Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique – 24/04
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Femme Business présente Edwige Chevriot, la grande interview.
Bonsoir à tous, bienvenue dans la grande interview. Le ministre de l'économie a donc présenté ce matin son plan d'action, simplification, son plan anti-paperasse. Une montagne de paperasse qui devrait coûter à la France entre 3% de son PIB, voire 84 milliards d'euros. J'ai interrogé ce matin Bruno Le Maire, il était dans son bureau, sur le pourquoi de ce plan. Et ce, à deux jours du verdict, vous le savez, des agences de notation sur la France. Pour savoir quelles notes vont-ils attribuer à la France, dégradation ou pas, coïncidence heureuse, un hasard. Écoutez la réponse de Bruno Le Maire. Trop de normes tue la croissance, ce n'est pas moi qui me dis, c'est Bruno Le Maire.
A l'occasion de la publication de son choc de simplification. Bonjour Bruno Le Maire.
Bonjour Edwige Chevriot.
Merci de répondre à mes questions. J'en ai beaucoup, on a peu de temps. Vous devez filer au Conseil des ministres, parler justement de ce choc de simplification. 50 mesures, juste une question. Pourquoi vous allez réussir là où, j'ai envie de dire, tous vos prédécesseurs et tous les présidents de la République ont échoué, y compris Georges Pompidou, le général de Gaulle, Giscard d'Estaing, François Hollande qui a fait son choc de simplification. Bruno Le Maire, vous allez réussir ?
On va tout faire pour réussir. Je mesure l'ampleur de la tâche. Ce que simplifier en France, c'est très compliqué. Mais c'est pour ça qu'on a pris une méthode qui est radicalement différente. Je pense que c'est cette méthode qui va nous faire réussir. Le premier point de cette méthode, c'est d'abord que toutes les propositions viennent du terrain. Elles viennent des patrons de TPE, de PME, des artisans, des commerçants, des indépendants. C'est remonté du terrain. Il y a eu des réunions publiques et une consultation très large par voie numérique qui nous a permis de faire attention à ce que nous disaient les patrons, les chefs d'entreprise, les indépendants.
La deuxième chose, c'est que ce n'est pas un choc en une seule fois où on pense qu'on va tout régler. Ça, ça n'existe pas. Ça va être un mouvement de fond régulier. Et chaque année, vous aurez un nouveau texte de simplification pour s'assurer qu'on continue à avancer en la bonne direction. Puis le troisième élément de méthode qui est nouveau, c'est ce fameux test PME qui nous a été proposé et demandé par les PME. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'il y aura une nouvelle norme, une nouvelle loi, une nouvelle réglementation, on vérifiera que ça ne coûte pas trop cher pour les entreprises.
Mais il y en a déjà qui ont dit ça. Chaque fois qu'il y avait une nouvelle loi, on nous a expliqué qu'il fallait faire un test PME. Et puis finalement, ça reste ici à Versy et ça n'a ensuite aucune conséquence concrète. C'est toute la difficulté peut-être. C'est le contrôle, l'application, notamment l'application de la loi et des décrets.
Deux choses nouvelles, c'est que ce test PME, il aura une force législative. Ce n'est pas un gadget, c'est vraiment un outil législatif. Et le deuxième changement très radical, c'est que le test PME, avant, était fait par les fonctionnaires. Là, il sera fait par les chefs d'entreprise. Le test PME, avec une plateforme, avec des entrepreneurs qui participeront à l'évaluation de la nouvelle règle, de la nouvelle loi, de la nouvelle norme, disons, écoutez, vous êtes bien sympathique, c'est très bien votre norme, mais ça coûte tant pour les PME, ce n'est pas supportable. On a une compétition internationale, on a une compétition mondiale.
On ne peut pas être les seuls à avoir cette nouvelle règle.
Oui, parce que vous avez dit aussi, je trouve un mot très important, surtout on l'entend beaucoup, il y a une musique autour de ça, une petite musique un peu néfaste, du déclassement européen. Et on sent bien qu'on est arrivé à un moment où la question, elle est sur la table.
La question est clairement sur la table. On a pris un retard en termes de productivité et en termes de richesse par rapport aux Etats-Unis qui est considérable. Il y a un risque de déclassement économique européen. Et nous voulons, avec le Président de la République, nous avons porté ce sujet-là depuis maintenant plusieurs mois, faire de la question de la productivité européenne et donc de la prospérité européenne. C'est combien est-ce qu'on gagne à la fin du mois, qu'est-ce que je peux faire de ma vie, qu'est-ce que je peux avoir comme projet, comment est-ce que je peux développer mon entreprise. Nous voulons en faire un sujet politique majeur, y compris pour les élections européennes.
L'Europe ne peut pas être le continent de la norme. Elle doit être le continent de l'innovation, de la prospérité et de la richesse.
Oui, mais regardez ces indicateurs climat, ce qu'on appelle dans un jargon incompréhensible le CSRD. Vous avez 1200 indicateurs qui vont être appliqués aux entreprises. Là où du côté américain, c'est qu'une centaine. Donc on est encore en plein dedans.
C'est bien pour ça que nous demanderons qu'à chaque fois qu'il y ait une nouvelle norme, qu'il y ait l'évaluation de son coût, que nous voulons une application la plus simple, la plus visible possible de la directive CSRD, et que nous voulons mettre sur le débat, au cœur du débat européen, la question de la simplification et de l'allègement des normes européennes.
Mais ça va s'appliquer à cette directive ? Ou c'est trop tard ?
Non, ce n'est pas trop tard sur la transposition de la directive. On sait bien que parfois la France est championne de la surtransposition. Il faut que la transposition soit la plus simple et la plus souple possible.
Il y a plein de mesures, on n'a pas le temps de les détailler. Évidemment, nous, on les détaille tout au long de cette journée sur BFM Business. La dépénalisation aussi pour les chefs d'entreprise, ça, à mon avis, c'est quelque chose qu'on vous a beaucoup réclamé sur votre plateforme.
C'est très important parce qu'un chef d'entreprise n'est pas un bandit en puissance. Et quand vous dites que si vous vous trompez sur un formulaire, sur une ligne que vous avez mal remplie, vous risquez la prison, très franchement, c'est totalement démesuré. Qu'on sanctionne les fraudeurs, évidemment, qu'on fasse de chaque chef d'entreprise un fraudeur en puissance, certainement pas.
Comment est-ce que vous avez travaillé ? Vous avez travaillé avec des McKinsey, des camionnets de conseil ? Comment est-ce que vous avez travaillé ? Absolument pas.
On a travaillé directement avec les fédérations professionnelles, avec les représentants...
Il se passe des plateformes, il se passe, en fait, derrière tout ce que vous avez annoncé, il se passe, enfin, on espère, beaucoup de choses.
Il se passe énormément de choses, à la fois. Ça doit avoir des conséquences très immédiates et très concrètes sur le fonctionnement de l'administration, mais le mode de travail, il est très simple, c'est d'aller voir les chefs d'entreprise eux-mêmes qui puissent s'exprimer. Moi, j'ai été très surpris quand on a fait des réunions publiques, à chaque fois, même si c'était en plein milieu de la journée, vous aviez des centaines de personnes qui venaient, et à chaque fois, j'ai senti de la colère, de l'exaspération, de la fatigue, du patron qui vous disait, mais moi, je peux passer jusqu'à 8 heures par semaine à remplir de la paperasse.
Je ne suis pas engagé pour créer mon entreprise pour faire de la paperasse, mais je me suis engagé pour créer des emplois et de l'activité dans le pays. On répond à leurs demandes.
Bruno Le Maire, vous connaissez bien les chefs d'entreprise, ce n'est pas un phénomène nouveau, il vous dit ça depuis des années. J'ai envie de dire, pourquoi maintenant ? En plus, vous avez dit tout à l'heure que tout ça, ça coûtait... une espèce de mastodonte bureaucratique, ça coûtait 84 milliards. En tous les cas, c'est l'estimation du Sénat. 84 milliards à la France, un manque de productivité, 3%. On ne peut pas s'empêcher de penser que vendredi, il y a une échéance, une première échéance, ça s'appelle les agences de notation, notamment Fitch et Moody's. Comme par hasard, vous avez annoncé ça aujourd'hui, le Premier ministre, hier, c'était le volet sur les particuliers. Ça tombe bien ?
Non, c'est vraiment de la stricte coïncidence. Je rappelle que ça fait deux ans qu'on travaille sur ce projet de loi, que j'ai proposé ce projet de loi simplification en 2022 au Président de la République, en lui disant que c'est vraiment un sujet majeur. On a déjà fait pacte, on a fait la loi industrie verte, on a beaucoup allégé les contraintes administratives, mais il faut aller beaucoup, beaucoup, beaucoup plus loin sur la simplification. Donc j'ai proposé ce projet de loi. Il y a deux ans de travail derrière, c'est un hasard du calendrier si vous avez les agences de notation en fin de semaine. Et par ailleurs, c'est un projet qui s'inscrit, je le redis, dans le temps long.
On doit simplifier, simplifier, simplifier tous les jours.
Et vous aurez votre majorité ?
Je pense qu'on peut construire une majorité sur ce plan de simplification. C'est un projet qui dépasse de loin les clivages politiques. Prenez le seul exemple de la commande publique. On va drastiquement simplifier la commande publique. Vous aurez désormais un seul dossier à présenter. Une fois que vous êtes présenté comme entreprise pour soumissionner à un appel d'offres, ça vaudra pour tous les autres appels d'offres. Vous aurez une plateforme unique pour toute la commande publique de l'État, des hôpitaux, de la sécurité sociale, des opérateurs de l'État. Vous aurez désormais un seul juge, le juge administratif. Vous aurez une seule règle sur les avances de trésorerie.
30% d'avance pour toutes les TPE. Je ne vois pas comment les Républicains pourraient s'opposer à un texte de simplification. Mais au-delà des Républicains, jetant la main à toutes les oppositions, en disant que notre pays souffre de la complexité, et souffre vraiment au sens de la charge mentale qui pèse les entrepreneurs, nous vous proposons un texte de simplification radical qui va très loin. Nous vous proposons de vous engager dans cette voie de la simplification pour les années qui viennent. Soutenez-nous parce que c'est l'intérêt supérieur de la nation française.
Vous êtes dans quel état d'esprit à quelques heures, j'ai envie de dire, de ce verdict des agences de notation ?
Très serein. Les agences de notation font leur travail. Moi, je fais mon travail de ministre de Finances qui consiste à rétablir les comptes publics, à atteindre les 3% de déficit en 2027, 2,9% très exactement, avec une stratégie de rétablissement des finances publiques ferme et sereine. Des réformes de structure... La stratégie est très simple, c'est...
Sur le résultat, il y a quand même beaucoup d'interrogations.
Non, le résultat, il doit être acquis. 2,9% de déficit en 2027 avec une stratégie qui est sereine et ferme. Des réformes de structure qu'il faut poursuivre, l'indemnisation au chômage ou la simplification, une réduction des dépenses qui est indispensable et la poursuite du plein emploi et de l'activité.
Est-ce que vous avez un plan B et un plan C au cas où il y a une dégradation de la France ?
Non, il y a un seul plan, c'est le plan de rétablissement des finances publiques serein et déterminé qui repose sur ces 3 piliers, les réformes de structure, la croissance par l'emploi et la réduction des dépenses qui est indispensable. Et vous êtes confiant ? Je suis totalement déterminé. Le rétablissement des finances publiques, ça demande surtout beaucoup de détermination, ça ne se fait pas au petit bonheur la chance, il faut une méthode, il faut du sang-froid et de la fermeté.
Une question cette fois-ci qui touche les entreprises, une entreprise en l'occurrence Casino, un dossier que vous suivez bien ici, on a repris ce matin, donc ça y est maintenant c'est officiel, entre 1300 et 3267 suppressions d'emplois avec quand même un maintien du siège à Clermont-Ferrand, mais ça fait beaucoup de licenciements. Qu'est-ce que vous pouvez faire ?
Nous avons fait le maximum au cours des mois passés pour préserver le plus grand nombre d'hypermarchés, d'entrepôts et de supermarchés. En deuxième lieu, nous nous sommes battus pour sauver le siège de Saint-Étienne. Ce n'était pas gagné d'avance. Le siège de Saint-Étienne est sauvé, il est préservé, et deux tiers des emplois du siège de Saint-Étienne vont être sauvés. C'était pour nous un point absolument décisif. Après, nous continuerons à veiller sur ce dossier, notamment sur le reclassement des salariés.
J'ai déjà eu l'occasion de le dire aux représentants du groupe, vous devez faire le maximum pour reclasser les salariés, leur assurer une poursuite de carrière dans les meilleures conditions possibles.
Tout dernier point, Atos, autre gros dossier. Là aussi, une échéance dans quelques heures. Qu'est-ce que l'État sera vigilant ? Est-ce que vous pouvez rentrer au capital ?
L'État a déjà pris une action de préférence, comme on dit, une golden share. Je pense que c'est un signal très clair, notre détermination à protéger les actifs stratégiques d'Atos. Donc nous y travaillons là aussi de manière très active. J'aurai l'occasion d'ici la fin de la semaine de préciser les choses, mais nous faisons tout ce qui est nécessaire pour préserver les actifs stratégiques d'Atos.
Merci beaucoup. Merci, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie. Merci de nous avoir reçus.
Bruno Le Maire