Macron : une majorité...et des opposants #cdanslair 19.06.21017
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:11OuverteRéponse directe
Qu'attendez-vous des questions des téléspectateurs pour alimenter la discussion ?
- 0:16OuverteRéponse partielle
Emmanuel Macron a obtenu une majorité absolue. Comment analysez-vous ce résultat ?
- 1:57RelanceRéponse partielle
Pourquoi cette victoire est-elle qualifiée d'inattendue malgré le triomphe annoncé ?
- 3:16RelanceRéponse directe
Cette abstention massive est-elle un phénomène récent ou une tendance de fond ?
- 5:22OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous l'abstention record chez les jeunes (72% des 18-25 ans) ?
- 6:50RelanceRéponse partielle
Comment gérer une victoire avec une telle abstention ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42PrésentateurChiffre
« Près de 6 Français sur 10 ne se sont pas déplacés pour voter. »
- 2:29InvitéChiffre
« Vous avez plus de 29 millions de Français qui se sont abstenus, ont voté blanc ou ont voté nul. »
- 5:00PrésentateurChiffre
« 72% des 18-25 ans n'ont pas voté. »
- 10:49PrésentateurChiffre
« 75% de l'hémicycle est renouvelé. »
- 11:52PrésentateurChiffre
« 223 femmes siégeront contre 155 il y a 5 ans, un record absolu. »
- 14:03PrésentateurFait
« Les six ministres du gouvernement Macron ont tous été élus. »
- 34:44InvitéChiffre
« Saïda Hamada l'emporte avec 58% des voix. »
- 37:03InvitéFait
« il faut s'efforcer en effet que des gens qui sont en effet en bas de l'échelle sociale, qui sont dans ces quartiers où il y a beaucoup de minorités visibles, puissent rentrer dans le jeu politique. »
- 38:57PrésentateurChiffre
« Vous aviez un Français sur deux qui vous disait indifférent si le Parti socialiste est laminé, si les LR sont laminés, si la France insoumise est laminée. »
- 39:29PrésentateurFait
« et la droite traditionnelle et la gauche traditionnelle provisoirement peut-être sortent du jeu. Ils n'ont plus rien à dire. »
- 40:49PrésentateurFait
« Benoît Hamon est allé soutenir la candidate opposée à Manuel Valls. »
- 41:58PrésentateurFait
« c'est pire qu'en 1993. »
- 45:00PrésentateurFait
« vous avez quand même un rééquilibrage qui est plus que sensible. »
- 47:05InvitéPromesse
« je ne compte pas de faire de la politique mon métier. »
- 50:25PrésentateurFait
« une majorité plus que confortable, oui, mais pas aussi écrasante. »
- 50:40PrésentateurFait
« le blocage de l'usine GMS, menacée de liquidation dans la circonscription. »
- 52:11PrésentateurFait
« Quand vous commencez à être élu et que vous êtes un professionnel de la politique vous devez quand même beaucoup de choses au parti. »
Temps de parole
- Présentateur66 %
- Invité21 %
- ?4 %
- Invité 23 %
- Invité 32 %
≈ 26 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonsoir
à toutes et à tous. Nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Ça, c'est fait. Emmanuel Macron a coché la dernière case de sa fulgurante ascension. Une majorité absolue, renouvelée, féminisée, rajeunie, qui va faire son entrée au Parlement. 350 députés, dont 42 pour l'allié du Modem, une droite qui résiste mais qui va avoir fort à faire avec les batailles internes et des socialistes qui doivent se réinventer. Et dans son beau dimanche électoral, une ombre au tableau pour le président de la République. Près de 6 Français sur 10 ne se sont pas déplacés pour voter. Chacun y voit ce qu'il veut, une lassitude ou une bombe à retardement.
C'est la deuxième option que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont retenue. Ils rêvent maintenant l'un et l'autre de chaque côté de l'hémicycle, d'incarner le nouveau visage de l'opposition. Macron, une majorité et des opposants.
C
'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Pascal Perrineau. Vous êtes politologue, professeur à Sciences Po, spécialiste de la sociologie électorale en France et en Europe. Et vous venez de publier cette France de gauche qui vote FN aux éditions du Seuil. Raphaël Baquet,
vous
êtes grand reporter au journal Le Monde. À la une de votre journal aujourd'hui, Législative, le pari réussi de Macron. Karl Mayus, vous êtes rédacteur en chef au Figaro Magazine. En une cette semaine, Emmanuel Macron. Et cette question, les pleins pouvoirs. Citons votre ouvrage sur François Hollande, le président du temps perdu, publié aux éditions Stock. Enfin, Brice Teinturier, vous êtes directeur général délégué de l'Institut de sondage Ipsos. Vous enseignez par ailleurs à Sciences Po Paris. Citons votre dernier ouvrage publié chez Robert Laffont. Plus rien à faire, plus rien à foutre. La vraie crise de la démocratie. Bonsoir à tous les quatre.
Merci de participer à ce C dans l'air en direct. C'est le dernier acte, je le disais, de cette folle campagne. Et là encore, on a eu une surprise quand même avant le clap de fin. On attendait le triomphe d'Emmanuel Macron. Il y a une belle victoire. Mais ça reste quand même quelque chose d'assez inattendu. Il s'est passé des choses entre ces deux tours.
Il s
'est
passé beaucoup de choses entre les deux tours. Même si le premier tour annonçait la fièvre abstentionniste. Mais une fièvre abstentionniste à ce niveau, ça a surpris les meilleurs observateurs. Et du premier au second tour, ça s'amplifie, ça s'approfondit. Ça s'accompagne d'une explosion des blancs et nuls. Réfléchissez sur un corps de 47 millions d'électeurs. Vous avez plus de 29 millions de Français qui se sont abstenus, ont voté blanc ou ont voté nul. Et donc ceux qui ont décidé hier de la majorité, de la belle majorité, de la République en marche, c'est 18 millions de Français.
C
'est-à-dire 10 millions de moins que ceux qui ont choisi de rester chez eux ou de voter blanc ou nul. Cela montre l'ampleur de ce qu'il faut bien appeler le divorce entre le pays légal, c'est-à-dire l'institution représentative qu
'est
l'Assemblée nationale, et le pays réel. Le pays réel est
dans
une attente, au mieux, dans une grogne silencieuse, au pire, qui est massive. Le phénomène n'est pas marginal du
tout.
Ce qui est étonnant, c'est que ça vous
surprenne,
Pascal Perrineau. Ça fait des années qu'on constate cette fracture-là entre une partie des Français et la politique. Là, c'est spectaculaire, c'est ça qu'il faut comprendre.
Oui,
c'est spectaculaire. Mais ce qui est surprenant, c'est qu'il y avait une analyse, et il y a une analyse qui consiste à dire
«
La République en marche », c
'est
le retour de l'optimisme. Les Français, attention, attention, certains Français reviennent à l'optimisme, envisagent l'avenir avec plus d'optimisme, mais une majorité de Français, j'allais dire, est sur le bord du fleuve, et regarde le fleuve de l'optimisme s'écouler. Mais eux ne sont pas dans le bain. Ils sont dans une attente, et pour certains dans une grogne. Ce qui a expliqué aussi, pour ceux qui s'expriment, que du premier au second tour, il y
a
un mouvement tout même de rectification. On a eu des surprises hier. Ça n'est pas un raz-de-marée. On avait eu sous la cinquième raz-de-marée. C'était en 1993. Le RPR et l'IDF avaient connu un véritable raz-de-marée. Là, on est dans une victoire, comme la gauche en avait connu une en 1981, la droite en 1968. Mais on n'est pas dans un raz-de-marée. Ça doit modérer parfois le regard extrêmement optimiste que certains portent sur ce qui est en train de se passer
en
France. Oui, ce qu
'on
voit bien, c'est qu'effectivement, Emmanuel Macron a une majorité absolue, indéniable. Mais c'est une victoire relative à cause de cette abstention très importante, qui effectivement est inquiétante parce qu'elle touche aussi, elle montre aussi, parce qu'elle l
'a
dit, mais plus précisément, quand même, le divorce ou la désaffection, la méfiance vraiment prononcée de certaines catégories particulières. Les catégories populaires, on le voit bien, sont celles qui se sont vraiment massivement obtenues. Les jeunes, 72% des 18-25 ans n'ont pas voté. Donc ça, c'est vraiment, évidemment, extrêmement inquiétant. Ils n'ont pas voté alors que, justement, d'abord, il y avait plusieurs candidats, quels que soient les partis, qui présentaient justement des candidats plus jeunes, plus nouveaux. Et ils n'ont pas, on voit bien qu'il y a un vrai divorce entre ces jeunes et leurs élus potentiels. Brice Centurier. Moi, je ne
peux
pas dire que ça m'est extraordinairement surpris. J'ai quand même essayé de faire un livre sur cette distance incommensurable entre les Français et la politique. Donc c'est la confirmation amplifiée. Je ne m'attendais pas, malgré tout, à ce qu'on ait un tel niveau. Mais je crois que ça fait longtemps qu'on raisonne sur l'abstention et sur ce qui se passe dans ce pays en se trompant fondamentalement, en plaquant sur le pays, ce qui sont des lunettes des commentateurs passionnés de politique et qui s'imaginent que leur propre passion de politique est partagée par énormément de Français. Et on a énormément d'indices qui nous montrent le contraire. Et donc, ce n
'est
pas simplement un changement quantitatif. On est là toujours à citer les mêmes chiffres auprès des jeunes, auprès des catégories populaires. Et élection après élection, on dit qu
'il
y en a encore plus que la fois d'avant. C'est un changement total de paradigme. C'est le rapport à la démocratie, c'est le rapport à la politique qui a changé. Ils se disent tout simplement que ce n'est pas là que les choses importantes se jouent. Et quand vous avez dit ça, vous êtes dans un autre univers. Parce que du coup, la question, c'est qu'est-ce qui se joue sur la scène électorale et qu'est-ce qui se joue et comment ailleurs ? Et ce qui est intéressant, c'est que je vous interroge sur ce résultat, qui est quand même, après le parcours qu'il a eu, le clap de fin d'une folle ascension d'Emmanuel Macron.
Et en commentateur politique que vous êtes, en politologue, sondeur, ce que vous retenez, c'est ce chiffre de l'abstention. Ça veut dire que... Non, mais c'est intéressant parce qu'encore une fois, sur ce plateau, on a souvent dit tout ça. Et puis en général, une semaine après le vote, on oublie et on reprend les choses comme avant. Est-ce qu'on pourra se contenter de faire ça cette fois-ci ? C'est ça la question. Mais en même temps, je crois que la difficulté et l'intérêt de cette élection, c'est qu'il faut retenir à la fois l'abstention et puis aussi ce qui s'est passé sur les partis traditionnels.
C'est une très nette victoire malgré tout pour La République En Marche et c'est une déroute pour le Parti socialiste et ses alliés, bien entendu, mais également pour la droite traditionnelle qui s'est ressaisie.
Il
y a eu des choses entre deux tours extrêmement intéressantes et importantes, mais à l'arrivée malgré tout, c'est pire qu'en 1981 pour la droite traditionnelle. Donc moi, ce qu'il me semble, c'est que le trait d'union entre l'abstention et la faillite des partis traditionnels, c'est ce caractère fondamentalement nouveau que les Français veulent impulser. Mais avec distance, avec vigilance, sans s'impliquer ou se passionner non plus pour la scène électorale. Oui, parce que ce qui est important, c'est qu'on voit bien que depuis hier, chacun fait son interprétation de cette abstention.
Jean-Luc Mélenchon considère que c'est presque une abstention militante et que c'est là une espèce de bombe à retardement, de colère. Il a une formule que j'ai oubliée à l'instant, mais assez élégante, pour expliquer que c'est même une force politique qui est en train de se lever derrière ce qui ressemble à un désintérêt. Carmeus, c'est une utilisation politique ? Oui, très nettement.
Il parle de
grève générale civique. Oui, il oublie que dans sa circonscription, l'abstention a été plus élevée que la moyenne. Donc, il ne s'applique pas à lui-même ce qu'il applique à la majorité. Non, il y
a
un paradoxe,
c
'est qu'au fond, cette majorité est très imposante et elle est le produit d'une élection où il n'y a jamais eu aussi peu d'électeurs. Donc là, il y a un petit paradoxe qu'il faut quand même relever. Mais ensuite, il faut quand même reprendre le curseur, peut-être pas
en
le plaçant la semaine dernière, où il y avait ces projections qui donnaient 400 et peut-être plus de sièges. Mais il y a un an, il y a un an, En Marche existait à peine. Il a été créé en avril 2016. Il y a un an, Emmanuel Macron n'avait pas encore tenu ce meeting, ce premier meeting où il défiait le chef de l'État le 12 juillet à la mutualité de Paris qui allait lancer son mouvement, sa campagne électorale. À ce moment-là, tout le monde disait, bon,
ça
ne marchera pas. Dans les sondages, c'était le candidat qui serait désigné par la primaire de la droite et du centre qui rentrerait à l'Élysée. Donc non, voilà, c'est pour ça qu'il faut peut-être pas non plus totalement sous-estimer. C'est un peu paradoxal aussi que ce soit moi qui le dise, mais c'est la réalité. Il y a 308 candidats et députés en marche qui seront à l'Assemblée à partir de demain.
C
'est historique.
Et avec des profils
très singuliers où on a sorti les sortants, mais avant de les sectionner pour les investitures. C'est ça aussi qui donne quelque chose de singulier à cette victoire ? Complètement. Il y
a
des profils complètement différents. Des gens qui étaient pour certains d'anciens socialistes, d'autres qui étaient d'anciens attachés par l'entraînement, et beaucoup de nouveaux qui n'ont aucune expérience. Alors depuis hier, les Français découvrent justement ces nouveaux profils des femmes, des jeunes, des chefs d'entreprise, des cadres parfois venus du privé, mais aussi des pros de la politique passée de l'ombre à la lumière. 308 députés de la République en marche et 42 du modem qui vont prendre les rênes de l'Assemblée nationale. C'est un peu moins que prévu en raison de la remobilisation de la droite.
Il faudra aussi compter avec deux opposants, c'est sûr, qui seront très visibles, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pas de quoi inquiéter en tout cas le Premier ministre qui savourait hier soir cet heureux épilogue Gladys Laffitte.
Il
y a un an, personne n'aurait imaginé un tel renouvellement politique.
Nous
le devons à la volonté du Président de la République de donner un nouveau souffle
à
notre démocratie.
Nous
le devons aussi aux Français
qui
ont voulu donner à la représentation nationale un nouveau visage. Paris gagné pour Emmanuel Macron. Sa majorité à l'Assemblée nationale est absolue.
La
vague violette de la République en marche a recouvert la France rose de 2012 et balayé les députés sortants. 75% de l'hémicycle est renouvelé.
La
majorité dispose de 350 sièges, dont 42 pour le modem, moins qu'annoncé. La gauche radicale obtient 27 sièges, le PS et ses alliés 44. Plus de députés que prévus pour le Front national. 8 vont faire leur entrée. La première force d'opposition reste la droite, qui remporte 137 sièges et limite la casse.
Il appartiendra à ce groupe, dans le respect
du nouveau pouvoir exécutif, de faire entendre nos différences avec En Marche, notamment sur le plan fiscal.
Face
à cet échec sans précédent, le premier secrétaire de l'autre parti de gouvernement, le parti socialiste, démissionne.
Je
prends cette décision
sans
amertume ni colère. Conscient de mon devoir et du moment crucial que traverse la gauche,
j
'assume simplement,
tranquillement, ma
part de responsabilité.
L
'hémicycle se rajeunit, 6 ans plus jeunes en moyenne, et se féminise. 223 femmes siégeront contre 155 il y a 5 ans, un record absolu. Le plus jeune député a 23 ans, Ludovic Page au Front national, le doyen Les Républicains Bernard Brochand a 79 ans.
Ce
qui frappe, c'est l'augmentation du nombre de cadres dans cette nouvelle Assemblée. De 134 à 180, presque 60% issus du privé, le nombre de chefs d'entreprise a lui été multiplié par 2.
Mais
le renouvellement a parfois des airs de déjà-vu. Marine Le Pen fait son entrée pour la première fois à l'Assemblée nationale. Et avec le sourire, elle dit être désormais la seule force de résistance.
L
'abstention massive fragilise considérablement la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale. Et ce quinquennat débute sur de bien mauvaises bases.
Car
à la faiblesse de la participation s'ajoute celle gravissime de la représentativité de la Chambre élue ce soir.
Même
position pour Jean-Luc Mélenchon, lui aussi nouvel arrivant, malgré la création d'un groupe parlementaire pour la France insoumise.
Cette
majorité boursouflée
qui
est constituée à l'Assemblée nationale
n
'a pas à nos yeux
la
légitimité à supposer qu'une quelconque n'en est jamais.
Dans
le groupe des insoumis arrive François Ruffin, journaliste connu pour son engagement contre la finance, élu dans la Somme. Il promet d'être un député à l'écoute de ses électeurs.
J
'ai proposé trois lois à mes électeurs que je m'appliquerai à moi-même pour montrer qu'on pouvait faire de la politique différemment, me payer au SMIC, ensuite avoir un mandat révocable. Si 25% des inscrits de ma circonscription souhaitent que je dégage, je m'en vais. La troisième chose,
c
'est que je ferai gérer mes réserves parlementaires, c'est-à-dire 140 000 euros par an, par un jury populaire tiré au sort. Élu lui aussi, mais de justesse, à 139 voix près, l'ancien Premier ministre Manuel Valls, mais son opposante de la France insoumise ne l'entend pas de cette oreille. Le soupçonne de tricherie,
elle
compte déposer un recours.
Les
six ministres du gouvernement Macron ont tous été élus, condition sine qua non à leur maintien en poste. Le remaniement annoncé, comme il est d'usage, ne devrait donc pas connaître de grands changements, toujours menés a priori par l'actuel Premier ministre Edouard Philippe.
Et
nous reprenons notre discussion avec cette question. La gouvernance ne sera-t-elle pas plus compliquée que prévue avec une opposition très déterminée
? Non,
je ne crois pas. Tout de même, c'est une bonne nouvelle, une telle majorité.
Pour
les mois à venir, c'est confortable. À moins que peu à peu, la dissidence s'installe dans le groupe majoritaire. Mais pour la gouvernance, c'est une bonne nouvelle. On le voit tout de suite. Le président a décidé de réformer le Code du Travail par des ordonnances. Voilà, ce groupe parlementaire va voter une loi d'habilitation pour que le gouvernement puisse procédérer par ordonnance. Et c'est d'une certaine manière le premier acte qu'on va demander à cette assemblée, c
'est
de se déposséder de son pouvoir législatif. Et je crois que ça passera à peu près sans aucun problème. Donc c'est une bonne nouvelle. Le problème, c'est au contraire de maîtriser cette victoire à l'heure où une majorité du corps électoral ne participe pas à cette victoire.
Mais comment on fait pour maîtriser une victoire
? Je crois qu'il faut d'abord, pour les gouvernants, qu'ils parlent à l'autre France. On voit bien qu'il y a une autre France que cette France que l'on décrivait encore comme celle de l'ouverture de la mondialisation heureuse. Il y a une autre France. Il y a urgence pour le Premier ministre, pour les ministres, pour le président de la République de parler à cette autre France et de prendre des mesures significatives pour cette autre France. Je vois par exemple que le président de
la
République va aller à Bruxelles avec dans son bagage des réformes qui devraient être assez vigoureuses, qu'il va proposer à ses partenaires européens sur la question des travailleurs détachés. Pour cette autre France, la question des travailleurs détachés, ce n
'est
pas du bavardage, c'est une réalité du quotidien. Et donc il faudra envoyer pas simplement des mots, mais prendre des mesures. Et puis le reste, il faudra aussi entendre les contrepoids. Et là, vous avez un contrepoids dans le dispositif institutionnel, c'est le Sénat. –
Ça veut dire que les voix fortes qu'on va entendre, qu'on a déjà entendues depuis hier soir, celles de Jean-Luc Mélenchon, celles de Marine Le Pen, il y en a d'autres, y compris au sein de la France insoumise, où ils ont décidé justement de dire « Nous, on parle au nom de cette France-là ». Ça, ça peut rendre les choses compliquées ou pas ? – Ils vont essayer de faire entendre quelque chose qui n'est pas à l'Assemblée, qui est tout simplement le peuple dans la dimension populaire. C'est-à
-dire
qu'on a un électorat de la République en marche, qui est un électorat faiblement populaire, qui est dominant. On a une droite qui n'a pas non plus drainé des suffrages populaires. Donc les leaders un peu tonitruands qu'on va avoir, avec des oppositions émiettées, qui sont quand même présentes, mais totalement émiettées. Mais le point commun de ces oppositions et de ces leaders, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par d'autres, les Corbières, les Ruffins que vous avez montrés, ça va être d'essayer de faire entendre de manière beaucoup plus puissante que cela ne correspond à leur force effective, cette voix du peuple qu'ils prétendent représenter.
Et effectivement, elle est absente quand on regarde les électorats. Et c'est ça la vraie fragilité, moi je crois, d'Emmanuel Macron. C'est pas le niveau d'abstention. Le niveau d'abstention, c'est ce qui révèle quelque chose. La vraie fragilité, c'est la faiblesse du vote populaire. Donc il va y avoir, effectivement, Mélenchon, Ruffin ou Marine Le Pen trouveront à l'Assemblée une chambre d'écho. Mais en même temps, ils sont très minoritaires. Donc ils ne vont pas pouvoir agir. Et donc effectivement, s'il n'y a que la protestation sans que le gouvernement, lui, s'adresse à cette France-là, là on va vers une crise grave et des incidents possibles, et en tout cas des manifestations de rue.
Donc il faut que, bien sûr, cette opposition s'exprime, mais il faut qu'il y ait un relais et une prise en compte dans l'exécutif même. On a choisi d'intituler cette émission une majorité et des opposants. On a parlé de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen. Est-ce qu'il y en a d'autres ? On a expliqué depuis hier soir qu'au final, il y avait eu un reflux, une remobilisation de l'électorat de droite entre ces deux tours. Est-ce qu'avec le groupe qu'elle va pouvoir former à l'Assemblée, la droite, le parti Les Républicains, peut se faire entendre
? Parce
qu'on va préciser qu'il pourrait être entendu, il faut aussi qu
'il
y
ait
une incarnation et des gens qui parlent. Et là, qui seront les fortes têtes de la
droite
? Il
y a un
présupposé qui ne sera peut-être pas d'actualité d'ici mercredi, c'est qu'il n
'y
a qu'un seul groupe. C'est ça. Or, il est très probable qu'il y en ait deux. Et au fond, d'ailleurs, c'est la logique. Parce qu'il ne peut pas y avoir qu'un seul groupe à partir du moment où on a entendu hier Thierry Solaire dire qu'il voterait à la confiance à son meilleur ami, qui est le Premier ministre, Hédor Philippe. On imagine mal dans les réunions de groupe, au moment où se décident des éléments stratégiques, d'éléments de langage, de stratégie pour contrer le Premier ministre, qui est Thierry Solaire, et ses amis, qui soutiennent le gouvernement. Et bon, donc ce n
'est
pas possible. Donc on va vers deux groupes. Il y a des fortes personnalités. Claude Gouazguen a été élu dans le 16e, alors qu'on l'annonçait battu. Une forte tête. Christian Jacob, qui devrait reprendre la présidence du groupe, j'allais dire, les Républicains Canal Historique, si on peut l'appeler comme ça, mais du groupe qui sera dans l'opposition à Édouard Philippe.
La
chance de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, c'est que pendant les
6
à 12 mois qui viennent, les socialistes et les Républicains
vont
d'abord penser à eux.
Un,
parce qu'après des défaites comme ça, et celles-ci, on essaye de se reconstruire. Et surtout
d
'abord,
on essaye de trouver
qui est le responsable. Il faut trouver le responsable. Un ou plusieurs. Vous dites ça sérieusement, Carl M. Bien sûr. C'est dans cet ordre-là que ça se fait. D'abord,
on cherche des
responsables, on règle ses comptes, et ensuite, on pense à réfléchir à autre chose et à construire un logiciel. Ensuite, ça, ça viendra même après. D'abord, on cherche un ou des responsables. Parce que si on ne sait pas pourquoi on a perdu, c'est difficile de dire, voilà, on va gagner. Ensuite,
on
nettoie un petit peu. Je vais être brutal, mais bon, voilà, il y a des gens,
ça
va être sanglant à droite. Il y
a
des gens qui vont dire, si on a perdu, c'est parce que vous n'avez pas fait la campagne de François Fillon. Et les autres diront, non, si on a perdu,
c
'est parce que vous n'avez pas enlevé François Fillon. Donc, ces gens-là, déjà, ils vont devoir se séparer. Ensuite, ils vont se battre
pour
diriger
le
prochain parti qui s'appellera, soit pareil, les Républicains ou les Constructifs. Et après, ces congrès-là,
il
y aura, bon, alors maintenant, ça se fera un peu en même temps, quelles sont les idées. Mais donc, pendant tout ce temps-là, ils ne feront pas ce travail d'opposition. En tout cas, ça ne sera pas audible. Et donc, ça sera effectivement Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui, eux, seront en pointe. – Brice Tinturier, curieusement, alors que c'est un score historiquement bas pour la droite, c'est presque une satisfaction de se dire « Oups,
on
a échappé au pire ». – Oui, mais là, c'est parce qu'on compare les résultats d'hier soir aux anticipations qui avaient
été
faites à l'issue du premier tour. Et ce n'est pas ce qu'il faut faire. Bien sûr qu'il y a eu une correction, bien sûr qu'il
y a
eu une remobilisation de la droite, une démobilisation aussi d'une partie des électeurs de La République en marche, on le voit très bien dans nos enquêtes, et puis de mauvais reports aussi des électorats de la France insoumise et des électorats de gauche vers La République en marche quand il y avait un duel droite-république en marche. Tout ça explique qu'à l'arrivée, vous ayez non pas 80 députés LR, mais les 130 qu'on a aujourd'hui. Mais encore une fois, 130, c'est quand même, quand on compare par rapport à d'où ils viennent, après une défaite en 2012, c'est à nouveau une défaite, et une défaite terrible, avec une scission.
Parce que la difficulté de la droite, ça va être ce que l'écrivait à l'instant Karl Meus, mais c'est aussi une difficulté de contenu. C'est d'arriver à retrouver un contenu idéologique qui soit distinct d'une partie de ce que fait La République en marche, et qui ne soit pas forcément aligné sur le Front national. Et c'est pour ça que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen vont avoir un moment qui sera relativement facile pour eux. Parce que, idéologiquement, la droite sera dans une très grande difficulté, le PS aussi, et ceux qui ont un contenu au moins clair, c'est plutôt la France insoumise. En
tout cas,
en
opposition, très nette
vis
-à-vis d'Emmanuel Macron.
Plus facilement lisible. Oui, parce que la difficulté de la droite, non seulement la campagne et sa défaite a révélé des divisions profondes en son sein, mais il y a certaines mesures que propose Emmanuel Macron qui vont directement, à vrai dire, dans son corpus habituel, et donc qu'elle pourrait voter. Et donc, effectivement, c'est là sa difficulté. Comment être le premier groupe d'opposition à partir du moment où, au fond, ce que fait l'exécutif vous agrée sur bien des points ? Donc, en fait, il ne
faut
pas les mettre dans la catégorie des opposants pour reprendre
le titre de notre émission ? Ce serait une erreur
? C'est tout le problème de leur division, justement. Qui va être constructif ?
C
'est-à-dire qui va voter au cas par cas des projets qui peuvent lui convenir et qui va s'opposer systématiquement ? Est-ce qu'il faut s'opposer systématiquement ? À vrai dire, tout est à reconstruire, non seulement la stratégie, mais même la tactique au jour le jour. Ça veut dire qu'à l'heure où on se parle, Raphaël Baquet, tout ça n'est pas acté. C'est-à-dire que dans les jours qui viennent, on va peut-être voir une famille politique exploser en vol avec des proportions dont on ne sait pas comment ça va tourner. C'est-à
-dire
s'il y
aura
une majorité qui va rester pour une opposition ferme à Emmanuel Macron et une minorité qui va rejoindre...
C
'est-à
-dire
qu'il n'y a pas qu'une seule phase de règlement de compte. Elle va avoir lieu. Mais il y
a
aussi une phase de choix et de réflexion et de direction vers laquelle aller. Et
puis, la droite doit faire ce travail. En effet, pourquoi on a perdu ? Mais la droite aussi doit s'interroger sur ce qui reste de soutien. Et là, il faut regarder attentivement la carte électorale. C'est-à-dire, ils doivent se poser aussi la question pourquoi,
dans
certaines régions, on résiste beaucoup mieux que dans d'autres.
Où est-ce qu'ils résistent ? Ce qui me
frappe, vous regardez la carte de la France, la droite, c'était très souvent des terres de l'Ouest dans lesquelles elle était très enracinée. Dans cette terre de l'Ouest, la droite résiste, mais parfois assez mal, et connaît une forte concurrence de la République en marche. En revanche, regardez toute la France orientale. Et dans cette France orientale, qui est une France, on le dit, plus pessimiste, regardez Champagne-Ardenne, regardez les Ardennes, regardez même le Nord-Pas-de-Cadère, regardez l'Alsace, regardez la Lorraine, regardez l'Ain, le Doubs, la Franche-Comté.
Vous avez une droite qui a créé la surprise, parfois, dans l'entre-deux-tours, qui a connu une dynamique et qui résiste bien. Donc, il faut bien aussi que la droite s'interroge. Elle est en train un peu de changer. Les bastions sont en train aussi d'évoluer. Et elle doit en tirer des leçons pour
l'avenir. Mais qu'est-ce qu'ils
racontent, les bastions, de ce
que doit être la droite ? Ces bastions, c'est une France qui est une France peut-être plus éloignée de la France macroniste, dynamique, ouverte de l'Ouest, où là, la droite a eu du mal à résister. Regardez, dans les pays de la Loire, la droite a du mal, parfois, à résister. Et pourtant, c'est une vieille région de droite. Elle a du mal à résister à la dynamique macroniste. En revanche, dans une France qui est plus, eh oui, en souffrance, qui ne comprend pas très bien le message très optimiste du macronisme, eh bien, la droite résiste mieux.
Oui,
mais cette France-là,
elle se
trouve en concurrence directe avec le Front
National. Ben oui, bien sûr. Parce
que du coup, on a bien, et c'est la difficulté de la droite aujourd'hui, on a effectivement une partie d'électorat plus attachée aux valeurs traditionnelles, plus inquiète, plus pessimiste, plus souverainiste, beaucoup moins pro-européen. Eh bien, il se retrouve plutôt en affinité potentielle avec le Front National. Et où est la place pour la droite pro-européenne, pro-mondialisation et tout ? Elle est prise par, justement, le segment de La République en marche. Et c'est ça, la difficulté de la droite, parce qu
'on
ne voit pas quel serait l'espace entre ces deux possibilités-là. Et d'un côté, c'est Emmanuel Macron, de l'autre côté, c'est le Front National, et ça devient extrêmement difficile.
Eh
bien, vous leur donnez déjà un sacré élément de réponse avec cette analyse des résultats pour la suite.
C'est
-à
-dire,
en gros, si je résume ce que vous êtes en train de dire, si vous voulez exister, il vous reste un espace politique plutôt à la droite de la droite. Parce que si vous jouez la droite d'ouverture optimiste et mondialiste européiste, comme dirait Marine Le Pen,
ça ne marche pas. C'est aussi la fin d'une certaine
droite. C'est aussi la fin d'une certaine droite. C'est pour ça qu'on est quand même dans un renouvellement et un cycle tout à fait nouveau. Je reformule ma question. Vous leur dites, refaites le RPR.
En
tout cas,
le
macronisme, c'est quoi ? C'est libéralisme économique plus libéralisme culturel. La droite ne peut pas jouer sur ce créneau. Elle doit se rendre compte que sur le terrain du libéralisme culturel, elle doit faire sentir sa différence. On le voyait dès hier soir, dans la même région, entre le discours de Ciotti d'un côté qui commençait en effet à agresser fortement M. Estrosi.
Raphaël Bacchi. Une de ses chances, entre guillemets, c'est quand même qu'au Front National, Marine Le Pen, même si elle a été élue à l'Assemblée Nationale, ce qui est évidemment très important pour elle, ce qui modère un tout petit peu, mais la réalité,
c
'est quand même qu'elle est très affaiblie au sein du Front National.
Oui, député. La
présidentielle a quand même pesé et on le voit bien dans les reportages qu'on a pu faire que les électeurs du Front National qui se sont abstenus se sont aussi abstenus à cause du ratage du débat, de la présidentielle. Donc ça a beaucoup compté. Donc évidemment, sa responsabilité va être aussi pesée. Même si pour l'instant, il n
'y
a pas de putsch. Il y
a
un rendez-vous important, je crois, au bureau politique du Front National en début de semaine. Ils se sont abstenus massivement, les électeurs du Front
National ? Oui, ils
se sont massivement abstenus, tout comme les électeurs d'ailleurs de Jean-Luc Mélenchon, mais ensuite, vous avez des zones de force et c'est ça qui fait la différence. Il est vrai qu'il
y a
un ressort qui est cassé au Front National depuis le débat de
l
'entre-deux-tours et une évaporation qui est tout à fait impressionnante du nombre de suffrages. Mais malgré tout, une fois qu'on a constaté bien dit cela, il y a des zones de force dans le Pas-de-Calais, dans le Pas-de-Calais, c'est évident. Et c'est aussi la première fois qu'il y a 8 députés qui sont élus au scrutin majoritaire à deux tours. On a en tête 86 et 35 députés FN, mais c'était la proportionnelle. Donc il
y
a une vraie faiblesse. Je crois qu'il
y a
quelque chose qui effectivement s'est cassé au Front National, mais il y a, à cause justement de la droite aussi, à cause de cette difficulté de la droite à reprendre pied, il y a des zones où c
'est
le Front National qui s'est enraciné. Il ne faudrait pas quand même trop vite le mettre de côté. C'est vrai.
du
président du groupe et donc on saura s'il y a deux groupes. Mercredi, il y
a
un bureau politique où là, il y a des règlements de comptes qui vont démarrer et le 4 juillet, discours de politique générale où là, on va voir quels sont les députés qui votent la confiance au gouvernement ou pas. Un autre élément quand même pour la droite, certes, il y a les valeurs,
il
y a la proximité avec le Front National,
sur
le terrain économique, aujourd'hui, tout semble aller bien pour Emmanuel Macron, les taux d'intérêt commencent à remonter.
On
sait que si les taux d'intérêt remontent et Drahi, le patron de la BCE, a dit qu'il allait mettre fin à la politique de facilité budgétaire et donc les taux d'intérêt vont monter, ça va renchérir la dette, ça va compliquer le programme d'Emmanuel Macron. Il y a là, peut-être pour la droite, si elle parle à un électorat populaire qui s'est fortement abstenu et qui peut-être ne va pas maintenant chez Marine Le Pen, il y
a
peut-être là quelque chose, un discours qu'il faut construire sur lequel la droite peut être audible. Donc en gros, vous leur dites attendez les erreurs de Macron ou les difficultés d'Emmanuel Macron. Il leur reste
ça
pour les semaines qui viennent.
Ce qui est
passionnant, c'est que toutes les forces politiques bougent. Ce n
'est
pas simplement le phénomène de la nouvelle force politique Macron, c'est cette mutation des droites dont on parlait, c'est cette France insoumise qui chasse sur d'autres terres que les terres du communisme traditionnel. Et puis, le Front National, on s'est aperçu, ça me frappe, moi sur ces 8 députés, aucun député ne vient de PACA, de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le premier bastion historique du Front National, la droite a tenu la dragée haute au Front National.
C
'est très intéressant. En revanche, le Front National, 5 de ses 6 députés viennent des terres toutes de gauche, sans exception.
Qu'est-ce que ça raconte sur la ligne politique, ça
? Ça raconte que le fameux débat interne du Front National qui est lancé entre la ligne que l'on doit adopter, c'est une ligne ultra-conservatrice, caractéristique des supposées orientations de l'électorat du Front National, par exemple, dans le midi, eh bien, ça n'est pas du tout évident de revenir à cette ligne, parce que la ligne qui leur a permis de casser le plafond de verre des 50% dans 8 circonscriptions, en tout cas, c'est 5 de ces 8 circonscriptions, mais vous êtes dans le cœur du bassin minier, dans le cœur de la souffrance industrielle, dans le cœur des terres touchées par les délocalisations, et dans le cœur de l'électorat de gauche. Vous voyez bien que là, on ne
va
pas nous expliquer que la dynamique du Front National, c'est une dynamique qui vient de la droite. Ça ne tient pas la route une seconde.
C
'est clair.
Alors, vous parliez de la région PACA, on y va justement. Au niveau national, l'abstention a atteint 57,4%, un record dans la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône. Ce chiffre atteint plus de 70%. Nous sommes ici à Marseille, dans les quartiers nord, et ceux qui ont voté ont choisi Saïd Hamada, un Français d'origine comorienne, sous les couleurs de La République En Marche, face au Front National. Les autres, ceux qui ont boudé les urnes, ne savent parfois même pas à quoi ressemble une carte d'électeur. La politique, ils n'en attendent presque plus rien. Julien Lonnais, Thomas Buyer.
Un
dimanche de fête des pères,
au
soleil, en famille ou entre amis, loin, très loin des bureaux de vote. Ici, à Marseille, le second tour des législatives n'apparaît pas vraiment comme une préoccupation. C'est peu de dire sur cette plage de l'Estac, l'une des rares des quartiers Nord.
Il
y a plein de personnes sur cette plage que j'en suis serré, qui n'ont jamais voté dans leur vie. Moi, je ne sais même pas la couleur qu'elle a la carte électorale.
Pendant des années, on nous a fait croire moins et merveille et on s'est rendu compte qu'en fait, on ne passait qu'à eux.
On
l'a bien vu. Ils nous ont passé des lois en force et voilà, le peuple,
il
n
'est
même plus écouté. Le peuple, il n
'est
sollicité que pendant les urnes. Après, sinon, voilà, ça me désintéresse.
Trop
de promesses électorales non tenues. Les quartiers Nord, les plus pauvres de Marseille, boudent les urnes. Dans cette septième circonscription des Bouches-du-Rhône, les électeurs désertent à nouveau l'isoloir. Trois sur dix à peine se sont déplacés.
Un
bureau de vote délaissé parmi d'autres où seul un petit garçon crée un peu d'agitation.
C
'est ton premier vote ou tu as déjà voté
?
Ah,
alors,
bon, ça va, tu es habitué. On y va ? Voté.
Ah,
voté.
Il
faudra continuer quand je serai grand. Ici, le duel du jour oppose un marcheur à une candidate du Front National. Personne ou presque ne vient glisser son bulletin dans l'urne, mais Bilal a fait l'effort.
et
il tient à accomplir son devoir de citoyen.
Pour
lui, ce n'est pas une option.
Je
trouve que
c
'est important parce que les gens se sont battus pour avoir le droit de vote.
Les
gens, ils ne savent pas, mais ils pensent que les législatives, c'est pas
important, mais en vrai, oui.
Si
le Front National, il a une majorité, c'est comme s'ils avaient voté pour Marine Le Pen
au
second tour.
Vous
avez essayé de convaincre dans votre entourage d'aller voter
? On n
'est
pas, je vous dis, on ne parle pas trop. Celui qui veut voter, il va voter. Il n
'y a
personne qui n'oblige personne.
Après, c
'est des débats sans fin.
C
'est oui, mais non, et si, du coup.
20 heures passées, les bureaux de vote viennent de fermer à Marseille. La pression monte au QG du marcheur Saïda Hamada où on compile les premières remontées du terrain.
J
'aimerais
avoir celui
16e parce qu'ils ont fait
une
grosse partie. l'anticipation. Je serai rassuré quand j'aurai celui 16e. L 'angoisse du résultat pour ce haut fonctionnaire de 45 ans, originaire des Comores et issu des quartiers Nord. Engagé dans l'associatif et militant chez les écologistes puis au Modem, il vit sa première grande soirée électorale, tout prêt de devenir député.
« Bon,
je fais le plateau France 3 et je reviens.
Je pense
que ça se consolide
mais
on est à 60%. »
Les
chiffres se confirment. Saïda Hamada l'emporte avec 58% des voix. Face au FN, dans une circonscription traditionnellement à gauche, le score peut sembler décevant. C'est surtout l'abstention qui donne un goût un peu amer à cette victoire.
«
J'ai été le porteur de pas mal d'espoir sur ces élections
et
du coup, je n
'ai
vraiment pas envie de décevoir les gens. Et je me dis si je rate ce mandat, j'aurais sacrifié une génération
de
militants associatifs
ou
de militants tout court qui vont forcément se reconnaître dans mon parcours. J'ai vraiment
le
poids de cette responsabilité qui pèse
et
que je vais assumer. Il n
'y a
pas de souci là-dessus. Mais du coup, je ne suis pas dans l'euphorie, si vous l'avez compris. Je sens que
plus
que d'autres, moi, je n
'ai
pas une obligation de moyens par rapport au mandat qui
m
'a été accordé. C
'est
une obligation de résultat. Je n
'ai
pas droit à l'erreur. Saïda Hamada, un enfant des quartiers nord à l'Assemblée, insiste sur cette obligation de résultat. Lui, qui vient de s'ouvrir en grand les portes du monde politique et médiatique.
Et
nous commentions ce reportage et on relevait ensemble la sincérité et la pression que se met ce candidat. Ça, c'est nouveau, Raphaël Baquet. Oui, ce député, il a été élu.
C
'est noble. Oui, bien
sûr.
C'est vrai. Après, qu'est-ce que ça signifiera dans l'exercice de son mandat ? Est-ce qu'il va être déçu ? Est-ce qu'au contraire, il peut être un frondeur ou sans arrêt lui-même poussé à ce que le groupe majoritaire tienne ses promesses ? Effectivement, on ne sait pas ce que vont donner ces députés qui ont une forme d'engagement sincère, un sens des responsabilités et qui ont bien vu qu'ils avaient effectivement un poids sur les épaules très important. Mais ce commentaire me fait penser à ce qu'on disait à un moment donné sur cette majorité qui n
'est
peut-être pas très politique donc un peu docile ? Pas forcément. C'est ça que vous nous expliquez avec des candidats qui arrivent avec une vraie exigence de résultats ?
Mais ils ont raison parce que pourquoi ? Au fond, ce député, il ressent que derrière les fractures politiques en France, il y
a
des fractures sociales
et
que si l'on veut que ce cocktail ne devienne pas explosif à terme, il faut s'efforcer en effet que des gens qui sont en effet en bas de l'échelle sociale, qui sont dans ces quartiers où il y a beaucoup de minorités visibles, puissent rentrer dans le jeu politique. Essayer non pas d'annihiler ces fractures politiques et sociales mais essayer au fond de mettre de multiples pansements, de faire le joint entre ces deux mondes dont on voit de temps en temps qu'ils ne se parlent plus beaucoup. Et en effet, ce type de député sera extrêmement important. La voix de ces députés sera extrêmement importante à entendre à l'Assemblée nationale. Sinon, ce sera toujours la même chose.
C'est le petit monde qui parle entre lui. Là, il va y avoir et c'est ça l'intérêt du renouvellement de l'Assemblée.
Là, on y est dans le renouvellement. Voilà,
bien sûr. Il va y avoir des nouveaux entrants, d'abord énormément de femmes aussi, presque 40%. pas mal, je le regarde, de représentants des minorités qui n'avaient pas l'habitude, véritablement, d'être projetés dans le personnel parlementaire.
Une
quinzaine.
Voilà,
une quinzaine.
Une
quinzaine et qui ressemblent d'ailleurs aux autres députés parce qu'ils sont souvent avocats ou fonctionnaires comme on vient de le voir. Donc, ce qu'ils montrent... Et ils n'ont pas été présentés comme candidats comme représentants des minorités.
Ils ont été
totalement fondus et donc ça, c'est une nouveauté aussi. Les Saturiers. Tous ces nouveaux élus, c'est le renouvellement mais maintenant, ce sont eux les politiques. Oui, mais ça va changer beaucoup de choses et c'est pour ça qu'ils ont le sentiment pour une grande partie, on le voit dans ce reportage,
on
le voit dans d'autres, ils ont le sentiment d'une responsabilité énorme qui pèse sur eux. Parce que moi, ce qui m'a le plus frappé au cours des derniers mois, c'est que quand vous demandiez aux Français s'ils seraient indifférents, attristés ou satisfaits que les partis traditionnels soient faiblement représentés à l'Assemblée. C'était extraordinaire. Vous aviez un Français sur deux qui vous disait indifférent si le Parti socialiste est laminé, si les LR sont laminés, si la France insoumise est laminée et vous y ajoutez à chaque fois 25% de satisfaits. Donc il y a un rejet de tout cela. Ensuite, il
y a
une nouvelle force qui arrive et qui est beaucoup plus à l'image de la société civile. Mais si cette force qui maintenant a le pouvoir ne remplit pas sa fonction, sa finalité, eh bien il n
'y a
plus rien. Et c'est ça qui rend le moment quand même tout à fait particulier, tout à fait historique parce qu'on sent bien que et la droite traditionnelle et la gauche traditionnelle provisoirement peut-être sortent du jeu. Ils n'ont plus rien à dire. Moi, ce qui me frappe aujourd'hui, c'est que la difficulté du PS ou de la droite traditionnelle, c'est qu'elle a beaucoup de mal à imaginer quelque chose de distinct. Elle a cru qu'il suffisait à droite, qu'il suffirait de dire Hollande, etc. et de jouer sur l'anti-hollandise pour revenir au pouvoir. Bon, ça n
'a
pas marché. Et puis, de l'autre côté, c'est pareil. Il y a vraiment un vide conceptuel qui est extraordinairement faible. Et ça ne reviendra pas uniquement parce que Emmanuel Macron échouera. Si Emmanuel Macron échoue, eh bien on n'aura pas mécaniquement une force à droite ou à gauche qui reviendra comme ça au pouvoir. Nous avons beaucoup parlé de la droite. Un mot sur le Parti Socialiste. Vous disiez que
le
problème c'est qu'il retrouve quelque chose à dire. Il y a très peu de rescapés du côté du Parti Socialiste à part Stéphane Le Foll et quelques-uns. Là aussi, c'est un énorme chantier. Il n
'y
aura pas d'opposants au Parti Socialiste. Il n
'y
aura pas de voix forte. Il n
'y
aura pas de message clair en tout cas dans les premières semaines et dans les premiers mois. Non, il va leur arriver exactement ce qui arrive aux Républicains.
C
'est-à-dire qu'ils vont devoir trouver un bouc émissaire, savoir qui est responsable de leur défaite. Même si eux l'avaient intégré et ils savaient qu'ils n'allaient pas gagner mais ils ne pensaient pas que ce serait une déroute à ce point-là. Ils vont devoir régler des comptes quand vous pensez quand même que Benoît Hamon est allé soutenir la candidate opposée à Manuel Valls. Je rappelle juste pour les téléspectateurs, Benoît Hamon et Manuel Valls à un moment étaient dans le même gouvernement, sont dans le même parti. Ce n
'est
plus possible aujourd'hui. Ils vont devoir se séparer. C'est évident. La vraie question pour le Parti Socialiste,
c
'est est-ce qu'il y a une place entre la France insoumise opposante farouche et La République en marche ? Aujourd'hui, non. Là encore, il va falloir attendre les premières erreurs d'Emmanuel Macron, les difficultés économiques parce qu'il va y en avoir si les taux d'intérêt remontent. Encore une fois, il faut le dire parce qu'il faut se préparer à cet éventuel état qui change complètement le programme qui peut être mis en place. Et à ce moment-là, s'ils ont fait leurs réflexions, comme le disait Brestin Turier, sur pourquoi on a perdu, s'ils ont réussi à renouveler des choses, peut-être qu
'ils
seront audibles. Mais le chemin va être dur. C'est compliqué d'apprécier. C'est une défaite très cinglante, très cuisante pour le Parti Socialiste. Julien Drey disait hier soir « Non, nous ne sommes pas morts. On nous avait prédit le trépas. Eh bien non, nous sommes encore vivants. Le Parti Socialiste, ça veut encore dire quelque chose. » C'est pire qu'une défaite.
C
'est une déroute.
C
'est-à-dire qu'à ce niveau-là, c'est pire qu'en 1993. Donc là, il y a une déroute pour le PS et ses alliés traditionnels. Après, il faut qu'ils arrivent à retrouver un espace pour être audibles, à régler les comptes internes, mais à retrouver surtout un espace qui les rende utiles. Les Français, ils votent... Non mais c'est très...
C'est terrible ce que
vous êtes en train de dire. Les Français, ils votent pour des formations politiques s'ils ont le sentiment qu'elles sont utiles, qu'elles peuvent leur apporter quelque chose. Et là, il y a une très grande difficulté. Et c'est ça qu'ils ont payé de manière aussi ferme. Cette question. Au PS, on veut tourner la page et tout recommencer, mais avec quel argent
?
Ce sera un sujet ?
C'est un vrai sujet. C'est une très bonne question. Mais avant d'avoir l'argent, il faut avoir des idées. Moi, je crois véritablement quand une force politique comme le PS connaît la déroute, le terme est exact, que vient d'utiliser Bristard Terrier, eh bien, c'est véritablement le travail premier.
Ce
n'est pas de retrouver des hommes. Ce n'est pas de retrouver un mode d'organisation. Ce sont des nouvelles idées. Quand le PS a connu une déroute en 1969, ils se sont renouvelés à partir des clubs, c'est-à-dire des endroits où on réfléchissait sur l'état de la société française, les clivages significatifs, qu'on renouvelait le stock programmatique. C'est ce travail-là. Ce n
'est
pas complètement impossible à faire, mais c'est ce travail-là auquel le PS est appelé. S'il ne le fait pas, eh
bien,
ça ne servira à rien.
Il y
a
encore des bastions
? De
plus en plus ténues,
je veux dire. Non, mais vous nous avez dit tout à l'heure
que la droite résistait
et c'était impressionnant. Oui, un peu le Sud-Ouest.
Vous prenez le grand Sud-Ouest dans ces vieilles terres socialistes et radicales. Voilà, on ne vote pas à droite aisément d'abord. Et la République en marche a une image, parfois, dans certaines de ces régions, un peu de droite. Et même parfois, d'ailleurs, quand on est à gauche, on se radicalise complètement parce que, faute d'alternative, on va se radicaliser. Moi, ce qui m'a frappé, c'est la Riège. Vous prenez les deux circonscriptions de la Riège. Eh bien, cette vieille terre, ce vieux bastion historique du socialisme est passé entièrement à France insoumise.
Alors justement, je voulais y venir, on continue notre tour d'horizon des opposants potentiels. On parle de la France insoumise. Là, très beau score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. En a-t-il fait quelque chose ? Il est en situation d'avoir un groupe à l'Assemblée nationale. C'est une réussite, cette législative, pour Jean-Luc Mélenchon. C'est compliqué à apprécier. C'est compliqué, mais c'est quand même une réussite parce qu'il a beaucoup perdu en voix. Quand on passe vraiment
du premier tour de la
présidentielle au premier tour de la législative et même au second tour, mais c'est particulier vu le nombre de circonscriptions où il y avait la France insoumise, il y
a
une évaporation qui est très très forte. Il y a une démobilisation c'est environ 65% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon de la présidentielle qui ne se sont pas mobilisés. Juste que dans les autres parties, Brice Tinturier ? Même niveau que
le Front National.
Mais il y a aussi un problème d'offre. Il ne
faut
pas oublier que la France insoumise n'était présente que dans 65 circonscriptions. Donc mécaniquement, beaucoup d'électeurs à ce moment-là se démobilisent. Mais ce qui en revanche est un succès pour Jean-Luc Mélenchon incontestable, c'est que non seulement il y a un nombre de députés plus important, mais il y a un groupe. Et si vous additionnez même les rapports de force entre le PS et ses élites traditionnelles et la France insoumise et le Parti communiste, vous avez quand même un rééquilibrage qui est plus que sensible. Donc c'est ce que décrivait Pascal Perrineau. C'est que le socialisme qui avait été municipal a d'abord été détruit au niveau local.
C'est la perte des élections municipales et on voit ses effets. Et puis maintenant, vous avez à gauche, au plan national et peut-être demain aussi au plan local, une autre force qui est en train de se structurer et qui est plutôt conquérante. Et même au sein de la bagarre PC-France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a gagné. Parce que lui, tout seul, avec ses députés France insoumise, il peut faire un groupe. Le Parti communiste, non. Alors très magnanime, ils ont dit on ouvre à tout le monde, ils peuvent venir. Ce qui est sympathique, mais ça veut dire que c'est vraiment Jean-Luc Mélenchon qui sera le patron à l'Assemblée de ces groupes
-là.
Est-ce qu'il peut laisser un peu d'oxygène à ce qu'il reste du Parti socialiste
?
C'est la question que vous posiez tout à l'heure. C'est pas son genre de beauté. C'est pas son genre de beauté.
Merci de le dire comme ça. Il a décidé le rapport de force. Il va amener le rapport de force
jusqu'au bout.
D'autant que le Parti socialiste croyait grignoter Jean-Luc Mélenchon et c'est l'inverse qui s'est produit. Alors parmi tous ces nouveaux visages du Palais Bourbon, il y aura des profils singuliers comme Jean-Baptiste Moreau. Il est agriculteur, il élève des limousines dans la Creuse. Il a été élu hier avec 58% des voix. Lui qui n'avait jamais fait de politique auparavant, Emmanuel Macron. C'est au Salon de
l
'Agriculture qu'il l'avait rencontré et avant de monter à Paris comme on dit pour sa formation de député, il a tenu à revenir à la ferme car il l'assure. Il ne deviendra pas un pro de la politique. Elisa Coudrette, David Lemarchand avec Marie-Laurent.
Viens les filles, viens. Allez, venez.
Elles
sont trop bien à
l
'ombre. Viens les filles, viens.
Allez,
venez.
Une victoire les pieds sur terre dans son champ aux portes du plateau des mille vaches. Élu député il y a seulement 10
heures, Jean-Baptiste Moreau n'a pas encore troqué ses bottes contre le costume. Loin
des heures de la République.
Ça
ne va pas vous manquer tout ça
?
Un petit peu, mais comme je l'ai dit, je reviendrai quand même
chaque
fois que je pourrai et puis les week-ends et puis de temps en temps
dans
les vaches.
Parce
que voilà, je ne compte pas de faire de la politique mon métier. donc quand dans 5 ans ou dans 10 ans j'arrêterai, il faudra que l'exploitation soit fonctionnelle, évidemment.
Un grand saut dans l'inconnu pour ce novice en politique, jamais encarté, jamais investi.
À
ses côtés, son père ne le dit pas, mais il est fier.
Autant j'avais des doutes au début, quand il m'a annoncé qu'il se présentait, je me suis dit comment il va faire parce qu'il n
'a
pas l'habitude,
il
a fait le fait de politique et tout ça. Mais vu ce que j'ai vu pendant la campagne, je
pense
que ça ne
va
lui poser aucun problème pour s'adapter
à
mon avis.
Un
manque d'expérience assumée, revendiquée.
Pour
moi, ce n
'est
pas un manque d'expérience,
c
'est une expérience différente.
Et
puis, les gens d'expérience,
ça
fait à peu près 40 ans qu'ils sont au pouvoir et je n
'ai
pas franchement l'impression que ça a été que des réussites.
À
40 ans, comme le président bientôt, le voilà qui entame la transhumance politique de sa vie.
Et
c'est hier soir que tout a basculé.
Oui,
monsieur le préfet.
Ah
oui, 35, 26 au national de participation à 17h. Effectivement, c'est très faible.
Avant même les résultats officiels, l'éleveur est venu fêter sa victoire avec ses proches dans la commune où il a grandi. Sérou, 130 habitants, 120 votants.
Ça fait tout drôle, c'est sûr. Oui, c'est spécial. Surtout quand on n'a pas un égo surdimensionné et qu'on est plutôt de nature timide, c'est un peu particulier.
À 19h à peine, il n'est encore que favori, mais déjà la famille s'inquiète. Chacun a sa raison.
Vous
savez qu'il
y a
130 vaches, mère à la maison. Avec la suite,
ça
fait 300 animaux à s'occuper tous les jours. Donc, quand il va top aller, les bourbons, les vaches,
ça
sera bibi.
C'est un petit peu la peur de l'inconnu quand même parce qu'il a des attentes de beaucoup de monde. Donc, maintenant,
il
faut que ça se concrétise parce que sinon,
c'est sur lui que ça va retomber s'il y
a
des problèmes qui ne sont pas résolus suffisamment vite.
Bon,
et puis il
y
a la vôtre.
C
'est maintenant que les ennuis commencent.
C
'est ta raison, Ludo. Son épouse mesure le chemin parcouru depuis l'annonce de son investiture il y a deux mois seulement.
il
se retrouve face à des choses notamment face dans la vie politique, face à des gens qui ne partagent pas les mêmes idées, qui l'attaquent publiquement, etc. Et tout ça,
c'est quand même assez dur à vivre et je trouve qu'il
le gère, il va au front et voilà, il assume ça et ce n
'est
pas forcément une évidence. Donc, je trouve que c'est fort pour ça. il se révèle, moi j'ai le sentiment qu
'il
se révèle, je ne
sais
pas. Voilà,
c'est pas. Pour
l'annonce des résultats, direction Jarnage à 50 km de là et en guise de comité d'accueil plusieurs micros.
C'est décoratif, non ?
Les
journalistes sont venus en ombre pour immortaliser la victoire.
Merci, merci, non je ne t'ai plus.
Monsieur le député ne sait pas encore très bien comment prendre la pause. Il va devoir s'habituer à sa nouvelle notoriété.
J'ai l'impression d'être passé dans une grande lessiveuse depuis deux mois.
Et
le marathon ne fait que commencer.
Au
très large majorité donc
pour Emmanuel Macron, une majorité plus que confortable, oui, mais pas aussi écrasante. Quelques heures de sommeil plus tard, le voilà interrogé sur les dossiers qui fâchent, à commencer par le blocage de l'usine GMS, menacée de liquidation dans la circonscription. On part de 277 personnes qui travaillent aujourd'hui à 5 qui pourraient conserver leur emploi et
la question c'est comment devenir tous les autres.
Jean-Baptiste Moreau s'attend à un combat politique rude, notamment pour l'épineuse réforme du travail.
On sait que ça va être dur,
on
sait qu'il risque d
'y
avoir beaucoup de manifestations dans les rues, on est prêt à y faire face, on l'a annoncé dans le programme, on ne prend pas les gens par surprise, donc maintenant il faut avancer parce qu'il faut qu'on modifie en profondeur le pays.
Le sens des responsabilités,
le repos,
c
'est pas pour tout de suite.
et la liberté de ton d'un agriculteur qui compte bien se faire entendre à l'Assemblée, aussi fort que dans ses champs.
Et
là on voit qu'il change le visage de l'Assemblée. Cette question, on pointe le manque d'expérience des nouveaux élus, les anciens en avaient-ils plus lors de leur première investiture
? Alors
ce qui est intéressant là-dedans,
ce
qu'on voit,
c
'est qu'effectivement c'est un mode d'accès à la politique un peu différent, c'est pour ça que je vous demandais tout à l'heure, il n'est pas membre d'un syndicat agricole qui serait un mode de formation
si vous voulez. d'une coopérative.
Oui mais ce n
'est
pas pareil. Ce n
'est
pas pareil. Et il y a eu évidemment des députés venus de la société civile mais généralement ils étaient formés par le parti. Alors là le parti est si jeune qu'effectivement ils n'ont pas été formés. On voit aussi autre chose, c'est la conception même de la politique. Pour lui c'est un passage, une conception de son mandat. Donc il doit à Emmanuel Macron d'être élu mais il ne veut pas lui devoir sa vie. Or il y a beaucoup des
élus Et ça change quoi
? Beaucoup des élus socialistes ou de droite c'était pareil. Quand vous commencez à être élu et que vous êtes un professionnel de la politique vous devez quand même beaucoup de choses au parti parce que si vous n'avez plus de mandat vous n'avez plus de salaire. Or là on voit que ce député mais il n'est pas le seul. Ils ont autre chose et ils prennent cette période comme vraiment un moment où ils vont s'investir en la politique mais ce n'est pas tout. Ce n'est pas toute leur vie. Et ça, ça va changer des choses. Sur le plan de leur formation ils vont s'y faire.
Ils vont s'y faire.
Généralement les députés comme
ça qui débarquent ils passent un an à moins et la première année ils ne
vont
pas être les fers de l'anse de l'écriture des lois si vous voulez mais ils peuvent apporter des choses évidemment dans les discussions notamment de groupes. Ils pourraient être déçus aussi. Oui bien sûr. Ils pourraient être déçus de se dire tiens c'est ça le travail d'un parlementaire est-ce que je peux vraiment peser sur les sujets sur les problématiques ?
Et peut-être que la déception si elle vient se dira plus aisément chez des hommes ou des femmes qui ont le profil de cet agriculteur parce que les autres vous voyez avant on construisait lentement une carrière politique par le bas on commençait à
être
maire puis conseiller général et puis voilà et on montait en grade et en effet on était complètement liés à la formation politique qui avait accompagné votre carrière. Là on voit que quelque part ce sont des professions indépendantes.
Il
faut prendre cette notion d'indépendance très au sérieux. Mais ce qui est très important pour Emmanuel Macron et la République en marche c'est que ce mouvement et tout de même on le voit dans sa sociologie très souvent très urbain on a dit souvent que c'était un mouvement un peu hors sol et d'autre part que c'était un mouvement qui n'était pas très sensible aux corps intermédiaires. Et là avec ce type de profil on voit la ruralité apparaître dans un monde on voit le sens des territoires des corps intermédiaires et je crois que la République en marche a beaucoup à apprendre de ce type de profil.
Et pour organiser le travail de ces 305 plus le modem mais qui aura un groupe il y aura un homme Richard Ferrand on vient de l'apprendre qui vient donc de démissionner du gouvernement puisqu'il sera le chef de groupe des députés en marche c'est un profil
bon
alors on sait qu'il y
a
eu les affaires qui l'ont plutôt fragilisé dans la dernière période mais ça montre que le président renouvelle toute sa confiance à Richard Ferrand vous
le diriez
comme
ça
? Oui parce que c'est le poste peut-être plus essentiel de la République en marche le président du groupe Richard Ferrand c'est celui qui a dans les premiers ils n'étaient pas très nombreux rejoint Emmanuel Macron au moment de la loi Macron et qui lui a été fidèle c'est lui qui a organisé le parti il était secrétaire général d'en marche donc il connaît bien alors il ne connaît pas tous les candidats il
a beaucoup participé
aux investitures voilà il était là à la commission d'investiture donc le rôle essentiel c'est là parce que
ça
va être un déçu obligatoirement il n'y a pas on le sait il n'y a pas de travail pour 577 députés à l'Assemblée nationale c'est d'ailleurs pour ça que tous les partis disaient il faut réduire le nombre de députés à 400 la difficulté c'est que quand il va c'est une promesse d'Emmanuel Macron quand il va devoir réduire le nombre de députés ça va tailler dans les députés en marche
première
déception deuxième déception potentielle ils se sont tous engagés candidats
à
voter au moins 6 textes qui sont des textes principaux notamment les ordonnances sur la loi travail des éléments du programme d'Emmanuel Macron la seule marge de manœuvre qu'ils auront c'est éventuellement de faire passer un ou deux amendements de discussion c'est tout le reste ils sont engagés à le voter
ça
va pas loin et 3 quand on est dans un groupe de plus de 300 élus pour faire entendre sa voix c'est pas simple parce que les questions d'actualité au gouvernement ça revient sur le mardi le mercredi mais vous pouvez pas parler tout le temps donc
il
va forcément y avoir des décisions mais est-ce qu'il peut pas y avoir justement un travail du parlementaire sur le terrain aussi avec peut-être une autre manière de faire ce travail-là en étant plus sur le terrain et peut-être moins sans jeu de mots c'est un conseil qu
'on
peut lui donner c'est de labourer le terrain parce que s'il y
a
une certitude que l
'on a il s'est
le fait mieux que chacun
d'entre nous même si
visiblement il est plutôt sur l'élevage de mâches non mais sérieusement quand on dit labourer le terrain c'est-à-dire rester dans sa circonscription c'est pas leur faire injure mais sur les 308 il n'y
en
a aucun qui n'a été élu sur son nom c'est sur le nom d'Emmanuel Macron donc dans 5 ans
s
'il y a une déception ou quoi que ce soit ces gens-là seront balayés souvenez-vous de toutes les vagues Pascal Perenot le rappelait mais après 68 ça a été une déception après 81 il y
a
eu 86 après 93 il y
a
eu 97 et le gros de la vague était parti juste pour boucler la boucle sur Richard Ferrand parce que c'est pas rien quand même de le voir rêver la présidence du groupe La République en marche ça peut être vécu comme une promotion ou pas ou est-ce qu'on peut se dire aussi il sort du gouvernement parce qu'il était devenu difficile de le garder avec
la
règle qu'avait fixée Emmanuel Macron à savoir un ministre mis en examen ne peut pas rester comment est-ce que vous l'interprétez ? ça reste quand même un poste clé je
crois
que c'est un enjeu essentiel pour Emmanuel Macron d'avoir quelqu'un de confiance à cet endroit-là mais symboliquement peut-être moins exposé qu'un ministre
oui et puis c'est un homme dont il ne faut pas négliger la fermeté même parfois la dureté il
fallait
un homme à poigne quand
on tient un groupe de 308 personnes il faut être à poigne et il faut avoir de
l
'expérience c'est un ancien député socialiste donc il connaît un peu la machine
et
nous passons maintenant à vos questions merci pour cette question que j'avais oublié de poser où sont passés les
Verts ? ils
sont disséminés dans
la... ah non
mais c'est intéressant cette question souvenons-nous des commentaires qu'on faisait les uns et les autres lors des dernières législatives sur les Verts qui avait un groupe qui était une vraie force politique en France où sont-ils passés ? il y en a deux en marche François de Rugy ils
n'ont pas
de députés en tant que tels mais effectivement François de Rugy et Barbara Pompili qui étaient quand même les chefs du groupe Vert
sont élus mais en marche et il
y
a un mouvement France Insoumise qui s'est tout de même verdit beaucoup dans ses préoccupations donc on peut estimer qu'au-delà des personnes enfin les Verts ils sont en effet c'est plus qu'une toute petite poignée et de toute façon voilà le groupe il
n'y a pas
de groupe rien du
tout ils ont
gagné
en influence ils sont digérés par d'autres
forces mais c'est vrai que la thématique environnementale n'est pas absente elle a diffusé un peu partout d'ailleurs
connaissez-vous les profils des députés de la France Insoumise y a-t-il des ouvriers des agriculteurs
alors
des agriculteurs il y en a pratiquement autant que dans la population française en pourcentage en revanche les ouvriers il y en a très très peu il y a des infirmières ou des infirmiers des quelques petits employés mais c'est vrai que le gros il y a beaucoup de professions et des
professions
indépendantes alors des chefs de petites entreprises ou des indépendants tout court mais c'est vrai que le gros des troupes est quand même plutôt des cadres des cadres y compris de la fonction publique ils sont où les ouvriers les
ouvriers il y en a comme d
'habitude extrêmement
peu c'est un
des gros problèmes on disait très souvent il n
'y
a pas assez de gens du privé les gens du privé sont là et la république en marche a beaucoup aidé à cette pénétration de cadres et de responsables du privé mais en revanche la sous-représentation des couches populaires elle continue elle-même elle s'est peut-être
un peu accenturée
il y avait même moins d'ouvriers parmi les candidats l'ensemble des candidats à ces élections législatives que 5 ans auparavant on est à des niveaux non seulement dérisoires mais qui ne progressent pas donc parmi les élus ça n'a pas beaucoup de
chance
François Hollande est bien silencieux oui on
le comprend oui
oui la Corée en plus son département Bernard Combe a été sèchement battu qui était son successeur dans sa circonscription et puis dans la recherche des responsables qu'évoquait Karl Mélus tout à l'heure il est désigné y compris explicitement par un certain nombre d'anciens députés ou de députés battus du PS comme le responsable de cette situation Manuel Valls prendra-t-il la tête du Parti Socialiste pour l'instant ça semble difficile parce qu'il est contesté de tous les côtés moi ce qui me fascine c'est le degré de rejet qu'il y a aussi à l'égard de Manuel Valls dans l'opinion et on ne voit pas comment il pourrait s'imposer immédiatement à la tête d'un Parti Socialiste quel qu'il soit mais les Français ils n'attendent pas de renouveau de la part du Parti Socialiste de la part de LR
? je pense que
les Français ils ont mis sous surveillance Emmanuel Macron en disant on lui donne la possibilité de gouverner et on va voir on espère mais on va voir c'est un président sous surveillance et le Parti Socialiste ou les LR aujourd'hui ce n'est pas leur préoccupation ça, ça sera pour plus tard comme Le Pen et Mélenchon auront une tribune à
l
'Assemblée leur potentiel de nuisance dans la rue sera-t-il réduit
?
non, ça ne se passe pas
comme
ça
ça
ne se
passe
pas comme ça la Chambre des députés l'Assemblée Nationale c'est un lieu où ses porte-voix auront beaucoup d'importance d'ailleurs plus Jean-Luc Mélenchon que Marine Le Pen puisque Jean-Luc Mélenchon a tout de même l'aisance qui est celle d'un président de groupe il sera le président de groupe de la France Insoumise ce qui ne sera pas le cas de Marine Le Pen qui
sera
parmi les non-inscrits
on rappelle que ça donne du temps de parole
bien sûr du temps de parole
des moyens une capacité à participer au travail en commission etc c'est pas du tout négligeable cette affaire mais ça ne veut pas dire que ses porte-paroles d'ailleurs ils l'ont dit se calmeront quant à la nécessité pour eux à l'urgente nécessité d'organiser un troisième tour de type social
le député peut-il être efficace dans sa circonscription sans un réseau politique financier associatif etc
c
'est compliqué il faut pouvoir surtout avoir des réseaux à Paris c
'est surtout s'ouvrir la porte des
ministères
quand
on est un député de la majorité on peut quand même justement faire remonter des dossiers si vous voulez c'est plus facile que quand on est un député de l'opposition
combien
de députés PS et LR Macron compatibles
alors
est-ce que vous avez fait les comptes chez les LR il semblerait que sur l'ensemble qui soit élu qu'on ait un tiers qui soit macro-compatible sans trop de problèmes il y a un autre tiers qui manifestement est totalement dans la position inverse qui ne veut absolument pas gouverner avec Emmanuel Macron et puis il
y a
une frange qui est plus difficile à identifier parce qu'elle-même dit ça va dépendre où elle hésite et du côté du parti socialiste
je
ne
saurais
pas dire
vous ne savez pas on va attendre un petit peu
le côté du parti socialiste il faudra
attendre et ça sera à peu près à mon avis du même ordre c'est-à-dire un petit tiers et macro-compatible et le reste attendra la reconstruction du parti sachant qu'une partie de ses députés pourra être séduit par une ouverture vers la gauche de la gauche
les ennuis judiciaires de Marine Le Pen sont-ils encore reportés ? on imagine que la question fait référence au fait qu'elle soit élue députée qu'elle bénéficie peut-être d'un report possible vous ne savez pas ? on passe à une autre question elle a eu une ministre parlementaire ministre et député est-ce conciliable ?
non
c
'est l'un ou l'autre non non c'est l'un ou l'autre Richard Ferrand démissionne
et puis c'est prévu depuis 1958 c'est dans la constitution
connaît-on nominativement qui vote la confiance ? est-ce que le vote est public
?
est-ce qu'on saura
qui a voté ?
le moment de la grande clarification ce sera ce
moment-là vous nous
disiez tout à l'heure Karl Meus
et là pour
déterminer les frontières entre la majorité et non pas l'opposition mais les oppositions le vote sur la déclaration de politique générale du Premier ministre sera le critère décisif
si
j'ai bien compris pour être député il suffit de suivre quelques week-ends de formation oui il y aura un week-end de formation oui ce week-end
il
fallait surtout avoir l'étiquette la République en marche c
'est ça qui était plus utile
quelle est la tendance majoritaire des députés de la République en marche plutôt à gauche ou plutôt à droite alors elle est intéressante cette question
d'où viennent-ils ? pour ceux qui avaient un engagement politique le centre de gravité est un peu plus à gauche qu'à droite voilà
et
bien merci à vous tous c'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h35 on se retrouve demain pour un nouveau C'est dans l'air tout de suite c'est à vous belle soirée c'est dans l'air
c'est dans l
'air
c'est dans l
'air
c
'est
dans l'air