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Podcast / conversationTrouble Fait· 30 avril 2019 23 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & international

Ruffin : Une autre baudruche est possible ?

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:22Invité politiqueFait
    « Sa première corruption, c'est déjà d'avoir appelé à voter Macron au second tour de la présidentielle en 2017 »
  • 5:09Invité politiqueFait
    « C'est pareil pour les syndicats de travailleurs, qui avaient appelé à voter Macron en échange d'une opposition ferme à ses politiques. »
  • 6:15Invité politiqueFait
    « Sa première corruption, c'est déjà d'avoir appelé à voter Macron au second tour de la présidentielle en 2017 »
  • 6:49Invité politiqueFait
    « — M. Ruffin, vous, vous dites : « Le dialogue, c'est terminé », puisque vous demandez aujourd'hui, cet après-midi, la démission d'Emmanuel Macron. — Moi, j'ai pas demandé la démission d'Emmanuel Macron cet après-midi. »
  • 9:51Invité politiqueFait
    « Quelques jours plus tard, le soutien de Ruffin à Étienne Chouard nous donne un aperçu des pressions auxquelles il peut être exposé »
  • 10:57Invité politiqueFait
    « C'est sans doute cette même pression partisane qui explique le refus de Ruffin d'enclencher la destitution de Macron par l'article 68 de la Constitution »
  • 12:15Invité politiqueFait
    « — Il y a notamment des questions dans les commentaires qui évoquent le fait qu'il y avait un député au mois de décembre qui avait entrepris un article qui permet la destitution du président Emmanuel Macron »
  • 15:11Invité politiqueFait
    « Ruffin se dit protectionniste et veut défendre les services publics. Mais il préfère qu'on reste dans des traités européens qui organisent les délocalisations »
  • 17:47Invité politiqueFait
    « Si le scénario se répète en 2022, que va faire Ruffin ? Une fois de plus, il va appeler à voter pour le candidat de l'oligarchie contre la peste brune. »

Temps de parole

  • François Ruffin100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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François Ruffin

Salut à tous. Aujourd'hui, j'ai décidé de me faire de nouveaux potes. On va parler de l'un des seuls personnages politiques médiatiques qui ont une vraie sympathie auprès du public pour lui taper dessus. Non, mais gentiment. On va rassurer tout de suite les ruffinophiles avant qu'ils balancent leur pavé de sel dans les commentaires. Ça va être constructif. Parce qu'il me semble que Ruffin est quand même un gars honnête et droit. Et c'est plutôt rare en politique. Il fait un travail relativement important à l'Assemblée avec son équipe.

Il porte une critique de la société avec un angle toujours très local, pragmatique, terre-à-terre, dont je partage l'essentiel sinon la totalité du constat et des conclusions. Je ne pense pas qu'on puisse défendre une cause avec autant d'énergie que met Ruffin si on n'a pas un engagement sincère pour celle-ci. {Cependant} Au fil des années où je l'observe, et particulièrement depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, j'ai remarqué qu'il a enchaîné les renoncements, les compromissions. Bref, comme il le dit lui-même dans une vidéo récente qui m'a d'ailleurs donné envie de faire celle-ci, il est aspiré vers la corruption et la médiocrité.

(François Ruffin - Youtube - BDR 42 - 30 janvier 2019) Alors les gens, quand on parle de corruption, ils pensent qu'à la corruption financière. Je pense que, franchement, j'en suis préservé. Voilà. Je le sais, moi. Mais en revanche, il y a des tas de formes de corruption. Et ça, c'est une forme de corruption, de faire les trucs en te demandant : « Mais combien je vais avoir de likes ? Combien je vais avoir d'abonnés ? Combien je vais me classer ? Qu'est-ce que je dois faire pour rester dans le jeu ? ». Enfin tu vois, c'est une forme de corruption. Ça me fait penser, moi, à Patrick Font. Tu vois qui c'est, ou pas ? Patrick Font, c'était un humoriste qui tournait...

À un moment, il avait une émission qui s'appelait « Rien à cirer », qui était diffusée sur France Inter. C'est Laurent Ruquier qui l'animait. Bon, Laurent Ruquier qui faisait un calembour toutes les 30 secondes. C'était stupéfiant. Et il y avait Patrick Font, que je trouvais quand j'étais jeune hyper drôle. Et puis après, je l'ai trouvé nul. J'avais l'impression qu'il venait sur scène, il faisait : « Caca », et puis les gens : « Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! ». Comme ça, tu vois. « Prout ». « Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! ». « Bite ». « Ha ! Ha ! ». Comme ça tout le temps. Je me disais : « Mais c'est vraiment nul. Comment ça se fait ? C'est parce que j'étais jeune que je trouvais ça bien.

J'étais pas encore mûr ». Et puis je suis retombé là sur un bouquin avec les premiers textes de Patrick Font. Putain, c'était génial. Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est la corruption. C'est la perte de l'intégrité par les applaudissements. Tu vois, il suffisait que Patrick Font arrive, qu'il fasse une grimace, qu'il dise un mot, et tac, il était applaudi. Et il se rendait pas compte qu'au fur et à mesure de tout ça, il s'enlisait dans la médiocrité. C'est le risque. C'est de s'enliser en permanence dans la médiocrité, tu vois.

J'ai trouvé ça intéressant qu'il parle de ce risque de la médiocrité suscité par le qu'en dira-t-on, par la structure du jeu politique et médiatique et tous ces trucs-là. Ça rejoint un peu la phrase de Jaurès, qui disait que le courage, c'est chercher la vérité et la dire, c'est de ne pas se faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. Alors aujourd'hui, au lieu d'applaudir bêtement tout ce que dit et fait Ruffin, on va lui rendre service en prenant du recul, pour voir si c'est un vrai opposant ou s'il ne risque pas de finir comme une baudruche de plus à force de compromissions. Ça tombe bien.

J'ai justement repéré 5 moments majeurs qui montrent que Ruffin devient une planche pourrie dès que ça devient sérieux. Sa première corruption, c'est déjà d'avoir appelé à voter Macron au second tour de la présidentielle en 2017, validant par là l'idiotie du front républicain. Tout le monde voit bien maintenant comment les euro-libéraux instrumentalisent le RN pour forcer l'extrême-gauche à voter pour eux au second tour de toutes les élections sur fond de barrage à la haine et de chantage aux chambres à gaz. Grâce au front républicain, ils ont juste à se démerder pour avoir le RN en face d'eux, et la victoire est assurée. Même pas besoin de faire campagne.

Et pour ça, il suffit de faire mousser le RN dans les médias quelques mois avant une élection, comme ils sont en train de le faire en ce moment pour les européennes. Quand on est un opposant, on dénonce cette magouille. Quand on est un faux opposant, on y participe. Vous vous souvenez de Mélenchon à Marseille, quand il faisait les yeux doux à Macron pendant que celui-ci le qualifiait comme son allié tout en nommant Le Pen et le RN comme son premier opposant, détruisant complètement la crédibilité de Mélenchon en tant qu'opposant à Macron. — La terre de la confrontation, c'est Marseille, pour vous deux, finalement ? — On a échangé tout à l'heure dans un échange républicain.

Et moi, j'ai toujours beaucoup de plaisir à échanger avec M. Mélenchon, parce qu'on n'a pas toujours les mêmes idées sur tout... — Non, pas souvent, mais... — Il y a des fois où ça arrive. Mais en tout cas, c'est toujours respectueux et c'est toujours intéressant. — Oui, c'est bien comme ça. — Votre adversaire, c'est plus le Front national que lui-même, finalement ? — Ah j'ai aucun doute... — Bon alors, ça vous a plu ? — On a des confrontations politiques, philosophiques. Mais M. Mélenchon, ce n'est pas mon ennemi. — Il y a eu des mots très forts quand même, tout à l'heure, sur la xénophobie. M. Mélenchon, c'est le mot que vous avez employé.

C'est pareil pour les syndicats de travailleurs, qui avaient appelé à voter Macron en échange d'une opposition ferme à ses politiques. Bon, bah résultat : on a Macron. Par contre, l'opposition des syndicats, on la cherche encore. En 2017, j'avais appelé à voter Le Pen au second tour. Alors sans sympathie, dans un certain contexte, et avec l'intention machiavélique de casser ce système, justement. Sans demander à Ruffin d'aller jusque-là, on aurait au moins pu s'attendre à ce qu'il dénonce le chantage du front républicain et l'illusion du choix créé par ce mode de scrutin complètement dévoyé.

Ça l'aurait grandi, d'autant plus qu'il propose de passer à une VIe République plus démocratique sans trop qu'on sache ce qu'il y a dedans. Mais ça, c'est une autre affaire. Mais au lieu de ça, au lieu de dénoncer cette illusion, au moment fatidique, il s'est fait le complice des politiques et du système qu'il dénonce à longueur d'année. Donc là, déjà, c'est pas bon signe pour la suite. C'est vraiment depuis le début du mouvement des Gilets jaunes qu'on voit où s'arrête l'opposition de Ruffin au système en place, à travers 3 exemples. Ça commence avec son appel à la démission de Macron qu'il avait lancé à la presse devant l'Élysée.

(Ruffin de l'après-midi - 3 décembre 2018) {« Macron démission », c'est le mot d'ordre entonné partout. « Macron démission », c'est proclamé en chœur sur tous les ronds-points. « Macron démission », c'est inscrit au feutre sur des milliers de gilets. « Macron démission », c'est réclamé par des pétitions.} Une très bonne chose qui correspond totalement à la volonté des Gilets jaunes, et qui aurait même pu laver son appel à voter Macron en montrant qu'il est un vrai opposant, pas comme les syndicats. Sauf que le soir même à la télé, il s'était déjà dégonflé. (Ruffin du soir - 3 décembre 2018) — M.

Ruffin, vous, vous dites : « Le dialogue, c'est terminé », puisque vous demandez aujourd'hui, cet après-midi, la démission d'Emmanuel Macron. — Moi, j'ai pas demandé la démission d'Emmanuel Macron cet après-midi. Non, non. — On a mal compris, alors. — Oui, tout à fait. {Que disent les Français que j'ai rencontrés ? Que M. Emmanuel Macron doit maintenant partir.} — Vous ne demandez pas la démission d'Emmanuel Macron ce soir ? J'ai mal compris, nous avons mal compris. — Non. Alors moi, ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui, on est passés...

{Qu'il doit partir en auto, en moto, à cheval, en trottinette, en hélicoptère, mais qu'il doit partir, qu'il doit partir avant de rendre notre pays fou.} — Et donc moi, je n'ai pas demandé la démission d'Emmanuel Macron. Ce que je dis, c'est : « Que répètent les gens sur les ronds-points ? Ils répètent « Macron démission ». J'avais déjà montré ce montage dans ma première vidéo sur les Gilets jaunes. Et dans les commentaires, les ruffinophiles m'avaient répondu en jouant sur quelques mots au début de son discours qu'il ne faisait que relayer la parole des Gilets jaunes sans s'y associer.

{Conformément à mon mandat, je viens rapporter ici à Paris devant l'Élysée l'état d'esprit de mes concitoyens.} Ce à quoi on pourrait leur rappeler d'autres mots du discours de Ruffin montrant qu'il s'associait bel et bien à la demande de démission de Macron. {Cette exigence de notre peuple, c'est mon mandat, c'est ma mission. Je viens la relayer ici devant l'Élysée.} Bon, je vais pas aller plus loin dans ce petit jeu. Quand on en est à enculer les mouches sur de la sémantique pour savoir quelles sont les intentions de la personne sur un truc qui est censé être clair à la base, c'est qu'il y a un problème. Là, il y a rien de compliqué. Tu appelles à la démission de Macron ou pas.

Personne n'est censé mal comprendre ce que tu dis, surtout quand tu l'as écrit à l'avance et que tu le lis. Alors soit Ruffin est un peu neuneu et il a des problèmes d'expression écrite – ça m'étonnerait –, soit il est allé en marche... En marche arrière, quoi. Voilà. Comme le font tous les fanatiques de partis, certains de ses supporters prêts à toutes les contorsions mentales pour continuer d'applaudir bêtement s'appliquent à ne pas voir le problème. Alors vous avez la méthode stalinienne : interdiction de critiquer, « indivision inconditionnelle ». Et puis vous avez la méthode autruche : « Ruffin n'a pas menti. Il a tenu des propos qu'il n'assumait pas personnellement ».

Comme si Ruffin ne faisait qu'énoncer la revendication des Gilets jaunes à cet instant... Comme on dirait : tel parti propose ceci, tel syndicat propose cela, etc. Il y a des limites à la mauvaise foi, quand même. Réclamer la démission de Macron devait être son engagement et sa mission. Et ça n'a pas duré 24 heures. Alors admettons que son but, ce soit juste d'énoncer une revendication pour dire qu'il faut pas la suivre. Et du coup, c'est quoi, le sens de toute cette mise en scène ? C'est débile. Alors à mon avis, ce qui s'est passé, c'est que Ruffin a pris l'initiative seul de cette déclaration en rentrant des ronds-points. Puis ça n'a pas plu aux cadres de la FI qui l'ont recadré.

Et il a trouvé cette parade sémantique en guise de porte de sortie. Mais c'est assez ridicule, quoi. Sa crédibilité en prend un coup. Et au final, il faut pas perdre de vue l'information essentielle. Ruffin ne demande pas la démission de Macron. Vous trouvez, vous, qu'un mec comme Macron, c'est OK, on peut le garder à la tête de la France, il y a pas de problème ? Moi non. Quelques jours plus tard, le soutien de Ruffin à Étienne Chouard nous donne un aperçu des pressions auxquelles il peut être exposé lorsqu'il sort du cadre de l'opposition autorisé par son parti. « Malaise chez les Insoumis », « Autain se désolidarise », « Un hommage fâcheux », « Il s'empêtre dans le complotisme », etc.

Cette fois-ci, il aura tenu plus de 24 heures avant de se faire corrompre à nouveau par l'inquisition médiatique. À la mi-mars, son hommage à Chouard était devenu une erreur. Il n'avait pas vu à quel point il pouvait être une passerelle vers l'extrême-droite. Bon, je sais qu'il a dit autre chose dans cette interview, et que cette phrase a été particulièrement soulignée par les médias. Mais enfin, le fait est là. Il ne soutient plus Chouard pour un motif débile de confort partisan. Peut-être qu'on peut voir un lien entre ce reniement et l'annonce du soutien de Chouard à l'UPR pour les élections européennes à la place de la FI. « Oh, je sens que vous êtes complotiste, vous ».

C'est sans doute cette même pression partisane qui explique le refus de Ruffin d'enclencher la destitution de Macron par l'article 68 de la Constitution, que toute la FI s'est contentée de balayer d'un revers de la main au prétexte que cette procédure a peu de chances d'aboutir. Un motif tout ce qu'il y a de plus bidon, puisque ça ne les empêche pas de lancer des motions de censure pour tenter de virer le Premier ministre ou de déposer des centaines d'amendements qui n'ont pas plus de chances de passer.

Alors peut-être que la FI ne veut pas lancer cette procédure parce qu'elle est proposée par l'UPR, peut-être qu'ils ont peur de la réaction des médias, ou peut-être au contraire qu'ils ont peur que cette procédure aboutisse, qu'ils doivent en endosser la responsabilité et qu'ils se prennent en plus une tôle à l'élection présidentielle anticipée. Ce serait ballot. Bon, quoi qu'il en soit, les députés de la FI n'ont donné aucun motif valable pour ne pas signer cette procédure. Sans doute que Macron est un trop bon punching-ball pour risquer de le perdre. Ça, c'est vrai que j'en sais quelque chose. Il nous file du boulot.

En ce qui concerne Ruffin plus particulièrement, il avait d'abord refusé de signer la procédure, avant de préciser qu'il ne souhaitait pas le faire sans l'appui de son groupe. (Brut - 5 mars 2019) — Il y a notamment des questions dans les commentaires qui évoquent le fait qu'il y avait un député au mois de décembre qui avait entrepris un article qui permet la destitution du président Emmanuel Macron, qui dit : « Vous, voilà, vous êtes totalement opposé à Emmanuel Macron. Vous demandez sa démission. Pourquoi vous n'avez pas entamé cette procédure, même si on sait que c'est pas avec une ou deux personnes que ça bouge ? Mais symboliquement, pourquoi vous l'avez pas fait simplement ?

— Ouais, peut-être. Tu vois, c'est une question que je me pose en toute honnêteté. Mais maintenant, tu sais, j'ai déjà tellement le sentiment d'être isolé régulièrement, même si je suis bien... J'en ai parlé au sein de mon groupe. J'évoquais la question. J'ai dit : « Mais est-ce qu'il faudrait pas y aller, tu vois ? Allons-y franchement, quoi ! ». Donc je me suis posé la question. Je peux pas dire que je me la pose pas encore. Maintenant, j'apparais déjà comme tellement un marginal dans le système, c'est fatigant, quoi. — François Ruffin est encore plus marginalisé. — Bah oui. Tu vois, prendre des décisions tout seul...

Il faut que j'arrive à entraîner un certain nombre de volontés avec moi, même si de toute façon, je sais qu'à la fin... — On voit bien que dans le groupe parlementaire de la FI, ils sont pas chauds. — Je peux pas dire que j'ai mis les couverts régulièrement. Je l'ai évoqué comme ça. Et puis bon, c'est tellement un acte de rupture que bon, je pense qu'il faudrait en reparler. Et bon, voilà... — L'échange peut-être aussi avec Jean-Luc Mélenchon, à voir. — Oui, mais on en a déjà discuté. Mais pas comme ça. Ça n'a pas non plus été au cœur d'une discussion. Mais oui, c'est une question que je me pose. Maintenant, c'est tellement un acte de pure symbolique...

(Image amateur publiée le [*]) — Excusez-moi, je voudrais rebondir... Je vais me faire des amis. Je voudrais rebondir sur la première des revendications. C'est la destitution. Vous avez eu des courriers pour l'article 68. J'aimerais juste avoir une réponse concernant cet article. Où est-ce que ça en est ? Pourquoi est-ce que c'est pas encore déposé ? — La question, c'est... Alors vous pouvez regarder avec une forme de lâcheté. Mais le risque, c'est d'être encore plus isolé que je ne le suis. Vous voyez ce que je veux dire ? J'ai pas envie d'être seul. J'ai pas envie d'être seul. J'ai pas envie d'être seul à l'Assemblée. J'ai pas envie d'être seul dans le pays...

Là, on est trois mais – vous savez – ça sera sûr que [*] sur tout ça. C'est un truc très aventureux. — Chut, chut, chut. D'accord. — Moi [*] moi, j'ai posé la question à mon groupe. J'ai demandé à mon groupe : « Est-ce qu'il serait pas temps de la signer ? ». J'ai posé la question à mon groupe. Elle est pour l'instant... On peut déjà remarquer que Ruffin accepte une place d'opposant institutionnel en carton. Quand c'est pour faire des vidéos, des discours, des amendements sans conséquences, il a le champ libre, il y a pas de problème. Mais dès qu'il a l'occasion de toucher au système, de chambouler les lignes idéologiques, là, il se dégonfle. Il se dégonfle face au front républicain.

Il se dégonfle pour demander la démission de Macron. Il se dégonfle pour demander sa destitution. Et il se dégonfle pour soutenir Chouard, et à travers lui le RIC et son changement institutionnel. Ajoutez à ça son incohérence sur la question européenne qu'il partage avec toute la gauche, et la charrette commence à être chargée. Ruffin se dit protectionniste et veut défendre les services publics. Mais il préfère qu'on reste dans des traités européens qui organisent les délocalisations, l'évasion fiscale et le démantèlement des services publics, plutôt que de les quitter. Moi, je veux bien qu'on soit pas pour le Frexit. Mais dans ce cas, il faut être cohérent.

C'est comme Mélenchon, qui pleure à longueur d'année sur l'épaule des travailleurs et la casse du droit du travail, et quand on lui parle de l'euro et de ses conséquences, il répond : « Vouloir en sortir serait être maréchaliste ». Je suis en train de préparer une grosse série sur l'euro et les Target. Vous allez voir que cette monnaie nous pourrit la vie. Et vous vous rendrez compte de la duplicité de cette opposition en carton, qui est parfaitement au courant de tout ce que je vais vous présenter mais qui préfère dire aux électeurs ce qu'ils ont envie d'entendre, parce que vous comprenez, parler de la sortie de l'euro, ça fait peur aux Français.

Ah, c'est sûr que si jamais personne n'a le courage de leur expliquer le contraire, ça va pas changer, bravo ! Bon, il est temps que la gauche se rende compte qu'elle est face à un dilemme. C'est le Frexit ou Tsipras. Seulement, Tsipras, c'est pas très vendeur, surtout qu'il fait des photos avec BHL maintenant. Et d'un autre côté, c'est vrai que le Frexit promet un parcours du combattant médiatique pour se dépêtrer dans les objections et les accusations de toutes sortes. Et je ne sais pas si l'endettement du Front de gauche permet à Mélenchon de faire campagne sur ce genre de propositions. Du coup, la FI garde le cul entre deux chaises, voilà.

Alors aux élections européennes, pour la 40e année consécutive, vous reprendrez bien un peu de promesse d'autre Europe sociale qui vous sera servie par toute la gauche, Ruffin inclus, puisqu'il accepte de subir la loi du mensonge rassurant qui passe au lieu d'avoir le courage de chercher la vérité et de la dire même si elle dérange. Pour la FI plus particulièrement, ils vont encore tenter d'arnaquer les électeurs en leur promettant de sortir des traités européens, mais sans sortir de l'UE. J'y reviendrai en temps voulu. Finalement, quelle voie d'opposition nous propose Ruffin ?

Eh bien on peut manifester, mais dans le calme et sans violence, et tout en gardant Macron, puisqu'il ne veut ni sa démission ni sa destitution. Donc le projet, c'est de râler pour les 3 ans qui restent, aux termes desquels on va se retaper un duel Le Pen-Macron ou sa copie conforme de l'oligarchie, parce que le paysage politique sera toujours le même. Personne n'aura fait bouger les lignes idéologiques. Et le front républicain sera toujours là. Donc les mêmes causes produisant les mêmes effets, on risque fort de l'avoir dans l'os par le même scénario. Et le FN ne fait pas grand-chose pour l'empêcher. Il en est même l'un des acteurs. Si le scénario se répète en 2022, que va faire Ruffin ?

Une fois de plus, il va appeler à voter pour le candidat de l'oligarchie contre la peste brune. Et quand il y aura des manifestations à cause des réformes inévitables, une fois de plus, il nous dira : « Mes amis, la violence ne mène à rien. Et la démission du Président n'est pas la solution. Il faut entamer les négociations dans le cadre d'un dialogue social constructif ». Bah putain, si c'est ça, l'opposition qu'il nous propose, ça va pas loin. En montant les prolos de gauche contre les prolos de droite et en canalisant la vindicte populaire dans des impasses qui servent le pouvoir en place, Ruffin fait l'accompagnement social du macronisme et des mesures qu'il prétend combattre.

Il sert de soupape à la cocotte-minute. À chaque fois qu'il a l'occasion de mettre un coup de pied dans la fourmilière, de toucher au système en place, il se dégonfle et reste bien parqué dans son opposition autorisée : amendements, discours, dialogue social, manifestations déclarées. Je dis pas qu'il faut pas le faire. Je dis que c'est sans conséquence directe comme on aurait la destitution de Macron ou la dénonciation du front républicain. (François Ruffin - Youtube - Je ne viendrai pas à l'Élysée - 21 mars 2019) Grand merci pour votre invitation mais je ne viendrai pas déjeuner à l'Élysée. Je ne servirai pas de caution à votre manœuvre.

Pour enterrer un dossier, l'énonçait Clémenceau, on crée une commission. Pour enterrer une révolte, l'espérez-vous, on lance un grand débat. Le plus simple, le plus efficace, oui, serait votre démission. Mais ne rêvons pas, ne rêvons pas à votre démission. Ne rêvons pas à cet horizon. Il est une voie alors plus modeste pour que s'apaisent les tensions, pour que se renoue un dialogue, pour que revienne une concorde sociale, week-end compris. C'est d'ouvrir les négociations, de véritables négociations, pas des opérations d'enfumage et de communication.

Des discussions autour de 4 demandes claires, simples des Gilets jaunes, et qui n'ont reçu pour seule réponse qu'un non sans concession ou votre silence. Une demande sociale, une TVA à 0 sur les produits de première nécessité, une demande fiscale : le retour de l'impôt de solidarité sur la fortune, une demande démocratique : le référendum d'initiative citoyenne, une demande judiciaire : l'amnistie pour les Gilets jaunes. C'est une bonne chose que Ruffin se demande comment rester intègre face à l'engrenage de la vie parlementaire, le train-train médiatique parisien et tout ça. Mais il faut pas qu'il oublie qu'il y a aussi un risque d'enguimauvement dans sa gauche morale et électoraliste.

Et j'ai un peu l'impression qu'il se laisse corrompre et encadrer par les objectifs de son camp politique, à tel point qu'il en devient un opposant en carton, au même titre que Mélenchon qui s'est encore gourré de bouton dernièrement ou que les syndicats. On va faire une comparaison. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, se définit comme un opposant à Emmanuel Macron. Il lui tend la main pour réussir la sortie du grand débat. François Ruffin, député de la FI, se définit comme un opposant à Emmanuel Macron. Il lui tend la main pour ouvrir des négociations sur la sortie de crise des Gilets jaunes. Alors leurs idées sont sûrement différentes. Mais leurs actions sont similaires.

Et quand tes actions d'opposition sont les mêmes que celles de la CFDT, c'est le moment de se poser des questions sur l'efficacité de la démarche. Je pense que maintenant, vous voyez mieux la différence entre une opposition résolue, quelqu'un qui demande la destitution ou la démission de Macron et qui s'y tient, et une opposition autorisée, encadrée, qui ne choque pas le système et qui fait même son accompagnement social. Cette vidéo, c'est déjà un guide pour détecter les planches pourries de la vie politique : solides dans l'apparence du discours et fragiles dès qu'on veut s'appuyer dessus pour agir.

Retenez qu'un bon politicien se juge à ses actions et à ses résultats, et pas à ses discours. Mais comme je l'ai dit en intro, je pense que Ruffin est honnête dans sa démarche. Alors cette vidéo, c'est aussi l'occasion de lui donner un avis extérieur sur les points faibles de son intégrité qui ressortent régulièrement dans les critiques que j'entends sur lui. Alors peut-être qu'il ne vit pas les choses comme ça. C'est possible. En tout cas, c'est ce qu'on voit de notre côté. S'il veut rester parfaitement intègre, je lui conseille de relire le discours de Jaurès sur le courage et de se tenir au pied de la lettre quoi qu'il en coûte. Par contre, il va pas se faire que des copains.

La place de politicien intègre, c'est surtout une place de merde. En fait, le politicien honnête, c'est un kamikaze pour ingrats. C'est-à-dire qu'il va travailler plus dur que les autres, prendre des coups de partout. Personne lui dira jamais merci. Et à la fin, on lui reprochera même d'avoir eu raison. Alors bon courage s'il choisit cette voie. C'est plutôt solitaire. Mais à la limite, il aura tout mon soutien. Je sais pas si ça compense.

Cela dit, je crois que nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir plein le cul des politiciens mi-tièdes pétris par les médias, girouettant au gré des sondages, reculant à la moindre difficulté ou s'ils risquent de transgresser la pureté idéologique de leur camp dont tout le monde se fout. Y en a marre, quoi. Je pense que maintenant, avec Internet, on peut dire la vérité et être cohérent. Mais encore faut-il avoir le courage de le faire. Cette vidéo touche maintenant à sa fin. Merci d'avoir regardé jusqu'au bout. N'hésitez pas à discuter de tout ça dans les commentaires et sur le tout nouveau Discord de la chaîne. Le lien est dans la description. Pour le reste, c'est comme d'habitude.

Pouce bleu, Tipeee, partage, etc. Sur ce, à la prochaine !