marxisme et se convertit à l'économie de marché.
Il ne s'agit plus de détruire le capitalisme mais de le corriger en faisant intervenir l'État. Alors en France, c'est un peu plus compliqué. et le PS n'a jamais ouvertement renoncé au marxisme.
Alors dans les faits, c'est évident que ça fait longtemps que c'est le cas, mais encore en 2007, Jean-Christophe Cambadellis déclarer "Nous avons plutôt besoin que le PS fasse définitivement [musique] son bat de Godosberg avec un congrès d'orientation qui définisse un socialisme moderne pour une nouvelle stratégie et une nouvelle organisation." [musique] Ouais, ils se sont démarxisés en Scr et c'est marrant parce que 100 ans après le congrès de tour, on parle de socio-démocrate. Par opposition à une gauche plus radicale.
Alors que le terme socio-démocrate, bah c'était pas trop utilisé en France. On préférait parler de socialistes. C'est d'autant plus surprenant que depuis longtemps beaucoup de gens disent carrément que la social-démocratie en France ça n'existe pas.
Pourquoi ? Et bien parce qu'en France on n'aime pas passer pour des réformistes mou. C'est une des raisons pour lesquelles d'ailleurs les socialistes on n'ont pas endossé dans les années 70 [musique] le label social-démocrate parce qu'il y avait la pression du parti communiste et et a affirmer effectivement à ce moment-là une identité sociale-démocrate, ça voulait dire effectivement prendre référence sur des partis. euh le parti allemand aussi euh le parti anglais qui était des partis qui étaient qui n'étaient absolument pas marxistes et qui se refusaient évidemment à toute forme d'alliance quand c'était euh possible avec le avec le parti communiste.
Alors que malgré la sission de 1920 en France, communiste et socialiste salit depuis longtemps, ce qui était impensable dans d'autres pays. Mais alors, pourquoi est-ce que ça revient aujourd'hui ? Et qu'est-ce que ça veut dire social-démocrate ?
La social démocratie est-elle de retour ? C'est un courant pour l'instant éparpillé. Certains sont encore au PS opposant à la direction d'Olivier Fort.
Certains n'y sont pas, vous-même Raphaël Gluxman, d'autres n'y sont plus, Bernard Casneu. Mais tous emploient quasiment les mêmes mots pour désigner la même envie, celle d'une gauche antipopuliste en rupture avec les méthodes et le programme des insoumis. J'ai l'impression qu'on tourne en rond.
Décidément, c'est compliqué pour les médias et pour place publique de trouver d'autres éléments de définition à social-démocrate que c'est la rupture avec les insoumis. [musique] Bah oui, la rupture sur quoi ? Sur quelles différentes propositions ?
Sur quelle différence de vision du monde ? C'est pas compliqué. Pourtant, social-démocrate, c'est un terme qui veut dire quelque chose, qui a une définition qu'on pourrait appliquer au parti qu'on a en France.
Un des éléments de définition principaux, c'est que historiquement, les partis socio-démocrates sont liés au syndicat de travailleurs. C'est le cas du SPD de la DGB en Allemagne ou du parti travailliste en Angleterre qui a carrément été fondé par le mouvement syndical. Au fond, c'est euh une transformation sociale appuyée sur les partenaires sociaux et donc sur la démocratie économique et sociale avec un rôle très important euh donné à l'entreprise, aux branches et dans des pays comme le Danemark, euh la Suède, la social-démocratie, s'est épanoui parce que on a un taux de syndicalisation de l'ordre de 80 à 90 %.
Donc, il y a cette idée que la social-démocratie croit en la démocratie sociale et s'appuie sur des syndicats. Le PS français n'a jamais vraiment eu de lien fort et organique avec un syndicat. Et on parle même pas de place publique, hein.
Le MEDDF, ça compte pas les gars. Ah non, on a des syndicats de travailleurs. Donc ça, c'est le premier élément qui fait dire à certaines personnes que la social-démocratie en France n'existe pas.
C'est cette absence de lien organique entre les partis de gauche réformistes et le monde syndical. Et il y a une 2è tendance qui a été euh euh de penser que l'État et l'État seul pouvaient régler les grandes question de la répartition, du partage du pouvoir et des avancées sociales et de ne pas euh faire suffisamment confiance au aux partenaires qui pourtant sont ceux qui dans l'entreprise arrivent à trouver des compromis. Là, c'est vraiment le modèle social-démocrate de l'Allemagne, des Pays-Bas ou encore de la Suède.
Le fait de laisser place à la négociation entre salariés et patronat sans intervention étatique. C'est ce qu'expliquait l'ancien conseiller de Pierre Morois, Jean-Pierre Olvade, dans un débat entre vieux socialistes. L'État [musique] accepte de dire "Moi, État, je ne m'occupe plus ni du dialogue social à l'extérieur de la fonction publique, ni du fonctionnement de l'économie.
Tous les accords économiques et sociaux, c'est votre affaire. Représentant des entreprises et représentants des salariés. à vous de construire un capitalisme de codécision ou de cogestion.
Donc on résume, au départ, le terme social-démocrate se confondait avec le terme socialiste. C'était une façon de désigner la gauche, notamment en Allemagne. Ensuite, ça a évolué vers davantage de réformisme et assez tôt hein, dès le début du 20e siècle suite à la rupture avec les communistes.
Le terme social déémocratie a fini par désigner un certain mode de gouvernement. en l'occurrence, un gouvernement de partis qui ont des liens forts avec des syndicats de salariés et qui laissent la place à ce qu'on appelle la démocratie sociale. Oui, c'est la négociation entre patronat et salariés, mais pas que hein, pas seulement.
Alors même que nous aurions avantage à faire surgir au cœur de la société par par de multiples moyens, pas simplement à travers les les partenaires sociaux, mais aussi les concertations citoyennes, les consultations et cetera, les revendications qui pourraient ou les propositions qui pourraient permettre de faire avancer le pays. Là, on est véritablement sur un modèle de compromis de classe plutôt que sur un modèle de lutte des classes. Matthéo Alaluf parle d'un compromis social-démocrate basé sur une triple transaction entre salarié et syndicat, syndicat et parti, syndicat et patronat.
En échange de la discipline dans la production et de la paix sociale, les employeurs acceptent de partager les fruits de l'accroissement de la productivité, de lier les salaires au coût de la vie et d'assurer une sécurité de l'emploi. Bon, il y a plus vraiment beaucoup d'endroits où cette transaction est vraie et je sais même pas si elle a été vraie un jour. En tout cas, ce qu'on peut dire, c'est que le terme social déémocrate désigne largement un courant de gauche réformiste et basé sur le compromis.
Alors, est-ce que quand Hollande et les militants de place publique disent on défend une ligne claire, une ligne sociale-démocrate, ça veut vraiment dire qu'ils sont so-démocrates. C'est vrai que sur le papier, c'est les descendants très lointains de cette famille politique d'abord révolutionnaire qui s'est séparé des communistes et qui est devenu de plus en plus réformiste au fil des ans. Mais désigné comme social-démocrate tout parti qui serait issu de cette tradition historique, bah on trouve que c'est pas satisfaisant et ça pour plusieurs raisons.
Déjà, tous les partis représentés à l'Assemblée nationale aujourd'hui à gauche font maintenant partie de cette famille réformiste. Ils peuvent être plus ou moins radicaux, mais aucune formation n'a pour objectif la socialisation des moyens de production ou le renversement total du capitalisme. Et il y a longtemps que le Parti communiste français n'a plus cette ligne là.
Avant, on disait la dictature du prolétariat. On ce sont des choses que nous avons complètement abandonné au contraire. Et ensuite désigner comme social-démocrate tout ce qui s'oppose à la France insoumise, bah ça c'est pas un programme politique.
Il y a pas de substance, il y a pas de base idéologique ou en tout cas c'est très fluctuant de Rosa Luxembourg à Raphaël Guxman. C'est pour ça qu'il serait plus intéressant de se tourner vers une définition plus idéologique de la social-démocratie, celle d'une social-démocratie avec des caractéristiques politiques : réformisme, volonté de conciliation entre les classes sociales, protection de la classe ouvrière contre les excès du capitalisme ou encore lien étroit avec le monde syndical. Comme le résume Alain Bergoû et Bernard Manin dans leur ouvrage, le régime social-démocrate.
La social-démocratie apparaît ainsi non pas comme une politique mais comme une forme de gouvernement. Celle-ci repose d'une part sur une structure organisationnelle qui fournit le cadre à l'intérieur duquel les individus agissent. L'unité et la centralisation des syndicats, leur association à la décision politique, soit par l'intermédiaire de leur lien avec le parti, soit au sein d'instances publiques de concertation et d'autre part sur un ensemble de valeurs et de croyances qui font agir les individus.
Le sens de la solidarité au sein d'une classe sociale, la prise en compte des intérêts de l'adversaire, la modération volontaire. Le problème avec cette définition, c'est qu'elle ne correspond à rien qui existe ou même qui est existé en France. On vous l'a dit, le PS n'a jamais été lié à un syndicat, mais plus largement, il y a pas eu de grand parti social-démocrate lié à un syndicat dans toute l'histoire de notre pays.
Globalement, la France, c'est pas un pays de syndicalisme de masse. De toute façon, aujourd'hui, on est entre 8 et 10 % de taux de syndicalisation et même si ce taux était beaucoup plus élevé avant, il n'a jamais été majoritaire. Oui.
Alors que dans les pays scandinaves, on dépasse largement les 60 voire 70 % encore aujourd'hui. On peut en effet parler de la Belgique et des pays scandinaves, hein. Toute une série de droits sociaux, y compris donc de de droits au chômage, à la formation et cetera, euh passe par les organisations syndicales.
Donc ça explique pourquoi vous pouvez avoir des taux de syndicalisation de 80 85 %. Parce queen effet si vous n'êtes pas adhérent du syndicat ben vous pouvez passer à côté de toute une série de droits sociaux essentiel. C'est aussi vrai pour les négociations.
En France quand un syndicat négocie un accord celui-ci s'applique à tous les salariés syndiqués ou non. Il y a plein de pays dans lequels quand le syndicat négocie et ben ce n'est valable que pour les personnes syndiquées. Ce qui explique par exemple que malgré un taux de syndicalisation faible, la France est un des pays où les travailleurs sont le plus couverts par des accords syndicaux.
Le Danemark avec ses plus de 67,4 % de syndicés n'a que 80 % de couverture syndicale alors que ce chiffre monte à 90 % en France avec un taux de syndic faible. Ce modèle dans lequel il faut adhérer à une organisation syndicale pour avoir certains droits, ce modèle dans lequel il faut adhérer pour avoir accès aux dispositions des conventions collective, il est directement lié à une histoire de gouvernement social-démocrate dans ces pays. L'État ne se mêle pas des négociations, c'est l'affaire des syndicats d'employés et d'employeurs.
Parce que les partis politiques socio-démocrates qui ont exercé le pouvoir étaient très proches de syndicat. Le seul exemple qu'on a d'un lien fort entre un syndicat de travailleur et un parti en France, c'est la CGT et le parti communiste. Donc un parti historiquement qui n'est pas social-démocrate, qui n'a jamais gouverné seul et un syndicat qui historiquement croit plus dans le rapport de force que dans la négociation.
Au début du 20e siècle, la toute jeune CGT est dominée par les syndicalistes révolutionnaires. Pour eux, le syndicat a une double besogne. En plus de mener l'œuvre revendicatrice quotidienne, il doit s'évuer, à renverser le capitalisme, c'est-à-dire mener la révolution.
La tâche révolutionnaire ne peut être déléguée aux partis politiques. C'est dans la CGT que l'on trouve le plus clairement exprimé cette idéologie millénariste. Il faut se préparer au grand mouvement social en tenant bon sur une ligne de classe d'opposition résolue au système. [musique] Toute concession ne fait que retarder le moment.
Le syndicaliste n'a pas à résoudre les problèmes. Au contraire, il doit aider les contradictions à mûir et à éclater. Tout ça pour dire que la social-démocratie au sens strict, telle qu'elle s'est constituée en Allemagne et en Europe du Nord, bah effectivement en France, on connaît pas trop.
En fait, ce qu'on a, c'est que c'est des gens qui se sont réappropriés le terme social-démocrate pour se distinguer et ça ça brouille les pistes. Mais dans ce cas, est-ce qu'on peut vraiment qualifier Gluxman et Hollande de socio-démocrate ? Et ben Jean-Luc, il dit que non.
Vous savez, le mot social-démocrate, faut pas en abuser non plus. François Holland n'est pas social-démocrate parce que dans la social-démocratie, il y a euh on partage les richesses, hein. Il y a une négociation.
Les syndicats ouvriers prennent, les syndicats patronaux prennent, on se partage les richesses. Là, il y a pas de partage, c'est tout pour les mêmes. Mélenchon, dans cet extrait, il insiste sur un des aspects de la social-démocratie qui est de permettre une meilleure redistribution des richesses par la négociation.
Si on laisse tomber les liens entre les partis et les syndicats et qu'on définit social-démocratie uniquement comme un parti qui aurait pour objectif de permettre une meilleure répartition des richesses avec des outils de négociation, tout en étant réformiste et en ne voulant pas faire tomber le capitalisme, bah ça ça correspond plus à Lfi. Mais est-ce qu'on est encore dans la social-démocratie ? Parce qu'à partir de ce moment-là, on peut juste prendre les caractéristiques qui nous arrangent.
C'est pas satisfaisant non plus comme définition. Ce qu'on peut faire en revanche, c'est des rapprochements, chercher des points communs avec des caractéristiques de la sociale-démocratie. Il [musique] y a un autre aspect de la social-démocratie dont on vous a pas parlé, c'est l'interventionnisme économique.
Comme le résume Aluf dans son bouquin pour les sociaux-démocrates, de l'après-gerre jusqu'aux années 70, l'État avait été le moyen et la politique kénésienne l'instrument privilégié de la social-démocratie. Politique kénésienne, c'est-à-dire en très résumé des politiques de relance économique. Donc c'est un modèle dans lequel l'État n'intervient pas dans les négociations syndicales, mais il intervient dans l'économie.
Ben voilà, là on a des vrais éléments de définition, pas juste Mélenchon, il est méchants. Alors, vous allez retrouver le volet qui euh est euh la relance par le carnet de commande. Ce que nous offrons pour le compromis social, c'est de la prévisibilité, de la visibilité parce que nous sommes le mouvement de la planification, compromis social, planification.
On s'en rapproche et on peut le distinguer d'autres mouvements qui tout en prenant une politique sociale croient dans le libre marché et dans la politique de l'offre. Et pour ces mouvements-là, on parlera plutôt de social libéralisme. Nous avons désigné par social libéralisme l'abandon par les socialistes du marxo kénésianisme et leur conversion au néolibéralisme.
Les sociolibéraux prennent la nécessité d'une économie de marché et critiquent l'organisation étatique de l'économie. D'après à l'aluf, le social libéralisme a aussi une composante anti-autoritaire parce qu'il prome le libéralisme politique. On vous en parlait dans notre vidéo sur l'illibéralisme.
D'ailleurs, désabonnez-vous de Blast et désactivez la cloche si vous voulez rater toutes nos vidéos. C'est de la psychologie inversée. Ah sur cette question du libéralisme politique, ça interroge nos institutions parce qu'en France, on a une pratique du pouvoir assez vertical et ça ça vient heurter les définitions qu'on pourrait avoir du social libéralisme ou même de la socied démocratie.
Ah oui, il suffit de se pencher sur l'exercice du pouvoir de Macron he qui a parfois été qualifié de social libéral alors que bon Macron et le social. Emmanuel Macron, vous leur accordez pas le label de social libéralisme ? Je ne pense pas. et notamment quand on regarde euh alors on pourrait dire qu'en matière économique euh Emmanuel Macron a été plutôt libéral mais si on regarde son mode d'exercice du pouvoir, il est pas du tout social-démocrate.
Vous l'avez rappelé, la social-démocratie c'est le fait de trouver des compromis avec la société civile, de décentraliser. On a rarement eu un pouvoir qui était aussi centralisé et et un côté vraiment même bon appartiste. Mais pourquoi cet exercice du pouvoir serait différent avec n'importe quel parti de gauche qui se réclame de la social-démocratie sans pour autant prener un changement des institutions ?
Bah, ça donne Hollande en fait. Et je prends conscience qu'un hommage donc m'est rendu. Il était temps.
Euh dans les conditions actuelles, une ligne sociale-démocrate ou même sociale libérale paraît incompatible avec la verticalité du pouvoir dans notre pays ainsi qu'avec la faiblesse des corps intermédiaires. Notre système est incompatible avec l'idée qu'il faut laisser de la place aux citoyens et à la négociation. Après, oui, certains ont fait semblant en organisant des conventions citoyennes.
J'ai 150 citoyens, je les respecte comme des parlementaires, mais je vais pas dire parce que ces 150 citoyens ont écrit un truc, c'est la Bible ou le Coran ou que sais-je. La politique d'Emmanuel Macron pourrait plutôt la désigner comme du néolibéralisme autoritaire, une politique dans laquelle l'État intervient mais pour favoriser les intérêts des plus aisés. Et oui, contrairement aux idées reçues, l'intervention de l'État est centrale dans la doctrine néolibérale.
Ce sera peut-être le sujet d'une prochaine vidéo, peut-être pas. Peut-être que c'est de la psychologie inversée, on sait pas. Alors, la social-démocratie, est-ce qu'elle est vraiment introuvable en France ?
Si on décide que ça désigne juste des gens qui se disent de gauche, mais entier et les filles, bon bah c'est pas introuvable. Si on politise un peu la définition, qu'on porte dessus un regard historique et qu'on estime que la social-démocratie, c'est un modèle de compromis social avec les syndicats et les partis politiques et qui est basé sur l'interventionnisme dans l'économie, bah avec ça, on a du mal à trouver un équivalent en France. C'est lié à la faiblesse historique du taux de syndicalisation dans notre pays, à l'absence de tournants réformistes assumés par nos partis politiques de gauche et à nos institutions qui favorisent la verticalité du pouvoir au détriment des corps intermédiaires.
Hollande donne une définition de la social-démocratie plutôt juste dans les extraits de LCP qu'on vous a montré. On voit qu'il sait ce que c'est, qu'il a un peu une culture historique mais ça correspond pas vraiment à ce qu'il a fait pendant son mandat. Mélenchon aussi, il sait ce que c'est que la social-démocratie.
Par contre, je ne pense pas qu'il voudra s'en réclamer ouvertement parce que le mot est connoté négativement, trop lié au renoncement de la gauche depuis le siècle dernier. Le choix est le suivant : soit social-démocrate, c'est simplement une insulte entre militants ou à l'inverse un moyen de se positionner contre Mélenchon et à ce moment-là, ça n'a pas grand intérêt ou alors c'est un vrai courant politique majeur historiquement qui a un vrai contenu politique et duquel on peut se réclamer clairement. Mais encore faut-il savoir de quoi on parle.
Bon, alors les SOSD, comme ça on veut plus socialiser les moyens de production, mais ce que vous pouvez faire c'est socialiser une partie de votre argent pour l'envoyer à Blast. Bien sûr, on prend l'argent de tout le monde. N'hésitez pas, on en fera bon usage et comme ça quoi. [rires] Pourquoi il rigole ?
Mais la Première Guerre mondiale va pastre pas mattre rabattre les cartes. Et c'est marrant parce que j'ai oublié plus de 100 ans après le congrès de tour. [rires] [musique]
Jean-Luc Mélenchon