MÉLENCHON / JADOT : LES SECRETS D'UN RAPPROCHEMENT
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le rapprochement entre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, la manif contre les violences sexuelles et sexistes et la nouvelle mouture du programme de la France insoumise. C’est le sommaire de ce numéro 6 de la Guerre du trône. La gauche, en ce moment, c’est “je t’aime, moi non plus”.
Ainsi, hier dans le Journal du dimanche, Yannick Jadot appelait au rassemblement : “Je dis aux socialistes comme à tous les progressistes : rejoignez-nous ! Construisons ensemble l’alternance à un quinquennat de renoncement écologique, de régression sociale et d’affaissement démocratique.” Un message surtout destiné à Anne Hidalgo dont la campagne n’a jamais vraiment démarré.
Les derniers sondages la donnent à 5 % environ. Si le candidat écologiste parvenait à convaincre le PS de se rallier à sa candidature, il pourrait espérer passer de 8 à 13 % d’intentions de vote. Il deviendrait alors le candidat le mieux placé à gauche.
Ce scénario n’est pas gagné. Il y a un mois, Sandrine Rousseau avait déjà appelé Anne Hidalgo à rejoindre les écologistes. La réponse d’Hidalgo n’avait pas été tendre.
Quand vous entendez les leaders des Verts ou Yannick Jadot expliquer qu’ils tendent la main pour un accord mais qu’il faut que ce soit derrière eux, ça s’appelle vraiment “tendre la main” ça ? C’est ce qu’il s’est passé il y a cinq ans dans l’autre sens. Eh ben écoutez, peut-être que ça s’est passé dans l’autre sens, mais dans tous les cas, là, ça ne se passera pas comme ça.
Mais, pour l’instant, c’est Jean-Luc Mélenchon qui est en tête à gauche. Et il se montre plein d’égards pour Yannick Jadot. Voici ce que déclare le candidat de l’Union populaire, le 11 novembre au Figaro qui lui demande si Yannick Jadot est son concurrent direct à gauche : “Non, je suis très satisfait de lui parce qu’il a élargi le champ de nos idées, sur la planification écologique, sur le protectionnisme… Il avance bien.
Il ne lui reste plus qu’à se rendre compte que sa politique n’est pas compatible avec les traités européens.” Nouvelle cuillère de miel mardi dernier devant les étudiants de l’ESSEC, école de commerce réputée. Première question : Préféreriez-vous être le ministre de Yannick Jadot ou Anne Hidalgo ?
J’ai envie de vous dire ça dépend pour quoi faire. Mais ce sont des personnes respectables. Il me semble que madame Hidalgo n’a pas les idées très claires sur ce qu’il faut faire, donc je préfèrerais être le ministre de quelqu’un qui ... avec qui...bon, au moins il a dit qu’il avait rallié la planification écologique.
Je pourrais m’occuper de ça dans son gouvernement. Le jeudi suivant, Yannick Jadot, invité sur France 2 est malmené par Nathalie Saint-Criq, la bête noire de Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci réagit immédiatement sur Twitter : “Jadot face aux militants politiques de la rédaction de France 2.
Insupportable. Jadot ne méritait pas d’être traité comme ça. Odieux.” Certes, sous la pression des amis de Sandrine Rousseau, sa rivale lors de la primaire écologiste, le candidat des Verts a été contraint de gauchir son discours.
Mais pas au point de s’aligner sur les positions de la France insoumise. Comme le souligne Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot s’inscrit toujours dans le cadre des traités européens. Pourquoi ces assauts d’amabilité alors ?
Ils s’inscrivent dans une stratégie de long terme. Jean-Luc Mélenchon espère bien accentuer le glissement vers la gauche du candidat écologiste. Jusqu’au moment où il pourra dire aux électeurs de ce dernier : “Il n’y a quasiment plus de différences entre nous.
Je suis le mieux placé à gauche. Votez pour moi.” En politique, ça s’appelle plumer la volaille.
À l’époque du programme commun de la gauche, dans les années soixante-dix, le Parti communiste espérait bien plumer les socialistes de François Mitterrand. A l’arrivée, c’est ce dernier qui les pluma, mais ça, c’est une autre histoire. Ce qui est cocasse, dans l’affaire, c’est que Jadot est exactement en train de tenter la même manœuvre avec les socialistes.
De Mélenchon ou Jadot, lequel séduira en premier les électeurs des autres candidats de gauche ? C’est tout l’enjeu de la séquence. Si Jadot parvient à entraîner les socialistes derrière lui, il crée une dynamique qui fragilise Mélenchon.
À l’inverse, si Jean-Luc Mélenchon attire à lui l’électorat vert, la candidature Jadot n’a plus de sens. Quant à Arnaud Montebourg et Fabien Roussel, ils n’auront d’autre choix que de s’effacer. Bref, la gauche vient d’inventer la primaire sauvage.
Pas d’urnes, pas de votes, mais un concours de bienveillance dont les sondages sont les arbitres. Les violences sexistes, c’est la riposte féministe ! Samedi, c’était la manifestation du mouvement Noustoutes à Paris.
Plusieurs dizaines de milliers de femmes et d’hommes ont défilé contre les violences sexistes et sexuelles. Antoine Etcheto et moi-même couvrions l’événement. On a croisé Clémentine Autain, députée de la France insoumise.
Là, il y a une colère particulière puisqu’on arrive à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron qui avait promis de faire des violences faites aux femmes la grande cause du quinquennat. On a exigé un milliard d’euros. On a eu une petite loi avec quatre articles misérables, et absolument pas d’engagement financier.
Un peu plus loin, on a rencontré Elsa Faucillon, députée communiste. On voit une campagne présidentielle qui tourne le dos aux mouvements de fond qui traversent la société et cette aspiration à tout défaçonner, à déviriliser, à faire en sorte que les femmes dans ce pays soient respectées dans… à tous leurs endroits. C’est un mouvement de fond important.
Je pense aussi que c’est d’ailleurs un espace de politisation pour beaucoup de gens. Et nous sommes tombés sur Yannick Jadot, le candidat des écologistes à la présidentielle. Vous êtes toujours là, vous !
Oui toujours. On n’arrête pas. Vous n’êtes pas aux 35 heures vous ?
Oh non, vous savez on attend que vous soyez élu ! D’accord, pour passer aux 32 ! D’accord.
Après ça, il est devenu plus sérieux. Bien sûr que c’est une journée importante. On est toujours dans un pays où il y a près de 100 000 viols par an, plus de cent féminicides déjà depuis le début de l’année.
Des centaines de milliers de violences conjugales, sexistes, sexuelles, et on n’a toujours pas les politiques à la hauteur de ce défi, qui est un défi essentiel. Donc, on porte des propositions très fortes, vous le savez, qui visent à donner, nous donner enfin les moyens de former les personnels de santé, les personnels d’éducation, d’avoir une police, une justice spécialisée, avec un objectif pour les écologistes : zéro impunité pour les violences sexuelles. Ses deux rivaux malheureux du premier tour de la primaire étaient présents : Éric Piolle, le maire de Grenoble et Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres.
On est dans une période de libération de la parole des femmes. C’est important de se mobiliser fortement. Parce qu’il y en a ras-le-bol du sexisme, des féminicides.
C’est important qu’il y ait des mobilisations parce qu’il faut un changement culturel profond. Sur le même trottoir, Il y avait encore Sandrine Rousseau, battue sur le fil par Yannick Jadot, lors du second tour de la primaire écologiste. Elle a réagi au Meetoo politique.
Il était temps parce qu’on l’a ouvert nous avec l’affaire Baupin et là, on voit que ça avait du mal à prendre au sein du monde politique. Parce que c’est un lieu de pouvoir très important la politique, donc, c’est normal que ça arrive en dernier. Puis le cortège des écologistes s’est structuré derrière une banderole aux couleurs de Jadot 2022.
On retrouve Batho et Piolle autour de Jadot. Surprise : Sandrine Rousseau a disparu ! Elle est pourtant présidente du conseil politique du candidat, en charge de sa stratégie.
Mais, visiblement, elle n’avait pas envie d’une photo de famille avec Yannick Jadot. Celui-ci n’en paraissait pas affecté outre mesure, d’ailleurs. Dire qu’ils ont encore cinq mois à tenir ensemble.
Jeudi, Jean-Luc Mélenchon dédicaçait dans une librairie parisienne la nouvelle édition de l’Avenir en commun, le programme de l’Union populaire. Événement très attendu par les militants et sympathisants. J’ai mis un petit mot.
Et Alice ? Qui est-ce ? C’est une amie à moi.
Elle est de notre bord aussi ? Elle est avec nous ? Bientôt… Je fais le travail sur le long terme.
C’est bien ! Et voilà jeune homme ! Bon courage.
Tu fais quoi ? Je suis en double licence à la Sorbonne. Économie, géographie.
C’est bien. Je vous en parlerai en détail de ce programme samedi. Je recevrai en effet Clémence Guetté, la coordinatrice de l’ouvrage.
Avec elle, nous passerons en revue les principales mesures. Comme nous l’avions fait précédemment avec le député Boris Vallaud, le responsable du programme du Parti socialiste. À samedi, donc.
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Fabien Roussel