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Podcast / conversationFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 10 juillet 2026 28 minDivertissementInstitutions & électionsEurope & international

[DÉCOUVERTE] César : un rendez‑vous avec la mort | 10/10 · L'empire en héritage

Source d'origine 2 locuteurs

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0:01
Invité

J'aurais donc intrigué, combattu, séduit et dissimulé 40 ans, pour un an et demi d'action impériale et de libre arbitre. Il n'est pas temps. L'État est bien plus intéressé que moi-même à ce que je vive. On dit de cette mer Méditerranée qu'elle est nôtre, et on s'enflatte, on s'engrise.

0:24
Présentateur

Elle le sera bien plus quand les hordes barbares des continents nous auront précipité, si je n'y suis pas. Crois-t-on que j'ai enjambé le Rhin pour chevaucher les fées de la brume ? Le Nil pour faire à la petite fille du soleil un bâtard de plus ? Je suis César, et ne daigne être Dieu ni roi.

0:46
Invité

À force d'être l'agent de massacres collectifs, d'assassinats, de génocides, on pourrait dire, il était quand même très très proche de cette dimension de la mort. Donc, qu'elle se retourne contre lui, ça n'est pas très étonnant. Plutarch, dans ses vies parallèles, écrit que dès son arrivée à Rome, Octave va saluer Antoine, comme l'un des amis de son père adoptif. Et dans la conversation, il lui rappela le dépôt qui lui avait été confié par Calpurnia. Car une clause du testament de César lui enjoignait de payer à chaque citoyen romain une somme de 75 drachmes.

Antoine, méprisant la jeunesse d'Octave, répondit que ce serait folie à lui, ayant si peu de capacité et dépourvu d'amis, d'accepter la succession de Jules César, qui était un fardeau bien au-dessus de ses forces. Mais le jeune homme ne se paya pas de ses raisons.

2:01
Présentateur

Dixième et dernier épisode. L'Empire en héritage. La vengeance de César, il faut voir que c'est une construction d'Octave. Christophe Badel, historien. On est à l'été, en effet, 44. Octave arrive. On sait, le testament de César a été ouvert et lu. On sait qu'il est le fils adoptif de César. Il vient réclamer sa part de l'étage de César. Alors, sa part, je dirais, patrimoniale, il va hériter, en effet, de la fortune de César, de ses biens. Mais surtout, il vient réclamer son héritage politique. Aussitôt, Antoine lui refuse cet héritage. Et Octave va se positionner contre Antoine au nom de la vengeance de César. Et Octave va dire, Antoine trahit César. Moi, je vais le venger.

Et les premières années d'Octave vont être bâties sur, précisément, ce grand slogan. Je vais venger César. Et c'est à ce moment-là que se cristallise l'idée, en effet, de l'héritier de César et de cette vengeance qui se déroule à la fois par les mains d'Octave, mais aussi, de façon plus générale, par les mains du destin. Et du coup, en effet, tous les assassins de César font disparaître à leur tour. Qu'est-ce que c'est, Frédéric Hurlet, que le triomvirate ? Comment se cristallise l'alliance Marc-Antoine, l'épide Octave, comme c'était cristallisé une décennie et quelques plus tôt, l'alliance César-Pompée-Cracius, qui, elle, était secrète et informelle ?

Autant le premier triomvirat, entre guillemets, est une association secrète, j'habite de dire, c'est trois hommes qui se réunissent dans une maison secrète et qui décident de faire un pacte pour avoir les pleins pouvoirs, parce qu'ils mettent en commun leur force. Autant le second triomvirat, qui est le seul triomvirat, parce qu'il émane d'une loi qui institue un triomvirat officiellement pour restaurer la res publica. Le triomvirat, c'est en fait le pouvoir de trois hommes. Annie Alelli, historienne.

4:22
Invité

C'est une forme, j'allais dire, de dictature à trois, puisqu'il se partage tous les pouvoirs. Il se partage également les magistratures. Il se partage les provinces. Et puis, il décide aussi deux choses très importantes. Il décide donc la guerre contre les assassins de César. Ça, c'est Octavien qui y tient absolument. Et puis également, il mettra en place quelque chose qui va rendre ce triomvirat complètement impopulaire, c'est le retour à la proscription. C'est-à-dire pour tuer, éliminer physiquement les assassins de César, mais pas uniquement, il y a aussi toute la mouvance cicéronienne. Cicéron va être une des premières victimes.

5:08
Présentateur

Charles Guérin, est-ce que Cicéron a pu raisonnablement caresser l'espoir de devenir le mentor du jeune Octavien ? Absolument, ce n'est pas la première fois qu'il caresse l'espoir de devenir le mentor de quelqu'un, puisque dès 1946, au mois de septembre, il tente de devenir peu ou prou le mentor de César, qui évidemment ne va pas fonctionner. il lui faudra quelques mois pour s'en rendre compte. C'est la même chose pour Octavien, à ceci près que le jeune Octavien est extrêmement habile, que c'est de toute évidence quelqu'un qui a une finesse psychologique hors du commun, et qu'il perçoit immédiatement les ressorts de Cicéron.

En 1944, une des premières choses qu'il fait, c'est rendre visite à Cicéron, parce qu'il sait que par Cicéron, il a une voie d'accès au Sénat. Et Cicéron va se laisser convaincre, flatter. La vanité, c'est quoi ? C'est le vieil homme qui a envie de rester aux affaires ? C'est de la vanité ? Alors, il y a ça, ça c'est certain, mais il y a aussi l'idée qu'il a besoin d'un autre homme fort pour contrecarrer Marc-Antoine. Marc-Antoine a récupéré les papiers de César, c'est lui qui exerce le pouvoir, et c'est lui qui hérite finalement au début du charisme césarien. Et voilà que surgit le fils adoptif qui va permettre de le contrer, en réalité.

Et Antoine le sait bien, et Antoine lutte autant qu'il le peut pour bloquer l'ascension de ce rival. Et donc, Cicéron joue finalement un homme fort potentiel contre un homme fort établi. Le drame, c'est qu'il va dans ses cercles, parce qu'il parle trop, appeler Octavien le gamin, et expliquer qu'on allait s'en servir, et puis l'éliminer par la suite. Ce qui, évidemment, va avoir des conséquences dramatiques en août 1943, puisque Octavien le sait bien, et va considérer ensuite Cicéron comme un adversaire, et comme un traître également. Comment expliquez-vous, Frédéric Hurlet, que Octave donne en pâture Cicéron à la vindicte de Marc-Antoine ?

Est-ce que c'est de l'indifférence, de la lâcheté, un calcul ? Comment peut-on laisser assassiner le principal intellectuel de son temps quand on est Octave ? Pour des raisons opportunistes. Le triumvirat a débouché sur une affreuse procédure qu'on appelle la proscription. Et ce que l'on sait, c'est que ces fameuses procédures consistant à afficher les noms de personnes que l'on voulait voir exécutées, du type Wanted, quand on avait ces affiches-là outre-Atlantique, eh bien, il est évident qu'il y a eu des marchandages. Le frère de l'épide a été placé sur la liste parce que c'était l'ennemi d'un des autres des triumvirs, et l'épide n'a rien fait pour s'y opposer.

Et Marc-Antoine voulait impérativement la mort de Cicéron, en lien avec la guérilla sénatoriale que Cicéron a menée, que l'on connaît grâce aux Philippiques, qui sont 14 discours prononcés par Cicéron, tous très violents, s'en prenant Antoine non seulement d'un point de vue politique, mais aussi d'un point de vue humain, d'un point de vue idéologique et d'un point de vue personnel. Et donc, de ce point de vue-là, Marc-Antoine ne voulait pas négocier sur ce point-là. Et comme il y avait évidemment des négociations qui ont eu lieu, il est certain que dans la balance, la tête de Cicéron, et puis aussi ses mains qui ont été clouées sur les rostres, eh bien tout cela n'a pas pesé très lourd.

C'est plus facile si tu t'agenouilles.

8:53
Locuteur

Oui.

8:54
Présentateur

Vaut mieux pas que tu regardes ça. Une fois que Cicéron est exécuté par les sbires des triumvirs, peut-être des sbires d'Antoine, en tout cas ses mains et sa tête coupées, sont exhibées sur les rostres, c'est-à-dire sur la tribune principale du forum, là où on prononce les discours, là où Cicéron a prononcé ses philippiques. Est-ce que c'est une forme de deuxième mort symbolique ? Comment vous comprenez cette humiliation postume ? Il y a deux manières de la comprendre. Il y a d'abord une manière historique, qui est que dans toutes les guerres civiles, quand on tue un adversaire qui est l'un des premiers acteurs politiques, sa tête finit sur les rostres.

On peut aussi aborder la décapitation de Cicéron et son exhibition sur les rostres à partir de la réception qui en est faite par la littérature impériale. Et la littérature impériale nous dit très clairement que c'est un châtiment infligé par Antoine pour les philippiques.

Et cette littérature impériale qui est essentiellement scolaire, ce sont des textes qu'on prononce dans les écoles pour entraîner les jeunes gens, et on déclame sur la mort de Cicéron et la mort de l'éloquence en général, puisque Cicéron est l'équivalent de l'éloquence, cela devient une forme de réflexion tragique sur la chute de la République et sur le fait que l'éloquence est morte, mais on y apporte une réponse, puisque ces textes nous disent aussi qu'en faisant cela, Antoine s'est condamné et qu'il a peut-être décapité Cicéron et exhibé sa tête qui...

On a des images atroces dans ces textes, la tête qui dégouline sur les rostres, la foule qui pleure et qui se rappelle les discours de Cicéron, et justement ce rappel des discours de Cicéron, cette mémoire de Cicéron, elle ne peut pas être détruite par Antoine, et les auteurs nous disent, Antoine, tu l'as vaincu dans son corps, mais tu es vaincu par ses textes. Et donc cette tête présente sur les rostres, elle a simplement rappelé la gloire qui était celle de Cicéron. On peut en douter dans les faits, mais la littérature réinterprète cet aspect-là de manière très appuyée et très efficace.

11:03
Invité

Je te dis adieu, à toi aussi Volumius. Compatriote, j'ai eu la joie au cœur, en songeant que pendant toute ma vie, jamais je n'ai trouvé homme qui me fût plus fidèle. J'aurais gagné plus de gloire pendant cette journée, bien plus qu'Octavius et que Marc-Antoine n'en obtiendront pas un déshonorant triomphe. Une dernière fois, adieu à tous. Car Brutus a ici fini de compter son histoire.

11:37
Présentateur

Marine Bretain Chabrol, où s'achève la trajectoire de Brutus ?

11:48
Invité

Brutus et Cassius, à partir du moment où ils se voient dépouillés de leur préture et consignés à un pouvoir dans les provinces, vont en fait se donner les moyens de relancer une guerre qui va aboutir à la bataille de Philippe en 42 avant Jésus-Christ, donc le dernier combat des assassins de César. La bataille est dans un premier temps incertaine. Brutus remporte une partie du combat. Cassius est défait par les armées d'Antoine. Et Cassius, n'étant pas informé de la victoire de Brutus, se suicide ou on l'aide à se suicider. Brutus comprend que la défaite est proche. Il se bat jusqu'au dernier moment.

Et puis finalement, entouré d'un petit groupe de fidèles, donc il se donne la mort à la manière de Caton, son mentor, qu'il suit encore jusqu'au dernier moment. Sarah Borello, historienne. Sa femme, Portia, nous disent les sources, lorsqu'elle reçut la nouvelle de la mort de Brutus, réagit en ingérant des charbons ardents, donc en se suicidant elle aussi d'une manière extrêmement singulière et jusqu'alors jamais attestée dans l'histoire de Rome.

13:18
Présentateur

Octave, qui va devenir Auguste, est donc le fils légal, le fils adoptif de César. Pourquoi Frédéric Hurley pensez-vous qu'il a jugé indispensable de tuer le fils biologique de César ? Pourquoi tuer ce malheureux Césarion ? La réponse est donnée dans l'Antiquité par un philosophe avec lequel Auguste, enfin le futur Auguste, est entré dans Alexandrie en 30 avant Jésus-Christ. Il s'appelle Areus.

Et en 30 avant Jésus-Christ, quand Auguste entre dans Alexandrie, qui est prise par ses propres forces, Cléopâtre se suicide, Marc-Antoine également, et il reste, il reste d'abord le fils aîné de Marc-Antoine et de Fulvie, Antillus, qui est exécuté très rapidement dans Alexandrie même, et puis il y a Césarion, il a 16-17 ans. Et Areus dit à Auguste, enfin au futur Auguste, lui dit, il ne peut pas y avoir deux Césars. Celui qu'on appelle Auguste, à l'époque, s'appelle Caesar, puisque c'est le fils de Julius Caesar. Donc son nom, c'est Caesar. Et Césarion, c'est un Caesar aussi. Et donc il ne peut pas y avoir deux Césars, et donc l'élimination est une élimination politique.

Le 16 janvier 27 avant Jésus-Christ, 17 ans se sont déjà écoulés depuis la mort de César. Est-ce que c'est la conclusion du meurtre ce jour-là, Christophe Badel ? Alors on peut estimer en effet que le 16 janvier, qui va à la proclamation d'Octave comme Auguste, est l'épisode terminal d'un cycle qui se serait ouvert avec la mort de César. Ça veut dire quoi, proclamer comme Auguste ? Alors, Auguste veut dire protéger des dieux. Ça vient spécialement d'un mot latin qui veut dire augmenter, au sens vraiment le plus technique. Ça veut dire que la protection des dieux augmente l'efficacité des décisions politiques d'Auguste.

Le terme augure, qui désigne un prêtre romain, est construit sur la même racine, si vous le comprenez. Mais il y a eu une séance le 13 janvier qui est aussi importante. Depuis 1943, c'est-à-dire au lendemain de la mort de César, Octave avait fait, avec les deux césariens, Lépide et Antoine, un triumvirat. Il gouverne en s'appuyant sur les pouvoirs de triumvir. qui sont des pouvoirs exceptionnels, donc antirépublicains. Et le 13 janvier 1927, Octave vient et dit, je dépose ces pouvoirs, la Respublica est restaurée, et je rentre dans le rang. Je redeviens un homme privé.

Ça veut dire justement que la guerre civile est terminée, la crise de la République est terminée, et le cycle ouvert, par en effet peut-être Mario Cécila, ou par le Rubicon, ou par le Rubicon, est terminé. Et en l'occurrence, la conclusion, ce n'est pas une dictature à la César, c'est un rétablissement de la République. Et le Sénat a dit, ah mais non, mais non, vous êtes trop indispensable à la République. Oui, la République est restaurée, mais on va trouver un accord, il faut continuer à gouverner pour le bien de la République. On va vous donner un imperium, à savoir un pouvoir, sur la moitié des provinces du monde romain.

Et le Sénat va gérer la moitié des provinces, et puis vous, vous géreriez l'autre moitié, avec un imperium, mais une province de la nature républicaine. Et le 16 janvier, trois jours plus tard, pour justement bien désigner son statut exceptionnel au sein d'une république restaurée, on lui donne ce titre d'Auguste, Augustus, qui veut dire en effet, cet homme protégé des dieux, mais surtout cet homme qui n'est pas un roi, c'est-à-dire un anti-César. Et pour son titre, ou son nouveau nom, longtemps, Octave est pensé à Romulus. Romulus, le premier roi de Rome. Romulus, ce n'est pas possible. Romulus, c'est la royauté, la royauté césarienne qui a échoué.

Moi, je vais être autre chose, je vais être Augustus, je vais être Auguste. Donc, c'est tout de même un choix qui dit non, je suis le contraire de César.

17:56
Invité

Est-ce qu'Octavien marche dans les pas de César ? D'une certaine manière, il va mettre en place un pouvoir personnel. Ce que César, notamment à travers la dictature à vie que lui confère le Sénat, avait commencé de mettre en place. Est-ce qu'il a exactement accompli le programme que César avait potentiellement en tête ? Je ne saurais pas le dire.

18:19
Présentateur

Et inversement, est-ce qu'il y a des aspects du césarisme que Octave, en train de devenir Auguste, a délibérément écartés, selon vous, Audrey Bertrand ?

18:29
Invité

Pour reprendre peut-être une formule qui a eu son heure de gloire, certainement Auguste a exercé son droit d'inventaire. La dictature à vie est quelque chose qu'Auguste n'a jamais probablement envisagé, parce qu'elle allait contre la tradition républicaine des magistratures annuelles. On peut aussi avoir en tête la question de la divinisation. Là aussi, Auguste sera beaucoup plus prudent, puisqu'il refusera toujours qu'un culte lui soit rendu de son vivant en Italie. Donc oui, Auguste a su garder certains éléments, mais il a bénéficié en quelque sorte de ce qu'on peut relire comme ayant été des erreurs de César, ou en tout cas, ce qui a pu amener à son assassinat.

19:16
Présentateur

César a été pour Octavien à la fois le modèle, le père, mais aussi le modèle de ce qu'il ne fallait pas totalement faire. Octave a bien vu à quel point César finalement a réussi en espace de peu de temps à s'aliéner quand même à un certain nombre de membres de l'aristocratie, au point d'ailleurs de finir assassiné. Et ça a été un contre-modèle qui est beaucoup plus prudent, beaucoup plus respectueux des institutions de la République qui contournent davantage les institutions plutôt que, comme César, les affronter brutalement.

Marie-Claire Ferriès, est-ce que vous pensez que les Romains, l'opinion romaine, la plèbe, mais aussi l'élite, a été satisfaite du passage à l'Empire imposé par Octave-Auguste ? Ou est-ce qu'ils l'ont subi ?

20:18
Invité

Le passage à l'Empire a satisfait les Romains, beaucoup plus sans doute la plèbe encore que l'aristocratie, parce que l'Empire, c'est la paix. Et ce n'est pas Napoléon III qui l'a dit le premier, finalement. La paix auguste, après 20 ans de guerre civile, la stabilisation de la situation a été un soulagement immense pour la société romaine. Le deuxième fait qui explique que l'établissement du principat ait été une réussite, c'est qu'il a été très progressif. Auguste a réussi à transformer une hégémonie de faits en un état de droit.

21:04
Présentateur

Quelle a été l'ombre portée, la durée de cet héritage césarien ? Est-ce que c'est 500 ans jusqu'à la sud de Rome ? Est-ce que c'est 1500 ans jusqu'à la sud de Constantinople ? Est-ce que ça continue encore au-delà avec les Russes qui décident de devenir des Tsars, les Allemands qui décident de devenir des Kaisers, jusqu'à Napoléon qui se met à réinventer des aigles impériaux partout, Mussolini ?

21:34
Invité

César reste, comme vous le savez, et je pense que l'émission de radio que vous êtes en train de faire en est la preuve, reste une figure historique incontournable. C'est un personnage auquel vont se référer de nombreux chefs politiques par la suite. Vous avez parlé de Bonaparte, on parle du césarisme, qui a été notamment étudié par un grand historien d'antiquité, Claude Nicolet. Donc les formes de pouvoir qu'il a commencé d'inventer ont en effet marqué durablement l'histoire politique et intellectuelle de l'Occident, tout à fait.

22:14
Présentateur

Cyril Courrier, historien. On utilise beaucoup le modèle romain comme un référent pour l'évolution de nos démocraties, et il est certain qu'il y a des choses qui interpellent, notamment l'ascension du pouvoir personnel, le populisme, le dérèglement des institutions, la façon dont on s'en fait fi des règles. Donc oui, il y a des choses qui, de toute évidence, interpellent. La manipulation des émotions ? La manipulation des émotions. Après, il y a des choses différentes, je pense. Je me demande si le niveau général de culture politique, par exemple, n'était pas plus élevé dans l'Antiquité. Si on compare, par exemple, avec l'Amérique de Donald Trump, je crois que c'est...

J'en suis même à peu près persuadé. C'est-à-dire que le citoyen romain de base, le plébénien romain, était plus politisé, plus finot que l'Américain de base. Je pense, oui. Enfin, du moins que l'électeur républicain, on va dire. Donc oui, je pense. Et par ailleurs, les élites romaines étaient... Par exemple, César n'est pas comparable à Donald Trump. Donald Trump a l'élocution et la culture d'un enfant de 6 ans. César a une constance dans son attitude qu'il honore sur la durée de sa carrière. Voilà, pour le coup, c'est incomparable. À l'assaut des murs du Capitole. C'est de cette manière qu'a débuté l'après-midi où l'Amérique a vu le temple de sa démocratie vaciller.

Quand on parle de prise du Capitole, on peut en parler pour la Rome républicaine ou pour les États-Unis contemporains. C'est très intéressant. 6 janvier 2021, les partisans de Donald Trump essayent de prendre le Capitole. Oui, ça vous fait penser à la Rome antique, à la fin de la République romaine ? Le principe même de la prise du Capitole, c'est quelque chose de très évocateur. C'est évocateur pour les débuts de la République. Pour le coup, on a plusieurs menaces qui sont faites sur le Capitole. C'est révélateur des affrontements de la fin de la République. On a parlé ensemble des Gracques. Les Gracques sont tués. En tout cas, Tiberius Gracchus est tué sur les flancs du Capitole.

Le projet de prendre le Capitole est souvent avancé dans les projets sédicieux. Si c'est, on se retranche sur le Capitole lors de la séance du Sénat qui vise à condamner les conjurés. Donc, ces lieux et le nom même de Capitole est hérité de l'époque romaine. Donc, il y a un sens derrière ces bâtiments qui sont néoclassiques, derrière ces mots qui sont porteurs vraiment d'un danger pour la République.

Barry Strauss, pour faire un lien avec aujourd'hui, est-ce que la manière qu'a Donald Trump d'attaquer les institutions du Capitole, de jouer du populisme, de déployer la puissance de l'argent par tous les moyens et même d'attaquer la Perse, c'est-à-dire aujourd'hui l'Iran, vous font penser que Trump pourrait être le faux soyeur de la République américaine, comme César qui porta le coup de grâce à la République romaine ?

25:04
Invité

Non, pas vraiment, je ne pense pas.

25:08
Présentateur

Bien sûr, Trump a fait certaines choses qui rappellent César, comme de mettre son nom partout, de proposer qu'on construise un arc de triomphe à l'entrée de Washington, mais il est très loin de César. Et la démocratie américaine demeure nettement plus solide que ne l'était la République romaine en 44 avant notre ère. C'était Jules César, un rendez-vous avec la mort. Merci à Christophe Badel, Frédéric Hurley, Charles Guérin, Martine Bretin-Chabrol, Sarah Borello, Audrey Bertrand, Marie-Claire Ferriès, Cyril Courrier, Romain Millau et Barry Strauss. Remerciements à Alexandre Vincent et à Brigitte Marin, directrice de l'École française de Rome. Extrait de plus tard que lu par Olivier Balazuc.

Extrait de la série « Rome » produite par HBO, de Jules César réalisé par Stuart Burge et de Cléopâtre par Joseph Mankiewicz avec les voix de Thierry Beauchamp et Anne de Peufilloux. Prise de son studio, Pierrick Charles, Jay Zantaous et Eric Boisset. Coordination Christine Bernard, conseiller élitorial Emmanuel Laurentin. Une série documentaire d'Alfred de Montesquieu réalisée par François Test. et Eric Boisset.

26:53
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada